Titre : Raison et sentiments
Auteur : Mokoshna
Anime : Ouran High School Host Club
Crédits :Ouran High School Host Club est la propriété de Bisco Hatori. Je ne perçois aucun bénéfice en écrivant une fic basée dessus si ce n'est la reconnaissance des lecteurs qui auront apprécié.
Avertissements :Het Mori/HaruhiYaoiRyoji/Kyôya, et le reste vient selon l'humeur.
Spoilers de la fin de la série animée, soyez avertis et ne vous plaignez pas.
Blablas de l'auteur : Cette suite aura été longue à venir vu que je me suis concentrée sur « Momiji Kiss », la fic qui s'attache à la romance entre Kasanoda et son serviteur Tetsuya qu'a décrite Renge lors de son arrivée dans le chapitre 8. Ensuite, j'ai simplement perdu la motivation... Mais vu que je compte la finir bientôt, je vais tâcher de m'appliquer à partir de maintenant.

Bonne lecture !


Chapitre 12 :

Hikaru savait qu'il n'avait que peu de chances de survivre à cette affaire, pourtant il ne pouvait s'empêcher d'espérer encore malgré tout. Une semaine qu'ils s'étaient réveillés, Tamaki et lui, dans une cellule immonde qui sentait la mort. Tamaki était resté tétanisé tout du long ; c'était donc lui qui avait dû discuter avec leurs ravisseurs. Un seul homme était venu les voir : une espèce de grosse brute au visage recouvert d'un masque. Il leur avait annoncé qu'ils étaient désormais les otages d'une organisation qui projetait de conquérir le monde en éliminant un par un les centres de pouvoir les plus importants. Ils avaient porté un coup fatal en attaquant lors du tournoi où s'étaient regroupés une partie des dirigeants du monde ; d'après ce qu'il avait dit, ils avaient réussi à éliminer trois membres de l'OTAN et le président des États-Unis lui-même était entre la vie et la mort. Les négociations allaient bon train : comme Hikaru et Tamaki étaient les héritiers d'empires financiers, ils les gardaient en vie jusqu'à ce que leurs familles cèdent à leurs exigences. Hikaru était sûr qu'ils seraient éliminés une fois que ces crapules obtiendraient gain de cause.

En fait, il pouvait s'estimer heureux de se retrouver avec Tamaki. Il ne savait pas ce qu'étaient devenus les autres et personne n'avait voulu le lui dire. Qu'en était-il de Kaoru ? Son frère avait-il réussi à s'en sortir ? Tamaki passait ses journées prostré contre le mur, mais c'était mieux que de se retrouver seul dans cette cellule infecte qui abritait la pire vermine du coin. Tous les jours, on ne leur donnait qu'un quignon de pain rassis et un peu d'eau croupie pour qu'ils ne meurent pas. Hikaru craignait d'attraper la tuberculose ou une autre maladie du genre.

— Qu'est-ce que je donnerais pas pour un bon bain chaud, soupira-t-il en direction de Tamaki. Avec des sels de bain de Suisse. Ma mère adore ceux à la mandarine. Et toi, Tamaki ?

Tamaki ne répondit pas. Il était tellement engoncé dans son malheur qu'il levait à peine les yeux à chaque fois que Hikaru lui parlait. Lorsque l'ouverture par laquelle passait leur nourriture s'ouvrait, il sursautait un peu mais se replongeait dans son mutisme sitôt celle-ci refermée.

— Il faudra bien que tu parles, non ? Te laisse pas abattre. Les autres doivent nous chercher. Kyôya va leur faire payer, à tous ces criminels à la noix, tu vas voir !

Aucune réponse. Hikaru n'en attendait pas. Il se disait simplement que parler pour ne rien dire était préférable au silence. Tamaki était-il en train de perdre la raison ? Quoi qu'il en soit, il s'accrochait quand même à sa manière : il était aussi mal en point que Hikaru mais pas assez pour s'effondrer sans rien dire. C'était bon signe, n'est-ce pas ?

Un bruit se fit entendre dans le silence ambiant : celui d'un verrou que l'on manipule. Il semblait pourtant à Hikaru qu'il n'était pas encore l'heure du déjeuner... À sa grande surprise, la porte toute entière et non pas seulement l'ouverture pour les repas s'ouvrit en grinçant. Une silhouette se détachait à la lumière : celle d'un homme au physique élancé qui les estima d'un regard. Hikaru voulut profiter de cette chance pour se jeter sur lui mais l'homme fit un geste de paix en sa direction. Hikaru reconnut avec surprise Tetsuya Sendô, le petit ami actuel de Bossa-Nova qu'ils avaient aidés avant de venir encourager Haruhi.

— Du calme, dit-il. Je suis venu vous sauver.

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Haruhi resta inconsciente malgré tous les efforts de Mori et de Benio pour la réveiller, et ce pendant les trois jours qu'ils passèrent à fuir en forêt. Le quatrième jour, elle fut brusquement prise d'une fièvre persistante, de convulsions, de phases de délire. Benio la surveillait sans cesse au risque de se menacer sa propre santé. L'état de Haruhi empira tant qu'ils durent s'arrêter dans une petite grotte située sous une cascade. Celle-ci était loin de posséder les conditions idéales pour sa guérison : trop humide, pas assez de lumière. Ils étaient en outre à la limite de la sous-alimentation, avec des repas qui se composaient de racines et de fruits sauvages. Il leur était impossible de chasser vu qu'un feu pour cuire la viande aurait attiré l'attention sur eux ; tout au plus avaient-ils droit à un peu de poisson cru qu'ils se hâtaient d'enfouir pour que l'odeur ne fasse pas venir de prédateurs en tous genres, aussi bien animaux qu'humains. Benio restait à garder Haruhi tandis que Mori s'occupait de leur apporter à manger et d'éloigner l'ennemi.

Cela faisait déjà trois heures que Mori était parti. Benio entendit un bruit léger de pas, à peine de quoi attirer l'attention : il était revenu de sa ronde. Ses beaux vêtements de mariage étaient déchirés et recouverts de terre, tout comme ceux de Benio. Il n'avait pas d'arme : malgré tous leurs efforts, ils n'avaient pu s'en procurer. Mori préférait garder ses distances avec l'ennemi plutôt que de prendre le risque de se faire prendre. Il lui tendit des baies rouges, un gros poisson planté sur une branche de bois, quelques grappes de raisin sauvage.

— Il faut l'emmener à l'hôpital, grogna Benio en remettant un linge mouillé sur le front de son amie. Elle ne tiendra pas longtemps. Des nouvelles ?

— Ils nous cherchent, dit Mori. J'ai réussi à les éloigner mais ils reviendront. Il faut trouver de l'aide.

— Une idée ?

— Kyôya Ôtori.

— Tu peux le contacter ?

— Difficile. Nous sommes encore sur les terres de la famille. Kyôya n'y a pas accès. Ils surveillent étroitement les frontières.

— Alors il faut se rendre, soupira Benio. À ce rythme si on ne fait rien, Haruhi va y passer.

Mori ne répondit pas. Il n'en avait pas besoin.

— On pourrait essayer un raid. Je les retiens et tu emmènes Haruhi hors des terres.

— Et toi ?

— Je me débrouillerai.

— C'est ça, grogna Benio, exaspérée. Tu crois peut-être que Haruhi va me pardonner de t'avoir abandonné comme ça ?

— Ce n'est pas un abandon, juste un repli stratégique.

— Dis ce que tu veux, tu veux la jeter.

— Non !

Le visage de Mori se contracta de manière inhabituelle. Benio n'eut qu'une seconde de pitié : devant elle, Haruhi se mourrait, lentement mais sûrement. Ils n'avaient aucun moyen de la soigner dans ces conditions.

— Kyôya s'occupera d'elle, continua Mori. Il la sauvera. Je dois rester pour Mitsukuni.

— Des nouvelles de ton cousin ?

— J'ai entendu des hommes en parler. Il est encore dans le coma.

— Désolée.

Mori s'approcha doucement de Haruhi et lui prit la main.

— Tout ira bien. Il n'est pas question que je la laisse mourir.

— Qu'est-ce qu'elle a ? Une fièvre provoquée par une utilisation excessive de chakra ? C'est possible ?

— Je ne sais pas.

De près, Benio remarqua enfin ses traits tirés, la ride profonde qui lui creusait le front et le tremblement de ses lèvres. Mori n'avait beau être qu'un spécimen répugnant de mâle, il n'en tenait pas moins à Haruhi. L'espace d'une seconde, Benio se sentit de trop.

— Elle tient à toi, murmura-t-elle. Encore une fille de perdue ! Ça m'exaspère.

— Désolé.

— Pourquoi ? Ça arrive.

Elle eut un rire aigu à la limite de l'hystérie.

— C'est sûrement pas une histoire de sexe, avec elle. Elle t'aime. Je suis vaincue.

— Toi aussi ?

— L'aimer ? Bah, elle est en quelque sorte un idéal... mais l'amour ? Non...

Si elle se le répétait assez, Benio y croirait peut-être... Mori détourna les yeux pour se concentrer sur Haruhi.

— Ta soeur va mieux, dit-il de sa drôle de voix égale.

— Les hommes que tu as surpris ?

— Oui. Ils ont dit qu'elle se remettait encore une journée, mais que demain elle se joindrait aux recherches.

— Raison de plus pour bouger aujourd'hui, hein ?

— Oui.

Benio soupira. Il était temps qu'ils montrent à ces Morinozuka qu'ils étaient eux aussi des ninja, les meilleurs de leurs clans.

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Kyôya passait son temps entre le téléphone et son ordinateur à multiples écrans, calculant et planifiant pour que tout soit parfait. La vie de ses amis en dépendait. Toutes les trois heures, Hijiri Tsumon lui envoyait un rapport grâce à la radio à fréquence codée qu'il lui avait fournie ; il avait fait appel aux meilleurs spécialistes en matière de sécurité pour que les opérations restent secrètes. Sa maison était sous surveillance constante, Ryoji et Kaoru n'avaient pas le droit de quitter l'étage. Ce dernier ne lui parlait plus et restait enfermé dans la chambre d'amis. Kyôya préférait largement être détesté que de prendre le risque de perdre une autre personne à laquelle il tenait.

— Des nouvelles ? demanda Ryoji.

— Hijiri a réussi à entrer dans les terres des Morinozuka, mais à cause du danger il ne peut plus nous contacter à sa guise. Il ne doit appeler que s'il y a un problème ou s'il a récupéré les cibles.

— Quand tu dis ça, c'est comme si Haruhi et les autres n'étaient que des objets à obtenir, soupira Ryoji.

Kyôya n'osa pas le regarder. Ses doigts pianotaient à toute vitesse sur le clavier.

— Que fait Kaoru ? demanda-t-il.

— Dans sa chambre à bouder. Encore heureux qu'il ait la jambe cassée. Il est d'humeur à s'enfuir pour aller chercher lui-même son frère.

— Il doit rester dans l'étage. Je ne peux garantir sa sécurité hors du domaine.

— Je sais, chuchota Ryoji.

— Je suis désolé.

— Je sais aussi.

Un des écrans clignota. Kyôya cliqua sur la fenêtre en question et apprit que les Américains avaient décidé de tenir une réunion au sommet regroupant les membres les plus influents de leur état-major. De leur côté, les Européens se consultaient mutuellement pour savoir quel parti prendre. Le monde était au bord de la guerre ouverte.

— Tu peux sortir ? Je risque de ne pas être très agréable à vivre durant les prochaines heures.

— Un problème ?

— Rien qui ne concerne Haruhi. Le monde est juste en crise.

Ryoji jeta un coup d'oeil aux écrans, perplexe.

— Je ne comprends pas le centième des trucs écrits là, soupira-t-il.

— Raison de plus pour me laisser. Je ne suis pas très passionnant en ce moment.

— Je vais rester jusqu'au goûter, puis je vais voir si Kaoru veut manger un morceau.

— Comme tu veux, dit Kyôya en enclenchant une visio-conférence. Mets-toi sur le sofa derrière les écrans, je ne veux pas que les dirigeants puissent te voir. Ils pourraient en profiter pour t'attaquer plus tard. Allô, M. Bern ?

Henri Bern était le Secrétaire Général actuel de l'ONU. C'était un homme chauve au sourire facile et au corps très bien entretenu ; Kyôya avait eu l'occasion de s'en assurer la dernière fois qu'ils avaient fait du jogging ensemble lors de son dernier séjour au Japon. Bern lui adressa un salut formel et lui demanda des nouvelles de sa famille, avant de s'attaquer au sujet qui les intéressait.

— Ils se font appeler les Anges Déchus, dit-il de sa grosse voix bourrue. Une bande de fous, si vous voulez mon avis.

— Les membres ?

— D'anciens soldats mis en retraite anticipée, des criminels recherchés par toutes les polices, ce genre de personnages. On dit que leur mécène est un membre influent de la sphère économique mondiale.

— Et leur chef ?

— Aucune idée. Les services spéciaux anglais sont sur sa piste.

— Pourquoi eux ?

— Il paraît qu'il leur a donné rendez-vous dans un petit village d'Écosse.

Le téléphone rouge qui se trouvait à portée de main de Bern sonna. Il décrocha, échangea quelques mots avec son interlocuteur, raccrocha en fronçant les sourcils. Son costume gris n'avait pas pris un pli.

— Fausse piste, grogna-t-il. On oublie la Grande-Bretagne.

— Je vais me pencher sur le cas du mécène, dit Kyôya avec un regard dur. Tenez-moi au courant si vous avez d'autres nouvelles.

— C'est très aimable à vous. Je n'y manquerai pas.

— Au revoir, M. Bern.

Kyôya raccrocha pour se mettre sur une autre ligne sécurisée, celle de la Maison Blanche cette fois.

— Des nouvelles du président ?

On lui assura qu'on avait mis les meilleurs médecins sur son cas. Il regarda du coin de l'oeil ce que faisait Ryoji.

Son amant s'était endormi sur le sofa.

— Tout ira bien, chuchota-t-il avant de retourner à ses communications. Oui, ici Kyôya Ôtori du groupe Ôtori. Je vous écoute.

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Tetsuya était habillé d'une étrange tenue noire qui le faisait ressembler à un espion de jeu vidéo. Il indiqua à Hikaru de soutenir Tamaki et ensemble, ils sortirent dans le couloir. Tamaki avait le regard vide et la démarche indécise ; Hikaru s'aperçut qu'il ne réagissait plus du tout à son nom.

— Tamaki a besoin de se faire soigner, dit-il à Tetsuya. Il va pas bien !

— On y travaille. Un petit effort ; je ne peux pas vous porter tous les deux et vous défendre en cas de pépin.

— Comment ça ?

— Je me suis débarrassé du plus de gardes possibles mais cela risque d'être tendu quand même. Les autres hommes se chargent de nous ouvrir la voie.

— Quels autres hommes ?

— Ceux que Renge a engagés pour vous sortir de là. Le jeune maître est en train d'attirer l'attention du gros des troupes ailleurs.

— Comment vous avez fait pour nous trouver ?

— On a nos sources, mais ça a quand même pris pas mal de temps. Désolé.

Le corps de Tamaki était raide et il n'avait toujours pas récupéré toutes ses capacités, mais au moins il ne pesait pas trop lourd (le résultat de toutes ces privations, sans doute) et il ne poussait aucun cri qui puisse attirer l'attention sur eux. Un garde rescapé les surprit au détour d'une porte : Tetsuya l'assomma d'un coup de poing, lui chipa son arme et courut en avant pour s'assurer que tout était en ordre. Il rencontra un autre homme armé mais ne l'attaqua pas : Hikaru jugea donc qu'il devait s'agir d'un allié. En effet, ils se saluèrent et le nouveau venu leur ouvrit la marche, bientôt rejoint par trois autres hommes habillés de la même manière. L'un d'entre eux le déchargea de son fardeau.

— Il n'y a pas d'autres prisonniers ? demanda Hikaru en se rapprochant de Tetsuya.

— Sans doute, mais on ne va pas rester trop longtemps pour le découvrir.

— Mais...

— Le plus important est de vous sortir tous les deux d'ici, l'interrompit Tetsuya. Je suis désolé pour les autres, mais c'est déjà assez risqué comme ça sans qu'on doive en plus s'occuper d'étrangers. Leur pays ou leur famille enverront bien quelqu'un.

— Et si c'est trop tard ? S'ils s'en vont ou renforcent la sécurité ?

— On fait ce qu'on peut. On n'a eu les informations sur votre position qu'il y a une heure. Renge est en train de contacter Ôtori et d'autres forces pour qu'ils s'en occupent aussi, mais on ne voulait pas attendre pour vous deux.

— Ok. Merci.

— De rien. Tu penses que tu peux courir ?

— Je sais pas trop. Pas assez mangé ces jours-ci.

Tetsuya lui tendit une barre hyper-protéinée sur laquelle Hikaru se jeta avec rage.

— Doucement, dit Tetsuya. Ne te rends pas malade alors qu'on va sortir.

— Attention ! cria soudain l'un de leurs hommes.

Tetsuya ne tarda pas pour réagir : il se saisit de Hikaru et le plaqua au sol. Une faucille les frôla de peu et alla se ficher dans le mur du fond.

Devant eux, se tenait l'un des hommes qui avaient capturé Hikaru et Tamaki une semaine auparavant, l'espèce d'ours mal attifé. Tetsuya se mit sur ses gardes tandis que ses sous-fifres se jetaient sur l'ennemi.

Les pauvres finirent en pièces en quelques secondes. Tamaki gisait sur le sol, inconscient ; Hikaru alla le rejoindre en tremblant. Le seul obstacle à leur capture était Tetsuya, Tetsuya qui mit avec soin deux coups de poings américains d'allure sinistre qu'il fit cogner l'un contre l'autre pour les tester.

— Dégage, blanc-bec, grogna l'ours. Je vais t'écraser ta jolie gueule.

— J'aimerais bien voir ça, ricana Tetsuya.

Et sans plus attendre, il attaqua.

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La fièvre de Haruhi avait encore augmenté ; ils n'avaient plus de temps à perdre. Benio l'attacha sur son dos avec une corde de fortune formée de lianes tressées, appliqua une compresse sur son front qu'elle fit tenir avec un bout de sa ceinture et fit signe à Mori de commencer à partir. Celui-ci hocha la tête et bondit hors de vue. Benio devait lui laisser une avance de deux minutes avant de le suivre.

Haruhi gémit dans son sommeil, appela Mori d'une voix rauque. Benio raffermit sa prise.

— Encore un peu de courage, chuchota-t-elle. Ton Mori va nous sortir de là.

Haruhi ne répondit pas : elle était de nouveau profondément endormie. Benio bondit dans les arbres à son tour, les sens en alerte. La forêt était silencieuse.

— Tout va bien, se répéta-t-elle. Ils sont juste partis ailleurs et Mori les occupe.

Néanmoins, elle ne put s'empêcher de penser qu'ils se jetaient dans la gueule du loup. Benio sortit le coutelas qu'elle avait pu faire avec des pierres aiguisées. Elle les avait taillées elle-même. Ce n'était pas une arme très fine mais c'était mieux que rien. Mori ne disposait que d'une lance et de sa maîtrise de la terre.

En parlant de Mori, elle le trouva un kilomètre plus loin, arrêté au beau milieu d'une clairière. Deux hommes surgirent devant lui, puis dix, puis vingt. Benio eut la présence d'esprit de se cacher dans le premier buisson qui se trouvait sur son chemin. Leurs ennemis ne devaient pas l'avoir vue, sans quoi ils se seraient déjà jetés sur elle. Mori se défendait avec rage, tordant le cou de l'un, cassant le bras de l'autre et envoyant tous ceux qu'il pouvait au tapis avec ses techniques. Pourtant, vint un moment où le nombre d'adversaires fut si grand qu'il peina à garder l'avantage. L'ennemi l'acculait de tous côtés. Benio brûlait de le rejoindre pour se battre avec lui, mais le poids de Haruhi dans son dos l'en dissuada : si elle se faisait prendre elle aussi, qui s'occuperait de la malade ?

— Trouvée ! fit alors une grosse voix derrière elle.

Benio poussa un cri : un homme aux mains poilues l'avait détectée et la menaçait à présent de sa massue en fer. Benio fit un bond de côté pour éviter de se trouver à proximité, ce qui la fit voir de Mori et de ses adversaires.

— Haruhi ! cria Mori.

L'ours se jeta sur Benio, massue en avant. Déjà, elle s'attendait à recevoir le choc et à riposter... quand il poussa un cri et s'effondra à terre, le dos transpercé de dizaines de kunai affûtés. Une mare de sang se forma sous son corps. Mori apparut à ses côtés au moment où un autre homme surgissait des buissons.

— Du calme, dit-il.

Il avait un physique passe-partout propre aux bons ninja. Benio se mit en garde ; l'homme leur jeta un trousseau d'armes que Mori attrapa au vol.

— Kyôya Ôtori m'envoie, dit-il précipitamment. Je suis chargé de vous escorter sains et saufs hors du domaine des Morinozuka.

Benio se tourna vers Mori.

— C'est vrai ?

— Je le reconnais.

— Ok, alors on y va !

Il était temps. Leurs adversaires se jetaient déjà sur eux, armes en avant. Benio se mit en retrait avec Haruhi et se prépara à se défendre.

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Ryoji venait à peine de se réveiller que Kyôya annonça, d'une voix froide :

— Atsushi Tanaka.

— Quoi ? fit Ryoji en remettant sa coiffure en place.

— Le président d'un groupe de fabrication d'armes. C'est lui le mécène de cette organisation. C'est aussi l'homme qui a ordonné à Mamoru Saneda de te capturer pour mieux m'attirer dans un piège et m'éliminer.

Les yeux de Ryoji furent engloutis par une rage brûlante. Kyôya le vit se lever d'un bond, marcher jusqu'à lui en faisant claquer ses talons hauts et jeter un coup d'oeil en direction de l'écran qui comportait les informations sur Tanaka. Quand cela fut fait, il s'empara d'un vase qui se trouvait à proximité et le lança contre le mur. Le vase éclata en mille morceaux.

— C'est quoi votre manie de briser les vases coûteux, dans votre famille ? dit Kyôya en souriant. Celui-ci valait quinze millions de dollars.

— Je m'en fiche ! Mets-le sur ma note. Comment il ose, ce salaud ! Si je le trouve, je lui brise les reins !

— Nous ne savons pas où il se trouve en ce moment. Il se cache. Mais ça ne va pas durer.

Kyôya fit de nouveau jouer ses réseaux d'informations, transmit ce qu'il avait trouvé à Bern, fit appel à une branche australienne de son entreprise (aux dernières nouvelles, Tanaka se trouvait quelque part en Océanie). Ryoji faisait les cent pas, tellement en colère que ses cheveux se dressaient sur sa tête. Il attrapa une carafe d'eau, en but tout le contenu pour tenter de se calmer puis s'assit par terre et prit une position de yoga.

— Ce qu'a fait ce type, l'enlèvement et tout ça, ça avait un rapport avec ce qui s'est passé dans le stade ?

— Peut-être bien, peut-être pas. J'avais réuni certaines preuves de l'implication de Tanaka dans une vente illégale d'armes en Irak, mais les témoins ont mystérieusement disparu quand on a voulu les interroger. Je dois être le seul encore en vie.

— Il a été accusé ?

— Non-lieu. Pourtant, il a juré de me le faire payer, comme à peu près la moitié de ceux à qui je me suis attaqué.

— Donc il a organisé toute cette histoire avec Saneda.

— Je pense qu'il s'est contenté de transmettre des ordres et le système s'est lancé tout seul. Saneda n'a pas encore avoué mais on y travaille.

— Comment tu sais que c'est lui alors ?

— Par défaut. J'ai éliminé tous ceux susceptibles de faire appel à l'organisation qui recrutait Saneda.

— Ils ne vont pas se venger ?

— C'est une famille de ninja. Qu'un des leurs se fasse prendre, ce sont les risques du métier. Tant qu'il ne révèle pas des informations capitales sur leur clan, ils ne bougeront pas le petit doigt. C'est une sorte d'accord tacite. On peut toucher à l'ennemi qui a engagé l'homme mais si on se lance dans une campagne contre le clan qui l'a éduqué, c'est tout de suite plus dur.

— Je n'aime pas ces ninja, grommela Ryoji. Dire que Haruhi s'est entiché de l'un d'eux ! J'aurais souhaité qu'elle ne fasse jamais leur connaissance !

— Ce qui est fait est fait, dit calmement Kyôya.

Il était en train de rédiger le rapport final sur Tanaka, qu'il présenterait à l'OTAN en temps et en heure. L'écran qu'il avait réservé à la recherche de ses amis se modifia : il avait reçu un message de Hijiri Tsumon.

— Il les a rejoints, dit-il d'une voix tremblante.

Ryoji se jeta sur lui.

— Haruhi ?

— Elle est malade, ils la ramènent. Il y a encore la sécurité des Morinozuka... Attends.

Il ne fallut que deux minutes à Kyôya pour adjoindre l'aide d'un satellite à Hijiri. Grâce à cela, il aurait une vision d'ensemble de leur terrain en temps réel, de la position de leurs ennemis, des bâtiments et de certains pièges. Le temps de contrôle était néanmoins limité : à peine cinq minutes et trente secondes. Il espéra que cela leur suffirait. Pour plus de précautions, il dirigea l'équipe qu'il avait préparée en direction de leur groupe, en leur précisant qu'ils auraient sans doute à s'occuper d'une malade et de blessés.

— J'ai fait tout ce qui est possible. Il ne reste plus qu'à attendre et croiser les doigts.

Une alarme se déclencha au moment où Ryoji le serrait dans ses bras en sanglotant. Puis, le visage familier de Renge apparut. Elle était livide.

— Kyôya, dieux merci j'ai enfin pu te joindre ! Tu es plus difficile à trouver que le président de la République !

— Renge, pas maintenant !

— Si, maintenant ! Je viens de trouver Tamaki et Hikaru !

Kyôya ne cacha pas sa surprise.

— Hein ? Où ça ?

— Je t'envoie les informations. Une équipe se charge de les libérer mais ça fait presque dix minutes que j'ai perdu le contact radio, ça me stresse !

— Tu as envoyé une équipe ? Quand ça ?

— À l'instant, je te dis !

— Tu n'aurais pas pu attendre les professionnels ?

— Ce sont des professionnels ! J'ai la meilleure garde de toute la France !

— Ça ne veut pas dire pour autant que c'est suffisant ! Ils ont réussi à entrer en contact ?

— Oui, Tetsuya se chargeait de les ramener quand la liaison a été coupée...

— Tetsuya ?

— Oui, tu sais, le serviteur de Kasanoda !

— Qu'est-ce que ça a voir avec... non, ne me dis rien, tu me raconteras plus tard. J'envoie quelqu'un. Où es-tu ?

— Pas loin de l'endroit en question, dans une foreuse en sous-sol à cinq kilomètres de là. On est juste en-dessous d'un village alsacien qui s'appelle Saint-Hippolyte. Mon chef de la sécurité a refusé d'approcher plus.

— Et il a parfaitement raison. Tu peux me le passer ? J'ai à lui parler.

Un homme aux traits taillés à la serpe et habillé d'un treillis fit place au visage de Renge. Il avait une cicatrice sur la joue et l'air dur des militaires qui ont une longue carrière derrière eux. Kyôya le jugea compétent du premier coup d'oeil, bien qu'il accusât un peu son âge : quarante-cinq ou cinquante ans peut-être.

— Ici Marc Durier du groupe Hôshakuji, dit-il.

— Où en sont les hommes, Durier ?

— Plus de contact. Je soupçonne une embuscade. J'ai déjà appliqué la procédure, mais c'est vrai qu'un peu de renfort ne serait pas de refus.

— Je vous envoie ça. Vous connaissez des gens dans l'armée française ?

— J'ai fait partie de la garde du président, monsieur.

— Parfait. Vous pourrez parler à l'actuel. Je vous mets en contact.

— Oui, monsieur.

— J'attends un briefing complet quand tout sera terminé.

— Oui, monsieur.

Encore et encore, les doigts de Kyôya dansèrent sur le clavier, il focalisait toute son attention sur les affaires les plus urgentes. Le sauvetage des groupes de Haruhi et de Tamaki. L'arrestation de Tanaka. Le démantèlement des Anges Déchus. Quel nom ridicule pour une organisation si dangereuse !

Derrière lui, Ryoji était tombé à genoux et priait.

À suivre...


Il y a un manque de recherche certain dans les détails géo-politiques et tout le tintouin, mais après tout ce n'est pas comme si la crédibilité étouffait la série d'origine, alors je me suis permise de prendre des libertés. Il n'y a que très peu de romance parce que bon, je les ai mis dans une situation pas possible et il faut bien les en sortir... Le prochain chapitre ne sera pas mieux je pense, mais on avance, tout va bien.

Merci de votre fidélité et à bientôt !