Bonsoir ! ^^ Bon, je poste un chapitre un lundi, c'est exceptionnel xD (avec beaucoup de retard, veuillez me pardonner, j'ai du travaaaaaail T-T) Bon, j'ai pas grand chose à vous dire, sinon de m'exposer votre avis quand à la suite, vos demandes (de scénario, si vous avez quelque chose de spécifique à me demander ^^) vos suggestions... ^^ Voilà, bonne lecture !! :)

Narya xp

Chapitre 11 : Mordue… et vivante.

Mamori

Blanc.

Blancheur immaculée, absolument partout.

Depuis je ne sais pas combien de temps, j'étais dans cette salle lumineuse, trop propre, trop claire, éternellement blanche.

Les murs étaient blancs, le sol était blanc, le plafond était blanc, les draps étaient blancs, le matelas était blanc, le métal du lit était blanc, les fenêtres étaient blanches, la porte était blanche, les appareils qui m'entouraient étaient blancs… même les très rares personnes qui venaient me « rendre visite » étaient blanches.

Ah non. Le cadran de l'appareil était noir et la ligne qui se traçait en un continuel « bip… bip… » était verte… C'est tout. Le reste était désespérément et continuellement propre, immaculé, trop bien rangé.

Une odeur permanente de produit nettoyant à la lavande flottait autour de moi, et le sol caoutchouteux semblait briller tellement il était bien astiqué. Même l'air que je respirais paraissait stérilisé et filtré sur le volet !

Et ces personnes. Bizarres, étranges. Inexpressives. Pas un sourire n'apparaissait sur leur visage parfait, pas un éclat de joie ne venait illuminer leurs yeux pourtant colorés et magnifiques.

Austères. Sans vie. Ternes. Autant de mots que je pourrais chercher qui leur correspondraient parfaitement et se colleraient à leur front comme des sangsues… et encore. Même pas besoin de mots, tellement leur façon d'être semblait dire : « Je suis vide ».

Et même si, plusieurs fois par jour, une de ces personnes venaient me voir, j'étais totalement seule dans ce silence immaculé, depuis… un temps qui me semblait long, indéfini. Oh, j'ignore depuis quand exactement… ah non. En fait, je sais. Depuis trente six mille sept cents quatre vingt-trois « bip ». Vous devez pensez que je suis folle à les compter comme ça. Pour tout vous dire, il ne me restait plus que ça pour rester à la surface… compter les battements de mon cœur, nuit et jour. Toutefois, j'aurais eu envie de l'arrêter, cette machine infernale. Comme ça, un arrêt cardiaque (suicide… ?) n'aurait alarmé personne, et j'aurais pu partir en paix…

- Que se passe-t-il ? demanda une voix étouffée.

- Il l'a sortie de là ! paniqua une autre.

Je tendis l'oreille, me sortant du compte de mes battements de cœur, mais ne pus entendre rien de plus. Excédée de la condition dans laquelle je me trouvais depuis quelques jours au moins (ce qui m'arrivait rarement), je soupirai bruyamment. D'un geste brusque traduisant mon impatience, j'ouvris la robe blanche, large et informe, sur les capteurs installés sur ma peau et les arrachai d'un coup sec.

Sans plus de cérémonie, je me levai, inspirai profondément et m'étirai durant quelques secondes. Que ça faisait du bien d'être enfin debout ! En plus, par chance, je n'avais aucune perfusion et pourrais donc me déplacer où bon me semblait…

J'attachai rapidement mes cheveux grâce à un élastique à mon poignet, ayant hâte de sortir. Laissant tomber mes bras, je scrutai avec dégoût le cadran indiquant une ligne continue et produisant un son monocorde et strident. J'esquissai une grimace. Ce son me traversait le crâne avec une puissance douloureuse, comme un fin fil de métal me transperçant la tête. Je me massai lentement les tempes et soufflai un coup, puis entrepris de sortir de cette chambre trop blanche.

La poignée était froide, tout comme le couloir sur lequel j'avais débouché. Tout aussi blanc que la pièce où je m'étais trouvée, il m'arracha un gémissement de répugnance profonde. Des frissons parcoururent ma peau dans une course folle, cassant ma plainte comme du verre.

Je posai mon pied nu sur le linoléum immaculé, avançant presque précautionneusement. Tout se ressemblait : les couleurs, les portes, les murs m'entourant.

La seule chose qui me permettait de me repérer étaient les numéros gravés sur une plaque argentée, tous différents, pairs à gauche, impairs à droite.

Le seul bruit qui perturbait le silence était le tapotement irrégulier de mes pieds nus sur le sol immaculé.

J'avançais. J'avançais, je suivais ce chemin tout droit, jusqu'à ce que je puisse arriver au bout… si bout il y avait. Parce que ce couloir, comme je l'appelais, eh bien… j'avais la désagréable sensation, que justement, il avait une fin, mais… que ce que je verrais là-bas ne me plairait pas vraiment…

Pourtant, repoussant mon instinct, je continuai à me rapprocher de ce fond, unique issue possible face aux multiples embrasures blanches.

***

Ce n'était qu'une simple porte. Simple et grise. Pas blanche, non. Pire : grise. Une porte terne pour une demi-heure de marche ennuyeuse au milieu d'un corridor monotone… cela faisait beaucoup. Mais j'y étais finalement arrivée.

Soufflant fortement pour me donner du courage, je posai ma main sur la poignée glacée. Avec un temps d'hésitation, laissant mon instinct reprendre le dessus, je fixai le bout de métal opaque. Secouant doucement la tête, j'appuyai dessus et ouvris enfin.

- Je peux savoir pourquoi elle est dans cet état là ? Vous aviez promis qu'elle allait bien, que vous l'aviez relâchée et qu'elle était en sécurité. Vous aviez promis.

Une voix glaciale. Ce fut la première chose que je pus percevoir. Mais cette voix… je la connaissais. Et en même temps, elle avait changé, elle était… plus grave ? Moins sournoise ? Je ne sais pas. Une seule chose dont j'étais certaine, c'était qu'elle appartenait à…

- Hi… ruma, murmura quelqu'un d'autre.

Cette autre personne aussi, je la connaissais. Elle était affalée au sol, sa tête dodelinant de droite à gauche, de haut en bas. Elle avait l'air si… si fragile… non, pas fragile, plus que ça. Brisée.

Oh mon Dieu, Lee… mais que t'ont-ils fait ?

La jeune fille gisait, par terre, appuyant ses mains contre le sol pour ne pas s'effondrer totalement et laissant sa tête se balancer doucement au rythme de sa folie… je détournais le regard, ne supportant pas de la voir aussi détruite et vulnérable, le reportant sur la salle elle-même, observant le lieu dans lequel je me trouvais.

La salle où se tenaient les deux seules personnes de ma connaissance était vaste. Très vaste. En face de moi, deux grandes (approximativement, je dirais… cinq mètres de haut ?) baies vitrées offraient une vue splendide à la lumière de… de la lune, ce qui faisait qu'on pouvait voir (presque) comme en plein jour. Le sol était carrelé de noir et blanc, et les murs semblaient faits de vieille pierre… très vieille pierre. Moyenâgeuse…

Disposée en « U », une rangée de tables laissait un grand espace au centre, ce centre où étaient placés Hiruma et Lee. J'étais à leur gauche, et pouvait voir les traits du quaterback se crisper légèrement. Et d'ailleurs, j'avais un peu de mal à le reconnaître… il avait changé. De partout. Sa musculature était un peu plus imposante (n'imaginez pas un de ces monstres baraqués, surtout !), et son visage était… plus dur, plus impassible. Plus aucun sourire démoniaque ne venait étirer ses joues et dévoiler ses dents pointues…

Quelque chose en moi se cassa. Quelque chose dont j'ignorais le nom, quelque chose qui m'avait poussée à rester consciente, dans la chambre blanche. Ce quelque chose que j'avais ressenti depuis que j'étais entrée chez les Devil Bats, mais dont je n'avais pas conscience, jusqu'à ce que je le perde. Ce quelque chose n'existait plus à présent, et il était totalement parti en poussière.

Ça me fit mal. Vous savez, comme ce pincement au cœur que vous ressentez lorsque vous voyez que quelqu'un meurt, dans un accident, aux infos. Vous ne pouvez vous empêcher de penser à sa famille malheureuse, puis à la vôtre. Et là, vous le ressentez, ce petit pincement, cet étau qui vous étouffe un peu, parce que vous ne pouvez éviter d'imaginer un membre de votre famille à la place de la malheureuse personne qui est décédée…

Eh bien, là, ça y ressemblait un peu. Ce n'était pas tout à fait la même chose, parce que ça ne m'étouffait pas. Et ce n'était pas comme si quelqu'un que j'aimais était mort et que je n'arrivais pas à m'en rendre bien compte, non, c'était trop réel, ça faisait trop mal pour que je puisse l'ignorer. C'était comme une main qui prenait mon estomac et mon cœur et qui les arrachaient de toute sa force, ne laissant place qu'à un vide phénoménal…

Je m'appuyai au battant de la porte, portai un bras devant mon ventre et serrai le poing de toutes mes forces, froissant l'espèce de robe blanche informe qui me servait de vêtement. Je sentis les larmes monter et me brouiller la vue, sans pour autant déborder… parce que si il y avait bien une chose que je ne voulais pas, s'il y avait bien une chose que je refusais de faire, c'était pleurer. Craquer devant tant d'inconnus, mais surtout devant Hiruma…

Je me raidis. Quoi… ? Et pourquoi ça, hein ? Pourquoi je n'avais aucune envie de m'effondrer devant… devant eux ? Devant lui ? Pleurer n'était pas une marque de faiblesse… alors pourquoi la simple idée de me voir verser des larmes face au quaterback me répugnait ? Hein, pourquoi ? De quoi avais-je peur… ? Qu'est ce qui me terrifiait au point de m'interdire de laisser mes larmes rouler sur mes joues… ?

Je relâchai instantanément tous mes muscles, rendant mon visage dénué d'expression et ravalant tout sanglot qui menaçait de pointer dans ma gorge. Qu'il me juge. Comme les autres. J'avais peur qu'il me juge et ne me considère comme les autres…

Je sentis mon estomac se tordre à cette pensée, mais je repoussai de toutes mes forces le moindre gémissement et la moindre douleur se pointant. Je serrai la mâchoire et les poings en silence. Personne ne m'avait encore remarqué, mais ça n'allait pas tarder, je le sentais. Un geste en trop, un souffle légèrement plus fort que les autres en trop, une larme s'écrasant sur le sol en trop, et s'en était fini de ma discrétion.

Contractant douloureusement mes muscles, j'inspirai un grand coup, silencieusement. Je n'entendais plus rien, si ce n'était les cris énervés et continus du quaterback dont je voyais le profil gauche…

- Hiruma…, murmurai-je.

Tout cessa. Tout. Les cris, les respirations, le fait qu'on ne m'ait pas aperçue, et dans un autre temps, pendant un quart de seconde, mon cœur lui-même. Et tous ces regards sur moi… tous ces yeux tournés vers moi, me scrutant sans émotions, me déshabillant et lisant presque en moi d'un simple coup d'œil… c'était frustrant. Terriblement frustrant. Ces visages impassibles. Sans expression. Eux, lisaient aisément sur ma figure les émotions qui passaient. Moi, je ne pouvais rien voir, sinon l'éclat éteint de leurs iris abondamment colorés, tous plus lumineux les uns que les autres. Et pourtant si ternes…

Puis, enfin, quelqu'un de… reconnaissable parmi tous ces visages identiques. Si je pouvais le qualifier ainsi… Hiruma. Je refoulai une énième fois cette douleur qui pointait, et le fixai, tentant d'afficher, comme les autres, un masque d'impassibilité. Lui me scrutai, les sourcils froncés, les yeux plissés. Le silence dura quelques secondes… secondes qui me parurent durer une éternité, debout et immobile devant le regard perçant du blond.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? lâcha-t-il dans un murmure.

Ces paroles semblèrent résonner sur les vieux murs de la salle. Son ton n'avait été ni agressif, ni inquiet. Seulement surpris… juste surpris. Et après une demi seconde, il pinça fortement les lèvres, plissa encore plus les yeux et serra les poings. Toujours en me regardant. Je ne bougeai pas, trop effrayée à l'idée de ce qu'il allait me dire ensuite…

Attendez une seconde. Juste une petite seconde. Effrayée par Hiruma ? Moi !? Bon, j'admets qu'il en a fait des belles, le quaterback. C'est pas pour autant que j'ai vraiment eu peur de lui… enfin, sauf ces deux fois là. Toujours au même endroit, en plus… sur le toit du lycée. La première, quand il m'avait secouée à cause de je ne sais quelle chose que j'avais dite… il s'était même excusé, ce que j'aurais jamais cru entendre venant de lui. Et la seconde, eh bien… il m'avait regardée comme une proie, avec ses yeux rouges, sa peau blafarde et ses dents de…

Je me donnai une baffe mentale. Ce n'était pas le moment de repenser à tout ça. Pas du tout le moment, vu la tête que tirait Hiruma. Une veine battait à sa tempe, ses jointures étaient plus blanches que sa peau elle-même et ses lèvres ne formaient qu'une mince ligne sur son visage.

Je faillis reculer, me sentis blêmir brusquement. Le silence se fit plus lourd, devenant de plus en plus pesant au fil des secondes.

Un silence de mort devant des créatures sans sentiments…

Et soudain, tout explosa. Pas au sens propre du terme, non… de cette manière là :

- PUTAIN DE BORDEL DE MERDE !!!! JE PEUX SAVOIR CE QU'ELLE FOUT LA !? hurla le quaterback. MAIS VOUS CONNAISSEZ LE SENS DU MOT PROMESSE OU EN PLUS FAUT VOUS APPORTER UN DICO !?!?

Je sursautai violemment. Je n'avais jamais entendu Hiruma hurler comme ça… même après l'équipe en plein effort et qui s'écroulait à moitié sur le terrain, ou même au moment où il était en panne de chewing-gum… jamais. Jamais je ne l'avais vu autant en colère, tremblant et serrant les poings, tournant en rond comme un lion en cage. Quoique, à ce moment-là, le lion ressemblait à un petit chaton sans défenses face à la fureur de Hiruma.

C'est exactement ce moment que choisit la porte du fond, située face aux tables, devant l'endroit où aucun meuble n'était placé et laissait l'espace libre de circuler, pour s'ouvrir. Un homme comme les autres, impassible, beau, terne et morne apparut. Une blouse aussi blanche que ma chambre. La peau aussi blanche que les murs de ma chambre. L'attitude aussi froide que ma chambre… il s'avança vers le blond dans un silence de plomb, sérieux. Inexpressif.

Il souleva Lee et la prit dans ses bras comme si elle n'avait été qu'une plume, puis indiqua d'un signe de tête silencieux à Hiruma de le suivre. Et moi, alors ?

On ne m'oublia pas. Le blond me regarda brièvement, cela me suffit : je m'élançai à leur suite, ne cherchant pas autre chose que de me tirer de cet endroit trop froid, trop sombre, trop silencieux à mon goût, où les gens ne semblaient communiquer rien qu'avec le regard.

Je passai l'immense porte boisée et sculptée avec finesse, m'attardant peu sur les détails, préférant ne pas perdre de vue les seules personnes que je connaissais en ce lieu.

Ils marchaient devant moi, tous les trois, sans un bruissement. Il n'y avait que moi qui émettait un quelconque son ; peu bruyant, mais un son quand même – à l'exception de Lee qui lâchait un gémissement de temps à autre… le son de mes pas sur le linoléum grisé, le son de mon souffle s'échappant de mes poumons, le son de mon cœur qui battait à chaque seconde. Ce son qui semblait se répercuter dans le couloir où nous étions.

Ce couloir… plus blanc, mais gris. Terne. Pâle, morne, comme ces personnes dans la salle. Semblables. Comparables… je secouai la tête. Plus la peine d'y penser, à présent. J'étais avec mes amis, je pouvais leur faire confiance. Mes… amis. Oui, mes amis. Mais est-ce que je pouvais simplement encore les qualifier de connaissances ? Ces soi-disant amis… par exemple, Hiruma. Je ne savais rien de lui. J'étais capable d'anticiper ses réactions, ses désirs, peut-être. Je savais quand il allait bien et au contraire quand rien ne tournait rond. J'avais le pouvoir de deviner ses états d'âme rien qu'aux paroles et mimiques qu'il exécutait chaque jour.

Et pourtant… je ne saurais jamais rien de lui, de sa vie, de l'origine de ses problèmes, de ses souffrances. Je ne connaitrais probablement pas une grande partie des choses qu'il aimait, je n'aurais su dire ce qu'il préférait faire dans la vie, je n'aurais su dire s'il avait des frères, des sœurs, s'il était enfant unique. Je n'aurais même pas pu dire où il habitait…

En fait, je ne savais rien de lui.

C'est à ce stade de mes pensées qu'ils choisirent pour s'arrêter. Ce moment où j'aurais voulu encore marcher, pour cacher les sanglots qui étaient en train de me prendre la gorge pour je ne sais quelle raison… oui, pourquoi, d'ailleurs ? Qu'est-ce qui n'allait pas chez moi, purée !?

- Non. Elle, elle reste dehors.

Je sursautai. J'étais leur centre d'attention à tous les trois, qui me scrutaient d'un même regard vide d'émotions…

- Hors de question. Je refuse, lâcha Hiruma.

Je fus encore une fois surprise, sans pour autant sursauter cette-fois-ci. Mes yeux se stoppèrent sur le quaterback avec étonnement, effaçant tout autre sentiment né quelque secondes plus tôt. Dans un autre temps, un sentiment de gratitude prit place : je n'avais plus aucune envie de rester seule dans cet endroit étrange et trop morne à mon goût. En plus, je venais enfin de retrouver des personnes aux visages familiers, ce n'était pas pour m'en séparer !

- Et moi je refuse qu'elle rentre. Une humaine ne devrait même pas être ici, trancha l'homme d'un ton sans appel.

Mon sang se glaça dans mes veines. Ma tête se vida d'un seul coup, tout disparut autour de moi. La seule chose qui résonna à mes oreilles fut le mot « humaine ».

Pourquoi « humaine » ? Pourquoi m'avait-il qualifié ainsi ? J'étais comme eux, pourtant. Des bras, des jambes, un corps, une peau, une odeur et cinq sens. Eux aussi, ils l'avaient, tout ça. Pourquoi, alors, cet homme m'avait-il nommé de cette façon… ? Ne l'étaient-ils pas, des… humains… ?

Je me figeai littéralement. Non, humains, ils ne l'étaient plus vraiment… rien que le changement physique d'Hiruma aurait du me mettre la puce à l'oreille. Et tout le reste, aussi… ces yeux trop colorés, ces silences pesants, ces façons de se déplacer sans aucun bruits… quel homme, quelle femme étaient capables d'une telle prouesse ? Personne.

Mais eux, si. Ils avaient la capacité de faire de pareilles choses… mais quelle était leur nature, alors ? Qu'étaient-ils réellement, si justement, humains, ils ne l'étaient pas ? Je ne parvenais pas à les définir, ils semblaient trop normaux. Hormis leur froideur et inexpressivité, ils étaient tout à fait semblables aux autres… humains.

Le quaterback me sortit de mes pensées. Il affichait un air résigné et colérique que je n'avais jamais vraiment vu chez lui… et qui m'avait tirée de mes réflexions.

- D'accord, lâcha-t-il dans un murmure. Mais s'il se passe quoique ce soit…

- Il ne se passera rien, affirma l'autre.

C'est sur ces dernières paroles qu'ils passèrent la porte à ma droite, située dans ce couloir grisâtre. Je les regardai faire, ébahie, trop stupéfaite pour bouger ou même tout simplement protester. Ma bouche entrouverte ne laissait plus entrer l'air, mes yeux restaient écarquillés pendant qu'ils rentraient. J'étais déconnectée.

- Non ! suppliai-je en me réveillant au moment où la porte épaisse se refermait sur moi. Non… ne me laisse pas seule !

Je martelai faiblement le métal froid de mes poings, n'opposant qu'une faible résistance. Lentement, je glissai au sol. Avec un peu de chance, il m'entendrait et m'ouvrirait… avec un peu de chance, je pourrais entrer, et…

- Ne me laisse pas toute seule…, murmurai-je faiblement. Pas encore…

Ouvrant les yeux, je vis avec étonnement une gouttelette tomber sur la robe blanche dont on m'avait affublée. Doucement, je portai ma main à ma joue et pus sentir des larmes se frayer un chemin pour aller s'écraser au sol.

« Ah, ça y est… je pleure. » songeai-je, amère.

Il ne manquait plus que ça. Que je me retrouve à nouveau seule, à attendre – combien de temps ? – que Hiruma et Lee ressortent. Et en plus, à présent, je pleurais !

- Mais voyez-vous ça…, lâcha une voix narquoise et inconnue.

J'essuyai prestement mes yeux d'un revers de manche et me relevai brusquement, comme prise sur le fait d'un crime.

- Jolie, siffla une autre voix. On en voit pas souvent des comme ça… n'est-ce pas ?

- Tout à fait, approuva le premier.

Je me retournai, outrée que l'on parle ainsi de moi, en m'ignorant totalement et me reluquant sous tous les angles. Je foudroyai les deux pervers du regard, m'abstenant de leur cracher tout ce que je pouvais penser de leurs manières.

Mais ils n'étaient pas comme les autres. Ils n'étaient pas inexpressifs, pas impassibles, pas ternes. Ils semblaient plus vivants, plus humains : leurs figures étaient on ne peut plus expressives et d'ailleurs, des sourires gourmands et mauvais avaient pris leur place sur de si beaux visages.

L'un était brun aux cheveux en batailles et avait des yeux fantastiquement magnifiques. Je n'en avais jamais vu de tels : d'un bleu électrique, ils hypnotisaient quiconque pouvait les croiser, moi y compris. C'était un de ses bleus que l'on ne peut admirer qu'une fois dans sa vie : un bleu à l'apparence si artificielle et pourtant qui ne laissait aucun doute quand au fait qu'il était parfaitement naturel. Etrange, n'est-ce pas… ?

Malgré ces deux différences majeures (les cheveux et les yeux), le reste de son corps était semblable à l'autre. On pouvait les prendre pour des jumeaux : peau blanche, nez fin et droit, lèvres pleines et physique savamment entretenu.

Le second, malgré ses ressemblances avec le premier, avait des bouclettes dorées et des yeux d'un noir de jais à couper le souffle… comme si l'on plongeait au cœur de la nuit rien qu'en scrutant ses prunelles.

Ils s'étaient lentement rapprochés de moi, et je ne l'avais même pas remarqué, trop absorbée par ma contemplation de leur physique (d'accord, j'étais totalement subjuguée…). La main du brun sur mon épaule me fit l'effet d'une décharge électrique et je me dégageai violemment, me cognant contre la porte derrière moi. J'esquissai une grimace de douleur et d'impuissance : si toutes les personnes ici étaient aussi humaines que Lee et Hiruma, il faudrait que je m'attende à souffrir, avec ces deux là… je réprimai un gémissement, leur rire moqueur résonnant à mes oreilles et étant comme une douche froide.

- Oh, mais c'est qu'elle se laisse pas faire, en plus…, sourit le blond.

Je jetai un coup d'œil à l'intérieur de la salle par le seul carreau vitré de la porte et aperçus Hiruma en pleine discussion, apparemment pas si plaisante que ça en avait l'air. Je me mis brusquement face à ma seule issue, sentant la panique pointer, et abaissai la poignée avec force, sans grand succès…

Fermée. J'aurais dû m'en douter…

- Bah, tu pensais à quoi ? demanda celui aux yeux bleus, surpris.

Je me retournai vivement sentant mon rythme cardiaque s'accélérer, mon souffle se précipiter.

- Nooon…, murmura le blond. Une humaine, en plus ? Mais c'est magnifique…

Je cherchai vainement des yeux une ouverture pour fuir, mais lorsqu'une main blanche se posa sur moi, m'agrippant fermement l'épaule, je sus que la fin ne tarderait pas à arriver. Ça ne servait à rien de chercher, ils m'auraient tous les deux de toute façon.

Pourtant, quand ils m'attrapèrent les poignets avec force, je pivotai sur moi-même, fixant désespérément l'espèce de lucarne, comme si elle pouvait quelque chose, et hurlai d'un seul coup, parlant pour la première fois depuis des jours :

- HIRUMAAAAA !!

J'entendis des ricanements, des horribles rires narquois qui m'arrachèrent une grimace de dégoût, puis me sentis amenée en arrière. Je glissai sur le sol, tentant de me raccrocher à n'importe quoi qui puisse me permettre de me rapprocher du quaterback.

- Hiruma !!!! m'époumonai-je.

Il continuait à parler, ses joues se crispant, sa mâchoire se serrant, son regard fulminant. Et ne m'entendant pas hurler son nom. Que pouvais-je faire d'autre, sinon que de crier, espérant vainement qu'il tourne ses yeux vers moi et me sauve de ces… de ces espèces de personnes pas humaines ?

D'ailleurs, elles me faisaient mal, les deux personnes derrière. Elles me pressaient les bras et les épaules, se cramponnant à ma peau et mes os, me broyaient les côtes en me tirant en arrière. Je résistai du mieux que je pouvais, me tortillant, tentant d'avancer, de me libérer de leur emprise trop puissante.

Trop puissante…

Ces mots résonnèrent d'un coup dans mon esprit et me jetèrent à la figure l'étrange réalité que je vivais. Oui, ils étaient trop puissants, trop forts, trop beaux pour être humains. Ils ne l'étaient pas. Ils ne l'étaient pas, et tenter de me convaincre du contraire revenait à me dire qu'un rhinocéros pondait des œufs. Très drôle, n'est-ce pas ? Pas pour moi.

Je relâchai mon corps sous l'effort fourni, trop intense, mes muscles me brûlant de toutes parts. Résignée. Oui, c'était vraiment le mot… ou bien, pour emprunter les paroles d'une certaine… connaissance…

Zéro pour cent de chances.

- HIRUMA !!!!!

- Mais t'as pas encore compris qu'il t'entendait pas ? lâcha sournoisement une des deux voix.

Ça y était. Je m'étais fixée sur cette stupide vitre, ne distinguais plus qui était qui, voyant seulement ce blond, ce soi-disant démon, à travers ce bout de verre insonorisé. Il parlait, parlait, et parlait, ces émotions défilant sur son visage comme un kaléidoscope. Et moi, je me faisais traîner par deux types que je ne connaissais pas, hurlant le nom du quaterback à m'en rendre aphone, en vain.

Encore et toujours en vain.

Je sentis chaque muscle de mon corps se distendre totalement sous la résignation, et les larmes se remirent à dévaler mes joues sans craindre de heurter le sol, sans craindre la douleur ni la solitude, pas comme moi…

Je sentis quelque chose de chaud couler le long de mon bras et de mon cou. Un liquide légèrement épais, accompagné d'une odeur salée et fétide qui monta lentement jusqu'à mon nez. Du sang…

- Hiruma…, murmurai-je.

Une brume sembla envahir soudainement mon cerveau, je ne vis plus rien en moins de quelques secondes. En revanche, plus lentement, le silence se fit doucement à mes oreilles, toujours plus lourd, toujours plus pesant. Mes membres ne répondaient plus, même la douleur que j'éprouvais semblait s'être estompée. Un goût fade m'envahit la bouche et ce relent de sel se dissipa de mon odorat.

Une pensée traversa fugitivement mon esprit hasardeux et brumeux.

En fin de compte, il m'avait vraiment laissée toute seule…

***

Je sursautai, le cœur battant à toute allure, la respiration saccadée. Surprise, je regardai autour de moi : blanc. Blanc. Blanc. Tout blanc.

Un rêve, tout ça n'avait été qu'un rêve… ? Vraiment ? Il ne s'était absolument rien passé, je m'étais tout simplement endormie… ?

Le « bip… bip… » incessant, traçant les battements de mon cœur d'une ligne verte, me confirma ce que je pensais. Un cauchemar… tout cela n'avait été qu'un cauchemar. Jamais aussi bien réussi, je devais l'avouer, mais c'était fini à présent. J'étais bien réveillée, vivante, et cette histoire sordide n'était qu'en fait le fruit de mon imagination.

Seulement… seulement quelque chose n'allait pas.

La chambre était bien blanche, aucun doute. Mes draps aussi, les murs aussi. Plus immaculé que ça, on pouvait crever. Tout était à sa place, du même côté que d'habitude. La fenêtre, le cardiogramme, tout. Parfaitement rangé, comme d'habitude. Sauf que… cette fois, j'avais une perfusion à mon bras gauche. Tout à fait normale, la perfusion : un liquide transparent m'était donné, sans doute un médicament.

Je scrutai un peu plus les alentours, douteuse, puis, enfin soulagée, me laissai tomber sur le coussin moelleux.

Alors… alors enfin, je vis ce qui clochait réellement. Ma robe. Portant une main tremblante à mon cou, puis à mon épaule gauche, je pus sentir des bandages se frotter contre mes doigts. Horrifiée, je reportai mon regard incrédule sur l'informe vêtement qu'ils m'avaient donné.

C'était toujours le même. Aucun doute là-dessus. Ils ne m'avaient pas changée, ils ne le faisaient jamais (dégoûtant, n'est-ce pas ?). Sauf que, cette fois, la robe n'était plus blanche. Elle était maculée de sang. Mon sang… ?

Quelqu'un ouvrit la porte à la volée, me tirant de mes pensées peu engageantes. Mon corps se tendit d'un coup, mais un immense soulagement s'empara de moi lorsque je reconnus les visiteurs : Lee et Hiruma.

- Enfin…, murmurai-je. Enfin, vous êtes là.

Lee semblait avoir reprit des forces et se rendre de nouveau compte de son entourage. Elle planta fermement ses yeux vairons dans les miens, mais ne dit absolument rien, laissant persister le silence.

- On t'a mordue, lâcha alors le quaterback.

- Qu… quoi ? bégayai-je, surprise. Mais… de quoi tu parles ?

Il soupira, plus fatigué qu'excédé. D'ailleurs, de légères cernes prenaient place sous ses yeux las, yeux qui se tournèrent vers Lee une demi-seconde. Celle-ci n'eut pas besoin de plus et prit la parole.

- Tu as été mordue par des vampires, Mamori.

- Des… vampires ? chuchotai-je. Mais, ça n'existe pas… c'est impossible…

Ah. J'avais vraiment pas rêvé, alors… la théorie se confirmait. Et je n'avais même pas besoin d'explications, malgré tout ce que je pouvais dire… les deux types avaient été un trop bon exemple pour que je puisse douter de quelque chose.

- Ah bon ? Pourtant, tu as bien vu Hiruma se transformer, non ? dit Lee avec un micro-sourire.

Je scrutai le quaterback, me remémorant une soirée étoilée et des yeux rouges. Ah oui, c'est vrai… la transformation d'Hiruma.

Réprimant la boule se formant une énième fois dans ma gorge, je toussai. Je ne savais pas vraiment s'ils avaient vu mes larmes ou percé mon masque, mais je voulais m'accorder le bénéfice du doute.

- Et alors ? demandai-je calmement (en apparence, seulement). Quel est le problème ? Si je me suis fait mordre, je vais juste devenir un vampire, non ?

- Eh bien, justement…, coupa Hiruma. Tu aurais du mourir depuis longtemps, étant humaine et mordue. Ou du moins, devenir vampire. Mais tu n'es ni l'un ni l'autre. Tu es restée telle que tu es…

Je me raidis. Quoi… ? J'aurais du mourir parce que j'étais humaine et qu'on m'avait mordue ? Pourquoi ? Les humains ne supportaient pas les transformations ?

- Mais c'est pas le plus bizarre, reprit Lee, coupant court à mes questions. Ce qui nous a le plus choqué, c'est qu'on a retrouvé deux vampires morts on sait pas comment, près de toi.

Je la fixai. Comment ça… morts ?

- Et… comment étaient-ils ? soufflai-je, connaissant pourtant déjà la réponse.

- Un était brun aux yeux bleus, le second blond aux yeux noirs. C'étaient des jumeaux inséparables… d'après ce qu'on sait, me répondit la rousse. Tu les connais ?

Je baissai les yeux, fixant obstinément les plis du drap blanc qui me recouvrait à moitié, laissant mes cheveux tomber sur mon visage.

Si je les connaissais… ? Pour sûr, que je les connaissais… apparemment, ils avaient voulu me bouffer. Seulement… seulement, je ne savais pas ce qu'il s'était passé. Et voilà que j'apprends qu'on les retrouve morts, eux, les vampires, et moi, simple humaine, vivante et en pleine forme après avoir été mordue.

***

PoV Normal :

Un homme comme les autres était assis devant un bureau comme les autres. Derrière lui, de grandes baies vitrées tout à fait normales donnaient sur une ville toute illuminée, comme les autres : avec des immeubles, des rues, de voitures, des passants, des magasins… plutôt une grande ville, mais semblable aux autres tout de même. Tokyo.

Revenons-en à l'homme. Il fixait son imprimante de chez Dell d'un œil contrarié, les sourcils froncés. La première et dernière feuille blanche fut posée par la machine qui n'exécutait que son travail de tous les jours, à savoir : imprimer. Les mains de l'homme saisirent lentement la feuille, comme à son habitude, et il parcourut les quelques lignes écrites. Ses sourcils se touchaient presque tellement ce qu'il lisait le frustrait.

A la fin de sa lecture, il reposa la feuille sur le bureau et s'adossa à son fauteuil en soupirant longuement. Pris d'un coup de fatigue soudaine, il décida de se lever et de rentrer chez lui. Il attrapa son manteau noir offert par sa femme apposé sur le porte-manteau en bois, puis éteignit la lumière et ferma la lourde porte à clé.

La feuille blanche était toujours sur le bureau, seule feuille sur une surface plane correctement rangée. La lune pâle et pleine éclairait les quelques lignes qui y étaient inscrites :

Dossier confidentiel :

Nom : Anezaki. Prénom : Mamori.

Âge : 17 ans.

Situation actuelle : lycéenne de dernière année à Deimon. Vis chez sa mère.

Race : Humaine.

Symptôme particulier : première survivante d'une morsure de vampire.