Est-ce que ça fait une éternité ? Oui, totalement ! Bon, j'avoue, je suis en flippe total actuellement, demain j'ai ma première épreuve du bac, bien sûr il fallait que ce soit un oral sinon c'est pas drôle, et du coup, comme toujours quand je suis en flippe, et bien j'écris. Du coup, comme j'ai beaucoup beaucoup écrit, et que j'ai bien avancé dans le chapitre 7 (qui sera le plus long chapitre de cette fic, il ne s'arrête jamais, ce foutu chapitre ! Bah ouais, fallait bien reprendre l'intrigue Hydra, un jour...) je me suis dit que j'allais vous prouver que j'étais toujours en vie en publiant ce chapitre !

Je remercie toutes les adorables personnes qui ont laissé une review ! Vous êtes géniales, et promis, cette fois je mettrais moins de trois mois à publier le chapitre suivant ! (pourquoi je promets des trucs dont je suis pas sûre du tout, moi ?). Cette fanfiction, je vais la finir (en grande partie parce que l'épilogue est déjà fini, et que j'en suis beaucoup trop fière pour ne pas le publier un jour !)

Sur ce, je vous laisse à votre lecture !


Chapitre 6 : Après la mort, les souvenirs restent


.

"La mort est une valeur invariable alors que la douleur est une variable susceptible de croître indéfiniment" Georg Christophe Lichtenberg

.

Steve était censé finir un rapport dans son bureau, mais étonnamment ne faisait pas son travail, préférant griffonner sur une feuille de brouillon. Il n'avait pas dessiné depuis des années, et cette envie ressurgissait parfois dans les moments les plus inattendus.

Il leva la tête de sa feuille en entendant la porte de son bureau s'ouvrir, et haussa un sourcil étonné en voyant Wanda Maximoff dans une superbe robe d'un rouge sombre.

_ Hé bien, Wanda, tu es magnifique.

_ Merci, Steve, murmura-t-elle en rougissant un peu.

_ Fête de l'hiver, je présume ?

Elle acquiesça et, manifestement nerveuse, vint s'asseoir sur un siège, face à lui :

_ Alors, tu as un cavalier ? demanda-t-il avec gentillesse.

_ Euh, oui, Bruce est en train de se préparer.

Steve ne put retenir un air surpris, mais se reprit immédiatement. Bruce ? Elle avait voulu dire "Scott", non ? Après tout, c'était bien avec Lang que Wanda avait une relation ?

_ Bruce, hein ? dit-il, tentant d'avoir l'air détaché.

_ Vous avez l'air surpris.

_ Mmh… Un peu, admit Steve. Je veux dire… Je croyais que tu irais avec Lang, pour être honnête. Mais ce ne sont pas mes affaires, alors…

_ On s'est disputés. Il… Je ne sais pas depuis combien de temps vous êtes au courant, et qui d'autre l'est, mais…

_ Stark. Sans doute les deux, d'ailleurs. Pietro, et ton père. Il l'a appris juste après l'enterrement, alors… Il n'a pas vraiment eu le temps de… De t'en parler, j'imagine.

_ Amusant, répliqua Wanda d'un air amer. Scott et moi on s'est séparé. Il refusait qu'on parle à papa de notre relation. Enfin peu importe, reprit-elle d'un air plus calme. Bruce et moi on s'était promis qu'on irait ensemble. Je veux dire… Il avait douze ans, quand il a passé son bac, alors pour ce qui était des fêtes… Pas génial.

_ C'est très bien que vous y alliez tous les deux, tenta de la rassurer Steve. Et Pietro a une cavalière ?

_ Il ne vaut mieux pas en parler, grimaça Wanda. Papa, Brock, Howard et… Et tout le monde en fait, se moque de lui parce qu'il n'a pas osé inviter Darcy. C'est l'une de mes meilleures amies, et il est amoureux d'elle depuis plus de six mois.

_ Aïe, compatit Steve parce qu'il savait mieux que quiconque à quel point toute l'équipe pouvait être adorable dans ce genre de situation.

_ Enfin, je n'étais pas là pour ça. Vous savez, pour ce qui est arrivé à papa. Il y a deux semaines.

Pierce. Cet enfoiré que Steve aurait aimé tuer encore et encore. La mort rapide qu'il lui avait accordée était un châtiment bien trop faible à ses yeux.

_ Oui ? se contenta-t-il de dire sans manifester sa colère.

_ Hum… Si ça n'avait dépendu que de Pietro, Bruce et moi, on serait tous les trois resté ici ce soir, mais papa a insisté pour qu'on y aille et… On sait tous qu'il ne va vraiment pas bien. Alors depuis qu'il est rentré, avec Bruce et Pietro, on essaie qu'il ne soit jamais seul. Et comme aucun de nous ne sera là ce soir, je voulais vous demander de veiller sur lui pendant qu'on sera absent. Hum… Comment dire… Il a l'air de vous faire confiance, vous voyez ? Alors si vous pouviez juste garder un oeil sur lui… M'appeler s'il ne va pas bien…

Steve sourit, touché.

_ Bien sûr, Wanda. Ne t'inquiète pas. Je fais attention à ton père. Promis.

_ Merci. Merci beaucoup… Merci d'être là pour lui. Vous savez, je crois que vous lui faites du bien.

Steve retint un soupir. Si seulement. Mais quand Barnes venait dans son bureau, c'était avant tout pour être un peu seul, loin de ses meilleurs amis, et il ne décrochait jamais un mot. Il se contentait de prendre l'ordinateur de Steve - sans lui demander son avis, bien évidemment - et de mettre de la musique assez fort pour les isoler totalement des bruits extérieurs. Ensuite, il fermait les yeux, et restait immobile, parfois pendant des heures.

Bucky Barnes inquiétait Steve. Parce qu'encore deux semaines plus tard, il avait l'impression de voir Pierce dans ses yeux.

_ Tu avais autre chose à me demander ? interrogea Steve, sortant de ses pensées sombres.

Barnes se remettrait, il lui fallait juste un peu de temps.

_ Non, répondit la jeune fille avec un peu plus de légèreté. Merci de m'avoir accordé un peu de temps.

Il secoua la tête.

_ Ne t'inquiètes pas, ça m'a fait plaisir. Je te raccompagne ? Ce serait un honneur d'être au bras d'une si jolie jeune fille.

Elle rougit et accepta, glissant son bras contre le sien. Tous deux sortirent du bureau, et Steve sourit en voyant Barnes. L'agent avait le regard rivé sur la porte de Steve, et ses yeux s'illuminèrent en voyant sa fille. On aurait dit qu'il découvrait la huitième merveille du monde.

Banner attendait à côté de lui, en costume. Il avait réellement l'air adulte, pour une fois, loin de l'enfant idéaliste et rêveur qu'il était.

_ Tu es magnifique, Wanda, lâcha-t-il immédiatement quand elle arriva à son niveau.

Steve jeta un regard à Lang. Ce dernier regardait Wanda d'un air crispé qu'il ne parvint pas à décrypter.

_ Merci, Bruce, t'es superbe aussi, répondit l'adolescente en l'embrassant sur la joue.

Les deux amis se prirent par la main dans un geste qui évoqua plus à Steve des enfants de maternelle que deux amoureux.

_ Je confirme, tu es superbe, Bruce, intervint Tony Stark d'une voix traînante, et immédiatement, Banner piqua un fard, baissant les yeux vers ses chaussures, faisant sourire tout le monde.

_ Bon, allez, reprit Barnes, le sortant de sa gêne. Et je ne veux pas vous revoir avant minuit, tous les deux !

Il ébouriffa les cheveux soigneusement coiffés de sa fille, qui s'échappa en glapissant un :

_ Mais papa !

L'agent sourit doucement, et l'adolescente l'étreignit.

_ Fais attention à toi, murmura-t-elle à son oreille, et le soudain silence de la pièce suffit à ce que tout le monde l'entende.

_ Et voilà notre tombeur ! s'exclama Stark, railleur et désireux de changer de sujet.

Tous les yeux se tournèrent vers Pietro, qui fusilla tous les adultes du regard :

_ Je vous emmerde tous.

_ Pietro, langage, rappela Barnes d'une voix traînante qui montrait bien qu'au fond il s'en foutait.

_ Je vous prie de tous aller vous faire voir étant donné que passé la quarantaine vous êtes encore tous célibataires, répliqua Pietro.

_ Passé la quarantaine ? s'insurgea Rumlow. Aucun de nous n'a passé la quarantaine, espèce de sale morveux prépubère ! À part peut-être papa Bucky et maman Steve, ajouta-t-il après un instant, faisant rire tout le monde.

_ Là c'est moi qui vous emmerde, bande d'enculés, grommela Barnes en lui faisant un doigt d'honneur.

Sa réaction fit monter les rires, et Steve sourit pour lui-même. Barnes et lui avaient mis du temps pour apprendre à s'entendre, mais de plus en plus, il avait l'impression que maintenant tout se passerait bien. Barnes n'était plus méfiant avec lui, au contraire, et il savait qu'avec lui, il avait un véritable ami.

Les adolescents quittèrent le BAU, et les adultes commencèrent à ranger leurs affaires - sauf Rumlow qui profitait de ses béquilles pour obliger les autres à bosser à sa place - projetant déjà de traîner dans un bar pendant la soirée. Steve retourna à son bureau, déterminé à ne pas le quitter avant d'avoir terminé son rapport - ce qui, s'il continuait à dessiner, n'était pas près d'arriver.

Il se figea en croisant le regard clair de Barnes qui le dévisageait sur son dessin. Bon dieu, il avait dessiné Barnes. Son visage sérieux, ses yeux tristes, ses cheveux perpétuellement décoiffés.

Agacé par lui-même, il froissa le papier et le jeta dans la corbeille. Ce n'était même pas ressemblant. Sur son dessin, il manquait à l'agent sa flamme, cette force intérieure qui l'illuminait et attirait tout le monde vers lui. Cette flamme, disparue depuis deux semaines.

Il fut sorti de ses pensées par le chuintement léger de la porte quand Barnes entra sans toquer.

Des cernes ornaient son visage livide, ses lèvres pâles étaient pincées et son regard, fatigué.

_ Salut, murmura Steve en lui présentant une chaise face à son bureau comme il le faisait toujours.

Il était rare que l'agent prenne cette place, préférant s'asseoir par terre, le dos contre le mur, les bras entourant ses genoux et les yeux fermés. Et Steve avait beau ne pas avoir suivi d'études de psychologie, il savait reconnaître un stress et une peur intense, même dissimulés.

_ Salut, répondit Barnes, le visage fermé, s'asseyant sur la chaise face à lui.

_ Tu veux parler ?

_ Non.

Ce signe de non-recevoir aurait du mettre fin à la conversation. Pourtant, ce fut Barnes qui continua. Sa main droite tapotait nerveusement contre sa cuisse.

_ Tu les as tous vu, pas vrai ? Tu sais qu'ils s'inquiètent tous pour moi. C'est pour ça que Wanda est venue te voir.

_ Tu es perspicace, admit Steve en regardant l'homme dans les yeux, cherchant cette lueur qui l'avait attiré la première fois qu'il avait rencontré l'agent. Et eux aussi. Ils sentent que quelque chose ne va pas. Parce que quelque chose ne va pas, n'est-ce pas ?

_ J'ai pas eu de relations sexuelles, énonça Barnes, tentant vainement d'avoir l'air détaché, mais il était évident que ça le touchait profondément.

_ Comment ça ? interrogea Steve, sentant que pour une fois, Barnes ne parlait pas fesses juste pour le mettre mal à l'aise.

_ Depuis oncle Xander.

Barnes ferma les yeux en grimaçant, semblant sur le point de vomir quand il se reprit en plantant son regard gris désespéré dans celui de Steve :

_ Je veux dire… Pierce. Depuis… ce qui est arrivé. J'ai pas eu la moindre relation sexuelle.

Et cet aveu semblait l'angoisser, comme s'il avait peur du jugement de Steve, de ce que cela viendrait signifier.

_ Barnes, c'est… C'était il y a deux semaines. Il n'y a rien d'anormal, tenta de le rassurer le blond.

_ Tu ne comprends pas. Hier soir, on est sortis avec Brock et Stark. Un bar. On devait finir chacun dans notre lit, avec une jolie fille - ou ça aurait très bien pu être un beau mec dans mon cas.

_ Et ? demanda doucement Steve, comprenant bien que ce n'était pas ce qui s'était passé.

_ J'avais un ticket avec une fille. Elle était jolie, célibataire et voulait juste un coup d'un soir. Elle a posé sa main sur ma cuisse, au bar, je crois qu'elle voulait m'allumer. Peut-être un coup rapide dans les toilettes.

_ Et ? insista Steve en espérant que Barnes n'entrerait pas trop dans les détails.

_ Et j'ai rien ressenti.

La réponse tomba comme un couperet, prenant Steve de court. Il hésita quelques instants, mais Barnes reprenait déjà :

_ Non, c'est faux. J'ai ressenti quelque chose. Du dégoût. Une intense envie de vomir. Et… Et j'entendais sa voix dans ma tête, ajouta-t-il d'un air hanté.

Steve n'avait pas besoin de demander des détails pour savoir de qui il parlait.

_ J'ai failli faire un malaise, murmura Barnes d'une voix rauque. Alors, avec Brock et H… On est partis.

Steve nota le surnom donné à Stark, les mains tremblantes de Barnes et l'émotion bien trop présente dans sa voix.

_ On est allé dans un motel avec une prostituée.

Steve ferma un instant les yeux, prévoyant le massacre.

_ J'ai rien pu faire, lâcha Barnes. Je lui ai vomi dessus, et cette nuit… Une nuit d'horreur. J'ai même pas pu l'embrasser, Rogers. J'ai pas réussi à embrasser une putain de professionnelle. J'ai pas dormi de la nuit. Ah, et j'ai un peu bu, signala-t-il. Un peu beaucoup.

_ Barnes, soupira Steve, presque autant pour lui-même qu'à l'intention de l'intéressé.

_ Il n'a pas le droit de me prendre ça ! jura soudain Barnes, les yeux brillants de colère - et de larmes. Il n'avait pas le droit de me prendre mes parents, mes rêves, mon sommeil et maintenant ça ! Faire l'amour, c'est à peu près la seule chose qui me permet d'oublier les horreurs que je vois pendant les enquêtes ! J'en ai besoin !

Steve quitta l'abri que lui procurait son bureau pour s'asseoir sur le second siège, du côté de Barnes, à quelques centimètres de lui.

_ Barnes, écoute-moi, ordonna-t-il d'une voix aussi apaisante que possible. Chut, calme-toi et écoute-moi…

Pour le forcer à se calmer et à le regarder, Steve posa doucement sa main sur la joue de Barnes et l'obligea à tourner la tête vers lui.

_ Je sais bien que tu ne veux pas entendre ça, Barnes… Bucky. Mais tu as subi un traumatisme, et il va te falloir du temps pour t'en remettre.

_ Un traumatisme, répéta Barnes avec un petit rire ironique - et blessé.

_ Et tu sais bien que tout le monde est là pour t'épauler, Bucky, poursuivit Steve en appuyant sur le prénom pour donner une impression de proximité. Tu peux nous demander ce que tu voudras, on sera là pour toi. Tu peux me demander ce que tu voudras.

Il sentit qu'il avait fait une erreur au moment où il dit ça. Comme si Barnes n'avait attendu que ça, son visage aux sourcils froncés se détendant imperceptiblement.

_ Je crois que tu peux faire quelque chose, Rogers, murmura Barnes.

Steve hésita quelques instants, puis décida de prendre le fait que Barnes ose lui demander de l'aide comme un signe encourageant et demanda doucement :

_ Quoi ? Que puis-je faire pour toi, Bucky ?

_ Tu… T'es… Tu m'as vu dans des situations compliquées, commença lentement Barnes. Et je… Tu n'as jamais eu l'air de… de m'en vouloir pour les décisions que j'avais prises.

_ Les seules fois où je t'en ai voulu, Bucky, c'était toutes les fois où tu t'es mis en danger. Un bon paquet de fois, à bien y réfléchir, répondit Steve.

_ Oui, c'est vrai, admit Barnes d'un air un peu gêné. Mais euh… ce que je veux dire c'est que… tu es…

Il hésita, s'interrompit, et reprit quelques instants plus tard d'un air décidé :

_ Tu es gay.

_ Euh… Oui, avoua Steve sans difficultés, cherchant à savoir où il voulait en venir.

Ce n'était pas comme s'il ne l'avait pas déjà avoué à Barnes quelques semaines plus tôt.

_ Et euh… c'est très hypothétique mais tu pourrais être attiré par moi.

Où était le Barnes sûr de lui, bon sang ? songea Steve. Il lui manquait atrocement, ce type détestable tout en confiance en lui et en sourire ironique.

_ Euh… oui, hypothétiquement, oui, admit Steve en tentant de se sortir son dessin précédent de la tête.

_ Et on se connaît… plutôt bien.

_ Barnes… je veux dire, Bucky, et si tu en venais au but, l'enjoignit calmement Steve.

C'était un calme tout à fait feint, pour être honnête.

_ Embrasse-moi.

Oh. Euh. Trop de raccourcis, là.

_ Quoi ?!

_ Embrasse-moi, répéta Barnes, la voix tremblante. Je te connais, toi, c'est différent de cette fille dans ce motel. J'ai… on pourrait même dire que j'ai peut-être hypothétiquement confiance en toi ?

La fin de la phrase était posée comme une question, et Steve grimaça :

_ Bucky, écoute, peut-être que tu devrais juste… prendre le temps de te rétablir, non ?

Il n'avait rien contre le fait d'embrasser Bucky. Pour être honnête, l'agent était carrément sexy, et il le savait et en jouait sans scrupules. Mais là… Embrasser Barnes maintenant lui donnerait l'impression d'embrasser une personne incapable de se défendre. Et si ça se passait mal ? Et si après ils ne pouvaient plus travailler ensemble ?

_ Laisse tomber, murmura Barnes en se levant. C'était stupide de toute façon. Je vais… accompagner Brock et H. Ils vont dans un bar.

Et retenter l'expérience, comprit Steve avec horreur. Non, ça ne suffisait pas à Barnes de s'être effondré le soir précédent. Ses pulsions autodestructrices le pousseraient à recommencer encore et encore jusqu'à ce qu'il réussisse ou qu'il n'en puisse plus du tout.

C'était la pire idée du siècle.

_ Attends ! s'exclama Steve en se levant à son tour. Bucky, attends !

_ Attendre quoi ? riposta Barnes l'air épuisé. Attendre de m'effondrer parce que je ne dors plus ? Attendre de…

_ Attends que je t'embrasse.

Les deux hommes restèrent silencieux devant le soudain aveu lâché par Steve. L'agent ne réalisait même pas la bombe qu'il venait de lâcher. Ça mettrait en péril toute la relation de confiance qu'ils avaient tenté d'établir lentement.

_ Rogers écoute… Je veux pas que tu me prennes en pitié, okay ?

Il fut interrompu par un rire moqueur que Steve fut incapable de retenir.

_ Bucky, je serais incapable de te prendre en pitié. Tu n'es pas pitoyable.

_ Si tu le dis, murmura Barnes, manifestement peu convaincu, en se rasseyant.

Steve se rassit face à lui, et posa ses mains sur ses genoux pour ne pas paraître menaçant.

_ Laisse tes mains le long du corps, conseilla-t-il. Sauf si tu veux… me toucher ?

Immédiatement, Barnes secoua la tête, mais obéit au conseil, crispant ses mains sur ses propres genoux. Steve prit une grande inspiration, et se pencha lentement vers Barnes.

C'était stupide.

Et si Barnes lui vomissait dessus comme il l'avait fait avec la prostituée, il l'aurait mérité.

S'il lui mettait une châtaigne aussi, d'ailleurs.

Ses lèvres touchèrent celles de l'agent, qui tressaillit. Steve attendit le coup de poing, la peur dans les yeux, n'importe quoi. Mais Barnes garda les yeux fermés, et se laissa faire.

Il tremblait.

Steve grimaça.

_ Regarde-moi, Barnes…

Il hésita un instant et se reprit :

_ Bucky. Regarde-moi.

Les paupières se levèrent lentement, dévoilant les prunelles grises.

_ Tout va bien, Bucky, souffla Steve.

Toujours avec la même lenteur, il posa une main sur la joue de Barnes, caressant la peau douce et la barbe de trois jours.

_ Tout va bien…

Cette fois-ci, ce fut Barnes, les yeux bien ouverts, qui l'embrassa. Avec hésitation mais également avec volonté. Il s'arrêta un instant plus tard, se rasseyant convenablement. Steve s'écarta un peu, gardant ses mains pour lui.

_ C'est ce que t'appelles un baiser, Rogers ? railla Barnes, l'air vulnérable.

_ Tu me fais confiance ? demanda Steve à mi-voix.

_ J'en sais rien, admit Barnes.

_ On ne peut rien faire… Non, je ne ferais rien si tu n'as pas une entière confiance en moi, Bucky.

_ J'ai suffisamment confiance pour te confier ma vie à chaque fois que je me mets en danger. Est-ce que ça te suffit ?

Steve se contenterait de ça.

_ Je peux te toucher ?

Barnes acquiesça d'un bref signe de tête, et laissa la main de Steve frôler son visage. Ses doigts trouvèrent les longs cheveux bruns et s'y glissèrent avec douceur. Barnes déglutit sans rien dire.

_ Si tu n'aimes pas, tu me le diras ?

Seul un nouveau signe de tête lui répondit.

Steve se pencha de nouveau, trouvant la position pour le moins inconfortable. Une main posée sur le dossier de sa chaise, l'autre dans les cheveux de Barnes, et lui toujours bien assis sur sa chaise, bien trop loin de l'agent.

Il pouvait sentir les muscles trop tendus de Barnes sans même le toucher. Du bout des lèvres il caressa la joue de Barnes, avant de passer sur ses lèvres pleines.

Le souffle de Barnes s'accéléra, mais il entrouvrit la bouche dans un geste significatif. Steve, le coeur battant, obéit à l'ordre implicite et l'embrassa vraiment, glissant sa langue entre les lèvres douces pour caresser sa jumelle.

Barnes répondit immédiatement au baiser, se laissant aller avec une confiance qui aurait laissé Steve stupéfait s'il avait encore un cerveau en état de marche.

Il se figea quand des mains brusques le repoussèrent, et s'apprêtait à s'excuser, s'excuser de toutes ses forces pour garder l'amitié de Barnes, quand il sentit le corps brûlant se glisser contre lui. Barnes était assis sur ses genoux et l'embrassait, l'embrassait, et l'embrassait encore.

Quelque part au fond du cerveau de Steve, une petite voix rationnelle lui signala qu'il ne devait pas du tout faire ça. Un histoire de collègues, de fraternisation et de Barnes traumatisé, mais son corps choisit à sa place. Il resserra son étreinte dans les cheveux de Barnes, et l'attira encore plus près de lui.

Ils étaient en équilibre précaire sur une chaise, et putain, Bucky Barnes était à califourchon sur ses genoux et l'embrassait comme si sa vie en dépendait.

_ Je crois que j'ai confiance, souffla Barnes entre deux baisers brûlants. Et que ça change tout.

Steve chercha désespérément quelque chose à répondre, mais déjà Barnes l'embrassait à nouveau, son entrejambe frottant contre celle de Steve. Ils voulaient la même chose.

Barnes était traumatisé !

Oui, mais ils voulaient la même chose. C'était manifeste.

Baiser dans un bureau était une très mauvaise idée ET BARNES ÉTAIT TRAUMATISÉ !

Il n'avait pas l'air traumatisé quand il se frottait contre lui, gémissant entre deux baisers.

Les deux hommes tressaillirent quand on toqua à la porte. Immédiatement, Barnes s'écarta, et Steve s'essuya frénétiquement les lèvres, comme si ça pouvait changer quoi que ce soit à ce qui venait de se passer.

_ Rogers ! Est-ce que Barnes est là ? lança Lang en entrant sans plus attendre. Ah, vous êtes là tous les deux !

_ Qu'est-ce qui se passe, Lang ? grommela Barnes, et Steve vit à son regard qu'il était plus ébranlé qu'il ne voulait bien le montrer.

_ Le lycée Stan Lee subit une prise d'otage ! s'exclama Lang.

Steve vit Barnes pâlir et sauter de la chaise sur laquelle il était assis :

_ C'est le lycée des jumeaux !


Wanda se trémoussa, un peu mal à l'aise :

_ WANDAAAAA !

Bruce et elle sursautèrent, et l'adolescente ne put s'empêcher d'éclater de rire quand Darcy lui sauta dessus :

_ T'es superbe ! s'exclama la jeune fille.

Wanda leva les yeux au ciel : il était évident que Darcy était bien plus belle qu'elle dans sa robe bleue - légèrement provoquante, songea-t-elle pour elle-même en voyant la jambe droite dévoilée jusqu'au haut de la cuisse par le fendu de la robe.

_ Toi aussi tu es magnifique, Darcy, sourit Wanda.

_ Et toi, tu es Scott ! reprit Darcy à l'intention de Bruce. C'est ça, pas vrai ? Je t'imaginais… plus grand. Un poil plus musclé. L'air un peu moins… scientifique timide, ajouta-t-elle après un instant.

Bruce laissa échapper un léger rire gêné et baissa les yeux :

_ Non, je veux dire… Je ne suis pas…

_ C'est Bruce, Dar', la corrigea Wanda. Mon meilleur ami. J'ai rompu avec Scott. C'est un crétin de toute façon.

_ Oh. Si t'as rompu avec lui, c'était effectivement un crétin. Pourquoi t'as rompu avec lui ?

_ Parce qu'il refusait qu'on dise la vérité à mon père !

_ Quel crétin. Surtout que quand on voit ton père, ajouta Darcy avec un gloussement. Une vraie armoire à glace. Des muscles que j'adorerais caresser… intimement.

_ Darcy, c'est mon père ! protesta Wanda.

_ Oui, et le mien aussi, intervint Bruce en faisant la moue.

_ Bien sûr, désolée ! Désolée de fantasmer sur ton père qui n'a même pas trente ans et qui pourrait être un putain d'acteur ! Ou mieux un mannequin ! Ou un acteur porno !

_ Mon père a trente-quatre ans…

_ … et il a déjà fait son quota de sex-tape, commenta Pietro, apparaissant de nul part. Salut, Darcy. T'es bandante, tu sais ?

_ Merci, t'es plutôt sexy aussi, admit Darcy. T'as un lien pour les sex-tape ?

_ Ça dépend. T'as quelqu'un pour te soulager une fois que tu les auras vues ?

Il était aussi subtil qu'un mammouth, songea Wanda.

_ Est-ce qu'ils sont vraiment en train de parler de faire l'amour devant une vidéo de Bucky en train de… ? souffla Bruce, l'air dégoûté.

_ Mon frère a des techniques de drague encore pires que celles de papa, c'est tout, grimaça Wanda.

Les deux amis laissèrent Pietro et Darcy discuter, et s'engagèrent au milieu des lycéens, tous deux assez peu à l'aise.

_ Merci d'être venu avec moi, lâcha Wanda.

_ Merci à toi de m'avoir invité, répondit Bruce en embrassant son amie sur la joue. C'est… c'est la première fête de lycée auquel je vais. Alors, merci.

_ Soyons sincères, souffla Wanda. On a tous les deux envie de se casser pour aller boire un café et parler "d'une brève histoire de temps".

_ T'as enfin lu Hawking ? s'exclama Bruce, l'air émerveillé.

_ Je l'ai fini hier !

_ Combien de temps on doit rester ?

_ Je sais pas… on boit un coca et on s'en va ? suggéra Wanda, le regard rieur.

Ni Wanda ni Bruce n'étaient vraiment à l'aise en société, que ce soit avec des adolescents de l'âge de la jeune fille ou des adultes, qu'ils soient proches de l'âge de Bruce ou plus âgés.

_ Très bonne idée, acquiesça Bruce. Peut-être une danse, aussi ? suggéra-t-il. Ton père m'a fait promettre que je te ferais danser.

_ Oh, gémit-t-elle. Tu ne sais pas plus danser que moi, Bruce. Ça va être un désastre.

_ Alors on pourrait peut-être se taire et dire qu'on a dansé toute la soirée.

_ Tout à fait.

Se comprenant parfaitement, ils échangèrent un regard amusé, se dirigeant vers le buffet pour prendre chacun une canette de coca.

_ On la finit et on se casse ?

_ Je t'aime, Wanda.

Elle rit :

_ Seulement parce que je suis autant une inadaptée sociale que toi.

_ Sans aucun doute.

Ils se regardèrent, et Bruce du déceler la déception que ressentait Wanda, parce qu'il demanda doucement - tellement doucement qu'avec la musique et le brouhaha ambiant elle l'entendit à peine.

_ Qu'est-ce qui ne va pas ?

_ Je sais pas… J'aurais aimé que cette soirée me plaise, tu vois ? Dans les films, dans les livres, ça a toujours l'air génial. Mais au final, c'est comme tout le reste. Je m'y adapte pas, murmura-t-elle.

C'était injuste. Wanda aurait aimé être normale. Elle aurait aimé pouvoir parler avec des adolescents, mais elle n'en trouvait aucun qui partageait ses goûts.

Darcy était son amie, mais c'était différent. Jamais elle n'était dérangée par le fait de devoir toujours parler à la place de Wanda, faisant la conversation pour deux avec gaieté et gentillesse.

Bruce aussi était son ami, mais là encore c'était différent. Bruce, c'était le frère adoptif déniché par son père.

_ J'en ai marre d'être toujours en décalage avec tout le monde, finit-elle par dire, au bord des larmes.

Bruce la serra dans ses bras, lui caressant les cheveux avec gentillesse et douceur :

_ Je sais ce que c'est, souffla-t-il à son oreille. Je sais, Wanda. Tu dois juste trouver les gens qui te conviennent. Regarde-moi. Ça m'a pris longtemps mais j'ai trouvé une famille qui m'accepte et m'aime comme je suis. Tu vas trouver des amis de ton âge, Wanda. Ça viendra. Et les fêtes, j'aime pas ça non plus, ajouta-t-il avec un léger sourire. Allez, viens. On se casse. Je reste pas chez des gens qui écoutent du Justin Bieber.

Wanda acquiesça, et glissa sa main dans celle de son frère adoptif, qui s'apprêtait à l'entraîner vers la sortie de leur enfer personnel - musique trop forte, éclairs lumineux au milieu de la pièce sombre et foule de gens criants et dansants - quand une porte claqua et que brusquement la lumière se ralluma.

Bruce et Wanda échangèrent un regard, et haussèrent les épaules de concert, plutôt satisfaits. Autour d'eux, certains protestaient, mais eux n'en avaient cure. Cela leur permettait simplement de retrouver plus facilement le chemin de la sortie.

Puis un coup de feu retentit, et les gens se mirent à crier.

Ce ne fut qu'à ce moment-là que les deux génies comprirent qu'il y avait un problème, et qu'ils étaient loin d'être sortis de l'enfer.


_ Infos ?

_ Le preneur d'otages s'appelle Helmut Zemo. C'est un braqueur de banques. Très maladroit, ses plans ne tiennent jamais la route. Et quand je dis, jamais, c'est jamais. Il a été pris pour la première fois à l'âge de quatorze ans, braquant une petite épicerie. Avec un avocat compétent, il s'en est sorti à son procès, pour recommencer trois semaines plus tard. Il a passé les deux années suivantes en prison, et en est ressorti avec de nouvelles idées. Il a alterné braquages et incarcération ces trentes dernières années. Sorti de taule il y a trois semaines, il a braqué la plus grosse banque de Quantico il y a deux heures, laissant son complice Will Simpson mort. Retrouvé par les forces de police il y a une heure trente, il a paniqué et est rentré dans le lycée, prenant tous les étudiants s'y trouvant en otage, résuma Stark sans laisser à quiconque le temps de l'interrompre. Inutile de vous dire que ce gars ne sait pas du tout gérer la pression.

_ J'ai une question, lança Rumlow.

Steve acquiesça, faisant mine de ne pas voir que Barnes démontait et remontait son fusil sniper avec hargne.

_ Les jumeaux et Banner sont parmi les otages ?

Steve se retint de dire que ça ne devait pas influer leur décision, parce qu'il savait que ce serait le cas de toute façon. Ils avaient besoin de savoir si les trois jeunes étaient également en danger.

_ J'en sais rien, admit Stark. J'ai pas accès aux caméras d'ici. Elles tournent en circuit fermé au lycée.

_ Bien sûr qu'ils y sont, intervint Barnes, très calme. Leur soirée a commencé il y a une demi-heure tout au plus. Aucun gamin ne l'aura déjà quitté. Allez, soyez prêts. On se casse.

Steve soupira, et se retint de demander à parler seul avec Barnes. Il savait que l'agent refuserait, et au final à quoi cela mènerait-il ? Il ne pouvait pas demander à l'homme de ne pas s'inquiéter pour ses trois enfants, il ne pouvait pas lui demander de faire comme si de rien n'était.

Et ce n'était pas du tout le moment de parler du baiser. Mais alors pas du tout.

Ce n'était pas comme s'il y avait quelque chose à dire, de toute manière.

_ Vous avez déjà eu affaire à une prise d'otage ? interrogea Steve, tentant de rester concentré.

_ Une ou deux fois, répondit Carter en glissant son arme dans son holster.

_ Suffisamment pour savoir s'en sortir avec un minimum de casse, ajouta Barton. Nat' et moi avons du y faire face plusieurs fois, dans les forces spéciales.

_ Bien. Est-ce que l'un d'entre vous est doué pour négocier ?

Sans doute Pepper ou Carter, songea-t-il, les autres étant plus doués pour exiger. Envoyer Rumlow ou Stark équivaudrait à dire "donnez-nous les otages, point barre. Et si vous êtes pas content c'est la même chose".

_ Romanoff, répondirent Rumlow, Carter et Pepper en choeur.

_ Romanoff, répéta Steve, surpris.

_ Je suis excellente dans ce domaine, expliqua Romanoff sans montrer une once d'orgueil. Si ce Zemo me laisse entrer, je pourrais faire ressortir tous les gamins sans le moindre problème.

_ Okay, acquiesça Steve, décidant de faire confiance à l'équipe pour cette fois.

Après tout, il n'avait pas eu que des mauvaises surprises avec eux. Et non, il ne pensait pas du tout au foutu baiser qui allait foutre en l'air la relation qu'il avait avec Barnes, BORDEL !

_ Vous êtes tous armés ? demanda-t-il, évitant de regarder Barnes qui vérifiait les munitions dans ses deux pistolets en plus du fusil sniper accroché dans son dos.

_ Oui, assura Carter. Sauf Stark et Lang, mais ils ne savent pas se servir d'une arme, de toute façon.

_ Et Banner ? Il a une arme ?

Le long silence qui suivit était une réponse en soi. Non, Banner n'était pas comme la plupart des membres de l'équipe. Lui ne se sentait pas obligé de porter son arme à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, et surement pas à une soirée où il était censé s'amuser et non pas être pris en otage.

_ Il ne faut pas que Zemo apprenne qu'il est un agent du FBI, intervint Barnes. Pareil pour les jumeaux. Ils ne doivent pas avoir l'air d'avoir le moindre lien avec nous. Cela ne ferait que compliquer les choses.

Parce que dire à un criminel qu'il avait les trois enfants d'un agent du FBI en otage revenait à les mettre encore plus en danger qu'ils ne l'étaient déjà.

_ On doit trouver un moyen d'entrer en contact avec Banner. Il est assez malin pour avoir mis son téléphone en silencieux. On peut le contacter. Savoir ce qui se passe à l'intérieur ne pourra que nous aider.

Steve acquiesça aux propos de Stark :

_ Okay, Stark, Lang, prenez votre équipement. J'espère qu'il y a des caméras dans leur salle des fêtes. Carter, Barton, Rumlow, vous serez prêts à intervenir. Pepper, tu fais ce que tu veux, mais je ne veux pas le moindre journaliste. Rien ne doit filtrer dans les médias. Romanoff, je ne sais pas si tu as besoin d'une quelconque préparation, mais si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas. Barnes, tu…

_ Te postes sur le toit de l'immeuble en face de la salle des fêtes du lycée pour me préparer à tirer au cas où j'aurais un quelconque angle de tir.

_ Tu as déjà prévu ça, génial. Pourquoi ça ne m'étonne pas, murmura Steve entre ses dents. Okay, on y va.

L'inquiétude nouait déjà l'estomac du chef de l'équipe.


Bruce serra la main de Wanda, tentant d'être rassurant. L'adolescente avait l'air terrorisée.

_ Hey, doc… T'es un agent du FBI, non ? souffla Darcy à voix basse.

Darcy en revanche n'avait par l'air si apeurée que ça, conservant sa morgue habituelle.

_ Oui. Je travaille avec Bucky au BAU. Pourquoi ?

C'était risqué de parler, même en chuchotant, alors que le preneur d'otage monologuait, son arme bien en main.

_ T'as une arme ?

_ Non, évidemment que non !

_ Quoi, "évidemment que non" ! Pietro se baladait tout le temps avec un flingue et il n'est même pas majeur ! Alors pourquoi toi tu n'aurais pas d'armes ?!

_ Peut-être parce que je ne sais pas tirer ?! Je n'aime pas les armes à feu, et figure-toi que je ne prévoyais pas d'être pris en otage ce soir !

_ Fermez la, vous allez nous faire repérer ! gémit un garçon à côté d'eux.

Darcy se mordit la lèvre inférieure, retenant manifestement une remarque venimeuse, et finit par murmurer à l'intention de Bruce :

_ Désolée. Je ne voulais pas t'agresser.

_ C'est rien, assura Bruce avec un pauvre sourire. On est tous un peu sur les nerfs.

Doucement, Darcy serra sa main, laissant Bruce entre les deux adolescentes. Pietro avait été éloigné d'eux, et il l'avait repéré de l'autre côté de la pièce quelques instants plus tôt. Les deux garçons tentaient d'échanger des signaux, mais le plus jeune était coincé derrière une gamine sanglotant toutes les larmes de son corps qui faisait tellement de bruits que le preneur d'otage passait son temps à se tourner vers eux, compliquant l'échange.

Pas trop stupide, le type avait récupéré les portables de tout le monde, et Bruce avait eu droit à une fouille au corps en affirmant qu'il n'avait pas de téléphone. Ce dernier était bien caché dans le soutien-gorge de Darcy, qui les avaient rejoints au moment où l'homme tirait le premier coup de feu dans le plafond.

Très discrètement, l'adolescente le lui avait rendu et il l'avait caché dans sa chaussure, attendant le moment opportun pour appeler Rogers afin de leur faire savoir ce qui se passait dans la pièce.

Foutus iPhones et leurs batteries ridicules. Bruce n'en avait déjà plus que 20%.

Si je ne meurs pas ici, je laisse Anthony jouer avec mon portable pour qu'il y ajoute toutes ses "super-fonctionnalités, c'est moi qui les ai créées, tu vas voir, Bruce, tu vas adorer !". Et puis merde, si je m'en sors, je l'embrasse, songea Bruce. Oui, non, quand même pas. Disons que je l'étreins. Ou que je l'appelle par son prénom ?

_ Bruce, c'est moi ou tu n'es absolument pas concentré sur notre situation présente ? glissa Wanda, acide.

_ Quoi ? répondit Bruce en sursautant. Si, si. J'évaluais nos chances de mourir.

_ Et ?

_ Euh… ça tombe à soixante-dix pourcents pour moi, soixante-cinq pour Pietro et cinquante pour toi. Pour le reste des gens, ça varie entre trente-cinq et quarante pourcents.

_ Et je peux savoir pourquoi on est tellement au-dessus de la norme ?

_ FBI, résuma Bruce, sachant que l'adolescente comprendrait immédiatement. S'il l'apprend, tu peux nous considérer comme morts.

Wanda plaqua sa main sur sa bouche, et Bruce sut qu'elle se retenait de pleurer.

_ Bien sûr, il faut que papa ait confisqué son arme à Pietro il y a une semaine, grimaça-t-elle d'une voix tremblante.

_ Hey, l'interrompit Darcy. Ça suffit, Wanda. Je ne laisserais rien t'arriver. T'inquiète.

Bruce comme Wanda furent surpris de l'intervention de l'adolescente, mais le scientifique ne dit rien.

_ Qu'est-ce que tu veux dire ? balbutia Wanda.

_ Je l'ai promis à ton frère. Il ne t'arrivera rien.

_ Qu-quand est-ce que tu as promis une chose pareille ?

_ À peu près le jour où tu es entrée en cours et que tu t'es assise à côté de moi. Pietro et moi on se connaissait déjà avant, mais tu n'étais pas là, pas vrai, p'tit génie ?

_ J-je suis sûre que la promesse de me protéger n'incluait pas les preneurs d'otages…

_ Elle incluerait l'empereur Palpatine lui-même s'il osait se pointer chez nous. Calme-toi, on va s'en sortir, Wanda. Tu verras. Le plus cool, ce serait que je sois blessée et que ton père débarque comme un chevalier pour me sauver et me porter jusqu'à l'ambulance.

Wanda ne put retenir un gloussement amusé :

_ Il faut vraiment que tu arrêtes de fantasmer sur mon père, Dar'.

_ Je sais, sourit la jeune fille. Mais regardes… tu souris.

Bruce sourit à son tour, remerciant intérieurement l'adolescente. Elle était bien plus douée que lui pour réconforter les gens.

Et soudain une voix grésilla dans les hauts-parleurs :

_ La place est pour toi, Rogers.

Stark.

Wanda et Bruce échangèrent un regard soulagé. Si Rogers et Stark étaient là, les autres l'étaient aussi. Et ils avaient tous deux une entière confiance en l'équipe de profilers.

_ Monsieur Zemo, je suis l'agent Rogers du FBI, lâcha la voix calme dans les hauts-parleurs.

Zemo ? Sans doute le nom du preneur d'otage.

_ Monsieur Zemo, reprit Rogers. Relâchez les otages et nous pourrons discuter.

_ Non ! brailla Zemo.

Bruce jeta un long regard à la caméra, espérant que le son passait aussi. Dans le doute… il sortit discrètement son portable et appela Stark. L'informaticien décrocha immédiatement, mais dans le silence de mort, Bruce ne pouvait pas se permettre de dire quoi que ce soit.

_ Monsieur Zemo, comprenez bien qu'il ne nous est pas possible d'accorder quoi que ce soit que vous désiriez tant que vous aurez la vie de jeunes adolescents entre vos mains.

_ Vous croyez que je ne suis pas sérieux, pas vrai ? cria Zemo en resserrant son étreinte sur son arme. Vous croyez que je ne suis pas capable de tirer ? Je vais vous le prouver, et vous m'accorderez tout ce que je désirerais après ça si vous ne voulez pas que je les massacre tous un à un !

Cette fois-ci le silence fut troublé par des sanglots, majoritairement d'adolescentes mais provenant également de garçons.

Et il allait le faire, comprit Bruce. Il était aussi terrorisé qu'eux, mais avait le sentiment d'être acculé. Alors il allait le faire.

Le jeune scientifique scruta la foule d'adolescents assis contre les murs, tenus en respect par l'arme du criminel. S'il tuait n'importe lequel d'entre eux, alors que Bruce pouvait l'en empêcher, il se sentirait coupable pour toujours.

S'il tuait Pietro, Wanda ou même Darcy, Bruce s'en voudrait pour toujours.

Avec rapidité et agilité, il glissa le portable sous la cuisse de Darcy, qui tressaillit, et il se leva.

_ Non ! lâcha-t-il, tentant de garder son calme.

Immédiatement, tous les regards se tournèrent vers lui, et il pouvait presque entendre le gémissement de désespoir de Stark depuis là où les agents se trouvaient.

_ Monsieur Zemo, tuer un adolescent obligerait les forces du FBI à enfoncer la barricade, et se faisant, tuer encore plus d'adolescents, et vous seriez condamné à mort, expliqua-t-il avec calme. Personne ne veut ça.

C'était faux mais Bruce savait que dit avec confiance, cela pouvait convaincre.

_ Et qu'est-ce qu'un type comme toi peut le savoir, répliqua Zemo en braquant son arme droit vers lui.

S'il était aussi mauvais tireur que Bruce, les plus probablement touchées seraient Wanda ou Darcy. Inquiet, il fit un lent pas en avant, puis un deuxième, s'éloignant des deux adolescentes.

_ Je… Je ne suis pas un lycéen.

_ Non, sans déconner ? ironisa Zemo. Tu es adulte, je ne suis pas encore aveugle. Comment connais-tu aussi bien la loi ?

_ Je…

Toujours avec lenteur, ne voulant pas donner l'impression d'être menaçant, il glissa sa main dans la poche de son costume.

Tu es toujours un agent du FBI, Bruce. Toujours, alors garde ça avec toi, tu veux ?

Plus que jamais, Bruce bénit Bucky alors qu'il sortait son badge fédéral et le faisait glisser sur le sol en direction du criminel :

_ Je suis le docteur Banner du FBI.

Et ainsi, s'il devait y avoir un mort, ce serait lui.


_ Dis-moi qu'il ne vient pas de dire ça, balbutia Tony.

Howard tapota l'épaule de son frère, touché par son inquiétude. Quand ils étaient arrivés, son petit frère était déjà là, apparemment prévenu par il ne savait quel pote hackeur.

_ Ce n'est pas une si mauvaise stratégie, murmura Barton.

_ Qu'est-ce que tu racontes ?! s'exclama Rogers.

Howard devait admettre qu'il comprenait sa colère. S'il y avait un conseil sur lequel ils étaient tous d'accord, c'était de ne montrer aucun lien avec le FBI, et c'était exactement ce que Banner venait de faire, mettant sa vie en grand danger.

_ Barnes, si tu as la moindre fenêtre de tir, lança Rogers dans l'oreillette.

_ Si j'avais la moindre fenêtre de tir, j'aurais déjà tiré.

Le "putain de connard" ne devait sans doute pas être entendu, mais tout le monde l'entendit.

_ Il faut faire quelque chose pour les faire sortir de là ! s'exclama Scott, à moitié hystérique.

_ Scott, tu ne nous aideras pas en paniquant ! l'interrompit Howard, tentant de rester concentré.

Il augmenta le son qui provenait du téléphone de Banner, et se concentra sur l'écran. Zemo s'énervait, et Banner, d'un calme olympien, assénait qu'ils ne donnaient pas d'armes aux docteurs, au FBI et qu'il était totalement désarmé.

Ce fut à ce moment-là que Howard comprit pourquoi Barton considérait l'acte de Banner comme une bonne stratégie. En se dévoilant comme étant un agent du FBI, Banner était devenu une figure d'autorité, et ce qu'il disait sur la loi ne pouvait pas être un mensonge.

Howard avait une mémoire eidétique et pouvait réciter le code pénal par coeur, comme son frère et Banner par ailleurs, et ils savaient tous que ce que racontait le jeune homme était inventé de toutes pièces. Mais c'était dit avec tellement de conviction et de confiance que personne n'aurait pu penser à un mensonge.

_ En cas de meurtre sur un mineur ou sur un agent fédéral, les autorités ont ordre d'intervenir immédiatement pour éviter à tout prix une autre mort, monsieur Zemo. Réfléchissez. Acceptez les conditions de l'agent Rogers.

_ Et votre copine ? lança brusquement Zemo, pointant Wanda de son arme. Je vous ai vu la prendre dans vos bras ! C'est aussi un agent ?

Il était passé au vouvoiement, sans doute sans même s'en apercevoir. Une marque inconsciente de respect et de peur que Banner avait sans doute noté aussi.

_ Non ! s'exclama Banner, laissant pour la première fois apparaître sa peur. Non, non, c'est ma petite soeur ! Elle n'a rien à voir avec le FBI !

Ce n'était qu'à moitié un mensonge.

_ Ramène-toi, gamine, ordonna Zemo.

Howard n'avait pas besoin de regarder l'écran de contrôle pour savoir à quoi ressemblait le visage terrorisé de Wanda.

_ Il faut faire quelque chose ! s'exclama Scott. On entre, on…

_ Bouge d'un cheveu, Lang, et c'est sur toi que je tire, annonça froidement Barnes dans l'oreillette. Ne mets pas ma fille plus en danger qu'elle ne l'est déjà.

_ Taisez-vous, je vais lui parler, annonça Rogers d'une voix calme.

Il appuya sur le bouton "on" et reprit à l'intention de Zemo :

_ Monsieur Zemo, écoutez-moi…

_ Vous saviez que vous aviez un agent du FBI ici ? répliqua le braqueur, sans lâcher Wanda de son arme.

_ Non, monsieur Zemo, nous l'ignorions. Le FBI est une grande institution et je n'en connais pas chacun des agents, mentit patiemment Rogers. Monsieur Zemo, écoutez-moi…

_ Non, je ne vous écoute pas. Je prends la petite soeur du docteur Banner en otage pour dissuader quiconque d'entrer c'est bien compris ?

Howard fit signe à Rogers d'éteindre le haut-parleur, prévoyant le problème en voyant Pietro s'agiter un peu trop dans son coin. Il était loin de Zemo. Trop loin pour l'atteindre sans se faire remarquer. Cependant, s'il pensait sa soeur en danger, il n'y avait nul doute qu'il s'y risquerait.

_ Putain, Barnes, ton fils va foutre la merde, grommela Rogers.

_ C'est parce que c'est mon fils, Rogers, qu'est-ce que tu crois ? riposta Barnes d'un ton absent.

Pour une fois, l'agent était totalement investi dans sa mission.

_ Il faut empêcher Pietro d'intervenir, grimaça Rogers. Il va y avoir des blessés.

Howard allait acquiescer quand soudain, la fille juste à côté de Wanda se leva brusquement et se jeta sur Zemo. Tous restèrent stupéfait alors que l'adolescente et le criminel roulaient par terre se disputant l'arme. Banner eut le réflexe de reculer, dissimulant Wanda derrière lui alors que Pietro se levait, se dirigeant en courant vers l'altercation.

Un coup de feu retentit et un corps s'écroula au sol.

Le hurlement de Pietro résonna dans le silence horrifié des agents du FBI :

_ DARCYYYYYY !


Pietro se laissa tomber à genoux auprès de Darcy, ignorant l'arme soudainement braquée sur son front. Tentant de secouer l'adolescente, il gémit :

_ Allez, Dar', réveille-toi. Allez…

_ J'ai… je ne voulais pas… balbutia Zemo, l'air stupéfait. C'est elle qui s'est jeté sur moi ! s'exclama-t-il soudain, accusateur.

Du sang. Darcy saignait. Et brusquement elle ouvrit les yeux en gémissant.

_ Ah ! protesta-t-elle alors que Pietro touchait à son épaule ensanglantée. Aïe… Ça, ça fait mal, bredouilla-t-elle, des larmes de douleur coulant sur ses joues. J-j'ai mal…

Il y avait du sang partout. Trop de sang. Et il continuait de couler autour d'eux, tâchant le pantalon de Pietro, toujours à genoux auprès de Darcy, tâchant la peau pâle de l'adolescente.

_ Tu vas voir, ça va aller, Dar', promit Pietro. Tu verras, ça va aller.

C'était un mensonge. S'ils ne sortaient pas de là, peut-être que Darcy y resterait. Elle avait été touchée au dessus du sein, et Pietro qui n'avait aucune notion en médecine ignorait s'il y avait des artères à cet endroit-là.

Pour la première fois, Pietro regretta de n'avoir suivi que le chapitre sur l'éducation sexuelle en cours de SVT.

_ Tu vas voir, Darcy, tout ira bien, je te promets, t'as juste à respirer et à rester avec moi, d'accord ? T'as juste à rester avec moi, tu dois juste me promettre de rester éveillée, d'accord ?

Dans un fond sonore lointain, il entendait Bruce négocier avec Zemo, sa voix pressante et anxieuse, mais il s'en fichait. Seuls comptaient les yeux bleus de Darcy.

_ Si ça va aller, articula Darcy d'une voix lointaine, pourquoi tu es si inquiet ?

Pietro, paralysé, au bord des larmes, ne trouva rien à répondre.

Et tout à coup, il fut poussé loin de Darcy et Bruce prit le relais, avec des gestes professionnels et précis, tout en murmurant d'une voix rassurante des conseils à l'intention de la blessée et des ordres destinés à Wanda, qui le secondait avec autant d'efficacité que possible.

Face à lui, il y avait Zemo. Zemo et son regard de serpent, Zemo et son arme, Zemo qui avait blessé Darcy.

_ Je vous tuerais, articula Pietro à mi-voix.

L'homme avait peut-être son arme braquée sur Pietro, criant à Rogers des menaces que Pietro n'entendait pas vraiment, mais l'adolescent savait une chose : si Darcy ne s'en sortait pas, peu importait ce qui lui arriverait : il tuerait Zemo.

_ Darcy, est-ce que tu m'entends ? demandait Bruce à côté de lui. Ne te fatigue pas à parler, ma puce, tout ira bien. Tu vas presser la main de Wanda à chaque fois qu'elle te parlera, d'accord ? Une fois pour oui et deux fois pour non. Tout ira bien, répéta-t-il d'une voix rassurante.

Pietro aurait voulu aider, mais savait d'expérience que gêner les médecins alors qu'ils soignaient quelqu'un n'aidait jamais, aussi resta-t-il silencieux.

_ Monsieur Zemo, elle ne va pas s'en sortir sans ambulanciers, glissa Bruce au criminel. Je vous en supplie, elle a besoin de gens avec du matériel, avec un peu plus que juste une veste comme moyen de compression.

_ Personne ne rentre ou ne sort d'ici ! aboya Zemo.

_ Mais si elle meurt ça n'aidera personne ! tenta d'argumenter Bruce. Si vous tuez une enfant comme elle, ça peut vous valoir la peine de mort !

_ Débrouillez-vous pour qu'elle survive alors, vous êtes docteur, non ?!

_ Docteur en criminologie et en physique ! protesta Bruce, l'air désespéré.

Pourtant il cessa de négocier et retourna au chevet de la blessée.

Pietro entendait les gens paniquer autour d'eux. Voir Zemo tirer, sur l'une d'entre eux, qui plus est, faisait vraiment réagir. Ils commençaient tous à comprendre que ce n'était pas qu'une mauvaise blague, que peut-être ils allaient véritablement mourir.

_ Darcy ! s'exclama soudain Bruce. Hey, restes avec moi, okay ? Tu dois rester avec moi !

Pietro se figea. Non. C'était Bruce, il était capable de sauver n'importe qui. Il pouvait sauver Darcy. Il devait sauver Darcy.

Que pourrait faire Pietro, sans Darcy ? Le lycée, ce serait pas pareil sans elle.

La vie ne serait pas pareille sans elle.

_ Je suis avec toi, Darcy, assura Wanda d'une voix douce, presque chantante. Tout va bien. T'as été géniale ma chérie, maintenant c'est à moi de m'occuper de toi. Tout va bien. Tout va bien.

Bruce continuait de s'activer, Wanda de murmurer des paroles rassurantes.

_ Elle a besoin d'une ambulance ! s'exclama Bruce une nouvelle fois. Je vous en prie, elle en a besoin !

_ Bruce, elle me répond plus ! lâcha soudain Wanda, sa voix déraillant dans les aigus. Bruce ! Fais quelque chose !

_ ZEMO ! hurla Bruce, paniquant.

_ NON ! rétorqua Zemo, contaminé par la panique ambiante.

Papa, fais quelque chose, pria Pietro, sentant les larmes dévaler ses joues. Interviens, je t'en supplie. J'ai besoin de toi. J'ai besoin de toi.

Bruce chercha frénétiquement la gorge de Darcy, et grogna :

_ J'ai plus de pouls. Wanda, penche sa tête en arrière, ordonna-t-il en appuyant sur la poitrine de l'adolescente.

_ Da-Darcy, balbutia Wanda, totalement inutile.

Bruce commença un massage cardiaque, et n'hésita qu'un instant avant de se pencher pour insuffler de l'air dans les poumons de Darcy. Il exécuta le même manège pendant trois bonnes minutes, paraissant s'épuiser, avant de lâcher d'une voix accablée :

_ Elle… Elle est morte.

Non.

NON.

Darcy…

Pietro déglutit avec difficulté, incapable de regarder le corps de son amie.

_ N-n-n-non… C'est pas possible… c-c'est pas possible, Bruce, fais quelque chose.

La voix de Steve résonna une nouvelle fois dans les hauts-parleurs, les faisant tous sursauter.

Même cette enflure de Zemo semblait sous le choc de la mort de Darcy alors qu'il en était la cause directe !

_ Monsieur Zemo, les forces du FBI se préparent à intervenir. Déposez votre arme et nous expliquerons au procureur que le meurtre de cette jeune fille n'était pas prémédité, que ce n'était qu'un accident. Vous pouvez encore échapper à la peine de mort, monsieur Zemo.

_ Donnez votre arme à Pietro, monsieur Zemo, appuya Bruce. Rendez vous.

Avec une lenteur qui sembla infinie à l'adolescent, le criminel lui tendit son arme. Il tremblait, pleurait d'un air apeuré qui dégoûta le jeune homme. Immédiatement, Pietro la saisit, et se prépara à tirer. À cette distance, avec son entraînement, il n'avait aucune chance de manquer sa cible.

Il pouvait déjà voir dans son esprit avide de vengeance le corps de Zemo s'écroulant aux côtés de celle qu'il avait tué.

Pour Darcy.

_ Pietro ! s'exclamèrent plusieurs voix en choeur, mais le jeune homme n'en entendit qu'une seule.

Darcy, à demi-allongée par terre, appuyée contre Bruce, qui lui souriait d'une grimace un peu tordue par la douleur.

_ Fais pas de bêtises, dit-elle seulement.

_ Elle n'était pas… hoqueta Zemo.

_ Ta gueule, asséna Natasha, apparaissant soudainement aux côtés de Pietro avec un bruit de verre brisé. Ta gueule, parce que Barnes t'as dans son viseur et qu'à la moindre remarque il te tue.

La suite des évènements se passa dans un brouillard bienheureux. L'intervention de Natasha et Clint se passa sans problèmes, les secours entrèrent, les adolescents traumatisés sortirent.

Pietro, se sentant soudain étrangement léger, laissa l'arme à Clint, qui avait suivi sa femme par la fenêtre brisée, refusant l'offre que lui faisait Natasha de faire sa première arrestation. Au lieu de ça, il rejoignit Darcy dans l'ambulance qui avait été mandatée.

_ Comment tu te sens ? demanda-t-il en s'asseyant à côté du brancard sur lequel était allongée.

_ Assez bizarre, admit-elle. Ils m'ont donné un anti-douleur local, j'ai l'impression d'avoir de la guimauve dans l'épaule.

_ C'est pas passé loin, hein ? balbutia Pietro.

_ Pietro, je ne pouvais pas mourir de mes blessures, sourit doucement l'adolescente en caressant sa joue de sa main droite. Enfin, je crois. C'était une comédie. Un plan orchestré par ton génie de frère quand il a vu à quel point ce taré était paniqué par ma blessure. Alors, je t'avoue que j'ai un peu douté, avant qu'on me donne ces supers antidouleurs, mais c'était pas une blessure mortelle. Au passage, je crois que j'ai dépucelé Bruce buccalement.

Pietro ne put retenir un éclat de rire aussi nerveux qu'hystérique.

_ Pourquoi t'as fait ça ? finit-elle par demander. T'as été tarée de… de lui sauter dessus comme ça.

_ Je tiens ma promesse, répondit seulement Darcy, et Pietro voyait à son regard que l'anti-douleur la touchait un peu plus que prévu : elle était en train de partir loin.

_ Ta promesse ? Ta promesse, c'était de protéger Wanda contre des crétins de l'école. Pas au péril de ta vie, Darcy…

_ J'sais pas, murmura Darcy d'une voix pâteuse. Ça m'a paru normal… C'est ma meilleure amie… Et puis j'sais pas… peut-être que je voulais être une héroïne…

_ T'es déjà mon héroïne, avoua Pietro alors que Darcy s'endormait.

Sans doute Bruce avait-il recommandé des somnifères en même temps que les analgésiques.

Bordel, songea-t-il pour lui-même en caressant les cheveux de Darcy. Lui qui s'attendait à une soirée mouvementée, on pouvait dire qu'il avait été servi.


Steve veilla à ce que chacun des jeunes traumatisés soit recueilli par les services de police présents sur les lieux, et chercha Wanda, Pietro et Banner des yeux. Pietro était dans l'ambulance, éreinté, souriant à une Darcy endormie.

Wanda apparut soudain sous ses yeux quand Lang cria :

_ Wanda !

La jeune fille parut surprise, et encore plus quand il se précipita vers elle et l'embrassa avec passion.

_ J'ai eu tellement peur pour toi ! Bon dieu, Wanda, je ne te laisserais plus jamais, je te le jure ! Je te jure, je te jure, je te jure…

_ Mais mon père…

_ Je dirais la vérité à ton père, je veux plus qu'on se cache je veux pas te perdre, okay ?

_ Ou-ouais, balbutia Wanda, l'air plus heureuse que jamais.

Une affaire de réglée, songea Steve pour lui-même, en se demandant où était Barnes. L'agent n'était apparemment toujours pas descendu du toit où il avait veillé durant toute cette soirée d'horreur.

Romanoff dirigeait Zemo menotté, vaincu, en direction d'une voiture de police, et Steve allait la rejoindre quand il entendit une dispute. Ou un semblant de dispute à sens unique :

_ Bon alors écoute-moi bien, Bruce Banner ! Je pensais qu'en tant que docteur pour le FBI tu ne courais aucun danger, que tu t'occupais de trucs de bureau et que tu n'agissais pas de manière suicidaire comme ce sociopathe de Barnes !

Banner voulut dire quelque chose, mais Tony Stark l'interrompit, reprenant :

_ Donc, puisque tu es aussi suicidaire que ce taré, écoute-moi bien quand je te dis qu'il n'est pas question que tu meures avant que j'ai obtenu un rendez-vous ! Je me fiche de quand et d'où, mais je te préviens, je l'obtiendrais, et je n'abandonnerais pas, peu importe ce que tu peux dire !

_ Je… bredouilla Banner.

_ Non, tu n'as pas le droit de refuser, il ne manquerait plus que tu décèdes d'un truc aussi débile qu'une prise d'otage et moi je me retrouverais comme un crétin sans jamais avoir eu le moindre rendez-vous et…

_ Anthony ! Je voulais dire oui ! l'interrompit Banner, le rouge aux joues.

_ T-tu voulais… Quoi ?!

Anthony Edward Stark qui bredouillait. Un jour à marquer d'une pierre blanche, songea Steve se sentant sourire malgré lui.

La soirée finissait bien mieux que prévu initialement, se dit-il, avant de perdre toute bonne humeur quand Romanoff, l'air franchement inquiète, lui fit signe de s'approcher.

_ Tout va bien ? s'inquiéta Steve.

_ C'est Barnes, murmura-t-elle. Il… Il vient de me demander de m'éloigner de Zemo…

D'un même geste instinctif, les deux agents levèrent la tête. Seul un soldat expérimenté aurait pu remarquer le fusil sniper qui dépassait du haut du toit de l'immeuble, mais ils l'étaient tous les deux.

Et ils virent tout de suite qu'il était braqué droit sur Zemo.

Steve sentit son coeur s'accélérer :

_ Romanoff, surtout, tu ne bouges pas, tu ne t'éloignes pas de Zemo. Il a peur de te toucher. Ne bouge pas, répéta-t-il. Barton ! ajouta-t-il en élevant la voix.

Le mari de Romanoff les rejoignit immédiatement, et Steve laissa à la rousse le soin de lui expliquer la situation, s'éloignant de la foule d'enfants et de flics pour pénétrer dans l'immeuble et monter quatre à quatre les marches qui menaient au toit.

_ Barnes ! s'exclama-t-il en poussant la porte. Lâche ce fusil !

_ Va chier ! répondit Barnes sans perdre son calme.

_ Barnes, répéta-t-il. Ne m'oblige pas à te l'enlever de force.

_ Dégage de là, Barton, grommela Barnes pour lui-même, déterminé à ne pas faire attention à Steve. Allez, je l'ai presque…

Steve ne réfléchit pas plus. Il s'approcha et arracha le fusil des mains de Barnes. Immédiatement, le poing de ce dernier heurta le menton de Steve.

_ Arrête ça, JE DOIS LE TUER ! hurla soudain Barnes.

Steve projeta le fusil au loin, tentant de ne pas rendre les coups. Dans les yeux de Barnes, il y avait une telle terreur que Steve sut que ce n'était pas Zemo que Barnes voyait en bas. Non, ce n'était pas Zemo que Barnes voulait tant tuer.

_ Il a menacé ma fille et mon fils ! cria Barnes, frappant Steve de plus en plus fort.

_ Ne m'oblige pas à te menotter, Barnes. Je veux pas t'infliger ça. Ne m'oblige pas à te faire ce qu'il a…

Il avait retrouvé Barnes menotté. Il ne voulait pas le faire. Il ne voulait pas le faire. Mais Barnes avait une arme à la main, et Steve ne pouvait pas le laisser tirer sur quelqu'un. Ça n'aurait été juste pour personne.

_ Il les a menacé, Pietro était à genoux devant lui !

Pour la première fois, Steve renvoya un coup de poing, et prit le dessus facilement. Barnes était gouverné par la colère et la rage. Lui pouvait encore réfléchir, et quelques instants plus tard, Barnes était allongé sur le ventre, les mains menottées dans le dos.

Pour ne pas lui donner de mauvais souvenirs, Steve s'écarta immédiatement pour le laisser se redresser, mais envoya valser les deux pistolets de l'agent.

_ Barnes, il faut que tu te calmes, supplia-t-il.

_ Tu comprends pas, bredouilla Barnes, et brusquement il céda et s'effondra.

Barnes pleurait à gros sanglots devant lui. Steve resta silencieux, avant de s'approcher et de serrer l'homme dans ses bras :

_ Ça va aller, Barnes…

_ Con-consciemment je sais que ce n'est pas oncle… je veux dire… je sais que ce n'est pas Pierce. Mais je le voyais, Rogers, articula-t-il d'une voix hantée. Et il a menacé Pietro et Wanda et Bruce, et il a blessé Darcy, une gamine que je connais, une gamine adorable.

_ Je sais, souffla Steve. Je sais…

_ J-j-j-j'a-j'allais le tuer, sanglota Barnes, avouant ce que Steve savait déjà.

_ Barnes tu ne peux pas continuer comme ça… Tu devrais… tu devrais peut-être passer une évaluation psychologique. Ou… on a de très bons psychiatres, au FBI.

_ Je peux pas, l'interrompit immédiatement Barnes, terrorisé.

_ Du calme, du calme. Est-ce que… est-ce que je peux te détacher, Barnes ? demanda - supplia presque - Steve. Est-ce que tu es… avec moi et pas avec lui ?

_ J-je… j'en sais rien…

Lentement, Steve laissa sa main parcourir le visage de Barnes, espérant que ce contact physique suffirait à faire office d'ancre.

_ Je te détache, d'accord ? souffla Steve en s'exécutant.

Barnes ne bougea pas, restant assis par terre, se laissant faire quand Steve lui massa doucement les poignets, tout en veillant à ce que les armes restent hors de portée.

_ Barnes… Bucky. Tu sais que je peux pas te laisser avec ces armes. Pas comme ça, pas alors que tu es susceptible de faire une crise à tout moment…

_ Tu peux pas me les enlever, paniqua Barnes en s'agrippant à la main de Steve. J'en ai besoin Rogers. C'est la seule chose qui m'empêche de péter les plombs. C'est… familier. Rassurant.

_ Barnes, te laisser avec une arme chargée, face à des criminels, quand tu vois Pierce à leur place, ce… ce serait irresponsable de notre part à tous les deux. Tu finirais par tuer quelqu'un, et ce serait de ma faute… Tu comprends ce que je veux dire ?

Il tremblait. Steve se mordit la lèvre inférieure, serrant Barnes plus fort contre lui. Une fois de plus, il n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait faire pour l'agent.

_ Qu'est-ce que tu vas faire ? souffla Barnes. Tu vas me relever de mes fonctions, pas vrai ?

Il avait l'air tellement désespéré. Steve tenta de s'imaginer un instant partir au travail sans s'attendre à y retrouver Barnes, que soudain l'homme disparaisse de sa vie.

Ce serait horrible. Invivable.

_ T-tu crois vraiment que les autres me laisseraient faire ? demanda Steve, tentant de faire passer sa peur avec un peu d'humour.

_ Ils le feraient si je le leur ordonnais. Et je ferais ce que tu me diras, Rogers. J'en ai ras-le-bol de lutter contre tout et tout le monde.

_ Il n'est pas question que tu sois viré, Barnes. Je te le jure. Il faut juste qu'on trouve un moyen pour te protéger autant qu'on doit protéger les autres.

Barnes resta silencieux quelques instants, et murmura finalement :

_ On devrait descendre de là. Ils vont finir par s'inquiéter pour nous.

_ Bien sûr, acquiesça immédiatement Steve en s'écartant.

Il se releva, aida Barnes à faire de même, et resta finalement hésitant sur le sort des deux armes à ses pieds.

_ Ils vont se douter de quelque chose si je ne les ai pas, dit seulement Barnes, suivant le même schéma de pensées que Steve.

Alors Steve se pencha, ramassa les deux armes, et vida les chargeurs dans sa main, enlevant toutes les balles :

_ Qu'est-ce que tu penses de ça ? suggéra-t-il à mi-voix.

Barnes haussa les épaules sans faire de commentaires, et glissa les armes dans ses holsters.

_ Comment tu te sens ? demanda Steve, inquiet de l'absence de réponse.

Là encore, Barnes haussa les épaules et tourna les talons.

Steve n'était peut-être pas un spécialiste dans le comportement, mais il en savait assez, surtout sur Barnes, pour savoir que ça ne présageait rien de bon.

Leurs emmerdes étaient loin d'être finies.


Bucky se recroquevilla sous le jet d'eau froide.

Cette soirée avait été un enfer. Il avait failli tuer un homme de sang-froid. Si Rogers n'avait pas été là, il l'aurait tué, traumatisant sans doute une foule d'adolescents qui n'avaient rien demandé.

Il revit Darcy s'écrouler au sol.

Grâce au portable de Bruce, caché dans la poche de Darcy, il avaient tous entendus le plan du jeune scientifique, sachant parfaitement que la "mort" de Darcy avait été feinte.

Mais le hurlement de Pietro résonnait dans ses oreilles.

Et pendant toute la soirée, ça avait été oncle Xander que Bucky avait eu dans son viseur. Mais il y avait toujours eu quelque chose qui l'empêchait de tirer. Quand ce n'était pas la proximité de Bruce ou Wanda, ç'avait été celle de Pietro, ou des autres adolescents.

Parce que même la mort d'oncle Xander ne valait pas la vie d'un de ses enfants.

Bucky avait à peine vu ses enfants en redescendant du toit de l'immeuble. Quelqu'un - il n'arrivait même pas à se souvenir de qui… Peut-être Brock ou Pepper - lui avait dit que Pietro était monté dans l'ambulance avec Darcy et l'avait accompagné à l'hôpital. Wanda était avec Lang, blottie dans ses bras, et Bruce se discutait avec Stark Junior.

Bucky avait l'impression d'être dans un autre monde, comme si tout autour de lui était flou et lointain.

Il revoyait son fils, l'arme à la main, prêt à mettre fin aux jours de Zemo comme lui avait été prêt à le faire quelques minutes plus tôt. Dieu merci, Darcy l'en avait empêché.

Bucky avait beau être un meurtrier depuis l'âge de seize ans, il ne voulait pas que son fils suive le même chemin.

_ Tu trembles, souffla une voix douce.

Désorienté, Bucky rouvrit les yeux pour croiser le regard bleu de Rogers.

_ Qu-qu'est-ce que tu fais ici ? balbutia-t-il.

_ À ton avis, Bucky ? Je prends soin de toi, répliqua Rogers en s'asseyant à côté de lui, se fichant de tremper ses vêtements.

C'était presque à l'aveugle que Bucky avait rejoint les vestiaires à l'autre bout du bâtiment, et c'était sans même se déshabiller qu'il s'était glissé sous la douche, n'ayant besoin que d'une chose : oublier.

Se sentir propre à nouveau.

Ôter ce sentiment de crasse qui lui collait à la peau depuis plus de deux semaines.

Rogers n'avait pas besoin de savoir qu'il avait frotté chaque centimètre de sa peau jusqu'au sang dans l'espoir de ne plus sentir les mains d'oncle Xander sur lui.

_ M-merci pour avant, murmura Bucky.

_ C'est normal, Bucky. C'est normal.

_ Non ça ne l'est pas. J'en ai assez de merder.

Des larmes coulèrent sur les joues de Bucky, se mêlant aux gouttes d'eau qui glissaient sur son corps.

_ Je l'ai supplié, avoua-t-il sans même savoir pourquoi il racontait ça à Rogers. Je l'ai supplié, Rogers. J'étais à genoux devant lui, et je l'ai supplié de pas me faire ça…

Il se laissa faire quand les bras de Rogers s'enroulèrent autour de son corps frigorifié.

_ Chut, murmura Rogers, son souffle chaud dans le cou de Bucky. Ça va aller, Bucky. Tu verras. Ça finira par s'arranger.

_ J'ai vraiment cru qu'il était parti, tu sais ? bafouilla Bucky. Quand on s'est embrassés. C'était différent. Mais je me suis planté. Ce soir il est revenu, et plus fort que jamais.

_ Bucky, Alexander Pierce est mort, asséna Rogers en l'obligeant à le regarder dans les yeux. Je l'ai tué. Je lui ai tiré dessus. Il est mort. La seule force qu'il peut avoir, c'est celle que tu lui accordes.

Et il l'embrassa.

Avec douceur, gentillesse, et une putain d'empathie.

Bucky se laissa aller corps et âme à ce baiser, parce que c'était la seule manière qu'il avait d'oublier. Alors il embrassa Rogers encore et encore. Et Rogers lui rendait son baiser avec passion.

Et Bucky pouvait penser à autre chose qu'oncle Xander.

_ Je te tiens, souffla Rogers contre ses lèvres. Je te tiens, et je te laisserais pas tomber, Bucky. Je te le jure.

Et le pire, c'était que Bucky le croyait.


Scott quitta Wanda avec un léger sourire et rassembla son courage pour rejoindre Barnes.

Bordel, il avait merdé. Barnes allait le virer.

Il s'était tellement inquiété pour Wanda que maintenant il était baisé. Il s'était fait prendre à son propre jeu, tentant d'être à la fois le stagiaire idéal et le petit ami secret. Maintenant il allait être le stagiaire viré, surtout.

Il fallait qu'il s'explique, qu'il s'excuse. Il pouvait dire à Barnes qu'il était amoureux de Wanda, qu'il était prêt à tout pour ne pas la perdre.

Peut-être que ça le convaincrait.

Il ouvrit doucement la porte des vestiaires, prêt à déballer tout un discours, et se figea face à un spectacle auquel il ne s'attendait pas.

Barnes et Rogers s'embrassaient. Pas n'importe quel baiser, c'était le genre qui disait "j'ai besoin de toi".

Quand ils se séparèrent, Scott se dissimula par réflexe, suivant la suite de la conversation sans se faire remarquer.

_ Tes armes, demanda doucement Rogers. Comment tu te sens quand elles sont déchargées ?

_ Ça peut aller, répondit Barnes à mi-voix. Je me débrouille. Je crois que j'ai surtout besoin qu'elles soient… là. C'est comme… une sensation de sécurité.

_ Je couvrirais tes arrières, Bucky. Mais… tu comprends que je ne puisse pas…

_ Je comprends. Mais t'as intérêt à être toujours derrière moi, parce que je ne compte pas arrêter de merder avec les criminels.

_ Crétin, rit Rogers. On fait comme ça, alors ? Je garde tes balles… Et je sauve tes fesses… Pas grand-chose qui change, en fait.

_ Rien ne change jamais, répliqua énigmatiquement Barnes. Rogers…

_ Oui ?

_ Embrasse-moi.

_ Tout ce que tu voudras.

D'après les bruits qui suivirent, Barnes et Rogers se remirent à s'embrasser, laissant un Scott Lang songeur. Alors Barnes et Rogers, hein… Et Barnes qui ne se baladait plus vraiment armé.

Il connaissait des gens que ça intéresserait.

Mais c'était le père de Wanda, songea-t-il en tournant les talons.

_ Alors, Barnes ne t'a pas encore tué ? railla Howard en lui faisant un clin d'oeil.

Scott ouvrit la bouche, puis la referma.

C'était le père de Wanda.

Et il était amoureux de Wanda.

Balancer des infos comme ça, ce serait la trahir elle.

Il allait faire comme s'il ne savait rien. Ce serait plus simple pour tout le monde.


Bucky se figea au moment où Steve entra dans la pièce, mais ne laissa rien paraître, continuant de jouer aux cartes avec Brock, H, Romanoff et Carter. La brune les défonçait tous, et semblait déterminée à ne pas perdre une seule manche. Stark geignait parce qu'il voulait un baiser de la gagnante et Romanoff, malgré sa poker face, détestait perdre plus que tout et mettait toutes ses forces dans la bataille.

_ Alors, Rogers, tout baigne ? demanda Bucky d'une voix traînante.

Steve se contenta de hausser les épaules, son visage aussi lisse que celui de Bucky, et répondit simplement :

_ Il y a des points dans le dernier rapport que tu m'as donné dont j'aimerais discuter avec toi. Mon bureau, maintenant ? suggéra l'agent.

_ Les désirs de Rogers sont des ordres, les gars, soupira Bucky d'un air faussement lassé.

_ Ça ne peut pas attendre ? pesta Brock. J'avais une main gagnante, là !

_ Comme les onze dernières mains, tu veux dire ? ironisa Bucky en ébouriffant les cheveux de son meilleur ami avant de suivre Steve dans son bureau.

Il patienta calmement que Steve ferme la porte derrière lui, et comme toujours, s'assit sur le bureau avec un sourire légèrement provocant.

_ Monsieur Rogers, on désirait me parler ?

_ En effet, agent Barnes, répliqua Steve avec le même sourire, appuyant sur le mot "agent". Je peux voir vos armes ?

_ Servez-vous, Capitaine Rogers.

C'était un jeu entre eux. Un jeu sans aucun gagnant.

Steve commença par le premier pistolet, celui qui pendait à la ceinture de Bucky. En quelques gestes précis, il vérifia que l'arme était déchargée et passa à celle que Bucky conservait dans sa veste, parcourant le torse par-dessus la chemise avec un large sourire.

_ Déchargées toutes les deux, commenta Steve.

_ Une promesse est une promesse, répondit Bucky. La question est, vais-je avoir une récompense pour ça, Steve ?

Ils employaient rarement leurs prénoms respectifs, ne le faisant que quand ils étaient certains d'être seuls. C'était rarement le cas, les deux hommes ne se voyant pas en dehors du travail.

_ Tu sais que tu n'as même pas à demander, souffla Steve en se penchant vers lui.

Une semaine s'était écoulée depuis la prise d'otages. Bucky faisait comme il pouvait pour tourner la page, et Steve l'aidait comme il pouvait. Pietro avait été le plus traumatisé de ses trois enfants, et même Darcy, quand il était allé la voir à l'hôpital, semblait s'être mieux remise que lui.

Bucky savait que son fils faisait des cauchemars mais ne faisait aucun commentaire. Si Pietro voulait en parler, il le ferait. Bucky passait déjà des nuits blanches, alors que ce soit à regarder la télévision ou à rester au chevet de son adolescent de fils, autant faire quelque chose d'utile.

Et il y avait cette relation avec Steve. Il ignorait comment appeler ça. Peut-être était-ce vraiment une relation. Ils n'en parlaient pas vraiment.

Ils s'embrassaient. C'était tout. Steve lui donnait l'impression de rester ancré sur terre, de s'éloigner ne serait-ce qu'un petit peu des cauchemars et de la voix. L'un comme l'autre savait qu'ils n'iraient sans doute pas plus loin que de simples baisers - innocents selon le point de vue de Bucky, amplement suffisants d'après Steve - avant un long moment. Et encore, c'était en étant optimiste.

Bucky ne supportait plus son corps. C'était aussi simple que ça.

Les lèvres de Steve frôlèrent celles de Bucky dans une demande silencieuse : il ne forçait jamais, attendant toujours une confirmation explicite.

Alors Bucky l'embrassa, avec passion, fermant les yeux pour ne pas voir le sourire d'oncle Xander derrière l'épaule de Steve.

Et il y avait les mains sur son corps, la prise froide des menottes.

Bucky s'accrocha à Steve, l'embrassant encore, presque avec violence. Commençant à être alerté par ce genre de signes que Bucky allait mal, le blond voulut s'écarter mais Bucky le maintint contre lui sans la moindre intention de le laisser s'en aller.

Alors Steve abandonna et se laissa aller, comme s'il avait compris que là maintenant, Bucky avait besoin de lui, de son contact.

Tout pour oublier.

Et quand Bucky commit l'erreur de rouvrir les yeux, ce fut un regard bleu d'une froideur reptilienne qu'il croisa.

Oh, James, crois-moi, je n'en ai pas fini avec toi.

Bucky ne put réprimer un sanglot, et se laissa faire quand Steve quitta ses lèvres pour le serrer dans ses bras.

_ Ça va aller, promit-il en lui caressant les cheveux, le dos, toute surface du corps de Bucky tombant à sa portée. Tu verras, Bucky, ça va aller.

Oui, James. Ça ira. Je te l'avais promis, non ? Toi et moi sommes faits pour être ensemble.

Pour toujours.

Et Bucky savait que Steve avait tort quand il disait qu'oncle Xander était mort. L'homme vivrait toujours à travers les sévices qu'il lui avait infligé. Il vivrait toujours en lui.


J'espère que vous ressortez de ce chapitre avec beaucoup de joie et d'allégresse en vous ! (je plaisante, je sais que c'est horrible.) Sinon, je vous ai promis que ça finirait en happy end, et c'est le cas ! Mais c'est pas drôle s'il n'y a pas un peu d'angst entre temps !

Le prochain interlude s'intitulera "Quand les enfants grandissent..."

Sur ce, à la prochaine, moi je retourne à mes révisions !