22/09/13 - 8/10/13

Et... surprise... ME REVOILA !

Bonne lecture ;)


Il était aux alentours de dix heures lorsque Lutha se décida à émerger. Mal à l'aise suite à des rêves sur sa famille, elle se rassura en regardant avec plus d'attention que d'ordinaire l'environnement chaleureux de Poudlard, et plus particulièrement, du dortoir des Serdaigles. Comme tous les samedis sans exception, elle réalisa qu'elle était la dernière du dortoir et en profita pour passer une longue demi-heure sous une douche brûlante. Elle enfila ensuite un épais pantalon et un énorme pull de laine en jetant un regard mauvais au ciel nuageux de Grande Bretagne, puis elle descendit enfin dans la salle commune, fermant soigneusement la porte derrière elle.

Un bref aperçu lui montra que l'équipe de Quidditch s'entraînait aujourd'hui, Elisabeth n'étant pas en train de lire dans son fauteuil attitré près de la plus grande fenêtre. Personne n'osait s'y installer tant ses absences en étaient brèves en dehors des cours. Des groupes de tous âges étaient dispersés un peu partout dans la spacieuse pièce, mais une bonne partie devait être à leurs clubs, dans la grande salle, ou simplement dehors... une drôle d'idée, d'ailleurs. Une seule personne l'intéressait dans le lot, et il n'était pas là. ce qui signifiait qu'il était encore en train de déjeuner, ce goinfre. Elle fila donc elle aussi vers l'espoir d'un petit déjeuner avec lait à volonté.

- Faignasse, la salua Jonathan lorsqu'elle s'assit face à lui, jetant un coup d'œil à sa montre.

- Morfale, rétorqua-t-elle sur le même ton en désignant l'énorme assiette qu'il avait devant lui. Quoi de neuf ?

- Regarde ça.

Elle suivit du regard la direction qu'indiquait sa cuillère et découvrit Evans assise à côté de Potter. les deux semblaient aussi mal à l'aise l'un que l'autre, et elle devina sans peine que la rouquine s'était installée là elle-même, imitant par là l'attitude de Potter ces quatre dernières années. Ils n'étaient pas prêts d'avancer, ces deux-là. Surtout vu le regard furibond que Black abordait en fixant la née-moldue.

- Je me demande pourquoi les gens tombent amoureux, et pourquoi ils en arrivent là pour ce simple sentiment, déclara John sur un ton un peu distrait.

- Tu as laissé échapper une réflexion à voix haute, se contenta-t-elle de lui répondre.

- En fait, non. Je te demandais ton avis.

Elle haussa un sourcil.

- Ah. C'était super clair, ironisa-t-elle. Quoiqu'il en soit, je ne suis pas apte à répondre à de telles interrogations à une heure si peu avancée de la journée. Et en plus, j'en serais bien incapable, je ne suis jamais tombée amoureuse.

Ils continuèrent à manger en silence.

- Dis-moi, Lutha ?

- Hm ?

- Si j'ai bien compris, contrairement aux autres années, tu ne rentres pas en Grèce pour Noël ?

Elle passa un doigt sur les hématomes qui avaient presque disparu de son bras gauche avec une petite grimace.

- Non, en effet.

- Mon père m'a fait une... suggestion.

Elle attendit, sourcils froncés.

- Tu es invitée à passer les vacances de Noël chez moi, au bord de la mer.

Bien qu'elle fût surprise, Lutha n'en laissa rien paraître.

- Jonathan, je ne peux pas venir chez toi. C'est dangereux pour toi et pour ta famille.

Il secoua la tête.

- Nous ne sommes pas des Sangs Purs, ma famille est insignifiante, et pour tout te dire, mes parents n'en auraient rien à faire s'ils savaient.

- Ce n'est pas une raison. Je ne veux pas prendre cette responsabilité. Je m'en voudrais si quelque chose arrivait.

Il parut un peu surpris.

- Ils ne peuvent quand même pas te surveiller partout où tu vas, si ?

- Probablement que si... mais ils n'auront peut-être pas que ça à faire. Il est... possible que ce ne soit pas le cas, cependant, il y a toujours un risque, et je ne veux pas te l'imposer, ni à toi, ni à tes parents.

Il sembla capituler, mais elle se douta à son expression contrariée qu'il cherchait une solution. Malheureusement, il n'y en avait pas. Elle aurait aimé découvrir la vie d'une véritable famille de sorciers, pourtant. Elle devrait s'en passer. Discutant pour retarder le moment où elle allait inévitablement devoir se lancer sur le travail qu'elle avait prévu la veille, ils restèrent un moment à commenter ce qui se passait autour d'eux tout en bâfrant allègrement. Jonathan leva soudain la main pour désigner un espace derrière Lutha. Celle-ci pivota sur son banc et fit face à Mary O'barton qui la fixait avec circonspection, les mains sur les hanches. La Serdaigle jeta un œil à l'insigne de préfète qui ornait son uniforme.

- O'barton ? Se contenta-t-elle de lâcher en attrapant à l'aveuglette son verre de lait derrière elle.

- Je pourrais te parler deux minutes dans un endroit... tranquille ?

La petite Grecque se retourna et jeta un regard hésitant à son petit déjeuner inachevé, avant de croiser le sourire goguenard de son ami. Elle le soupçonnait d'inventer mille et un scénarios incrédibles rien que pour la faire enrager. Lui tirant la langue, elle se leva, abandonnant son assiette, mais emportant tout de même son verre et un toast grassement beurré.

- Je te retrouve à la salle commune, si tu finis un jour de manger.

Sur ce, elle emboîta le pas à la préfète de Gryffondor. Celle-ci l'entraîna dans la première salle vide qu'elle trouva, à savoir, une espèce d'entrepôt de vieux pupitres cassés. Lutha se jucha aussitôt sur l'un d'eux et fit face à son interlocutrice, impassible.

- Je t'écoute.

O'barton fronça les sourcils, ne sachant apparemment pas comment se lancer.

- En fait... il y a deux choses que je voulais aborder avec toi.

La chat-garou se contenta d'attendre.

- Premièrement, j'ai entendu par inadvertance des filles de sixième année en parlant, et après avoir fait une petite enquête, il semble que tu risques d'être la cible, soit d'une blague de mauvais goût, soit d'un article peu flatteur sur toi dans l'espèce de bulletin que publie le club de journalisme, voire les deux.

Les sourcils blancs de Lutha se haussèrent avec agacement.

- Et qu'ai-je fait pour entraîner ceci ?

Croisant les bras, l'autre soupira.

- Apparemment, Sara Prewett n'est pas étrangère à l'idée, mais je pense qu'elle n'a fait qu'aviver les... points de vue déjà présents. Tu passais pour invisible et quasiment personne ne te connaissait, et, d'un coup, grâce à Sirius Black...

- Je dirais plutôt à cause de Black, grommela-t-elle.

- ... A cause de lui, si tu préfères, tu te retrouves sur le devant de la scène, et il ne s'intéresse plus à personne hormis ses amis et toi depuis qu'il t'a découverte. Tu es donc la cible de quelques inimitiés.

La jeune Grecque soupira avec fatalité.

- Il faut toujours que les frustrés se trouvent un bouc émissaire. Je vais voir ce que je peux faire pour arranger ça.

- Méfie-toi, lui enjoignit Mary. Elles peuvent être plus vicieuses que tu ne le penses.

Un large sourire moqueur étira le visage de la Serdaigle.

- Je ne crois pas, non. Merci de m'avoir prévenue, mais je vais me charger de ce problème moi-même.

- Comme tu veux.

Un silence gêné s'ensuivit, tandis que Lutha attendait qu'elle se lance sur le deuxième sujet qu'elle voulait aborder. Elle devinait aisément de quoi il s'agissait, mais elle préférait n'en rien montrer.

- Pour l'autre chose donc je voulais te parler, c'est... C'est délicat, il faut me jurer d'être discrète à se sujet.

- Je ne jurerai rien du tout, lâcha Lutha d'un ton froid. Je ne vois pas pourquoi j'irai crier quoi que ce soit du haut d'un balai.

O'barton hésita, puis finit par décider que c'était une bonne garantie.

- Il s'agit de Lily.

- Mmh ?

Si un autre chat-garou avait vu Lutha à cet instant, il aurait pu parfaitement imaginer avec amusement sa forme féline, balançant impatiemment sa queue, comme lassée de toute la bêtise humaine.

- Je sais que tu as servi de déclencheur dans son revirement à propos de Potter, et j'aimerais savoir ce que tu lui as dit. Accepterais-tu aussi de m'aider à arranger toute cette situation ?

La Serdaigle fit la moue. Elle ne s'attendait pas à une demande aussi directe, qu'elle n'avait aucune envie de satisfaire.

- C'est à Evans, et éventuellement Potter, de se tirer toute seule de cette histoire. S'il n'avait pas été si stupide et elle si bornée, ils n'en seraient pas là. Elle est la seule à pouvoir arranger ça. Elle est celle qui connaît le mieux cet abruti. La seule aide que tu peux lui apporter est ton soutien en tant qu'amie. Je ne suis pas son amie, je ne lui servirai à rien. Je n'ai fait que lui mettre les yeux en face des trous, la dernière fois.

Mary parut un peu étonnée par sa réponse.

- Bien sûr que tu es son amie !

- Même si c'était le cas, et ça ne l'est pas, ce ne serait pas réciproque. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, j'ai à faire.

Elle planta la Gryffondor outrée au milieu de sa salle de stockage et partit d'un pas vif dans le couloir. Non mais sans blague ! Comme si elle ne choisissait pas elle-même ses amis, c'est-à-dire, quasiment personne. Evans était peut-être fréquentable, mais ce n'était certainement pas suffisant pour lui accorder le titre d'amie. Lutha n'avait qu'un ami. Enfin... deux, si on considérait aussi Lupin. Mais Lupin était un cas particulier, et elle aimait sa manière de sentir des choses imperceptibles dans les attitudes, quand d'autres mettaient irrémédiablement les pieds dans le plat.

Plongée dans ses pensées, elle ne réalisa pas immédiatement que l'aigle qui gardait sa salle commune attendait son attention. Lorsqu'elle la lui accorda enfin, il s'ébroua les ailes d'un air impatient et se lança :

- Quelle est la meilleure cachette pour un objet que l'on désire garder secret ?

Elle hésita un instant. Plusieurs réponses lui semblaient exactes, mais elle savait qu'il n'en attendait qu'une. Elle hasarda après un petit silence :

- Ne pas le cacher, mais le laisser aux yeux de tous ? Ainsi, personne ne saura qu'il s'agit d'un secret.

Sans un mot, il lui laissa le passage, et elle entra dans l'atmosphère claire de la salle commune des Serdaigles. Elle rejoignit Jonathan, qui était plongé dans la lecture d'un livre sur les théories de domination du monde par une seule et même puissance, et récupéra son sac pour se mettre au travail. Elle commença par soigneusement étaler ses livres de runes tout autour d'elle, expulsant sans ménagement son ami de la table, puis sortit un parchemin propre qui lui servirait de brouillon pour la fin de sa rédaction. Puis elle posa son classeur au milieu de la disposition savante qu'elle avait donnée à ses manuels, et l'ouvrit pour en sortir son précieux dossier.

Elle se figea, bouche bée. A tel point que John leva le nez de son ouvrage, perplexe. Lorsqu'elle se remit à bouger, ce fut comme au ralenti, et elle saisit le bout d'un parchemin, entraînant une farandole de bonhommes en papier, coloriée de toutes les couleurs. Le travail qu'elle avait passé des heures à rédiger avec Lupin apparaissait, découpé sur la... chose.

- Que... qu'est-ce que c'est que ça ? Bredouilla-t-elle, complètement ahurie.

Jamais son ami ne l'avait vue dans cet état, et il était impressionné par sa réaction, bien qu'il n'en montrât rien.

- Je peux te fournir plusieurs réponses à cette question, lesquelles veux-tu entendre ?

L'air sombre à présent, constatant que les dégâts s'étendaient à tout son dossier, Lutha vérifiait l'état de son travail.

- Toutes, pourvu qu'elles soient rationnelles.

Avec un sourire, le jeune homme ferma son livre et passa une main dans ses cheveux paille en l'observant.

- Si je te donnais une simple réponse observative, je te dirai que c'est une farandole de parchemin en couleur.

- J'avais pu le remarquer, ça...

- Maintenant, si je te faisais une réponse analytique, je te dirais que ton travail de runes a été réduit à l'état d'amusement pour enfant, et que ça va te prendre du temps d'arranger ça, même magiquement.

Seul un grognement lui répondit.

- Enfin, si je te disais ce que mon esprit génialissime a déduit et la réponse qui est la plus réfléchie... Sirius Black a trouvé un moyen d'avoir accès à tes affaires, et tu devrais sérieusement t'en préoccuper.

Le regard noir, elle finit d'étaler "l'œuvre" de l'imbécile de Gryffondor sur sa table et attendit avec un air semi-désespéré.

- Et la dernière réponse que je vais te donner est celle de la question que tu as en tête : Le Sirius Black en question, qui, en passant, risque très prochainement d'être une espèce éteinte, se trouve dans le parc en compagnie de son compère bien aimé.

Elle se dressa de toute sa hauteur, ce qui, cependant, n'était pas très impressionnant, et s'empara du gâchis qu'étaient devenues ses recherches de runes. Elle les fourra dans le classeur, qui fila dans son sac, et elle regarda la porte de la salle commune d'un œil furieux et décidé. Jonathan l'étudia quelques secondes, gagné d'une curiosité incongrue sur la réaction de son amie.

- Il m'en manque, gronda-t-elle d'un ton d'outre-tombe. Ça ne va certainement pas se passer comme ça !

- Savais-tu que lorsque tu te mets en colère, tu vires à un rouge cerise très intéressant ? Je n'avais jamais vu cette couleur chez toi auparavant, c'est très seyant...

- John ? Gronda-t-elle, menaçante.

- Oui ?

- Ton satané volatile va finir en hachis parmentier !

- Hey ! Laisse mon hibou en-dehors de tes histoires avec Black ! Lança-t-il tandis qu'elle se mettait en mouvement d'un pas vif.

Lutha franchit l'entrée de la salle commune en claquant si fort la porte que la plupart des élèves présents sursautèrent comme des diables, abasourdis. Elle traversa une bonne partie du château à la même cadence effrénée que déclenchait sa colère. Cette fois, il était allé trop loin. Beaucoup trop loin. Elle était scandalisée ! Des heures de travail qu'il avait joyeusement saccagées ! Une sourde colère lui faisait battre le sang aux tempes. Il y avait bien trop longtemps qu'elle n'avait pas laissé libre cours à l'impulsivité de sa fureur. Et ce n'était pas prêt de retomber. Toutes ses frustrations accumulées, toutes les tempêtes qu'elle avait retenues, les tourments que lui infligeaient sa famille, tout explosait en même temps, et Black allait en faire les frais. Elle allait lui faire chèrement payer ses conneries.

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ooo

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Sirius tira une bouffée de sa cigarette en fermant les yeux pour la savourer, sous le regard désapprobateur de James. Ce truc moldu qui abîmait les poumons, l'infirmière les avait mis en garde contre. Quoi de plus pour tenter son ami d'essayer ? L'interdire aurait été encore plus efficace, mais ça n'avait pas été nécessaire. Quoiqu'il en soit, il savait inutile de le sermonner tant qu'il ne lui soufflait pas la pestilentielle fumée au visage.

Ils s'étaient installés de l'autre côté du lac noir, où peu de personnes prenaient la peine d'aller, préférant l'herbe du côté du château. C'était plus loin, mais ils étaient bien plus tranquilles, débarrassés de leurs admirateurs comme de ceux qui avaient une vengeance envers eux à accomplir. Il fut donc surpris en voyant une silhouette se diriger droit vers eux au beau milieu de la matinée. Comme elle était identifiable de loin, il remua l'épaule de Sirius.

- Mmh ?

- Tu as des ennuis. Droit devant.

Patmol ouvrit les yeux et fixa la personne qui osait venir les déranger avec un large sourire. Au vu de son expression, il se doutait sort bien de la raison de sa présence. James soupira, amusé malgré lui.

- Soit tu es masochiste, soit cette fille te plaît à un point inquiétant. les deux ne sont pas incompatibles, après réflexion.

- La seule chose qui me plaît chez elle, c'est sa propension à ne pas me supporter.

- C'est que je dis, marmonna l'attrapeur, souriant, avant de croiser les bras pour observer l'arriver de la petite Serdaigle.

Lutha avait les cheveux encore plus ébouriffés que la veille, le visage d'un ton rouge sombre inquiétant, et les yeux presque réduits à deux fentes noire. Elle se planta à deux mètres de Sirius, vibrant presque de colère. Se contrôlant malgré tout, elle ouvrit son sac en lâchant d'une voix glaciale :

- Comme je n'ai pas coutume de m'en prendre aux gens injustement, je vais te demander une petite confirmation, Black. Est-ce à toi que je dois ceci ?

Elle brandit devant elle une farandole de bonshommes coloriés de toutes les couleurs, et James laissa échapper une exclamation de stupeur quand il réalisa de quoi il s'agissait. Il n'aurait pas pensé que son ami jouerait un tour aussi pendable à la jeune fille. Ce genre était plutôt réservé aux Serpentards, d'ordinaire.
Sirius ne répondit rien, mais son sourire narquois parla pour lui. Elle replia dans son classeur les feuilles massacrées et avança d'un pas, le regard encore plus sombre.

- Tu as intérêt à me rendre le reste de mon travail et à t'excuser platement, ou tu risques fort de le regretter.

Les deux garçons échangèrent un regard. Cornedrue était perplexe. Elle paraissait extrêmement sérieuse, mais inconsciente que sa menace était ridicule. Sirius, en revanche, semblait en être parfaitement conscient, lui, et son sourire s'élargit.

- Pourquoi ferais-je une chose pareille ?

- Pour ton propre bien-être, je te le conseille.

Le jeune homme se releva pour faire face à la Serdaigle. Obligée de lever la tête, elle ne parut pourtant aucunement perturbée d'avoir soudain devant elle un Gryffondor de plus d'une tête qu'elle, quasiment deux fois plus large et qu'elle menaçait quelques secondes auparavant. Souriant, il déclara tranquillement :

- Non, je ne vois vraiment pas pourquoi.

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Lutha retint un commentaire méprisant. Utiliser sa taille pour tenter d'asseoir sa domination... c'était pathétique. Il était persuadé, lui, le bon élève, qu'elle n'avait aucune autre solution que le supplier pour récupérer ses cours. Elle allait lui montrer qu'il se trompait lourdement. Avec un rictus dévoilant ses deux canines tranchantes, elle susurra :

- Ne me tente pas de te filer la correction que tu mérites, Black.

- Je vois bien mal comment tu t'y prendrais.

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Il avait jeté un coup d'œil à son arme en disant cela, s'attendant à ce qu'elle dégaine. Il savait que James n'interviendrait pas. Lutter à plusieurs contre une fille était génétiquement impossible pour lui. Sa mère l'avait trop bien élevé. Confiant, il avait sa baguette à portée de doigts, prêt à réagir et à riposter dans l'immédiat.

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Lutha serra le poing, fixant les yeux noirs de son adversaire avec concentration. Puis elle balança soudainement toute sa force dans son bras, traversa comme du beurre le bouclier magique qu'il avait dressé par réflexe, s'attendant à un maléfice, et, dans un ensemble de craquements sinistres, elle écrasa son poing contre le nez de cet abruti de Gryffondor. Elle sentit quelques os fins de ses doigts se briser eux aussi, mais elle serra les dents et encaissa ; elle avait une longue expérience des fractures et une résistance à la douleur à toute épreuve. Sa main valide se referma sur la baguette de Black, qu'elle lui arracha, sentant un crépitement de résistance. A part sa baguette, aucune n'acceptait un chat-garou aussi-bien. Elle jeta l'autre arme dans l'herbe et pointa la sienne sur le cou de Black.

- Pas un geste ! Commanda-t-elle d'un ton autoritaire à Potter qui avait bondi, la surprise passée. Sinon, j'arrange un peu plus le portrait à ton crétin de copain.

Le crétin en question se redressa en grognant de douleur, une main pleine de sang devant le nez. Avec un rire forcé, soulagée d'avoir évacué, sa colère, elle lança :

- Ce n'est qu'un nez cassé, Black, l'infirmière t'arrangera ça en quelques minutes. Tu as de la chance, chez les moldus ça t'aurait un peu abimé le physique. Et maintenant, si tu permets...

Elle le lâcha, et plongea la main gauche dans son sac, où elle ne tarda pas à tomber sur un ensemble de confettis de parchemins, qu'elle récupéra.
Reculant en surveillant Potter qui s'approchait de son ami pour le soutenir, elle conclut :

- Et je te conseille de ne pas me refaire un coup pareil si tu ne veux pas que tous tes charmants amis à Serpentard apprennent qu'une "fillette" de Serdaigle t'a éclaté le nez.

Sur ce, elle fila à grands pas, serrant sa main blessée contre elle.

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ooo

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Mme Pomfresh avait quelquefois vu Lutha Layos avec des fractures inquiétantes au retour de ses vacances en famille, mais jamais la jeune fille n'avait franchi la porte de l'infirmerie en dehors de ces périodes-là. Elle poussa donc une exclamation de surprise en la voyant entrer, blanche comme un linge, dans son domaine.

- Seigneur, miss Layos ! Que vous est-il arrivé ?

- Rien de grave, une mauvaise chute, marmonna-t-elle en réponse avant d'exhiber sa main droite.

Elle tremblait, et deux doigts étaient tordus étrangement, commençant à noircir d'une façon peu agréable.

- Asseyez-vous, ordonna l'infirmière en la poussant vers un lit dont elle tira à moitié le rideau. Je vais chercher de quoi arranger ça, mais interdiction d'utiliser cette main toute la journée.

La jeune Grecque acquiesça sans broncher et attendit patiemment qu'elle revînt. Elle se savait un cas particulier pour Mme Pomfresh, car son corps ne réagissait pas toujours aux sortilèges de soin. Telle était la contrepartie de son espèce. Ils repoussaient toutes sortes de magies. La guérisseuse fut de retour auprès d'elle quelques minutes plus tard, et lui donna un verre empli d'une potion nauséabonde.

- Buvez ceci jusqu'à la dernière goutte.

Puis elle saisit le bras de sa blessée et agita silencieusement sa baguette. la sensation étrange de ses os se remettant en place tout seul fit frissonner la chat-garou.

- Vous allez rester ici un quart d'heure, le temps que ça se ressoude, et si c'est le cas, je vous laisse sortir, mais pas d'utilisation de cette main avant demain, c'est clair ?

Lutha hocha docilement la tête. L'infirmière savait parfaitement qu'elle n'en faisait qu'à sa tête, parfois malgré la gravité de ses blessures.
Elle resta donc assise sur son matelas, perdue dans ses pensées, lorsqu'elle entendit deux voix venant du couloir.

- Il n'y a personne, j'enlève la cape, et on rentre vite.

Il y eut un bruit de froissement de tissu, et la porte s'ouvrit sur Sirius Black et James Potter. Le premier avait un morceau de chemise déchiré qu'il maintenait contre son nez et il semblait avoir beaucoup moins mal que dix minutes auparavant. Sûrement sous l'effet d'un sortilège, songea-t-elle. Ils s'avancèrent sans la voir, à moitié cachée par les rideaux de son lit. Mme Pomfresh accourut aussitôt, comme elle le faisait toujours en entendant la porte s'ouvrir.

- Monsieur Black ! S'exclama-t-elle, plus habituée à le voir venir esquinté ici. A quoi est-ce dû cette fois-ci ?

- Une bauvaise chute, grogna-t-il.

Elle ne parut pas surprise.

- Bien entendu, je ne devrais plus m'inquiéter de votre... maladresse légend...

Elle sembla soudain faire le lien entre ses deux patients et leurs réponses similaires et jeta un coup d'œil du côté de Lutha. Les deux garçons suivirent son regard et dévisagèrent la Serdaigle.

- Installez-vous ici, décida-t-elle en désignant un lit à l'opposé de celui de sa première patiente.

Elle s'occupa rapidement du Gryffondor, lui présentant un miroir à la fin pour qu'il lui indique exactement comment remettre son nez, et le somma de ne pas bouger d'ici avant d'avoir son accord pour sortir. En revanche, elle flanqua Potter à la porte, lui disant qu'il retrouverait son ami d'ici une à deux heures. Elle retourna enfin auprès de Lutha et examina sa main d'un œil expert. La petite Grecque sentait Black se dresser sur son lit pour tenter de voir ce qu'elle était venue faire ici, mais elle ne réagit pas.

- Et bien on dirait que ça a fonctionné, cette fois ! Une chance ! Ce ne sera peut-être pas toujours le cas, alors... évitez de vous battre avec d'autres élèves, acheva-t-elle à voix plus basse. Et maintenant, vous pouvez y aller, mais que je n'entende pas dire que vous vous êtes servie de cette main-ci d'ici ce soir !

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ooo

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Sirius fixa la fine silhouette de Layos d'un air morose tandis qu'elle franchissait la porte. Bien qu'il sût qu'il n'en garderait aucune séquelle, elle lui avait brisé le nez. Volontairement, elle avait préféré recourir à la violence plutôt qu'à la magie, se blessant elle-même. Peut-être savait-elle qu'il la surpasserait en magie ? Non, il ne devait pas raisonner en se plaçant au-dessus de tout. c'est ce qui l'avait amené à sous-estimer la jeune fille. Elle avait une sacrée force physique. Bien plus qu'il ne l'aurait soupçonné. Et c'était son orgueil qu'elle avait explosé en même temps que son nez. Il ne s'était pas attendu à une réaction aussi violente. Tout ce qu'il faisait, même s'il prétendait le contraire, n'était en réalité qu'un jeu. Cependant, James lui avait signalé que ce mauvais coup-là n'était pas un jeu très amical. Il avait cherché à l'énerver, et il avait eu ce qu'il voulait. Enfin... il avait plutôt cherché à l'amener à demander quelque chose humblement, mais le résultat aurait pu être prévisible.
Elle avait parfaitement eu raison dans sa dernière menace, même si cela l'irritait de le réaliser. Elle avait bien plus de connaissance de lui et donc d'emprise sur lui que l'inverse. Il ne risquerait pas de retenter ce genre d'expérience, préférant éviter que la rumeur s'amplifie qu'une gamine l'avait mis KO. S'il voulait une revanche, il faudrait qu'elle soit équitable, et dans la limite du tolérable. de toute manière, Remus l'étriperait sûrement si ce n'était pas le cas. Il allait déjà probablement essayer s'il apprenait ce qu'il avait fait.

Enfin il en revenait à la seule et même conclusion. Il devait en savoir plus sur Lutha Layos et les raisons de son comportement avant de prendre trop de risque. Et pour cela, il allait avoir besoin d'un peu plus de subtilité que des ciseaux et des couleurs. Il allait avoir besoin d'un chaudron.

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- Voilà !

Jonathan sursauta et fixa d'un œil mauvais sa meilleure amie qui venait d'abattre son classeur de runes sur la table.

- Ça va me prendre sûrement un bon moment, mais je devrais m'en sortir.

- Ah. Et Black ?

- Et bien... son nez fait le même bruit que celui des autres quand il explose.

- Charmant.

ooooo

ooo

ooooo

Voilà voilà c'est fini ! =)

Les réponses au reviews du dernier chapitre et celui-là (j'espère qu'il y en aura ^^) à la fin du prochain !

Je file en cours ! (j'ai sacrifié ma pause pour mes fans en délire, rendez-vous compte ! ^^)

Merci à tous(tes) de m'avoir lue :)