Bonjour à toutes et à tous!
Voici un nouveau chapitre de cette mini fiction... Je suis désolée de ce silence, de ce retard. J'ai eu des passages à vide assez difficiles. Bref, j'espère que vous me pardonnerez bien...
Merci pour vos reviews, ce sont elles qui m'ont donné la force et l'envie de reprendre cette fiction. Désolée pour mon retard de réponse.
Les reviews anonymes du chapitre 11 gagnent leur réponse à la fin du texte, tout comme celles (s'il y en a) de ce présent chapitre.
Bonne lecture!
-XII-
- Je… J'ai ma part de responsabilités dans ton malheur.
Voilà. C'était dit. Drago tiqua. Son rythme cardiaque semblait s'être arrêté. Il essayait de regarder fixement un point vers Hermione. Sans succès. De quoi parlait-elle ? Hermione n'osait plus ouvrir la bouche. Elle était en proie à une volonté de tout lui révéler et en même temps s'en voulait d'avoir commencé à avouer son plus terrible secret.
Le silence s'installa complètement entre eux. Ils étaient tous deux victimes de leurs fantômes et n'osaient briser les barrières qu'ils avaient dressées au fil des années pour leur propre sécurité. Que trouveraient-ils, si elles étaient ne serait-ce que fissurées ?
L'attente fut longue. Interminable. Insupportable. Mais ni l'un ni l'autre ne semblait vouloir y mettre fin. Après tout, était-ce pire d'être ignorant que d'apprendre une fatalité qui remettait sept ans en question ?
- Je ne vois pas en quoi, finit par dire Drago. C'est moi qui t'ait fait imaginer des choses. Je ne peux que me blâmer.
Alors, il n'avait pas saisi le sens des paroles d'Hermione. Ou alors, esquivait-il pour la mettre plus à l'aise ? La pâleur grise de ses iris voilés ne laissait rien paraître.
- Ce n'est pas ça, articula Hermione difficilement. C'est… C'est à cause de moi que tu es comme ça.
- Je t'en prie, arrête.
Il se releva. Son cœur se fissura. Il en avait assez des boniments de l'ancienne Gryffondor. Il en avait assez d'être la victime de sa pitié. Elle n'y était pour rien, alors pourquoi s'obstinait-elle à penser que parce que Ron était venu lui parler d'elle, elle était la cause de ce qu'il lui était arrivé ? Rien n'était plus absurde.
Il essaya de se calmer.
- Ne te culpabilise pas. Pas pour moi. C'est déjà douloureux pour moi que tu me voies dans cet état. Alors… Alors n'en rajoute pas, s'il te plaît ?
Ses mots s'étaient brisés dans sa gorge, comme de l'écume sur une falaise. Il se sentait perdre pied dans ces moments-là. Comme lors de ce fameux jour d'été, où ils étaient tous les deux dans l'herbe et qu'il avait failli l'embrasser. Il ne se contrôlait plus quand il la sentait si fragile, si désemparée. Et voilà qu'elle l'était, mais pour lui. Merlin que cette situation était embarrassante. Il se maudit. Il n'aurait jamais dû la recroiser.
- Tu ne comprends pas, dit la jeune fille d'une voix d'outre-tombe.
Elle aussi s'était levée, et lui tournait le dos. Il était tellement plus simple de lui avouer la vérité en ne le regardant pas de face, directement. Cette attitude, si lâche, lui donnait un goût désagréable dans la bouche. Ce même goût qu'elle avait eu quand elle avait ordonné aux deux autres de s'occuper de Malefoy. Elle le sentit se raidir dans son dos. Elle le sentait prêt à exploser ou prêt à se liquéfier. Elle ne savait pas que faire. Elle tâtonnait.
- C'est moi… C'est ma faute… C'est moi qui ai voulu ta mort.
Ça y était. Elle avait avoué. Les bruits même environnants semblaient s'être dissipés. Hermione sentit les larmes s'échapper sur ses joues sans qu'elle pût les retenir. Mais qu'importait ? Elle avait enfin avoué ce qu'elle avait enfoui au plus profond de son être. Elle attendit le jugement. Mais il ne vint pas. Elle osa un regard vers Drago qui restait de marbre. Seules ses pupilles s'agitaient violemment dans ses orbites, signe qu'il semblait déboussolé.
- Mais tu…
Il assembla difficilement les morceaux du puzzle. Cette fois-là, il n'y avait que deux hommes. Cette fois-là, c'était bien des hommes. A moins qu'elle ait pris une dose de polynectar, ce n'était pas la carrure d'une femme. Et encore moins la voix. Et il la connaissait, malgré tout. Elle n'aurait pu lui infliger un tel sort. Alors pourquoi ? Il essaya d'avoir les idées claires. Il trembla violement et tomba à genoux.
Elle fit mine de s'approcher.
- Ne t'approche pas, lâcha-t-il, une main en protection à son encontre.
Il haleta. Il avait l'impression d'étouffer.
- Alors, ces deux hommes…
- Je leur ai demandé de te trouver, oui.
Elle n'était pas fière. Elle se dégoûtait, même. Rien qu'en y repensant, elle sentit la nausée lui coincer la gorge. Les pensées se bousculaient. Elle voulait à la fois lui demander de la pardonner, mais en même temps, une voix insidieuse lui susurrait qu'il l'avait mérité. Après tout, il plaidait coupable, mais était-ce la réalité ? Evidemment que oui, elle en était convaincue. Elle l'avait toujours été. Inconsciemment. Elle savait que plus les procès s'enchaînaient, plus la culpabilité d'imaginer Drago Malefoy assassiner sauvagement Ron Weasley laissait la place à une énigme insolvable. Elle avait vu le jeune homme réagir lors de leur septième année. Elle avait vu son regard. Elle connaissait sa peur. Elle savait ce qu'il valait. Ce n'était pas un brave. Il n'avait jamais essayé de tuer Harry ou Ron. Encore moins elle. Pourquoi l'aurait-il fait alors, à l'époque ?
- Ils m'ont dit qu'ils ne t'avaient pas trouvé. Ils m'ont dit… que tu avais disparu.
Elle avait murmuré ces derniers mots. Elle se sentait soudain ridicule d'essayer d'argumenter de la sorte. D'essayer de se justifier. Sept ans s'étaient écoulés. Tellement de choses étaient passées depuis. Et pourtant, la douleur était moins vive, mais elle était toujours présente.
Drago déglutit. Il faisait lui aussi le tri dans ses pensées. Il menait un combat acharné contre lui-même. Une partie de lui voulait lui demander plus d'explications, il voulait être violent. Il voulait exprimer sa soudaine colère, son ressenti, avec des actes. Des actes physiques. Il voulait lui faire mal. Et en même temps, il se sentait très las. Il avait ressassé tant durant ces dernières années, qu'il voulait à présent tout oublier. Il avait mis tout ça derrière lui. Si elle avait été la source de son malheur, alors les choses s'étaient passées ainsi. Après tout, il avait peut-être mérité ce genre de punitions. Oui, peut-être. Ou peut-être pas. Comment pourrait-on vraiment juger quelqu'un quand on ne peut déterminer ses actes ? Et la marge d'erreur ? Il comprenait Hermione. Il comprenait sa douleur. L'envie de vengeance. La soif de colère inassouvie. Il connaissait tout ça. Des sentiments de haine dont il était peu fier. Dont il se vantait peu. Il avait appris à s'en méfier. Quand on traînait dans la rue, on n'était jamais certain de ne pas tomber contre plus fort que soi. Alors, quand on se faisait tabasser ou pire, on ne cherchait plus à se venger. On accusait les coups. On attendait que l'orage passât. Et après, on se relevait, péniblement, et on continuait. Sans un regard en arrière. Sans chercher qui avait commis la faute. C'était ainsi. La roue tournait. Ils seraient peut-être punis, à leur tour. Mais pas par lui. S'il y avait bien une chose que la vie lui avait enseigné avec des grands coups dans les tibias, c'était de ne pas chercher à se faire vengeance soi-même.
Peut-être qu'il y a sept ans, il lui en aurait voulu. Peut-être qu'il l'aurait tourmentée pour calmer sa douleur. Mais maintenant, il ne ressentait plus de rancune. Il était juste las. Déçu. Fatigué d'avoir compris que finalement, même elle avait ses fantômes, même elle avait ses démons, et qu'elle leur avait succombé quand la douleur s'était faite trop sourde.
Il soupira tristement. Alors, c'était ainsi.
- Tu ne dis rien ? finit par demander Hermione, trop rongée par les remords.
- Il y a quelque chose à dire ? répondit Drago d'un ton froid.
Elle baissa les yeux. Oui, il y avait une multitude de choses à dire. Il y avait des questions qui avaient besoin de réponse. Il y avait des actes à pardonner. Ou bien, des vengeances à assouvir. Il y avait plein de choses…
- C'est pour ça, que tu veux me réhabiliter, dit Drago dans un rictus.
Quelle ironie. Alors finalement, Hermione n'avait eu que ça comme idée pour sa rédemption ? Elle pensait peut-être que ça calmerait ses peurs, que ça apaiserait sa culpabilité ? Elle pensait peut-être que ça la laverait de ce passé qu'elle maudissait ?
- C'était qui ?
Hermione tiqua. Allait-elle tout avouer et dénoncer ? Que se passerait-il s'il les rencontrait de nouveau ? Se vengerait-il ? Elle ne put se résoudre à tout déclarer.
- Personne. C'était deux Poufsouffle que j'ai croisés.
- Tu mens.
Il se retourna. Dans ses yeux, on pouvait voir une lueur différente. Un peu plus sauvage. Un peu plus folle. Une lueur qui n'existait pas dans les yeux de Drago Malefoy. Du moins, pas à Poudlard. Mais la vie l'avait rattrapé, pendant sept ans. Il avait peut-être viré dingue, en fin de compte. Il ne savait plus. Il voulait savoir. Oui. Non. Peut-être. Il se prit la tête dans les mains.
- Je ne peux pas te dire de qui il s'agit. Pas dans ton état.
- Epargne-moi tes conseils.
Il souffrait. Hermione le voyait et elle aurait voulu aider. Ne crois-tu pas que tu as déjà assez aidé comme ça, siffla une voix à son oreille. Elle se mura dans un silence douloureux. Elle ne supportait pas de voir quelqu'un aussi torturé. Même Malefoy. Qu'il fût coupable ou non, elle s'en moquait bien à l'heure actuelle. Sa préparation de médicomage avait fait d'elle quelqu'un prêt à tout pour sauver le premier venu. Y compris son pire ennemi. Ou du moins celui qu'elle croyait comme tel.
Drago était de plus en plus bouleversé. Il s'assit sur un fauteuil. Droit comme un i. Il était si immobile et si calme qu'on aurait cru que tout allait bien. C'était mal connaître Drago Malefoy. Plus sa colère était froide, moins ça s'annonçait bien.
- Granger, articula-t-il lentement. Donne-moi des noms. Tu me dois bien ça.
Elle secoua la tête, mais se souvint qu'il ne la voyait pas. Son silence était éloquent.
- Je suis désolée, Malefoy. Ta colère est justifiée et tu peux passer tes nerfs sur moi. Mais je ne peux me résoudre à inclure d'autres personnes. Parce que… Parce que c'est moi qui suis la source de ton problème. Ces deux personnes… n'étaient que des moyens pour t'atteindre.
Drago perdit son sang-froid. Il se releva subitement et recula, acculé contre un mur. Il frappa violemment contre. Son poing craqua et la douleur violente et rapide adoucit un peu celle qu'il commençait à ressentir au creux de son estomac.
- Tu ne comprends pas… Je… Je ne peux pas…
Il ne pouvait pas la frapper. Malgré tout ce qu'il avait subi. Malgré tout ce qu'elle avait fait de lui. Malgré cela, il ne pouvait pas lui infliger la moindre douleur. Parce qu'il l'aimait. Pour son propre malheur. Alors, il fallait bien qu'il trouve quelqu'un d'autre. N'importe qui. Une autre personne sur laquelle il pourrait décharger toute sa colère, toute sa frustration, toute sa rancœur.
Il s'en voulait. Il se maudissait d'être aussi faible. Depuis le début, cette fille l'avait fait souffrir. Depuis le début et à chaque fois qu'ils s'étaient croisés. Et par une ironie du destin, elle avait précipité sa chute. Il tomba au sol, vidé de toute son énergie. Adossé au mur, il se recroquevilla, le visage dans les mains, et il se mit à pleurer. C'était des pleurs saccadés, comme s'il s'interdisait de le faire. Il rageait d'en être réduit à cet état. Lamentable.
Hermione était figée. Elle n'osait plus faire le moindre geste. Il y avait tant de douleur dans sa voix qu'elle était tétanisée. Dans ses gestes, elle pouvait sentir sa hargne. Elle retint jusqu'à son souffle. L'ambiance était lourde.
Drago essayait de se contrôler, mais il tremblait dangereusement. Il comprenait, intérieurement. La souffrance d'Hermione, mandater deux personnes pour faire le travail à sa place, son désespoir si Ron était réellement mort. Et l'absence d'explications. Mais il n'avait pas envie de comprendre. Il rejetait en masse ce sentiment qu'il éprouvait à son égard. Ce sentiment qui grandissait pourtant de plus en plus. De la compassion.
- Malefoy… Il y a… autre chose qu'il faut que… tu saches.
Hermione aussi était au bord des larmes. Elle avait décidé. Elle devait lui avouer jusqu'au bout les crimes dont elle était fautive. Tout.
- Ce sort… Ce qui a provoqué… Pourquoi tu es aveugle… C'est ma faute… J'ai dépoussiéré un vieux sortilège dans un grimoire et… J'en ai parlé autour de moi.
Il commençait à pleuvoir. A part le bruit des gouttes qui martelaient les vitres, l'atmosphère pesante les enveloppait dans un cocon d'incertitude et de désespoir.
- Je suis désolée, dit-elle dans un hoquet qui lui serrait la gorge.
Si c'était à refaire, elle changerait tout. Elle ne céderait pas à ses pulsions vengeresses. Elle ne demanderait pas de l'attaquer. Elle ne dirait même pas à Ron qu'elle avait envie de fuir.
Si c'était à refaire…
Est-ce qu'on peut avoir vraiment une seconde chance ? Elle qui avait toujours cru que oui. Elle qui tenait fièrement tête au destin qui se jouait d'elle. Elle qui, ce soir, se confrontait à son passé et à ses actes. Elle n'en était plus très sûre, à présent. Elle ne voulait même pas se pardonner elle-même. Comment avait-elle pu seulement détruire la vie de quelqu'un d'autre sans se soucier de l'avenir de celui-ci ? Comment avait-elle fait pendant sept ans en pensant à tort que Drago Malefoy avait fui le pays et se cachait pour mener une vie paisible et lointaine ? Comment avait-elle pu croire que les deux hommes avaient réellement fait chou blanc comme il le lui avait dit ?
Tout à ses pensées, elle ne s'aperçut pas qu'elle était tombée par terre, elle aussi. Elle n'entendit pas non plus Drago qui s'avançait vers elle, en tâtonnant. Elle ne vit pas non plus son regard devenir un peu plus fou.
Elle émit un léger cri quand il la plaqua au sol.
Malgré sa maigreur, il avait une poigne avec laquelle elle ne pouvait rivaliser. Hermione suffoqua, surprise. Elle voyait le regard désemparé de Drago. Elle voyait le néant à l'intérieur de ses paupières et ça la glaça. Le vide bouleversant. Elle avait détruit sa vie. C'était un juste rendu de monnaie. Elle ferma les yeux, acceptant son sort. S'il voulait la frapper, lui faire endurer ses souffrances, il y était autorisé. Convié. Elle ne s'y opposerait pas. Peut-être la tuerait-il ? Elle irait rejoindre Ron. Après tout, n'était-ce pas son souhait le plus cher, finalement ? Depuis toutes ces années, elle n'aspirait plus qu'à une sérénité proche de la mort. Enfin, elle serait apaisée. Elle ne cogiterait plus. Elle pourrait sourire sans arrière-pensée. Sans se faire de film. S'attacher sans se demander jusqu'à quand.
Un long moment s'écoula.
Drago leva le bras droit pour assener un coup. Il en avait tellement envie. La douleur de la vérité, acide, acérée, lui glaçait le cœur, lui faisait perdre la raison. Il voulait en finir. Peut-être pourrait-il la briser, finalement ? Elle ne s'était pas privée, elle. Elle avait même mandaté deux personnes pour exécuter cette tâche. Lui n'aurait pas cette délicatesse. Quand on veut quelque chose, il faut le faire soi-même. C'est ce qu'il avait appris, dans la rue. Prendre les choses quand elles arrivent. Ne jamais attendre le lendemain. Une chance ne se présente jamais deux fois. Du moins, pas de la même façon. Il n'avait qu'un geste à faire. Et tout serait fini. Oui, si seulement c'était aussi simple. Il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas blesser Hermione Granger. Il ne pouvait juste pas.
Hermione ouvrit les yeux, soucieuse que l'exécution de son bourreau mît autant de temps à s'accomplir. Elle tomba nez à nez avec un jeune homme en plein conflit intérieur. Il avait abaissé son bras, mais il se tenait toujours sur elle, l'immobilisant de son autre main.
Ses yeux roulaient dans leurs orbites. Il avait peur. Il était terrifié. Elle était là, et il se sentait mal à l'aise, pas à sa place. Il ne savait plus. Pourquoi tout était si confus dans son esprit ? Voulait-il se venger ? Après tout ce temps ? Voulait-il réellement fouiller de nouveau dans ce passé si tortueux ?
Ils restèrent de longues minutes, collés. Leurs cœurs, sans s'en rendre compte, se mirent à battre à l'unisson. Drago trembla. Elle glissa une main timide contre la joue du garçon. Il était froid. Elle frémit. Sous ses doigts, la peau était sèche, rugueuse, abîmée. A force de se trouver sous le vent nuit et jour depuis sept ans, elle avait formé une couche plus dure pour le protéger. Il se raccrocha à cette main. Ses doigts vinrent rattraper cette main qui déjà s'en allait, trop timide de toucher quelque chose de trop profond, de trop intime. Cette main si chaleureuse et pourtant si fragile. Cette main qui l'avait condamnée. Et pourtant, cette main qui l'avait sorti de ce trou où il croupissait. Cette main à la fois juge et avocate. Cette main qu'il avait simplement attendue tout ce temps. Il ferma les yeux. Son souffle s'apaisa. Et sans vraiment qu'il sût pourquoi, sans se concerter avec cette petite voix insidieuse si énervante, sans réfléchir tout simplement, il plongea vers elle et posa ses lèvres sur les siennes.
Le temps s'était arrêté. Ou avait-il été accéléré ? Ils restèrent longuement ainsi. Hermione, trop surprise par la tournure des événements, ne chercha pas à se dérober. La douceur de Drago, les sentiments mélangés qu'il mettait dans ce baiser étaient tellement contradictoires avec la violence de ces derniers instants, qu'elle était déboussolée. Mais plus encore, la chaleur de ce corps pourtant osseux, l'envie de partage de cet ancien ennemi firent déferler un torrent de sentiments jusqu'ici enfouis, oubliés. Une bouffée d'amour vint envahir son cœur. Un amour général, une envie de donner, une soif de partager. Elle avait soudain envie d'aimer, à nouveau. Son cœur si blessé battait réellement, comme une horloge qui avait été arrêtée pendant un moment et qui à présent, était remontée. Elle répondit à son baiser de cette façon. Comme deux naufragés perdus au beau milieu de l'océan après une tempête dévastatrice et qui se raccrochaient à un espoir de vie, l'un contre l'autre, livrés à eux-mêmes.
- Hermione ? Tu es là ?
La sonnette retentit. Brusquement, la réalité les rattrapa. Drago se terra bien vite contre un pan de mur. La chaleur qui enveloppait Hermione retomba aussi vite qu'elle était arrivée. Elle se releva tant bien que mal pour aller ouvrir.
L'intrus à sa porte sembla soulagé de la voir apparaître.
- Harry ? Mais que…
Il la devança dans l'entrée, maladroit. Il semblait particulièrement agité. Ses doigts tripotaient sa baguette magique par à-coups.
- Ginny est à l'hôpital.
Hermione cligna des yeux.
- Mais c'est formidable ! Elle va accoucher ?
- Elle est en train. Enfin, elle a déjà. Je… Je suis papa !
Le Survivant avait commencé à faire les cent pas. Il ne semblait pas du tout en forme.
- Mes félicitations ! fit Hermione en essayant de se réjouir malgré la tournure des événements. Mais que fais-tu là, alors que tu devrais fêter ça dignement avec elle ?
- Oui, c'est vrai, dit-il en rangeant sa baguette dans son pardessus, je ne sais plus trop où donner de la tête… Je suis venu te voir, parce que je me suis dit que tu saurais peut-être que faire… Je… Désolé, je t'embête… Je vais m'en aller…
Harry s'arrêta net. Son regard s'était posé sur un pied qui dépassait du mur qui masquait le salon.
- Tu as de la visite, je t'ai interrompu… Pardon.
- Non, c'est rien…
Hermione pria pour que son ami ne s'ingénie pas à vouloir saluer son invité. Mais c'était peine perdue.
- Pardon, je ne fais que passer, fit Harry en passant le salon.
Mais son sourire s'effaça bien vite quand il découvrit l'identité dudit invité. Les fantômes du passé ressurgirent tous ensemble en un éclair. Il dégaina bien vite sa baguette.
- Hermione… Tu m'expliques ? questionna Harry sans lâcher Drago du regard.
- On se calme, Potter, fit Drago d'une voix traînante.
Il avait beau être un renégat de la société, s'il y avait bien une chose qu'il ne souhaitait pas, c'était se confronter à Potter de cette façon. Déjà Hermione avait pitié de lui, il ne faudrait pas encore qu'Harry s'y mît.
Mais son regard le trahit. Harry crut d'abord à une plaisanterie douteuse, puis en plissant bien les yeux, il remarqua que le revenu d'entre les morts était dans un piteux état. Mais surtout, son regard, incapable de se fixer sur lui, s'était stabilisé sur un point devant lui, où il pensait voir Harry. Drago Malefoy avait perdu la vue. Harry recula d'un pas. Interloqué, il se tourna vers Hermione.
- Tu m'expliques ? répéta-t-il d'une voix qui trahissait un peu plus d'émotions.
- Ce serait trop long à t'expliquer, soupira-t-elle. Pas ce soir. Demain peut-être. Va retrouver Ginny, c'est elle qui a le plus besoin de toi pour le moment. D'ailleurs, c'est une fille ou un garçon ? Vous allez l'appeler comment ?
- C'est… un garçon. Pour le nom… On pensait à James… Ou à Sirius.
Il ne pouvait détacher son regard de l'ancien Serpentard qui s'était muré dans un silence pesant.
- C'est très bien, trancha Hermione qui n'avait pas envie qu'il s'éternise chez elle. Je passerai te voir demain ou… ou après-demain. Enfin, cette semaine.
Il acquiesça, et raide comme un piquet, il quitta les lieux, non sans avoir gravé l'image de Malefoy, décharné et aveugle.
Quand elle fut convaincue qu'il était bien parti, Hermione se tourna vers Drago qui n'avait pas bougé d'un pouce.
- Ça va faire le tour du monde sorcier, finit-il par dire.
Son ton se voulait moqueur, mais il était surtout affreusement plat suite à la situation qu'ils avaient vécue quelques minutes auparavant. Elle glissa un regard vers la fenêtre.
- Non… Harry ne bavasse pas. Pas avant qu'on en ait parlé ensemble.
Elle retourna vers la cuisine où elle alluma un feu sous une casserole d'eau chaude. Pendant que l'eau se réchauffait, le silence retomba comme un fin rideau de pluie. Drago se demanda s'il avait simplement rêvé qu'elle réponde à son baiser. Des pensées si confuses et si contradictoires s'empêtraient dans son esprit et il ne savait comment briser la glace. De son côté, Hermione n'en menait pas large non plus. Son propre geste l'avait surpris. Elle fronça les sourcils. Elle avait vraiment besoin d'affection. Sinon elle n'aurait jamais prolongé le baiser de Malefoy. Et d'ailleurs, pourquoi l'avait-il embrassée ?
- Du thé ou des pâtes ?
- Du thé.
Il n'avait pas faim. Elle non plus. Ils burent leur Earl Grey en silence, perdus dans leurs pensées. Le breuvage brûlant leur tirait des grimaces qu'ils s'empressaient de mettre sur le compte du thé.
Drago n'avait pas encore pardonné Hermione. Il était à la fois reconnaissant d'être ici, et en même temps mal à l'aise d'avoir appris la vérité. Elle était elle aussi tiraillée entre son jugement et ce qu'il avait été déclaré, sept ans plus tôt. Comment avancer, dans ces conditions ? Comment faire de la lumière sur tout ça ? Comment allait-elle le réhabiliter, si son offre tenait toujours ?
- Pardon… pour tout à l'heure, finit-il par lâcher.
Elle sursauta.
- Ce n'est pas grave…, répondit-elle, à demi-mots.
Ils restèrent encore un peu sans échanger un mot. Ils avaient besoin de temps. Ils avaient besoin d'encaisser. Il avait besoin de faire le tri dans ses sentiments.
- Ne m'en veux pas, je vais me coucher… si tu acceptes que je reste.
- Je t'en prie. Tu veux de l'aide ?
- Non, je vais me débrouiller.
Il monta l'escalier. Seul. Depuis la cuisine, Hermione entendit le cliquetis de la porte qui se fermait. Elle se replongea dans ses pensées. Elle alla finalement se coucher, elle aussi. Sans bruit, elle passa devant la chambre d'ami. Elle se glissa sous la couette et fixa le plafond, les yeux grand ouvert. Par-dessus toutes ses questions, une seule martelait son esprit. Une seule qui la faisait un peu culpabiliser en mémoire de Ron. Pourquoi avait-elle réellement aimé ce baiser si brusque et si désespéré ?
Merci de votre lecture et de votre patience!
N'hésitez pas à m'écrire vos impressions, c'est toujours un régal de vous lire.
Je suis en train d'écrire la suite, j'espère la poster bientôt.
Réponses aux Reviews:
Merci à Guest: Merci pour ta review, concernant les deux agresseurs, je ne peux te révéler bien évidemment leurs identités, mais en effet, pourquoi pas, c'est une théorie qui tient debout :)
Merci à Capuche: Merci pour ta review, j'espère que tu pourras trouver cette fic même après toutes ces années! Je suis désolée du délai de réponse, à tout bientôt j'espère.
Merci à Titietipiu: Merci pour ta review et tes jolis compliments. J'espère que tu pourras trouver ce nouveau chapitre. A bientôt!
Merci à Cline: Merci pour ta review. Si, il y a bien une suite, qui malheureusement est très longue à arriver. Mais elle arrive, mieux vaut tard que jamais ^^" J'ai été très touchée par ton enthousiasme pour cette histoire, ça me fait vraiment plaisir que tu penses ça et j'espère vraiment que tu pourras trouver ce nouveau chapitre! A tout bientôt!
Merci à Guest: Merci de ta review, j'essaie de me remettre tout doucement à l'écriture pour vous offrir cette fin tant attendue!
Merci à Guest: Merci de ta review! Je me suis laissé une grosse marge de vacances, oui c'est un peu honteux. Mais j'essaie de finir, malgré les années qui passent...! En tout cas, j'ai fini TVPLM, et j'essaie de finir les deux autres en cours. J'espère que tu reviendras faire un tour, un de ces jours pour lire la suite!
Au plaisir,
Kumi
