Fanfiction :
Too Bad For Me
Chapitre X.2 :
Bréciliane
Disclamer :
Les personnages appartiennent à Bioware blablablabla xD
Note de l'auteur :
Je suis désolée de ma longue absence, pour me faire pardonner je vais poster deux chapitres à quelques jours d'intervalle. J'ai pas mal avancé à l'écrit alors je vous poste le chapitre 10.2 (celui-là) et le chapitre 10.3. Ils comprendront la fin de la mission dans la forêt et l'arrivée de Zervan, sans rapport avec l'action du chapitre 11 ne devrait pas tarder derrière non plus, il est déjà écrit à la main je n'ai plus qu'à le retaper. Chose qui n'a rien à voir : j'enlève mes adresses mail de mon profil, j'ai eu quelques soucis.
Merci pour vos review, j'en ai reçu quelques unes pendant mon inactivité, je tiens encore à m'excuser pour mon silence.
Une atmosphère à la fois brûlante et glacée me tombe sur l'échine alors qu'une brume sale s'élève autour de nous, instinctivement je porte la main à mes dagues mais je n'ai aucune certitude que cette émanation soit palpable. Je repère l'émanation de chaleur, en réalité Morrigan vient d'enflammer l'épée d'Alistair et de Sten. Toutes lames dehors, nous attendons quelques secondes qui semblent être des heures jusqu'à ce que la brume se rende solide et fasse apparaitre un être répugnant. Un démon qui semble être fait de braises liquides. Un peu comme un magma séché qui aurait continué de se mouvoir et de rougeoyer sous une épaisse croute de pierre. Etrangement malgré son aspect, il dégageait une vague de froid intense.
J'attrape mes lames et les fais tournoyer, la bête rugit, sa voix semble venir du fin fond d'une grotte et résonne entre les arbres comme sur des parois de pierres brutes. Alistair reste bouche bée devant l'apparition et semble enfin réaliser que le campement était un piège. Je regarde Sten me passer devant pour charger la chose. Une de mes lames le précède, qui vient se planter dans la tête du monstre, le désorientant juste à temps pour l'empêcher d'attaquer le géant qui lui passe son épée à deux mains au travers du corps. Une plainte s'élève, stridente. Je porte les mains à mes oreilles afin d'atténuer le bruit qui me vrille les tympans, l'impression que je vais tomber à genou me tire vers le sol, jusqu'à ce qu'une boule de feu puis une trainée de glace me passe à côté. Le cri s'arrête. Enfin. Morrigan a mis un terme à la vie de cette créature.
Je rouvre les yeux que je ne me souviens pas avoir fermés, l'une de mes rotules touche le sol, puis l'autre mais mes mains me semblent collées à mes oreilles. Alistair et Sten se font face. De ce que je comprends, Alistair, couvert de poussière a dû passer sa lame sous la gorge de la créature pour l'immobiliser tandis que Sten et Morrigan la tuait. Il s'avance vers moi avec un air inquiet, mais je ne l'entends pas, je n'entends rien. Rien d'autre que mes tempes qui battent furieusement. Il me saisit les poignets et me les écarte de la tête, j'entends sa voix mais je ne comprends pas les mots. Morrigan me met quelque chose sous le nez et je me recule d'un bond, réveillé.
« Argh mais … Qu'est-ce que c'est ? »
« Une plante qui dissipe les effets hallucinatoires. Cette chose vous a lancé un sort. »
« … Jamais je… » Je cligne des yeux frénétiquement puis secoue ma tête pour chasser les derniers bourdonnements de mes oreilles. « Je préfère quand la magie n'est pas dirigé contre moi….. »
« Que s'est-il passé ? Qu'est-ce que vous a fait cette créature ? »
« J'avais… Elle a commencé à crier… sa voix était suraiguë … J'avais l'impression que ma tête allait exploser. »
« Ça n'a pas crié. » affirme Sten en posant les mains sur le pommeau de son épée.
« Elle vous a surement jeté un sort de cauchemar parce que vous avez attaqué le premier, après tout, les Ombres ne sont pas réputées pour leur réflexion profonde. »
« Une Ombre ? » Je me sentais à nouveau bien, les effets du sortilège finissaient de se dissiper. « Je ne savais pas qu'il y en avait dans la forêt… Je pensais qu'elles hantaient les champs de bataille… »
« Il y a peut-être eut un carnage ici. » dit la sorcière en haussant les épaules. « Ça ne serait pas étonnant. »
C'est seulement à ce moment que je baisse les yeux vers le sol et que je remarque les ossements éparpillés sur le campement et les quelques cadavres qui flottent dans la rivière près de la berge, l'odeur de chair putréfié me monte aux narines et j'ai le malheur de reculer d'un pas … CRACK…. Un cadavre en décomposition qui sent bon le fumet de la pourriture. Je relève mon talon du visage du shem qui pourrissait là, les restes de ses yeux et de sa cervelle me restent sur le talon de la botte et les mouches protestent bruyamment.
« …Comme Lelianna n'est pas là il faut bien que quelqu'un le dise : BEEUUUUARK…. »
« Oui… merci Alistair, ça nous avait manqué. »
« A votre service. »
Je porte une main à ma bouche et à mon nez pour tenter d'alléger ma respiration de l'infection que dégage cet endroit. Il y a des coffres tout autour du campement morbide. Je sors un morceau de tissu qui servira à faire un bandage plus tard et je me l'attache sur le nez et la bouche puis j'avance prudemment entre les os qui dépassent de la terre ou des fougères. A présent le campement n'a plus rien d'attrayant. La tente et le duvet sont moisis par les successions de pluies et couverts de mousse verte de marron, le feu de camps n'est plus qu'un petit cercle de pierre et les malles, qui doivent avoir une vingtaine d'années, sont trouées par endroits. Tenant le tissu contre ma bouche pour tenter d'atténuer l'odeur pestilentielle qui règne là, j'enjambe le feu de camps et donne un grand coup de pied dans le cadenas pourri de la première malle. Il cède sans faire d'histoires et s'ouvre dans un bruit de bois vermoulu qui s'écroule. Je m'accroupis sous le regard intéressé d'Alistair et je commence à fouille le coffre d'une main, l'autre étant toujours maintenue sur ma bouche. Je trouve quelques pierres précieuses, des gants de facture Dalatienne, une dague fine, une poignée de pièces et quelques vêtements. Je souris en regardant les gants, ils sont brodés de lettres d'Elfique Scriptural entrelacées les unes aux autres pour former un triskell compliqué mais élégant. D'habitude c'est le genre de pièces que l'on commande sur mesure à l'artisan de son clan, ils conviendraient autant à une femme qu'à un homme et sont ajustables aux poignets... Je les glisse dans le sac qu'Alistair a emporté avec lui puis lui tend la dague.
« Mettez la dans votre botte, côté épée, ça vous sauvera peut-être la vie un jour. »
Il s'exécute et réajuste le sac léger qu'il a pris « au cas où ». S'il y a d'autres trésors dans ce genre-là à conserver, ce sera très utile. Nous quittons le campement maudit en vitesse et en prenant garde de ne pas marcher dans d'autres surprises visqueuses, nous arrêtons plus loin, au bord de l'eau. Je nous regarde, nous sommes gris de poussière rendue collante et noire par endroit à cause de la sueur de la marche et des combats. Je me penche au-dessus du ruisseau et enlève mon cache-nez improvisé, il s'est imprégné de l'odeur de pourriture. Je le fais tremper le temps qu'il se nettoie puis le porte à mon visage pour le décrasser, histoire de ne pas être pris moi aussi pour un monstre de la forêt… Quoi que si ça pouvait faire peur aux loups garous… Une fois ce petit détail résolu, nous reprenons la marche en sens inverse, repassant devant Arbre Ancien sans qu'il ne bouge, il s'est surement rendormi. J'ai connu des hahls plus nerveux d'avoir perdu leur hahlière…
Nous remontons un chemin pentu qui donne vers le nord, nous ne pourrons aller vers l'est que lorsque nous aurons trouvé un moyen de traverser le fleuve, car, bien que le courant ne soit pas très fort je pense qu'Alistair et Sten finiraient lestés par leurs armures…. Quoi que Sten aurait surement pieds. Je me demande quand même combien il peut mesurer.
Légers comme des hirondelles, la sorcière et moi faisons fi de la pente que nous grimpons, Une racine ou un trou nous facilitent parfois la tâche et notre énergie conservée par l'absence d'armure nous porte jusqu'en haut d'un plateau herbeux. Je devance le groupe lors de ma montée et j'arrive le premier au sommet de la colline. Je m'immobilise un instant, désabusé, la colère grimpant en moi comme le lierre envahit le tronc des arbres. Puis je me laisse glisser le long de la pente jusqu'à Morrigan et lui fais signe de s'arrêter. Les deux guerriers nous rejoignent, l'air inquiet.
« Il y a un Ogre et au moins deux hurlocks en haut, peut-être un autre en contre bas. »
« Comment on procède ? »
« Morrigan neutralise le premier, vous vous occupez de l'Ogre, je passe par en bas pour les prendre par surprise. »
Alistair hoche la tête. Suivre les instructions, voilà une chose qu'il sait faire parfaitement à défaut de savoir se déplacer en forêt. Je les laisse monter avant moi, arrivés en haut j'entends les deux accros de la grosse épée charger en criant. Réprimant un fou-rire, je contourne le chemin puis, caché derrière un chêne centenaire, je bande mon arc. Il n'y a qu'un Hurlock en contre-bas, cela sera d'autant plus facile qu'il a entendu le cri d'Alistair et de Sten, mais pas mes pas derrière lui. Je l'abats d'une flèche bien logée dans le crâne puis je vise à nouveau et abats le second Hurlock qui s'approche de Sten par derrière et je le descends de la même façon. La pointe de ma troisième flèche vient se planter dans l'aisselle de l'Ogre. Il est suffisamment attentif à ce coup douloureux et inattendu qu'il cesse le mouvement qu'il avait amorcé. Ce laps de temps suffit à Alistair pour lui sauter à la gorge et lui passer son épée en travers de la poitrine. Le colosse pousse un cri assourdissant en s'écroulant par terre.
Notre humain –je ne considère toujours pas Sten comme un humain- se relève, taché de sang par-dessus la poussière mais le sourire victorieux aux lèvres. Je trottine pour revenir à leur niveau en croisant sur le chemin, l'alcôve d'une tombe en ruine.
« Des engeances dans la forêt de Bréciliane ? »
« J'aimerais être aussi surpris que vous, Alistair. » lui dis-je, une certaine amertume dans la voix. «Mais c'est entre autres, une des raisons pour lesquelles j'ai dû quitter mon clan. Un artéfact dans des ruines humaines, au cœur de la forêt, semble les avoir attirées ici. »
« C'était le miroir dont Duncan nous a parlé ? »
« Oui… » Je réfléchis un instant. « Que vous a t'il dit d'autre ? »
« Qu'il avait été amené à le détruire, c'est tout. »
Je retiens un soupir de soulagement, j'avais craint qu'il n'ait tout raconté lui-même aux gardes des ombres. Il n'en était rien, en tout cas pour Alistair. Je vois ce dernier baisser les yeux, son visage se ferme à nouveau. Parler de Duncan le secoue toujours autant. Je sais que la peine ne s'en va pas en une semaine, mais je tente pour ma part de ne pas aborder le sujet de mon clan ou bien de cacher l'émotion qui découle de la conversation. Alistair n'arrive à faire ni l'un ni l'autre. Sentant la situation se tendre, Sten reprend la marche et Morrigan le suit. Quelque part je me dis qu'Alistair et moi ne sommes peut-être pas si différents en fin de compte. Nous avons tous deux perdu nos « clans » par la force des choses. Cette réalité s'impose à moi soudainement et je me reproche d'avoir été si dur avec lui. L'idée me vient alors qu'il me considère peut-être comme le dernier des siens, je sens le malaise s'emparer de moi et je lève une main pour la poser sur son bras. Il relève les yeux vers moi et tente un sourire que je lui rends comme je peux. Notre amitié maladroite se remet en marche comme elle peut pour rattraper nos compagnons, un peu plus loin sur le chemin.
Nous suivons le cours de l'eau en remontant jusqu'à une cascade et devant elle, un petit pont de bois surmonté d'une lanterne que personne n'a du allumer depuis longtemps. Nous nous engageons dans le sous-bois qui s'ouvre de l'autre côté du passage de fortune. Un brame familier attire mon oreille lorsque les arbres redeviennent plus hauts et que la hauteur des premières branches permet à Sten de se tenir à nouveau debout. Il y a là quelques hahls sauvages. Prudents face à ces animaux qu'ils ne connaissent pas, mes compagnons restent en arrière. Je m'approche d'un grand mâle à la ramure somptueuse et particulièrement imposante, c'est le chef du troupeau. Il attend tranquillement que j'arrive à sa hauteur, me jugeant assez près il relève sa lourde tête, son grand cou et son collier soyeux portant son crâne et tout le poids de ses bois magnifiques. Il étend sa puissante encolure pour venir me renifler. Il sait ce que je suis et il sait qu'il n'a pas à me craindre, les elfes appartiennent à son quotidien et ils ne chassent pas les hahls, la plupart du temps ce sont eux qui rejoignent spontanément nos troupeaux. Je porte la main à sa tête pour caresser le poil dru et sec qui la retrouve, l'animal se laisse faire un moment puis se penche pour brouter à nouveau.
Avec un sourire, je me tourne vers mes compagnons et je leur explique que pour éviter de faire fuir le troupeau dans un vent de panique, j'étais allé voir le mâle dominant, celui qui était chargé de définir le danger et qui donnait l'ordre de fuir. Reprenant la marche, je songe que je devrais, ce soir, parler avec Alistair quand nous camperons. Lelianna ne sera pas là pour me prendre la tête sur la mode des chaussures Orlésiennes. …. D'ailleurs il faudra que je me venge de m'avoir laissé endurer ça tout seul en prenant la fuite.
Un grognement bestial, un martellement de sol. Trop rapide pour être tenu sur deux jambes. Je n'ai pas le temps de réagir, juste de rabattre mon menton vers le bas pour empêcher que ma tête ne m'encastre dans l'arbre qui me lacère le dos alors que je glisse le long de l'écorce après l'avoir percuté de plein fouet. Je remercie le cuir de maître Ilen d'être aussi résistant. Le souffle coupé, incapable de me remettre debout, je passe néanmoins la main derrière mon dos pour en retirer mon arc et une flèche que je trempe à tâtons dans l'acide. Lorsque ma vue se refait plus nette, je bande mon arc et le projectile part se loger entre les deux yeux d'un loup qui se rue vers moi. Il tombe lourdement, projeté en arrière par mon tir presque à bout portant. Mais quelque chose ne va pas, l'un des loups qui nous ont attaqué n'a pas bougé de la tranchée étroite dans laquelle ils s'étaient embusqués. Je prends le bras tendu d'Alistair avec prudence, je marmonne que je n'ai rien de cassé même si je n'en suis pas tout à fait certain, mon dos me lance, mais je pense que j'en serai quitte pour un énorme bleu. Je joue des épaules et lui montre d'un signe de tête la créature à genoux qui grogne et qui gémit dans le sous-bois. Sten s'est placé à l'entrée du sentier et s'avance prudemment vers l'animal. Il semble blessé.
J'enjambe les corps de loups qui se vident de leur sang, une flèche encochée sur la corde de mon arme. Mais la créature n'a pas l'air de vouloir se jeter sur nous pour le moment. A notre grande surprise, elle s'adresse à nous, sa voix pleine de souffrance et de supplication.
"Au... secours... de grâce... je ne suis pas ... le monstre sans âme que je parais"
"En tout cas vous ressemblez à un loup-garou, pour ce que j'en dis."
"Je n'ai ... pas toujours été ainsi. Ils m'ont ... maudite, Ils ont fait de moi cette chose. La malédiction, je la sens en moi, qui brûle! Je me suis... enfuie dans la forêt. Les loups garous... M'ont prise dans leur meute. Mais il fallait que je rentre! Il le fallait"
"Prudence." marmonne Alistair. "Ces loups garous nous ont peut-être préparé un piège, quelque chose comme ça. On ne sait jamais."
"Vous êtes... Dalatien? Moi aussi. Du moins, jusqu'à ma... transformation. Dites-moi, je vous en prie: avez-vous vu mon clan?"
" C'est à la demande de votre Archiviste que je suis ici."
"L'Archiviste vous envoie? Alors... vous cherchez Versipelle."
"En effet. Savez-vous où nous pouvons la trouver?"
"Oui mais... ce n'est pas ce que vous pensez. Je n'ai pas le temps de vous expliquer. Ecoutez-moi... Je m'appelle Danyla. Mon mari... a pour nom Athras. Rapportez-lui... un message..."
"La mort est dans son regard. Elle n'a plus longtemps à vivre."
Merci Sten pour cette remarque pleine d'utilité et de perspicacité. Je ne sais aps ce qu'on ferai sans lui...
"L'écharpe que je porte... Allez la lui rapporter. Dites-lui que je l'aime. Que... J'ai rejoint les cieux. Je vous en supplie..."
Je m'agenouille près de la mourante et je récupère l'écharpe. Ma main se perd dans son pelage, je souffre de voir les miens empoisonnés de la sorte. Je sais que chaque loup que je tue est un Dalatien qui ne reviendra pas à son camp... J'essaie d'éloigner cette pensée. La mort est miséricordieuse pour ceux qui souffrent un tel calvaire.
"Je la rapporterai quoi qu'il m'en coute, Danyla. Athras saura que vous l'avez aimé jusqu'à la fin."
"Merci. Merci. Tout ce qui m'importe... C'est qu'il trouve la paix. C'est un brave homme... J'ai mal! La malédiction... Me consume de l'intérieur! De grâce! Mettez-y un terme!"
"Il me faut absolument des réponse, Danyla! Aidez-moi, s'il vous plait! Pour que notre peuple ait une chance d'échapper à votre sort."
"Je ... vous révèlerai... ce que je sais. Si vous me promettez... de mettre fin à mes souffrances."
"Vous avez ma parole, vous ne souffrirez plus."
"Alors... Sachez ceci: les loups garous ne sont plus ... des bêtes féroces. Ils ont ... surmonté la malédiction, et moi aussi. Vous trouverez des ruines au centre de la forêt... c'est peut-être là qu'ils sont. Ils croiront que vous venez les tuer. Je ne peux vous en dire plus... J'ai mal! Vous n'avez... pas idée. De grâce... tenez parole..."
"Vous devriez la faire parler encore un peu. Je suis presque certaine que ce n'est pas tout."
"Je devrais peut-être demander à Danyla de vous mordre avant de mourir, ça vous ferait peut-être comprendre ce qu'est la douleur, Morrigan" je crache, en sortant une de mes lames courbes. "Vous êtes sûre de vous, Danyla?"
Elle acquiesce, évidemment qu'elle en est sûre. Mais j'ai du mal à me résoudre à lever mon couteau sur l'un des miens, surtout dans cet état... Ces monstres qui nous attaquent ont oublié le serment de Dalatie, ils ont oublié que nous devons nous sauver les uns les autres pour faire survivre nos coutumes. Ils auraient dû lever les yeux sur mes tatouages et tenter de me demander de les sauver... Mais Danyla... Danyla se redresse, elle n'est pas menaçante malgré qu'elle me surplombe de toute sa hauteur. Je lève ma dague, je vise le cœur, rapide, silencieux. La douleur n'aura duré qu'un fragment de seconde, le temps que la lame atteigne sa cible et que son corps touche le sol. Je reste immobile quelques secondes, pour être sûr de ne pas la faire souffrir plus encore, puis retire la lame lentement. C'est la première fois que je tue un Dalatien ... la première fois que je vois la vie s'envoler des yeux d'une sœur en étant responsable... Je sais qu'il n'y avait plus d'espoir pour elle... Je sais qu'elle souffrait le martyre... Je sais que c'est elle qui me l'a demandé... Je le sais... et pourtant. Ma main m'hypnotise, du sang a giclé et s'est glissé entre ma paume et la garde de mon couteau long. Je lâche ma lame et regarde mes doigts tachés de sang. C'est la première fois que je remarque que mes combats me salissent... Je me surprends à penser à tous ces gens qui j'ai tué sans vraiment réaliser ce que je faisais. Les humains dans la forêt, ces bandits sur la route... Les engeances... non les engeances ne comptent pas ce sont des monstres, des bêtes féroces qui vont être amenées à détruire notre monde... Mais tout de même... tout ce sang sur mes mains et sur mes flèches... Toutes ces fois où j'ai descendu des hommes avant de m'essuyer les mains nonchalamment dans l'herbe... ou les avoir plongé dans la rivière pour les nettoyer comme si j'avais touché quelque chose de sale... de contre nature... Je reçois un choc sur l'épaule, je me retourne dans un sursaut. Ce n'est qu'Alistair, le templier a simplement posé sa main gantée et ferrée sur moi et semble m'avoir parlé. Je secoue la tête et jette un dernier regard à Danyla.
"Vous êtes sûr que tout va bien?"
"Je... Oui... enfin... si ça ne vous dérange pas, on en parlera plus tard." dis-je, voyant Morrigan se rapprocher.
Il jette un regard à la sorcière puis me sourit d'un air entendu. Je range mes dagues, je décide de ne pas me laver les mains. Je ne sais pas pourquoi, c'est idiot... mais je me connais et je sais que je vais occulter ce qui vient de se passer. Je vais le ranger dans un coin de ma tête et ne plus l'en laisser sortir, tout ça pour avoir la paix. Alors je laisse le sang sur mes mains, je me le mets moi-même sous le nez comme une étiquette marquée "tueur". Je sais qu'avant la fin de la journée il aura séché, il aura été gratté par le maniement de mes armes, il aura peut-être disparu sous une autre couche de sang. Mais peu importe... Il faut juste qu'il reste là pour le moment. C'est tout. Je suis Alistair de près, pour une fois que c'est lui qui marche devant... Nous sommes encore loin d'avoir résolu l'énigme de Versipelle. Nous continuons notre route, marchant lentement le long des sentiers de forêt. Nous sortons de la tranchée pour continuer autour d'un chemin courbe, d'autres veines terreuses s'étendent sur notre droite. Je regarde distraitement autour de moi, j'essaie de m'obliger à me concentrer. Je ne peux pas compter sur mes compagnons pour détecter les dangers. Une nouvelle route, à droite, des piliers de temple en ruine... Un ogre... NON deux ogres! Sten réagit plus vite que moi, il charge à grands cris. Mon arc se tend sans que j'y pense vraiment, une première flèche, une seconde. La première part et se plante avec force dans le bras de la créature, la ralentissant dans son mouvement. La deuxième m'érafle la joue et me sort de mon état second. D'un coup je réalise que je suis en train de combattre et que mes coéquipiers ont besoin de moi. Avant que la flèche ait fendu la joue tendue de l'ogre, qui ouvrait la gueule pour hurler. J'encoche un autre projectile et je vise... Je ne serai pas responsable de la mort des miens une fois de plus. Je sauverai le clan de Zathrian... et je ne peux pas y arriver seul. J'ai besoin de mes compagnons. Je vais les garder en vie. La troisième atteint le palais du monstre qui, bouche largement ouverte, avait rejeté la tête en arrière de douleur. Elle lui transperce le crane et la pointe ressort en haut de sa tête. Sten se débat encore un instant avec le second, qui ne voit pas Alistair le contourner et lui enfoncer son épée dans les reins.
"... Quel tir!"
"Merci Alistair... Un moment de lucidité éclair..."
Il me donne un grand coup dans le dos... j'imagine que c'est censé me féliciter ou quelque chose dans ce goût là... Je reprends les devants de la file lorsqu'une odeur de bois brulé nous atteint. Je vais de couvert en couvert jusqu'à deux hauts piliers qui nous masquent un campement de fortune... tenu par un vieillard. Décidant qu'il n'y a pas de danger immédiat, je sors, il vient à ma rencontre alors que les autres nous rejoignent.
" Bigrefoutre! Un loup-garou? Nullement. Un esprit? Pas plus. Cette forêt va de mal en pis, ma parole."
"Un instant, humain. J'ai quelques questions à vous poser!"
" Des questions, encore des questions, toujours des questions! On dit que ce sont les questions qui m'ont rendu fou. Est ce qu'elles vous feront le même effet? " Il me regarde avec un regard fou, sa barbe et ses cheveux blancs contrastant avec le brun de ses habits salis par la vie en forêt. "Posez une question et je vous en retournerai une; donnez une réponse et je vous rendrai la pareille! Quelle belle invention que le commerce!"
"Vous... Voulez que je réponde à une question?" Je suis perplexe... Qu'est-ce que cet humain peut bien avoir à me demander?
"Ne faudrait-il pas vous, en poser une, d'abord?"
"... N'en est-ce pas une justement?"
" Reconnaitriez-vous une question si l'on vous en posait une?"
" J'ose espérer..."
"NON! Ce n'est pas une question!" Il se met à crier soudain... je recule d'un pas par sécurité. "Et si c'est une réponse, c'est à une question que je n'ai pas posé! Il faut suivre les règles, un peu!"
"Prenez garde: il a beau être fou, je sens que c'est un mage... Un mage puissant" Renseigne Morrigan.
"Non les mages n'ont pas le droit de jouer! Vous allez respecter les règles, oui?"
J'hésite puis je me lance.
"Dans ce cas... Voulez-vous me poser une question?"
" Je crois que c'est à vous de poser une question, non?"
"Avez-vous le fruit du grand chêne?"
"Tout s'éclaire. Vous ici, l'arbre à paroles là-bas... Oui je comprends mieux... Pour tout dire oui, j'ai bien son fruit. Je l'ai volé, et sans difficulté en plus. Il aurait dû mieux le protéger, ce benêt d'arbre! Si vous le voulez, il vous faudra une monnaie d'échange. Et rien qui provient de cet arbre à la noix... pas de feuille, ni de branche, ni quoi que ce soit d'autre. Mais je n'ai rien d'autre à dire là-dessus. Réponse pour réponse, la voilà votre réponse!"
"Vous voulez me poser une autre question?"
"Je peux? Ouiiiiiiiiiiiiii! Bien... Par quoi vais-je commencer? Je sais! Comment vous appelez-vous?"
J'avoue être un peu tenté de lui répondre "Gérard" ou "Andruill" mais j'ai le sens de l'humour en grève depuis quelques dizaines de minutes.
"Appelez-moi Finduilas."
"C'est ce que vous dites! Ce sont eux qui vous envoient, pas vrai? Vous êtes fourbe, vous, vous voulez m'avoir! Et bien essayez donc!"
Finalement Gérard ce n'était pas une si mauvaise idée... Au moins il ne m'aurait pas retrouvé une fois très loin de cette forêt... ce type est complètement cinglé... J'essuie les postillons qui sont tombés sur la tunique.
"Mais c'est à vous de me poser une question. Allez-y! Même pas capable!" reprend-il avec un air de dément.
"Qui êtes-vous au juste?"
"Qui je suis? Pourquoi voulez-vous le savoir? Ce sont EUX qui vous envoient? Qui vous ont demandé de me demander?"
Houlà ... là je suis plus du tout... Un regard à Alistair me confirme que je ne suis pas le seul. Je décide de le prendre à son jeu.
"Vous posez beaucoup de questions, je préférerais des réponses."
"Damnation! Pris par mes propres règles! Ils vous ont conseillé de jouer l'étranger écervelé, c'est ça? Mais je suis plus rusé qu'il n'y parait! Je suis toujours vivant et les arbres me laissent en paix! J'ai gagné! Jamais ils ne me retrouveront! Jamais!"
"Vous êtes complètement fou..." je dis, baissant les bras.
"Quoi de mieux pour vivre dans une forêt comme celle-ci?"
"Je... Je vous laisse."
"Je vois! Vous allez leur faire votre rapport, c'est ça? Très bien. Aurevoir!"
Le vieux retourne à ses occupations et je regarde autour de moi. Il n'y a pas grand-chose. Une vieille tente, un feu de camp éteint, une souche d'arbre bancale. Je m'approche pour regarder ce que cela peut être, je pose un doigt sur le tronc, il bascule légèrement, révélant une petite caverne, assez grande pour y mettre un homme en position fœtale, mais sans plus. Je me penche, j'ai cru voir quelque chose au fond... Puis mon regard remonte et je remarque une petite cavité sale avec un étrange amoncellement de brindilles, de terre humide et de... Je ne veux pas savoir en fait. La seule chose que je distingue nettement c'est un gland de la taille d'une pomme de pin...
"Vous êtes sur une propriété privée, la maison d'un vieil homme! Défense d'entrer! DEFENSE D'ENTRER!"
Il s'enfuit et je mets tout de même ma main dans le trou, la boue se déplace sous ma paume et quelque chose transperce le cuir de mon gant et la douleur se répand jusque dans mon bras. Je saisis le gland en vitesse et retire ma main qui me lance comme une piqûre de guêpe. Ce vieux fou avait piégé la souche.
« Vous n'êtes qu'un voleur. Un voleur ! Ce sont EUX qui vous envoient, pas vrai ? Je vais vous apprendre moi ! Ils ne l'emporteront pas au paradis ! »
Sur ce, le vieillard lève les bras et une brume magique verte s'élève autour de nous. Je range le gland dans ma poche en essayant d'ignorer la douleur lancinante qui m'engourdit le poignet. Je ne pourrais pas combattre à l'épée de cette main-là, je sors mon arc et j'encoche une flèche en priant pour que les vibrations de la corde n'accentuent pas le phénomène. Malgré tout, mon rythme de tir est ralenti, il a fallu que ce soit ma main directrice qui trinque… Bien entendu… Sinon ce serait trop facile. Mais avant que j'aie le temps de me concentrer pour un autre trait, un grondement aigu se fait entendre à quelques mètres de moi. Par les faiseurs … Qu'est-ce que…
Je fais un pas en arrière, terrifié. L'Ombre que nous avons combattu tout à l'heure était effrayante mais ça… Il doit s'agir du même type de créatures mais celle-ci semble faite de lave liquide, de feu pur. La nature se flétrit sous elle alors qu'elle avance lentement vers Morrigan et moi, restés seuls en arrière tandis que les guerriers sont partis mettre un terme à la source même de la magie qui l'a fait naitre. Je baisse les yeux sur une lumière bleutée qui semble provenir de mon arc, ou plutôt de ma flèche. En effet, elle a commencé à geler et sa pointe est entourée d'un halo blanc et froid. Je tends à nouveau la corde, devinant là l'œuvre de ma partenaire. La flèche percute le monstre en pleine tête et le fait reculer un peu. Une seconde flèche gelée et sa face abominable se durcit, comme si la lave se transformait en roche. Soudain, l'étreinte de l'hiver me passe devant, la créature se transforme en rocher de glace. Je tire une nouvelle fois, elle explose littéralement en produisant un vent nauséabond. Sten jette la tête du mage dans les buissons. L'avantage c'est que même avec mon vrai nom, là il ne me retrouvera pas.
« Vous avez le fruit ? »
Je le sors de ma poche avec prudence, ma main semble avoir enflé dans mon gant. Sten prend notre ridicule butin et Morrigan me prend le poignet avec des gestes lents.
« Faites-moi voir ça. » Elle retire l'écrin de cuir souple qui me donne l'impression soudaine de râper désagréablement. « Rien de grave à première vue. Je pense qu'il avait collé des guêpes sur la paroi de sa cachette. Rudimentaire mais efficace. Pas d'allergie ? »
« Non, pas que je sache. »
« Bon très bien. Serrez les dents. » Dit-elle après avoir commencé à me verser un liquide jaunâtre sur la piqûre.
J'imagine qu'elle s'attendait plus ou moins à ce que je crie, mais la souffrance m'a engourdi les doigts et le frottement de la corde me les a anesthésié. Je serre quand même les dents alors que les élancements se calment sous le massage des doigts de Morrigan qui fait pénétrer sa mixture dans la peau. Je la regarde un peu. Cette fille a un caractère infect, mais elle est compétente, et même si elle charrie Alistair quand il est blessé, elle soigne tout le monde avec la même application. Peut-être est-ce à cause de son état de métamorphe qu'elle a acquis l'esprit de groupe au moins en combat… Ou peut-être qu'elle essaie juste de nous tenir à distance. Un peu comme moi je le fais quand je m'adresse à des humains. Pendant que je réfléchis et que je la regarde distraitement, elle est allée regarder la tête de Sten qui saigne depuis sa tempe. La blessure est superficielle mais le sang lui a coulé dans les yeux. Il se récrie un peu, mais Morrigan ne lâche pas prise, un baume bleu-vert à la main, elle le menace de lui geler la plaie à distance s'il ne se laisse pas faire. Finalement le Qunari abandonne. Oui, sa langue est acérée mais elle ne nous déteste pas… Enfin pour moi ça me parait évident, elle ne m'insulte pas, ne cherche pas à m'humilier… Non elle sait que si je lui demande de partir elle devra le faire, elle n'aura pas son mot à dire et ça lui impose un minimum de respect. Mais il y a autre chose, elle tente de me faire la conversation, me pose parfois des questions, répond aussi aux miennes. Je dirai qu'elle ne sait pas comment faire pour communiquer avec moi mais qu'elle tente quand même maladroitement d'établir un contact. Je suppose que si je le lui fais remarquer elle se braquera et niera tout en bloc. Mais ça ne me fera pas changer d'idée.
« J'ai quelque chose sur le visage ? »
« Non. Est-ce que tout le monde est rafistolé ? »
« Oui, mais Alistair est fatigué, il veut surement faire une sieste. » assène la sorcière en m'arrachant un sourire.
« Heyyyy ! »
Cette fois je ne m'en mêle pas, Morrigan vient d'illustrer mes propos. Au fond je ne sais pas si elle déteste vraiment Alistair, je pense que c'est juste un moyen de s'adapter au groupe. Alistair étant le plus vulnérable, elle s'attaque à lui pour paraitre moins faible et trouver sa place. Oui en fait, les humains ne sont pas si différents des animaux. Songeur, je reprends la route, j'ai l'esprit plus clair et plus aiguisé. Mon instant de faiblesse s'est envolé loin de cette forêt. Nous revenons sur le chemin courbe puis empruntons un autre layon naturel sur notre droite. Le chemin est couvert de brume mais je n'entends pas d'eau. Une cascade aurait pu expliquer cet obstacle naturel mais ce brouillard n'a aucune raison d'être là. Pas d'eau, le temps est clair et sec, pas d'odeur de feu. Je jette un regard interrogateur à notre experte en magie, qui s'avance et passe à travers le mur semi opaque. Au moment où je vais pour la suivre, elle réapparait dans l'autre sens, face à nous.
« Alors ? »
« Je ne suis pas parvenue de l'autre côté. »
« Comment ça ? »
« J'ai voulu passer et … Allez y vous comprendrez mieux. »
Je m'avance et je passe dans le brouillard. Rien ne me parait anormal jusqu'à ce que je voie à nouveau clairement mon environnement. Je suis à côté d'elle, face à Sten et Alistair.
« Nous revoilà à l'orée du sentier… »
« Apparemment, la forêt veut nous empêcher d'atteindre notre destination. »
« Je vous parie ce que vous voulez que ça protège la tanière des loups garous. » Je grommelle. « Bon, le mieux c'est d'aller rapporter son fruit à Grand Chêne. Avec un peu de chance il saura comment passer ce brouillard, après tout c'est sa forêt et il doit connaitre les loups. »
« Bien retournons voir l'arbre qui parle. » Soupire Morrigan.
Le chemin inverse est aisé, j'essaie de presser le pas afin de ne pas perdre de temps. La nuit commence à tomber ou du moins, l'air se rafraichi trop rapidement pour signifier autre chose que la chute du soleil vers l'ouest. Car en vérité nous sommes tellement loin sous la cime épaisse et serrée des arbres que nous ne voyons pas le ciel et progressons dans la semi-obscurité. Dans la clairière de Grand Chêne cependant, je peux confirmer mon impression, le voile de la nuit progresse il va falloir penser à bivouaquer.
« Mon fruit, mon précieux fruit, me fait toujours défaut.
Pourquoi donc, mon ami, revenez-vous si tôt ? »
« Est-ce le fruit que vous cherchiez ? » je demande, en tendant la main à Sten qui a gardé le gland.
« Ô joie, ô grand bonheur ! Soyez porté aux nues !
Grâce à votre concours, mon fruit m'est revenu.
J'ai fait une promesse que je vais honorer :
Ma magie est à vous, puisse-t-elle vous aider.
Prenez donc cette branche, je l'offre de bon cœur
Vous pourrez cheminer dans la forêt sans heurt. »
Il me tend une branche longue comme mon avant-bras que je donne à Morrigan sous l'air perplexe du templier, qui semble considérer que c'est un bien maigre présent.
« Sur ce soyez en paix, mon fier ami bipède :
Ma tristesse a été dissipée par votre aide.
Que vous ayez le soleil sur votre fière cime,
Racines vigoureuses et hivers magnanimes. »
Avant que j'ouvre la bouche, il se replace, immobile, ses bras couvrant sa figure d'écorce et ne laissant plus paraitre qu'un simple chêne. Je me retourne.
« Une branche ? » Essaie de se convaincre Alistair.
« Ne prenez pas les arbres pour des créatures dénuées de sens, si sa magie le préserve, elle nous permettra peut-être de traverser la brume. »
« Peut-être. Mais je doute que nous réussissions à prendre les loups par surprise même de nuit. Il serait plus prudent de bivouaquer »
« J'y ai pensé aussi. Allons là-bas : sous le couvert de Grand Chêne nous sommes plus en sécurité que n'importe où dans cette forêt et il vaut mieux se trouver en amont du campement fantôme si on veut pouvoir puiser de l'eau à la rivière »
Le bivouac est l'affaire de quelques pierres, d'un peu de bois et de nos capes repliées sur nous. La nuit n'est pas clémente en bord de ruisseau, quelle que soit la chaleur de la journée. Mais c'est encore là que nous avons le moins de risque d'essuyer une attaque. Je remonte le lit de la rivière prétextant le besoin d'un bain, pour me retrouver seul avec Alistair. Ce dernier me regarde entrer dans l'eau, le sang, la terre et la poussière qui me couvraient formant des traces colorées dans l'eau claire.
« Danyla… » Commence le templier.
« Etait l'une des miennes… C'est la première fois que je tue l'un des miens et … Je me suis rendu compte que… » J'attrape le tissu de laine rêche qui me serre d'éponge et commence à frotter mes bras distraitement. « Et je me suis rendu compte que je tuais… »
« J'ai du mal à vous suivre. »
« Je veux dire… Jusque-là tuer et chasser, c'était à peu près la même chose. Mais Danyla… »
« Je comprends… »
« Ne vous faites pas d'inquiétude. » Je reprends, plus énergique, en frottant mes jambes pour chasser ce qui s'est glissé dans mes bottes et me colle aux mollets. « Ca n'affectera pas nos prochains combats. C'est juste… Une prise de conscience. »
Je ne sais pas quoi ajouter, je le regarde un instant puis je sors de l'eau et tends le bras pour ramener à moi mon armure, que je commence à nettoyer également.
« Alistair… Parlez-moi des Gardes des Ombres. » Je dis, me rappelant de mes pensées sur notre similitude. Sur la perte de nos "clans".
« Ou de ce qu'il en reste… »
Ok… Changement de sujet, on va droit dans le mur…
« Si vous détestez la Chantrie, pourquoi être resté chez les templiers ? »
« Vous avez vu leur uniforme ? Un style indémodable, une coupe élégante… Comment aurais-je pu y résister ? »
Il ouvre les bras, regarde le ciel comme si l'uniforme justifiait un merci rendu au ciel lui-même. Je décide de rentrer dans son jeu et je lui donne un petit coup de coude.
« Oh vraiment ? Et où se trouve ce superbe uniforme ? »
« Il est caché sous mon oreiller. Parfois je le sors pour le serrer dans mes bras et me rappeler le bon vieux temps. Rien que d'y penser j'en ai la larme à l'œil. »
« Vous utilisez toujours l'humour pour éluder les questions gênantes ? »
« J'utiliserais bien mon bouclier mais ce serait beaucoup moins discret. » Il s'assoit enfin, sur un rocher près de moi. « Vous voulez vraiment savoir ? C'est une histoire assommante, je vous préviens. »
« Inventez-en une autre ! »
« J'aime votre façon de penser. Si cela vous intrigue à ce point, je ne vois pas de mal à satisfaire votre curiosité. »
Ma curiosité mais oui bien sûr. Heureusement que ce n'est pas marqué sur ma face : Bonjour Alistair, j'en ai rien à faire des templiers, j'essaie juste de te faire causer un peu, ça fait presque douze heures que tu n'as rien dit et si on entendait pas ton armure cliqueter on se retournerait pour vérifier que tu es toujours là !.
« La vérité c'est que ma vie au monastère reste un mauvais souvenir. Les novices venus de familles pauvres me trouvaient hautain et les nobles me méprisaient. Je me sentais trahi et abandonné. J'étais amer en somme. Heureusement j'ai pu trouver refuge dans l'entrainement… Je m'y suis même révélé plutôt doué. »
« Ah oui ? Ça vous plaisait tant que ça ? »
« J'aimais m'instruire, mais par-dessus tout, j'aimais la discipline. Les templiers doivent s'astreindre à une discipline stricte afin d'utiliser leurs pouvoirs. C'est difficile, mais gratifiant. C'est en entrant dans la garde des ombres que, pour la première fois de ma vie, je me suis enfin senti chez moi. Et comme Duncan pensait que mes pouvoirs de templiers pourraient se révéler utile, j'ai continué mon entrainement. Et vous ? Où se trouve votre foyer ?»
« Partout où va mon clan je suis chez moi… » Je dis, distraitement, soudain absorbé par les taches de sang que je n'arriverai de toute façon pas à enlever.
« Vos proches doivent vous manquer terriblement. Pour ma part, Duncan et les autres gardes étaient ma seule véritable famille. Nous ne serons pas toujours par monts et par vaux, vous savez. Une fois la guerre terminée, une fois l'Enclin vaincu… Il sera alors temps de penser à fonder un vrai foyer. »
« En imaginant qu'on laisse les Dalatiens se fonder un foyer… oui. »
Il y a un instant de silence, seulement coupé par le bruit de l'eau qui coule. Je renfile mon pantalon et mon armure sans un mot. Puis Alistair reprend la parole.
« Mais pour l'instant tout cela n'est qu'un rêve… Et même si nous survivons la garde des ombres est de toute façon condamnée. »
« Encore faudrait-il survivre… »
« Oui bien sûr. Pour l'instant mieux vaut nous concentrer sur notre mission… »
Oui c'est surement ce qu'il y a de mieux à faire, en effet. Je me rends bien compte que je ne suis pas d'excellente compagnie, mon humeur morose ne doit pas jouer en ma faveur. Mais cela n'a pas l'air de vraiment déranger Alistair, il affiche un sourire un peu triste, mais un sourire quand même. Il me passe un bras dans le dos et je regarde la main qui était tachée du sang de Danyla plus tôt dans la journée, elle est à nouveau propre mais je sais que la leçon est inscrite plus profondément dans ma chair. Furtivement, je pense que j'ai eu de la chance que son sang vicié de me contamine pas en s'infiltrant dans une blessure.
Nous rejoignons les autres pour la nuit. Alistair réclame le premier tour de garde, je prends le dernier. Morrigan et Sten se partagent le milieu de la nuit. Je me pelotonne dans ma cape que j'avais laissée là. Refermant l'écrin de tissu et mes yeux, j'écoute la forêt, elle est calme, douce, comme celle que j'ai quitté il y a presque un mois maintenant. Les odeurs sont un peu plus prononcées par l'avancée de l'été et les pluies diluviennes que je devine à peine. A la chaleur faible du feu, les trois autres partagent un repas bien mérité, je n'ai pas faim. Je préfère retrouver ma forêt, les sensations qu'elle me procure. Une brise se lève quelques secondes, elle effleure mon visage. Je crois que je n'avais plus sombré si vite dans le sommeil depuis que j'ai quitté son sein.
Voilà, le suivant d'ici quelques jours promis :) je m'y attelle tout de suite :)
