12. Nouvelle expérience

Nous forgeons notre vie à travers les expériences que nous avons, les bonnes, les mauvaises, les inattendues. Parfois on croit bien se connaître, sachant ce que nous aimons et ce que nous détestons, jusqu'au jour où, sans crier gare, une nouvelle expérience vient chambouler nos certitudes et tout remettre en question.


Je me trouvais à Prague depuis deux mois déjà. Tout en cette ville me plaisait. J'aimais l'atmosphère qui s'en dégageait, les bâtiments, les odeurs des salons de thé, les personnes que je croisais jours après jours. Je vivais dans un petit appartement avec Louise, bien trop heureuse d'avoir trouvé une amie avec qui partager mes balades et mes aventures en tout genre. Mon amie respirait la joie de vivre et n'avait peur de rien et avec elle j'oubliais tout, mon passé, mes épreuves. Nous étions jeunes et ne nous soucions pas des conséquences de nos actes, bien trop occupées à profiter de chaque instant que la vie nous offrait.


Nous avions dîné dans un charmant restaurant ce soir là, pour ensuite nous rendre à l'Opéra et voir la Flûte Enchantée de Mozart. Bras-dessus, bras-dessous, nous rentrions à l'appartement en riant, se remémorant certains passages de la pièce et à quel point l'une des cantatrice ressemblait à notre voisine.

-Je n'imagine pas une seule seconde Wilfreda chanter comme ça, lança Louise en riant, imagine son pauvre chat, il se jetterait par la fenêtre pour ne plus l'entendre.

-Je crois que si Wilfreda tentait de chanter cela ressemblerait plutôt au cri d'un cochon qu'on égorge, ajoutais-je en riant avec elle.

-Oh Julia, voyons, tenta de me gronder mon amie sans grande conviction, je ne te reconnais pas là.

-C'est parce que tu as une mauvaise influence sur moi, dis-je en me retenant de sourire.

Mais pourtant cela ne dura que quelques courtes secondes avant que nous éclatâmes de rire toutes les deux à nouveau alors que mon amie poussait la lourde porte de l'immeuble où nous logions.

-Bonsoir Mesdemoiselles, fit une voix grave lorsque nous arrivâmes au premier étage sans cesser de rire.

-Wifreda, lança Louise, quelle bonne surprise, vous ne dormez pas?

-Avec tout ce raffut, certes non.

-Veuillez nous excuser, dis-je timidement en attirant Louise avec moi vers les marches qui montaient au deuxième étage.

-Ce n'est pas prudent pour deux jeunes filles de traîner dehors à cette heure.

-Nous étions au restaurant et à l'Opéra, lança Louise en riant.

-Et de toute évidence vous avez abusé du vin, grommela la vieille femme.

-Avez-vous vu la Flûte Enchantée de Mozart? Dis-je sans tenir compte de sa remarque et assez vite pour que Louise puisse réagir avant moi.

-Grand ciel non, un Opéra en allemand, quelle horreur.

Je secouais la tête de gauche à droite, j'aurai dû me douter qu'elle penserait cela.

-Bonne soirée Wilfreda, dis-je doucement en continuant ma route, entrainant mon amie avec moi.

-Mmhh, bonsoir Mesdemoiselles, l'entendis-je grogner avant qu'elle ne ferme sa porte derrière elle.

-Je plains son chat, murmura Louise doucement avant que nous soyons prises par un autre fou-rire.


Nous avons mis quelques courtes minutes pour rentrez chez nous, rejoindre notre chambre respective et nous changer pour aller nous coucher. Je retirais la couverture qui se trouvait sur mon lit lorsque j'entendis la voix de mon amie à peine plus fort qu'un murmure sur le bois de ma porte.

-Julia, je peux entrer?

-Oui, répondis-je doucement en me tournant vers la porte qui s'ouvrit aussitôt.

Louise pénétra dans ma chambre, habillée d'une longue et fine chemise de nuit blanche comme la mienne. Je remarquais pourtant que quelque chose la tracassait et qu'elle n'avait pas encore défait ses cheveux pour aller se coucher.

-Qu'est-ce qu'il y a Louise?

-Eh bien, je voulais te demander quelque chose.

-Je t'écoute.

-J'ai un peu peur de ta réaction.

Je m'avance vers elle pour lui prendre la main et la regarder droit dans les yeux.

-Je crois qu'avec tout ce que je t'ai dis sur moi tu n'as pas à avoir peur de me demander quoique se soit.

-C'est justement par rapport à ce que tu m'as dis sur ton passé.

-Eh bien, si je peux t'aider, demande-moi ce que tu veux.

-Comment…comment fait-on l'amour?

Je me figeais sur place l'espace d'une seconde, la bouche entrouverte, totalement désemparée face à cette question.

-Eh bien, c'est…euh…

-Tu as déjà fait l'amour avec un homme et moi jamais. J'ai peur de ne pas savoir.

-Je l'ai fait parce que je l'aimais. Le jour où tu trouveras un homme que tu aimeras profondément et qui t'aimera tu n'auras à te poser la moindre question. Les choses viendront simplement comme il se doit.

-Et si n'est pas le cas ?

-Louise, soupirais-je.

-Montres-moi.

-Je ne peux pas, je suis une femme.

-Et tu es Docteur.

-Non je ne le suis pas, murmurais-je en regardant le sol.

-Tu le deviendras j'en suis certaine, lança mon amie en tentant d'accrocher mon regard, s'il te plait, apprends moi.

Je lève les yeux vers elle et plonge mon regard dans le sien quelques instants. Louise m'étonnera toujours par son ouverture d'esprit, par son caractère espiègle, par cette immense bonté et beauté qui s'émanent d'elle. Comment puis-je imaginer un seul instant qu'aucun homme ne succombera à son charme et son charisme, sans oublier sa volonté sans borne.

-Très bien, dis-je doucement en souriant.

Elle me lance un immense sourire avant que je fasse un pas de plus vers elle pour me tenir assez proche.

-Pour commencer, dis-je doucement, il faut lâcher tes cheveux, les hommes sont totalement chamboulés lorsqu'on laisse des mèches caresser leur peau.

Elle ne répond pas et je dirige ma main vers ses cheveux pour lui enlever les épingles qui s'y trouvent encore, puis, mes mains glissent entre ses boucles pour venir les déposer sur ses épaules. Je laisse mes doigts courir sur le tissu de sa chemise de nuit pour m'approcher des lacets de celle-ci qui se trouvent sur sa poitrine.

-Un homme souhaitera te déshabiller, alors laisse-le faire, sauf si tu vois qu'il éprouve de la difficulté à défaire les lacets de ton corsage, ils sont rarement patients pour prendre le temps de le faire avec délicatesse, dis-je en souriant.

Louise sourit également mais ne répondit pas. Je lui jettes encore un regard avant d'ouvrir doucement les lacets, effleurant sa peau douce au passage. J'ouvre sa chemise de nuit, dégageant ses seins que je caresse du bout des doigts pour venir faire glisser le fin tissu sur le sol, très lentement en remarquant que la jeune femme avait les yeux fermés et que son souffle se faisait plus rapidement. Une fois nue, debout face à moi je la regarde encore quelques instants, remarquant ce que je savais déjà, son corps saura rendre heureux l'homme qu'elle aura choisi d'épouser.

-Une fois que tu es totalement déshabillée, poursuivais-je, il te faudra le déshabiller à son tour, sans oublier de l'embrasser, de passer tes mains dans ses cheveux, de lui murmurer des mots d'amour à l'oreille. Tu lui indiqueras quels sont les endroits de ton corps qui te sont le plus sensibles et tu trouveras les siens.

-Dois-je le lui dire?

-Oh non, tu le découvriras lorsque ses mains et ses lèvres glisseront sur ta peau.

Avant que je n'ai le temps de répondre quoique se soit, elle se saisit de ma main et la posa sur sa poitrine sans quitter mon regard.

-Ce sera mon sein?

-Ou ta nuque, ta cuisse, ton nombril, voire bien plus intime encore, ajoutais-je en rougissant.

-Et si je n'éprouve rien?

Je soupire en souriant avant de la guider vers le lit.

-Allonges-toi, ordonnais-je simplement.

Elle s'exécuta.

-Ferme les yeux.

Elle obéit une fois encore et j'inspirais profondément, me demandant ce que j'étais en train de faire avant de m'asseoir sur le bord du lit à mon tour et de me pencher vers elle. Je fermais les yeux également, déposant un baiser dans le creux de sa nuque, puis, un peu plus bas, sur ses épaules, sa poitrine, son ventre, sa cuisse et sa jambe.

La respiration de Louise se faisait de plus en plus forte, ma main prit le chemin de ses cheveux et je jouais avec une de ses boucles, laissant mon souffle se mêler au sien quelques secondes. Puis, mes doigts glissèrent sur sa peau, sur son corps tout entier, avant que je ne m'éloigne d'elle, attendant qu'elle n'ouvre les yeux et ne croise mon regard.

-Alors c'est comme ça qu'on fait l'amour? Me demande-t-elle doucement en souriant.

-Je n'ai fait que te montrer comment ton corps peut réagir, dis-je en riant, faire l'amour c'est beaucoup plus encore que cela. Tu découvriras cela avec ton amant. Mais n'oublie jamais que tu dois prendre ton temps, chaque mot, chaque geste, chaque baiser à son importance. Maintenant rhabilles-toi si tu ne veux pas attraper froid, lançais-je en riant en me levant pour me saisir de sa chemise de nuit qui s'était échouée au sol.

Je la lui lançais et elle la passa rapidement avant de s'allonger sur mon lit à nouveau.

-Sais-tu que tu es dans mon lit? Dis-je faussement vexée.

-Après ce que tu viens de faire j'ai bien le droit de rester, non? Demande-t-elle avec une étincelle de malice dans le regard. Tu ne vas tout de même pas te comporter comme le pire des goujats et me mettre à la porte?

Je secoue la tête de gauche à droite avant de m'approcher de mon lit à nouveau.

-Fais-moi un peu de place dans ce cas, et ne t'avise pas de ronfler.

Nous rions toutes les deux et nous couchons l'une contre l'autre, sans nous quitter du regard pendant plusieurs minutes.

-Julia, dis-moi, as-tu aimé? Me demande Louise en jouant avec une mèche de mes cheveux.

-Aimé quoi?

-Faire ce que tu m'as fait ?

-Je t'aime énormément Louise, avouais-je doucement, et je dois avouer que tu es très belle et très attirante. Mais j'aime les hommes, je n'ai pas le moindre doute là-dessus.

-Mmh, c'est dommage, soupire Louise en fermant les yeux, bonne nuit Julia.

-Bonne nuit Louise, répondis-je doucement en la regardant s'endormir contre moi.

Ainsi je restais perdue dans mes pensées encore quelques minutes, repensant à ce que j'avais ressenti lorsque mes mains et mes lèvres effleuraient le corps de mon amie. J'aimais les hommes, je n'en doutais pas une seule seconde, seulement je n'avais pu m'empêcher de ressentir quelques frissons en voyant de quelle façon elle avait accueilli mes assauts. Je me demandais à cet instant ce qui aurait pu se passer si je ne m'étais pas arrêtée. Après tout, l'Homme est un animal et il n'est pas rare de voir dans la nature des animaux de même sexe jouer de manière intime entre eux.

Je soupirais profondément. Les Hommes ne sont de loin pas aussi indulgents que les animaux et le jour où la société permettra ce genre d'attitude, n'est pas encore arrivé.


Les expériences font parties de la vie et nous construisent, sans elles nous ne devenons pas de nouvelles personnes, nous ne changeons pas, nous ne grandissons pas. Remettre en question ce que l'on croyait acquis depuis toujours nous amène à poser un autre regard sur les autres, le monde et sur nous-mêmes.


à suivre...