J'ai honte, quand je vois le temps qu'il m'a fallu pour mettre par écrit ce chapitre.
La guerre avait été déclenchée par l'attaque simultanée de deux colonies de la Ligue, mais il fallut attendre que la flotte Impériale prenne une demi-douzaine de colonies pour que la bureaucratie prenne enfin la décision de lâcher la bride au cou de l'armée et ordonne la mobilisation générale. S'ensuivit la nomination de l'amiral Christen à la tête de la flotte, homme d'une soixantaine d'année à la réputation bien établie de commandant compétent et de stratège le plus doué de la flotte. Celui-ci ordonna le rassemblement de toutes les forces disponible en orbite autour de la colonie de Wyrmar, celle-ci abritant les plus importants chantiers navals du secteur et l'installation de ce type la plus grande de toute la Ligue, fournissant à elle seule plus d'un tiers des besoins en nouveau vaisseaux et en cale sèche de la nation. On l'entendit bientôt affirmer haut et fort que tant que cette planète tiendrait, la guerre ne serait pas terminée.
En cela il calcula juste car l'avant-garde de L'Imperium se heurta à une défense féroce dans le secteur et fut contraint de se replier. Même si les pertes de l'ennemi furent mineures, le téléphone arabe fit vite passer la petite formation de croiseurs Impériaux pour une flotte entière de cuirassés dont ils auraient perdu la moitié en se sauvant comme des lâches.
Encouragé par cette victoire, le ministère céda aux insistances de l'amiral Christen et fit converger vers Wyrmar tous ce que la Ligue comptait comme militaire ayant un tant soit peu de réputation.
C'est ainsi que Jill reçu sa nouvelle affectation comme chef d'escadre à bord du porte vaisseaux « Le Hardi ». Bien que l'idée de quitter enfin les bureaux du ministère l'emplisse de joie, elle était quelque peu préoccupée, LL avait disparu depuis bientôt dix jours ne laissant derrière lui qu'un mot dans lequel il l'invitait à poursuivre ses exercices en son absence, sans autre explication. Elle ne s'était pas inquiétée outre mesure, LL était coutumier de ce genre de disparition, mais elle embarquait d'ici quelques heures et cet imbécile n'avait pas encore montré le bout de son nez.
- Excusez-moi Lieutenant Colonel ?
Elle leva le nez de son rapport et en resta coite de surprise, LL se tenait devant elle au garde-à-vous vêtu de l'uniforme de la ligue. La seule chose qu'elle trouva à dire fut :
- Euh…
- Enseigne Lucien Leroy, je vous ai été affecté comme ordonnance par le Contre-amiral Marjevols, voici mes ordres de transfert.
Sur ce il lui tendit un document puis repris sa position. Jill le parcourut sans cesser de jeter des regards en coins à son porteur. Il portait la signature du Contre-amiral Marjevols, de même que celle de l'un de ses sous-officiers, jusqu'au cachet du bureau des affectations militaires d'Acrilla tout semblait en règle. Elle le détailla des pieds à la tête : il se tenait toujours au garde à vous, parfaitement droit, les pieds à 10h10, le menton légèrement relevé, il semblait sorti tout droit d'un manuel et aurait fait la fierté de n'importe quel instructeur, d'autant que son uniforme lui allait comme un gant comme s'il avait été taillé sur mesure pour lui, ce qui à la réflexion était fort possible, voir très probable le connaissant.
- Repos enseigne Leroy.
- La posture de LL, ou plutôt de l'enseigne Leroy s'affaissa.
- Je dois avouer que je suis impressionnée LL, s'engager sous un faux nom c'est une chose, mais réussir à obtenir une affectation… Elle est authentique ?
- Tout ce qu'il y a de plus authentique, comme l'indique la date, le Contre-amiral l'a signée il y a tout juste une semaine.
- Vraiment ? Et si je venais à lui demander, pourrais-t-il me le confirmer ?
Il haussa les épaules.
- C'est un homme très occupé, il signe beaucoup de choses toute la journée, on ne peut pas lui demander de se souvenir de tout.
- Bien sûr, donc pendant ces dix jours ou je me suis fais un sang d'encre tu était tout simplement parti t'engager à Acrilla à a peine 15 heures lumières, pourquoi ne pas le faire ici ?
- Parce que le bureau ne recrutement d'Acrilla ne traite pas lui-même ses dossiers, c'est la responsabilité d'un autre bureau à Kaen qui en fonction de leur nature les fait suivre aux instances concernées, lorsqu'ils s'apercevront que mon dossier est anormal ils le renverront à Acrilla qui devra ouvrir une enquête etc.… Le temps qu'ils découvrent le pot aux roses tout cela n'aura plus d'importance, les joies de la bureaucratie.
- Et pour ton pseudonyme ? Lucien Leroy ? Sérieusement LL Je me demande si le vaisseau supportera le poids de ton ego.
Il se contenta de lui adresser un sourire en coin.
- Si je puis me permettre Lieutenant-colonel, notre vaisseau décolle d'ici moins de trois heures, je suggère que nous gagnons la zone d'embarquement,
- Jill jura entre ses dents, ses affaires n'étaient pas prêtes, elle allait devoir rentrer chez elle en quatrième vitesse.
- J'ai pris la liberté de faire porter nos valises jusqu'à notre vaisseau mon Lieutenant. Ajouta LL comme s'il lisait dans ses pensées.
- Mais je n'ai pas préparé de val… Elle choisit de ne pas finir sa phrase, elle aurait du s'indigner qu'il se soit permit de fouiller dans ses affaires, mais cela aurait été vain après tout il faisait aussi la lessive, il n'y avait rien qu'il n'ai déjà vu. Très bien enseigne Leroy allons-y. Je suppose que le taxi nous attend en bas ?
-Vous supposez bien mon Lieutenant.
Le vol vers la planète assiégée ne dura que quelques jours. Tandis que leur vaisseau commençait les manœuvres d'amarrage, Jill put admirer par le hublot de sa cabine (un des menus avantages de son statut d'officier) les monstrueuses cales sèches des chantiers navals. Elles étaient déjà pleines à craquer d'appareils en cours d'assemblage ou en réparation et la majeure partie de la flotte patrouillait majestueusement autour d'elles.
- C'est le plus gros déploiement de force de l'histoire de la Ligue, s'enthousiasma-t-elle devant L.L. qui jeta un coup d'œil vaguement intéressé par ledit hublot.
- Je ne vois là aucune raison de s'extasier. Il n'y a là guère qu'une trentaine de cuirassé, ce qui constitue près de la moitié de ce que la Ligue possède. Plus de la moitié, si l'on retire du compte ceux qui sont en réparation ou en cours d'assemblage. Et malgré leur taille, les sept porte vaisseaux que je vois ici ne seront que d'une aide très limitée en cas de bataille spatiale.
Jill lui adressa un regard grognon mais ne le reprit pas, elle était trop contente de rejoindre le front pour que la négativité de LL l'atteigne.
- D'après les rapports de l'amirauté, les Impériaux n'auraient qu'entre vingt et trente cuirassés dans notre espace, lui fit remarquer Jill. En admettant qu'ils rassemblent toutes leurs forces, nous serons supérieurs en nombre, ne serais-ce que grâces aux stations de défense de la planète qui peuvent chacune se prévaloir d'aligner autant de batteries qu'un cuirassé.
- Alors face le ciel que les Impériaux suivent les prévisions de l'amirauté, répondit LL sarcastique.
A peine sortie du sas de décontamination, elle entendit son nom crié dans le hall, lorsqu'elle voulut en déterminer l'origine elle fut moyennement surprise d'apercevoir Abigail faisant des grands signes dans sa direction. Elle choisit d'aller droit vers pour s'épargner un plus grand embarras.
-Jill ça me fait plaisir de te revoir dit-elle en l'embrassant dans une étreinte peu réglementaire.
- Moi aussi ça me fait plaisir, mais on est en public… le règlement voudrait que tu me salues…
-Et depuis quand tu suis les règlements hum ? Laisse moi te regarder, tu n'aurais pas pris du ventre dis ? Voila ce qui arrive quand on reste le cul sur une chaise, on s'empâte.
- Lieutenant-colonel ? Vos bagages ont étés transportés dans vos quartiers.
- Heu merci Leroy, tu…Vous pouvez disposer.
Lorsqu'elle se retourna, elle réprima un mouvement de recul, elle n'aimait pas du tout l'expression réjouie qui s'affichait sur le visage d'Abigail.
- Mais dis donc tu me fais des cachotteries, je comprend mieux pourquoi tous ceux que je te présentait ne t'intéressait pas, tu les prend au berceau, une vrai couguar roaaar.
- Ce n'est pas ce que tu crois. Répondit Jill rouge comme une pivoine. C'est juste Leroy, mon ordonnance, il m'a été affecté par la hiérarchie. - Cet imbécile ?
- Vraiment ?Elle reluqua l'enseigne Leroy qui s'éloignait. Mmm Si j'avais su j'aurais tenté le concours de l'école d'officier, il est un peu jeune mais j'en ferais bien mon quatre heures.
Luttant contre les images conjurées dans son cerveau, Jill choisit de détourner la conversation.
- Et nos tourtereaux comment vont-ils ?
-C'est drôle que tu en parles parce que pas plus tard qu'hier…
