«- Punaise, maman je veux pas y aller! Ça craint d'aller au cirque!»

Une jeune fille aux cheveux blonds, toujours habillée d'un pyjama, croisait les bras et restait assise dans son canapé, tandis qu'une femme beaucoup plus vieille lui criait dessus. Elle haïssait le cirque... Elle ne voyait aucun intérêt à faire rire les gens de cette manière.

«- Je m'en fou! Tu n'es plus sortie en famille depuis que tu as 6 ans! Maintenant, tu bouges tes fesses de là et tu viens!
- Pff...»

Celle qui avait les yeux bleus se leva en tapant des pieds et s'enferma dans sa chambre, criant à sa génitrice qu'elle se préparait. C'est vingt minutes plus tard qu'elle sortit de sa chambre, habillée et coiffée.

«- Bah tu vois! Allez, on va s'amuser!
- C'est ça... Marmonna la plus jeune en sortant de sa maison.
- Oh, Alyssa, ne commence pas à faire la gueule!»

Puis, la mère et la fille montèrent dans une petite voiture blanche et se dirigèrent vers le centre ville. La plus vieille lui parlait de tout et de rien, pendant que l'autre écoutait de la musique à fond pour ne pas l'entendre. Lorsqu'elles furent enfin arrivées devant un chapiteau, elles descendirent et payèrent, puis s'installèrent dans des sièges situés devant.

«- Bon, c'est quand que ça commence? C'est pas que je m'ennuie mais je m'ennuie.
- Arrête de râler! »

C'est dix longues minutes plus tard, lorsque le chapiteau fut remplis d'enfants, d'adultes et de personnes âgées, que les éléphants entrèrent et commencèrent à monter sur des ballons. Tous étaient extasiés, mis à par Alyssa. Elle dégageait trop de mauvaises ondes pour trouver cela potable. C'est vrai quoi, un éléphant qui monte sur une balle, c'est ennuyeux. Et lorsque ces animaux rentrèrent, ce fut au tour des clowns d'entrer. Il y en avait de presque tout âge, et le plus jeune semblait être de la même génération que la jeune fille.

«- Oh, un petit! Et bien, l'artichaut, tu vois plus le soleil? C'est pour ça que tu pousses plus!»

Il s'était adressé à un autre clown, qui avait les cheveux blonds platines, et des yeux onyx. Tout le monde avait rigolé, mais elle ne trouvait cela pas du tout marrant.

«- Je ne suis pas un artichaut.
- Eh bien tu es un hérisson alors! Tiens, je suis gentil, une tarte.
- Euh... Merci.»

Bien évidemment, tout le monde connait le coup de la tarte au citron. Lorsque le plus jeune s'avança, l'autre clown la lui balança dans la figure, ce qui fit encore rire le public.

«- Et bien, l'artichaut! Faut pas être trop gourmand! Tu risques de t'en prendre plein la poire!»

Et les vannes continuèrent sur ce jeune garçon. Mais, comme par hasard, celui-ci fascinait celle qui s'ennuyait. Les animaux, les trapézistes, les acrobates, les clowns... Tout l'ennuyait, à par si cela était en rapport avec lui. Pourquoi? Des fois, les gens sont fascinées par certaines personnes. Mais elle se réveilla de sa transe lorsqu'on l'appela.

«- Hey! Toi, jeune fille! Viens, tu vas être notre cobaye pour le lancer de couteau!
- Euh... Ouais...»

Elle passa donc une jambe au dessus de la matière plastique qui séparait le public des artistes, aidée par le vieux clown. Mais celui-ci la fit tomber une fois qu'elle atterri sur le sol terreux, ce qui fit rire toute l'audience. C'est alors que celui qui avait les cheveux presque blancs la releva et la conduit vers une grande planche en bois, où on lui attacha les poignets.

«- Concentre-toi, ma petite! Si tu as trop peur, il va se rater!
- Si tu continue, c'est sur toi que je vais pas me rater. Commenta le jeune.»

Pour la première fois dans ce cirque, elle rigola en voyant la tête du plus vieux. Il avait l'air surpris! Celui qui devait lancer les couteaux se concentra, déclarant qu'il allait viser le côté gauche de sa tête. Et le couteau arriva au niveau de son bras, du côté gauche.

«- Mon dieu, si tu continue de viser comme ça, on peut lui dire adieu!
- Si tu continue de me faire chier comme ça, c'est à toi qu'on va te dire adieu.»

Il se tut encore une fois, tandis que le public riait aux éclats. La jeune fille rigolait aussi, et en oubliait presque la peur de se prendre un couteau en pleine tête. Le jeune homme continua à la viser -et à la rater, tout en lançant des injures à son acolyte, dès qu'il prononçait une phrase.

La fin du spectacle arriva beaucoup plus rapidement que prévu. Il faut dire que c'était beaucoup plus amusant de participer à un spectacle que de le regarder! Les deux clowns l'avaient détachés, et ils étaient partis dans leur loges. Sa mère l'avait appelée, mais elle s'était cachée dehors en attendant un certain garçon. Pourquoi voulait-elle le revoir? Elle l'avait juste aperçut et elle se sentait vraiment attirée...

Quelques minutes plus tard, elle le vit sortir du chapiteau. Ses yeux onyx étaient encore plus visibles que lorsqu'il était déguisé, sa peau laiteuse était légèrement bronzée, ses cheveux blonds platines rayonnaient au soleil et un air sérieux était affiché sur son visage. Et elle était à côté, en train de l'épier, cachée par la grande tente. Lorsqu'elle le vit se diriger vers les éléphants, elle le suivit et l'interpela. Il ne comprit pas de suite que le «Hey, toi!» lui était destiné. Elle l'attrapa donc par la manche, et il se retourna en fronçant les sourcils.

«- Oh, mais tu es la fille de tout à l'heure!»

Bon, au moins, il se souvenait d'elle. C'était déjà ça.

«- O-oui... C'est quoi ton nom?
- Pourquoi tu me demandes ça?
- Parce que! Insista-t-elle en haussant le ton.
- Bon, bon... Je suis Gouenji Shuuya.»

C'était pas moche comme combinaison, après tout. Enfin, après, c'est histoire de goût.

«- Moi, c'est Bonnevie Alyssa! Dis, pourquoi tu es dans ce cirque? On dirait que tu as mon âge pourtant.
- ... Mes parents sont morts dans un accident de voiture, à mes dix ans. Je suis allé dans un orphelinat et jouait en permanence au football, et le propriétaire de ce cirque m'a adopté en affirmant que j'avais de l'avenir.
- Oh, désolée! J'aurais pas dû te poser cette question...
- Pourquoi vous dites tous ça? C'est pas toi qui les a tué, t'as pas de quoi être désolée.»

Il avait déclaré ceci d'un ton neutre. Soudainement, il lui prit la main et l'embarqua dans l'une des nombreuses caravanes, lui mettant sa main devant sa bouche et murmurant un "chut". On pouvait entendre deux hommes qui discutaient en jurant.

«- Ce petit voyou, je vais lui apprendre à se moquer de moi!
- C'est vrai qu'il vous a bien ridiculisé, mais ça a fait rire le public en même temps.
- Je vais lui faire payer...»

Leurs voix s'estompèrent au fur et à mesure qu'ils s'éloignaient, et le plus jeune des clowns soupira de soulagement.

«- C'est toujours comme ça..? Chuchota la jeune fille à son oreille.
- Oui, c'est pour ça que je me cache souvent.»

Ils restèrent dans la caravane jusqu'à ce qu'il n'y eut aucun bruit, même d'un quelconque moteur.

«- Mais tu n'en a pas marre d'être ridiculisé par l'autre vieux? Demanda-t-elle doucement.
- Bof, j'ai l'habitude. Et puis, c'est pas comme si ça faisait pas rire le public.
- Moi, ça m'a pas fait rire.
- ... T'es bien la seule.»

Il s'affala sur l'un des lits, mettant ses bras derrière sa tête de façon à se faire un oreiller, et regarda le plafond. Elle se contenta de s'asseoir sur le même meuble, et l'observant silencieusement.

«- Pourquoi tu acceptes de me parler? Tu fais toujours ça?
- Pourquoi, demandes-tu... C'est juste parce que tu me plait. Et non, j'ai jamais fais ça.»

La jeune fille rosit d'un coup. Alors son attirance était réciproque? Même s'il avait dit quelque chose de gênant et d'embarrassant, il restait de marbre et regardait toujours le plafond de la caravane.

«- Dis... C'est quand que tu pars? Enfin, je veux dire, que le cirque déménage?
- C'est écrit sur les affiches, demain.
- Quoi?! Demain?!»

Elle s'était redressée en criant, il lui posa donc sa main sur sa bouche en lui demandant de parler beaucoup moins fort. Elle s'excusa pendant qu'il essayait d'entendre si celui qu'il fuyait toujours était dans le coin, et s'il avait écouté la jeune fille.

«- Et oui, je te ferais dire qu'on est installés depuis presque une semaine. Enfin bref...»

Un lourd silence s'installa, et une tension commença à doucement s'incruster dans l'air. Demain... Rah, pourquoi n'avait-elle pas demandé à sa mère de l'emmener dès le premier jour?! D'ailleurs, celle-ci devait être inquiète. Elle devait sûrement penser que sa fille s'était faite enlevée par les clowns! Même si c'était à peu près le cas...

«- Tu penses pouvoir revenir demain? On pars à midi. Le matin, on pourra se voir. Je suis trop jeune apparemment pour les aider à charger.
- Oui, je viendrais! Mais on est dimanche demain, non? C'est pas le jour où personne ne fait rien?
- J'en sais rien, j'espionne pas tout les gens de la planète.»

Il se redressa en craquant ses doigts, puis entendit un bruit dehors. Il prit la main d'Alyssa et la tira vers lui tout en fermant le rideau qui séparait le lit du reste de la caravane, alors qu'il l'embrassait pour la faire taire. C'est vrai que c'était plus pratique que de mettre sa main devant sa bouche! La jeune fille avait écarquillé les yeux, et une personne venait de monter dans le véhicule. S'il continuait, le coeur de la jeune fille allait exploser. Ses lèvres étaient à la fois douces et chaudes, mais son regard disait de ne vraiment pas faire de bruit. Dommage, elle aurait bien approfondit le baiser...

On entendit une plainte à travers le rideau, et la personne qu'on ne voyait pas jurait après le bout d'un mur, l'engueulant presque. Il demandait pourquoi il était là. Mais en même temps, un mur, ça se déplace pas, donc il avait été construit de sorte à ce que les gens foncent dedans. Les constructeurs peuvent être blagueurs des fois. Il sortit de la caravane en claquant la porte, permettant ainsi aux deux jeunes de se séparer.

Ils reprirent leur respiration, parce que oui, embrasser quelqu'un pendant une vingtaine de secondes sans respirer, de peur à ce que quelqu'un n'entende, c'était vraiment dur.

«- Désolé.
- Tu fais ça à tout le monde?!
- Mais non! Là c'était un cas d'urgence! En plus, c'est plus silencieux que la main, parce que tu baves dessus!
- Quoi?! N'importe quoi, c'est toi qui bave!
- ... Une main ne bave pas.»

Elle le regarda d'un air surpris. Ah oui, elle avait oublié... Elle se redressa légèrement en touchant ses lèvres. Son attitude nonchalante la blasait. Attends... Ce garçon venait de lui voler son premier baiser! Elle venait juste de comprendre. Oui bon, le temps que l'information monte au cerveau et qu'elle réagisse, ça faisait un peu long. Surtout quand on est embrouillé, ça met encore plus de temps!

«- Bon, je pense qu'on peut sortir maintenant, ils doivent être tous à la buvette, et ta mère doit s'inquiéter non?
- Hm... T'as sûrement raison.»

Ils tirèrent le rideau et descendirent du véhicule en vitesse, de peur qu'une personne les voit. Ils repartirent vers le chapiteau, et Gouenji resta en retrait, il avait raison d'ailleurs. Pendant que la jeune fille allait vers les tribunes, il s'était caché derrière un siège en voyant arriver sa génitrice.

«- Alyssa, t'étais passée où?! J'ai failli appeler la police!
- Désolée maman. Bon, on y va?
- Tu me le redira pas deux fois, jeune fille!
- Et bah si! Bon, on y va?»

La plus vieille des deux la regarda d'un air blasé en se dirigeant vers l'extérieur. La jeune fille se retourna vers son amie, lui chuchotant "à demain". Il lui sourit et lui adressa un signe de main. C'est alors qu'elle suivit sa mère, la tête pleine de projets pour le lendemain.

*********

Les rayons de soleil fusaient à travers la fenêtre, et cela réveilla la blonde, habillée juste d'un pyjama bleu avec des étoiles blanches. Elle ouvrit ses yeux bleus marines, s'habilla nonchalamment, ouvrit les volets. Le soleil était déjà haut dans le ciel. Elle se dirigea vers la salle de bain pour se brosser les dents. Lorsqu'elle eut prit sa douche et qu'elle s'était coiffée, elle descendit les escaliers, encore la tête dans ses rêves.

«- Bonjour maman.
- Bonjour ma puce! Tu t'es levée tard dis-donc. Tu t'es couchée à quelle heure?
- ... Comment ça tard? Il est quelle heure?
- Bah il est douze heures trente!»

Elle mit longtemps à comprendre, puisque son cerveau était encore un peu déconnecté de la réalité. Elle s'écria, mit rapidement ses chaussures et partit de la maison, sous le regard surpris de sa mère. Oh, elle devait sûrement avoir une urgence pour avoir failli se prendre la porte d'entrée.

Elle couru jusqu'au centre ville, attirant le regard de tout les automobilistes et des gens sur les trottoirs. Après une dizaine de minutes, elle arriva essoufflée à l'endroit où devait se trouver le cirque. Mais il n'y avait plus rien, déjà.

«- Me dites pas... Qu'il est déjà partit?»

Elle s'effondra à genoux, regardant un point invisible devant elle, où était sensé se dresser l'énorme chapiteau blanc et rouge. Elle avait imaginé toute sorte de choses qui auraient pue arriver le matin, c'est pour cela qu'elle s'était endormie tard, trop excitée par les évènements pour s'endormir. Mais elle n'avait pas prévue l'option qu'il puisse être partit. Elle n'y croyait pas vraiment. Était-ce un rêve? Elle vit une femme avec un enfant passer, elle les interpela donc.

«- Excusez-moi, mais le cirque est partit?
- De quoi parlez-vous? Le cirque n'est jamais passé cette année.»

Elle rentra chez elle les sourcils froncés. Le cirque n'était pas passé? Que cela voulait-il dire? Sa mère l'attendait de pied ferme, tenant une cocotte chaude dans ces mains protégées par des gants de cuisine.

«- Et bien, Alyssa? Où étais-tu?
- Maman! On est bien allées au cirque, hier, non?
- ... Hein? Mais non, hier on est allées à l'étang! Le sommeil t'a embrouillé je crois.»

Alors... Elle avait rêvé? Gouenji Shuuya n'était qu'une invention de son esprit? Ce n'était que le garçon idéal qu'elle avait attendue? Elle ne se comprenait pas. Elle était tombée amoureuse d'un garçon qui n'existait pas?