All the way 12
Trois jours passèrent, et une routine s'installa à Grimmauld Place. Snape passait le plus clair de son temps dans le laboratoire, préparant des stocks de potions, tandis que les trois adolescents triaient les papiers laissés par des générations de Black. Le soir venu, une partie des documents était confiée au professeur afin de mieux les étudier, et les trois amis restaient au salon discuter des dernières nouvelles, ramenées par Snape, et tentant d'établir une stratégie.
Rémus ne réapparut plus, ce pour quoi Harry fut secrètement soulagé. L'Ordre semblait respecter leur isolement, même si le manque de nouvelles de leur part rendait le jeune homme nerveux.
Ce qui le rendait encore plus nerveux et irascible, en revanche, était l'absence de visions. Pas une fois, depuis qu'ils avaient emménagé à Grimmauld Place, il n'avait eu un aperçu de l'esprit de Voldemort.
Hermione, bien sûr, était enchantée… mais les nouvelles que laissaient entendre la Gazette, l'influence chaque jour grandissante du Seigneur des Ténèbres rendaient Harry impatient, plus frustré d'heure en heure. Dormir n'y changeait rien. Les rêves n'étaient que des rêves ou des cauchemars sans intérêt. Et il avait beau s'isoler pour se concentrer sur Voldemort pendant la journée, tentée de réveiller sa cicatrice, rien n'y faisait, la connexion restait désespérément muette.
Les maux de crâne de Snape, en revanche, semblaient augmenter, rendant Harry de plus en plus suspicieux.
Quand il observa le professeur frotter machinalement l'emplacement de la Marque pour la dixième fois ce soir là, il ne put s'empêcher d'en faire la remarque.
« Qu'est-ce qu'il se passe, avec votre bras ? »
Snape leva un regard passablement flou vers lui.
« La Marque a été douloureuse toute la journée. La potion ne suffit pas à en annihiler complètement les effets, » répondit-il.
« Il chercher encore à vous faire revenir ? » s'étonna Harry.
« Non, ce n'est pas un appel. Voldemort est probablement contrarié. »
« Contrarié, hum ? Et pourquoi ? »
« Je l'ignore, » grimaça Snape, « mais avec un peu de chance, c'est une bonne nouvelle. »
« La bonne nouvelle serait que j'aie ces visions, moi, » grogna Harry. « Vous n'avez toujours rien ? »
Le professeur secoua la tête.
« Je suis pourtant certain qu'il y a un lien, » murmura Harry. « C'est ma cicatrice qui m'aidait, et maintenant, plus rien… et je n'ai certainement pas pratiqué l'occlumancie ! »
Snape s'abstint de répondre, mais il était clair à son expression qu'il désapprouvait.
« Harry, le fait que tu n'aies plus de visions ne signifie pas que tu ne doives pas t'entrainer, » fit remarquer Hermione. « Peut-être y a-t-il des techniques que tu pourrais utiliser, même en absence de professeur ? Des conseils, quelque chose ? »
« Je crains d'avoir transmis tout ce que je pouvais à M. Potter, » fit sèchement Snape. « Plus d'assiduité, peut-être… »
« Je n'ai ni le temps ni l'envie d'essayer pour le moment, » répliqua Harry. « Ces visions étaient notre seul moyen de savoir ce qui se passe de leur côté, et maintenant… je me demande si vous ne feriez pas mieux de répondre à ça, » fit Harry en désignant la manche du professeur.
« Je pourrais, » dit Snape, « bien que le résultat soit prévisible : une mort quasi instantanée. »
« Et pourquoi ? S'il vous appelle, c'est qu'il a ses raisons ! Vous auriez peut-être une chance de, je ne sais pas, jeter un coup d'œil… »
« Harry, ne soit pas stupide, ce serait bien trop dangereux, » soupira Hermione. « Il ne faudrait que quelques minutes à Voldemort pour réaliser que le professeur t'obéit. »
« Je sais, je sais, » fit le jeune homme. « Mais il faut pourtant bien que ce truc serve à quelque chose ! »
Et, d'un mouvement qui choqua la totalité de l'assemblée, il releva la manche de Snape pour dénuder la Marque. Puis, dans un élan de frustration, il agrippa le tatouage comme pour l'effacer ou le forcer à réagir… ce qu'il fit aussitôt.
Avec un cri qui semblait être autant de surprise que de douleur, Snape se laissa tomber à genoux, portant sa main libre à son front. Hermione, qui était restée bouche bée devant l'audace de son ami, sortit de sa stupeur et vint rejoindre le professeur sur le plancher.
« Professeur ? Professeur Snape ? Est-ce que vous m'entendez ? »
« Non… pas… je… ah ! »
« Qu'est ce qu'il y a ? C'est Voldemort ? Qu'est ce qui arrive ? » demanda Ron derrière eux, visiblement nerveux.
Harry, de son côté, avait lui aussi porté la main à son front. Levant les yeux vers lui, Hermione ne manqua pas de le remarquer.
« Harry, ta cicatrice… est-ce que tu vois quelque chose ? »
« Non, bon sang, non, » grogna Harry, « mais je sens qu'il y a quelque chose… c'est comme si… Snape ! »
Mais l'homme ne réagit pas, tentant visiblement de combattre ce qui lui arrivait.
« Snape ! Regardez-moi, Snape, par Merlin ! C'est un ordre ! »
Le mot sembla faire son effet et le sorcier tressaillit, se forçant à ouvrir les yeux et à lever un regard vitreux vers son maître.
« Montrez moi ! Maintenant ! »
Aussitôt, Harry se sentit aspiré par le tunnel noir sans fin des yeux du professeur, avant de se retrouver dans une transe familière. Voldemort, c'était bien lui, Snape était en train de voir ce qu'il voyait… et Harry par la même occasion !
La pièce était sombre, constata Harry, et un corps gisait aux pieds du sorcier. Il respirait encore, mais il s'en fallait de peu, remarqua-t-il. Des chaises étaient renversés, des tableaux retournés et des vases brisés au sol, comme si une bagarre avait récemment eu lieu. Voldemort, cependant, semblait paisible, contrairement aux Mangemorts qui l'entouraient. Un calme trompeur, constata Harry, en sentant la frustration du sorcier. Avoir torturé le mangemort qui gisait à ses pieds l'avait un peu apaisé, mais la colère restait intense.
« Vous m'avez tous extrêmement déçu, » siffla-t-il. « Ce type d'échec n'est pas admissible. Vos faiblesses ne sont pas acceptables. Ceux qui échouent n'auront aucune place dans le nouvel ordre à venir, que cela soit clair pour vous tous. »
En dépit de l'horreur que lui inspirait la scène, Harry ne put s'empêcher de se réjouir. Un échec ? Parfait, c'était exactement ce dont ils avaient tous besoin.
« De toute évidence, » poursuivit Voldemort, « aucun de vous n'est capable de remplir cette mission correctement. Et pourtant, cette famille doit être muselée au plus vite… je sais que la plus jeune fille est à Poudlard. Les Carrows sauront s'en occuper. Malgré tout, je dois dire que je répugne à tuer des sorciers au sang pur… non, un exemple devrait suffire pour convaincre le reste de la famille. Je présume qu'il est inutile d'espérer mettre la main sur le plus jeune fils dans l'immédiat ? »
Les mangemorts présents baissèrent le regard, espérant visiblement que l'un d'eux aurait de meilleures nouvelles… en vain.
« Je vois, » fit lentement Voldemort d'un ton écœuré. « Peu importe pour l'instant. Un autre des fils m'a offensé, et c'est lui qui paiera. Ce William Weasley s'est mêlé une fois de trop de ce qui ne le regardait pas… Gringotts doit être sous contrôle, et les gobelins sont suffisamment pénibles à eux seuls. »
Il se tourna alors vers la droite et Harry sentit sa colère s'adoucir.
« Toi, ma précieuse, » fit Voldemort. « C'est toi qui remplira ma mission. »
Aussitôt, un énorme serpent rampa hors de l'ombre pour venir s'enrouler aux pieds de son maître, faisant frissonner l'assemblée.
« Nagini, tu t'occuperas de lui. Tue-le, lui et tous ceux qui se mettront sur son chemin. Va, ma beauté. »
Le serpent siffla son acquiescement, et se glissa à travers la pièce, se frayant un chemin à travers les Mangemorts qui s'écartèrent précipitamment.
« Quant à vous tous, » fit Voldemort d'une voix glaciale, « j'attend des résultats. Au Ministère, à Poudlard, dans tout le monde magique. L'absence de Severus est déplorable, mais j'entend bien que notre nouvelle directeur de Poudlard s'applique à sa tache. N'est ce pas, Rodolphus ? »
Un Mangemort masqué s'avança et s'inclina.
« Bien entendu, maître. Je saurai mériter cet honneur. »
Voldemort hocha sèchement la tête.
« Disparaissez. »
Sans se faire prier, tous les mangemorts disparurent, laissant le Seigneur des Ténèbres seul. Aussitôt, Harry sentit la vision devenir floue, avant de totalement s'évanouir. Il cligna des yeux et le salon réapparut, Snape le fixant d'un air hagard tandis que Ron et Hermione s'agitaient autour d'eux, visiblement désemparés. Il lâcha le bras de Snape qui tressaillit à nouveau.
« Est-ce que tout va bien ? » demanda Ron.
« Non, » souffla Harry. « Ca ne va pas du tout. Il prévoit une nouvelle attaque. »
« Qui ça, Voldemort ? »
Harry hocha la tête.
« Il veut donner une leçon à… ta famille, Ron. Il a l'intention de s'en prendre à Bill. Il a envoyé Nagini le tuer. »
Ron blanchit à ces mots.
« Il faut y aller… il faut le prévenir, tout de suite ! »
« Non, il faut prévenir l'Ordre, » rectifia Hermione. « Mais nous avons sans doute le temps, si Nagini doit se rendre là-bas… ils ne peuvent même pas savoir où il est ! »
« Il doit bien en avoir une idée, parce qu'il n'avait pas l'air d'hésiter, » fit remarquer Harry.
« Voldemort a ses propres moyens de transporter Nagini là où il le souhaite. Mieux vaudrait en effet ne pas tarder, » dit Snape.
« Leur maison est sous fidelitas, elle ne pourra pas la voir… pas vrai ? » demanda Ron.
« Je crains que si, » fit le professeur. « Le sort ne concerne pas les animaux. »
« Allons-y, » lança Harry. « Ron, tu peux nous emmener là-bas ? »
« Oui, je suppose, mais pas tous à la fois… »
« Et de toute façon, il faut prévenir l'Ordre avant, » insista Hermione. « C'est trop dangereux ! »
« Bon, l'un de nous va au Terrier et… »
« Non, en aucun cas, ce serait trop risqué. A moins d'utiliser la voie de cheminette… »
« Elle est désactivée, » rappela Snape. « Je peux en revanche envoyer un Patronus prévenir la famille Weasley. »
« Excellente idée. Faites ça. »
Aussitôt, le professeur brandit sa baguette d'où s'échappa une biche argenté qui resta un instant à les observer. Snape se pencha vers elle et lui énonça son message, et le patronus partit au galop pour disparaitre par la fenêtre.
Les trois adolescents restèrent un instant bouchée bée.
« Une biche, » fit finalement Harry. « Votre patronus est une biche. »
Snape hocha la tête.
« Comme ma mère, » poursuivit le garçon. « C'est… » il secoua la tête. « Nous parlerons de cela plus tard. Pour l'instant, il faut y aller. »
« Une seconde, » interrompit le professeur, « peut-être serait-il utile d'établir une stratégie avant de partir. »
« Parce que vous croyez qu'on a le temps pour ça ? » rugit Ron. « Mon frère est peut-être attaqué en ce moment même par un serpent géant ! »
« Puis-je vous rappeler nos soupçons concernant ledit serpent ? »
« Un horcruxe, » murmura Hermione. « Merlin, je n'y pensais plus. Je suppose qu'un simple avada n'y suffira pas ? »
« Peut-être, mais je ne prendrai pas le risque, ce sort a des effets divers sur les animaux. Il faudra s'y prendre de manière plus radicale. »
« Quelles sont les possibilités ? »
« Elles sont assez restreintes, » fit Snape en secouant la tête. « Du venin de basilique ou un sort de magie noire très puissant, pour résumer la situation. »
« Et bien sur, vous n'avez pas de venin sous la main, je suppose ? »
« Vous supposez bien, M. Potter. J'ai les moyens de mettre le sort en œuvre, en revanche. »
« Le contraire m'aurait étonné, » grogna Harry. « Pas d'autre moyen ? »
« Pas à ma connaissance. L'épée de Gryffondor devait vous revenir, mais je suppose que le Ministère fera tout pour que cela n'arrive pas. »
« Je suppose que nous n'aurons pas le choix. Utilisez votre sort contre elle, si nous y arrivons… mais contre Nagini uniquement, c'est compris ? »
« Entendu, » fit Snape. « M'autorisez vous cependant à faire usage des sorts nécessaires à votre protection ? »
« Pas de sort impardonnable, » fit Harry entre ses dents. « Débrouillez vous avec ça. »
Snape hocha la tête, et Ron fit un pas vers lui.
« Si je vous emmène là bas en premier, vous pourrez revenir chercher Harry, n'est ce pas ? »
« Bien entendu. »
« Alors accrochez vous, » murmura Ron en le prenant par le bras, « parce que je n'ai encore jamais fait ça. »
« Tout ira bien. Concentrez vous sur votre destination, ma magie viendra appuyer la votre. »
Le jeune Weasley lui jeta un regard perplexe mais ne perdit pas de temps en questions. Une minute plus tard, ils transplanaient du perron de la maison pour apparaitre dans la lande, devant un petit cottage à l'allure rassurante. Rien ne laissait présager qu'un meurtre puisse se préparer, mais Ron ne perdit pas de temps.
« Vous êtes dans le secret, maintenant. Allons chercher les autres. »
Mais quand ils réapparurent quelques minutes plus tard accompagnés de leurs passagers, la scène avait considérablement changé. De la fumée montait en colonne derrière le cottage, et les oiseaux et petits animaux s'enfuyaient dans toutes les directions.
Un cri retentit et la porte de la maison s'ouvrit, laissant apparaitre une jeune femme à l'allure familière.
« Fleur ! » cria Hermione, « attends, n'y va pas ! »
La jeune femme s'était tourné vers leur petit groupe en entendant sa voix, mais l'attention des adolescents était déjà ailleurs. Un peu plus loin, entre eux et la fumée, l'herbe haute se couchait pour laisser place à l'avancée silencieuse de Nagini. Et le serpent n'était pas venu seul, constata Snape. Bellatrix l'avait accompagnée. Les deux favoris du Seigneur des Ténèbres sur un même objectif… quel honneur il leur faisait là, songea-t-il ironiquement.
Et son jeune maître, de manière prévisible, avait vu rouge à son apparition. Pas d'avada kedavra, hum ? A cet instant, il doutait que le garçon lui en aurait réellement voulu. Il semblait même assez proche d'en lancer un lui-même.
Dégainant sa baguette, il évalua la situation. Fleur Delacour avait repéré la menace, mais celle-ci n'avait pas réagit comme il l'avait espéré. Une expression paniquée s'était affichée sur son visage tandis que sa main se portait à son ventre… la jeune mariée était enceinte, réalisa Snape. Merlin, les Weasley se sentaient ils donc obligés de se reproduire en permanence ? On ne pourrait guère compter sur elle…
« Granger, allez aider la nouvelle Mme Weasley à éteindre le feu, elle ne doit pas sortir des limites du Fidelitas. Nous nous chargeons du reste.
La jeune fille hocha la tête, et courut rejoindre la jeune femme sans protester, au grand soulagement de Snape.
« Maître, il va falloir empêcher Nagini de sortir de la zone du sort. Bellatrix ne pourra pas rentrer, mais il faudra surveiller ses agissements de l'autre côté, je pense que ce départ de feu n'est qu'un début… pouvez-vous vous en charger ? »
« Je ne vais pas me contenter de la surveiller, je vais lui régler son compte, » gronda Harry. « Elle va payer pour ce qu'elle a fait à Sirius ! »
« Harry, je ne suis pas sûr… »
« M. Potter, je vous conjure d'attendre que je vous rejoigne, je connais bien Bellatrix Lestrange et… »
« Occupez vous de Nagini, je m'occupe de Bella. »
Et sans un mot, il se mit à courir en direction de la sorcière.
« M. Weasley, essayez de le raisonner, ou au moins de le garder en vie jusqu'à ce que j'en ai fini avec le serpent, si vous le voulez bien. »
Avec un grognement, le jeune homme se lança à la poursuite de son ami.
Tournant son attention vers sa tâche suivant, Snape ne put s'empêcher de jeter un regard vers l'endroit où les deux jeunes femmes avaient disparu. Le feu ne semblait pas progresser… mais que faisait donc l'aîné des Weasley ? Selon toute probabilité, il n'était pas là… voilà qui n'allait pas aider. Si l'Ordre n'arrivait pas rapidement, la lignée des Potter risquait de s'éteindre de manière tragique et prématurée.
Mais pour l'instant, un problème plus gros l'attendait. Devant lui, Nagini s'avançait, sa langue frétillant devant elle. Merlin, qu'il détestait ce serpent… levant sa baguette, il murmura un sort pour l'immobiliser qui, comme il s'y attendait, ne fonctionna qu'à moitié. Un deuxième… le reptile arrivait toujours sur lui bien trop vite.
« Sectumsempra ! »
Le serpent siffla de douleur tandis que sa peau fine se déchirait, mais il n'arrêta pas pour autant sa progression. Bien au contraire, ses yeux se mirent à briller d'une animosité nouvelle tandis qu'il filait, tête au niveau du sol, vers sa proie.
Il n'était plus temps d'hésiter. Il fallait juste espérer que l'animal soit suffisamment bien placé pour qu'il puisse maîtriser ensuite le feudeymon… prenant une grande inspiration, Snape récita l'incantation. Il y eut un grondement, sa baguette se mit à vibrer de manière impossible, et soudain un énorme serpent de feu, ressemblant en tout point à Nagini surgit de la baguette pour se jeter sur sa victime.
Snape vit un instant de doute dans le regard du serpent géant. Nagini se figea, tenta de se glisser sur la droite pour éviter l'assaut, mais rien n'y fit : le serpent de feu se jeta sur elle gueule ouverte pour l'attaquer.
La lutte fit rage pendant quelques instants et Snape, baguette à la main, se tint prêt à agir. S'il s'était trompé, si Nagini n'était pas un horcruxe, alors… mais la réponse ne tarda pas à arriver. Si puissante que soit le serpent, elle ne pouvait rien contre un tel sort de magie noire. Lorsque le feudeymon la prit à la gorge, Snape vit le corps démesuré de l'animal s'agiter de soubresauts avant de s'immobiliser… une lueur verte émana alors de l'animal, pour disparaitre dans un sifflement rageur. Pendant un instant, l'air sembla se glacer autour d'eux, et quand un crâne fantômatique se dessina dans la brume qui s'était crée, avant de s'estomper lentement, Snape sut qu'il avait raison. Le frisson qui le parcourait ne devait rien à la température… la bataille avait été courte, presque trop facile, songea-t-il, Voldemort n'avait rien vu venir. Malgré tout, c'était bien un fragment d'âme qui venait de périr de sa main.
Nagini, cependant, n'avait pas encore rendu son dernier souffle, et pendant les quelques secondes où le serpent survécu, Snape vit dans ses yeux jaunes la plus grande confusion. Puis la langue cessa de s'agiter, et la tête de l'animal retomba sur le sol, inerte.
Snape prit une grande inspiration. Son travail ici était fini, restait maintenant à dissiper le feudeymon. Se concentrant à nouveau, il récita la formule qui permettait à la créature de retourner dans son monde… un instant plus tard, il ne restait plus qu'un petit tas de cendres sur le sol, et le sorcier put retourner son attention sur le reste de la bataille.
Les choses, comme il s'y était attendu, ne s'annonçaient pas bien pour Potter. Dans un accès inattendu de stratégie, celui-ci et Weasley-Dernier-Du-Nom étaient restés dans les limites présumées du sort de Fidélitas, et envoyaient de là quelques sorts offensifs à Bellatrix. Mais celle-ci n'en semblait guère contrariée, et bien qu'ignorant où se trouvait ses adversaires, la sorcière ne restait pas inactive : ses sorts à large portée s'ajoutaient à des débuts d'incendie qui menaçaient déjà d'encercler les adolescents, et ses avadas, visant l'endroit d'où les sorts lui provenaient, passaient dangereusement prêt de leur cible.
En quelques foulées, il avait rejoint son maître et lancé quelques sorts de protection.
« Nagini est morte, » annonça-t-il, « il faut s'en aller ! »
« Et laisser Bellatrix ici ? Pas question ! » cria Potter.
« Je m'en occupe, mais vous devez rentrer à Grimmauld Place avant que les autres… »
Une série de bruits étouffés l'interrompirent, et de nouvelles silhouettes se dessinèrent à travers la fumée.
« Des Mangemorts, » siffla Snape, « elle a appelé des renforts ! Je vous en conjure, partez ! »
« Je ne laisserai pas Fleur descendre sa maison toute seul, espèce de lâche ! Battez-vous ! » hurla Harry.
Serrant les dents, le professeur se focalisa sur les silhouettes devant eux. La priorité était de protéger son maître… un protego, puis un autre, un bouclier… les sorts fusaient de tous côtés à présent, ils devaient être une demi-douzaine, estima Snape, et probablement les plus aguerris vu la situation. Le sort de fidelitas les empêchait de les distinguer et donc de bien les viser, mais le feu aurait bientôt raison d'eux s'il ne pouvait pas… bon sang, Potter avait interdi les sorts impardonnables, mais il n'avait pas parlé des autres, ceux à peine moins pires mais également moins connus.
Tout en maintenant ses boucliers, Snape se mit à murmurer des sorts à voix basse. Un mangemort tomba, puis un autre… mais d'autres étaient arrivés, constata-t-il, et ils n'allaient pas pouvoir gagner cette bataille. Pas de cette façon. Ils devaient se replier, mais…
Une nouvelle série de 'pop' le fit sursauter ; ceux la venaient de derrière eux cette fois… il jeta un rapide regard par-dessus son épaule et se détendit aussitôt : l'Ordre ! Enfin !
Rugissant, Kingsley s'était lancé à l'assaut le premier, suivi de prêt par une flopée de Weasley et la jeune Tonks, elle-même flanquée du loup-garou. Laissant échapper un grognement de soulagement, Snape se concentra à nouveau sur la protection de son maître, renonçant à l'offensive.
« Harry, » lança Bill en les atteignant, « où est Fleur ? »
« Avec Hermione, elles éteignent le feu quelque part ! » s'écria celui-ci.
« Merlin, Harry, comment es-tu arrivé ici ? Que s'est il passé ? »
« Il voulait te tuer, » expliqua le jeune homme, « il a envoyé Nagini et… » il leva le regard vers Snape.
« Je l'ai tuée, il n'y a plus rien à craindre de ce côté. »
« Harry, Merlin, je… » Bill secoua la tête. « Je dois trouver Fleur ! Elle est enceinte, elle ne doit pas… »
« Harry ! » tonna une voix à leurs côté, « qu'est ce que tu fiches ici ? »
« Kingsley… monsieur… je… »
« Pas de temps pour ça, Potter ! Pars de ce champ de bataille, et tout de suite ! » rugit l'auror.
« Mais je peux vous aider ! » protesta Harry.
« C'est tout ce que tu as à faire dans cette histoire ? » répondit Kingsley, « Traîner sur les champs de bataille ? C'est ça, ta grande mission ? »
Harry sembla hésiter.
« Je… »
« On n'a pas de temps pour ça ! Si tu as vraiment quelque chose dans les tripes, petit, alors fiche le camp immédiatement et laisse nous occuper de ça ! C'est notre boulot ! »
Le garçon hésita un instant, avant de reculer à contrecoeur. L'auror avait raison. Il avait une mission à accomplir : les horcruxes. A ses côtés, Ron semblait partager son dilemme, mais quand leurs regards se croisèrent, la même résolution s'y lisait : il fallait partir. Restait à trouver Hermione…
Snape, quant à lui, était resté à quelques mètres d'eux, surveillant le champ de bataille et s'assurant qu'aucun sort ne les atteigne. Plutôt efficace, Harry devait l'avouer… et il prétendait avoir tué Nagini. Non, pas prétendait, rectifia le jeune homme, il l'avait fait, lui-même l'avait senti quand l'animal avait succombé. Hermione avait raison, après tout, le professeur allait peut-être se révéler utile.
« Il faut trouver Hermione, » lui annonça-t-il, « on rentre. »
« Miss Granger n'est plus ici, » répondit Snape, « je ne détecte plus sa présence. »
« Quoi ? Comment ça, vous ne la détectez plus ? »
« Elle n'est plus sur ce champ de bataille, c'est du moins ce que mes sorts m'indiquent. »
« Vous ne voulez pas dire… où voulez-vous… » commença Harry, confus.
« Si vous me permettez une suggestion, M. Potter, je pense qu'il serait bon de vérifier si elle n'est pas tout simplement rentrée à Grimmauld Place. »
Harry s'agita nerveusement.
« D'accord, oui. Commençons par là. Vous êtes sûr de vous ? »
« Certain, » acquiesça Snape.
« Hermione ne nous aurait pas laissé tomber, » protesta Ron. « Il doit y avoir une raison ! »
« A Grimmauld Place. On verra ça là bas, » lança Harry. Et d'un commun accord, tous trois transplanèrent sur le perron de la maison, qu'ils franchirent immédiatement.
Comme Snape l'avait prédit, Hermione les attendait, plus fébrile que jamais.
« Harry, je suis désolée ! » s'exclama-t-elle en se jetant littéralement sur lui.
Surpris, Harry lui tapota maladroitement l'épaule.
« Ce n'est rien, Hermione, tout va bien, l'Ordre a les choses en main. Nagini est mort. Tout va bien. »
« Ce n'est pas ça ! » fit la jeune fille, désespérée. « C'est moi, c'est ma faute… quand les Mangemorts sont arrivés, nous étions de l'autre côté Fleur et moi, pour tenter d'éteindre le feu… ils nous ont vu, j'ai compris trop tard… Fleur est enceinte, tu comprends ? Je ne pouvais pas prendre le risque, je l'ai faite transplaner ici, mais je n'avais pas vu ce Mangemort, il s'est accroché à moi et… il est passé avec moi sur le perron de la maison, Harry, il l'a vue ! Nous ne pouvons pas rester ici ! »
La déclaration fit l'effet d'une douche froide à Harry. Malgré lui, il chercha Snape du regard.
« Miss Granger a raison, » confirma celui-ci. « Le secret n'est plus protégé. Nous devons partir. »
« J'ai déjà fais les bagages, » gémit Hermione, « j'ai pris les papiers, tout… »
« Hermione, où est Fleur ? » demanda soudain Ron, inquiet.
« Elle est repartie… je l'ai… Merlin, je l'ai renvoyée au Terrier, je ne pouvais pas attendre, c'est terrible, mais je crois qu'il était trop tard de toute façon… le bébé… je crois que… »
Elle ne finit pas sa phrase, mais les trois sorciers la comprirent, et un silence inconfortable les enveloppa.
« Je regrette de devoir vous presser, » fit enfin Snape, « mais mieux vaudrait ne pas rester plus longtemps que nécessaire dans cet endroit. »
« Il faut trouver un endroit ou transplaner, » énonça nerveusement Harry, « n'importe où, au calme. »
« J'ai pris la tente de M. Weasley, » annonça Hermione, « nous aurons de quoi nous abriter. S'il vous plait, il faut juste faire vite ! »
Mais Harry secoua la tête.
« Nous n'aurons pas besoin de la tente. » Il se tourna vers Snape. « Votre fameuse maison, Misty quelque chose. On va la bas. Emmenez-nous. »
Pendant un instant, Snape sembla se figer et Harry crut voir un éclat de mécontentement passer dans son regard. Mais l'homme acquiesça et ouvrit à nouveau la porte d'entrée.
« Tenez-vous bien à mois, s'il vous plait. »
Les trois adolescents s'approchèrent, posant chacun une main hésitante sur son bras.
Puis, dans un craquement, ils disparurent.
Mea maxima culpa, j'ai encore mis un temps fou à updater cette fic. Grosse flemme d'auteur, tout bêtement... mais me revoila! D'un côté, je suis un peu frustrée avec ce chapitre parce que mon côté mélodramatique me dit que je n'en ai pas fait assez avec cette destruction d'horcruxe. Mais mon côté raisonable me rappelle que je n'ai pas l'intention de vous trainer sur une fic de la longueur de Shadow ici et qu'il est de mise d'aller un minimum bon train... voici donc un petit chapitre qui fait gentiment avancer les choses, vous ne trouvez pas ? ;-)
