Chapitre 11

Peter resta pétrifié. Neal n'en était pas à sa première descente de police. Il savait que résister ou prétendre que la maison était vide ne les mènerait nulle part. Il ouvrit donc la porte, non sans avoir précisé haut et fort qu'ils ne portaient pas d'armes. Ça n'empêcha pas un groupe de policiers armés jusqu'aux dents de pénétrer dans la maison. La moitié d'entre eux pointaient leur fusil en direction de Neal, qui avait reculé de quelques pas, tandis que les autres visaient Peter. La commissaire Lescaut entra après ses hommes et découvrit le panneau en liège contre le mur.

- Je vois que nous vous attrapons la main dans le sac, Monsieur Caffrey.

- Ce n'est pas ce que vous croyez, répondit Neal.

- Vous voulez dire que vous n'êtes pas en train de planifier un vol au Musée du Louvre?

- OK, c'est exactement ce que vous croyez, mais pas pour les raisons auxquelles vous pensez.

Julie l'ignora, elle fit signe à son équipe de s'emparer des deux hommes. Neal et Peter furent rapidement menottés et installés chacun dans une voiture de patrouille, avant d'être emmenés au commissariat pendant que les policiers commençaient à fouiller la maison. Installés chacun dans une salle d'interrogatoire, l'un et l'autre durent prendre leur mal en patience.

Pour des raisons linguistiques, ce fut l'inspecteur Motta qui se chargea de poser des questions à Peter. Il était accompagné du lieutenant David Kaplan, qui lui aussi parlait couramment l'anglais.

- Qui êtes-vous réellement? Aucun agent du FBI ne participerait à une telle opération.

- Je m'appelle Peter Burke, je suis responsable des opérations en col blanc pour la Côte Est des États-Unis au bureau de Washington. Mes papiers se trouvent dans ma veste, dans la maison de Neal. Si vous me les aviez demandés plus tôt, nous aurions gagné du temps.

Peu habitué à se retrouver de ce côté-ci de l'interrogatoire, Peter camouflait sa nervosité derrière une agressivité très professionnelle. Il savait que les policiers les avaient séparés pour que l'un ou l'autre se retourne contre celui qu'ils pensaient être leur complice. On appelait cette technique le dilemme du prisonnier. L'agent se dit que Neal était le mieux à même à faire comprendre la situation et leur plan. Il devait lui laisser le temps d'user de son charme.

En face de lui, les deux policiers se jetaient un regard entendu.

- Nous avons trouvé vos papiers, et nous avons appelé votre bureau. Votre supérieur nous a dit que vous aviez pris quelques jours de congé pour aider une de vos vieilles amies.

Peter remercia le ciel d'avoir opté pour un mensonge par trop loin de la vérité.

- C'est exact. L'agent Berrigan m'a appelé pour l'aider dans son enquête. Je suis venu le plus vite que j'ai pu.

- Pour aider Interpol ou pour aider Caffrey?

Peter jura intérieurement. Il décida d'opter pour le silence. Après tout, il devait gagner du temps. Si Neal ne les sortait pas de là, Diana y parviendrait peut-être.

Pendant ce temps, Neal subissait les assauts de la Commissaire Lescaut et de sa collègue l'inspectrice Zora Zaouida. La jeune femme restait silencieuse, tentant de lire les expressions du visage de l'escroc. Un exercice pour le moins difficile quand celui-ci avait décidé de cacher ses sentiments.

- Nous savons déjà que vous avez volé des œuvres d'art à Copenhague, Amsterdam et Zurich, il serait raisonnable d'avouer.

- Je n'ai rien volé du tout. Du moins rien qui ne soit couvert par la prescription, répondit Neal sans se démonter.

- Avec votre curriculum, votre présence sur les lieux suffira à vous faire inculper.

- Criminel un jour, criminel toujours, c'est ça? Si j'avais volé ses œuvres, je ne serais pas assis ici. Vous n'auriez jamais croisé mon chemin.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça?

- Parce que je suis trop bon pour vous, tout simplement.

Ce n'était même pas de la vantardise. C'était la vérité toute simple. On toqua discrètement la porte et un officier en uniforme tendit un dossier à Julie, qui relança l'interrogatoire.

- Nous avons trouvé des faux lors de la fouille de votre domicile. C'est un crime.

- Ce ne sont pas des faux, mais des copies, nuance.

- Vous jouez sur les mots, intervint Zora avec un haussement de sourcil.

- Non, je corrige un fait. Un faux est destiné à passer pour l'œuvre véritable. Une copie est présentée pour ce qu'elle est: l'image d'un tableau de maître. D'ailleurs, je les ai toutes signées de façon visible. Or, la signature est la première chose qu'un expert vérifie. Vous n'avez pas eu recours à des experts, je présume?

La pique fit mouche. Julie était vexée que son suspect ait relevé un manquement dans son enquête.

- Pas encore, en effet, répondit-elle. Quoi qu'il en soit, nous vous avons surpris en train de planifier le vol d'un tableau au Louvre. Vous ne pouvez pas le nier.

- Vous nous avez surpris en train de réfléchir à la façon dont le voleur après lequel vous courez s'y prendrait pour commettre un larcin au Louvre. Ce n'est pas tout à fait pareil.

- Vous aimez jouer sur les nuances, Monsieur Caffrey.

Neal décida de jouer cartes sur table. Après tout, ils auraient besoin du soutien logistique de la police française pour arrêter le vrai coupable. Et comme il l'avait dit à Julie, tous les crimes qu'il avait pu commettre en France étaient prescrits, il ne risquait rien. C'était une des raisons qui l'avait fait choisir Paris après sa prétendue mort.

- Votre voleur a commis des crimes que j'aurais moi-même très bien pu commettre. Il a choisi des œuvres qui me touchent et que j'aurais sans doute aussi choisies. Il s'est arrangé pour diriger les soupçons dans ma direction et pour griller ma couverture. Je pense que c'est personnel. Il voulait que tout ça arrive, que je me retrouve ici, devant vous. Peter et moi avons donc supposé que la meilleure façon de le trouver, c'était de réfléchir à ce que je ferais si j'étais réellement coupable.

La confession surprit la commissaire. Elle ne s'attendait pas à ce qu'un criminel aussi rompu à l'épreuve de l'interrogatoire admette quoi que ce soit en si peu de temps. Mais il est vrai que cette déclaration ne contenait aucun aveu, hormis celui d'avoir préparé un cambriolage qui n'avait pas encore été commis.

- Très bien, admettons que je vous croie. Vous avez choisi un musée et une œuvre. Ça ne nous dit pas quand le vol aura lieu.

- Je pense que notre homme va garder le même rythme, soit un vol toutes les 5-6 semaines. Ça me paraît un peu court pour le deux octobre. Je pencherais pour le 6 novembre. Mais d'un autre côté, octobre est le premier dimanche gratuit depuis six mois, il y aura donc beaucoup, beaucoup de monde.

Le commissaire et l'inspectrice échangèrent un regard. Elles étaient impressionnées par la démonstration. Il leur restait donc un peu plus d'un mois au mieux, mais peut-être à peine quelques jours, pour attraper le voleur, si Neal Caffrey avait vu juste.

- Qu'est-ce que vous proposez? demanda la rouquine.

- Quelle que soit la date retenue, notre voleur ne va pas pouvoir passer à l'action sans travail de reconnaissance. La meilleure chose à faire, c'est de surveiller les lieux et de tenter de le repérer.

- Et vous voudriez participer à la surveillance, j'imagine?

La question fit apparaître un sourire nostalgique sur le visage de Neal. Toutes ces soirées passées avec Diana et Jones dans le van, à les rendre dingues en jouant avec une balle en caoutchouc ou une paire de menottes.

- Je pense que nous sommes votre meilleure chance.

Les deux femmes se regardèrent et quittèrent la salle sans dire un mot.

Les quatre policiers se retrouvèrent dans le bureau de la commissaire. La discussion qui suivit fut agitée. Fallait-il ou non faire confiance aux deux Américains?