Hello ! Enfin une update ! En regardant la date de publication du dernier chap, je me rendu compte que ca datait un peu lol ! Erreur reparée ! Bonne lecture et n'oubliez pas les comms !

Phénix


Chapitre 11 - Emmenagement et points de suture...

-C'est vide…

Telle fut ma première constatation quand, le lendemain de mon arrivée en Allemagne, je pris possession de mon appartement, situé dans le centre ville de Hamburg, avec une vue splendide sur une vaste place entourée de magasins.

Accompagnée d'Anna qui ne travaillait pas ce jour, nous avons gagné mon appartement et, aussitôt, avons commencé à installer mes meubles qui se faisaient trop rares pour remplir tout l'espace du quatre pièces que les garçons m'avaient généreusement acheté – chose que j'ignorait jusqu'à ce qu'Anna vende la mèche sans faire attention, comme toujours.

-Ils n'auraient pas du, je dis ensuite en ouvrant la fenêtre pour changer l'air qui sent le renfermé.

-Quoi ? Te l'acheter ? demande Anna, penchée par une autre fenêtre, regardant en bas. C'est Bill qui en a eu l'idée. Et puis c'est un petit appartement, il n'a pas coûté bien cher. De plus, si tu t'en vas un jour, il ne sera pas perdu, je te rappelle que je vis à l'hôtel…

-Exact, je fais, un index levé. Bien ! je dis ensuite. Que faire ? C'est bien trop vide à mon goût…

-Si tu as un peu d'argent, on peut aller faire les magasins de meubles, propose alors la rousse. Il te faudrait un canapé, une table basse, une salle à manger, quelques rangements, un poste de télévision…

-Je n'ai sûrement pas assez pour payer tout ça, si j'ai mille euros, c'est le bout du monde, je dis en faisant la moue. Il va falloir que je me trouve du travail…

-Du travail ? Pourquoi donc ?

-Heu, je dois bien manger quand même, je dis, étonnée.

-Et si les garçons s'en vont en tournée, tu vas rester coincée ici pour assurer ton travail ? Ça m'étonnerait, dit Anna, les poings sur les hanches.

-Je n'y avais pas pensé, j'avoue alors, les joues rouges.

-J'ai cru comprendre que tu écrivais, non ?

-Oui mais…

-Les Allemands aiment les auteurs français, dit mon amie. Nous sommes nombreux à parler français presque couramment, tu sais. Et je connais une maison d'édition pas loin et très sympa.

-Tu connais ?

-Mon cousin la dirige…

-Ha… Je vois. Cependant, je doute que mes écrits plaisent.

-On verra bien. Et puis, même si tu ne publies qu'un seul livre, sa vente pourra te permettre de vivre quelques temps, non ?

-Je ne sais pas… Enfin, on verra ! Pour l'instant, l'urgence c'est de m'installer. Pour l'instant, je n'ai que les meubles de ma chambre, et un clic-clac pour dormir.

-On va aller t'acheter un lit, ton clic-clac servira de canapé dans ton salon, dit Anna en montrant ledit meuble posé en vrac sous la fenêtre, recouvert d'une housse en plastique. Une table basse, il y en a pour quelques euros dans tout bon magasin de meubles en kit. Des commodes et chiffonniers, aussi. Tu sais quoi, je vais t'aider à payer une partie de ces trucs. Tu me rembourseras plus tard.

-Quoi ? Non, Anna, je ne peux pas.

-Encore ta maudite morale ? Ecoute, Marie, dit Anna en fronçant les sourcils. Entre nanas, il faut se serrer les coudes, ok ?

Je serre les dents puis accepte en marmonnant. La seconde d'après, nous sommes en bas de l'immeuble et Anna me traîne dans la rue pour attraper un tram.

Nous passons ensuite la fin de la matinée à aller de magasin en magasin sans rien acheter. Nous faisons une pause à un café pour grignoter quelque chose à midi, puis nous repartons et, alors que nous poussons la porte d'un petit magasin de vente en vrac, le genre de magasin qui vent aussi bien des meubles que de la vaisselle ou des vêtements, je pile au beau milieu de l'entrée :

-Celui-là, je dis en montrant du menton un lit à Anna.

-Ce truc ? dit mon amie en regardant le lit énorme, deux places, à la tête et au pied de lit en chêne massif finement ciselé et deux matelas superposés. Mais c'est vieux…

-C'est vieux mais c'est solide, dit un vendeur en approchant.

-Vous parlez français ? je dis, surprise.

-Suffisamment pour vous comprendre, dit le vendeur en me souriant. Vous venez de France ?

-Moi non, dit Anna. Je vis ici. Mais mon amie est arrivée hier et nous cherchons à meubler un peu son appartement…

-Je vois… dit le vendeur. Hum… ce lit est à deux cent euros.

-C'est tout ? je dis, les sourcils haussés. Mais…

-Il est en exposition depuis près de trois mois, le bois a joué à force que les gens l'essayent mais il est en très bon état. Il vous durera plusieurs années, croyez-moi.

Je pince les lèvres et regarde Anna qui s'approche du lit, montant de ce fait sur le podium où il est exposé. Elle laisse filer sa main sur les ciselures du pied de lit, puis sur les draps et regarde de près les moulures de la tête de lit.

-Il est abîmé ici… fait-elle alors. Une éraflure… Et là, le pied est fendu… Cent cinquante euros, dit-elle ensuite.

Le vendeur plisse le nez. Je regarde Anna, choquée par son audace, puis soudain, le vendeur tire un carnet de la poche arrière de son pantalon, gribouille quelque chose dessus puis hoche la tête :

-Vendu, fait-il. Cent cinquante euros et il est à vous. Nous vous le livrons dès ce soir, démonté, et nous vous le montons pour un supplément de dix euros.

-Ça va, je dis. C'est raisonnable.

-On prend, dit Anna.

Je le vois qui saisit la bretelle de son sac et je l'arrête en ouvrant mon propre sac. Je suis alors le vendeur et vais payer le lit pendant qu'Anna regarde deux déménageurs retirer les matelas et démonter le lit en un tournemain.

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-Je suis contente, je fais en sortant d'un magasin de textiles, d'énormes sacs dans les mains, remplis de coussins, de rideaux et de draps, en accord avec mon clic-clac et l'appartement.

-Deux cent euros pour un lit, quatre coussins, six paires de rideaux et de doubles-rideaux, et deux parures de draps, c'est une affaire, c'est clair. Mais on ne va pas en rester-là. Allons rentrer tout ça chez toi et retournons fouiner un peu pour te dégoter une salle à manger digne de ce nom, une table de cuisine et deux chaises, un meuble de télé et une table basse. Tu as un ordinateur ?

-Oui, je dis en hochant la tête tout en montant dans le tram heureusement désert à cette heure de l'après-midi. Mais je le poserais sur le bar en attendant…

-On va bien trouver un petit meuble en kit pour le mettre, ne t'en fait pas, dit Anna avec un grand sourire. Un truc design, en métal et bois, très joli.

Elle me fait un grand sourire puis je me mets à rire et le tram nous ramène en bas de mon immeuble, un vieil immeuble de style victorien, restauré avec soin. Mon appartement se trouve au second étage mais nous prenons quand même l'ascenseur pour monter, chargées comme nous sommes. Nous déposons ensuite nos paquets dans l'entrée de l'appartement et redescendons mais, en passant près de la conciergerie, je demande à Anna de dire à la vieille concierge de veiller si des livreurs du magasin de meubles ne viennent pas livrer un lit. Elle nous promet d'aller leur ouvrir et de les surveiller tout le temps qu'ils passeront là-haut. Je la remercie d'un « Danke » joyeux puis nous repartons arpenter les magasins.

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Alors que nous sommes dans une grande surface en train de regarder ce qu'ils ont comme lampe de chevet, chevets et autres babioles, mon portable se met à sonner et je décroche :

-Hallo geliebt ! (1)

-Hey ! je fais avec un grand sourire. Salut !

-Comment tu vas ? me dit Bill. Vous êtes où, j'entends un de ces bruits de fond…

-Au supermarché, je dis. Non, c'est moche ça…

-Hein ?

-Non, je parlais à Anna, je dis. Elle me montrait une lampe affreuse. Tu es où toi, il y a du bruit aussi derrière toi…

-Nous sommes à une signature, dit Bill. Mais je t'appelle pour te demander si tu peux passer au studio ce soir…

-Ce soir ? Pourquoi donc ? On se voit demain…

-Tu verras, dit alors Bill, mystérieusement.

-Bill…

-Nein, nein, fait-il. Tu sauras ce soir. Aller, Küsse… An diesem Abend. (2)

Et il raccroche. Je regarde mon portable, surprise, puis Anna demande :

-Il voulait quoi ? Tu faisais une drôle de tête…

-Il m'a demandé de passer au studio ce soir…

Anna hausse les sourcils :

-Ha bon ? Pourquoi donc, je croyais qu'ils devaient travailler très tard…

-Oui, c'est ce qu'il m'a dit ce matin, en tous cas…

-Bah ! fait alors Anna en haussant les épaules. Pas de quoi fouetter un chat, on verra bien.

Je fais une moue puis nous continuons à regarder les lampes de chevet. Anna me dégote une lampe halogène en chrome du plus bel effet mais son prix reste un peu cher. Nous l'abandonnons donc un peu tristement pour nous rabattre sur un lampadaire tout simple, au pied droit en bois clair, entouré d'un cordon en soie que je vais m'empresser de retirer car il ne plait pas du tout.

La nuit tombe doucement sur Hamburg et, dans nos sacs, nous avons diverses babioles, encore du tissu, un lampadaire et deux lampes de chevet ainsi qu'une commande pour deux chevets de lit dans le même esprit que le lit, et une commode en bois blanc pour mon salon.

-Ha ! je fais en voyant la concierge jaillir de chez elle.

-Ihr Bett ist angekommen, ich machte, wie Sie mir gesagt haben, Fräulein! s'exclame-t-elle à tout allure.

-Votre lit est arrivé, j'ai fait comme vous m'avez dit, mademoiselle ! me traduit Anna presque en simultané.

-Ha, Danke, je dis en hochant la tête.

Je récupère ma clef et lui glisse un billet de cinq euros au passage. Elle me fait un grand sourire, limite si elle ne me serre pas dans ses bras, puis Anna et moi montons à mon appartement en discutant, traînant nos sacs.

-Wouahhh ! je fais en voyant l'imposant meuble monté au beau milieu de la chambre, comme un jouet posé-là. Ça rend bien, non ?

-Si. Aller, je vais t'aider à tendre les draps dessus, on va ranger un peu notre bazar puis on file au studio voir ce que ton mec nous veut.

-Mon mec, mon mec… Bill, je rectifie en secouant la tête.

Elle me tire la langue puis nous vidons nos sacs sur le lit et, pendant que je monte le lampadaire dans le salon, Anna fait mon lit avec une des parures que nous avons achetées plus tôt.

-Tada ! je fais en allumant le lampadaire. Génial !

-Marie, viens voir ! dit alors Anna.

Je me rue dans la chambre :

-Super ! je dis. Merci beaucoup !

Je l'embrasse sur la joue pour la remercier puis l'aide à ranger un peu, à pousser le lit là où je veux qu'il soit, puis nous quittons l'appartement pour gagner le studio, à trois rues de là.

-Ouh là…

-Je ne te le fais pas dire, souffle Anna alors que nous sommes en vue du studio. Mais c'est quoi ce monde ?

Elle se hausse sur la pointe des pieds pour voir le plus loin possible mais des centaines de têtes lui barrent la vue aussi, prenant le taureau par les cornes, elle dégaine sa carte de presse, me prend par le poignet puis se fraie un passage en bramant en allemand :

-Presse ! Laissez-passer ! Presse ! Poussez-vous !

La foule monstrueuse de filles en chaleur s'écarte et nous réussissons à remonter le groupe mais soudain, un cordon de policiers nous arrête :

-Man rückt nicht vor! dit un policier habillé d'un blouson vert où s'étalent les lettres POLIZEI.

-Je suis de la presse, dit Anna. Laissez-nous passer, monsieur l'agent, je suis l'attachée de presse du groupe.

Elle montre alors sa carte de presse, puis une carte plastifiée noire avec au dos le logo du groupe, et l'agent les regarde toutes les deux avant de finalement hocher la tête. Anna saute alors par-dessus la barrière et, comme je vais en faire autant, le policier m'arrête mais Anna vient à ma rescousse en parlant au policier qui me laisse finalement passer.

-Tu lui as dit quoi ? je demande alors que nous fonçons vers l'entrée du studio, croulant sous les sifflets et les insultes.

-La vérité, dit Anna en poussant la porte vitrée du studio.

-Quoi ? Mais Anna…

-Il ne m'a pas cru de toutes façons, dit la rousse en me faisant un clin d'œil.

-Mais il m'a laissée passer…

-Parce que je lui ai dit que tu étais de la presse française.

-Ha… J'ai cru que tu avais dit…

-Aussi, dit Anna en souriant.

Je lui tire la langue puis nous longeons le couloir rapidement et Anna tourne brusquement à droite :

-C'est quoi ça dehors ? demande-telle sèchement en anglais. Vous avez fait quoi pour que toutes ces filles en chaleur se massent ici ?

-Mais rien ! se défend Bill en bondissant de son fauteuil.

-Ça suffit, je dis alors que je sens que la colère dépasse le chanteur. Et si tu nous expliquais calmement ? C'était ça que je devais voir ?

-Non, marmonne Bill en se rasseyant près de son frère. Sûrement une sale taupe qui a encore divulgué je ne sais quelle rumeur sur nous…

-Ou sur moi, je dis.

-Toi ?

-Je te rappelle qu'hier soir, tu n'étais pas à la conférence de presse et que ce matin, on te voit quitter l'hôtel avec Anna et moi sur les talons, je réplique, les poings sur les hanches. Il aura suffit d'une groupie pour faire passer la rumeur… Oh Seigneur, je fais ensuite en français.

-Quoi ? dit Anna, parlant pour les autres.

-Et moi qui pensais être tranquille encore quelques jours… je soupire en anglais, m'appuyant contre un haut tabouret. Quoi que…

-Mhm ? fait Bill. Explique…

-Quand je suis passée avec Anna à l'instant, on nous a bien sifflées mais personne ne m'a apostrophée…

Un silence lourd passe dans la pièce puis soudain David entre dans le studio en nous faisant sursauter :

-Vous deux, fait-il à Anna et moi. Prenez ça et escortez les garçons jusqu'à la voiture.

Il nous donne alors deux cartes passées sur des cordons blancs et je vois sur la carte plastifiée, ma photo à côté du mot « Sicherheit ».

-Sécurité, je suppose ? je demande en passant le cordon sur ma nuque.

-Exactement, dit David. Aller, on y va, je n'ai pas l'intention de crécher ici cette nuit, ma femme m'attend. Hop, hop, hop !

Il frappe dans ses mains et les garçons se lèvent. En deux secondes, ils sont parés pour sortir, manteaux et lunettes noires, sac à l'épaule.

Anna et moi les précédons dans le hall du studio puis, une fois tout le monde prêt, nous sortons. Aussitôt des hurlements me vrillent les oreilles et je ferme les yeux. Je le rouvre cependant bien vite en sentant une présence près de moi.

-Hey toi ! je fais en anglais. Retourne d'où tu viens !

Un garde du corps se rue sur la fille qui a réussit à passer les barrières et qui s'est agrippée à Tom. Elle le tient solidement par le bras pendant que des flashs retentissent de partout et, excédée, je lui vole dans les plumes et lui prend le bras d'un geste vif.

Du haut de ses quinze ans, elle ne résiste pas et je l'envoi balader sans ménagement avant de passer un bras sur les épaules de Tom et de le pousser jusqu'à la fourgonnette noire où Bill vient de s'engouffrer. Tom s'y rue aussitôt et j'attends que Georg et Gustav soient montés pour en faire autant. Les gardes du corps de ces derniers montent dans une autre voiture et, pestant et marmonnant, je m'effondre près d'Anna.

-Quelle bande de chipies ! je fais. Ça va, Tom, elle ne t'a pas fait mal ?

-J'aurais certainement un beau bleu, dit le guitariste en regardant son bras meurtri. Merci, Marie… T'es costaud dis voir…

-C'était une crevette cette gamine, je ronchonne en croisant les bras. Fichus fans, tiens !

-Marie est jalouse ! dit alors Anna en me bourrant les côtes.

-Humph ! je fais.

Un éclat de rire jaillit alors puis la voiture quitte le parking du studio et s'engage dans les rues de la ville pour ramener chaque membre du groupe chez lui.

Nous déposons Georg en premier, devant un petit immeuble où son garde du corps l'accompagne, puis Gustav, en banlieue, aux abords d'une grande maison familiale, et enfin les jumeaux, dans le centre ville, non loin de mon appartement.

-Monte avec eux, dit David en se tournant sur son siège pour me regarder. J'ai cru comprendre que tu habitais pas loin, tu pourras rentrer chez toi à pieds. Anna, on te dépose à ton hôtel ?

-Ja… Danke.

Les portes s'ouvrent alors et je descends après avoir embrassé Anna sur les deux joues pour la remercier d'avoir sacrifié son jour de repos pour crapahuter avec moi en ville. Je suis ensuite les jumeaux dans l'immeuble, veillant à ce que personne ne soit aux alentours, puis nous montons dans le noir les deux étages que compose le minuscule immeuble, coincé entre deux autres immeubles plus grands.

-Te voici chez nous, dit Bill en allumant la lampe d'un long couloir tout blanc, après avoir ouvert une porte banale en bois brun.

-Hans et Janna Schümmer, hein… je fais avec un sourire en regardant l'étiquette sur la sonnette.

Bill me tire la langue puis nous entrons et Tom disparaît aussitôt dans un couloir sur la gauche. Je questionne Bill du regard mais celui-ci hausse les épaules et m'invite à poser mon manteau.

-Vous faites le ménage tout seuls ? je demande en regardant autour de moi, surprise par la propreté des lieux alors que je sais les garçons un poil bordéliques.

-Non, Janna le fait pour nous…

-Je me disais aussi… Qui est Janna ?

-La femme qui vit ici, dit Bill en souriant. Elle et son mari vivent à l'étage du dessous, l'immeuble est à eux et ils nous louent cet appartement dans le plus strict anonymat. Nous y sommes très bien, Tom et moi, pas de paparazzi ni de folles amoureuses.

Je hausse un sourcil, et Bill me sourit. Je lui renvoi son sourire puis il me propose quelque chose à boire. J'accepte une bière et il me la lance depuis la cuisine. Je la décapsule d'un mouvement du poignet et, alors que je visite l'appartement, tout du moins la pièce principale, Bill me demande :

-Il te plait ton appartement, au fait ?

-Il est très bien, je dis en souriant. Juste une chose… Vous n'auriez pas du me l'acheter, c'est trop, je ne le mérite pas.

-Tu parles ! dit Bill en avalant une gorgée de bière. Tu mérites que je te fasse tous les cadeaux de la Terre, Marie. Tu es la fille la plus formidable du monde.

Je rougis violemment sous les compliments et Bill m'enlace en posant sa bière sur la table basse en verre du salon où je me trouve. Je me serre contre lui, ma bière à la main, puis je fais :

-Vous avez de quoi dîner ?

-Je ne sais pas, pourquoi ? Janna a peut-être fait des courses, je l'ignore…

-Je vais vous faire à manger, je dis en allant dans la cuisine.

-Non, ne te casse pas la tête, on fera livrer une pizza…

Je secoue la tête :

-Non, non, je suis là alors autant que je serve à quelque chose. Où est Tom au fait ? Tom ! j'appelle. Tom ?

-Je vais voir dans sa chambre, dit Bill en s'enfonçant dans le couloir.

Je me tourne alors vers le petit frigo posé dans un coin, près d'une machine à laver, et je farfouille dedans un moment. J'en extirpe un paquet de fromage râpé, de la sauce tomate, du jambon… Il y a aussi quelques œufs et je demande :

-Bill ! Vous préférez manger quoi ?

J'attends la réponse en regardant dans les placards au-dessus de l'évier mais personne ne me répond :

-Bill ?

-Marie, tu peux venir, s'il te plait ? fait soudain Bill depuis le fond du couloir.

-Heu… Oui…

Je m'engouffre dans le couloir un peu sombre et me dirige vers la lumière qui provient d'une porte ouverte tout au fond :

-Qu'est-ce qu'il y… Oh Seigneur ! Tom !

Je me précipite sur lui et Bill s'écarte :

-Mais enfin, comment est-ce arrivé ? je fais, alarmée, en regardant les serviettes sanguinolentes en tas sur le sol. Tom ! Bill, répondez-moi…

-Je ne sais pas… dit Tom, tout pâle, assit sur le rebord de la baignoire, appuyé contre le mur de carrelage. Quand nous sommes sortis de la voiture en bas, j'ai sentit quelque chose d'humide et j'ai vu que je saignais…

Il ferme les yeux et je me laisse tomber à genoux sur le carrelage. Je repousse la main qu'il tient crispée sur une serviette de toilette déjà rougie, et je retire doucement la serviette :

-Mon Dieu… Ce n'est pas très joli…

Soudain, j'ai un flash. Je vois la fille qui s'est ruée sur Tom pour l'empoigner. Je me revois l'envoyer valser. Je la revois tomber lourdement et soudain, un éclat argenté m'ébloui.

-Un couteau, je dis. C'est la fille qui a brisé le barrage, je dis en regardant Bill. Elle avait un couteau à la main… Et merde tiens ! J'aurais du le voir ! Quelle conne !

-Du calme, dit alors Tom. Ce n'est rien, un bon pansement et c'est soigné…

-Je pense pas non, je dis en me relevant, ayant soigneusement reposé la main de Tom sur la blessure pour l'empêcher de saigner. La plaie fait presque dix centimètres de long, Tom, il te faut des points.

-Mais nous ne pouvons pas aller à l'hôpital ! dit Bill. Pas sans nos gardes du corps…

-Alors appelle un médecin, je dis. Et vite parce que ton frère a perdu pas mal de sang. Aller ! je fais alors qu'il ne bouge pas.

Bill disparaît alors et je me tourne vers Tom. Je passe son autre bras sur ma nuque et l'entraîne au salon où je l'installe sur le canapé de façon à ce que le médecin puisse aisément recoudre la plaie. Derrière-moi, Bill déblatère à toute vitesse en allemand, pendu au téléphone, avant de raccrocher, ou plutôt de jeter le combiné sur son socle :

-Ruhe bitte… je fais, les sourcils froncés. Du calme s'il te plait… Ça ne sert à rien de t'énerver, tu n'y es pour rien. C'est de ma faute, j'aurais du empêcher cette fille d'avancer.

Bill me regarde, furieux, puis il fait volte face et sort sur le balcon. Je soupire puis regarde Tom qui détourne la tête. J'en fait autant et nous attendons ensuite un médecin dans le silence le plus total.

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Le médecin est en train de suturer la plaie et je suis refoulée dans la cuisine. Bill est près de moi, assit sur le plan de travail, faisant tinter ses bagues contre sa bouteille de bière vide depuis longtemps.

-S'il te plait, je fais au bout d'un moment. Arrête, ça m'agace…

Il s'arrête, pose sa bouteille près de lui puis croise les doigts. Je pose alors ma main sur les siennes et il soupire. Au même moment, le médecin nous annonce qu'il a finit et je laisse Bill deviser avec lui, m'approchant de Tom qui somnole :

-Ca va ? je demande doucement en m'asseyant sur la table basse.

Il hoche la tête avec un maigre sourire et je lui caresse la main. Un large bandage entoure son torse puis j'entends la porte d'entrée se refermer et Bill revient en disant :

-Tom va devoir rester couché deux bons jours, le temps que son sang se régénère et que la plaie cicatrise. Après, pas question de porter quoi ce soit pendant une semaine, et cela inclus une guitare.

Tom gémit alors et Bill s'excuse :

-C'est un ordre du médecin… Mais c'est David qui va être furieux, ajoute-t-il. Pas moyen de répéter sans guitariste…

Il me regarde alors et je comprends aussitôt où il veut en venir :

-Ha non, sûrement pas ! je fais. Je ne joue pas de guitare…

-Mais il me faut un guitariste, gémit alors Bill. Marie…

-Non, non, je suis désolée, je fais en secouant la tête. Vous n'aurez qu'à jouer sur bande, c'est tout. Et puis, si je vais au studio avec vous, qui va veiller sur Tom ? Ha mon Dieu, et dire que je viens d'arriver et que je n'ai même pas profité de mon appartement… Enfin…

Un silence passe et Bill se lève.

-Tu veux dîner ? je demande. Je peux faire des pâtes, il n'est que neuf heures et demi…

-Non, je vais faire livrer une pizza.

-Comme tu veux…

Je le regarde alors se diriger vers le téléphone et, jetant un œil sur Tom qui s'est endormi, je me lève et rejoint Bill. Je passe mes bras sur sa fine taille et m'excuse doucement :

-T'inquiète, fait-il en posant ses mains sur les miennes. C'est rien… Je suis juste mal à l'aise à cause de Tom, s'il n s'en sort pas, je ne pourrais pas continuer à vivre.

-Ne dis plus jamais ça ! je fais brutalement en reculant.

-Marie, Tom est mon frère, je l'aime plus que tout, sans lui je ne pourrais pas vivre… Ou alors si misérablement…

-Tu dramatises, je dis alors, retrouvant mon calme. Tom est entre de bonnes mains, le médecin lui a donné des médicaments, il l'a soigné. D'ici quelques jours, tout ira bien.

-Si tu le dis…

-J'en suis convaincue !

Et je croise les bras, le défiant de dire quelque chose d'autre. Il préfère se détourner et décrocher le téléphone. Je vais alors dans la cuisine et termine ma bière.

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Il est trois heures du matin. Bill est allé se coucher depuis longtemps et moi je veille sur Tom. Il est toujours sur le canapé, il a mangé un peu de pizza et maintenant, il dort paisiblement. Moi, je suis bien incapable de fermer l'œil. Roulée en boule dans un fauteuil, je regarde un film en noir et blanc, en allemand, sur une chaîne mise au hasard, mais je ne suis pas vraiment l'histoire, je n'y comprends pas grand chose du reste…

Affublée d'un t-shirt de Tom prêté par Bill quelques heures plus tôt, je pense à tout et rien, passant distraitement mes doigts le long de ma jambe parfaitement épilée. J'hésite à aller me coucher. Bill m'a proposé d'occuper le lit de Tom cette nuit mais j'hésite. Et s'il se réveille et a mal ? Un coup d'œil sur le guitariste m'informe qu'il dort paisiblement et, finalement, je me décide. Je me déplie de mon fauteuil et marche, pieds nus – je me suis permise de prendre une douche et j'en ai profité pour laver les serviettes souillées –, jusqu'à la porte de la chambre de Tom.

Les lumières de la rue donnent des formes sinistres aux objets qui encombrent les étagères de la pièce, et je tourne la tête vers la porte entrouverte de la chambre de Bill. A ma grande surprise, il y a de la lumière et, doucement, je pousse le panneau. Je vois alors mon Bill, assit sur une chaise près de la fenêtre, le regard perdu dans la noirceur de la nuit.

-Tu ne dors pas ? je demande à voix basse.

-Je ne peux pas… répond-t-il en me regardant par le biais de la vitre.

Il soupire alors puis se lève et retourne sur son lit défait. Je le regarde et soudain, il tapote la couette à sa droite et je lui fais un petit sourire. Je me glisse tout contre lui et il me serre dans ses bras sans rien dire. Je soupire puis il éteint la lampe et je ferme les yeux.


(1) Salut chérie !