« Cinq gallions qu'elle remet son soutient-gorge en place, déclara t-il. »

C'était une belle fin d'après-midi ensoleillée, et James et Lily avaient tous les deux décidé de profiter du temps en se prélassant dans le petit jardinet de Godric's Hollow. Les sortilèges de protection qui entouraient le manoir leur permettaient à tous les deux de voir s'en être vus, et ils en avaient rapidement tiré le seul avantage qu'ils trouvaient à être coincés ici : Parier sur les faits et gestes des passants qui se pensaient seuls.

« Hmm... Je penche plutôt pour un décrottage de nez en bonne et due forme, répondit Lily après avoir relevé ses lunettes de soleil pour observer la jeune femme qui passait dans la rue.
- Pff ! Aucune chance ! Réfuta James en lâchant un rire et en secouant la tête. »

Lily n'ajouta rien. Assise sur le porche, elle garda son livre baissé sur ses genoux et les yeux rivés sur la jolie blonde qui devait avoir à peu près leur âge. Elle était impeccablement maquillée et coiffée. C'était exactement le genre de personne que Lily enviait. Elle aurait juré qu'elle était du genre à ne pas verser une goutte de sueur après trois heures de sport en plein soleil, et puis soudain, elle enfouit son index à l'intérieur de sa narine gauche et l'ancienne préfète lâcha un tonitruant « Yes ! » en tendant la main vers James, incrédule.

« Cinq gallions pour Evans, la foule est en délire et se demande où est passé le sens de l'observation de James Potter ! S'exclama t-elle avec humour.
- Prépare toi à me les rendre, je les re-gagne au prochain round, répliqua t-il en laissant tomber les pièces d'or dans sa main. »

Elle s'apprêtait à répondre lorsque Sirius apparut derrière elle. Il avait dû frapper mais aucun des deux anciens gryffondors ne l'avaient entendu, trop occupés à se lancer dans des paris dès qu'un badaud passait devant eux.

« J'ai trouvé ce qu'il nous manquait, Cornedrue ! Lança t-il à son meilleur ami après les avoir brièvement salué tous les deux.
- Sérieux ? Tu l'as ?
- Là dedans ! Confirma Sirius en secouant un sachet transparent devant lui dans lequel Lily n'aperçut absolument rien du tout.
- Merlin, merci ! S'exclama James en lâchant un soupir avant de se tourner vers la jeune femme. Il te reste du polynectar, n'est-ce pas ?
- Oui, mais...
- Est-ce que tu voudrais bien m'en préparer un avec ce cheveu ? ajouta t-il en pointant du doigt le sachet.
- Tout dépend si je risque de tremper dans quelque chose d'illégal ou pas... Répondit-elle en leur jetant un regard suspicieux.
- Non. J'ai juste besoin de sortir. Sirius et moi, on va aller aux Trois Balais. Je prends simplement mes précautions en changeant d'apparence, mais je doute que des mangemorts se promènent là bas de toutes façons.
- Et on peut savoir à qui appartient ce cheveu ?
- Je me suis promené dans Londres et j'ai sélectionné le plus beau moldu que je croisais, expliqua Sirius d'un air fier.
- Merlin, soupira Lily en levant les yeux au ciel.
- Merci vieux.
- De rien, je ferai toujours de mon mieux pour toi.
- Est-ce que vous allez vous embrasser ?
- Est-ce que ça t'exciterais, Evans ? L'interrogea Sirius.
- Ça me divertirais certainement.
- Mais ce n'était pas ma question...
- Non, Black, ça ne m'exciterait pas, lâcha t-elle finalement en le fixant d'un air dépité.
- Hmm... Je pense qu'elle ment...
- Personnellement, j'en suis sûr, ajouta James en se rapprochant de son meilleur ami.
- Tu es beau aujourd'hui, lui chuchota Sirius en posant une main sur sa joue.
- Tu es beau tous les jours, lui répondit James de la même façon.
- Je n'en peux plus, de vous, souffla Lily en esquissant toutefois un sourire amusé qu'elle assuma à peine.
- Cette dame est très méchante.
- Elle ne sait pas ce qu'est l'amour, déclara James sur un ton grandiloquent avant de serrer étroitement son meilleur ami dans ses bras. »

Ils restèrent dans cette position pendant un moment, et Lily lâcha un rire quand elle vit la main de Sirius descendre sur les fesses de James et que celui-ci s'écarta finalement.

« Peut-être qu'on devrait se mettre à cette potion avant de finir par faire l'amour devant Lily, reprit-il avec humour.
- Mes rêves se brisent à tes pieds, ironisa Sirius en faisant signe à la jeune femme de rentrer avec eux.
- Vous n'êtes pas croyables, soupira t-elle. »

Quelques minutes plus tard, elle se retrouvait devant un chaudron à touiller une mixture qui était devenue bleu claire. Elle était contente de ne pas avoir à l'avaler elle-même car elle était assez épaisse et le simple fait de la remuer la dégoûtait un peu.

« Ca ne te dérange pas que je sorte ce soir ? l'interrogea James.
- Non, pourquoi est-ce que ça me dérangerait ? »

Il haussa les épaules et lui adressa un léger sourire avant de retourner vers Sirius qui était en train d'essayer de faire fonctionner la télévision.

« Pourquoi est-ce que tu lui demandes la permission ? l'entendit-elle dire à James. »

Elle n'écouta pas la réponse, trop concentrée sur le mélange du polynectar qui fut fin prêt une dizaine de minutes plus tard. Elle le versa dans une fiole qu'elle tendit à son camarade qui se hâta de la vider.

Il se transforma rapidement en un homme d'une vingtaine d'années, sensiblement plus petit que lui, et ses cheveux prirent une teinte un peu plus claire et devinrent étrangement lisses. Sa peau se fonça légèrement, son nez s'allongea, et ses yeux devinrent presque aussi verts que ceux de Lily.

Sirius n'avait pas menti, le jeune homme auquel il avait subtilisé une mèche de cheveux était plutôt plaisant à regarder, mais elle regretta instantanément celui qui se tenait à côté d'elle quelques secondes plus tôt.

« C'est bon ? Tu crois que j'en ai pour combien de temps ?
- Une douzaine d'heures Cendrillon, pas plus, répondit-elle avec un sourire après avoir acquiescé.
- Cendrillon ? répéta Sirius en la fixant d'un air perplexe.
- Laisse tomber, c'est moldu. »

Sirius lui donna une grosse tape sur l'épaule en guise de remerciement et elle dut se masser longuement avant de ne plus ressentir aucune douleur. Ils étaient déjà partis quand elle commença à dîner, et à nouveau, elle ressentit cette solitude qui la terrifiait. Snap ronronnait à ses pieds et elle l'appela pour le faire grimper sur ses genoux. Le gros chat roux lui subtilisa un morceau de viande dans son assiette, il ne perdait pas le nord.

Lily profita d'être seule ce soir là pour écrire à sa sœur. Elle voulait la remercier d'avoir accepté qu'elle amène James au mariage, et lui demander si elle avait besoin d'aide pour les préparatifs même si elle s'attendait clairement à une réponse négative.

Le reste du temps, elle décida de se reprendre en main. Elle ne pouvait pas continuer à avoir peur dès qu'elle se trouvait seule, et elle savait que la raison pour laquelle elle angoissait autant était parce qu'elle ne se faisait pas suffisamment confiance. Elle était pleinement capable de repousser un mangemort. En fait, elle aurait été pleinement capable d'en repousser trois à elle toute seule s'il avait fallu, mais elle l'ignorait.

Elle métamorphosa une lampe du salon en oiseau et essaya tout un tas de sort dessus, s'arrêtant une fois de temps pour se pencher sur un gros grimoire qui contenait beaucoup de formules qu'elle ne connaissait pas. Elle l'avait eu par Peter à son anniversaire, quelques mois plus tôt, et elle devait admettre qu'il avait fait preuve d'un vrai bon sens en le lui offrant.

L'horloge affichait deux heures du matin lorsqu'elle estima qu'elle avait assez travaillé. Elle s'enferma dans la salle de bain et resta un moment sous la douche. Elle avait beaucoup repensé à ce que James lui avait dit, l'autre jour. Enfin, ce n'était pas spécialement qu'elle y avait réfléchi, c'était juste que les mots lui étaient restés en tête.

De l'affection... Il l'aimait bien. C'était ce que cela voulait dire. Il l'aimait bien, et elle n'arrivait pas à savoir quoi faire de cela. Ils n'avaient jamais eu ce genre de relation. Il l'avait bien invitée à sortir une fois, en cinquième année, mais elle l'avait vivement envoyé paître et ils avaient pris soin de s'éviter, persuadés qu'ils ne s'entendaient pas et que cela était définitif, et ils se rendaient compte au fur et à mesure que le temps passait qu'ils s'étaient trompés.

Elle était certaine qu'il le voyait, lui aussi. Si rien n'était jamais simple entre eux, ils avaient appris à vivre chacun au rythme de l'autre et ils avaient compris comment ils fonctionnaient. Les querelles, il y en aurait toujours. Ils le savaient, et Lily réalisait qu'elle n'était peut-être plus autant agacée par ces stupides prises de bec qu'avant.

Il y en avait parce qu'il était honnête, et elle aimait cela. Elle aimait qu'il lui dise exactement ce qu'il pensait sans passer par des détours subtiles comme d'autres l'auraient fait. Il avait un sens de la franchise assez brutal. Il était direct. C'était ce qu'elle n'avait pas remarqué avant et qu'elle comprenait maintenant. C'était la raison pour laquelle elle n'avait jamais pu le voir en peinture, et la raison pour laquelle elle l'admirait un peu maintenant.

Elle n'aurait jamais été capable d'être aussi sincère que lui. Il faisait cela avec une facilité déconcertante, sans se soucier de savoir s'il pouvait blesser quelqu'un ou non et c'est souvent ce qu'il se passait. C'était ce qu'il lui avait fait, mais il avait été le seul à lui dire quand il n'appréciait pas quelque chose chez elle, et il avait été le seul à pouvoir faire en sorte qu'elle se rende compte qu'elle n'était peut-être pas toujours aussi irréprochable qu'elle le croyait.

Elle venait tout juste d'enfiler son tee-shirt rouge lorsqu'elle entendit la porte d'entrée claquer. Elle s'apprêtait à aller lui souhaiter une bonne nuit lorsqu'elle entendit des rires mêlés, et une voix féminine qu'elle connaissait pour l'avoir déjà entendue à Poudlard ainsi qu'aux réunions de l'Ordre.

Elle se stoppa net dans le couloir, devant la porte de sa chambre lorsqu'elle vit James, toujours sous l'apparence du moldu auquel Sirius avait pris une mèche de cheveux, balancer littéralement Dorcas Meadowes sur la commode du salon pendant qu'elle éclatait de rire et s'empressait de lui retirer ses vêtements avant de l'embrasser à pleine bouche.

Elle demeura immobile pendant une seconde avant de se hâter à l'intérieur de sa chambre avec une discrétion à toute épreuve et de se laisser glisser accroupie le long de la porte close, les yeux rivés sur le mur opposé, le cœur battant à une allure folle dans sa poitrine. Elle avait vu quelque chose qu'elle n'aurait certainement pas dû voir, mais plus que tout, le choc l'avait laissée sans voix.

Elle s'était soudainement sentie mal. Très mal. Elle était presque sûre qu'il y avait eu un impact quelque part entre son cœur et son cerveau, une collision brutale qui avait instantanément réveillé la chose. Celle qu'elle avait enterrée. Et là, alors qu'elle sentait tous ses muscles se contracter sans qu'elle ne puisse y faire quoi que ce soit, elle réalisa qu'il y avait de l'affection. Il y avait trop d'affection.

Elle le détesta quand elle entendit Dorcas glousser encore. Elle le détesta comme elle ne l'avait jamais détesté avant. Elle plaqua ses mains sur ses oreilles, pointa sa baguette sur la porte de sa chambre, et insonorisa la pièce avant de se jeter sur son matelas sur lequel elle donna plusieurs coups de poing rageurs.

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Elle se leva tôt, ce matin là, et s'empressa d'aller s'asseoir sur les marches du perron. A cette heure là, il y avait peu de passage, mais il y avait beaucoup d'oiseaux qui volaient d'arbres en arbres en chantant, lui apportant une certaine sérénité qu'elle n'était pas persuadée de garder très longtemps.

« Tu ne me battras pas cette fois. »

Elle ne se retourna même pas. Elle n'en eut pas besoin pour savoir que c'était James qui était derrière elle. Elle n'arrivait pas à croire qu'il ait réussi à émerger aussi tôt, mais elle ne lui fit aucune remarque. Elle ne voulait pas lui parler. Elle ne pouvait pas le voir, pas à cette minute précise en tout cas. Il y avait une boule dans sa gorge et un trou béant dans sa poitrine.

« Très efficace, ton polynectar. Je viens juste de retrouver mon apparence, continua t-il. »

Il descendit les marches sur lesquelles elle était assise et se posa directement dans l'herbe, les yeux braqués sur le ciel au dessus de lui. C'était le matin qu'elle le préférait. Elle se détestait de se l'avouer maintenant, mais c'était le cas. Il était toujours plus calme et toujours plus posé, et cet air fatigué sur son beau visage finissait le travail. Elle continua à l'observer un peu inconsciemment pendant un petit quart d'heure avant qu'il ne reprenne la parole.

« Tu t'es levée tôt, pointa t-il en se tournant vers elle. Tu n'as pas réussi à dormir ? »

Elle détourna le regard vers le roman qu'elle tenait entre ses mains et prit une profonde inspiration. Elle ne voulait pas lui répondre, mais ce n'était pas comme si elle avait la possibilité de l'éviter. Ils vivaient sous le même toit.

« Pas vraiment. J'ai été réveillée par des bruits atroces. Je pensais que c'était dans la maison, mais j'ai dû halluciner. Ça devait être un raton laveur qui fouinait dans les poubelles, dit-elle sur un ton qui se voulait neutre. »

Il resta muet et elle en fut à la fois satisfaite et agacée. Elle avait une envie démesurée de lui lancer son bouquin à la figure, ou de lui arracher les cheveux, ou de lui jeter tous les sorts qu'elle avait découvert la veille, mais elle ne parvenait pas à se décider.

« Et toi, belle soirée ? l'interrogea t-elle en prenant un air naïf. »

Il haussa les épaules pour toute réponse, lui faisant froncer les sourcils. Il semblait totalement détaché, et il n'avait visiblement aucune envie de parler de la veille, alors elle décida d'aborder clairement le sujet, juste pour le mettre hors de sa zone de confort, juste pour voir comment il réagirait.

« Meadowes ne prendra pas le petit déjeuner avec nous ? »

Elle ôta les yeux de son livre juste pour voir James braquer les siens sur elle. Il eut l'air surpris l'espace d'une seconde, et puis il passa une main dans ses cheveux et arqua un sourcil.

« Tu nous a vu ?
- Je n'ai pas regardé, si c'est ce que tu veux dire, répliqua t-elle immédiatement. »

Il détourna les yeux vers la rue et il ne prononça pas un mot pendant une dizaine de minutes. Elle non plus. Elle était trop occupée à lui en vouloir silencieusement. Il n'y avait jamais eu une telle tension, il n'y avait jamais eu autant de non-dits...

« Elle n'a pas dormi ici, dit-il finalement.
- Ah. Elle était assez désespérée pour coucher avec toi quand tu avais l'apparence de quelqu'un d'autre, mais pas suffisamment pour rester dormir, lâcha Lily. »

James eut l'air complètement décontenancé par ses propos, et à vrai dire, Lily le fut aussi. Elle ne s'était pas attendue à balancer une remarque aussi acerbe à propos de Dorcas Meadowes. Cela ne lui ressemblait pas vraiment. D'autant plus qu'elle n'avait rien contre la jeune femme. Elles se connaissaient depuis Poudlard et s'étaient toujours appréciées, bien qu'elles n'aient jamais été très proches l'une de l'autre.

« Désolé, souffla t-elle. Ce n'était pas ce que je voulais dire. »

Elle referma son livre et se hâta de rentrer dans le manoir, poussant aussitôt un long soupir tout en se frottant le visage d'un air las. Elle n'était pas habituellement méchante. Ces choses là ne venaient pas naturellement chez elle. Elle n'aimait pas cela. Elle n'aimait pas dénigrer qui que ce soit, et elle s'était efforcée de ne pas le faire toute sa vie, et voilà que sous un mauvais prétexte, elle s'en prenait à Dorcas Meadowes qui n'était même pas là pour se défendre. Elle eut du mal à se reconnaître, sur le coup.

Ils ne s'adressèrent plus la parole de la journée. Même pendant le déjeuner ou le dîner qui parurent bien silencieux. Chacun finit par se retrancher dans son coin. Il ne semblait pas à Lily que James soit en colère contre elle, mais il n'avait pas l'air de vouloir lui parler non plus. Peut-être qu'elle avait franchi une limite en évoquant sa vie privée.

Elle savait qu'elle n'avait aucun droit de lui en vouloir pour ce qu'il avait fait avec Dorcas, et elle était d'ailleurs furieuse contre elle-même de réagir de cette manière, il y avait juste... Il y avait juste des choses qui lui avaient sauté au visage comme si elle avait passé ces deux dernières années à traverser la vie avec des œillères.

Le lendemain matin, elle fut surprise de trouver Fleamont Potter devant leur porte d'entrée. Elle l'accueillit aussi chaleureusement qu'elle le put et il l'étreignit brièvement avant de lui jeter un regard curieux.

« Tu ne te rappelles pas, n'est-ce pas ? l'interrogea t-il, amusé.
- Heu... Lily l'observa avec de grands yeux ronds, le faisant éclater de rire.
- Les potions. Pour l'Ordre. Le stock est presque vide. Nous étions censés en refaire, lui rappela t-il.
- Oh, oui, les potions ! s'exclama t-elle avant de se hâter vers la cuisine en lui faisant signe de la suivre.
- Où est mon fils ?
- Probablement encore en haut, répondit Lily en haussant les épaules. »

Elle avait volontairement pris un air détaché bien qu'elle ne le soit pas du tout, puis elle avait entrepris de sortir plusieurs chaudrons, ustensiles en tous genres, manuels, et ingrédients de leurs placards. Ils avaient commencé à préparer un sérum de vérité lorsque Lily leva les yeux sur Fleamont pour constater qu'il n'arrivait pas à se débarrasser de plusieurs plumes de jobarbille, collées à ses doigts à cause de l'essence de belladone qu'il avait manipulé un peu plus tôt, et elle se mit à rire.

« Tu te moques de moi ?
- Non, pas du tout, je... »

Elle essaya vainement de se justifier, mais plus il secouait ses mains devant lui, et plus son rire redoublait. Il avait l'air d'un échassier qui battait des ailes, et c'était stupide, vraiment stupide, mais ses nerfs devaient être en train de lâcher et elle riait à gorge déployée, et Fleamont se mit à rire à son tour, et dans son hilarité, il renversa la potion à ses pieds, et ils finirent tous les deux par en pleurer.

« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? »

James venait d'apparaître au pied des marches et il les regardait tous les deux d'un air perplexe alors qu'ils se tenaient les côtes, essayant avec peine de reprendre leur sérieux.

« Rien, rien du tout, lui répondit Lily pendant que Fleamont s'avançait pour étreindre son fils.
- Qu'est-ce que tu fais avec ces plumes ? Tu te transformes en hippogriffe ? Lui demanda James en s'écartant légèrement. »

Lily s'esclaffa puis ravala son rire rapidement et pointa sa baguette sur le liquide qui s'étalait sur le sol de la cuisine, le faisant couler en sens inverse jusque dans le chaudron duquel il s'était échappé une minute plus tôt.

« Ta mère a toujours dit que j'étais maladroit, mais nous en sommes à un tout autre niveau là, expliqua t-il en agitant ses doigts l'air démuni.
- Vous devriez aller vous lavez les mains dans la salle de bain, il y a du savon, je vais m'occuper du reste, lui dit Lily en posant sa main sur son épaule et en lui lançant un sourire complice auquel il répondit en hochant la tête. »

Au moment où il disparut dans le couloir, la jeune femme remarqua le regard fixe de James sur elle. Il avait rentré ses mains dans ses poches et l'observait comme si elle avait fait quelque chose de mal.

« Quoi ? le questionna t-elle sur un ton un peu sec.
- Ça te dérangerait d'arrêter de draguer mon père ? »

Elle lâcha immédiatement la louche qu'elle utilisait pour vérifier la consistance de la potion et ses yeux devinrent aussi ronds et énormes qu'un cognard.

« Quoi ?! Répéta t-elle à nouveau, beaucoup plus fort cette fois-ci, complètement choquée.
- Les rires, la main sur l'épaule... Énuméra t-il en arquant un sourcil. Il est marié. Avec ma mère, ajouta t-il comme s'il ressentait le besoin de le lui rappeler.
- Est-ce que tu es devenu complètement fou ?! S'écria t-elle. »

Elle se saisit de l'énorme manuel qu'elle avait sorti un peu plus tôt et s'avança vers lui pour lui en flanquer un énorme coup sur l'épaule, l'obligeant à se reculer tout en poussant une exclamation de douleur.

« Je ne ferai jamais ça ! Lui hurla t-elle, outrée par ses allégations.
- Je sais ce que j'ai vu ! Protesta t-il.
- Tu as vu une fille qui n'a plus de parent partager un moment avec quelqu'un qui lui rappelle son propre père ! Espèce d'énorme abruti ! »

Il avait préparé une réponse, elle l'avait vu quand il avait ouvert la bouche à mi chemin de sa tirade, mais il l'avait soudainement refermée et était resté planté devant elle sans rien dire. Il ne la regardait plus avec méfiance, mais plutôt avec curiosité et incompréhension.

« Je n'arrive pas croire que tu puisses penser une telle chose de moi, marmonna t-elle. Croire que je pourrais interférer entre tes parents... Tes parents que j'adore... Séduire ton père... Ton père... ! Merlin. Tu es un triple idiot. Tu es vraiment un triple idiot, poursuivit-elle la mâchoire serrée.
- Je...
- Je n'ai pas envie de t'entendre, le stoppa t-elle en levant sa main entre eux. »

Elle aurait pu avoir envie de rire tant il était absurde si la situation entre eux n'était pas si tendue depuis qu'il avait ramené Dorcas Meadowes, mais là, elle était juste en colère contre lui et contre elle-même et elle ne voulait plus avoir à le regarder ou à lui parler pour le moment. Elle avait juste besoin de prendre ses distances, et elle songea que c'était exactement ce qu'elle allait faire dans les prochaines semaines.