Je viens de terminer mes premiers congés de l'année, ce qui veut dire que j'ai enfin pu prendre le temps de me repencher sur la traduction de cette merveilleuse histoire. L'autre bonne nouvelle, c'est que mes prochains congés sont en Juillet et que je compte bien les mettre à profit pour poursuivre au moins avec un chapitre ^^


Chapitre Douze

4 Juin 1536

Le mari de Lady Mary Stafford, Will, avait été très compréhensif quand elle lui avait expliqué que, après tout ce qui lui était arrivé, sa sœur avait besoin d'elle à la cour. Un autre homme se serait peut-être opposé à l'idée de son épouse et de son enfant voyageant à Londres, surtout qu'il n'y avait pas été invité lui-même. Un autre homme aurait peut-être fait remarquer que, étant donné qu'Anne avait refusé de prononcer ne serait-ce qu'un mot pour prendre la défense de sa sœur quand Mary avait avoué son mariage secret et sa grossesse, lui ayant demandé de l'aide seulement pour se retrouver bannie de la cour en disgrâce pour un crime pas plus important que de s'être mariée par amour, Mary ne lui devait rien et n'avait pas besoin de tout laisser tomber pour pouvoir se précipiter à la cour pour l'aider – ou que, si elle allait à la cour, elle devrait s'assurer d'exiger un avantage de son voyage, au lieu de prêter assistance à sa sœur à titre bénévole.

Cependant, Will était un homme bon, quelqu'un qui n'était pas rancunier et qui comprenait que, si Anne avait besoin d'elle, Mary ne pouvait pas refuser d'aller la voir. Anne était sa sœur et il n'allait pas essayer de se mettre entre elles. Il avait insisté pour qu'elle y aille et qu'elle reste à la cour aussi longtemps qu'elle en avait besoin ou qu'elle le souhaitait, qu'il pourrait s'occuper de leur petit domaine en son absence.

Elle était tellement chanceuse d'avoir un mari aussi compréhensif. Mary n'avait jamais cessé d'être reconnaissante de l'avoir rencontré et d'être tombée amoureuse de lui. Ce n'était pas un homme riche et ce n'était pas un homme avec un pédigrée noble, quand elle l'avait épousé, elle avait été consciente du fait que certains penseraient qu'elle était idiote d'épouser un soldat pauvre au lieu de profiter de son status de sœur de la Reine d'Angleterre et se mettre en couple avec l'un des nobles riches qui étaient, à l'époque, tellement désireux de s'allier avec la famille Boleyn mais, à son avis, elle n'aurait pas pu faire un meilleur choix.

Quel autre homme aurait épousé une femme qui portait l'ignoble surnom de la 'Grande Prostituée', connue pour avoir été la maîtresse du Roi de France et soupçonnée d'avoir été la maîtresse du Roi qui était maintenant son beau-frère, et ne lui reprocherait jamais son passé et n'y ferait même jamais allusion?

Quel autre homme aurait épousé la sœur de la Reine d'Angleterre mais n'aurait jamais ne serait-ce que songé aux avantages qu'une telle relation pourrait lui apporter, n'aurait jamais proposé ou fait des allusions pour qu'elle fasse une requête à Anne pour une pension ou des domaines, préférant tracer son propre chemin plutôt que de se rendre dépendant de la famille puissante de sa femme?

Quel autre homme aurait partagé son inquiétude pour Anne quand ils avaient entendu parler pour la première fois de leur procès, s'inquiétant pour elle dans l'intérêt de Mary et priant pour elle, la seule aide qu'il avait le pouvoir de lui donner, alors qu'il n'avait même jamais rencontré Anne?

Mary avait un époux qu'elle aimait et elle se considérait bien plus chanceuse que beaucoup de dames à la cour, des dames dont les mariages avaient été le sujet de négociations pour leurs familles et les familles de leurs époux, qui se souciaient uniquement que les contrats de mariage soient indiscutables et que les alliances maritales soient mutuellement avantageuses pour les deux familles, ne pensant pas ou peu à la question de comment le couple s'entendrait en tant que mari et femme une fois que la cérémonie serait conclue, se fichant qu'ils apprennent, ou non, à s'aimer et à être capables de connaître une union de respect et d'affection mutuels, ou s'ils allaient, ou non, finir par se détester, coincés à vie dans une union sans amour.

Elle était certainement bien plus chanceuse que sa petite sœur.

Anne était la Reine d'Angleterre et, en tant que telle, la dame avec le rang le plus élevé du pays mais le mois dernier, son époux avait ordonné qu'elle soit arrêtée et confinée dans la Tour, désireux d'écouter les accusations faites par des hommes qu'il savait être les ennemis de son épouse parce qu'il avait souhaité se débarrasser d'elle aussi rapidement et aussi facilement que possible pour pouvoir la remplacer avec la gueuse guindée et sournoise qui lui avait tapé dans l'œil et s'était faite passer pour une jouvencelle douce et vertueuse dans l'espoir de supplanter Anne, ne se souciant pas d'atteindre son but au prix de la vie d'Anne. Mary souhaitait presque que Jane Seymour soit toujours à la cour; elle lui aurait mis le visage en lambeaux à la moindre occasion et la garce n'aurait plus jamais tapé dans l'œil du Roi, ni dans l'œil de n'importe quel homme.

Quand il était d'abord devenu évident pour la cour que le Roi avait l'intention d'écarter Katherine et de faire d'Anne sa Reine à la place, Mary avait été consciente du fait qu'elle attirait des regards curieux, parfois de pitié des courtisans durant les rares occasions où elle visitait la cour, et elle avait très bien su qu'ils chuchotaient derrière son dos, se demandant s'il y avait une part de vérité dans les rumeurs qu'elle avait été autrefois la maîtresse du Roi, si elle n'avait pas de rancœur vis à vis du fait que, alors qu'elle avait été rejetée aussi facilement qu'elle avait été acceptée, sa petite sœur – reconnue par beaucoup comme étant la moins jolie des filles Boleyn – allait peut-être devenir Reine, ou si elle allait essayer de d'attirer l'attention du Roi loin d'Anne pour pouvoir avoir une chance d'obtenir la couronne elle-même.

Mary n'avait pas envié Anne pour l'amour du Roi à l'époque et elle n'enviait pas son sort maintenant.

Etant donné l'état dans lequel sa sœur était, elle avait l'impression d'avoir eu une échappatoire chanceuse quand le Roi s'était lassé d'elle et elle frémissait rien qu'à penser comment serait sa vie s'il avait décidé qu'il souhaitait qu'elle soit sa Reine, si elle devait endurer la souffrance qu'Anne endurait maintenant. Elle était heureuse en ménage, la compagnie de Will lui manquait même après une brève séparation, alors qu'Anne était si horriblement affectée par ce qui lui était arrivé au cour du dernier mois qu'elle n'osait pas dormir sans s'entourer de ses dames, par peur d'être peut-être encore accusée si elle ne prenait toutes les précautions pour s'assurer que personne n'essayerait encore d'affirmer qu'elle avait un amant.

Quand elle était avec Elizabeth, Anne était joyeuse et animée – ou du moins parvenait à en donner l'impression, dans l'intérêt de son enfant adorée, qui avait été fortement bouleversée par l'affaire, malgré les efforts de sa gouvernante pour la protéger et éviter qu'elle sache ce qu'il se passait – mais en dehors de la nurserie, elle était le fantôme ce qu'elle était autrefois. Elle était tellement silencieuse, même quand elle était dans ses appartements, les pièces qui auraient dû être son sanctuaire, en compagnie des dames qui auraient dû êtres ses amies et servantes loyales et Mary en était troublée.

Elle pouvait se souvenir de comment Anne était enfant, quand elle obligeait leurs nourrices et leur gouvernante à Hever à rester sur leur garde avec sa malice, parvenant la plupart du temps à se sortir des problèmes grâce à son charme, ou durant leur enfance en France, quand elle fascinait et enchantait la cour Française avec son esprit, son style et son habilité en musique et en danse, ou quand Anne était une jeune femme à la cour Anglaise, la préférée reconnue du Roi qui avait été, durant une brève période, une Reine charmante, confiante et bienaimée avant que les choses ne commencent à se passer horriblement.

Elle pouvait à peine croire que la femme couchée maintenant dans son grand lit sculpté, entourée de tous côtés par des dames dormant sur des lits de camps, était la sœur qu'elle connaissait autrefois.

Anne lui avait offert une luxurieuse chambre près de ses appartements mais, bien que Mary avait accepté l'offre que la petite Annie devrait partager la nurserie d'Elizabeth et la prise en charge de ses employées, elle avait opté pour dormir dans la chambre d'Anne au lieu d'une chambre personnelle, pour pouvoir être proche de sa sœur. Les restrictions auto-imposées d'Anne signifiaient qu'elle avait maintenant trois dames qui dormaient autour de son lit la nuit et Mary préférait être l'une de ces dames; si elle l'était, elle pouvait au moins être confiante qu'Anne avait une amie avec elle, au lieu de quelqu'un qui pourrait être désireuse de faire des commérages à son sujet avec d'autres courtisans et, si Nan Saville et Madge Shelton étaient également là, elles pourraient assurer qu'Anne était entourée par des amies, des gens en qui elle pouvait avoir confiance.

Quand elle entendit le bruit de pleurs silencieux, étouffés par oreiller jusqu'à ce que les bas sanglots soient à peine audibles, Mary fût sur pieds en un instant, posant une main sur le dos de sa sœur tandis qu'elle lui caressait les cheveux de son autre main, espérant la calmer. Tout à leur honneur, si Nan et Madge étaient réveillées, aucune d'elle n'en montra le moindre signe, car elles savaient sans aucun doute qu'Anne serait mortifiée si elle réalisait que ses dames, mêmes celles en qui elle avait le plus confiance, l'avaient entendue pleurer.

"Venez avec moi, Anne." Instruisit Mary à sa sœur en un murmure, tirant gentiment Anne sur ses pieds et la faisant enjamber le petit lit vide du côté droit du lit, celui que Mary avait occupé. Elle garda son bras autour de son épaule alors qu'elles sortaient dans la chambre extérieure, où le feu s'était presque éteint depuis qu'elles étaient allée au lit. Après avoir déposé deux bûches sur le feu mourant pour le ranimer, Mary alla chercher des châles en fourrure pour elles deux. Une fois toutes deux enroulées chaleureusement pour se protéger du froid de la nuit, elle s'assit avec sa sœur sur le divan, gardant ses bras autour d'elle pendant qu'elle pleurait, bien qu'elle ne dit rien au départ, même quand les pleurs d'Anne devinrent plus bruyants, frôlant l'hystérie.

A son avis, Anne avait besoin de la libération des pleurs. Elle pouvait comprendre pourquoi elle devait préserver une façade calme au profit de la cour et que cela pourrait lui faire du tort si elle permettait aux autres de voir à quel point, au juste, elle était bouleversée par tout ce qui s'était passé, par peur qu'ils puissent chercher à utiliser n'importe quel soupçon de faiblesse contre elle, mais elle ne pouvait pas garder sa tristesse refoulée pour toujours. Tôt ou tard, cela allait devoir sortir, pour son bien.

"Vous voulez en parler?" Demanda-t-elle doucement après plusieurs minutes, quand les pleurs d'Anne commencèrent à se calmer. "Est-ce que quelque chose s'est passé aujourd'hui?" Elle savait qu'Anne et le Roi avaient parlé aujourd'hui et, puisque Anne n'avait pas dit un mot sur ce dont ils avaient parlé, elle était inquiète, craignait qu'il ait dit ou fait quelque chose qui ait empiré les choses.

Autrefois, Mary avait aimé le Roi – ou du moins avait pensé qu'elle l'aimait. C'était un homme séduisant et son attention avait été très flatteuse pour elle, encore plus que l'attention du Roi François. Elle avait eu l'impression qu'aucun homme ne pourrait jamais lui être comparable et avait été dévastée quand son affection pour elle s'était éteinte et qu'il avait cessé de l'inviter à partager son lit. Maintenant, cependant, elle était furieuse contre lui et, à cela près qu'Anne serait dans une pire position si son époux mourrait, car ses ennemis ne seraient que trop heureux de soutenir la Lady Mary en tant que Reine à la place de la petite Elizabeth, elle aurait aimé qu'il se brise le cou la prochaine fois qu'il ferait une chute à cheval.

Après tout ce qu'il avait fait à Anne, il ne méritait pas mieux.

"Henry a dit qu'il allait donner de nouveaux titres à Elizabeth; elle va être la Princesse Royale et la Duchesse de York." Dit Anne après un long silence, essuyant des larmes froides de ses joues.

"J'en ai entendu parler." Les langues des commères de la cour s'étaient agitées toute la journée et Mary, comme tout le monde, avait entendu parler des plans du Roi, de même que des spéculations sur ce que cela allait signifier pour les deux filles du Roi. Il était généralement reconnu que c'était une preuve supplémentaire que le Roi avait l'intention d'appuyer la petite Elizabeth comme héritière du trône et de faire tout ce qu'il fallait pour s'assurer que son peuple l'acceptait en tant que telle, tandis que la Lady Mary allait continuer à n'être rien de plus qu'une bâtarde royale, et quelqu'un qui était en disgrâce avec son père, avec ça. Elle en avait brièvement parlé à son père et savait qu'il en était très content, sachant qu'il n'y avait pas encore de raison sérieuse de s'inquiéter que le Roi puisse choisir de favoriser la fille de Katherine au lieu de celle d'Anne. "Mais ce sont de bonnes nouvelles, ma sœur," fit-elle gentiment remarquer, "vous ne pouvez pas me demander de croire que vous êtes malheureuse à cause de cela. Que s'est-il passé d'autre?" Elle sourit d'un air contrit. "Je pense ne plus vous avoir vue aussi bouleversée depuis que Papa vous attrapée en train de monter son meilleur cheval de chasse quand vous aviez huit ans."

Anne lui rendit son sourire, se souvenant d'une époque plus simple, quand ses soucis étaient comparativement insignifiants. Presque vingt ans plus tôt, attendre dans la nurserie l'arrivée de son père en colère et savoir qu'elle pouvait escompter une fessée sévère par une main paternelle infaillible avait été un sort assez terrible pour la faire pleurer, mais cela n'était pas comparable à l'attente dans la Tour et savoir qu'elle pouvait escompter d'être amenée à l'échafaud dans quelques jours.

Son père avait eu peur qu'elle tombe et qu'elle se fasse mal s'il ne s'assurait pas qu'elle n'oserait plus jamais monter son cheval de chasse, par peur de son châtiment si non par peur de l'animal. Henry aurait été heureux de la voir se briser chaque os du corps si elle tombait de son cheval, car sa mort l'aurait libérer pour épouser Maîtresse Seymour.

"Il a dit qu'il allait partager ma couche ce soir." Dit-elle, d'une façon presque détachée.

"Le Roi?" demanda Mary d'une voix incrédule.

"Qui d'autre?" riposta ironiquement Anne.

"Mais cela ne fait que..." Mary n'alla pas plus loin; Anne savait que cela ne faisait pas longtemps qu'elle avait été libérée de la Tour, que son nom avait été lavé et sa vie épargnée, sans qu'on le lui rappelle. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle entendait. C'était peut-être le droit d'un époux de partager le lit de sa femme quand il le souhaitait mais, étant donné les circonstances, le Roi aurait pu donner plus de temps à Anne avant de suggérer une telle chose, au lieu d'empirer les choses en la pressant. "A-t-il changé d'avis?" demanda-t-elle doucement, frottant l'épaule de sa sœur. Puisque Nan, Madge et elle devaient passer la nuit dans la chambre d'Anne, on pouvait dire qu'Anne ne s'attendait pas à ce que le Roi fasse acte de présence – à moins, évidemment, qu'elle espérait que leur présence ferait revoir ses intentions au Roi s'il passait par ses appartements ce soir. Anne hocha la tête. "C'est déjà ça, au moins."

"Je pense qu'il savait que je ne voulais qu'il vienne ce soir." Songea Anne tout haut. Peu importe ce dont Henry était capable – et il avait prouvé être capable d'actes qu'elle ne l'aurait jamais imaginé être capable de faire – elle ne pensait pas qu'il la forcerait à coucher, que la loi soit de son côté ou pas. Le côté de lui qui pouvait être si doux et tendre refuserait de la forcer avec des moyens violents tandis que sa fierté serait rebuté par l'idée de devoir la forcer, au lieu de la voir choisir délibérément de coucher avec lui. "Il a dit que nous allions attendre." Elle lâcha un gloussement bas, dépourvu d'humour. "Il n'y a pas si longtemps, j'aurais été absolument ravie de savoir qu'il voulait venir dormir avec moi. Avant le procès, après..." elle déglutit, incapable de parler tout haut de sa fausse couche; c'était toujours trop douloureux de parler du petit garçon qu'elle avait perdu, le petit garçon qui aurait pu faire toute la différence pour elle s'il avait survécu, "Il ne venait jamais dans mon lit, même s'il était presque gentil avec moi le reste du temps."

Avec le recul, elle réalisa que le spectacle d'amitié d'Henry avait, en toute probabilité, eu l'intention de lui donner une fausse impression de sécurité, de lui faire croire que la menace immédiate pour son mariage, à la suite de sa fausse couche, était passée et que la colère d'Henry envers elle s'était évanouie, assez pour défendre sa position et ne plus rien dire sur leur mariage ou sur ses paroles de comme il croyait que Dieu ne leur accorderait pas d'enfant masculin.

Il avait dû vouloir s'assurer qu'elle ne suspecterait pas qu'il avait l'intention de trouver un moyen de se débarrasser d'elle, aussitôt que possible, pour qu'elle ne sache pas que sa position était en danger avant qu'il ne soit trop tard. S'il pouvait la prendre par surprise, alors elle n'aurait pas le temps de consulter un avocat ou un théologien pour trouver un moyen de prouver que son mariage était valise, et elle n'aurait pas pu faire appel au Roi François, dans l'espoir que la perspective d'avoir quelqu'un comme Jane Seymour, dont la famille était connue pour favoriser l'idée d'une alliance Impériale, serait assez d'encouragement pour le pousser à l'aider. Même le consentement de François pour permettre à Elizabeth d'être fiancée au Duc d'Angoulême aurait aidé à renforcer sa position.

Cela aurait montré à Henry qu'il y avait toujours de l'espoir pour que leur mariage soit accepté et que leur fils serait accepté comme légitime, s'il lui donnait l'occasion de lui en donner un.

Henry avait eu l'intention de s'assurer qu'elle n'apprenne pas ce qu'il projetait de faire avant qu'il ne soit trop tard pour être en mesure de se défendre, elle ou leur enfant, de la procédure.

N'importe quel signe de gentillesse ou d'une volonté de réconciliation n'était pas dans son intérêt, c'était pour celui de Maîtresse Seymour, pour que le chemin de la putain jusqu'au trône puisse être tracer le plus en douceur possible. Si cela allait être plus facile pour lui de placer la couronne de la reine sur la tête de la gueuse, il était prêt à se comporter cordialement envers Anne et même à exiger que l'Empereur la reconnaisse en tant que Reine, bien qu'il avait pleinement l'intention que, le temps que l'Empereur puisse répondre à son exigence, elle aurait été remplacée par une dame que l'autre monarque serait plus disposé à accepter.

Cependant, il n'avait pas partagé son lit parce qu'il n'était pas disposé à prendre le risque qu'ils puissent concevoir un autre enfant, un enfant qui aurait protégé Anne tant qu'elle le portait, et pour le restant de sa vie si c'était un fils en bonne santé.

Si Anne était tombée enceinte, alors le désir d'Henry pour un fils aurait pris le pas sur tout le reste et il n'aurait pas été prêt à permettre à qui que ce soit de remettre en doute la validité de leur union ni même d'enquêter sur la possibilité qu'elle puisse être faillible d'une manière ou d'une autre, au cas où elle lui présenterait un beau petit fils dont il ne pourrait jamais permettre qu'on remette en question la légitimité et les droits en tant qu'héritier du trône. Peu importe ce qu'il pensait ressentir pour Jane Seymour, il n'envisagerait jamais d'abandonner sa chance à un fils légitime pour elle.

Même Henry n'était pas aussi épris pour penser que la gueuse en valait la peine.

"C'est compréhensible que vous ne soyez pas encore prête." Dit gentiment Mary, pensant que, à la place d'Anne, il lui faudrait beaucoup de temps avant d'être disposée à permettre au Roi de venir près d'elle, si elle serait un jour disposée vivre à nouveau avec lui en tant que mari et femme. "C'est bien qu'il va attendre."

"Il essaye d'arranger les choses." Reconnut Anne. "C'est pour cela qu'il donne ses nouveaux titres à Elizabeth, et c'est pour cela qu'il a obligé Mary à venir à la cour pour la servir et c'est pour cela qu'il va continuer de la pousser à prêter Serment jusqu'à ce qu'elle cède enfin. Avant que je sois arrêtée, il était plus gentil avec elle, bien plus gentil qu'avant qu'Elizabeth ne soit née. Il a ordonné son retrait de la domesticité d'Elizabeth quand elle était malade, pour son confort, et il a même envisagé de la retirer totalement et de la laisser avoir sa propre domesticité, ou peut-être l'accueillir à nouveau à la cour – Papa me l'a dit." Expliqua-t-elle quand elle vit l'expression perplexe sur le visage de sa soeur et sut que Mary était surprise de penser qu'Henry lui aurait dit s'il avait eu l'intention d'honorer la fille de Katherine. "Henry ne m'a jamais soufflé un mot à ce sujet, sauf pour me dire que je ne devrais pas penser aux fiançailles d'Elizabeth avant que Mary ne soit rangée. Maintenant, il appelle Mary à la cour en tant que servante et il ne veut même pas la voir, parce qu'il pense que cela me fera plaisir s'il l'ignore."

"Cela vous fait-il plaisir?" demanda Mary. Bien qu'elle connaissait Anne depuis qu'elle était née, il y avait des moments où sa sœur était illisible et Mary ne savait pas ce qu'elle ressentait vis-à-vis de sa belle-fille, la jeune fille qui était un rappel vivant de Katherine, pour Anne, pour le Roi et pour de nombreux courtisans, et dont l'insistance qu'elle était l'unique enfant et héritière légitime du Roi, la Princesse d'Angleterre légitime, équivalait à une déclaration qu'Elizabeth était une bâtarde.

Que la Lady Mary soit une menace pour Anne et Elizabeth était indéniable, mais elle ne savait pas ce qu'Anne pouvait ressentir concernant la méthode du Roi pour neutraliser cette menace.

"Je ne sais pas." Répondit honnêtement Anne, se sentant malade de ne pas pouvoir donner une réponse négative définitive. Elle n'aurait pas dû vouloir voir une jeune fille, une fille qui avait énormément perdu et dont la seule faute, si on pouvait appeler cela comme ça, était sa détermination à défendre la position qu'elle voyait comme sienne par droit, de même que le nom de sa mère, souffrir plus qu'elle n'avait jamais souffert. Elle n'aurait pas dû vouloir la voir être mise dans une position qu'elle trouverait humiliante, traitée comme une humble servante alors qu'elle était autrefois la Princesse de Galles, ou de voir Henry rejeter sa fille parce qu'il pensait que c'était ce qu'elle voulait voir, mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir soulagée qu'il prenne le parti d'Elizabeth. "Cela aidera Elizabeth s'il peut montrer clairement à tout le monde qu'elle est son héritière et je veux savoir qu'elle est en sécurité, mais c'est difficile de voir la manière dont il se comporte avec Mary maintenant... la manière dont il se serait comporter avec Elizabeth si j'étais morte. Sauf que cela aurait été pire pour elle. Elle n'aurait eu personne pour prendre sa défense. Les Seymour auraient seulement été intéressés à travailler pour aider la Lady Mary. On aurait appris à Elizabeth qu'elle devait se sentir honteuse d'être ma fille et que j'étais une putain et une traitresse qui méritait de mourir."

Elizabeth était si jeune et une enfant tellement intelligente qu'Anne pouvait imaginer à quel point cela aurait été blessant pour elle d'être rejetée par Henry et d'être traitée comme si elle était souillée par le sang de sa mère.

"Mais Elizabeth est en sécurité maintenant, Anne, et vous aussi." Lui rappela gentiment Mary. "Le Roi n'osera pas encore vous faire comparaitre devant le tribunal – pas même si vous faites réellement quelque chose de mal! – et il va défendre son mariage avec vous." Un homme sans la fierté de Roi aurait pu annuler son mariage s'il le souhaitait vraiment, tant qu'il était disposé à admettre que son ancien mariage avait été valide depuis le début, mais il ne serait jamais prêt à se rabaisser comme cela ou à admettre qu'il avait eu tort d'écarter Katherine. Elle doutait fortement que l'idée lui vienne un jour à l'esprit. "Vous ne devez pas vous inquiéter qu'Elizabeth soit maltraitée. Vous serez la Reine et Elizabeth sera toujours une princesse. Elle ne devra jamais agir en tant que servante de quelqu'un, comme la Lady Mary, et le Roi ne permettra jamais qu'elle soit qualifiée de bâtarde, plus maintenant."

"Je sais." Dit doucement Anne. "Mais ça ne change pas le fait qu'il était sur le point de le faire, n'est-ce pas? Peu importe ce qu'il fait pour s'assurer que les gens voient Elizabeth comme son héritière légitime, cela ne change pas le fait que, il y a quelques semaines, c'était lui qui voulait faire d'elle une bâtarde. Cela ne change pas le fait que la seule raison pour laquelle il le faisait, était de me blesser autant que possible avant de m'envoyer à la mort. Comment puis-je lui pardonner cela?"

"Je ne sais pas." Répondit honnêtement Mary. "Est-ce que vous voulez lui pardonner?" Le Roi pouvait faire tous les efforts qu'il pouvait imaginer pour regagner Anne mais, au bout du compte, ses efforts étaient voués à l'échec à moins qu'Anne ne soit disposée à envisager l'idée de lui pardonner, d'essayer de mettre le passé derrière eux et d'avancer, de lui faire confiance et peut-être même de l'aimer une fois encore.

"Je ne sais pas."


13 Juin 1536

Son procès n'avait été rien d'autre qu'une farce, une formalité dans le meilleur des cas et un spectacle pour la foule dans le pire.

Cromwell n'était pas un imbécile. Aussitôt que Brandon lui avait dit qu'il allait être accusé de haute trahison, il avait su qu'il serait reconnu coupable et qu'il serait condamné à mort. Le Roi avait décidé de faire de lui son bouc-émissaire et il serait déterminé à remettre la faute le plus possible sur lui, dans l'espoir que, s'il pouvait offrir Cromwell en sacrifice, ils seraient satisfaits que quelqu'un soit puni pour ce qui était arrivé à la Reine qu'ils n'avaient que récemment commencé à respecter ou apprécier, et ils ne lui en voudraient plus, à lui.

Comme il était jugé pour haute trahison, il n'avait pas eu droit à un avocat pour parler en sa défense et il n'avait pas eu le droit d'être averti des preuves qui seraient utilisées contre lui, ni l'identité des témoins qui témoigneraient de sa culpabilité. Il n'avait pu se reposer sur rien d'autre que son propre esprit et sa connaissance de la loi, et il avait su que même cela ne le sauverait pas.

Il avait plaidé coupable quand les accusations lui avaient été lues pour la première fois.

Il n'y avait absolument aucune chance pour qu'il soit acquitté, il savait au moins cela, mais il s'était accroché à l'espoir que s'il avouait ouvertement sa culpabilité, s'il admettait avoir procuré de fausses preuves contre la Reine pour qu'elle soit amenée à l'échafaud, s'il prenait toute la faute sur ses épaules et qu'il ne disait aucun mot contre le Roi, n'indiquant jamais qu'il n'avait fait ce qu'il avait fait que parce qu'il pensait que cela lui ferait plaisir d'avoir une raison aussi parfaite de se débarrasser d'une épouse indésirable, que son ancien maître pourrait lui être reconnaissant d'avoir détourner la faut de sa propre tête et qu'il serait peut-être prêt à lui montrer de la pitié.

Cet espoir s'était avéré avoir été vain.

En tant que traître reconnu coupable, il était condamné à mort selon le plaisir du Roi et Maître Kingston lui avait annoncé la nouvelle hier soir qu'aujourd'hui allait être le jour de sa mort. Maître Cranmer était venu écouter sa dernière confession et lui donner l'absolution pour ses péchés, pour qu'il puisse quitter cette vie avec une âme propre, de la compassion et de la pitié mélangées avec de la colère face à la trahison de Cromwell envers Anne, le grand espoir de leur réforme, se bataillant sur ses traits.

Cromwell avait confessé ses péchés et passé la nuit en prière.

On lui amena une assiette de viande, de fromage et de pain et une tasse de bière avec pour déjeuner peu après l'aube. Sa viande et son pain avaient déjà été coupés pour lui et on ne lui avait pas fourni de couteau, par peur qu'il mette fin à ses jours et qu'il prive le bourreau de sa rémunération, comme le Cardinal Wolsey plusieurs années plus tôt, quand il était tombé en disgrâce et pensait ne plus pouvoir être sauvé.

A l'époque, Cromwell avait ressenti du mépris envers son ancien maître face à ses actions, estimant qu'elles étaient non seulement immorales mais également lâches, surtout que tous les espoirs n'étaient perdus pour lui. Aussi fâché que le Roi était contre l'homme qui avait été autrefois son conseiller le plus proche et le plus digne de confiance, Cromwell avait cru Henry quand il avait dit que Wolsey était en vie et il avait considéré que le cardinal avait été bête de mettre fin à ses jours alors que, s'il avait attendu et obéi à la volonté du Roi, en s'excusant pour ses infractions, sa vie aurait été épargnée. Il n'aurait peut-être pas eu l'occasion de se voir restitué son ancien pouvoir et son ancienne gloire, mais il aurait pu partir en tant qu'homme libre.

Maintenant, il pouvait comprendre le désespoir qui avait conduit Wolsey à mettre fin à ses jours et, si ses geôliers lui avaient fourni un couteau, la tentation de mettre fin à ses jours aurait été forte.

Il n'était pas un lâche. Il s'était peut-être accroché à l'espoir au début mais quand le Roi n'avait envoyé aucun message de pardon et n'avait pas répondu à la lettre qu'il lui avait envoyée, lui rappelant ses années passées de loyaux services et implorant la pitié au nom de ces services, il avait su qu'il allait mourir et l'avait accepté. Cependant, la pensée de devoir sortir devant la foule qui était déjà rassemblée, réclamant son sang, et s'agenouiller devant le bloc pour attendre son coup de grâce, sachant qu'il n'y aurait pas une âme dans la foule qui serait désolée de le voir mourir, était une perspective assez intimidante pour lui faire souhaiter pouvoir mettre fin lui-même à ses jours, en privé et à sa façon plutôt que d'attendre que quelqu'un d'autre ne l'abatte.

Mais il n'avait pas un couteau.

Tout ce qu'il pouvait faire était de rester assis là, à écouter la foule crier leurs demandes furieuses de voir l'homme qui avait presque envoyé la Reine Anne à sa mort perdre sa propre tête. Ils avaient dû être tellement déçus d'apprendre que sa condamnation allait être commuée en décapitation et qu'on allait lui être épargné des moyens d'exécutions plus brutaux habituellement employés pour les roturiers.

Lady Rochford avait confessé le crime moins important du parjure et, comme sa vie allait être épargnée, ils allaient être deux fois plus pressés de le voir mourir.

Grâce à son ancienne haute position au service du Roi, Cromwell avait reçu une petite cellule privée au lieu d'être logé dans les cachots et, avant d'entrer, ses geôliers frappaient, en déférence au fait que leur prisonnier avait été autrefois Seigneur Chancelier d'Angleterre et vice-régent des matières spirituelles, et attendaient qu'il les appelle avant d'entrer.

Quand il entendit un coup sur sa porte, son cœur battit furieusement dans sa poitrine mais sa voix était calme et posée quand il parla. "Entrez."

L'expression de Maître Kingston était sombre quand il entra et il inclina respectueusement la tête avant de prononcer les mots auxquels Cromwell s'attendait. "Il est temps."


15 Juin 1536

Sa nouvelle robe était encore plus jolie que ce qu'elle avait imaginé.

Elizabeth avait demandé à sa Maman, encore et encore, de la laisser voir à quoi sa nouvelle robe allait ressembler, mais Maman avait insisté que cela devait être une surprise, promettant uniquement qu'elle s'assurerait qu'elle était très jolie, assez jolie pour que tout le monde puisse voir quelle belle princesse Elizabeth était. La propre couturière de Maman l'avait mesurée pour cela et puis elles avaient fait la robe en secret, et seule Maman avait l'autorisation de la voir avant qu'elle ne soit prête.

Quand Elizabeth s'était réveillée ce matin, sa nouvelle robe avait été soigneusement posée sur le dossier d'un fauteuil, juste à côté de son lit où elle avait pu la voir et, aussitôt qu'elle avait mange son petit-déjeuner et avait pris un bain pour être jolie et propre pour la cérémonie en son honneur, Lady Bryan et certaines de ses demoiselles de compagnie l'avaient aidée à mettre sa robe, coiffant soigneusement ses cheveux et les habillant de perles, de sorte qu'elle soit la plus jolie pour sa journée spéciale.

Ignorant les gentilles remontrances de Lady Bryan de faire attention à sa robe et de ne pas être vaniteuse, Elizabeth tournoya dans la pièce, soulevant ses jupons pour pouvoir admirer l'éclat de la soie ivoire et la complexité de la broderie dorée qui la décorait. Son jupon était fait de damas doré, aussi beau que n'importe laquelle des robes que sa Maman portait, et elle était très contente d'elle quand elle inspecta le résultat dans son miroir.

"C'est une belle robe, n'est-ce pas, Lady Bryan?" exigea-t-elle de sa gouvernante.

"Très belle, Votre Altesse." convint Lady Bryan avec un sourire indulgent, secouant la tête devant la vanité de sa petite protégée.

Depuis qu'Elizabeth était assez âgée pour former ses propres opinions sur ce qu'elle souhaitait porter, elle avait un amour pour la beauté et les bijoux, un amour que la Reine satisfaisait sans vergogne. Elle ne pouvait se souvenir d'une fois où la Reine Anne avait visité Hatfield sans amener de somptueux vêtements pour son enfant, parmi les autres cadeaux desquels elle couvrait la petite fille et, depuis sa libération de la Tour, maintenant qu'Elizabeth et elle vivaient sous le même toit pour la première fois depuis qu'Elizabeth était un petit bébé, elle l'inondait de cadeaux quotidiennement, commandant tellement de nouveaux vêtements pour sa fille que Lady Bryan était certaine qu'Elizabeth serait devenue trop grande pour la moitié d'entre eux avant d'avoir eu l'occasion de les porter.

Il était compréhensible, étant donné les circonstances, que la Reine veuille satisfaire sa fille, pensa Lady Bryan en observant Elizabeth admirer sa nouvelle robe. La gouvernante était très consciente d'à quel point elle était chanceuse d'être toujours la Lady Gouvernante de la Princesse d'Angleterre, prochainement la Princesse Royale, au lieu d'être la gardienne d'une petite bâtarde royale. Si la Reine Anne avait été exécutée, son enfant aurait été rapidement bannie de la cour et loin de la vue du son père. Les réserves de beaux vêtements somptueux se seraient arrêtées avec la mort de la Reine Anne et Lady Bryan aurait dû prier pour que l'allocation qu'on lui aurait accordée pour l'entretien de l'enfant – si on lui en avait accordé une tout court – était suffisante pour l'habiller selon son rang et son sang royal.

Qui pouvait en vouloir à une mère de gâter un peu son enfant, alors qu'elles n'étaient vraiment pas passées loin d'être séparées pour toujours?

Parce qu'elle était aussi consciente de comme Elizabeth aurait pu facilement tout perdre, Lady Bryan ne pouvait supporter d'être trop sévère avec elle pour essayer de contrôler sa vanité, comme elle aurait pu le faire dans d'autres circonstances, avec un autre enfant, pas quand la petite fille avait échappé d'aussi peu au bannissement et à la disgrâce

"C'est une belle robe, pour une belle princesse." Dit-elle à Elizabeth et son compliment fut récompensé par l'un des sourires les plus grands et les plus radieux de la petite fille.

"Merci, Lady Bryan." Rayonna Elizabeth, contente d'elle.

Sa nouvelle robe n'avait pas été sa seule charmante surprise ce matin. Quand elle s'était réveillée, elle avait vu que ses domestiques ne portaient pas leurs tuniques habituellement noires. A la place, elles portaient de splendides livrées en vert et blanc, les couleurs qu'Elizabeth avait choisies. Elle n'était pas non plus la seule à avoir une nouvelle robe; bien que Lady Bryan portait sa robe noire habituelle, toutes les dames de compagnie d'Elizabeth portaient de nouvelles robes, en damas couleur vert printanier avec des jupons en taffetas blancs. Les robes avait une rose Tudor brodée en or sur le corsage et une couronne dorée brodée par-dessus.

Lady Bryan lui avait dit que c'était une manière de montrer qu'elles s'occupaient maintenant de la Princesse Royale, ce qui les rendait encore plus importantes que lorsqu'elles servaient la Princesse Elizabeth.

Elizabeth était contente que ses dames aient la permission d'être plus importantes qu'avant, surtout la Lady Mary. La Lady Mary n'était pas très heureuse depuis qu'elle était venue à la cour, ce qui était très étrange parce qu'Elizabeth savait que c'était un très beau cadeau de pouvoir venir à la cour, surtout pour la Lady Mary, qui n'avait pas la permission de venir avant parce qu'elle était toujours désobéissante et grossière avec Lady Bryan. Peut-être que Mary allait être heureuse maintenant qu'elle avait l'autorisation de servir la Princesse Royale, ce qui la rendait très spéciale.

"Est-ce vous aimez votre nouvelle robe, Lady Mary?" Demanda-t-elle quand sa demi-sœur s'agenouilla devant elle pour attacher son petit chausson en soie à son pied. "Je pense qu'elle est très jolie et qu'elle va très, très bien sur vous." Elizabeth pensait secrètement que la robe verte allait bien mieux à la Lady Mary que les robes noires qu'elle portait habituellement, bien qu'elle savait que cela serait grossier de dire une telle chose tout haut. Mary semblait beaucoup aimer le noir, puisqu'elle portait toujours des robes et des coiffes de cette couleur, mais Elizabeth pensait que ça lui donnait un air très sérieux et très pâle.

Le noir était pour les vieilles dames, comme Lady Bryan, pas pour les jeunes dames qui étaient jolies, comme Mary.

"Oui, elle est très jolie, ma sœur." Répondit automatiquement Mary. Elle put sentir le renfrognement de Lady Bryan devant la manière dont elle s'était adressée à Elizabeth, omettant les honneurs qui étaient requis au nom de l'enfant, mais même Lady Bryan ne pouvait objecter au fait que Mary, la fille reconnue du Roi, se réfère à Elizabeth comme étant sa sœur. Une fois que les chaussons d'Elizabeth furent sur ses pieds, Mary se leva. Sa révérence pour sa petite sœur fut un peu plus qu'un mouvement de sa jupe et une légère inclinaison de la tête, et elle n'aurait même pas fait cela si elle n'avait pas été bien consciente qu'un refus catégorique de le faire aurait poussé Lady Bryan à envoyer des messages de plainte à son père concernant son mépris aussitôt qu'elle pourrait appeler un groom pour les lui apporter.

Depuis qu'elle était arrivée, il n'avait pas daigné lui dire un mot mais elle pouvait facilement imaginer qu'il ne mettrait pas longtemps à faire savoir son mécontentement s'il savait qu'elle défiait ses ordres précis qu'elle devait accorder à Elizabeth tout ce qui était dû à une Princesse d'Angleterre, et elle ne voulait pas que leur premier échange depuis des années commence d'une telle façon.

Quand Lady Bryan lui avait présenté sa nouvelle robe ce matin, Mary avait été humiliée de découvrir qu'une part d'elle en était profondément reconnaissante. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait plus reçu d'allocation pour des vêtements et, depuis lors, ses robes avaient commencé à montrer des signes de longue usure, malgré ses efforts pour prendre soin d'elles et pour les recoudre aussi soigneusement que possible quand elles se déchiraient. A côté des autres filles, qui étaient mieux fournies qu'elle en termes d'allocation pour leurs vêtements, elle savait qu'elle commençait à avoir l'air vraiment minable, comme si elle était une servante subalterne et non pas une dame de compagnie.

Se voir présenter de nouvelles robes, faites de tissus somptueux et d'une jolie couleur, était bienvenu pour la partie de son être qui se glorifiait des beaux vêtements et se languissait des jours où elle était la Princesse de Galles et la chérie adorée de ses parents, une époque où rien n'était trop beau pour elle et où elle avait le meilleur de tout, mais le symbole brodé sur le corsage de la robe, la rose couronnée représentant le statut d'Elizabeth en tant que princesse Tudor, lui donner envie de pouvoir jeter les nouvelles robes et de porter ses robes noires à la place, jusqu'à ce qu'elles ne soient plus rien que des haillons.

Aujourd'hui, son père avait l'intention de conférer le titre de Princesse Royale à Elizabeth.

S'il avait simplement fait d'elle la Duchesse de York, lui accordant seulement un titre au lieu de deux, cela aurait été dur mais pas insupportable. Même si cela aurait été un signe clair qu'Elizabeth était favorisée par son père en tant que princesse alors qu'elle, Mary, n'était vue comme rien d'autre qu'une bâtarde, le Roi avait le droit d'anoblir qui il choisissait. Il avait fait de son fils bâtard, Henry Fitzroy, le Duc de Richmond et Somerset donc Mary aurait pu l'accepter s'il avait fait d'Elizabeth la Duchesse de York, se consolant avec le fait que, elle, avait reçu un titre plus grand, celui de Princesse de Galles, et que le peuple saurait toujours qui était leur véritable princesse.

Avec le titre de Princesse Royale, c'était différent.

Ce titre allait être créé pour l'utilisation de la fille ainée légitime du Roi et, en tant que telle, appartenait à Mary de droit. Si son père et Anne parvenaient à ce que les gens voient Elizabeth en tant que Princesse Royale, il serait plus facile pour eux de convaincre le peuple qu'Elizabeth était la fille véritable du Roi et, en tant que telle, l'héritière légitime du trône, tandis que Mary n'était rien d'autre qu'une bâtarde et une prétendante, revendiquant un titre auquel elle n'avait aucun droit véritable.

Ils étaient détermines à s'assurer qu'Elizabeth soit acceptée en tant qu'héritière et ils allaient se donner en spectacle devant le peuple pour leur faire croire que c'était le cas, les éblouir avec des apparats et des joutes et offrir des banquets fastueux en l'honneur de l'enfant, pour acheter l'amour du peuple en son nom. S'il était possible de faire oublier Mary au peuple, ils y parviendraient. Ils la garderaient cachée, loin de la cour et du peuple, enfermée dans la nurserie jusqu'à ce qu'elle cède enfin en prêtant le Serment, abandonnant son combat pour ses droits.

Mary ne voulait pas penser à ce qu'il pourrait se passer si son père devenait impatient face à son refus et décidait qu'il ne serait jamais en mesure de l'obliger à se soumettre à sa volonté.

Serait-il prêt à consentir à son meurtre si cela voulait dire qu'il pouvait sécuriser le trône pour Elizabeth et revenir dans les bonnes grâces d'Anne?

Mary ne voulait pas croire que cela serait possible. Elle devait croire que l'amour de son père pour elle la maintiendrait en sécurité, qu'il ne consentirait jamais à l'idée que qui que ce soit assassine sa propre chair et son propre sang, peu importe à quel point elle le mettait en colère en refusant de céder et de prêter Serment, la seule chose qu'il lui demandait en échange pour une restauration dans ses bonnes grâces et la seule chose qu'elle ne pourrait jamais lui donner.

Une fois la petite Elizabeth prête, Mary observa Lady Bryan inspecter sa charge avec un regard affectueux. Comme Lady Salisbury, qui avait été la gouvernante de Mary jusqu'à ce que le Roi envoie l'ordre que sa domesticité à Hatfield soit dissoute, Lady Bryan était dévouée à l'enfant confiée à ses soins. Elle était fière d'avoir été chargée de la prise en charge de l'enfant du Roi, de la soi disant princesse, comme n'importe quelle dame dans sa position l'aurait été, mais elle tenait également à Elizabeth pour elle-même et Mary pensait que sa fierté de l'enfant était presque comme celle d'une grand-mère.

Satisfaite qu'Elizabeth était prête, Lady Bryan tourna son attention vers les dames de compagnie, les inspectant de près, scannant leurs robes à la recherche de plis ou, encore pire, de tâches, et s'assurant que leur coiffes Françaises étaient droites et que personne n'avait un cheveu de travers.

Elle hocha la tête, indiquant qu'elles avaient passé son inspection. "Très bien, mes dames." Dit-elle d'un ton approbateur. "Je pense que nous sommes toutes prêtes." Elle sourit à Elizabeth. "Et je suis sure qu'il y aura beaucoup, beaucoup de personnes qui sont impatientes de voir la Princesse Elizabeth. Nous ne devons pas les faire attendre, n'est-ce pas? Lady Mary," sa voix devint dure lorsqu'elle s'adressa à Mary. "Sa Majesté le Roi a ordonné que vous n'ayez pas la permission d'assister à la cérémonie aujourd'hui, étant donné que l'on ne peut vous faire confiance de bien vous tenir. Vous allez attendre dans votre chambre jusqu'à notre retour."

"Oui, Lady Bryan." Répondit Mary, essayant de bouger la maussaderie de sa voix.

Si elle assistait à la cérémonie élevant sa petite demi-sœur, elle était certaine qu'on lui aurait demandé de porter la traine d'Elizabeth alors que la petite procession s'avançait jusqu'à l'estrade, où le Roi serait en train d'attendre pour conférer les nouveaux titres à l'enfant qu'il insistait pour appeler son héritière légitime.

A Hatfield, on lui ordonnait fréquemment de porter la traine d'Elizabeth, même quand Elizabeth était juste un bébé, et le comportement de Lady Bryan indiquait toujours qu'elle croyait que Mary devrait considérer qu'avoir la permission de le faire était un grand honneur, comme si elle était véritablement une bâtarde qui devrait être reconnaissante pour la plus légère démonstration de reconnaissance de la famille royale. Bien qu'elle était reconnaissante qu'elle n'allait pas être forcée d'endurer l'indignité d'accomplir la tâche devant toute la cour et les gens du peuple, Mary était consciente qu'il y aurait eu certains avantages si elle s'était occupée d'Elizabeth durant la procession.

Si elle était là, alors le peuple la verrait.

S'ils la voyaient, Mary était certaine qu'ils ne seraient pas contents de voir la jeune fille qu'ils avaient appelée leur princesse pendant si longtemps forcée à porter la traine de l'enfant qui avait usurpé sa position, obligée de marcher derrière elle comme si elle devait penser être honorée d'être autorisée à marcher dans l'ombre d'Elizabeth. Ils se seraient écriés à l'idée que leur Princesse Mary soit humiliée de la sorte façon, insistant pour que ce soit elle qui soit honorée aujourd'hui, pas la petite Elizabeth, et même si son père n'annulait pas la cérémonie et ne revoyait pas l'idée de conférer les titres à Elizabeth, au moins, il saurait ce que son peuple pensait de la situation. Au moins il saurait que son peuple voyait Mary comme leur véritable princesse et qu'ils n'accepteraient jamais volontairement Elizabeth à sa place.

Mais Anne et lui étaient bien trop intelligents pour permettre que cela se produise.

Au lieu de cela, ils allaient garder Mary enfermée, loin des yeux et, comme ils l'espéraient presque certainement, loin du cœur. Ils allaient parade Elizabeth, comme si elle était la vraie Princesse d'Angleterre, la seule fille du Roi, et faire confiance à la beauté et au charme considérable de l'enfant pour l'aider à conquérir le peuple et à leur faire oublier Mary, comme si elle n'avait jamais existé.

Lady Bryan mena la procession, tenant la petite main d'Elizabeth dans la sienne, et les autres dames suivirent, deux par deux, toutes impatientes d'aller à la cérémonie et aux célébrations qui, elles le savaient, prendraient place après.

Mary se retrouva seule dans la nurserie, oubliée aussitôt que la porte se referma derrière elles.


Quand Henry avait d'abord décidé qu'il ferait une cérémonie complète pour marquer les nouveaux titres d'Elizabeth en tant que Princesse Royale et Duchesse de York, au lieu de simplement envoyer des proclamations pour faire savoir au peuple que sa fille allait être honorée, il avait eu quelques inquiétudes concernant le fait qu'Elizabeth était, ou non, assez âgée pour savoir comment se comporter durant la cérémonie, heureusement, ces inquiétudes avaient été sans fondement.

Elizabeth n'était peut-être encore qu'à quelques mois de son troisième anniversaire mais elle avait l'intelligence et la grâce d'un enfant bien plus âgé et, entre elles, Anne et Lady Bryan s'étaient assurées qu'elle était soigneusement entraînée pour avoir la bonne attitude, afin qu'elle se comporte comme le devrait une princesse, comme le peuple qui observerait la cérémonie s'attendrait à ce qu'elle agisse.

La fille du Duc de Norfolk, la cousine d'Anne, Lady Mary Howard, avait eu l'honneur de la tâche du port la traine d'Elizabeth – un honneur qui serait revenu à Mary, si la fille avait été raisonnable et avait admis qu'elle était une bâtarde au lieu de s'accrocher à un mensonge – tandis que le neveu d'Henry, Seigneur Edward Brandon, portait un coussin en velours rouge rebondi sur lequel était posé l'adorable couronne parée de bijoux qu'Henry avait commandé, prête à être placée sur la tête d'Elizabeth au bon moment. Deux des dames d'Elizabeth suivaient, portant le manteaux en velours pourpre et en hermine.

"Faites de la place pour la Princesse Elizabeth! Faites de la place pour Son Altesse!" Avec le cri de l'héraut, les gens dans le Hall s'écartèrent, libérant un passage entre eux pour permettre à la petit procession de passer.

Elizabeth garda le dos droit et la tête haute alors qu'elle marchait, comme une princesse le devait, accordant des sourires radieux aux courtisans et aux gens ordinaires alors qu'elle marchait jusqu'à l'estrade. Même de son trône, Henry pouvait entendre les murmures approbateurs et voir les grands sourires sur les visages des gens alors que le bambin faisait sa procession solennelle jusqu'à l'estrade. Peu importe ce qu'ils pensaient de lui, d'Anne ou de la légitimité d'Elizabeth et de son droit au titre de Princesse, il aurait fallu avoir un cœur de pierre pour résister à ses charmes. Elle les enchantait tous.

Il entendit plus d'une personne remarquer la ressemblance entre Elizabeth et Anne, et il devait admettre que c'était indubitable. Elizabeth avait eu la chance d'avoir les traits de sa mère et, plus que cela, la grâce et le charme qui rendaient Anne aussi captivante. Quand Elizabeth serait une femme adulte, elle serait une véritable beauté, qui pourait asservir sans effort l'affection de ses courtisans et de ses sujets. Ils allaient l'aimer, peu importe ce qu'elle ferait, avec la même dévotion qu'Henry avait autrefois entretenu pour Anne.

Son épouse était assise à ses côtés et il jeta un œil furtif dans sa direction, se sentant ridiculement content de voir sa joie sincère face aux évènements et à la vue de leur fille.

Anne était une belle femme mais, quand elle souriait comme cela, c'était une déesse, Aphrodite venue sur Terre pour les bénir de la radiance de sa présence. Quand sa Grande Affaire était en progression, quand il avait dû se battre contre un pape réticent pour arriver à ce qu'il reconnaisse son affaire, et faire pression sur un cardinal réticent pour arriver à ce qu'il donne suite au procès et qu'il prononce un verdict favorable, Henry avait parfois ressenti un doute tenace, s'il devait poursuivre cela ou pas, surtout qu'il ne pouvait pas s'empêcher d'être conscient de la souffrance que cela infligeait à Katherine, qui était une femme bien, même si elle était bornée, et de ce que cela signifierait pour Mary s'il réussissait.

Un sourire d'Anne avait alors été suffisant pour le convaincre qu'il faisait ce qu'il fallait faire, le rassurant que, peu importe le prix qu'il devait payer pour qu'ils soient ensemble, cela en vaudrait la peine.

Il aurait sacrifié son royaume pour une heure dans les bras d'Anne.

Il aurait déchiré la Terre en deux pour un sourire.

Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus vu ce sourire, plus depuis qu'Elizabeth était née, quand Anne s'était excusée auprès de lui pour avoir porté une fille au lieu du fils qu'elle lui avait promis. Elle avait fait semblant et elle avait fait si bien semblant que peu de personnes auraient cru que son sourire n'était pas sincère, mais Henry, qui avait vu la radiance des véritable sourires d'Anne et s'y était habitué, ne pouvait pas être trompés par la brillance du faux or et il avait pu voir que, quand les lèvres d'Anne se courbaient en un sourire, il y avait toujours une touche de tristesse ou de méfiance dans ses yeux, presque comme si elle n'était pas sûre que c'était sans danger pour elle d'être heureuse... mais, s'il était honnête avec lui-même, il devait admettre qu'il ne lui avait pas donner beaucoup de raisons de sourire ces dernières années.

Maintenant qu'il pouvait à nouveau voir son sourire, il se rappela à quel point cela lui avait manqué et il était heureux de le voir, même si ce sourire était dirigé vers Elizabeth et non vers lui.

Il était content de ne pas l'avoir blessée aussi gravement qu'elle n'était plus capable de ressentir cette joie.

Quand Elizabeth atteignit le pied de l'estrade, elle fit une révérence gracieuse mais sa lourde robe l'empêcha de s'agenouiller. Henry lui sourit alors qu'il écoutait le chevalier d'armes Garter lire le brevet à haute voix.

"A tous les nobles et gentilshommes ici présent, faites savoir qu'Elizabeth, la bonne altesse, la bonne excellente et noble Princesse d'Angleterre, la plus chère et entièrement bien-aimée fille de notre redouté et gracieux seigneur souverain, le Roi Henry Huit est, par ordre de Sa Majesté le Roi, aujourd'hui nommée Duchesse de York et Princesse Royale."

Henry souleva la couronne parée de bijoux du coussin qu'Edward Brandon tenait et la posa doucement sur la tête d'Elizabeth. Il avait averti le l'orfèvre qui l'avait confectionnée qu'il devait s'assurer qu'elle soit assez légère pour qu'un petit enfant de l'âge d'Elizabeth puisse la porter confortablement et il fut content de voir que ses ordres avaient été suivis. Les diamants qui ornaient la petite couronne dorée clignotaient dans la lumière filtrant au travers des fenêtres alors qu'Henry prenait le manteau des domestiques de sa fille et l'enroulait autour de ses épaules. Une fois cela fait, il s'agenouilla à la hauteur de sa fille pour l'embrasser cérémonieusement sur les deux joues, riant quand Elizabeth brisa le protocole pour enrouler ses petits bras autour de son cou et lui donner un bisou bruyant sur la joue, un geste qui provoqua des chuchotements amusés et indulgents des gens qui regardaient et qui fit très plaisir à Henry.

Il se leva, faisant gentiment tourner Elizabeth pour qu'elle fasse face à la foule assemblée, et posa ses mains sur ses épaule tandis qu'il s'adressait à eux. "Mon peuple, permettez-mois d'être le premier à vous présenter Son Altesse la Princesse Elizabeth, Princesse Royale et Duchesse de York." Une vague d'applaudissements chaleureux salua son annonce et Elizabeth, rayonnant, se baissa en une révérence reconnaissante en réponse, clairement ravie par l'attention qui lui été accordée. Henry s'abaissa, soulevant prudemment Elizabeth de manière à ne pas renverser sa couronne ni chiffonner son manteaux, et il l'embrassa à nouveau sur la joue. "Félicitations, ma précieuse chérie." Lui dit-il chaleureusement.

Elle l'enlaça à nouveau. "Merci, Papa."

Anne se leva de son trône, se tenant à côté de lui et tendant la main pour caresser les cheveux d'Elizabeth, souriant largement alors qu'elle embrassait la joue douce de leur fille. "Je suis tellement fière de vous, ma chérie." Dit-elle doucement à Elizabeth. "Vous êtes tellement belle – ma petite princesse." Elizabeth lui fit un sourire radieux, se penchant plus près d'Anne pour pouvoir l'enlacer aussi. "Je vous aime tellement." Dit Anne en un murmure, ses mots destinés uniquement pour les oreilles d'Elizabeth, bien qu'Henry put les entendre aussi.

Avec un dernier baiser pour Elizabeth, Henry reposa sa fille à terre, posant une main tendre sur son dos. "Il va y avoir une joute maintenant, chérie, en votre honneur – ce qui signifie que c'est vous qui remettrez les prix aux gagnants." Bien que le rôle était traditionnellement réservé pour la Reine, Anne avait insisté que c'était la journée d'Elizabeth et qu'elle devrait faire les honneurs.

Elizabeth sautilla avec excitation face à l'annonce, la dignité oubliée, et il fallut peu d'amadouements de Lady Bryan pour la convaincre de laisser sa gouvernante prendre le manteau très lourd de ses épaules, de sorte qu'elle ne serait pas encombrée quand ils iraient sur le champ de joute. La couronne, elle refusa de s'en séparer. Henry imagina que la pauvre Lady Bryan allait avoir du mal à persuader sa charge de l'enlever quand il serait temps d'aller au lit. Elle n'allait certainement pas être en mesure d'amadouer Elizabeth pour lui permettre de la bouger avant cela.

Il indiqua avec un signe de la main que les courtisans pouvaient se diriger vers l'arène de la joute, décidant instinctivement de se passer de la cérémonie pour le moment, plutôt que d'obliger Anne à lui prendre le bras et à l'autoriser à la conduire là-bas, à la tête d'une procession formelle.

A sa grande surprise, une fois que le Hall fût vidé et qu'il était prêt à se diriger vers le champ de joute lui-même, il sentit une main douce prendre la sienne et il se tourna pour voir Anne le regarder.

"Merci d'avoir fait cela pour Elizabeth."

Son sourire était petit mais il était véritable et il était pour lui. Henry put sentir son cœur se gonfler en le voyant.

Peut-être qu'il n'était pas trop tard pour eux.

A suivre