Alors que certains se couchaient, d'autres, sur un autre continent, avaient déjà bien entamé leur journée
Assise sur une chaise de fortune, sœur Thérèse regardait le spectacle qui se déroulait devant elle.
Beckett sortait du bâtiment des enfants, poursuivie par le petit Milosz. Une fois dehors, elle l'attrapa par les bras et le fit virevolter dans les airs. Il riait. Il riait aux éclats. Tout comme Beckett. Ces deux-là s'entendaient à merveille.
Elle se souvint de leurs arrivées. Lui déposé comme un simple paquet à l'entrée du camp. Il était tout petit et vraiment dans un sale état. Elle, elle ne savait pas comment elle était arrivée, mais elle l'avait trouvé là, simplement, assise, à les regarder. Elle avait passé sa journée ainsi, ne disant rien, le regard fixé droit devant elle. Un regard qui aurait pu être magnifique si la sœur n'y avait lu autant de tristesse et de souffrance. Elle avait aussi imaginé son sourire… Les jours étaient passés, puis elle lui avait enfin parlé, elle avait souri… Elle ne savait pas comment elle était avant, mais elle aimait celle qu'elle était devenue. Etait-elle comme lorsqu'elle était lieutenant de police, ou était-elle redevenue celle qu'elle était avant d'être frappée par le malheur ? Elle n'en savait rien, mais ce qu'elle savait c'est qu'elle avait un grand cœur !
Elle avait eu peur quand elle l'avait entendu crier les premières nuits… Mais, tout était rentré dans l'ordre… Elle était détendue, joyeuse… Tout comme ce petit bonhomme qui prenait vie dès qu'elle arrivait…
Comme convenu, elles se retrouvèrent devant la porte du loft
- Attend, commença la rouquine, tu ne vas pas entrer sans…
- J'ai toujours la clé. Et toi aussi, non ?
- Oui, mais…
- Entendu… Si ça peut te faire plaisir
L'actrice appuya plusieurs fois sur la sonnette
- Voilà, c'est fait ! Maintenant, on peut entrer ?… Et si on commençait par se faire un café, dit-elle assez fort en pénétrant dans l'appartement
- Bonne idée !
Dans la chambre, elle se réveilla en sursaut
Elle retira son masque et regarda le réveil : il n'était que 9H !
Elle se leva en pestant, passa son peignoir en soie et se rendit dans la cuisine
- Mais qu'est-ce que vous faites- là ?
- Oh, Mélinda ! Vous dormiez ? Je suis désolée !
- Comme si vous ne le saviez pas ! Qu'est-ce que vous faites-là ?
- On boit un café, ça ne se voit pas ? répondit la rouquine
- Oh, toi, la morveuse… C'est à ta grand-mère que je parle !
- Tout d'abord, vous parlez autrement à ma petite fille. Et deuxièmement, comme elle vous l'a dit, nous buvons un café !
- Vous n'êtes plus chez vous ici !
- Oh, inutile de nous le rappeler ! Mais nous avons toujours les clés. Donc cela veut dire que nous pouvons venir quand bon nous semble !
- Dès que Richard rentre…
- Vous pouvez l'attendre encore longtemps !
- Il est chez vous ?
- En effet… Mais son absence ne vous a pas inquiété plus que ça !
- Comment osez-vous…
- Vous ne l'avez pas appelé une seule fois, hier soir. Et quand on arrive, vous dormez bien tranquillement… Si la situation avait été inversée, mon fils se serait fait un sang d'encre !
- Que fait-il chez vous ?
- Il a besoin de réfléchir et nous allons l'aider
- Et réfléchir à quoi ?
- Mélinda, ne me prenez par une imbécile. Vous le savez très bien… Chérie, tu viens, nous devons ramener des affaires à ton père, dit-elle en contournant le comptoir
- Vous n'allez pas entrer dans notre chambre ?
- Vous avez peur que nous touchions à vos sous-vêtements ? demanda Martha
Elles traversèrent le bureau et entrèrent dans la chambre.
Sans prêter attention à la jeune femme, elles ouvrirent le dressing. Alexis attrapa un sac. Elles s'amusèrent en choisissant les chemises et les pantalons. Puis elles revinrent dans la chambre et ouvrirent les tiroirs de la commode pour y prendre des t-shirts et des caleçons. Puis ce fut le tour de la salle de bain où elles récupérèrent tous ses produits.
- Et je peux savoir combien de temps il va rester chez vous ? demanda-t-elle alors que Martha prenait son portable dans le bureau
- Un certain temps, voire un temps certain ! dit la rouquine
- Ça vous amuse ?
- Détrompez-vous, la situation est loin de m'amuser. Surtout lorsque je vois mon fils aussi malheureux, aussi perdu…
- Pas la peine d'emporter son ordinateur. Il n'écrit plus !
- Il ne l'utilise pas que pour ça ! Il a ses mails, ses photos…
- Des photos de qui ? De cette fille ?
- D'Alexis ! Pourquoi voulez-vous qu'il ait des photos d'elle ?
- Ca expliquerait…
- Quoi ?
- Attendez, vous avez essayé de voir ce qu'il avait dans son ordinateur ? demanda Alexis
- Je voulais savoir ce qu'il avait fait ! Je ne pouvais pas me douter…
- Mais de quel droit ? Est-ce qu'il fouille dans vos affaires ?
- De quel droit ? Mais du droit que je vais devenir sa femme et que j'ai le droit de savoir ce qu'il fait dans son bureau !
- Mais c'est privé ! Nous nous sommes jamais permis de le faire, tout comme il ne s'est jamais permis d'entrer dans nos chambres quand nous n'y étions pas !
- Ce n'est pas un secret d'état ! Et puis, je n'aurai rien dit… Mais le mariage st une question de confiance…
- Le mariage ! Mais quel mariage ? Vous n'avez pas compris qu'il n'y aura jamais de mariage !
- Alexis ! s'insurgea Martha
- Quoi ? C'est ce qu'il vous a dit ? C'est pour ça qu'il…
- Il n'a pas parlé de votre mariage.
- C'est cette fille. C'est ça ?... Mais dites-le-moi ? J'ai le droit de savoir !
- En effet, vous avez le droit de le savoir… Mais pour le moment, Richard doit réfléchir…
- Je veux le voir !
- Pas pour le moment !
- Vous ne comptez… Mais, oui, vous vous liguez contre moi… Vous voulez qu'il retrouve cette fille ?... Mais qu'est-ce qu'elle est là ? Ce n'était qu'un vulgaire flic… Elle n'est pas de notre monde !
- Pas de notre monde ?... Mais redescendez sur terre, Mélinda ! Vous vous croyez au moyen-âge !... Et Kate Beckett n'était pas un simple flic. Si vous la connaissiez…
- Oh, je la connais
- Vous croyez ça ? Parce que vous l'avez croisé par hasard ?... Non. Il faut des mois pour la connaitre. Des années… Même Richard n'a pas réussi à tout découvrir sur elle. Malgré leurs quatre années de collaboration
- Non, pas partir ! criait-il
- Je ne pars pas... Je dois juste me rendre en ville
- Emmène-moi !
- Je ne peux pas. Mais je reviens… Je te le promets… Tu sais que je tiens toujours mes promesses ?
Il restait accroché à elle, refusant de la laisser s'en aller
- Ecoute-moi… J'ai une idée… Si tu gardais les chiens pour moi ?
- Eux rester ? demanda-t-il timidement
- Là où je vais, je ne pourrais pas les emmener... Alors, tu veux bien t'en occuper ?... Tu sais que je ne partirai pas sans eux
- D'accord, dit-il en s'essuyant les yeux… Tu pars longtemps ?
- Je ne sais pas… Peut-être deux heures… Ou trois !
Il fixait son verre. Il regardait les deux aspirines se dissoudre
Il releva la tête quand il entendit la porte la porte s'ouvrir
- Où étiez-vous ?
- On te l'a dit hier ! Mais c'est vrai que vu ton état… On te rapporte des affaires
- Vous êtes allées… Mais… Mélinda…
- Ne t'inquiète pas… Elle est au mieux de sa forme !
- Elle sait…
- Que tu es ici ? Oui
- Je ne peux pas rester… Elle va te faire une vie d'enfer… Je suis désolé
- De quoi ?
- De tout ce qui est arrivé… De vous avoir laissé partir…
- De toute façon, je l'aurai fait de moi-même, dit Martha
- Et moi aussi, ajouta sa fille. Ne t'en fais pas. On se voit tous ici, et c'est aussi bien comme ça !
Il s'approcha d'elles et les prit dans ses bras
- Je vous aime toutes les deux ! Vous le savez ?
- Oui, on le sait… Elle a simplement profité de la situation… Sinon… Tu as réfléchi ?
- A quoi ?
- Ben, à Beckett ! Qu'est-ce que tu comptes faire ? Tu ne peux pas rester comme ça !
- Je ne sais pas, souffla-t-il en se laissant tomber sur le canapé
- Il serait peut-être temps que vous discutiez
- Bonne idée, mère… Je vis à New York, et elle, en France… Je n'ai jamais osé le faire quand on se voyait tous les jours… Et le jour où je lui dis tout ce que je ressens, je suis parti !
- Mais maintenant qu'elle a refait sa vie, c'est peut-être le moment ou jamais !
- Justement, elle a refait sa vie… Je n'en fais plus partie… Elle m'a rayé, effacé
- Tu sais pourquoi elle est partie… Elle n'a jamais fait que ce que toi tu as fait pour elle
- Elle n'avait pas à…
- A quoi ? Te protéger ?
- Je suis assez grand pour le faire moi-même !
- Tu t'entends ? Tu réagis exactement comme elle !... Tu as ouvert le dossier de sa mère alors qu'elle te l'avait interdit. Ensuite, tu reçois un coup de fil d'un inconnu et tu lui obéis. Et toujours sans rien dire à la concernée !
- C'était pour la…
- Protéger. Je sais… Tout comme elle. Elle est partie pour te protéger. Pour NOUS protéger… Mais c'est fini, maintenant. L'affaire est classée
- Mais si elle ne veut pas de moi ?
- Elle ne devait pas passer la soirée avec toi, après ma remise de diplôme ?
- Oui, mais…
- Alors, c'est qu'elle s'était décidée… Papa, tu dois parler avec elle
- Ma chérie, je te rappelle qu'elle vit en France ! Sa vie est là-bas, maintenant !
- Et alors ?... En plus, je ne connais pas Paris
- Tu y es allée avec ta mère, je te rappelle !
- Oui, et j'ai vu les boutiques !
Une jeune femme la fit entrer dans un bureau
Elle se dirigea d'un pas décidé vers le siège que lui présentait l'homme.
Quand elle fut assise, il fit de même
- - Mademoiselle Beckett ! J'ai étudié votre demande… Mais je ne vous cacherai pas que ça peut être long
- - Je sais… Mais depuis plus de deux ans…
- - Oui, j'ai vu. L'enquête n'a rien donné… Pour compléter votre dossier, pourriez-vous me faire parvenir…
Elle ne le laissa pas finir. Elle lui tendit une enveloppe
- - Ce sont des copies. Toutes certifiées conformes
- - Oh !... Vous les avez toujours sur vous ?
- - De par mon ancien métier, et maintenant en France, j'ai appris qu'il faut se méfier avec les administrations… Sans vouloir vous offenser
- - Je comprends et je dirai même que vous avez raison... Ça m'a l'air complet… Je vois que vous êtes en attente de votre naturalisation…
- - En effet… J'ai reçu un avis favorable. Il ne reste plus que la publication au journal officiel. Ensuite je recevrai mes nouveaux papiers
- Ça ne devrait plus tarder… Surtout gardez-en un exemplaire. Vous aurez toutes les références
- - C'est prévu !
Il continuait de tournait les pages. De temps en temps, il opinait de la tête
- - Bien. Tout ça me paraît parfait… Malgré tous ces documents, vous vous doutez bien que nous allons faire une enquête
- - J'imagine, oui
- - Elle sera succincte, je vous rassure. Vu votre passé… En plus, vous m'avez donné toutes les coordonnées dont j'ai besoin…
- - Si ça peut lui faire gagner du temps…
- - Je comprends… Par contre, nous n'avons que deux sessions par mois et comme vous vous en doutez, nous avons beaucoup de dossiers
- - Je sais, soupira-t-elle
- - Ecoutez… Je vais essayer de faire accélérer les choses. Vous m'avez dit que cela fait deux ans…
- - On va approcher des trois, murmura-t-elle
- - En effet… Je ne vous promets rien… Mais… Vous savez, on souhaite que les demandeurs reviennent, passent du temps…
- - Je peux revenir, ou rester… Ça ne me pose aucun problème
- - Non, non… Je vais tenir compte de tous vos séjours ici… Ça devrait faire avancer la procédure
- - Je vous remercie
- - Oh, ne me remerciez pas… Pas encore !
Ils se serrèrent la main
