Eeeeet me revoilà ! Avec un premier bonus, sur... La guerre, et la Team Canada. Vous reverrez la famille de Kathleen (petit rappel : son père est Helmet, sa mère est Florence, son frère aîné est Amos (marié à Grace, et père de Cédri), sa soeur aînée est Eloyce, et son petit frère est Jason). Vous reverrez Delmar ! Et Lucas ! La famille de Lucas ! Cassie ! Elijah ! La famille d'Elijah ! Enfin, notamment sa mère Délila son frère Basile, et sa soeur Esther. Et on va revoir CANDELA ! Et Rosier (Justinien Rosier, je précise, même s'il y aura aussi mention de son frère Constantin... Celui qui a épousé la cousine de Kath). Bref, il va y avoir de l'action ! De l'intrigue ! Et surtout... Du volume, parce que ce truc fait 48 pages Word xD Bon courage !

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Alors, il est temps de passer aux... Réponses aux reviews !

Hello Mlle Aline ! Contente que ça t'ai plu ! Le bonus sera moins fun que le reste de la fic (normal, c'est la guerre), mais j'espère que tu aimeras aussi x)

Hey Mayoune ! Ouais, la Team Canada ne se séparera jamais vraiment x) Même des années après ils restent en contact, à picoler, rigoler et faire la fête ensemble. Ils sont vraiment inséparables ces quatre-là.

Yo Automne ! Oui, c'était assez évident pour les parents de Brenda. Je pense que pas mal d'enfants sorciers sont nés comme ça. Et ouais, Cassie, on la changera pas x) Avec ses expressions zarbi et tout xD Et Kathleen... C'est peut-être mieux qu'elle soit pas restée à Poudlard, elle aurait tué Neville x) Déjà t'as vu ce qu'il est arrivé au pauvre elfe de maison qui s'est retrouvé sur son chemin ! Et Lucas... Lucas reste Lucas, je pense qu'on peut imaginer sans mal ses conversations avec les aristocrates péteux xD Et Cassie est toujours fixée sur Elijah. Cette andouille qui ne se rend compte de rien x) A mon avis, Elijah est absolument aromantique. Un peu comme Lucas. Du coup la drague, ça lui passe complètement au-dessus de la tête, il capte que dalle x)

Coucou Titietrominet ! Ouais, Team Canada 4ever xD J'imagine qu'ils se sont bien éclatés à la fête de Tonks, en effet x) Malgré les années, ils ne changent pas ! C'était ce que devait montrer cet épilogue x)

Salut Sheena333 ! Contente que cette histoire t'ai plu x) A ce jour c'est la fic dont je suis la plus fière, parce que c'ets sans doute la plus poilante x) Elijah est en fait aromantique, dont la drague de Cassie ça lui passe au-dessus de la tête. Et son Patronus... J'ai pas encore décidé ! Et oui, dans ctte fic, les mots "Harry Potter" n'apparaissent pas UNE SEULE FOIS. Et c'était pas gagné ! Mais oui, c'est une bonne idée de bonus. J'y penserai ! Et pareil pour l'histoire de Delmar et Bill. Ou bien pour Rosier et Kathleen ! Même si à mon avis, entre eux deux il n'y a qu'une bonne vieille animosité, et pas d'anguille sous roche...

Hello Zarbi ! J'espère que le bonus sur la guerre te plaira, alors x) On va voir la Team Canada en action ! Et en ce moment j'écris un bonus sur la Team Canada et les ragots sur Harry Potter. Enfin, un Bonus qui montre qu'Harry Potter a été une constante dans leurs vies, sous forme de légende et de source de potins (ce bonus sera donc l'occasion pour moi d'écrire un max de conversation débiles et farfelues !) : et un deuxième Bonus où la Team Canada rencontre Harry Potter, et qui se passe après la guerre.

Merci DonnySean ! Tu vas voir, le bonus est un peu moins drôle que le reste de la fic. Et il est LONG, c'est énorme xD Anyway, contente que ça t'ai plu !

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Ouf ! C'était long, y a eut plein de commentaires x) En ce moment je subit une baisse de motivation globale sur toutes mes fics, donc je poste ce bonus dans l'espoir de m'auto-booster et réussir à écrire QUELQUE CHOSE, n'importe quoi. Même sur Naruto ou Supernatural, pourvu que j'écrive !

Donc accrochez vos ceinture mes chers kiwis. Ce bonus, je l'ai terminé il y a plusieurs semaines, et c'est du lourd !

(Faites attentions au dates, aussi, la chronologie est assez importante x) )

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Bonus 1

La guerre

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Samedi 25 juin 1995, salle à manger de la Renardière.

(Quatrième année d'Harry Potter, quelques heures après la fin de la Troisième Tâche.)

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Il faisait nuit noire. Les nuages masquaient la lune et une bruine fine et glacée tombait depuis quelques heures, dégoulinant sur les fenêtres et crépitant doucement sur les tuiles du toit. Le plafonnier avait été éteint, comme par respect pour l'atmosphère lugubre qui planait dans la maison. La seule lumière venait de la cheminée, où mourraient les braises du feu, et de la bougie posée sur la table.

Kathleen fixait sans la voir la flamme qui vacillait au bout de sa mèche. Cassie tirait ses cartes, étudiant d'un air concentré les symboles dévoilés à la lumière de la bougie. Lucas était assis devant la cheminé, triturant machinalement le tisonnier qu'il avait dans les mains. Delmar leur jetait des regards inquiets depuis la cuisine, où il faisait du thé pour s'occuper. Leurs yeux étaient rouges et gonflés, leurs traits tirés, et un silence macabre régnait dans la maison.

Leur monde avait basculé vingt-quatre heures plus tôt, et ils ne savaient pas comment agir.

Leur monde avait basculé quand Harry Potter avait émergé de ce fichu labyrinthe avec le cadavre de Cédric, hurlant comme un possédé. Kathleen avait été la seule à assister à la scène, les autres n'ayant pas été invités à la Troisième Tâche. Pourtant, au fond d'eux-mêmes, ils avaient su que quelque chose clochait. Lucas, quand il avait vu Lucius Malefoy quitter le Ministère d'un pas vif et le visage blême : Cassie, quand elle avait tiré les cartes comme elle le faisait tous les soirs : Delmar, quand Eveline lui avait dit d'un air affolé que ses parents voulaient qu'elle rentre et qu'elle ne savait pas ce qui se passait.

Vingt-quatre heures. C'est fou ce qui se passe en vingt-quatre heures, à quel point ça va vite.

A quel point ça va lentement, dans un monde où Cédric n'était plus.

Kathleen prit une grande inspiration un peu tremblante. Ses yeux la brûlaient mais elle avait tellement pleuré qu'elle avait l'impression de ne plus avoir une seule larme à verser. C'était encore pire que quand son père était mort, l'année dernière. Au moins, Helmet avait eut une mort paisible malgré la violence de sa toux : il était mort dans son lit, après plusieurs mois d'affaiblissement, après avoir fait ses adieux, et entouré des siens.

Cédric… Cédric était mort tout seul. Sa famille avait juste eut droit à une histoire abracadabrantesque de mage noir ressuscité, à une tape sur l'épaule, et Dumbledore était parti s'occuper de choses plus intéressantes.

Cédric était mort tout seul, oh, Merlin. Il avait à peine dix-sept as. Il avait du avoir tellement peur. Se sentir tellement abandonné.

Cassie abattit une dernière fois ses cartes sur la table, et recula brutalement sa chaise. Le crissement du bois sur le carrelage fit violemment tressaillir les trois autres occupants de la pièce, et Lucas leva un regard écarquillé vers la petite Serpentard :

– Tu as trouvé ?

Cassie passa le doigt sur la carte du dessus de la pile. La Tour, à l'envers. Un symbole annonciateur de désastre et de douleur future.

– Ça me peine de le dire mais… Dumbledore avait raison.

– Tu devines ça avec tes cartes de charlatan ? sourcilla Delmar en revenant de la cuisine.

Il posa sur la table un plateau supportant une théière et quatre tasses. Il en poussa une devant Kathleen, sans pour autant que la Poufsouffle réagisse. Lucas soupira, puis se leva de sa place au sol et alla s'installer sur une chaise, tirant à lui une tasse de thé d'un air las :

– Cassie a le Troisième Œil. Je le sais depuis que j'ai découvert qu'elle est Pathomens. Quand on a ce type de don, on est plus sensible aux autres magies de l'esprit. Combiné à son talent en divination et au fait qu'elle ne se trompe jamais quand elle fait des prévisions… C'était assez évident.

Delmar renifla avec dédain. La divination, il pensait que c'était du flan depuis son premier cours avec Trelawney. Mais il sembla soudain se rappeler que, petit un, Cassie avait bâti une vraie fortune sur des sources mystérieuses, et que, petit deux, Kathleen n'avait sans doute pas besoin d'un débat sur la divination en ce moment. Du coup il se contenta de baisser les yeux sur la tasse qu'il remplissait.

– Je savais qu'une menace allait frapper le monde sorcier très prochainement, marmonna Cassie. Je me suis orienté vers une arnaque de Malefoy, une crise économique suite à un durcissement des politiques gobelines… Mais je n'arrivais jamais à déterminer la source du mal. Evidemment. Comment j'aurais pu penser à la résurrection de Vous-Savez-Qui ?!

Kathleen serra les poings, les yeux fixés sur sa tasse de thé :

– Il a tué Cédric, alors ?

Sa voix était rauque et cassée, mais son ton n'avait rien d'agressif. Il était plat, dur. Ce n'était pas vraiment une question, et les autres ne s'y trompèrent pas.

– Oui, fit Lucas avec autant de délicatesse que possible. Mais je pense que tu t'en doutais déjà. C'était forcément un meurtre, et… Ce n'était pas à la portée de Potter.

Et surtout, Kathleen n'aurait pas laissé vivre Harry Potter un jour de plus s'il avait tué Cédric. Les gens l'oubliaient souvent, en voyant l'uniforme de Delmar ou les relations de Cassie ou l'intelligence glaciale de Lucas, mais Kathleen était la plus impitoyable d'entre eux.

Cassie se racla la gorge, puis continua en triturant machinalement ses cartes :

– C'est bien une menace sorcière. Elle va rester dormante, cachée, pendant un certain temps. Ensuite, je sais pas très bien quand, on va avoir une guerre ouverte. Et… La carte de la Mort revient à chaque fois.

– Elle n'est jamais venue quand tu tirais les cartes pour savoir si Cédric allait gagner, lâcha Kathleen.

Sa voix était presque accusatrice. Toi qui vois l'avenir, comment as-tu pu ne pas voir ça ? Comment as-tu pu laisser ça arriver ?

Cassie tressaillit, puis soutint le regard de son amie Poufsouffle sans flancher :

– Lire l'avenir consiste surtout à poser les bonnes questions. J'ai demandé si Cédric allait réussir la première épreuve, s'il serait en danger durant la seconde, s'il gagnerait le Tournoi… A aucun moment je n'ai pensé à demander si… Si…

– S'il serait assassiné ? acheva Kathleen d'un ton amer. Oui, ce n'est pas non plus une question à laquelle j'aurais pensée.

– Kath, murmura Lucas sans savoir quoi ajouter.

Qu'est-ce qu'il aurait bien pu dire ? Son neveu, celui qu'elle considérait comme son petit frère, était mort. Il avait été assassiné. C'était une réalité tellement énorme, tellement monstrueuse, que Lucas n'arrivait pas à en saisir toute l'ampleur. Aucun d'entre eux n'y parvenait.

– Qu'est-ce qu'on fait ? finit par murmurer Delmar.

Kathleen crispa les mains autour de sa tasse de thé brûlante. C'était toujours elle qui répondait à ce genre de question, quand ils étaient à Poudlard et s'étaient encore fourrés dans les ennuis. Pourtant, aujourd'hui, son cerveau tournait à vide.

Qu'est-ce qu'il y avait à faire ? Cédric était mort. Mort.

– Mais je dois bien pouvoir faire quelque chose, gronda-t-elle.

Préparer une potion ou un poison, se battre, détruire quelque chose, prévenir les gens… Organiser l'enterrement, peut-être. Il fallait qu'elle fasse quelque chose, n'importe quoi, parce que sinon elle allait devenir folle. Kathleen ne savait pas rester les bras ballants lors d'une crise, ce n'était pas dans sa nature.

– Le Ministère a étouffé l'affaire, déclara Delmar avec hésitation. Ils ne veulent pas croire que Vous-Savez-Qui est de retour.

Kathleen lui lança un regard furibond :

– Je sais ça ! Je le sais très bien, j'étais là quand Fudge est venu déballer ses conneries de condoléances après le Tournoi !

Amos et Grace n'avaient pas dis un mot, prostrés devant le corps de Cédric, et Kathleen avait été sous le choc. Mais Florence avait remercié le Ministre d'un ton si glacé qu'il était sorti presque en courant. Heureusement, parce qu'Eloyce avait l'air prête à l'étriper. Des condoléances contenant les mots « surtout que ça ne s'ébruite pas » et « ne croyez pas ce que Dumbledore vous raconte », ça manquait terriblement de tact.

– Ne me mords pas ! protesta Delmar en levant les mains en signe de reddition. Je dis juste que si on part en guerre contre Vous-Savez-Qui, on sera tous seuls.

Les mots résonnèrent dans la cuisine, et quelque chose dans l'atmosphère changea imperceptiblement. Peut-être que c'était le fait de l'avoir dit à voix haute, mais ça sembla soudain plus réel. Partir en guerre.

– Dumbledore serait sans doute de notre côté, réfléchit Cassie.

Kathleen feula comme un chat sauvage, reposant sa tasse sur la table si violemment qu'une bonne moitié de thé se renversé sur le bois.

Dumbledore a laissé Cédric mourir !

– Et puis ça sera impossible de collaborer avec lui, fit Lucas d'un ton plus pragmatique. Pour Dumbledore, tu es un pion ou un ennemi. Il ne s'entoure que de gens qui lui sont loyaux, et je ne pense pas que ça s'applique à aucun d'entre nous.

Leur défiance envers Dumbledore était bien connue. Lucas ne lui manifestait aucun respect au Magenmagot, Cassie copinait ouvertement avec ses ennemis politiques, Delmar riait au nez de ceux qui lui vantaient le directeur, et Kathleen avait été un modèle d'insubordination depuis sa première année à Poudlard.

– Mais on ne va pas affronter Vous-Savez-Qui tous seuls, quand même ! protesta Cassie en ouvrant de grands yeux effarés.

Kathleen émit un vague grognement (il n'était pas exclu que ça lui ait traversé l'esprit…). Delmar se mordit la lèvre sans oser répondre. Lucas, lui, poussa un lourd soupir et pianota machinalement sur la table.

– Alors quoi ? Ne rien faire ? Fuir ? On sait tous qu'on ne peut faire ça.

Et son regard se posa sur Kathleen. Voldemort avait blessé leur amie. Il avait osé porter la main sur ce qu'ils avaient de plus précieux. Il n'y avait aucune chance pour que Delmar, Cassie et Lucas fasse autre chose que chercher vengeance.

Delmar eut un rire jaune :

– La team Canada part en guerre, alors ?

– La team Canada part en guerre, confirma Lucas avec un sourire sans joie.

– Fuck ma vie, marmonna Cassie.

Kathleen repoussa sa tasse à moitié vide, et son regard passa sur ses amis. Elle faillit leur dire qu'elle allait se battre, évidemment qu'elle allait se battre, parce qu'elle devait agir : mais qu'eux, ils pouvaient encore fuir. Faire comme s'ils n'avaient rien vu. Ou bien carrément partir, comme le prévoyait de faire Florence pour protéger le petit Jason. Après tout, Cassie était terriblement nulle au combat. Delmar avait une petite-amie, et un job qu'il aimait. Lucas avait sa distillerie, ses inventions, et ses disputes avec son père qui cherchait désespérément à le marier. Ils avaient tous une vie, un avenir… Alors oui, Kathleen faillit leur dire qu'ils pouvaient encore tourner les talons, mais elle ne le fit pas.

Depuis qu'ils avaient onze ans, à aucun moment une telle offre n'avait fonctionné.

Et même si cette fois, la situation était bien pire qu'une simple engueulade dans le bureau de Chourave, que d'être pris par McGonagall en train de faire une bataille d'eau dans les toilettes des filles, ou d'organiser un match de Quidditch clandestin en pleine nuit… Kathleen savait que, comme toujours, ils étaient dans le pétrin tous ensembles. Après tout, si ça avait été Lucas, Cassie ou Delmar à sa place, elle non plus n'aurait pas abandonné ses amis face à la menace imminente d'une guerre.

– Merci, murmura-t-elle d'une voix qu'elle ne put empêcher de trembler.

– Oh non, ne pleure pas, fit Delmar d'un air horrifié. Sinon je vais me remettre à pleurer aussi, je te jure, et j'ai plus de mouchoirs.

Narquoise, Cassie lui tendit un beau mouchoir blanc brodé de vert et lui tapota sur l'épaule :

– Vas-y, chiale. Gryffondor mon œil, oui.

Kathleen émit un léger rire qui fit dégouliner quelques larmes sur ses joues, et Delmar fondit promptement en larmes, arrachant le mouchoir des mains de Cassie en lançant à cette dernière un regard courroucé :

– Ta gueule ! Ce sont mes allergies, c'est tout !

Et Lucas esquissa un petit, minuscule sourire. Leur monde avait basculé et l'avenir s'annonçait sombre. Mais tant qu'ils étaient ensemble, ils ne pouvaient pas perdre espoir. Ensemble, ils pouvaient survivre à tout.

oOoOoOo

Mardi 20 janvier 1996, appartement vide de Canterbury.

(Cinquième année d'Harry Potter, un mois après l'attaque d'Arthur Weasley au Ministère.)

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– Alors, vous en dites quoi ? fit Delmar en désignant l'endroit d'un vaste geste du bras.

Kathleen et Lucas échangèrent un bref regard. Les murs étaient nus et marqués de tâches d'humidité, le parquet grinçait, le sol était sale, il n'y avait pas un seul meuble et ça donnait à l'appartement un air sinistre, il faisait un froid de loup… Mais c'était des problèmes que la magie résoudrait facilement. De toute façon, ce n'était pas ce qui les intéressait.

– Il n'y a aucun sorcier qui habite dans le quartier ? vérifia Lucas.

– Aucun, répondit joyeusement Delmar. Et croyez-moi, j'ai vérifié les registres au Ministère. Alors, on adopte l'endroit ou pas ?

Il sautillait presque d'enthousiasme, ravi de son succès. Kathleen esquissa un vague sourire :

– On adopte.

– Génial ! s'exclama l'Auror. On l'aménage nous-mêmes ou bien on le confie à une taupe ? D'ailleurs, on a qui comme taupe ? Faudrait qu'on fasse une liste.

Lucas réfléchit un instant, puis proposa :

– Tonks ? Ce sera facile de la recruter, vu qu'on la connait bien. Et puis, elle connait le monde Moldu, ça serai parfait.

Du coup Delmar sembla se dégonfler comme un ballon, perdant tout son bel enthousiasme, et se passa une main sur le visage avec un grognement découragé :

– Ah oui, à propos de ça… Je lui ai parlé ce matin et… Tonks a été recrutée par Dudu.

– Quoi ? s'insurgea Kathleen. Non !

– Eh si, confirma tristement Delmar. Je m'y attendais pas non plus… Mais elle a complètement évité toutes mes questions à propos de l'utilité d'une milice contre d'éventuels terroristes. Elle n'a pas pensé une seconde que je puisse être en train de la recruter. Elle agissait comme si elle devait me cacher quelque chose.

– Eh merde, jura Kathleen. Déjà qu'on pouvait faire une croix sur Bill et Charlie parce que leur famille est une adoratrice du barbu, voilà que Tonks aussi tombe dans le piège ! Dis-moi qu'il n'a pas eut Brenda au moins.

Partir en guerre contre Voldemort sans le Ministère ni Dumbledore à leurs côtés, ce n'était pas de la tarte. Kathleen avait donc décidé de partager les tâches. Dudu allait jouer les Gryffondor : il rassemblait une armée et préparait ses pions à aller au casse-pipe, tout en se décrédibilisant aux yeux du Ministère. La team Canada, elle, allait faire les Serpentard dans leur dos. Ils faisaient du repérage, restait dans l'ombre, et sauvait les meubles. En gros, ils se chargeaient du côté défensif de l'affaire.

Et pour ça, la première chose à faire était de se constituer un réseau. Un peu comme Cassie, en fait. Mine de rien, elle connaissait un nombre incroyable de gens. Et quand elle avait besoin d'un coup de main, d'une diversion, d'un emprunt… Il lui suffisait de tendre la main pour qu'un pote lui fasse une faveur.

C'était donc la première mission de la team Canada : réactiver leurs vieux contacts. Il ne s'agissait pas forcément de les prévenir que Voldemort était de retour (c'était un truc à passer pour fou, comme Dumbledore). Il suffisait de faire quelques allusions à des troubles futurs, rendre quelques services, faire en sorte que les gens sachent qu'ils étaient et qu'ils étaient fiables. Seuls leurs plus proches amis étaient mis au courant de leur plan.

Evidemment, la tâche était plus compliquée quand les gens qu'ils auraient voulu avoir dans leurs contacts étaient déjà en relation avec le Ministère, avec Dumbledore, ou pire : avec les deux.

– Je ne pense pas, la rassura Delmar. Brenda a juste une petite boutique à Pré-au-Lard, elle passe complètement sous le radar de Dudu. Et je suis en train de voir si Oliver Dubois serait intéressé aussi. C'est en bonne voie : il pense que Voldemort est de retour, mais il est trop insignifiant pour que Dumbledore le fasse entrer dans son réseau. Du coup, il sera sans doute ravi de rejoindre le nôtre.

– Bien, approuva Kathleen. Et ta fiancée, Lucas ? Ça avance ? Parce que si tu te marie, faudra bien informer la belle de ce qu'on trafique.

Le Serdaigle fit une grimace. Son père tenait absolument à voir son fils marié et père, histoire de perpétuer la lignée Ogden. Lucas avait beau freiner des quatre fers, Tibérius Ogden lui présentait sans cesse de jolies jeunes femmes de bonne lignée ou de bonne fortune, espérant dénicher la perle rare.

Du coup, Lucas avait six candidates potentielles pour son mariage. Coralie Macmillan, une Poufsouffle qui avait été dans leur classe. Olivia Scamander, une Gryffondor qui avait été dans leur classe aussi (enfin, dans celle de Delmar). Flora Parkinson, une Serdaigle, qui avait un an de moins que lui. Ambre Ceria, la grande sœur de Violette Ceria (qui avait été dans la classe de Kathleen) : une ancienne Poufsouffle, qui avait trois ans de plus que lui. Ludivina Rowle, Gryffondor orpheline mais héritière d'une petite fortune, une jeune fille timide qui avait quatre ans de moins que lui. Et Melinda Bulstrode, trois ans de moins que lui, fille illégitime du chef de famille des Bulstrode, mais Sang-Pure et pourvue d'une belle dot.

Misère.

– J'veux pas me marier, maugréa le Serdaigle.

Mais il était un Sang-Pur, un noble, et l'héritier de sa famille. Autant dire qu'il n'avait pas vraiment le choix. C'était son devoir.

– T'inquiète pas, le réconforta Kathleen. S'il n'y a vraiment personne digne de confiance dans le choix que te propose ton père, je suis toujours célibataire ! On n'aura qu'à se marier et voilà, tout le monde nous fichera la paix. Par contre le gamin devra être conçu par insémination artificielle, à la Moldue. Pas question qu'on baise, ça serai trop bizarre.

– … Euh, merci ? hasard Lucas.

Kathleen émit un reniflement amusé, lui tapota l'épaule, puis se tourna vers Delmar qui était en train de se foutre de leur gueule, et revint au sujet initial :

– Le recrutement avance bien, mis à part ça. Pour ma part, j'ai contacté Elias, Gabriel, Balthazar, Ethan, Coralie, Jonathan et Violette. Bon, on n'a jamais vraiment perdu contact mais bon… Je resserre les liens.

Peut être plus avec Elias qu'avec les autres, d'ailleurs. Elle avait rompu avec le dragonnier après la mort de Cédric, parce qu'elle ne se sentait pas le courage de s'investir émotionnellement dans une relation. Mais aujourd'hui… C'était réconfortant d'avoir Elias à ses côtés. En tant qu'ami du moins.

– Et pour les Serpentard ? interrogea Delmar en retenant une grimace.

Eveline Heart avait rompu avec lui, sans doute sous la pression de sa famille, quelques semaines après le retour de Voldemort. Kathleen secoua la tête :

– On n'a pas grand espoir. La plupart sont apparentés à des Mangemorts.

C'était d'ailleurs la raison pour laquelle Cassie n'était pas avec eux : comme Eveline avait rompu avec Delmar, Cassie était désormais leur seul contact avec les anciens de la Maison vert et argent. Du coup, elle faisait la tournée de ses vieux amis et… Ça ne se présentait pas bien. Ceux qui n'étaient pas dédaigneux étaient paranos. La seule personne qui écoutait un tant soit peu Cassie, c'était Elijah, et c'était parce que sa famille adorait la petite brune.

– Bref ! fit Delmar d'une voix forte. Ça fait notre troisième cache. Et je pense que c'est à moi de la nommer, puisque c'est moi qui l'ai trouvée !

– T'as aussi nommé la maison à Cardiff ! s'indigna Lucas.

– Et tu as carrément nommé ma maison ! renchérit Kathleen.

– Bon, d'accord. C'est à vous de trouver un nom. Mais choisissez un truc cool ! Un nom digne du repaire secret d'une organisation illégale !

Trouver un plan efficace de défense contre le Seigneur des Ténèbres n'était pas chose aisé, et il leur avait fallu trois longues semaines avant d'avoir un coup de génie. L'idée leur était venue de Delmar, en fait. Quand il se rendait chez ses parents, il avait l'impression d'être dans un autre monde, à des années-lumière de la politique et des problèmes des sorciers… Alors c'était l'évidence même : pourquoi ne pas créer des planques dans le monde Moldu ?

C'était l'idée parfaite. Il suffisait de créer un set de fausses identités dans le monde Moldu, d'acquérir des propriétés, d'ouvrir quelques comptes en banques… Et comme ça dès que quelqu'un serait grillé dans le monde magique, il pourrait se cacher chez les Moldus, en pleine lumière. Comment les Mangemorts l'auraient trouvé, hein ? Ils ne savaient même pas ce qu'est un annuaire !

A partir de là, les idées s'étaient enchaînées. En fait, même utiliser les communications ou les transports Moldus serait une bonne idée. C'était quelque chose que Vous-Savez-Qui ne verrait certainement pas venir. Les sorciers sous-estimaient constamment la technologie… Les Mangemorts ne devineraient jamais qu'un petit bout de plastique pouvait être un outil de communication : alors il suffisait d'avoir un téléphone portable ! Bon, c'était cher et moche, mais utile. Et les horaires des rames de bus ou de métro permettaient de planifier un trajet rapide, calculé à la seconde près, de quoi semer à coup sûr un poursuivant. Les Mangemorts ne penseraient pas non plus à surveiller les lieux publics Moldus, comme des cafés ou des bars, en quête de réunion secrète de leurs ennemis. Bref, il suffisait d'utiliser contre eux leur ignorance des Moldus.

Mais bref.

Revenons à leur plan génial.

Créer de fausses identités allait être un peu chaud et prendre du temps, alors pour commencer, la team Canada s'était donc mis à installer des planques sécurisées dans le monde Moldu (et à leur donner des noms de code tous plus débiles les uns que les autres). Acheter des propriétés était assez simple : avec l'aide de son cousin Alexis, qui était Moldu, Cassie avait ouvert des comptes en banque, et Kathleen avait joyeusement utilisé le sortilège de Duplication sur des billets pour qu'ils aient un tas assez conséquent de pognon. A partir de là, Delmar l'Auror avait pris le relais, écumant les lieux les plus moins sorciers possibles à la recherches d'appartements à vendre.

Jusqu'ici, ils avaient trois planques, sans compter leurs propres maisons (surtout la Renardière, à présent bardée de sortilèges de protection). Il y avait un appartement trois pièces à Lancaster, que Cassie avait nommé l'Aquarium parce que quand ils l'avaient visité, la pluie dégoulinait si fort sur les vitres qu'on avait l'impression d'être plongé dans l'eau. Ensuite, il y avait une petite maison à Cardiff, affectueusement nommée les Coquelicots, car ces fleurs rouges avaient poussé dans tous les interstices du perron. Et finalement, ils avaient trouvé cet appartement un peu délabré mais bien placé, et…

– … Qu'est-ce que vous pensez du Nid ? suggéra Lucas. Parce que six étages avec un ascenseur en panne, croyez-moi, je l'ai senti passer.

– L'Everest ? suggéra Delmar.

– N'exagérons rien non plus… La Cime ?

– Oh, j'aime, c'est cool ça. Adopté !

Ils échangèrent un regard complice, puis Delmar survola l'appartement du regard :

– Il est vraiment pas cher en plus. Je contacte l'agence ce soir, et j'aurais finalisé les papiers d'ici trois jours. Si jamais je dois jeter un Sortilège de Confusion au vendeur pour qu'il oublie mon numéro de téléphone ou ma tête, tu me couvriras, Lucas ?

Le Serdaigle poussa un soupir dramatique

– Et moi qui pensais pouvoir tester cette recette d'arôme de bière ! Mais oui, t'inquiète, je gère. Par contre, la prochaine magouille, c'est Cassie qui vous couvre. J'ai un busines à faire tourner !

Depuis que Tibérius Ogden avait démissionné de son poste au Magenmagot pour protester contre la nomination de Dolores Ombrage en tant que Grande Inquisitrice à Poudlard, c'était Lucas qui y siégeait. Il était souvent obligé de délaisser sa bien-aimée distillerie, ce qui lui cassait sérieusement les pieds : mais d'un autre côté, ça lui permettait d'accéder à pratiquement tous les dossiers. Et comme les gens étaient habitués à voir Lucas vagabonder d'un Département à l'autre au gré de sa curiosité, ils ne faisaient guère attention à lui… Ce qui lui permettait d'effacer allégrement toute trace des opérations douteuses effectuées par la team Canada.

Quand il était occupé, cependant, c'était à Cassie que revenait la charge de couvrir leurs traces. Elle ne mettait jamais un pied au Ministère, et pourtant, elle faisait presque un meilleur job que Lucas. Il y avait sans doute des pots-de-vin impliqués…

– Si tu veux, s'amusa Delmar. Allez, on file, je dois encore avoir le temps de passer à l'agence immobilière aujourd'hui. L'un de vous veut m'accompagner ?

Mais Kathleen secoua la tête :

– Moins on est vus ensemble, mieux c'est. Quand nos têtes seront mises à prix, ça sera plus facile de passer inaperçus si les Moldus ne se souviennent pas de nous en tant que groupe.

– « Quand nos têtes seront mises à prix », marmonna Lucas. Quel optimisme, attention, tu vas te froisser un muscle.

Il n'empêche qu'elle avait raison : ils étaient en train de monter un réseau d'immigration clandestine et quand Voldy débarquerai sur scène, ça allait sans doute sacrément lui déplaire.

– Au fait Kath, lança Delmar d'un air dégagé tandis qu'ils sortaient de l'appartement et que Lucas refermait derrière eux d'un coup de baguette. La France, c'est un endroit sûr ?

La Poufsouffle lui jeta un regard en biais. Sa priorité numéro un avait été de mettre sa famille à l'abri, et donc tous les Diggory (sauf Kathleen, qui préparait la résistance) avaient déménagés dans l'Ouest de la France. Au soleil, et à l'abri.

– Je crois, oui. Amos commence à faire du jardinage, Grace a fini par mettre le nez dehors. Eloyce creuse son trou dans les ombres de la politique sorcière française. Et Maman pense à inscrire Jason à Beauxbâtons, si la situation n'a pas été résolue quand il aura onze ans…

– On a le temps, ton frère n'a que sept ans après tout… Mais bon, je me demandais. Si jamais il y a besoin, tu penses que ta famille pourrait accueillir une partie de la mienne ?

Kathleen n'eut même pas besoin de réfléchir à la question :

– Bien sûr. Tu leur as parlé ?

Delmar haussa les épaules :

– Ouais. Mes parents et Sohalia veulent quitter le pays si ça devient dangereux. Mais Johar, Ajay et Anita veulent aider, alors je pensais à leur confier une de nos planques. Après tout, pour aider un sorcier à se cacher et s'intégrer parmi les Moldus, quoi de mieux qu'un autre Moldu ?

Kathleen faillit lui dire que c'était bien gentil de la part de ses frères et de sa sœur, mais que les deux cadets devaient avoir à peine vingt-deux ans. Puis elle se rappela qu'elle en avait à peine vingt-cinq, qu'elle menait une organisation illégale et se préparait à une guérilla, et qu'à dix-sept ans à peine Cédric avait vu le Seigneur des Ténèbres et en était mort.

Elle se contenta de serrer brièvement l'épaule de Delmar.

– Bonne idée, vieux. Si on en arrive là, nos planques seront sans doute les endroits les plus sûrs du pays, de toute façon.

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oOoOoOo

Samedi 30 juin 1996, distillerie Ogden.

(Cinquième année d'Harry Potter, deux jours après la bataille du Département des Mystères.)

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– Ça pue, fit Cassie.

– Je ne te permets pas, fit dignement Lucas en croisant le bras. Tu sais combien de temps il m'a fallu pour créer une bière qui sent le caramel, le feu de bois et le whisky authentique des Ogden ?

– Pas ta bière ! La situation, grosse nouille. La situation pue. Elle pue carrément.

– Oh. Ça. Oui, c'est pas faux.

– Au moins maintenant le Ministère a admit le retour de Vous-Savez-Qui, fit Maxime Adler d'un ton lugubre.

La bataille qui avait eu lieu au Département des Mystères quelques jours plus tôt, et où le Seigneur des Ténèbres s'était battu en duel contre Dumbledore, avait définitivement mit fin aux doutes des incrédules. Voldemort était bel et bien de retour, et le monde sorcier devait se préparer à la guerre.

Du coup Delmar bossait comme un fou au Bureau des Aurors : Kathleen venait d'être recrutée comme fournisseuse pour Ste Mangouste : Elias MacFusty faisait des heures supplémentaires pour sécuriser la réserve des Noirs des Hébrides : Coralie Macmillan et Violette Ceria faisaient partie d'un groupe de volontaires qui renforçait les protections sur le Chemin de Traverse : et Brenda et son petit-ami Azhar passaient tous les deux un stage de remise à niveau en Défense imposé à tous les habitants de Pré-au-Lard. Balthazar Greenhood, Gabriel Fenwick et Jonathan Flume, qui étaient des Sang-Purs, bouclaient leurs comptes en banque et renforçaient les protections autour de leurs maisons.

La petite réunion des complices de la team Canada comptait donc seulement sept personnes : Lucas, Cassie, Maxime Adler, Olivier Dubois, Lisbeth Hamilton, Amara Derby et Candela Panda.

Cassie ne se serait jamais attendue à comploter avec Candela, mais bon. Elle avait recruté sa cousine Amara Derby et sa meilleure amie Lisbeth Hamilton et… Là où Amara allait, Candela suivait. Apparemment leur relation était vraiment sérieuse.

Bordel de nouilles.

– Si vous avez fini de pointer l'évidence, est-ce qu'on peut en revenir au sujet principal ? fit Candela d'une voix cassante.

Lucas grimaça, mais hocha la tête :

– Comme vous le savez tous, maintenant que Vous-Savez-Qui est officiellement de retour… Ses Mangemorts ne vont pas tarder à attaquer. Leurs cibles principales seront les Nés-Moldus et les supporters de Dumbledore. Le Ministère a beau affirmer qu'il nous protégera, on sait tous qu'ils au mieux inutiles, et au pire infiltrés. Si quelqu'un se fait griller et passe dans la liste noire des Mangemorts, il est cuit… Et c'est là qu'on intervient.

Tous, sauf Cassie qui était déjà au courant du plan, se penchèrent vers lui avec avidité. Le Serdaigle retint un maigre sourire –ça lui rappelait la belle époque de Poudlard– puis poursuivit avec autorité :

– La team Canada peut faire disparaitre les gens. Les faire échapper complètement au Ministère, à Vous-Savez-Qui, ou même à Dumbledore. Nous avons une série de planques non seulement sécurisées mais aussi indétectables. Alors voilà votre mission : trouver ceux qui ont besoin d'aide et les sauver.

– On ne va pas affronter les Mangemorts ? s'exclama Olivier Dubois d'un ton presque déçu.

Cassie ouvrit la bouche pour lui dire de se coller son héroïsme là où le soleil ne brille pas, mais Maxime Adler lui coupa l'herbe sous le pied, jetant un regard méprisant au Gryffondor :

– Laisse ça à Dudu et à sa petite milice top-secrète. Ils sont bien plus concernés avec ça qu'avec sauver des innocents.

C'était la différence entre les Gryffondor et les Poufsouffle, entre l'Ordre du Phénix et la team Canada. Dumbledore et ses sous-fifres voulaient frapper leur ennemi. Kathleen et ses amis voulaient sauver le plus de monde possible.

Mouché, Dubois ferma sa gueule, et Lucas poursuivit comme si de rien n'était :

– C'est pour ça que je vous avais demandé d'ouvrir vos yeux et vos oreilles. Si quelqu'un pense qu'il va être pris pour cible, vous devez me le rapporter, parce que nous avons les moyens de le protéger. On fait disparaitre cette personne, et on lui donne aussi les moyens de poursuivre le combat de manière… Souterraine.

– Et elles sont où ces planques ? fit Amara avec naïveté.

Du coup sa meilleure amie Lisbeth la regarda comme si elle était idiote :

– Quoi, tu crois qu'ils vont nous le dire ? Ça ruinerait complètement le principe de la planque secrète !

Maxime Adler, Serpentard comme Lisbeth, hocha la tête : il était sans doute arrivé à la même conclusion. Mais Amara tourna un regard indigné vers Cassie :

– Mais tu nous fais confiance, non ?

– Justement non, fit joyeusement la petite Serpentard brune. Donner le secret à un nombre réduit de personnes permet aussi de réduire les risques que l'un de vous laisse échapper quelque chose… Volontairement ou non.

– Donc il n'y a que toi, Hirapati, Diggory et Ogden qui connaîtrez les détails susceptibles d'être dangereux, réfléchit Candela. Est-ce que Hirapati ne risque pas d'être en danger ? Il est Gryffondor, Né-Moldu, Auror et opposant à Vous-Savez-Qui. Il a littéralement une cible peinte sur son dos.

– Il refuse de quitter le service tant que le Ministère tient, soupira Lucas.

– Au moins il a foi dans le système ? hasarda Olivier Dubois.

Lucas et Cassie émirent un reniflement méprisant. Le système était pourri depuis le départ. Ils le savaient bien, ils exploitaient ses failles depuis des années. Cassie par ses magouilles juridiques, et Lucas en observant le ballet ridicule des membres du Magenmagot.

Tiens, à propos du Magenmagot…

– Je vais rester en poste au Magenmagot, déclara Lucas.

– Mais tu t'en branle de la politique ! s'étonna Olivier Dubois.

– Justement, pointa l'ancien Serdaigle. Tout le monde sait ça. Ils pensent que je reste uniquement parce que je suis un Sang-Pur et que mon but est de continuer à profiter de ma rémunération… Et de mon droit d'aller et venir dans le Ministère. Tout le monde sait que la seule raison pour laquelle je siège en séance du Magenmagot, c'est pour faire la sieste avant d'aller copiner avec les Langue-de-Plomb.

Candela roula des yeux. Branleur, va.

– Et alors ? lâcha l'ex-Préfète-en-Chef.

– Alors les gens ne le voient pas comme une menace, réalisa Maxime Adler. Et il va confirmer au maximum cette impression.

– Exact, confirma Lucas. Ça veut dire que je vais agir au maximum comme un rêveur excentrique et misanthrope qui ne pose aucun danger. Je serai en contact avec Delmar, Coralie Macmillan, Lisbeth, et Maxime, puisqu'ils travaillent au Ministère : et Cassie, quand elle y passe. Personne d'autre.

Maxime Adler était chercheur en Sortilèges, et travaillait en partenariat avec le Département des Mystère (sur quoi ? C'était… un mystère). Coralie travaillait au Département des Accidents et Catastrophes Magiques : elle appartenait à la Brigade d'Intervention des Accidents de Sorcellerie. Lisbeth était traductrice pour le Département de la Coopération Magique internationale (ce que Cassie trouvait absolument hilarant, parce que Lisbeth était une Serpentard qui savait se montrer glaciale, mais elle était aussi une Née-Moldue aux cheveux teints en bleu vif et qui avait toujours l'air de sortir d'un concert de rock. Et pourtant elle connaissait douze langues et elle portait son Département pratiquement à bout de bras). Quant à Cassie, elle passait de temps en temps au Ministère pour rendre visite à ses très nombreuses relations professionnelles.

Mais personne ne savait vraiment quel était le job de Cassie.

– Personne hors du ministère ? lâcha Amara en fronça le nez. T'es assez antisocial.

Amara était aussi une solitaire, donc elle n'avait pas vraiment son mot à dire. Après tout, elle était allée se cloîtrer à Loutry-Ste-Chaspoule, un coin paumé, pour vivre avec Candela et tenir une petite boutique d'art. C'était pas le signe d'une vie sociale bien remplie.

– Tout le monde sait que hors du ministère, je reste chez moi ou bien à la distillerie, confirma Lucas. Ça serai suspect si j'avais soudain un cercle social élargit. Alors si vous avez besoin de me contacter, passez par Delmar ou Cassie ou un des autres.

– Et ta fiancée ? lâcha Maxime Adler d'un air pensif. C'est laquelle déjà ?

Lucas se frotta les yeux :

– Vu comment c'est parti, ça sera soit Ludivina Rowle, soit Olivia Scamander. Aucune des deux n'est dans le coup, et je n'ai pas l'intention de changer ça.

– Olivia Scamander était dans la classe de Delmar, se souvint Olivier Dubois. Et Ludivina… C'était une Gryffondor aussi, non ?

– Yep. Etant donné que son oncle a été condamné à Azkaban parce qu'il était un Mangemort, et que ses deux parents sont morts de la dragoncelle quand elle était toute petite, elle est l'unique héritière de la fortune et des titres de noblesses des Rowle.

– Si les Rowle avaient survécus, ils l'auraient déshérité, marmonna Lisbeth en secouant la tête. C'est une bande de puristes cinglés. Ils n'auraient pas accepté d'avoir une Gryffondor dans la famille.

– Ludivina a été élevée par sa grand-tante Loretta Octavis, pointa Cassie. C'est une italienne avec un caractère de chien, mais elle n'est pas Puriste. C'est déjà ça de pris. Tu pense quoi d'elle, Lucas ? Ludivina, je veux dire.

Le pauvre Serdaigle leva les yeux au ciel :

– Je l'ai vu deux fois, et elle a tout juste vingt-et-un ans. Je pense qu'elle est jeune, timide, et pas plus enthousiasmée que moi à l'idée de se marier. Et pour en revenir au sujet initial : ça ne servira à rien de passer par elle pour me contacter. On s'écrit une fois par mois pour se raconter des platitudes, et nos contacts s'arrêtent là…

Les autres laissèrent donc tomber le sujet. Le futur mariage de Lucas n'était pas vraiment le sujet de conversation préféré du jeune Serdaigle…

Ils revinrent donc à leur conversation de départ, et à leur organisation. Pragmatique, Candela tira un calepin de sa poche de veste, fit apparaitre un stylo, et se prépara à prendre des notes :

– Contacter les membres du réseau Canada doit paraitre naturel pour un observateur extérieur, donc on va faire une liste de qui peut contacter qui sans apparaitre suspicieux.

– Le réseau Canada ? répéta Amara avec amusement.

Sa petite-amie haussa un sourcil blasé :

– Etant donné que c'est l'idée de cette équipe de débile et que je me vois mal nommer notre opération « Réseau Catastrophe » ou « Team Furet », ça sera « Réseau Canada ». Et pour les non-initié, ça sonne sans doute comme une compagnie d'aviation, pas comme le nom d'une milice illégale. Des objections ?

– Pour une fois Candela n'a pas tort, marmonna Cassie.

Ladite Candela l'entendit et la fusilla du regard, mais Lisbeth se hâta de détourner le sujet :

– Lucas peut contacter facilement tous les gens du Ministère. Moi aussi. Delmar sera sans doute surveillé car il est Né-Moldu, alors mieux vaut éviter de l'utiliser comme point de relais. Brenda et Azhar vivent bien à Pré-au-Lard ?

– Yep, confirma Cassie. Ils ont une boutique d'objets enchantés et d'amulettes en tout genre. Oh, et l'oncle de Jonathan Flume a une boutique là-bas ! C'est lui qui gère Honeydukes. Je demanderai à Jonathan d'y passer régulièrement. Ça ne devrait pas être dur, il s'inquiète pour son oncle. Ça lui permettra aussi de récupérer des infos auprès de Brenda et Azhar.

– Très bien, lâcha Lucas. Ensuite, on a Kathleen qui reste souvent cloîtrée chez elle, mais qui passe à St Mangouste pour ses livraisons de potions, et pour apprendre quelques trucs de médicomage. Candela, tu passe aussi à St Mangouste, non ?

Botaniste, Candela livrait à l'hôpital de nombreuses plantes et ingrédients dont ils avaient besoin. Elle hocha la tête :

– Et sur le Chemin de Traverse, aussi. Le professeur Chourave a aussi fait appel à moi pour se procurer certaines plantes, donc j'ai aussi accès à Poudlard.

– Kathleen a un accès plus facile, grâce à Rogue. Mais le Chemin de Traverse c'est un bon point de contact. C'est facile de se croiser là-bas. Ok, qui d'autre ? Gabriel Fenwick aide sa mère à gérer son haras, il va donc souvent se trouver dans des coins fréquentés par des bourges et des aristos. Balthazar Greenhood aussi, donc ces deux là seront le point de contact l'un de l'autre… Mais Balthazar est un bon vivant, donc il passe souvent à Pré-au-Lard ou à la Rue Errante pour boire un coup au bar, lécher les vitrines ou croiser des copains.

– Je peux être le point de contact de Balthazar, suggéra Lisbeth. On se connait et on s'est déjà croisés dans la Rue Errante.

– Moi aussi, réfléchit Maxime Adler. On se voit parfois sur le Chemin de Traverse, et on va souvent bavarder dans un café. Tout le monde sait qu'on est potes.

Maxime Adler était assez réservé et avait peu d'amis. Surtout depuis que Tonks avait pris ses distances avec lui (sans doute sous l'influence de Dumbledore qui n'aimait pas voir ses sbires copiner avec des Serpentard)… Mais Maxime s'entendait assez bien avec Balthazar. Sans doute parce que celui-ci avait un caractère enjoué très similaire à celui de Tonks ou Kathleen, et que Maxime était naturellement attiré vers les gens joyeux et charismatique, un peu comme un papillon attiré vers la lumière.

Très poétique.

– Super, fit Candela en écrivant sur son carnet un diagramme compliqué de relations. Et pour toi, Olivier ?

Le Gryffondor haussa les épaules :

– Dans le Quidditch, y a toujours moyen de rencontrer des gens. J'aime bien discuter avec les fans et je suis dans les magasins à chaque fois qu'un nouveau produit sort, alors…

Cassie réfléchit brièvement à leurs membres fans de Quidditch, puis conclu :

– Tu as toutes tes chances de croiser Delmar, Kathleen, Lisbeth, ou Violette Ceria. En parlant de Violette, d'ailleurs, qui d'autre elle peut contacter ? Pour l'instant, elle n'a pas de job…

Il y eut un bref moment de silence. Les parents de Violette se faisaient vieux, et leur fille vivait pour l'instant chez eux pour s'occuper d'eux. Leur aînée, Ambre, avait déjà repris leur entreprise (quatre librairies sorcières dispersées dans toute la Grande-Bretagne, ainsi qu'un vaste patrimoine de terres autour du manoir) et Violette ne tenait pas à vivre dans son ombre. Quand à son petit frère Harrison, il était à présent Aspirant Auror. Ce choix de carrière avait sans doute été motivé par le décès de Cédric Diggory : les deux garçons avaient été dans la même classe, et de très bons amis.

– On verra plus tard, trancha Lucas. Qui d'autre ? Amara ?

– Ce n'est pas en vendant mes peintures que je vais rencontrer du monde, plaisanta l'ex-Gryffondor. Mes tableaux se vendent bien, mais pas au point de faire un réseau.

– Tu te sous-estimes, lâcha Candela. Ton style fascine les gens.

Amara avait toujours aimé la tendance gothique. Le khôl sur les yeux, les vêtements sombres, la mode ancienne, la magnificence, l'architecture du siècle dernier, les contrastes, l'ambiance dramatique. Ça se voyait dans ses tableaux. Paysages désolés qui donnaient le vertige, ou couchers de soleil aperçus au travers d'un vitrail d'église brisé, ses peintures avaient quelque chose de dramatique et de sublime que peu de peintres savaient saisir.

Amara n'était pas Michel-Ange ou Botticelli. Mais même malgré la menace du Seigneur des Ténèbres, elle commençait doucement à se faire un nom.

– J'ai des acheteurs riches, concéda Amara. Mais je ne leur parle pas beaucoup. Je ne fréquente pas souvent le Chemin de Traverse ou les lieux fréquentés… Je cherche plutôt l'inspiration dans des lieux déserts, des endroits abandonnés, ou des endroits Moldus.

– Les endroits Moldus ? releva Lucas. C'est aussi un bon point de rencontre. Maxime, Delmar, Brenda et Azhar s'y rendent souvent. Surtout Delmar et Brenda, en fait.

Cassie hocha gravement la tête, et rajouta :

– Et en bonus : aucun Mangemort ne pensera à t'y chercher, parce qu'ils n'ont aucune idée de comment naviguer dans le monde Moldu. Prends le métro ou un taxi, et ça y est, tu as totalement effacé tes traces.

Amara hocha la tête. Maxime et Lisbeth, tous les deux des Serpentard, plissèrent soudain les yeux. Ah, ils avaient sans doute compris que les planques indécelables du réseau Canada étaient liées au monde Moldu…

Mais ils ne posèrent pas de questions. Lisbeth se contenta de faire remarquer :

– On a besoin d'un code. Genre, une phrase innocente que signifiera en réalité qu'on est compromis et qu'on a besoin de disparaitre des radars.

Les Sang-Purs du groupes échangèrent des regards confus, n'ayant aucune idée de ce qu'était un radar, mais Cassie sourit jusqu'aux oreilles :

– Un code pour déclencher une extraction ! Bonne idée ! Il faut pas un truc trop banal… Qu'est-ce que vous pensez de « Dudu fait de la fraude fiscale ? »

Tout le monde (même Amara) leva les yeux au ciel. Cassie ne changerait jamais. Complètement et irrémédiablement cinglée. Lucas, quant à lui, esquissa un petit sourire en coin :

– J'aime bien l'idée. Une référence aux tenues de Dumbledore, ça vous va ? Ça devrait être assez subtil. Et puis, ça sera l'occasion de le comparer aux danseuses du Moulin Rouge.

Et pour une mystérieuse raison, Candela rougit jusqu'à la pointe des oreilles.

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oOoOoOo

Mardi 23 décembre 1996, salle à manger de la Renardière.

(Sixième année d'Harry Potter, vacances de Noël).

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Kathleen empila les billets par piles d'une centaine de livres sterling, puis les donna à Cassie… Qui s'empressa d'enfuir le visage dans le paquet de pognon, respirant avec extase l'odeur de l'argent.

– Aaaaah, le blé et l'illégalité ! J'aime ma vie !

Delmar roula des yeux. Avachi sur un canapé, un calepin sur les genoux, il était en train de revoir les finances de leur petit réseau illégal. Plusieurs feuilles jonchaient déjà le sol à ses pieds, couvertes de calculs et de colonnes d'addition et de soustraction.

C'était dans ses moments-là qu'il aurait aimé que Lucas lui donne un coup de main. Le Serdaigle était beaucoup plus rapide que lui avec ses calculs, car il avait l'habitude de gérer de la comptabilité. Mais malheureusement, Lucas était coincé au Ministère pour une session du Magenmagot, aujourd'hui.

Avec un soupir, Delmar se replongea dans ses calculs.

Le « réseau Canada » était florissant. Ils avaient une quarantaine de planques à présent, toutes dotées de noms ridicules. L'Aquarium, la Cime, les Coquelicots, la Grange, l'Igloo, l'Observatoire, le Pot de Miel, les Tuiles Bleues, la Bulle… A chaque planque, ils avaient assigné un « surveillant », qui devait veiller à ce que les sorcier qui se cachaient à cet endroit s'intègrent au monde Moldu et ne se fasse pas repérer. La plupart des surveillants étaient des membres de leur famille Moldue. Les deux tantes de Cassie, par exemple, ou la fratrie de Delmar, ou les parents Cracmols de Brenda.

Plusieurs cibles des Mangemorts avaient ainsi pu échapper à leurs poursuivants grâce à ce système. Adrien Tofty, par exemple : un ancien Gryffondor dans la même classe de Delmar, Auror et Sang-Pur, mais dont les parents s'opposaient activement à Voldemort et avaient été tués dès le début de l'automne. Adrien avait été blessé et avait craint d'être assassiné durant sa longue convalescence. Il avait donc fait appel au réseau. Et c'était le frère aîné de Delmar qui lui avait appris à vivre à la Cime, à disparaitre parmi les Moldus, à retirer de l'argent à la banque, à prendre le bus ou le métro, à faire les courses au supermarché.

Adrien était cependant l'un de leurs seuls « protégés » à être un Gryffondor. La plupart de ceux qui faisaient appel au réseau Canada étaient d'anciens Poufsouffle, qui savaient qu'ils pouvaient compter sur les amis de Kathleen : comme Coralie Macmillan et sa mère, par exemple. Ou des membres de la famille d'anciens Poufsouffle, ou des amis d'anciens Poufsouffle… Ils avaient aussi un certain nombre de Serpentard, comme Eveline Heart (l'ex-petite-amie de Delmar) ou Jason Bulstrode (qui avait embarqué avec lui ses trois demi-sœurs, enfants illégitimes de son père : la plus jeune, Millicent, avait encore l'âge d'être à Poudlard. Elle aurait du être en septième année au château, et passer ses ASPICS, au lieu de se terrer chez les Moldus… Quelle vie pourrie.).

Serpentard et Poufsouffle avaient un point commun : en cas de doute, ils savaient toujours se tourner vers ceux qui ne les trahiraient pas. Ceux qui n'agissaient pas parce que c'était juste ou bien ou intelligent, ceux qui leur tendraient la main parce qu'ils les aimaient.

Les Serdaigle, quant à eux… Ceux qui faisaient appel au réseau Canada y avaient souvent été poussés par des amis membres d'autres Maisons. Souvent, les Serdaigle se pensaient assez malins pour se démerder seuls. Il fallait qu'ils soient désespérés pour faire appel à la team Canada, qui avait si activement détesté leur Maison à Poudlard…

Delmar attrapa une nouvelle feuille de comptes, jeta un œil au nom en tête de page, et retint un sourire un peu tordu. Leur protégé le plus inattendu était justement un Serdaigle…

– J'ai vu Wilkes cette semaine, au fait ! lança-t-il.

Cassie cessa de se rouler dans l'argent deux minutes, et leva la tête d'un air intéressé. Kathleen, quant à elle, continua à multiplier le billet de vingt livres sur la table, créant d'imposantes piles de monnaie à côté d'elle :

– Ah bon ? T'es allé à l'Igloo récemment ?

L'Igloo était une petite maison blanche, aux tuiles et aux volets bleus, dans une petite ville écossaise. Son nom venait du fait que lorsque la Team Canada l'avait acheté, Cassie avait foiré son sort de Chauffage et avait gelé toute la cuisine d'un seul coup.

Quelle nouille.

Bref. En ce moment, l'Igloo abritait trois personnes : deux Nés-Moldus qui leur avaient été ramenés par Candela et Amara, et… Rodolphe Wilkes, ancien Serdaigle boutonneux, et probablement l'une des personnes que la Team Canada avait le plus détesté à Poudlard ! A vrai dire quand Wilkes était apparu sur le pas de la porte de Delmar, l'Auror avait très sérieusement hésité à lui dire d'aller se faire pendre.

La seule chose qui l'avait arrêté était le fait que Wilkes, livide et hagard, avait l'air au bord du gouffre. Si Delmar lui avait dit d'aller se faire voir, sa prochaine option aurait sans doute été de sauter d'un pont.

– Yep, confirma Delmar en continuant ses comptes. Il voulait que je poste ses lettres à Jessica Coleman, vu qu'on a interdit l'usage des hiboux depuis les planques. Il a l'air d'aller mieux. Au moins j'ai plus peur qu'il se tranche les veines.

Les Mangemorts avaient tenté de recruter Rodolphe et sa famille, car son frère William (tué lors de la première guerre) avait été l'un des leurs. La mère de Wilkes avait tenté de fuir, avait été torturée, et était morte à St Mangouste dans la semaine. Son père avait accepté… E il avait immédiatement attaqué son fils quand celui-ci avait refusé. Wilkes s'était enfuit de justesse, avait cherché refuge auprès de son ami Anthony Higg… Et avait manqué de très peu d'être capturé de nouveau par des Mangemorts chez lui. Peut-être était-ce un hasard, mais peut-être que cela voulait dire qu'Anthony l'avait trahi…

Pas étonnant que Wilkes ait eu du mal à s'en remettre.

– Connard de Higg, grogna Kathleen en empilant le pognon.

– C'est vrai que c'est une plaie, marmonna Cassie. A tous les coups c'est un indic des Mangemorts. Celui-là, si quelqu'un pouvait avoir l'amabilité de le buter, croyez bien que je verserai pas une larme.

Kathleen hocha vigoureusement la tête, et Delmar haussa un sourcil :

– Quoi, toi aussi Kath, tu serais favorable à la mort d'un pauvre innocent ?

– Il m'a foutu un coup de batte dans le crâne quand on était à Poudlard ! lui rappela la Poufsouffle. Et il a dénoncé son meilleur ami aux sbires de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ! C'est le pire des crimes. C'est simple, si j'étais dans une pièce avec Grindelwald, Voldemort et Higg, et que j'avais un flingue avec seulement deux balles… Je tirerai deux fois sur Higg.

Delmar la regarda fixement :

– Pitié dis-moi que t'as pas une arme à feu.

La Poufsouffle prit un air innocent. Sa maison était littéralement remplie d'armes : il y avait des couteaux dans toutes les pièces, plusieurs battes de Quidditch (dont une qui était plantée de clous)… Alors une arme à feu n'aurait rien eut d'étonnant.

Son ami Auror sembla hésiter deux secondes à lui taper un scandale, puis il se dégonfla comme un ballon percé et retomba dans son canapé avec ses additions, agitant vaguement la main en direction de la cuisine :

– Je veux pas savoir. Ne l'amène pas à Noël, c'est tout ce que je demande.

Kathleen allait passer Noël chez Delmar, dans le Londres Moldu. Cassie, elle, avait invité Lucas. La guerre et la paranoïa ambiante les empêchait de se rassembler tous les quatre… Quel dommage.

– Je ferais ce que je peux, fit Kathleen sans s'engager.

– Me voilà rassuré. Tu me passe une Bièraubeurre ?

Cassie s'exécuta, hilare, faisant léviter la canette maladroitement jusqu'au perchoir du Gryffondor. Celui-ci rattrapa sa boisson juste avant qu'elle ne s'explose par terre, lança un regard mauvais à Cassie qui se contenta de hausser les épaules (ce n'était pas parce qu'elle était techniquement une adulte responsable qu'elle allait soudain devenir douée en magie !), puis reprit ses calculs.

Gérer un réseau clandestin, c'était beaucoup plus technique qu'on ne pouvait le penser.

– T'as vérifié qu'il n'y avait rien de suspect dans ses lettres à Jessica ? demanda quand même Kathleen par acquis de conscience.

– Yep, acquiesça Delmar. Mais d'un autre côté, Wilkes ne pourrait rien lui dire de compromettant. Tout ce qu'il sait c'est que je lui ai trouvé une maison chez des Moldus, et il ne peut même pas en donner l'adresse.

Le sort qui veillait au silence de Wilkes était la Langue-Liée, un dérivé du Charme du Gardien du Secret. Contrairement à celui-ci, où seule une seule personne –le Gardien– pouvait révéler le secret, le sort de Langue-Liée rendait impossible pour seulement certaines personnes de parler du Secret. Ainsi, ce sort était appliqué à leurs protégés pour les empêcher de révéler (même par inadvertance) le lieu de leur cachette.

Le réseau Canda ne lésinait pas sur les mesures de sécurité, et les fuites d'informations étaient pratiquement nulles. Néanmoins, le « risque zéro » n'existait pas…

Du coup, il y avait de nombreuses rumeurs selon lesquelles Kathleen permettraient aux cibles du Seigneur des Ténèbres de quitter le pays discrètement. La Poufsouffle était donc devenue une cible pour les Mangemorts, et passait la plupart de son temps cloîtrée chez elle. Elle avait déjà été attaquée trois fois par des Mangemorts, une fois durant sa cueillette d'ingrédients dans une forêt (elle avait transplané à temps), une autre durant une sortie sur le Chemin de Traverse (qui avait dégénérée en bataille rangée parce que Delmar et plusieurs de ses potes Aurors étaient comme par hasard dans le coin), et une troisième quand elle s'était retrouvée par hasard à une impressionnante bataille dans le village sorcier de Wallace-Hall, où plusieurs Mangemorts semaient le chaos et incendiaient des maisons. Kathleen n'avait pas été la cible principale, cette fois, mais son arrivée avait mis le feu au poudres : les Mangemorts l'avait attaquée, elle s'était défendue et sa férocité avait rallié les habitants du village, plusieurs civils étaient venus l'aider, les Aurors étaient intervenus… Et au final, il y avait eut une quinzaine de morts.

Bref. Là où Kathleen allait, souvent, le chaos suivait.

Du coup la jeune Diggory sortait peu, ou alors sous déguisement. Ça ne la dérangeait pas. Elle avait une bonne défense : la Renardière était protégée par le Fidelitas et par tellement de Sorts et de Runes que Voldemort en personne n'arriverait pas à passer le perron, donc elle y était en sécurité. Et puis… Si elle était un symbole, les gens ne penseraient pas à viser Delmar (qui semblait obéir si sagement au Ministère), Lucas (qui apparaissait comme tellement lunatique et inoffensif) ou Cassie (qui ne se mêlait à rien de dangereux, voyons !).

Kathleen Diggory, figure de proue d'un mouvement de révolte. Ah ! Ça leur rappelait Poudlard.

Mais tellement de choses avaient changé depuis Poudlard. Les cicatrices de Delmar, sa musculature, ses traits souvent tirés par la fatigue, ses yeux qui demeuraient sec à présent quand un de ses camarades Auror tombait au combat (au bout du cinquième décès, Delmar avait appris à ne plus pleurer). Les silences de Kathleen, la façon dont ses poings se crispaient, sa colère qui semblait toujours bouillonner tout près de la surface, sa manière de bouger (plus vive, plus ferme, plus nerveuse : la façon de se mouvoir qu'on ceux qui ont connu de vraies batailles). La bonne humeur de Cassie, qui parfois se faisait glaciale et menaçante : le silence qui se faisait autour d'elle quand elle traversait l'Allée des Embrumes (ses amis ne savaient toujours pas pourquoi), son regard joyeux qui s'était terni. Les rêveries de Lucas, plus terre à terre désormais, et axées sur la guerre davantage que sur l'expression de sa créativité : ses cernes, son sourire fatigué, ses cheveux blonds désordonnés.

La guerre les avait changés. La guerre les avait tous changés.

– Hum, fit distraitement la Poufsouffle en terminant d'empiler les billets de banque. En parlant d'adresse, on devrait retirer celle de Lucas de notre liste de lieux sûrs.

– Ah oui, se rappela Delmar. Il va se marier, non ?

– Yep. Avec une ex-Gryffondor riche, terrifiée, et qui porte le nom d'un des plus fidèle Mangemorts de Tu-Sais-Qui. Quelle idée à la con !

Lucas allait épouser Ludivina Rowle en février prochain (ils s'étaient officiellement financés en juillet, deux semaines après que le Ministère ait reconnu le retour de Voldemort). Et Kathleen n'approuvait pas du tout cette union.

Pas parce que c'était un mariage arrangé, ou bien que les futurs époux se connaissait à peine. Ça, à la limite, elle s'en foutait. C'était un truc attendu chez les Sang-Purs. Le mariage de son frère Amos et de sa femme Grace avait été un mariage arrangé, par exemple, et ils ne s'étaient vus qu'une douzaine de fois avant la cérémonie.

Non, ce qui dérangeait Kathleen, c'était… Un tas de chose.

Ludivina était la nièce d'un Mangemort. Bon, un Mangemort qu'elle n'avait pratiquement jamais vu, et qui avait passé la dernière décennie à Azkaban, mais quand même. Qu'est-ce qui prouvait qu'elle n'avait pas été approchée, menacée, corrompue pour être leur espionne ?

A l'inverse, Ludivina était une Gryffondor. Et si les Mangemorts ne l'avaient pas approché, Dumbledore avait très bien pu le faire. Elle pouvait être le pion du vieux barbu, et cette pensée hérissait Kathleen comme un chat en colère.

Et finalement… Ludivina était riche : ça ferait d'elle une cible. Ludivina allait vivre avec Lucas : ça faisait d'elle un potentiel danger. Et enfin, Ludivina était timide, faible, jeune, facilement impressionnable. Qu'est-ce qui ne prouvait pas qu'un petit malin se serve d'elle pour atteindre Lucas ? Pour lui faire du chantage, ou le menacer, ou le blesser ?

Alors ouais, Kathleen désapprouvait. Elle désapprouvait carrément.

– Arrête de t'inquiéter, fit distraitement Cassie. On dirait une grande sœur surprotectrice.

Kathleen marmonna entre ses dents que Lucas avait besoin d'une grande sœur surprotectrice, ce corniaud, puis elle laissa tomber et changea de sujet :

– Ah, et il serait temps qu'on ajoute une autre planque à notre répertoire. Brenda et Azhar ont déjà reçus des menaces.

Les Nés-Moldus à Pré-au-Lard se faisaient rares. En raison de sa proximité avec Poudlard, le village craignait d'être une cible, et les résidents avaient peur que les Nés-Moldus attirent les Mangemorts comme de la viande fraîche. La peur retournait les sorciers les uns contre les autres. C'était déprimant.

– Rien de grave pour l'instant, poursuivit Kathleen. Mais si jamais ils doivent aller se cacher… Cassie ?

La petite Serpentard dénichait toujours de bons plans logements. Par exemple, lorsque la Chaumière aux Coquillages avait été remise en vente à la fin du printemps, elle avait été la première informé !

Bon, elle ne l'avait pas acheté. Elle avait filé le tuyau à Delmar qui l'avait ensuite filé à Bill Weasley, en guise de cadeau de fiançailles. Bill et son épouse Fleur vivaient donc dans la Chaumière depuis l'été 1997, et comme ça, la Team Canada était assurée de leur sécurité.

– J'ai pas d'infos neuves, réfléchit Cassie de sa voix flûtée. Mais les Shafiq sont prêts à nous prêter leur cottage dans la campagne irlandaise. C'est perdu au milieu de nulle part et plein d'artefacts vaudou, j'adore.

Kathleen fit la grimace :

– Chacun ses goûts. Tu n'as pas dit aux Shafiq que tu voulais une planque, quand même ?

Cassie agita négligemment la main :

– Mais nan. Bon, ils soupçonnent sans doute que je trempe dans le réseau Canada. Mais Délila m'a donné les clefs du cottage au cas où j'aurais besoin de, je cite, m'éloigner de l'agitation actuelle. Comme elle sait que l'agitation, c'est mon dada, je pense qu'elle essayait de me dire subtilement que je pouvais utiliser le cottage comme je veux.

Cassie avait de très bonnes relations avec la famille Shafiq. Elijah ne sortait toujours pas avec elle, mais son père jouait aux cartes avec elle tous les samedis, sa tante lui apprenait le Vaudou, et sa petite sœur Esther (une Serpentard, tout juste diplômée, et beaucoup moins flemmarde que son frère) copiait sa garde-robe et sa coupe de cheveux sur Cassie. La petite brune était également invitée à manger chez eux toutes les semaines ou presque : ils l'avaient pratiquement adoptée.

– C'est toujours ça de pris, décida Kathleen. J'irai jeter un œil aux protections de l'endroit dès demain. Delmar, tu seras libre ?

En matière de sécurité, Delmar était quand même leur expert. Mais il secoua la tête :

– Je suis en service demain toute la journée. Demande à Elias. Ou à Gabriel. Ils sont tous les deux plutôt bons.

Elias devait créer des barrières capables de résister à des dragons, et Gabriel était un expert en mesures de sécurités protectrices afin de veiller à la sécurité du haras et des écuries familiales. Ce n'étaient pas de mauvais choix.

– Je demanderai à Rogue, décida malgré tout la Poufsouffle blonde. Il est plus doué que vous trois combinés, surtout quand ça concerne la protection contre la magie noire.

Il y eut un court silence, où Cassie et Delmar échangèrent un regard incertain. Kathleen le vit, et plissa les yeux d'un air menaçant.

– Quoi ?

– Ecoute, commença Cassie d'un ton un peu hésitant. Je sais que t'aime bien Rogue –et Merlin seul sait pourquoi– mais… Il est un peu louche, non ? Il a été accusé d'être un Mangemort… Il est pote avec Lucius Malefoy… Plein de gens dans mes contacts disent que Dumbledore est un idiot de lui faire confiance…

– On en a déjà parlé, coupa sèchement Kathleen. Je lui fais confiance, moi, et ça devrait vous suffire. Et toi aussi, Cassie, t'as des fréquentations douteuses… Y compris Malefoy ! Mais personne ne t'accuse d'être une Mangemort, non ?

– C'est différent ! protesta la petite brune.

– Je ne veux pas le savoir. Je fais confiance à Rogue, un point c'est tout. Je le rencontre une fois par semaine et jusqu'ici il ne m'a pas lancé d'Impardonnable, ça devrait vous rassurer, non ?

Kathleen confectionnait des tas de potions pour l'infirmerie de Poudlard, et les livrait donc de manière hebdomadaire à Rogue. En ce moment, le Maître des Potions ressemblait à un zombie : si en plus il avait été obligé d'approvisionner Mme Pomfresh, il se serait sans doute effondré. Kathleen pouvait bien lui donner un coup de main.

Elle était une Poufsouffle. Quand un ami avait besoin d'elle, elle l'aidait. Et quand un ami était accusé, elle ne perdait pas la foi. Parce que les Poufsouffle étaient loyaux, loyaux jusqu'à la mort, et que Kathleen ne faisait pas exception.

Peut-être que ce n'était pas si mal, songea Delmar en retournant à ses comptes. Parfois, il doutait, devant le cercueil d'un camarade Auror ou le corps d'une victime qu'ils n'avaient pas été assez rapides à protéger. Parfois, Cassie doutait : pas de sa survie, non, juste de leur victoire, parce que c'était long et difficile et que ses cartes et sa boule de cristal lui promettaient toujours plus de souffrance. Parfois Lucas doutait, parce qu'il avait toujours été un grand rêveur, mais qu'à présent il était si dur de rêver, et que le Serdaigle dépérissait dans ce climat sinistre comme un oiseau cloué au sol.

Mais Kathleen avait la foi. Elle y croyait. En la victoire, en l'avenir. Elle croyait à un futur meilleur, et elle croyait aux gens. Et, quand les autres doutaient, il leur suffisait de tourner les yeux vers elle –si droite et féroce et impossible à abattre– et ils se disaient si elle tient, je peux le faire aussi.

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oOoOoOo

Samedi 27 juin 1997, appartement de Cassie Jorkins.

(Sixième année d'Harry Potter, quelques jours avant la mort de Dumbledore).

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L'alarme sur la cheminée (un sort bien pratique, inventé et apposé par Lucas) sonna deux secondes avant que les flammes émeraude n'apparaissent, suivies de peu par l'arrivée d'un visiteur. Cassie avait tout juste eut le temps de planquer ses lettres marquées du sceau de Gringotts et de brandir sa baguette… Puis elle se détendit en reconnaissait l'intrus.

– Bon sang, Lucas, tu m'as fichu la frousse de ma vie !

Le Serdaigle ne lui répondit pas, et se laissa tomber dans le plus proche fauteuil. Ses cheveux bonds, d'habitude si bien coiffés, étaient complètement en pétard, et sa cravate était à moitié dénouée comme s'il avait été en train de l'enlever quand il avait pris la Cheminette.

– Cassie, j'ai besoin de toi.

Aussitôt la petite Serpentard se tendit comme un ressort :

– Quoi, qu'est-ce qui se passe ? C'est Kathleen ? C'est Delmar ? Elijah ? Une planque a été grillée ? Quelqu'un a été attaqué ?

Ils avaient obtenu une douzaine de nouvelles planques depuis l'année dernière, et elles étaient presque toutes remplies. Plusieurs de leurs protégés étaient également passés à l'étranger, grâce aux magouilles de Cassie, aux Portoloins cachés créés par Lucas, et à la famille Diggory qui leur servait de relais en France.

D'après leurs calculs, le réseau Canada avait sauvé la vie de soixante-treize personnes pour l'instant. Soixante-treize personnes pas assez malléables ou importantes pour que Dudu et sa secte s'en préoccupent, pas assez fortunées pour que le Ministère leur envoie des Aurors. Soixante-treize personnes. En ajoutant les vingt-six personnes complices de la Team Canada, qui les aidaient à faire tourner le réseau et à faire disparaitre les gens, plus leurs familles et leurs proches qui ne faisaient rien et se contentaient juste de prétendre ne rien savoir et de cacher leurs activités suspectes… Ça a faisait cent-trente personnes, cent-trente cibles potentielles. Cassie réfléchit frénétiquement à qui pouvait être visé…

– Non, soupira Lucas en se frottant le visage d'un air las. Non, c'est… Désolé de t'avoir inquiété. Personne n'est en danger. Pour l'instant.

Vachement rassurant.

Cassie soupira, et décida que sa correspondance avec Usnurf le gobelin attendrait. Usnurf était chef de clan, de toute façon, ça lui ferait beaucoup de bien de mariner un peu dans son jus en attendant une réponse. Cassie avait réussi à obtenir le poignard ornementé que les gobelins voulaient récupérer (et engager un bon voleur pour piquer ça chez les Selwyn, ça n'avait pas été de la tarte !), donc de toute façon, elle tenait Usnurf par les couilles et il allait devoir accepter tous ses termes.

Mwahahaha. C'était toujours satisfaisant de dominer la négociation.

La petite Serpentard s'assit sur son canapé, posa ses coudes sur ses genoux et son menton dans ses mains, et haussa un sourcil en direction de son ami blond :

– Alors, qu'est-ce qui te tracasse au point de débarquer chez moi à… Quatre heures dix-sept de l'après-midi ? Tu t'es échappé en courant de ton goûter ?

– Ah ah, très marrant.

Les Ogden prenaient le thé à quatre heures tapantes tous les jours, tous ensembles. Lucas, sa femme, et son père. Car oui, Lucas était marié maintenant ! A la charmante Ludivina Rowle, désormais Ludivina Ogden. Leur mariage avait été une affaire relativement discrète et hâtive, en février. Après tout, il s'agissait pour les Ogden de récupérer tout le pognon des Rowle avant que son oncle Thorfinn Rowle, fraîchement échappé d'Azkaban, ne se pointe à Gringotts pour boucler ses coffres.

La Team Canada avait donc rencontré Ludivina à cette occasion. Une jolie brune aux cheveux bouclés et aux grands yeux de biche, assez timide, et complètement terrifiée par l'idée que son oncle Mangemort vienne la chercher. Apparemment, son enfance auprès de ses parents n'avait pas exactement été idyllique. Ce mariage avait un enjeu économique pour les Ogden, mais pour Ludivina, c'était une garantie de sécurité.

Le manoir des Ogden était une vraie forteresse.

Du coup, Ludivina ne quittait jamais le manoir. Elle écrivait parfois à sa grand-tante Loretta, et à quelques-unes de ses camarades de promotion avec qui elle avait gardé contact. Elle écrivait aussi à Cassie (la petite Serpentard avait absolument insisté pour devenir amie avec Ludivina, parce que, pensez donc ! Lucas était pratiquement son petit frère, ce qui faisait de Ludivina sa belle-sœur !), et à Kathleen (parce que la Poufsouffle avait toujours eut un faible pour les cas désespéré, et que les grands yeux tristes de Ludivina l'avait attendrie). Mais mis à part ça, elle lisait, s'occupait les fleurs dans la serres, jouait du piano, et elle ne mettait pas un pied dehors.

Mais bref.

– C'est ton père ? tenta de deviner Cassie. Il te fait chier à nouveau ?

Tibérius essayait toujours de fourrer son nez dans le travail que Lucas faisait en tant que membre du Magenmagot. Ils avaient beau vivre dans deux ailes du manoir complètement séparées, ils arrivaient toujours à se taper sur les nerfs.

– Non, soupira Lucas. C'est… C'est Ludivina.

Cassie cligna des yeux. Ça, c'était une surprise. Lucas et Ludivina s'entendaient plutôt bien, normalement. Ils étaient polis l'un envers l'autre, ils avaient des sujets de conversation commun (l'Arithmancie, notamment), bref, ils vivaient en bonne harmonie. Comme des colocataires, quoi.

Et une fois par mois ils partageaient la même chambre pour remplir leur devoir conjugal. Certes.

– Qu'est-ce qu'elle a fait ?

Lucas leva de grands yeux effarés vers Cassie, et chuchota comme si c'était un terrible secret :

– Elle est enceinte.

Pendant une seconde, Cassie ne sut pas quoi dire. Puis elle se leva d'un bond et frappa Lucas avec un coussin :

– ET C'EST POUR ÇA QUE TU ME TAPES UNE CRISE DE PANIQUE ?!

– Mais tu comprends pas ! piailla le Serdaigle. Elle est enceinte de deux mois et demi, déjà, donc on peut pas avorter sans risque, et de toute façon mon père nous taperai un scandale parce qu'il veut un héritier, mais imagine qu'elle fasse une fausse couche ? Elle est toute mince ! Et j'ai lu que les hanches fines c'est pas bon signe, ça peut rendre l'accouchement difficile ! Et puis, je peux pas avoir un bébé maintenant ! On est en guerre ! Je passe mes journées à espionner le Ministère et à tailler la bavette avec des sorciers corrompus qui vénère un taré à tendance génocidaire ! Kathleen gère une milice illicite et un réseau clandestin dont on est tous membres ! Et imagine le stress ! Le stress est mauvais pour la grossesse ! Pour la maman ! Et pour le bébé ! Et imagine que ce soit une fille… Bon, j'ai rien contre le fait d'avoir une fille. Mais il faudra qu'on s'y remette pour avoir un garçon !

– Quoi, c'est si difficile que ça de coucher avec ta jolie femme ? le nargua Cassie.

Lucas marqua un temps d'arrêt, ouvrit la bouche, la referma, puis haussa les épaules :

– Bah, c'est bizarre. Vaguement agréable mais globalement chiant. Et je préfère passer ma soirée à lire sur la convection des planètes et leur influence sur les flux magiques aériens que de brûler des calories à faire le pitre sur un édredon.

La petite Serpentard grogna et se cacha le visage dans les mains. Lucas avait un rapport au sexe vraiment bizarre. Enfin, assez normal pour un asexuel comme lui : mais vraiment bizarre pour Cassie. Si elle se tapait Elijah, elle, eh ben les convections des planètes pourraient aller se faire voir, elle passerait constamment son temps entre Elijah et l'édredon !

… Mais passons.

– Lucas, fit Cassie avec patience. Ce n'est pas la fin du monde. Les Sang-Purs ne laissent pas leurs enfants quitter le manoir avant leurs sept ans, non ? Histoire de s'assurer que le gamin ne soit pas Cracmol. Alors ça te laisse sept ans durant lesquels ton ou ta mioche sera protégé du monde extérieur. Et tu pense vraiment qu'en sept ans, la crise n'aura pas eut le temps de se résoudre ?

Les épaules de Lucas s'affaissèrent un peu. Elle avait raison, et elle le savait. Cependant, il n'était pas un super-baratineur pour rien, alors il ouvrit quand même sa gueule :

– Oui mais, imagine que…

– Ta gueule, j'essaie d'être la voix de la raison ! se fâcha Cassie. Ton gamin, ou ta gamine, sera beaucoup plus protégé que le nouveau-né moyen dans cette époque de merde. Tu es un Sang-Pur. Un noble. Et riche, en plus. Marié à une autre Sang-Pure noble et riche. Tu ne fais pas de vague ni contre un camp, ni contre l'autre. Ni Dudu ni Tu-Sais-Qui ne va te chercher des poux parce que pour eux, tu es super-prévisible et pas du tout gênant. Ton manoir est bardé de sorts de protection. Tu es pote avec quelqu'un qui fait disparaitre les gens pour les protéger, et de manière professionnelle. Tu as des fréquentations parmi les Aurors, la moitié des héritiers de lignées Sang-Purs, et même des potes à Dudu. Tu es dans une zone de neutralité parfaite. Personne ne va te chercher des noises, et personne ne va s'en prendre à ton gamin. Ou ta gamine. Relax.

Lucas soupira, puis se frotta les yeux d'un air las.

– T'as raison, j'imagine. C'est juste que…

– Ça te stresse d'être papa ? s'amusa Cassie. Il y a d'autres gens qui vont être parents à notre époque, et ils s'en sortent très bien. Comme, euh…

Le seul exemple qui lui venait à l'esprit était celui de Constantin Rosier, le grand frère de Justinien Rosier (leur Rosier). Lui et son épouse Chelsea, la cousine de Kathleen, venaient d'avoir une fille. Ils l'avaient appelé Elynor. Cassie s'était rendue à la cérémonie de Présentation (l'équivalent du baptême Moldu, mais chez les sorciers) avec Elijah, et elle avait été la seule de la Team Canada : Kathleen avait brûlé son invitation, et Lucas avait perdu la sienne.

Lucas croisa son regard, et Cassie sut qu'ils pensaient à la même chose. Elynor Rosier n'auraient pas la même vie que l'enfant des Ogden. Ses parents à elle –son père du moins– étaient des Mangemorts.

Les Rosiers avaient rejoint le Seigneur des Ténèbres dès le début de la guerre.

Ils n'avaient pas de preuve, évidemment. Mais ce n'étais pas difficile à deviner. Justinien Rosier avait toujours été proche d'Elijah et de Cassie, et pourtant… Il n'avait jamais fait appel au réseau Canada. Il semblait vivre sa vie confortablement, sans crainte des Mangemorts, alors que son cousin avait porté la Marque durant la dernière guerre, et que sa famille avait sans doute été approchée par le Seigneur des Ténèbres. Il avait coupé les ponts avec Elijah, dont la famille était prudemment neutre, et avec d'autres de ses amis qui ne supportaient pas ouvertement Vous-Savez-Qui.

Rosier était passé à l'ennemi. Rosier était un Mangemort.

Pas juste un indic, comme Higg. Un Mangemort, un vrai, avec le masque blanc, la capuche noire, et des maléfices sur le bout des lèvres. Cassie n'avait jamais affronté de Mangemort : mais Kathleen et Delmar avaient été mêlés à plusieurs combats avec le camp adverse, et parfois, ils se posaient sans doute la question. Est-ce que c'est lui ? Est-ce que c'est quelqu'un que je connais ? Est-ce que j'ai rit, partagé une blague, prêté mes grimoires à cette silhouette qui m'envoie des Avada ?

Rosier n'était pas le seul. Il y avait beaucoup trop de jeunes adultes vifs et agiles dans les rangs des Mangemorts pour ignorer que la plupart avaient été recrutés parmi la génération de la Team Canada. Par exemple, Emily Selwyn, de Serdaigle, avait été recrutée en même temps que toute sa famille : son vieux père qui avait échappé de peu à Azkaban lors de la dernière guerre, sa grande sœur, son petit frère. Et il y en avait d'autres. Lydie Amarin, de Serpentard : Caspar Parkinson, l'intello de Poufsouffle : Franklin Silvernus, le garçon discret de Serpentard…

La Team Canada avait été dans leur classe. Ils avaient échangé des livres, s'étaient prêté leurs encriers, avaient squatté la même table, rit aux déboires du furet de Kathleen et aux pitreries de Delmar. Ils avaient grandis ensemble.

Et à présent, ils essayaient de s'entretuer.

Cassie se racla la gorge, puis essaya de changer de sujet. Penser que leurs amis se battaient et s'entretuaient, ça la faisait toujours déprimer. Elle avait bien aimé, Rosier, elle. Il avait toujours été sympa. Ok, mordant et malpoli et sarcastique, mais sympa. Plus que Candela, en tous les cas.

– Beaucoup d'enfants vont avoir un avenir moins bon que le tien, conclut-elle. Franchement, tu ne t'en sors pas si mal. Et puis, tu seras sans doute un bon père. Tu es un politicien chiant comme la pluie et sans doute un horrible amant, mais bon, faut bien être bon à quelque chose, non ?

Lucas roula des yeux, et Cassie retint un sourire en voyant ce tic habituel. Si le Serdaigle réussissait à être exaspéré par ses conneries, c'était que la panique était en grande partie surmontée.

– C'est peut-être une manifestation inconsciente de mon instinct primitif, réfléchit le blond à voix haute. En période de danger, la promiscuité augmente, et l'homme retourne souvent à son instinct le plus primaire : celui de perpétuer l'espèce. Peut-être que c'est la raison pour laquelle il y a tellement de gens qui prennent le risque d'avoir des mouflets en temps de guerre. Merlin sait que ce n'est pas quelque chose que moi j'aurais fait, si on m'avait posé la question il y a quelques années.

Cassie haussa les épaules :

– C'est pas impossible. Par exemple, moi je suis super-motivée à escalader Elijah comme un poney…

– Rien d'inhabituel, marmonna Lucas.

– Kath a un plan cul, poursuivit Cassie. Je crois qu'elle se tape Ethan Bones. Bah, pourquoi pas après tout, il est pas membre du réseau mais c'est un clandestin lui aussi. Hum… Et Delmar a une copine !

Lucas plissa le front, pris par surprise. C'était vrai qu'avec la guerre et le manque de confiance ambiant, Delmar ne s'adonnait plus aux rencontres d'un soir. Trop de risques d'être trahi, attaqué, ou mené dans un piège. En revanche, le noble Gryffondor ne prendrait jamais le risque d'avoir une copine au vu et au su de tous : il avait trop de chances pour que ça asse d'elle une cible. Delmar était un Auror doué et anti-Mangemort, un Gryffondor, et un Né-Moldu : il représentait tout ce que leurs ennemis détestaient.

– Ah bon ? Qui ça ?

– Une de nos protégées. La petite sœur de Jason Bulstrode. Melinda. Elle était sur la liste de tes fiancées potentielles, à une époque.

Lucas roula des yeux, mais ne put s'empêcher de sourire avec amusement. Delmar, petit cochon va. Il avait décidément un faible pour les Serpentard de sang Pur et aux parents super-racistes. Un de ces jours, ça allait sacrément le mettre dans le pétrin.

– Bon, lâcha le Serdaigle en se redressant sur son siège. J'ai besoin d'un bon verre pour me remettre de mes émotions. Tu as encore de cette bière ambrée au parfum d'érable que je t'avais offert ?

– Tu rigoles j'espère, elle était super-bonne, j'ai tous sifflé en trois semaines avec Kath. Par contre, si on transforme un peu nos apparences, on peut aller aux Trois Balais comme au bon vieux temps ! Et je tirerai les cartes pour ton futur mouflet !

– … Vas pour les Trois Balais alors.

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oOoOoOo

Mercredi 1er mai 1998, appartement « la Bulle ».

(Septième année d'Harry Potter, veille de la Bataille de Poudlard).

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–Uh, grogna Cassie en fixant ses cartes avec perplexité. Comment ça, il va mourir, mais pas vraiment ? Il meurt ou pas ? Mais qu'est-ce qui cloche avec mes cartes ce soir ? De la souffrance et de l'espoir, des gens qui meurent et d'autres qui reviennent à la vie, une histoire de chapeau et d'épée… ? Y a rien qui a du sens !

Eveline Heart, qui était en train de faire du thé dans la cuisine, ricana en allumant le gaz sous la bouilloire. Tout comme Delmar, Eveline n'avait pas beaucoup de foi en la cartomancie. D'ailleurs, en parlant de Delmar…

– Je vous déteste tous, se plaignit le Gryffondor enroulé dans une couverture sur le canapé. Je dois rester éveillé combien de temps encore ?

– Jusqu'à ce que les dernières traces du Sortilège se dissipent, le tança Eveline. Si tu t'endors avant, tu risques d'avoir d'horribles hallucinations et de nous attaquer dans ton sommeil.

– Pas qu'on ait peur bien sûr, rajouta Cassie en battant ses cartes à nouveau. Mais je t'assommerai probablement avec un pied de chaise et le mobilier est fragile ici.

Delmar, qui vivait dans l'illégalité depuis que Voldemort avait pris le pouvoir (parce que voir son nom apparaitre sur le liste des Indésirables vous donnait très vite envie de démissionner de chez les Aurors), avait été attaqué douze heures plus tôt par des Rafleurs alors qu'il allait rencontrer un contact sur le Chemin de Traverse.

Oh, il leur avait échappé. Mais il s'était pris un Maléfice de Tourments Illusoires dans le dos, et l'hallucination causée par ce sort l'avait pratiquement jeté au sol hurlant d'horreur. Heureusement pour lui, Cassie était dans le coin. Elle avait réussi à faire diversion grâce à un épais nuage de fumée (qui aurait cru que foirer ses Sortilèges Explosifs toute sa vie trouverait finalement une utilité ?), et avait amené Delmar à la planque la plus proche… A savoir un petit appartement surnommé « la Bulle », et où se cachait Eveline.

Ils avaient fait venir Kathleen qui avait soigné l'Auror blessé, et qui leur avait ensuite donné comme instruction de le tenir à l'écart de toute magie et de ne pas le laisser s'endormir pendant vingt-deux heures minimum. C'était pour ça que Delmar devait se résoudre à veiller et à se tourner les pouces.

Le Maléfice de Tourments Illusoires faisait subir à la victime une hallucination incroyablement réaliste (et souvent terrifiante) en repoussant son esprit au fond de son inconscient. Ça voulait dire que briser le Maléfice n'était pas suffisant, car tant qu'il restait des traces du sort sur la victime, si celle-ci s'endormait et donc replongeait dans son inconscient, le maléfice pouvait se réactiver. Et si le patient était exposé à de la magie, ça pouvait renforcer les restes du sort qui traînaient encore sur lui, et donc prolonger le délai nécessaire pour que sa propre magie se purifie du maléfice.

C'était moche.

Donc, voilà. Delmar ne pouvait pas transplanter ou prendre la Cheminette, et il n'était pas en état de prendre le bus. Halluciner votre propre mort par éviscération vous faisait ce genre d'effet. Il serait bien rentré chez lui pour se faire réconforter par sa copine Melinda Bulstrode, mais puisque le voyage était hors de question… Eveline avait proposé de lui prêter son canapé, et Cassie s'était aussi invitée parce que, bordel, elle venait de voir Delmar s'écrouler sous un sort de Rafleur et hurler de douleur. Elle n'allait pas le lâcher des yeux de sitôt.

Kathleen aurait voulu rester, elle aussi, mais concentrer les trois leaders du réseau Canada dans une seule planque, coupés du reste du réseau, c'était chercher les problèmes. L'un d'entre eux devait toujours être facilement joignable. Et comme Lucas était chez lui avec sa famille, il ne pouvait pas assumer ce rôle, et c'était retombé sur Kathleen.

Oui, Lucas avait carrément une famille, maintenant. Son père, sa femme Ludivina, mais aussi son fils et sa fille, nés au début de mars, à peine deux mois plus tôt. Des jumeaux ! Le fils était aussi brun que sa mère, et la fille aussi blonde que son père, mais tous les deux avaient les yeux bleus de Lucas, et le jeune père était complètement paranoïaque en ce qui les concernait. C'était adorable.

Cassie était la marraine de la fille, Lauralyn, et Delmar était son parrain. Kathleen avait été nommée marraine du garçon, Lancelot, et le parrain était Maxime Adler, leur ami Langue-de-Plomb. Les prénoms avaient été choisis par Lucas, mais sur le conseil de Cassie, qui avait tiré les cartes pour deviner l'avenir des jumeaux. D'après ce qu'elle en avait deviné, elle était assez optimiste.

Bref. Lucas était donc chez lui à surveiller Lauralyn et Lancelot comme du lait sur le feu, et du coup il n'était pas exactement joignable. Aucun membre de sa famille n'était au courant de son implication dans le réseau Canada, après tout.

Et donc leur Poufsouffle était repartie monter la garde à la Renardière, pendant que Delmar évacuait son Maléfice, que Cassie le couvait sans en avoir l'air, et qu'Eveline prétendait très fort ne pas être là.

– Et puis, je ne vois pas de quoi tu te plains, lança Eveline en lui ébouriffant les cheveux. Ne me dis pas que la compagnie te déplaît !

Oui, parce qu'Eveline et Delmar, même s'ils avaient rompus, étaient restés d'excellents amis. Eveline s'entendait même très bien avec Melinda, la nouvelle copine de Delmar. Cassie en rajouta une couche :

– Imagine, tu pourrais être chez Wilkes.

Rien que l'idée fit frissonner Delmar d'horreur des pieds à la tête. Eveline retint un gloussement. Qu'il leur doive la vie ou non, Wilkes était toujours aussi chiant !

– Je pense que c'était quand même le mec que vous pouviez le moins blairer à Poudlard, fit pensivement Eveline. A égalité avec Higg, peut-être. Ou bien…

Elle s'interrompit er regarda ailleurs. Rosier. Quand la Team Canada repensait à Poudlard et à leurs disputes avec divers personnes, ils pensaient à Higg et Wilkes, mais surtout, ils pensaient à Justinien Rosier et à ses engueulades continues avec Kathleen.

Rosier. Parkinson. Selwyn. Silvernus. Tous ces gens qu'ils avaient connus, avec qui ils avaient rit et travaillé, tous ces gens qu'ils avaient aimé ou détesté, avec qui ils avaient vécus. Tous ces gens qui, à présent, bossaient pour l'autre camp et n'hésiteraient pas à les tuer…. A chaque fois qu'un de leurs noms était évoqué, il entraînait comme un temps de silence, comme s'il fallait à nouveau encaisser le choc et réaliser qu'ils n'étaient plus là, qu'ils étaient l'ennemi.

Ils ne s'y habitueraient sans doute jamais.

Eveline se racla la gorge et chercha à changer de sujet. Mais Delmar, en bon Gryffondor qu'il était, se contenta de hausser les épaules et de crever l'abcès. Ils ne pouvaient pas laisser un simple nom, un simple souvenir, leur peser comme ça. C'était la guerre : il fallait vivre dans le présent.

– Qui est vraiment surpris, cela dit ? De leur choix, je veux dire. A Higg, ou Wilkes, ou… Rosier. Wilkes a toujours été un lâche qui méprisait les Mangemorts. Il devenait livide dès qu'on parlait de son frère. C'était sûr qu'il allait fuir.

Cassie hocha vivement la tête :

– C'est vrai. Et Higg est un opportuniste, une vraie tique. Il a essayé de s'implanter dans mon traffi… Je veux dire, de fourrer son nez dans mes affaires. Je l'ai catapulté loin de là plus vite que tu peux dire « Quidditch » ! Du coup il était un peu dans la mouise, sans contacts ni business, entièrement dépendant du pognon de papa et maman. C'est sans doute pour ça qu'il joue la taupe pour les grands méchants masqués maintenant.

– Et Rosier…

Delmar marqua une pause. Emmerdeur ou non, Rosier n'avait jamais eut pour eux la haine qu'avaient Higg ou Wilkes. Les Serpentard s'étaient souvent alliés à la Team Canada, après tout.

Et puis, ennemi d'enfance ou pas… Rosier avait passé sept ans avec eux. Sep ans à coller aux basques d'Elijah, à se foutre de la gueule de Cassie et de ses plans dragues, à se chamailler avec Kathleen, à subir avec résignation les élucubrations de Lucas, à se décaler pour leur faire de la place sur son banc lors des matchs de Quidditch.

Sept ans putain, c'était pratiquement le tiers de leur vie.

– Rosier a toujours fait passé sa famille avant tout, déclara doucement Eveline. Même s'il a sans doute des regrets… Rosier est un bon fils. Quand sa famille exige quelque chose de lui…

– Il obéit, compléta Delmar d'un air morose. Et le fait qu'il a toujours été Puriste ne gâche rien, je suppose.

Rosier avait été loiiiin d'être le plus extrême des Puristes de leur génération. Après tout, il avait respecté l'autorité de Candela, et n'avait jamais fait allusion au pedigree de Delmar. N'empêche, il croyait fermement en l'infériorité du sang Moldu, et ça avait sans doute aidé à son choix…

– C'est pas important, dit fermement Cassie de sa voix flûtée. Il a fait son choix, nous le nôtre, et c'est tout. Imaginez plutôt comme ça doit être dur pour Elijah ! Justinien était son meilleur ami.

… Ce qui expliquait pourquoi Elijah était si déprimé, du coup. Presque aussi déprimé que Kathleen depuis que Rogue avait tué Dumbledore.

Et si ça, ça n'avait pas été une surprise ! Kathleen avait été tellement sûre de l'allégeance de Rogue, tellement sûre qu'on pouvait lui faire confiance… Bon, elle avait été la seule personne du réseau Canada à être en contact avec lui, mais tout de même. Elle rapportait chez elle ses grimoires, elle lui préparait des potions, elle discutait régulièrement avec lui, ils s'écrivaient durant l'été pour se disputer au sujet de philtres enchantés et de fumées toxiques, bref, Rogue faisait partie de la vie de Kathleen. Il lui servait même de consultant en matière de protections contre la magie noire.

Quand Dumbledore avait été tué, quand Rogue avait révélé qu'il était un traître… Kathleen l'avait mal vécu. Très mal vécu.

Elle avait hurlé et tempêté, pleuré et refusé de voir la vérité, puis s'était renfermé sur elle-même, puis s'était plongé dans le travail avec frénésie jusqu'à s'écrouler d'épuisement. Elle était furieuse, tout le temps, mais surtout elle était déprimée. Trahie.

Rogue n'était pas quelqu'un qui tendait à attirer l'amitié ou la sympathie, mais bon sang, Kathleen avait cru en lui. Elle lui avait fait confiance. Il avait été son ami.

Avec le temps, elle s'en était remise. Pas complètement, mais assez. Elle travaillait sans ciller sur les grimoires qu'il lui avait prêtés avant de trahir. Elle avait retrouvé son professionnalisme dans la confection de potions et de baumes. Son Patronus, vacillant après la trahison, avait retrouvé sa vigueur. Kathleen était une Poufsouffle, et la trahison était le vice le plus honnie par sa Maison, un coup fatal, une honte absolue. Mais Kathleen était aussi une Diggory, une amie, une sœur, une leader, une protectrice. La défection d'une seule personne ne devait pas l'abattre. Ne pouvait pas l'abattre. Trop de choses reposaient sur elle.

Alors elle continuait. Et le nom de Rogue n'était jamais prononcé à la Renardière.

Delmar soupira. Il aurait aimé pouvoir dire qu'il avait vu venir ce coup de traître, mais… Il ne l'avait pas vu venir, pas du tout. Oh, il n'était pas comme ces imbéciles de l'Ordre qui pensait que « si Dumbledore lui fait confiance, il a raison ! ». Delmar n'avait jamais succombé au lavage de cerveau de Dudu le barbu. Et en lisant le livre de Skeeter publié récemment, il se disait qu'il avait eu bien raison.

Non, si Delmar n'avait pas vu venir la trahison de Rogue, c'était parce qu'un matin, il y avait des années de cela… Un matin, il avait écouté derrière une porte close Rogue et Kathleen qui discutaient comme de vieux potes, qui faisaient de l'humour et qui plaisantaient en triant des ailes de fée. Et oui, il avait été choqué de réaliser que Rogue était humain. Mais il avait été sûr, tellement sûr, que ce n'était pas un mensonge et que Rogue appréciait Kathleen. Cette certitude l'avait soutenu durant toute la guerre.

Kathleen était l'amie de Rogue. Peut-être sa seule amie. Rogue servait peut-être Dumbledore, mais il ne faisait que ça, servir. Il devait accorder une valeur d'autant plus grande à la seule personne qui l'appréciait sincèrement non ?

Mais c'était une logique de Gryffondor. C'était une logique de Poufsouffle. Rogue était un Serpentard : il agissait sur le long terme, et n'hésitait pas à sacrifier ce qui pouvait entraver ses projets. Kathleen avait sans doute eut de l'importance pour lui. Mais pas assez pour l'empêcher d'agir.

Soudain la cheminée s'illumina de flammes vertes, et en une seconde tout le monde fut sur ses pieds, baguette en main, Eveline le dos tendu comme avant un sprint, et Cassie se plaçant devant Delmar pour lui servir de bouclier. La Team Canada n'utilisait pratiquement jamais la Cheminette, est-ce que ça pouvait être… ?

Puis une tête ébouriffée apparu sur les braises émeraudes, et Eveline baissa légèrement sa baguette, estomaquée :

– … Panda ? Candela Panda ?!

– Mot de passe ! ordonnèrent Cassie et Delmar d'une seule voix sans baisser leurs armes.

Candela, dont la tresse était défaite et les cheveux en pétard, leur lança un regard noir et récita d'une traite :

– « C'est dans le besoin qu'on reconnait ses amis », « l'argent n'a pas d'odeur », « l'union fait la force », et « à malin, malin et demi ». Est-ce que vous avez vraiment choisi chacun un proverbe idiot dans votre équipe de bras cassés ?

Cassie et Delmar prirent un air innocent. Leur mot de passe était composé de quatre dictons, un pour chaque membre de la Team Canada. Un peu simpliste, mais très efficace.

– Qu'est-ce qui t'amène ? demanda Cassie en baissant sa baguette.

Un sourire un peu tordu apparut sur le visage de l'ex-Préfète. Elle semblait à la fois nerveuse, fébrile, furieuse et terrifiée. C'était comme si elle était sur le point d'exploser.

– Harry Potter est à Poudlard. Il a lancé un appel ! Bon, il l'a lancé à ses sbires, mais les jumeaux Weasley l'ont relayé à ta cousine Clara Robinson, Bill l'a relayé à Olivier Dubois, Tonks a propagé ça à Brenda et Azhar, et maintenant tout le réseau est au courant. Vous-Savez-Qui et ses Mangemorts sont en route ! Poudlard prépare la résistance : tout va se jouer là-bas.

Delmar se rassit sur sa chaise, parce qu'il avait l'impression que ses jambes allaient lâcher.

– Quand ? fit-il faiblement.

– Maintenant ! Cette nuit ! Diggory m'a ordonné de faire passer le message : elle est déjà là-bas avec la moitié du réseau. Amara est au Ministère avec Lisbeth, elles vont profiter du chaos pour libérer tous les Nés-Moldus incarcérés qui attendent leur jugement. J'ai contacté tous ceux que je pouvais, mais cette planque est la seule dont le connaisse l'adresse, alors je ne peux pas contacter vos autres protégés…

Certains membres du réseau s'étaient vu remettre la localisation d'une des planques, en gage de confiance… Et aussi pour que le business continue à marcher si un des leaders se faisait descendre. Candela, par exemple, connaissait la Bulle, où logeait Eveline : Maxime Adler connaissait les Coquelicots, où logeait Jason Bulstrode et ses sœurs : Olivier Dubois connaissait la Cime, où se cachait Adrien Tofty, Coralie Macmillan, et sa mère : Brenda Rain connaissait l'Igloo, où logeait Wilkes et deux Nés-Moldus : etc.

– Je me charge de rassembler les troupes, décida Cassie. Je dois pouvoir joindre Lucas au passage.

Puis elle se tourna vers Eveline et Delmar :

– Pour rejoindre Poudlard, l'accès le plus direct est de passer par l'ancienne maison de Brenda à Pré-au-Lard, puis d'utiliser le passage secret qu'i la Tête de Sanglier.

Cassie avait aussi des espions à Poudlard, et elle était au courant de l'existence de ce passage secret depuis… Pratiquement le moment de sa création.

– La maison de Brenda n'a jamais été rachetée, poursuivit-elle. C'est complètement vide, mais c'est très bien situé. L'adresse est 17, rue de la Passiflore, Pré-au-Lard. Eveline, tu veux… ?

– Oh carrément que je veux, gronda la Serpentard en attrapa un couteau de cuisine et en le glissant dans sa botte. Je vais leur botter le cul, à ces emmerdeurs qui m'ont chassé de chez moi !

Elle attrapa deux autres couteaux, et ce qui ressemblait vachement à une grenade rangée dans son placard à vaisselle. Apparemment Kathleen l'avait convertie à l'utilisation des armes Moldus. Cassie fit mine de ne rien voir, et ce tourna vers Delmar, qui s'était mit debout d'un geste chancelant :

– N'y pense même pas ! Toi, tu reste là, tu n'es pas en état de te battre.

– Je ne vais pas rester là à ne rien faire ! rugit Delmar.

– Arrête de faire ton Gryffondor ! rétorqua Cassie. Tu tiendrais pas deux minutes dans un vrai combat. Tu veux faire quelque chose ? Alors va au Ministère aider ma cousine à libérer les prisonniers. Et t'as pas intérêt à te faire buter, imbécile !

Delmar renifla avec amusement, tapota la tête de Cassie, puis s'avança vers la cheminée :

– Moi aussi je t'aime, la naine.

– JE SUIS PAS PETITE C'EST L'ECLAIRAGE QUI DONNE CETTE IMPRESSION !

Candela leva les yeux au ciel puis disparu de la cheminée, juste à temps pour que Delmar y jette une poignée de poudre verte et disparaisse dans un flash d'émeraude, sans doute en direction du Ministère. Eveline le suivit quelques instants plus tard, clamant l'adresse de la maison de Brenda à Pré-au-Lard, et disparu à son tour.

Cassie se retrouva toute seule.

Le silence lui sembla incongru. Ça y est, la grande bataille finale allait commencer, leur monde était sur le point de basculer, et tout était si silencieux. Si immobile. Dans la rue, les Moldus marchaient d'un pas pressé, les voitures se croisaient et s'arrêtaient sagement au feu rouge, comme si tout était normal. Est-ce qu'ils ne réalisaient pas que, lorsque la nuit serait finie, leur monde aurait basculé d'un côté ou de l'autre de la balance ?

Cassie inspira un grand coup. Wilkes, Bulstrode, Henry Bluesky et sa famille, Adrien Tofty, Coralie Macmillan et sa mère, Valentino Basini, Victor Page, Julia Moore et ses deux fils… Ils avaient plus de soixante-dix protégés dans leurs planques, et parmi eux, environ une quarantaine était capable de se battre. Voudraient se battre.

Elle attrapa un peu de Poudre de Cheminette et s'agenouilla devant la cheminée, adressant une prière à quiconque voudrait bien l'entendre. Faites que mes amis aillent bien. Faites que tout le monde survive.

Elle aurait du faire plus attention à ses cartes. Elles lui avaient bien prédit que la mort allait planer sur eux, cette nuit. La mort, le combat et la souffrance. La fin ou le renouveau.

Tout ce jouait cette nuit.

.

oOoOoOo

Jeudi 2 mai 1998, salle commune de Poufsouffle.

(Septième année d'Harry Potter, lendemain de la Bataille de Poudlard).

.

Kathleen n'avait pas remis les pieds dans la salle commune des Poufsouffle depuis qu'elle avait quitté Poudlard. Dun geste absent, elle passa la main sur l'une des tables de bois poussée dans un coin. C'était là que Lucas s'était assis pour dévorer grimoire sur grimoire sur le Patronus. Dans ce canapé, Cassie s'était allongé la tête en bas : et sur ce tapis, Delmar s'était vautré comme une étoile de mer, et Candela leur avait tapé un vrai scandale…

Dix ans avaient passé, depuis. Kathleen avait vingt-sept ans. Elle était jeune, encore, avec l'avenir devant elle : mais aujourd'hui, elle avait l'impression d'avoir un siècle.

La bataille avait été… Elle ne voulait plus jamais voir ça. Plus jamais.

Il y avait eut les sorts qui volent, les hurlements, les Mangemorts combattant les adultes et combattant les enfants. Il y avait eu la lumière des maléfices, rouges et pourpres et orange et blancs et vert, tellement de vert : il y avait eut les cris, les hurlements, le sang qui rendait les marches glissantes et le grondement furieux du loup-garou dérangé en plein repas sur le palier (un si petit repas, le gamin ne devait même pas avoir quatorze ans), la poussière et le feu lorsqu'un mur avait explosé, le rugissement de désespoir d'un jeune homme roux tenant son frère mort dans ses bras, la brûlure d'un sort mal esquivé, l'épuisement et la fatigue face aux adversaires qui n'en finissaient pas d'arriver, et la rage, et le chagrin, et la terreur, et l'impression que ça ne finirait jamais.

Il y avait eut le regard hanté de Lucius Malefoy, et le hurlement de sa femme quand Kathleen lui avait lancé un maléfice en plein visage. Il y avait le cri de Lydie Amarin, vêtue de robes de Mangemort, quand un sort lui avait déchiré le dos. Il y avait eut le rire sauvage d'Eveline Heart, quand elle avait retrouvée son amie Danny Valentine et que les deux jeunes femmes s'étaient battues dos à dos face à un trio de Mangemorts. Il y avait eut le ricanement mauvais de Lucas juste avant qu'il ne balance quelque chose d'explosif et de corrosif sur Greyback, et les hurlements du loup qui se régénérait mais dont les plaies continuaient à brûler et à fumer, et Lucas qui hurlait triomphalement « t'aime le napalm, clébard ?! » avant de s'enfuir en courant, poursuivit par deux Rafleurs.

Il y avait eut le cri de guerre d'Ethan Bones et de cent, deux cents autres Poufsouffle, élèves et adultes, un pan de tissu jaune dans leurs vêtements, et dévalant les escaliers comme une meute déchaînée : il y avait eut l'instant d'arrêt des Mangemorts en face, parce que les Poufsouffle avaient une réputation de moutons mais ils étaient nombreux, et que tout élève passé par Poudlard apprenait qu'il ne fallait jamais s'attaquer à un groupe de Poufsouffle.

Il y avait le moment où la marée de Poufsouffle avait submergé les Mangemorts, au son d'un cri de guerre qui avait fait trembler les murs du château.

Il y avait eut le moment où Basile Shafiq était tombé, touché par un sort couleur de braise, et le cri d'Elijah, rauque et déchirant et désespéré. Il y avait eut le Mangemort qui avait lancé le Doloris sur Cassie, et le bruit qu'avait fait sa tête lorsque Kathleen l'avait défoncé d'un grand coup de batte parce que sa baguette était cassée. Il y avait eut le cri d'agonie de Coralie Macmillan quand un sort de feu noir l'avait frappé en pleine poitrine, et le rugissement furieux de sa mère quand elle avait tué l'assassin. Il y avait eut le visage livide de Lucas, blessé et couvert de sang, qui boitait hors d'atteinte des tirs tandis qu'Olivier Dubois couvrait sa retraite avec rage.

Il y avait eut le regard horrifié de Caspar Parkinson, lorsque son masque lui avait été arraché par un sort, juste avant d'être frappé par le maléfice de Violette Ceria. Cette expression, Kathleen ne pourrait jamais l'oublier. Caspar et Violette avaient été dans la même classe, la même année, la même Maison : ils avaient partagé le même banc, les mêmes livres, les mêmes blagues, pendant sept ans. Ils avaient été amis.

Et ils s'étaient affrontés, et un seul d'entre eux en était ressorti vivant.

(Est-ce que c'était si important ? Violette était tombée quelques heures plus tard, abattue par l'Avada Kedavra d'un Mangemort plus petit qu'elle, un garçon qui avait sans doute cinq ans de moins et qui tremblait de tous ses membres. Kathleen l'avait tué à son tour. Elle n'en avait retiré aucun apaisement.)

Il y avait eut le rire haut perché de Bellatrix Lestranges, quand son sort vert avait fauché Tonks : le regard vide d'Azhar, quand Kathleen avait trébuché sur son cadavre au premier étage : les larmes de terreur sur le visage de Clara Robinson, qui combattait dos à dos avec sa cousine Cassie : les gémissements d'un blessé que Kathleen avait dépassé sans un regard, se précipitant pour protéger un petit Serdaigle : le visage crispé de Justinien Rosier, dont le masque de Mangemort état partiellement brisé, qui jetait des sorts en tous sens au milieu de la mêlée : le poids des cadavres qu'elle avait aidé à rassembler dans la Grande Salle : l'odeur de chair brûlée qui suivait Elias et ses sorts enflammé, son visage couvert de suie, et son regard presque fou : le signe de main nonchalant et le sourire tremblant que Cassie lui avait adressé avant de suivre Elijah vers une autre zone du combat : l'expression paisible de sa cousine Chelsea, son corps vêtue de robe Mangemorts allongé sur un brancard avec les autres victimes…

Cette nuit n'avait été qu'un long cauchemar. Depuis le début des combats jusqu'au moment où Voldemort était tombé, sans interruption. Kathleen avait été de ceux qui avaient vu Voldemort exhiber le prétendu cadavre de Potter, mais elle n'avait pas crié ou pleuré. Elle était indifférente, anesthésié.

Potter n'était qu'une victime comme tant d'autres. Il n'avait rien de spécial. Les espoirs de Kathleen n'avaient jamais reposé sur le pion de Dumbledore. Elle avait placé sa foi en Delmar, en Lucas, en Cassie, en tout son réseau. Elle croyait aux gens, pas aux prophéties.

Le combat ne se terminerait pas avec le mort d'Harry ou celle de Voldemort. Elle l'avait réalisé dès que le Seigneur des Ténèbres avait paradé devant le cadavre du soi-disant Elu. Un combat entre Serpentard et Gryffondor s'achèverait avec la mort du leader : mais ce n'était pas ce genre de combat.

Ils avaient impliqués les Poufsouffle. Ils avaient impliqué la Team Canada. Ils avaient impliqué Kathleen Diggory.

Le combat ne s'achèverait que quand un des deux camps aurait exterminé l'autre.

(Coup de chance : c'était les Mangemorts qui avaient perdus. Pour autant, Kathleen ne se sentait pas victorieuse. Elle se sentait juste… Fatiguée. Si fatiguée.)

Quelqu'un poussa la porte de la salle commune. Kathleen se retourna pour faire face à la menace, batte de Quidditch et baguette magique (pas la sienne, brisée : celle du Mangemort dont elle avait éclaté la tête) brandies et prêtes à l'attaque, avant même de réaliser qu'elle avait bougé. L'intrus s'immobilisa comme un lapin dans les phares d'une voiture. Une réaction assez normale pour quiconque avait vu Kathleen cette nuit, se battant à coup de maléfices, de couteaux et de batte de Quidditch comme une vraie furie…

Puis Kathleen se détendit, reconnaissant l'opportun :

– Lucas. Comment t'as su où me trouver ?

Son ami Serdaigle esquissa un faible sourire, et se laissa tomber dans le canapé. Il boitait et du sang maculait sa robe de sorcier, mais il avait sans doute reçu des soins : comparé à d'autres combattants, il avait plutôt bonne mine.

– Tu rigole j'espère, la Team Canada a passé la moitié de sa scolarité dans cette pièce.

– Ça rendait Candela tellement furax, se souvint Kathleen avec amusement.

– Non, ce qui la rendait furax c'était de voir la Coupe lui échapper ! rigola Lucas.

Ils partagèrent un sourire amusé en se souvenant de ces bons moments, puis leurs visages redevinrent graves. Kathleen soupira, puis s'assit dans le même canapé que Lucas. Celui-ci grimaça, zieutant les tâches écarlates et la saleté sur le manteau et le pantalon de la grande blonde :

– Ça va être horrible à nettoyer…

Lucas était mal placé pour critiquer, vu comment il était lui-même couvert de sang ! Il avait du être touché par un Sort de Découpe avant d'être soigné… Mais Kathleen se contenta de hausser les épaules :

– Ce n'est pas le mien.

Enfin, presque pas. Mais la plupart du sang venait effectivement de ses adversaires. C'était ce qui arrivait quand on se battait avec une batte et des couteaux… Nul doute que Kathleen Diggory et les jaillissements écarlates qui ponctuaient son avancée avaient durablement marqué les esprits. Pour des sorciers habitués à une mort propre par Avada et quelques jets de lumière pour toute manifestation de violence, ça avait du être terrifiant.

– Tu as vu Cassie ? lâcha la Poufsouffle après une pause. Je l'ai perdue de vue dans la bataille.

Lucas hocha la tête, et les épaules de Kathleen se détendirent. Merlin merci, leur amie avait survécue. Il y avait déjà eut tellement de morts…

– Elle était avec Elijah. Des Mangemorts ont été capturés, et, hum, Rosier était parmi eux. Justinien Rosier, je veux dire…

Et Elijah était resté pour s'assurer que son ex-meilleur ami ne s'échappe pas, ou ne soit pas lapidé par la foule. Et du coup, Cassie était restée avec lui. Kathleen hocha la tête, puis ferma brièvement les yeux.

– J'imagine. J'ai vu les corps des autres Rosier dans la Grande Salle. Son père, sa mère, son frère Constantin, et… Chelsea.

La cousine de Kathleen, et l'épouse de Constantin Rosier. Et la mère d'Elynor Rosier, une petite fille d'un an à peine qui ignorait encore tout du sort de ses parents. La dernière fois que Kathleen avait parlé à sa cousine, ça avait été des années plus tôt… Le jour du mariage de Chelsea et Constantin, réalisa Kathleen avec un coup au cœur. Quatre mois avant la mort de Cédric.

Puis les Rosier avaient rejoint Voldemort. Tous, apparemment. Y compris Chelsea. Kathleen n'avait réalisé cela qu'en reconnaissant le visage de sa cousine, une silhouette parmi tant d'autre ajoutée à la rangée des morts vêtus de robes noires. Est-ce que le réseau Canada aurait pu la sauver ? Aurait pu la faire fuir ? Est-ce que Chelsea avait voulu cette vie, ou s'y était-elle résignée pour plaire à sa belle-famille ? Pour protéger sa fille ?

Kathleen l'ignorait. Elle ne s'était pas posé la question, elle n'avait pas pensé que la belle et fière Chelsea puisse porter la Marque et soutenir le Seigneur des Ténèbres, alors elle n'avait pas creusé, n'avait pas cherché de réponses, n'avait pas tendu la main… Et Chelsea était morte.

Kathleen n'avait jamais été proche de sa cousine. Mais elle restait un membre de sa famille, et à présent elle l'avait perdue. Morte, morte, comme tous les autres…

– Tonks aussi, murmura Lucas. Et son mari, là… Remus Lupin.

– Lydie Amarin qui était à Serpentard, murmura Kathleen. Et puis Caspar Parkinson, aussi… Tu te souviens de lui ? Il était l'intello de Poufsouffle, un vrai rabat-joie.

Ils avaient rejoint les Mangemorts, tous les deux : mais les avaient été des camarades de classe, des amis même, et à présent ils étaient morts.

– Léonie Barnes et Mary Novak, rajouta Lucas à voix basse. Les deux Nées-Moldus de Gryffondor qui étaient dans la classe de Delmar. Elles ont toujours été inséparables.

– Violette Ceria. Basile Shafiq, le petit frère d'Elijah.

– Fred Weasley, l'un des frères de Bill. Et Franklin Silvernus, le mec timide de Serpentard qui était dans notre classe. Je l'ai reconnu parmi les Mangemorts abattus.

– Coralie Macmillan et Jason Bulstrode, murmura Kathleen. Et Azhar Pakkos.

Coralie avait été une des protégées du réseau Canada, comme Jason Bulstrode. Tous les deux étaient revenus se battre, répondant à l'appel d'Harry Potter… Non, répondant à l'appel de Kathleen. Ils n'en avaient rien à foutre d'Harry Potter, c'était Kathleen qui les avait appelé au créneau, et c'était pour elle qu'ils s'étaient battus, pour elle qu'ils étaient morts.

Et Azhar… Pauvre Azhar, le Né-Moldu si gentil et brillant. Brenda allait être dévastée. Elle l'était sans doute déjà. Azhar et elle se battaient ensemble durant la bataille, elle l'avait forcément vu tomber.

– Quelle nuit de merde, conclut Lucas.

– Eh, protesta son amie. On a battu le méchant, non ? Et Rogue a été réhabilité.

Lucas esquissa un faible sourire, et donna un coup de coude affectueux à la Poufsouffle.

– Ouais. Il était de notre côté tout du long. Ton instinct ne t'avait pas trompé.

Et c'était peut-être ça qui avait le plus le goût de la victoire, pour Kathleen. Pas le sang de l'ennemi versé, pas la certitude que la menace était battue, pas l'espoir d'un lendemain meilleur. Savoir qu'elle n'avait pas été trahie, savoir que Rogue avait été loyal. Loyal jusqu'au bout, jusqu'à la mort.

– Loyal comme un Poufsouffle, fit-elle avec fierté.

– Argh, gémit Lucas en fermant les yeux d'un air consterné. Rogue aurait été un terrible Poufsouffle. Essaie une seule seconde de l'imaginer tout sucre tout miel et habillé en uniforme jaune et noir. Terrible.

– Ce n'est pas l'habit qui fait la Maison, s'indigna Kathleen. Regarde, Cassie et Rogue étaient tous les deux à Serpentard, et pour autant je ne te demande pas d'imaginer Rogue en pyjama en pilou orange, non ?

Le pauvre Serdaigle émit un bruit semblable à celui qu'aurait émit un écureuil sur lequel on aurait marché, et Kathleen était très occupée à se foutre de sa gueule quand la portée d'entrée de la salle commune s'ouvrit à nouveau. Cette fois Kathleen ne prit pas la peine de se mettre en garde : elle reconnaitrait cette voix fluette entre mille…

– Jackpot ! s'exclama Cassie en les rejoignant. Je savais bien qu'on vous trouverait là !

Pour une fois, Cassie ne sautillait pas. Malgré son sourire guilleret, elle avait l'air écrasée de fatigue, et elle s'effondra aussitôt dans le fauteuil en face du canapé de ses deux amis.

Delmar, qui la suivait, ne se donna même pas cette peine et s'allongea sur le tapis avec un gémissement épuisé. Ses yeux étaient injectés de sang et, sous son hâle, sa peau était livide. Avec les effets du maléfice dont il avait été victime, puis la bataille… Il n'avait sans doute pas fermé l'œil depuis trente heures. Au moins.

– J'suis mort, marmonna-t-il.

– Tu t'en remettras, bâilla Cassie. La libération du Ministère s'est bien passée ?

– Oh, oui, sans problème. Candela est venue donnée un coup de main, histoire de garder un œil sur sa copine. Et une fois les prisonniers libérés, on a mis à sac le Bureau des Aurors. C'était limite jouissif. Il y avait un Mangemort en poste, et quelques clampins sous Impérium, mais on les a complètement défoncés. Et pour vous, la grande fiesta ?

Doux Merlin, Delmar avait vraiment un humour complètement déplacé, mais ça lui avait manqué. Kathleen secoua la tête avec amusement, puis ferma les yeux, donnant un léger coup de botte contre le pied du Gryffondor :

– On s'est débrouillé. On fera un topo plus tard.

– Bien d'accord, approuva Lucas en étouffant un bâillement. Je suis crevé. On se fait vingt minutes de pause, d'accord ? J'ai déjà envoyé un Patronus à Ludivina pour lui dire que j'allais bien, je peux me permettre de traîner un peu avant de rentrer.

Divers marmonnements lui répondirent, et la petite Serpentard prit ça pour un oui général. Elle parcourut du regard leur petit groupe avec amusement. Oh, ils formaient vraiment une belle bande de bras cassés. Jamais ils n'avaient été en aussi piteux état.

Lucas avait le côté droit de son torse couvert de sang séché, il avait sans doute été gravement blessé et n'avait reçu que des soins temporaires, et son visage était blafard, ses cheveux collés à son front par la sueur. Les yeux clos et la tête appuyé sur l'épaule de Kathleen, il avait l'air tellement au bout du rouleau que c'était encore un miracle qu'il soit réveillé.

Sa voisine Poufsouffle semblait dormir elle aussi, tout aussi éreintée. Ses cheveux avaient été roussis, dans la bagarre, et le reste de sa personne était recouvert de sang, de terre, et de morceaux que Cassie ne voulait pas identifier. Les étuis de couteaux à sa ceinture étaient vides de leur contenu (quelques lames seraient sans doute retrouvées plongées dans la poitrine de Mangemorts), et sa batte de Quidditch, innocemment appuyée contre le canapé, était recouverte de sang. Une dent était même plantée dans le bois. Elle avait l'air de ressortir d'une boucherie.

Delmar, allongé de tout son long sur le tapis, semblait aussi lessivé que Lucas. Peut-être même plus. Il était pâle, les traits tirés, les yeux fermés parce qu'il n'avait même plus la force de soulever les paupières… Ses vêtements n'étaient pas recouverts de sang, mais d'encre et de suie, collecté lors de leur petite mise à sac du Bureau des Aurors.

Cassie, quant à elle… Eh bien, Cassie avait cultivé toute sa vie l'art de rester loin des embrouilles, alors elle n'était pas recouverte d'hémoglobine, merci bien. En revanche, elle était noire de terre et de poussière, à force de ramper dans le parc pour tirer sur les Mangemorts comme sur des pigeons, ou à force de faire la morte dans les couloirs dès qu'elle entendait une galopade d'ennemi approcher. Et elle épuisée. Se battre c'était fatiguant. Mais se cacher, être traquée, se dissimuler derrière un cadavre, c'était sans doute encore plus éprouvant mentalement que de foncer dans le tas.

Oui, ils étaient une belle bande de bras cassés. Et ils en avaient bien bavés. Alors discrètement, Cassie tira son paquet de carte de sa poche, les battit une fois, puis souleva la première carte de la pile. Un mince sourire étira ses lèvres lorsqu'elle vit le symbole que le destin avait choisi de lui envoyer.

Le Soleil.

– Est-ce que vous saviez que le Soleil est la carte la plus positive de tout le jeu de tarot ? fit-elle à la cantonade. Ça n'annonce en général que des bonnes choses et un avenir radieux.

Trois grognements exaspérés lui répondirent. Cassie se contenta de rouler des yeux, de ranger ses cartes, et de s'installer plus confortablement avant de fermer les paupières.

Vingt minutes de pause, et ensuite la Team Canada repartait à l'attaque. L'univers était loin d'en avoir fini avec eux !

.


.

OUI ILS ONT TOUS SURVECU ! Toute la Team Canada est en vie, prête à se remettre au boulot x) Vous savez, j'ai failli buter Elijah à la place de Basile. Et Lucas était supposé mourir aussi. Et peut-être Kathleen. Mais finalement, non. Bref j'espère que vous avez aimé !