Chapitre 11:

Nonchalante, Mak attendait patiemment le retour de sa princesse. Un instant, elle imagina ce qu'aurait pu être la vie d'Elsa si elle l'avait laissée au milieu de cette montagne. La reine serait sans doute morte, et pourtant...Pour influencer la météo de tout un pays, le pouvoir d'Elsa devait être un des plus puissants de sa race sans même qu'elle le sache. Un craquement fit sortir la louve de ses pensées.

Mak put voir la blonde sortir de l'étrange bâtisse, les yeux rouges, la mine fermée, glaciale. La jeune femme eut envie de lui demander si tout allait bien, lui demander ce que l'esprit du loup avait bien pu lui dire, mais finalement se ravisa en entendant:

- Elle demande à vous voir.

Mak lança un regard presque apeuré, soupira, et s'immisça dans la grotte de marbre en traînant des pieds.

À l'endroit même où se tenait Elsa quelques minutes plus tôt, la vieille louve était assise, attendant patiemment quelque chose qui ne semblait pas venir. Mak inspira longuement, et enfin, se posta devant l'esprit, avant de s'agenouiller en une révérence des plus parfaite.

- Vous avez demandé à me voir.

Déclara la petite louve d'une voix plus aiguë qu'à la normale, la tête baissée, le regard cloué au sol.

- Relève toi, jeune loup.

Ordonna l'esprit d'une voix se voulant douce.

Mak obéit en se redressant. L'esprit l'observa silencieusement, lisant en elle, lui inspectant l'âme, devinant sa souffrance, déchiffrant son mal-être. L'enfant avait changé, s'était endurcit, s'était peut-être perdue en chemin. L'esprit ressentit tout à coup une immense tristesse, un vide au creux de sa poitrine. Elle plissa les yeux en sachant que cette tristesse appartenait à la jeune femme devant elle.

- Makdellana…

La jeune louve grimaça de douleur à la prononciation du nom de son enfance fouettée.

L'esprit s'approcha lentement sans détourner le regard, et s'arrêta à un souffle du visage de Mak, qui parut infiniment petite, écrasée sous le poids du regard jaune.

- Donne moi tes mains, petite louve.

Mak obéit, tremblante. Elle pensa un instant, que si Elsa la voyait dans cet état de léthargie, la princesse se moquerait probablement d'elle. Elle réfléchit. Non, Elsa ne ferait pas ça.

La vieille louve détailla les mains qui se présentaient devant elle, paume vers le ciel.

L'esprit soupira en grognant, et expliqua d'une voix meurtrie:

- Il semblerait que tu mènes une double vie. L'une a une avenir...l'autre n'en a aucun.

Mak leva les yeux.

- Vous voulez dire que je devrais choisir entre mon humanité et mon loup?

L'esprit plissa les yeux.

- Ce choix, tu l'as déjà fais.

Mak sentit les cicatrices de son dos brûler. Son corps se craqueler.

L'esprit reprit:

- Il est temps de comprendre pourquoi tu l'as fais.

- Comment?

Murmura Mak d'une voix brisée. La jeune femme ne voulait qu'une chose, sortir de cette caverne, fuir le plus loin possible, poser les mains d'Elsa sur sa peau en feu, la prier de soulager son dos et sa conscience.

- Elsa d'Arendelle t'y aidera.

Mak écarquilla les yeux.

- Elsa? Mais, elle n'a rien à voir dans cette histoire.

- Elle en est l'élément central, au contraire.

- Elle est la Reine d'Arendelle. Son pouvoir est puissant...

- Il sera de ton devoir de faire en sorte qu'elle en prenne conscience, et qu'elle le maîtrise.

Coupa la voix, exigeante, autoritaire.

- Mais je ne suis qu'un loup…

La voix inspira, puis gronda de toute sa puissance, faisant trembler les murs.

- Le peuple des loups à besoin d'un héro. Tu le sauveras de sa colère quand tu auras réussis à faire taire la tienne. Tu n'es pas qu'un loup. Tu représentes ce que les loups ont sacrifié. Protège Elsa d'Arendelle. Donne lui ta vie. Soumet toi à elle. Promet de la servir jusqu'à la mort.

- Je ne peux pas…Je ne suis pas assez forte.

Cria Mak en tombant à genoux, le souffle court. Que devait-elle faire? Elle essayait de le savoir et pourtant, elle n'en avait aucune idée.

La voix continua à hurler en grognant.

- Tu as en toi la puissance de tout un peuple. Les loups voudront ta mort encore bien des fois. Tu connaîtras la souffrance qui pourtant ne t'était pas destinée.

La vieille louve posa son front contre celui de Mak.

La jeune femme uit alors prise d'hallucination. Sur fond flou, elle put entrevoir le visage déconfit d'une Elsa qu'on fouettait encore et encore, la tour du château d'Arendelle s'effondrer, le monde tomber dans le chaos.

- Tu ne pourras pas sauver tout le monde. Certains mourront en ton nom, d'autre de ta propre main. La bête cherchera à te dévorer. Mais au moment où tu penseras t'être perdu, tu te retrouveras.

Mak se prosterna ridiculement devant la louve, respirant difficilement, gémissant de douleur.

- Comment faire? Comment faire pour éviter ça? Dites le moi! Je ne veux pas qu'elle souffre.

Hurla-t-elle, en sentant déjà le sang de la bête couler dans ses veines.

- Sers la au péril de ta vie. Ne réfléchit ton existence qu'à travers elle. Laisse la te sauver, même si d'autre devront se sacrifier. Fais d'elle ta propre reine.

Finit la vieille louve en léchant le coté rasé du crâne de Mak avec douceur.

«Que fait-elle?»

Ne cessait de penser Elsa en faisant les cent pas. Devait-elle entrer? Elle espérait simplement que Mak allait bien. Soudain, un frisson la parcouru pareil à une sueur froide. Mak…

Elle ne pouvait pas rester ici, elle devait entrer, tant pis si elle provoquait la colère de l'esprit.

La blonde était à deux doigts de passer l'ouverture, quand elle fut bousculée par une bête qui sortait en courant. Elle cria de surprise, et reconnut instantanément sa voleuse, même sous cette apparence.

La bête se débattit contre elle-même, luttant pour revenir. Enfin, Mak réapparut dans un hurlement. Les mains crispées dans la neige, le corps tendus, prêt à craquer, la louve gémit en vomissant sa colère sur le sol en une nausée douloureuse.

Sans peur, Elsa couru à ses cotés, releva ses cheveux, passa une main sur son front. Elle était brûlante.

La souveraine se demanda ce qui s'était passé dans cette grotte, mais le temps n'était pas aux question, Mak souffrait. Elsa eut envie de rentrer dans le sanctuaire, et de faire savoir à l'esprit ce qu'elle pensait, mais se ravisa en pensant que ça ne leur attirerait que des ennuis de plus.

Prise d'hystérie, Mak repéra une flaque d'eau gelée non loin d'elle. La louve, sans réfléchir, cogna la glace d'un coup de poing en criant.

- Calmez vous!

Cria la princesse, démunie. Si elle continuait, sa louve se blesserait plus qu'autre chose.

Sans offrir de réponse, Mak recommença en frappant plus fort. La glace céda, le poing cassa. Précipitamment, la louve s'éclaboussa le visage de l'eau apparut au creux de la flaque. Sa peau brûlait tellement. Ces images, le souvenir de son nom, le souvenir de ce fouet, de sa survie miraculeuse. Un fleuve de lave se répendit dans ses artères, la rendant complètement folle.

Elsa observait silencieusement, en prenant conscience du pouvoir de la bête qui sommeillait dans les entrailles de son amie. La princesse secoua vivement la tête, et se précipita sur la louve. Sans permission, dans une poussée de courage, la souveraine entoura la jeune louve de ses bras, et serra de toutes les forces qu'on voulu bien lui offrir.

- Allons calmez vous. Dîtes moi ce qui se passe.

Dit-elle d'une voix calme à l'oreille de la bête, qui n'était pas décidée à se rendormir.

Pour seule réponse maladroite, Mak poussa un grondement caverneux, se débattant toujours plus, voyant Elsa comme une menace, enfermée dans sa folie.

- Parlez moi.

Essaya encore la princesse qui, de son coté, n'était pas décidée à abandonner.

- Lâche moi!

Cria Mak entre grondement et voix humaine. La princesse n'avait jamais sentit la bête aussi proche. Elle se demanda un instant comment Mak avait put lutter durant toutes ses années, mesurant la force d'esprit et la détermination de la louve.

- Non, je ne vous lâcherai pas. Ce n'est pas négociable.

Déclara Elsa sans hausser le ton, les bras fermement serrés autour du corps abîmé par la culpabilité d'un peuple tout entier.

- Je brûle!

Réussit enfin à articuler la jeune louve.

Elsa fronça les sourcils, et avec douceur surnaturelle, posa une main froide sur le dos de Mak. Cette main, que la jeune femme avait tant désirée sans pour autant réclamer. Immédiatement, le visage du loup se figea dans une expression d'effroi. Les cicatrices rougis, semblèrent se discipliner sous le touché magique, et si libérateur de la princesse. La main caressa tendrement la peau encore trop chaude, et Mak put sentir une vague de froid délicieuse l'envahir, mettant son âme et ses blessures en suspend. Enfin, le corps sembla se calmer, les muscles se détendirent, le souffle revint.

L'inquiétude d'Elsa s'apaisa, et la princesse, ne voyant aucune protestation, s'autorisa à poser une autre main sur la poitrine de son amie, faisant se faufiler une deuxième vague, qui fit soupirer la louve.

La princesse soupira en serrant le corps dans une étreinte, reposant sa tête dans le dos fort mais sur le moment voûté, sentant le relief des cicatrice sur sa joue.

Ici, les deux femme partageaient cette brise de sentiment odieuse mais nécessaire. Ce moment de tourment avait été le résultat de la première épreuve qu'elles avaient affronté, ensemble.

Elsa, agenouillée, soutenant le corps, écouta un instant le cœur de Mak tambouriner comme s'il battait pour la première fois. La princesse reprit alors ses esprits, se rendant compte qu'elle était là, dans cette neige, protégeant une Mak totalement nue. La blonde voulu défaire son étreinte, mais fut coupée dans son geste par une main tremblante se posant sur l'avant bras qui passait autour du coup du loup.

- Ne me lâche pas…

Murmura Mak si silencieusement qu'un souffle de vent aurait pu la faire taire.

Sans poser de question, Elsa replaça le bras à sa place initiale, et répondit:

- Vous n'êtes plus seule. Même si vous sentez que vous n'aurez que des emmerdes avec moi.

Cette phrase sonnait comme une promesse. La promesse sur l'honneur qu'elle ne l'abandonnerai pas, qu'elle avait assez souffert, qu'à présent la vie serait une partie de plaisir, ou du moins, qu'elle allait tout faire pour la préserver, préserver son humanité.

Après quelques instant, quand elle sentit la respiration de la louve se calmer, Elsa couvrit son corps de sa cape et, l'aida à se relever. Tel un automate, Mak se laissa guider en reprenant vie lentement.

Arrivée dans un lieux caché de tous regards, la jeune louve s'habilla silencieusement avant d'allumer un feu. Elsa, tout aussi silencieusement, disposa quelques couvertures non loin de la chaleur, qui n'était désormais plus leur ennemi.

Mak perdit son regard dans les flammes. Elsa, de son coté, ne pouvait s'empêcher de fixer le sien sur la louve. Tout à coup, son amie lui parut sacrée, entourée d'une aura sublime.

Sans un mot, la souveraine vint s'asseoir près de la louve, et malgré elle, chercha son regard fuyant. Ce fut étrangement elle qui brisa la silence.

- Avant toi, je détestais le froid…

Un silence parcourut le camps. Mak eut un rire amer, et déclara en jetant une brindille dans le feu:

- Et aujourd'hui, je ne peux plus m'en passer.

Elsa ne répondit pas, ne sachant pas pas si ces mots étaient livrés sur un ton de reproche.

La princesse se contenta d'observer le visage de son amie, essayant de déchiffrer ses traits et ce qu'ils voulaient bien lui dire. La peur se lut dans les yeux jaunes. Sans doute la peur incontrôlable pour une solitaire, d'avoir, tout à coup, besoin de quelqu'un.

Ce soir, n'ayant pas d'interdiction, Elsa prit la main de la louve dans le sienne et déclara:

- Je serais là à chaque fois que vous aurez besoin d'avoir froid.

Mak, enfin, plongea son regard dans celui de la princesse, cherchant soutient et sincérité qu'elle trouva instantanément. Elle sourit tristement.

- Je savais que je n'aurais que des emmerdes avec toi.

Ne pouvant se retenir davantage de supporter cette pression, Elsa rit franchement en plaça une main devant sa bouche. Mak ne mit pas longtemps à la suivre dans un rire grave.

- Et ça te fais rire?

- Non, pardonnez-moi. Ce n'est pas drôle. Et surveillez votre langage.

Prévint Elsa en riant encore plus. Des yeux amusés la fixèrent, ne pouvant résister à ce sourire sincère qu'ils n'avaient rencontré qu'une seule fois.

- Absolument ce n'est pas drôle. Il semblerait que le destin ai comploté pour que je sois à votre service, votre Altesse.

- Cessez de m'appeler par mon titre, vous savez que je déteste ça.

Râla la princesse en émettant une légère tape sur l'épaule en béton de la louve. La reine cru se faire mal sous la dureté de l'épaule, en se demandant même si la jeune femme l'avait sentit.

- Il faudra pourtant t'y habituer. Demain, nous retournons à Arendelle.

Elsa soupira, se rappelant des paroles de l'esprit. Mak avait sans doute entendu les mêmes.

Voyant la gêne de la blonde, la louve répliqua.

- Ne t'inquiète pas princesse. Je serais là. Tant que je serais vivante, personne ne te fera de mal.

Mak semblait vouloir contrer la colère de tous les habitants d'Arendelle à elle toute seule. L'idée avait des airs de folie et pourtant, Elsa savait qu'elle en était capable. L'esprit avait parlé, la reine savait que la décision était sans appel. Demain, elle partirait au coté de son loup, reprendre sa place.