Poursuivons la partie II, voulez-vous ? :) Merci d'avance pour votre lecture et vos retours !
Chapitre 2 - Une sombre histoire de chaussettes
Le retour à Carlton, Kate l'effectua en compagnie de sa mère, qui avait pris le volant de la voiture noire de Phil. Si la petite fille demeurait silencieuse, Grace tentait de détendre l'atmosphère en pestant comme la chaîne hi-fi du véhicule, réglée à l'aide de la magie, afin que personne, à part son propriétaire, ne puisse trafiquer les choix de musiques et de CDs.
— Qui que vous soyez, vous n'avez pas le droit d'insérer un CD de musique classique, ou je fais flamber votre siège ! menaçait le lecteur d'une voix rauque.
— Et si je te débranche, tu répondras quoi ?!
— Grace, si c'est vous, figurez-vous que Phil vous a préparé une play-list exprès pour vous, dans le cas où vous viendriez à emprunter sa voiture ou à vous enfuir avec ! Il aimerait beaucoup que vous écoutiez de la bonne musique, pour une fois !
La musique November Rain, des Guns 'N Roses, s'enclencha dans le lecteur alors que Grace se rabattit dans un grognement et que Kate observait les paysages routiers qui défilaient sous ses yeux attristés. Elle avait attendu si longtemps à Ste Mangouste avec sa mère, s'isolant toutes les deux dans la cage d'escaliers du quatrième étage, là où les cris et les pleurs d'Eliot ne parvenaient plus à leurs oreilles. Durant une heure, Kate s'était rongé les ongles dans l'espoir de faire passer ses larmes, alors que sa mère, silencieuse, la berçait contre elle, sans savoir que dire pour consoler sa fille. Les mots que l'on mettait en bandage par-dessus les plaies des blessures causées par la mort d'êtres proches ne faisaient qu'empirer les choses... Les choses n'iraient pas mieux. Pas pour le moment. Pas tant que Kate ne retournerait pas à Poudlard pour laisser l'oppressante réalité aux dehors...
Phil ne rejoignit sa femme et sa fille qu'à partir du moment où un guérisseur prit la relève d'une présence auprès d'Eliot. Bien que sa figure pâle ne laissait paraître aucune expression, elles lurent dans ses yeux à quel point il était éprouvé. Depuis toujours, Phil n'avait jamais été un grand loquace à propos des sentiments qui régnaient en lui dans les moments douloureux, se contentant de garder ses maux secrets. Raconter la disparition de sa sœur à son propre neveu était inconciliable à tous ses principes qu'il avait nourris de son silence. Car la seule fois où il fut capable de mettre des mots sur cet événement marquant de sa vie, seule sa femme en fut témoin. Il n'avait jamais plus reparlé de tante Charity dans des phrases comportant plus de dix mots. Jusqu'à ce jour...
— Vous devriez rentrer à Carlton... leur avait-il déclaré d'une voix basse.
— On ne rentre pas sans toi, papa ! s'était indignée Kate. Ni sans Eliot.
— Ecoute, chipie... Nous avons quelques... choses à régler avec Eliot. Il faudrait mieux que nous soyons seuls, il a besoin de calme... De temps pour s'en remettre. Nous vous rejoindrons d'ici quelques jours.
— Mais...
— Kate, écoute donc ton père, pour une fois ! l'avait interrompue sa mère d'un ton calme.
La fillette assista à la passation des clefs de la voiture de Phil à sa femme et à leur longue étreinte, avant que Grace ne guide son épaule pour l'accompagner dans leur descente des escaliers. Lorsqu'elle jeta un dernier regard vers son père qui les observait, les poings enfoncés dans sa poche, il lui adressa un bref sourire sincère, qui se volatilisa bien vite, effacée par la peine qui alourdissait ses traits.
Sur le trajet jusqu'à la voiture, Grace s'évertua à expliquer la réalité à sa fille, qui ne parvenait pas à tout saisir aux travers de leurs histoires d'adultes qu'elle n'aurait jamais dû connaître dès son âge. Dernier membre de la famille Burbage, Eliot avait hérité des biens de ses parents, ce qui impliquait aussi bien des démarches auprès des banques anglaises que de Gringotts, ou encore le devenir de la maison des Burbage. Des étapes douloureuses, aussi bien pour Eliot que pour Phil...
La nuit était déjà tombée quand mère et fille revinrent au 45 Owlstone Road, toujours privé de son 5. Kate se rendit dans sa chambre en traînant des pieds après avoir adressé la bonne nuit à sa mère en l'embrassant sans grand enchantement. Elle se sentait happée par tous les soucis du monde, comme si tout pesait sur ses frêles épaules. Malgré la rude journée, pas une once de fatigue ne vint la surprendre. Les cris d'Eliot résonnaient encore à l'intérieur de sa tête. Elle entreprit alors d'observer le ciel nocturne, accoudée à la fenêtre. Les étoiles filantes n'étaient pas peu nombreuses en cette période de l'année, petits vœux éphémères d'antan que Kate voyait désormais comme un sujet d'examen en astronomie.
Tentant d'oublier ses problèmes, Kate songea à ses amis de l'école. Elle avait eu l'occasion d'échanger des lettres avec certains d'entre eux, mais elle n'avait qu'une hâte : retourner à Poudlard pour échanger leurs récits de vacances, même si l'idée que Maggie lui raconte les détails de la coupe du monde de Quidditch qu'elle manquât lui causait un pincement au cœur. Puis, elle pensa à la future répartition. Serait-il possible que le Choixpeau envoie de nouveau un élève de première année à Papillombre ? Ou serait-elle la seule, condamnée à errer dans le mystère de cet unique jour ?
Même si elle se doutait que cela avait un rapport avec les événements relevant de ce fait, Kate n'avait jamais abordé le sujet de ses dons particuliers avec son père. Du fait qu'elle parvenait à exercer ses pouvoirs magiques sans l'aide de sa baguette. Il était inutile de l'inquiéter davantage, avait-elle pensé. Elle considérait cela comme son petit secret, dont seules trois personnes étaient au courant : Maggie, Morgana, à son insu, et enfin son professeur de métamorphose, le peu commode Woffhart. Kate se questionna d'ailleurs à propos des futures réactions d'Eliot en cours, découvrant un enseignant qui ne se prive pas de jurer en allemand et de transformer les élèves en raton-laveur le temps de quelques minutes afin qu'ils cessent leurs bêtises. C'était un moyen qui avait fait ses preuves, il fallait l'avouer... !
Oui. La vie de Poudlard lui manquait terriblement.
Le lendemain matin, elle fut de nouveau réveillée par le bruit de serres qui cognaient contre la vitre. Désabusée, Kate roula plusieurs fois dans son lit avant que les piaillements du rapace, qui s'était posé sur la branche du chêne adjacent et qui réclamait qu'on lui ouvre, ne l'arrache de son plumard si douillet, tandis que Mister Minnows restait agrippé aux draps, refusant de quitter sa couchette. Les yeux tombants, les cheveux en pagaille et emmêlés, elle déambula dans sa chambre, avec l'envie prenante d'un rôti de hibou en guise de petit déjeuner. Mais sa réaction fut toute autre lorsqu'elle aperçut les deux lettres à la calligraphie si particulière... Kate se hâta de faire le hibou, qui largua les enveloppes sur le plancher avant de repartir, comme si de rien n'était. Miss K. WHISPER
45 (sans le 5) Owlstone Road
CARLTON
La même était adressée à Eliot. Poudlard ne manquait jamais une occasion d'être au courant des dernières nouveautés... ! Détachant le cachet rouge en-dessous du blason de l'école, Kate déplia sa lettre dans la précipitation alors que Mister Minnows grognait en se traînant jusqu'à l'oreiller délaissé par sa maîtresse afin d'y terminer son somme. Elle trépignait déjà à l'idée de retourner sur le chemin de traverse. Mais surtout de retourner à l'école.
Eliot et son père revinrent le surlendemain, dans le courant de l'après-midi. Cela surprit d'ailleurs Grace, qui vit soudainement apparaître son mari et son neveu dans un claquement de fouet au milieu du salon alors qu'elle était en train de lire un recueil de poésies, ses lectures favorites. Le premier transplanage d'Eliot le cloua sur le canapé tant il fut malade. Son état s'améliora à peine lorsque sa cousine se rua sur lui, toute guillerette, en lui fourrant sa lettre entre ses mains, encore nauséeux. Phil effectua plusieurs aller-retour du même genre, rapportant à chaque fois un carton plein à craquer qu'il déposait dans l'une des pièces de la maison, celle qui deviendrait la nouvelle chambre d'Eliot. Ce dernier était retourné dans son ancienne maison, poussiéreuse et abandonnée, et avait rassemblé ses affaires pour les ramener avec lui. Un tour de baguette magique avait suffi à Phil pour métamorphoser la vieille armoire disposée à cet endroit en un lit tout confort, sur lequel Eliot, toujours silencieux et blême, déballa ses objets dans la solitude et le silence de son chagrin. Kate demeurait immobile et indécise, en bas de la rampe de l'escalier, entre la conversation discrète de ses parents dans le salon et les bruits des cartons ouverts par Eliot. De son angle de vue, elle voyait son père se frotter le front du plat de ses doigts, ses yeux cernés, qui négociait la présence de Grace pour l'accompagner au Chemin de Traverse, ce que cette dernière appréhendait à demi-voix, n'ayant jamais côtoyé le monde magique d'aussi prêt, mais accepta malgré tout sans hésitation. Ce furent des notes de musique provenant de l'étage qui poussèrent Kate à gravir les marches sur la pointe des pieds. Elle croisa son chat dans le couloir et le prit dans ses bras, comme pour se réconforter, tandis que le matou se laissait faire, résigné par cet élan affectif qui le semblait le navrer au plus haut point, ses paupières baissés sur ses pupilles vairons. Le regard de la fillette s'insinua dans l'embrasure de la porte, observant Eliot, penché, qui pinçait les cordes de sa guitare électrique d'un rouge chatoyant, sans l'avoir branchée. Le jeune homme, dont les yeux fixaient un point du vide, se laissait bercer par la lente mélodie qu'il exécutait de mémoire, se rappelant les souvenirs rattachés à cette dernière.
L'appel du cœur poussa Kate à entrouvrir la porte et à dévoiler sa présence, qu'Eliot accueillit sans réaction.
— Elle est sympa, ta guitare, lui lança-t-elle d'un ton maladroit, sans savoir par où commencer.
— Merci...
— Je peux m'asseoir avec toi ?
— Ouais, comme tu veux...
Kate s'installa sur le lit, embarrassée par la situation. Cependant, cela déplut à Mister Minnows, qui maugréa de plus en plus fort, avant de sauter sur le plancher et de déguerpir de la chambre en trottant, sa queue touffue dressée sur sa croupe.
— Il n'a pas l'air commode, ton chat...
— Il est un peu stupide. C'est un chat !
— Je croyais que tes parents ne voulaient pas avoir d'animaux chez toi...
— Ca a changé avec le temps, grimaça-t-elle. Beaucoup de choses ont changé... D'ailleurs, tu as mué ! Ça fait tout bizarre !
— Le temps a fait son effet. Ce n'est pas parce que j'étais endormi que mon corps allait rester le même... Mais je t'avoue. C'est étrange de me dire que j'ai quinze ans, maintenant, alors que j'ai l'impression que c'était hier encore le jour où j'en avais treize.
Aucun sourire ne vint s'étirer sur ses lèvres entrouvertes. Le choc avait été si rude pour lui. Du jour au lendemain, Eliot avait tout perdu... Kate tenta de tergiverser :
— Tu dois être content de retourner à Poudlard !
— Ca a changé beaucoup aussi ? marmonna-t-il en grattant sa guitare d'un air absent.
— Il y a eu la guerre, un an après ton réveil. L'école a été presque détruite... Mais c'est là-bas que Voldemort a été vaincu. Depuis, tout va mieux... ! Ils sont en train de restaurer les derniers bâtiments. Et puis, on a Harry Potter en défense contre les forces du mal ! Tu verras, il est génial !
— Et alors, comme ça, c'est McGonagall la directrice ?
— Oui. C'est un professeur allemand qui la remplace dans son cours. Bon, je l'admets, il est un peu flippant, comme type... Mais il enseigne bien ! Puis il y a Neville Londubat aussi ! En botanique ! Il est directeur de Gryffondor !
Eliot continuait de tâter ses cordes, écoutant d'une oreille les dires de Kate, qui tentait d'animer un semblant de conversation. Mais elle devait admettre qu'il serait dur de détacher son cousin du souvenir prégnant de ses parents, qui n'étaient désormais plus de ce monde. Elle décida alors de passer au niveau supérieur :
— Je n'ai pas été envoyée à Serpentard, annonça-t-elle après une profonde inspiration. Comme tu l'avais prévu... Tu avais tort...
— Ah... ? grommela-t-il, absent.
— Ni à Gryffondor, ni à Serdaigle...
Un rire compulsif et éphémère saisit le jeune homme :
— Il t'a envoyé à Poufsouffle... Eh bien. Je vais devoir te supporter plus longtemps que prévu...
— Je ne suis pas à Poufsouffle non plus.
Cette dernière phrase éveilla l'intérêt d'Eliot, qui releva la tête et croisa le regard insistant de Kate.
— Hein ?! Mais ils t'ont envoyée où alors ? Chez les elfes de maison ? Chez les fantômes ?
— Le Choixpeau m'a envoyée à... Papillombre.
— Tu me fais marcher. Il y a une nouvelle maison ? Avec un nom de princesse ? Et vous êtes combien ?
— Je suis... eh bien, je suis toute seule, marmotta-t-elle en s'empourprant. C'est tellement étrange... Personne n'a pu m'expliquer tout ça. Pourquoi c'est tombé sur moi. Je squatte chez les Gryffondors en attendant que le mystère soit résolu, mais je pense que je peux encore attendre longtemps... !
La voix de Kate tremblait en même temps qu'elle prononçait ses mots, comme une terrible réalité qui lui tombait dessus. Une squatteuse. Voilà à quoi elle était réduite. A moins qu'elle n'intègre l'évidence que Papillombre n'était qu'une bévue du Choixpeau.
La lune était haute dans le ciel cette nuit-là et fendait la fenêtre de la chambre de Kate de ses rayons lumineux. Les branchages de l'arbre balayaient d'une ombre le sol de la pièce, où jonchaient des parchemins, des uniformes froissés et des fournitures de classe. La jeune fille dormait dos à l'éclairage diaphane, son visage détendu par la sérénité de son sommeil, bercée par les rêves de Poudlard, de Quidditch et de nouveaux sortilèges. L'innocence lui rendait les traits doux, soulignée par les boucles brunes qui encadraient les courbes de son menton. A ses pieds ramenés vers elle, Mister Minnows s'était lové, en une boule immaculée, comme une petite lune velue posée sur les draps sombre du matelas.
Et dans l'ombre de la porte laissée entrouverte, les yeux bruns d'Eliot, que la nuit rendait noirs, détaillaient cette scène. Son poing se serra sur sa cuisse, les reliefs de son cou se creusèrent alors qu'un sourire peu rassurant s'afficha sur ses lèvres charnues, métamorphosant son expression apathique en une face comminatoire. Un unique reflet d'un violet sombre traversa ses iris alors que résonnait dans sa tête une voix féminine :
« Et tu vas me rapporter Kate Whisper. »
— Eliot ?
L'adolescent pivota en direction du murmure que venait de lui lancer son oncle, à l'autre bout du couloir. Phil était sorti de sa chambre, le regard vif malgré l'heure tardive, ne portant qu'un vieux pantalon de pyjama, sa baguette à la main luisant à son extrémité.
— Que fais-tu encore debout à une heure pareille... ?
— Je revenais juste des toilettes, déclara Eliot d'un air tout endormi.
— D'accord... Allez, retourne dans ta chambre, fiston, repose-toi...
Le père de famille observa le jeune homme rejoindre sa chambre et refermer sa porte d'un regard perçant, ses sourcils froncés. Son mauvais pressentiment qui l'avait poussé à se lever s'était révélé judicieux : découvrir son neveu qui guettait derrière la porte de sa fille attisait en lui quelques soupçons qu'il n'était pas prêt à enterrer pour le moment...
Il fut convenu que la petite famille fasse le déplacement vers Londres les derniers jours d'août, afin d'effectuer les achats de la rentrée et, pour les enfants, de prendre le train pour Poudlard. Eliot était peut-être revenu chez les Whisper, mais leur situation financière ne leur permettait pas forcément de nombreux voyages et la location de chambres sur place trop longtemps.
Ses habits, ses fournitures de l'an passé, sa boussole, les affaires de Mister Minnows, son écharpe violette... Kate avait passé en revue ses bagages au moins trois fois, avant de se décider à refermer sa malle. Sans succès. Trop pleine pour se fermer ! Ceci sous le regard sournois de Mister Minnows, couché sur le lit, qui se complaisait à contempler la stupidité humaine. Elle dut recourir à l'aide de son père, qui régla l'affaire d'un geste de baguette magique, après s'être préalablement moqué d'elle et des sales manies qui poussaient les filles à remplir leurs bagages plus que nécessaire, quitte à faire croire qu'elles y avaient caché une colonie d'elfes de maison maquilleurs. Après une descente d'escaliers pour le moins périlleuse, durant laquelle elle manqua de se faire emporter par le poids du bagage à trois reprises, elle la chargea à l'arrière de la voiture, aidée par sa mère. Cette dernière était assez fébrile à l'idée de poser un pied sur le Chemin de Traverse, dont on lui avait tant parlé. D'autant plus qu'elle avait eu connaissance des raisons de la guerre qui avait déchiré le monde des sorciers. Avec ces histoires de lignées pures, de haine raciale et des Moldus... Grace avait toujours été sensible aux regards des autres sur sa personne et cette situation hors du commun qu'elle s'apprêtait à vivre le mettait mal à l'aise, malgré son impatience de découvrir cette facette du monde. Quant à Eliot, aussi loquace qu'il le fut à son retour, Kate pressentait qu'il appréhendait cette nouvelle rentrée, craintif à l'idée de devoir rattraper son retard, mais également de retrouver ses amis, qui avaient vécu deux ans de scolarité sans lui. Deux ans. Le temps d'oublier. Et, en temps de guerre, de mourir...
Ils partirent tous les quatre, chacun la tête chargée de questions, lors de ce moment bien inhabituel...
— Ce bar miteux ?!
— Je t'assure, chérie !
— Si j'attrape la gale, je te préviens, je flambe ta bagnole en représailles !
— Ah ça, ce n'est pas mon problème si tu bois trop ! Ne t'en prends pas à ma caisse !
— Pas la gueule de bois, la gale ! C'est une maladie ! Un parasite !
— J'en apprends tous les jours ! Je ne savais pas que les Moldus attrapaient des parasites quand ils allaient dans des bars... !
— ... Oublie.
Le sourire de Kate était remonté jusqu'à ses deux oreilles lorsqu'elle aperçut de loin la devanture du Chaudron Baveur, fidèle à son souvenir. Elle heurta de manière volontaire le bras d'Eliot, dans l'espoir de partager sa joie, cependant, ce dernier se contenta de hausser les épaules, ce qui refroidit sensiblement la jeune fille.
L'intérieur était complet en cette soirée de fin de mois, nombreuses étant les familles qui, comme les Whisper, venaient de loin et préféraient rester entre sorciers jusqu'à l'heure des séparations sur le quai 9 ¾. Des gens de divers horizons et de divers âges. Si certains élèves discutaient école et Poudlard, d'autres adultes, étrangers désormais à ce genre de conversations, misaient des mornilles sur des parties de poker version sorcier, dans lesquelles les cartes pouvaient parler et mentir à leur adversaire pour bluffer, voire les provoquer :
— Eh bien alors ? On se débine ? lançait les cartes d'un grand sorcier au chapeau vert. Je suis sûr que ton jeu est tellement mauvais qu'il ferait vomir un troll... !
— Je sais que ta mère a l'estomac difficile, mais quand même... ! rétorqua le jeu de l'autre côté de la table, tenu par un vieil homme trapu.
— C'est bondé, constata Grace, n'osant mettre un pied devant l'autre sans balayer son environnement d'un regard alerte. Tu es certain qu'il nous restera des chambres ?
— Le Chaudron Baveur s'adapte à ses clients, ma chère petite femme, lui expliqua Phil, la démarche lente, mais légère, débordant de joie retenue. S'il y a besoin de place, il en créera. Il y aura toujours des chambres de libre tant qu'il y aura des gens pour les occuper !
Il s'approcha du comptoir, suivi de près par le reste de la petite famille. Kate y reconnut la jeune tenancière : Hannah Abbot, qui arborait ce jour-là une longue queue de cheval. D'un coup agile de baguette, elle s'occupa de servir deux Bièrraubeurre à ses clients, avant d'aborder les nouveaux arrivants.
— Bonsoir, la salua Phil de son habituelle voix engageante, serait-ce possible de prendre trois chambres pour trois nuits ?
Il illustra ses propos avec ses doigts, qui formaient le chiffre redondant, les deux coudes sur les comptoirs. Mais Grace intervint :
— Trois ? Tu es sûr que...
— Je pense que Kate et Eliot n'ont plus vraiment l'âge de dormir dans la même pièce, ils ont besoin de leur intimité, si tu veux mon avis. Mais si tu as besoin du leur, demande-leur toi-même.
Phil se retourna vers sa fille et son neveu, qui ne réagirent pas de vive voix, hochant simplement la tête pour confirmer ses dires.
— Tu vois, ils sont d'accord avec moi ! sourit-il.
— Parfait ! Tenez. Voilà pour vous.
Après s'être brièvement retournée pour décrocher les clefs suspendues au mur derrière elle, Hannah les déposa sur le bois et les fit glisser jusqu'à Phil.
— Pas besoin que je vous accompagne, je suppose... !
— On tâchera de ne pas se perdre dans un couloir droit, merci beaucoup ! plaisanta Phil, qui récupéra les clefs en cuivre.
Mais lorsqu'ils se dirigèrent vers l'escalier qui menait à l'étage, la tavernière blonde remarqua Eliot, en queue de file. Elle encaissa une furtive expression de surprise et quitta le comptoir à la hâte.
— Excusez-moi... ! Attendez !
Tous les quatre se retournèrent tandis qu'Hannah s'approcha d'Eliot sans détourner son regard abasourdi de lui.
— Tu es... Eliot ? Eliot Burbage ?
— Oui, c'est bien moi... marmonna le jeune homme sans comprendre cette entremise.
— Je suis Hannah Abbot, j'étais élève à Poufssouffle, comme toi... Et tu sais...
Elle se tritura les doigts, sans néanmoins ciller des yeux.
— Même si je n'étais plus à Poudlard, j'ai appris ce qu'il s'est passé, pour toi, par l'intermédiaire des autres de la maison. Je tiens à te présenter mes plus sincères condoléances... Ça n'a pas dû être facile pour toi. Nous avons tous sacrifié quelque chose dans cette guerre. Tu sais, j'y ai perdu ma mère aussi, la même année que toi... Mais je suis sincèrement heureuse de te revoir en vie et en forme... J'espère que... cette nouvelle année se passera bien pour toi. Et que tu reprendras tes marques à Poufsouffle.
Hannah ne put s'empêcher de lâcher un léger rire compulsif :
— La meilleure des maisons... ! ajouta-t-elle.
— Tu parles... que des blaireaux, glissa Phil, railleur, à l'oreille de sa fille.
— Merci, c'est gentil, rougit Eliot, touché par cette attention.
— Prends soin de toi, Eliot... !
Kate monta ses bagages à l'étage et s'installa donc dans la chambre 42. Elle demeura ainsi une bonne heure à rebondir, assise sur le vieux lit qui craquait, à observer la rue moldue qui se vidait à cette heure de nuit débutante, à taquiner Mister Minnows qui la boudait de l'avoir enfermé dans sa cage durant plusieurs heures, à relire encore sa lettre de Poudlard. Puis, lorsqu'elle se lassa et commença à ressentir la faim, par le biais de son estomac grinçant, la jeune fille sortit de la chambre, trottinant d'un pas léger dans le couloir. Cependant, à sa plus grande surprise, une voix familière l'interpella :
— Kate ?!
Le brusque volteface qu'elle effectua la fit tomber nez à nez avec une camarade qu'elle connaissait bien : Suzanna, son amie de Gryffondor, aux grandes boucles d'or, lui adressa son plus large sourire. Cette dernière était accompagnée d'une autre fille, plus jeune, mais qui lui ressemblait à tel point que l'on pouvait se méprendre à détailler les deux visages trop longtemps.
— Tu m'as fait peur ! s'exclama Kate, encaissant un hoquet de surprise.
— Vraiment ? Je fais rarement cette impression... !
— Que fais-tu là ?
— Que veux-tu que je fasse de spécial ? Je chasse le griffon avec une boîte d'allumettes !
— Hein ?!
— Mais non, bécasse... Je suis ici en attendant le 1er septembre ! Tiens d'ailleurs, je te présente ma petite sœur, Stephanie...
— C'est Teffie ! rectifia cette dernière en s'empourprant.
— Ah oui, j'oubliais que mademoiselle n'aime pas son nom... !
Kate ricana un instant, avant de lui demander :
— Tu fais ta rentrée à Poudlard cette année ?
— Oh non, je suis encore trop jeune ! Je viens juste accompagner Suzzie, parce qu'on m'a obligée et parce que j'aime bien la faire ch...
— Pas de grossièretés ! la rappela à l'ordre sa grande sœur juste à temps.
Si le franc-parler de cet adorable petit angelot aux grands yeux bleus avait bien des raisons d'éveiller son amusement, Kate préfère retenir le surnom de sa camarade :
— Suzzie ? T'es sérieuse ? C'est comme ça qu'on t'appelle chez toi ?! Ça fait penser à...
— A un nom d'elfe de maison ? Oui, je sais. Mais hé, ho, je te rappelle que tu ne te fais pas appeler par ton nom entier, tu es la moins bien placée pour me faire quelconque remarque... !
— Tu n'as pas tort... Tu es la seule ici ? Je veux dire... de la classe ? Maggie, Scarlett, Moira...
— Hmm, j'ai croisé quelques personnes, mais aucune de Gryffondor. Je sais entre autres que ton pote de Poufsouffle, Tommy...
— Terry ?
— Oui, c'est ça.
— Il est ici ? s'enchanta Kate.
— Eh bien, je sais que Terry a une chambre ici, avec ses parents. Mais aucune chance que tu le voies ce soir, il m'a dit tout à l'heure qu'il sortait au tout nouveau restaurant qui vient d'ouvrir sur le Chemin de Traverse. Un chouette endroit, il paraît ! Il y a un orchestre d'armures chantantes avec chœur de chouettes qui joue pendant que tu manges, et même qu'il y a des lutins qui t'assaisonnent tes plats sous tes yeux ! Les coupes changent de forme et de couleur selon ton humeur et il y a une fontaine de Bièrraubeurre ! Ça donne envie de prendre des photos... !
Les yeux de Kate s'écarquillèrent de fascination tandis qu'elle s'imaginait dîner dans ce lieu magique.
— Incroyable !
— Tu l'as dit... On a bien tenté de convaincre nos parents de nous emmener...
— Mais c'est des coincés du derrière, compléta Teffie en hochant la tête, très sérieuse.
— C'est-à-dire que... c'est plus facile pour Terry de s'y rendre, il est enfant unique ! Alors que nous, on est six chez nous... T'imagines, la note sur l'addition ?!
— Vous êtes six ?! s'étonna Kate, interloquée.
Il était vrai que la jeune fille ne s'était que rarement intéressée à la vie familiale de ses camarades au point de connaître leur composition. Et elle ne pensait pas la famille Simmons si complète, d'autant plus que Suzanna était, pour le moment, la seule scolarisée à Poudlard.
— Oui, on est quatre enfants ! Moi, je suis l'aînée, puis il y a Stephanie... oui, pardon, Teffie, ensuite Veronica et pour finir, Tobias.
— Et lui, c'est un vrai petit con, rajouta la cadette, toujours de son air appliqué de petite fille modèle.
— Juste qu'il est encore jeune... ! le défendit l'aînée. Il n'a que six ans...
Alors que les deux sœurs commencèrent à débattre sur le sort de leur petit frère, déchiré entre la position de benjamin persécuté et la situation de môme insupportable, Kate médita sur sa propre condition. Fille unique, la seule présence de ce type dont elle avait bénéficié était celle de son cousin, Eliot. Mais elle n'avait jamais eu la chance de cajoler une petite sœur, de jouer avec un petit frère. Ce genre de situation lui étant inconnue, elle ne pouvait la regretter. Cependant, peut-être qu'un lien supplémentaire aurait permis à sa petite famille d'être davantage unie. Autour de repas polémiques, de sorties en famille, de jeux sortant de l'ordinaire et des éternels duels avec sa mère autour d'un plateau de dames... Peut-être ses parents y avaient-ils songé un jour. Oh, c'était même certain. Mais entretemps, il y avait eu la guerre. Une époque qu'aucun enfant ne méritait de subir.
Le soir prit fin après un repas à la table du Chaudron Baveur, avec ses parents et Eliot. Grace, qui pensait que les mets sorciers différaient des siens sur bien des aspects, parut presque déçue devant son assiette de stew, bien que ce dernier, concocté par les bons soins d'Hannah, soit délicieux. Puis s'ensuivit une longue conversation à propos du travail de Phil et de la manière dont il acquit Littleclaws, sa fidèle petite chouette nyctale. Kate ne se lassait jamais de cette histoire, surtout de l'habituelle phrase d'introduction que son père répétait souvent lorsqu'il la racontait : « c'était une petite boule de plumes grises que j'aurais pu écraser dans mon poing. Il paraît que c'est drôle d'écraser un poussin, ça fait « PIOU » dans une gerbe de sang ! ». Ceci sous l'expression dégoûtée de Grace et le rire clair de Kate. Ce soir-là, il y eut aussi l'indifférence d'Eliot. Le garçon ne s'exprimait toujours pas. Il ne prononça pas un mot de tout le repas, concentré sur sa viande et ses légumes, écoutant d'une oreille discrète les propos qui se tenaient à table, sans y manifester d'intérêt. Et malgré les tentatives de sa famille pour le faire parler, il revenait irrémédiablement à son silence, dans lequel il s'emmurait.
Lorsque la nuit fut bien installée, que le Chaudron Baveur dormait, tout comme bon nombre de ses clients, il n'y avait qu'une grande ombre dans le couloir. Phil pointa de sa baguette magique la serrure de la chambre dans laquelle dormait sa fille et la verrouilla en murmurant une formule :
— Collaporta totalum.
Puis, les sourcils froncés, il dirigea son regard vers la pièce attenante, occupée par Eliot. Dans les ténèbres du doute, mieux valait-il rester prudent...
Le lendemain matin, ce furent des cavalcades de Mister Minnows à travers la pièce qui réveillèrent la pauvre Kate, toute ensuquée. Le félin avait sûrement du apercevoir une souris qui gambadait dans la pièce et laissait ressortir ses instincts de fauve sanguinaire. Hélas pour lui, le rongeur était rapide et rusé, profitant de la lenteur du gros chat blanc et touffu pour se réfugier dans un trou de plinthe. Et touché dans son amour propre, le chat vaincu gémissait, rampant sur le vieux plancher et jouant de ses griffes en espérant faire sortir sa proie.
— Laisse donc cette pauvre souris tranquille, Mister Minnows... lui recommanda sa jeune maîtresse en se levant d'un pas mal équilibré, les cheveux en pétard sur sa tête. Elle ne t'a rien fait... Et tu m'as réveillée, en plus !
En guise de réponse, l'animal miaula avec férocité sans se détourner de sa cible, grattant le bois. La patience est l'apanage du chasseur, aurait-il pu penser. Quel chat stupide, songea cependant la jeune fille. Elle s'habilla en vitesse, le regard rivé vers l'extérieur, par la vitre crasseuse. Les premiers londonniens prenaient déjà le chemin du travail alors qu'elle allait prendre celui de Traverse, faire ses courses scolaires. Kate n'avait jamais regretté d'être une sorcière, même si cela avait impliqué de vivre durement ces dernières années. Comment ces gens pouvaient-ils survivre dans un monde aussi morne ? Se contenter de leur technologie en acier, sans jamais apercevoir la beauté des sortilèges et la facilité de la vie ? Oui. Être née sorcière était sûrement l'une des plus belles choses qui put lui arriver. Et elle devait profiter de sa chance.
Depuis le couloir désert, Kate percevait déjà les bruits provenant de la salle principale du pub dès qu'elle eut mis le pied en dehors de sa chambre. Peut-être ses parents et Eliot étaient déjà levés depuis belle lurette. Elle traîna le pas jusqu'aux escaliers et descendit les premières marches en balayant les tables d'un regard. C'est alors qu'elle aperçut, sous l'une des fenêtres, Terry, son ami de Poufsouffle, discutant avec Suzanna, accompagnée par sa petite sœur qui écoutait la conversation d'un air résigné. Lorsque la tête de sa camarade aux boucles d'or se leva en son direction et qu'elle l'aperçut, Suzanna s'exclama d'un air plaisantin et imité :
— Ah, voici la vedette !
Un sourire ravi se dessina sur le visage de Kate, alors que Terry remarqua à son tour sa présence. Mais alors qu'elle voulut poursuivre sa descente, son pied dérapa et manqua la marche. Dans un fracas assourdissant, Kate dévala les marches sur les jambes et retomba en bas sur ses fesses toutes endolories. De nombreux rires s'élevèrent dans la salle, tandis que d'autres s'en préoccupèrent, comme Terry et Suzanna, qui accoururent au secours de leur amie.
— Ça va, tu n'as rien ? se soucia Terry en l'aidant à se relever.
— Non, je ne pense pas... grimaça Kate en se massant la fesse. J'ai l'habitude... !
— La chute d'une vedette est si vite arrivée, mais je ne pensais pas que tu l'illustrerais aussi bien ! préféra en rire Suzanna avant qu'ils ne retournent à leur table.
Kate prit place à côté de Terry, tandis que Teffie, qui était restée assise sans ciller, la dévisagea avec attention.
— On parlait justement de toi, relança Suzanna en s'asseyant.
— De moi ?
— Oui. Et de Papillombre. À ton avis, tu penses que le Choixpeau va en envoyer d'autres cette année ?
— Ça m'étonnerait... ! Il est juste devenu fou sur le moment... La vieillesse sûrement. D'ailleurs, il a quel âge le Choixpeau ?
— Sachant qu'il s'agit d'un objet des fondateurs, sûrement un beau millénaire ! réfléchit Terry. Et pas une seule ride !
— Mais imaginons que ça soit le cas ! Qu'il y ait de nouveau des élèves envoyés à Papillombre, comme toi... Tu fais quoi ?
— Tu t'attends à ce que je fasse quoi ? s'étonna Kate en haussant les épaules, prise de court par la question. Que je sorte des confettis violets en forme de papillons pour leur annoncer que tout ça n'est qu'un gros n'importe quoi et que la cinquième maison est une invention du Choixpeau ?
— C'est nul, les papillons, intervint Teffie. Ça fait bébé princesse...
— C'est vrai qu'il y a mieux comme animal, ricana Kate, entre amusement et amertume.
— Tu aurais préféré quoi, un cochon ? Une mite ? Un putois ? nasilla Terry.
— J'aurais juste préféré aller dans une maison qui existe déjà, tout simplement...
L'approche de Hannah interrompit leur conversation qu'ils partageaient penchés par-dessus la table. Cette dernière cala ses poings sur ses hanches et les fixa chacun leur tour :
— Alors les jeunes, qu'est-ce que je vous sers pour le petit déjeuner ? Du thé et des œufs au bacon, ça vous convient ?
— Je voudrais plutôt un chocolat chaud, madame, lui demanda la petite Teffie, détachant chacun de ses mots sur un ton monocorde et perché.
Qui ne pouvait pas succomber au charme de ce petit ange blond qui vous fixait de ses grands yeux bleus ? Sûrement pas Hannah, qui fondit, attendrie.
— Bien sûr, miss !
— Excusez-moi, est-ce que... vous n'auriez pas retrouvé par hasard une pince à cheveux rouge hier soir ? osa Suzanna, toute rougissante. Je... je l'ai perdue et je crois que c'était pendant le dîner...
— Ah non, désolée. Si je la retrouve, je t'en fais part !
La jeune tenancière pivota sur ses talons dans un dernier sourire et s'en alla préparer les petits déjeuners, tandis que Kate souriait :
— C'est bon de constater que tu n'as pas changé ! Tu perds toujours autant tes affaires.
— Maman dit que Suzzie a été affectée par un Likho.
— Un Likho ? C'est quoi ça ?
— C'est un monstre avec un seul oeil qui vit dans la forêt. Il vit dans certaines forêts où il fait très noir. Et parfois, il entre dans les maisons, avec la forme d'une mamie, et il fait un bisou aux bébés, au-dessus de leur berceau. Après cela, les enfants ont toujours de la malchance et perdent toujours leurs affaires.
— C'est une hypothèse qui peut se tenir ! s'esclaffa Terry.
— N'importe quoi ! clama Suzanna, entre indignation et désespoir, secouant ses grandes boucles dorées.
— Qui sait... ! Il y a beaucoup de mystères dans ce monde !
En parlant de mystère, de nombreuses pensées se matérialisèrent dans la tête de Kate, qui fronça les sourcils. Sur sa langue s'accrochaient les mots qu'elle désirait leur avouer : son rêve étrange, le réveil d'Eliot concordant avec l'éclipse... Alors, elle se jeta à l'eau :
— Je vous avais parlé de mon cousin... ?
— Ca dépend... ! Tu sais, je n'ai pas moins de trente cousins et cousines ! relativisa Suzanna. Donc, de ton cousin, je ne sais pas lequel... !
— Je n'ai qu'un seul cousin.
— Tu veux parler de celui... que les Mangemorts ont torturé ? grimaça Terry, mal à l'aise.
— Il est réveillé.
Terry ne leva qu'un seul sourcil châtain : une prouesse que beaucoup avait tenté d'imiter, mais jamais aussi bien que lui.
— C'est vrai ?
L'expression de Kate, lèvres pincées, attisa la réaction de la petite Gryffondor assise en face d'elle.
— Ca n'a pas vraiment l'air de t'enchanter... !
— Oh si ! Je suis très heureuse ! Soulagée, même ! Mais... Eliot, il est... changé. Dans le sens où... on lui a appris que ses parents sont morts quand il est revenu. Et j'ai l'impression qu'il ne reconnaît plus grand-chose...
— C'est une fibre familiale que d'être toujours paumé chez les Whisper ?
— Je ne plaisante pas vraiment... Tu t'imagines, toi, que du jour au lendemain, deux années passent et qu'on t'annonce que ta famille est morte ?
Suzanna blêmit, de même que sa petite sœur, en parfait portrait synchronisé.
— N-non, c'est... oui... je comprends, bredouilla-t-elle.
— Je pense qu'il va falloir que je l'aide un peu pour le début de l'année scolaire. De le soutenir et d'être là pour lui ! Pour qu'il ne soit jamais seul.
— C'est très honorable, non vraiment Kate, je t'admire, la raisonna Terry, impressionné par sa dévotion, mais tu es sûre que tu ne risques pas plus de l'énerver à être toujours dans ses pattes ?
— M-mais... je ne peux pas laisser Eliot comme ça ! Il a l'air si triste et...
— C'est normal qu'il soit triste... Le pauvre. Mais ce n'est pas pour cette raison que tu dois venir son elfe de maison ou sa mère ! Tu es sa cousine.
Kate se rabattit sur sa chaise, se persuadant que son ami n'avait pas tort. L'arrivée des assiettes, du thé et du chocolat chaud, raviva la bonne ambiance et les conversations à propos des vacances passées reprirent de bon train.
— Mon père m'a acheté une nouvelle pellicule pour cette année ! se hâbla Suzanna en dégainant l'appareil photo dont elle ne se séparait jamais. Elle est plus grosse cette fois ! Je peux prendre soixante-quatre photos d'ici la fin de l'année !
— Il faudra d'ailleurs que tu nous montres les photos de l'année dernière ! s'exclama Terry qui dévorait son petit déjeuner. Je meurs d'envie de voir ce que donne celle avec Maggie lévitant dans le Poudlard Express, avec la fumée qui sort de ses oreilles de lapin !
Derechef, le visage de Suzanna perdit toute teinte :
— Je... je savais que j'avais oublié quelque chose à la maison...
— Mais j'y crois pas, quelle débile... soupira sa petite sœur, résignée.
La jeune Gryffondor attendit que l'ambiance se tasse, de même que sa honte du moment passé, tous concentrés sur leurs assiettes, avant de lever son appareil, de le fixer devant son œil afin de capturer l'image de ses voisins d'en face. Kate mâchait d'un air absent et dirigé hors du cadre, tandis que Terry traquait les dernières gouttes de jaune d'œuf avec son petit pain brioché. Ce dernier ne pouvait renier sa gourmandise parfois exacerbée, ce qui le rendait d'ailleurs assez rondouillet, de formes comme de visage. Lui préférait affirmer que cela contribuait à sa taille plus grande que la moyenne.
— C'est dans la boîte ! Whisper et Diggle respirant la vivacité d'esprit de bon matin ! Quoi de mieux pour commencer une nouvelle année ?
En réalité, Kate avait été la dernière sur pieds : elle le remarqua lorsqu'Eliot et ses parents descendirent dans la grande salle du pub, parés pour la matinée d'achats à venir. Cela faisait déjà belle lurette qu'ils avaient consommé leur petit déjeuner.
— Qu'est-ce que tu fais encore là ?! s'étonna son père. File vite prendre ta veste avant qu'on parte sans toi et tu croies qu'on t'ait abandonnée une fois pour toutes !
Toute confuse, Kate quitta la table, après avoir terminé d'ingurgiter sa collation en quatrième vitesse, et monta les marches deux à deux, manquant de reproduire sa chute, tandis que ses amis dévisagèrent tour à tour les membres de la petite famille.
Dans sa chambre, Mister Minnows poursuivait sans relâche ses roulades sur le plancher, bien déterminé à être maître du sort de sa proie, qui devait le railler sans aucune mesure depuis sa planque. Jetant sa vieille veste en jean, trop petite pour elle, sur son dos et fourrant sa baguette dans sa poche, la jeune fille déguerpit aussi vite qu'elle était arrivée, abandonnant son animal de compagnie aux griffes du désespoir le plus profond. Il se lasserait bien...
Quel fut son plaisir de retrouver l'ambiance si particulière, propre au Chemin de Traverse, qui s'était ouvert à eux, dans la vieille cour derrière le pub. Un sourire radieux s'étira également sur le visage d'Eliot, l'un des premiers que Kate remarqua depuis son retour à la vie. D'un côté, comment pouvait-on ne pas éprouver une intense joie en voyant déambuler tant de sorciers et de jeunes élèves à la recherche de fournitures, tout comme si cet ensemble à la fois disparate et magiquement harmonieux était tout à fait naturel.
— Enfin... nous arrivons à cette triste période des procès, entendit Kate, deux hommes échangeant leurs réactions lors de leur lecture commune de la Gazette du Sorcier qu'ils venaient d'acheter.
— Elle risque de durer bien du temps... Tu te rends compte du nombre de Mangemorts et de partisans qui ont être jugés dans les prochains mois ?!
— 'Mon avis que ça va durer bien plus que quelques mois. Sûrement des années. Il n'y aura pas que les Mangemorts qui y passeront.
— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
— Avance, murmura Phil en poussant sa fille par l'épaule, ayant bien remarqué qu'elle suivait la sordide conversation avec une solide attention.
Aussitôt, les pensées de la jeune fille se décrochèrent de la discussion qu'elle venait d'écouter pour s'agripper aux vitrines des boutiques. Beaucoup de jeunes enfants, pas encore en âge de rentrer à Poudlard, s'extasiait devant celle du magasin d'accessoires de Quidditch, dans laquelle était exposée le dernier modèle de balai. Kate avait eu l'occasion d'en lire un article dans le journal, mentionnant ce fameux Fuselune, héritier des valeurs de son ancêtre, le Friselune, créé au début du siècle dernier par une brave artisane qui, débordée par les commandes de son balai si performant, n'avait pas répondu à toutes les attentes. Il fallait désormais espérer que ce nouveau modèle ne s'épuiserait pas non plus au bout d'une semaine ! Le rêve d'acquérir un tel balai avait quelques fois frôlé les pensées de la petite Kate, fascinée par cet objet, qu'elle maîtrisait pourtant assez mal ! Cependant, elle savait que cela était, pour le moment, bien irréalisable, d'autant plus qu'elle avait très peu de chances de mettre le pied sur un terrain de Quidditch sans risque de mort imminente par chute de balai.
— Qu'est-ce que... ce grand bâtiment ? hoqueta Grace, interloquée par les lieux.
— Gringotts, l'une des plus grandes banques des sorciers au monde !
— Eh bien... ce n'est pas la famine dans votre monde ! C'est de... l'or ?
— Ca a tout l'air !
— Nous ferions mieux de nous séparer ici, leur déclara Phil.
— Pourquoi ?
Face au regard assez anxieux de sa femme, qui rabattit les pans de son grand manteau beige de mi-saison, il sourit et attrapa les épaules d'Eliot.
— Je vais passer un peu de temps avec mon neveu favori. On doit passer par son coffre et chez Ollivander. Sans oublier des uniformes. C'est que ça grandit vite ces bêtes-là !
Avec la rafle des Mangemorts, la baguette d'Eliot avait disparu le même jour où ce dernier tomba dans son long sommeil douloureux. À savoir si elle avait été détruite ou volée, le jeune homme se retrouvait tout de même dépourvu de son plus précieux instrument.
Puis, Phil sortit de sa poche de jean une petite bourse de cuir, dans laquelle claquait le bruit des pièces, qu'il tendit à Grace, tout en fixant son regard complice sur sa fille.
— Kate connaît le système monétaire, donc fais-toi superviser par ta fille, au besoin !
— On se retrouve ici dans une heure ?
— Ca marche !
Après un dernier clin d'œil adressé aux deux femmes de sa vie, le père de famille entraîna Eliot avec lui avant de franchir le grand portail doré de Gringotts gardé par une statue de dragon. Puis, Grace se tourna vers sa fille. Cette dernière lut dans ses yeux une excitation grandissante.
— Alors ! Par où on commence ?
Le périple de la mère et la fille commença chez Fleury et Bott, le libraire, afin de se procurer les livres qui seraient nécessaires à Kate pour sa deuxième année à Poudlard. En feuilletant certains grimoires au hasard, Grace gardait cette expression stupéfaite, bouche béate.
— Comment peut-on étudier les flux de migrations des centaures selon les phases de la lune ?!
Pendant ce temps, Kate se servait dans les rayonnages, suivant sa liste avec grande concentration. Cependant, elle en profita pour laisser glisser son attention vers une autre étagère, sans rapport aucun avec ses cours. « Sorciers célèbres du Moyen-Âge » indiquait le vieux panonceau cloué au bois du meuble. Une part de la jeune fille refusait d'en arrêter là ces recherches à propos du supposé fondateur de sa maison. Malgré les essais infructueux en compagnie de la bien célèbre Hermione Granger, son départ ne devait pas signifier leur abandon. Au contraire, Kate devait redoubler de détermination.
Elle parcourut les tranches des livres, à la recherche d'un titre alléchant. « La Petite Encyclopédie exhaustive des Sorciers Notables en Grande-Bretagne du temps de nos lointains ancêtres » par Theobratis Trublion fit l'affaire. Vérifiant que sa mère n'était pas dans les parages, trop occupée à s'extasier devant d'autres lectures incongrues, Kate retira le grimoire du rayonnage et l'intercala entre deux autres livres qu'elle tenait dans ses bras. Grace n'y verrait que du feu, croyant qu'il s'agirait-là d'un manuel recommandé par l'enseignement. Et en effet, lors du passage au comptoir, personne ne lui en fit la remarque.
— Ca vous fera trois gallions et vingt mornilles, s'il vous plaît, piailla la petite vendeuse replète.
— Galions ? Vous voulez que je vous paie en bateaux ?!
— Mais non, maman, ce sont les pièces d'or !
— Ah ! D'accord ! Donc... trois... et vingt quoi ?
— Les mornilles, ce sont celles en argent, là. Papa ne t'a vraiment rien appris ?! s'indigna presque la petite fille. Mais de quoi vous parlez à la maison, alors ?!
— Vous êtes une moldue ou quoi ?! s'étonna la sorcière en face, un peu agacée.
Pétrifiée par une telle assertion, Grace blêmit et tenta de bredouiller quelques mots, avant que sa fille ne prenne le relais, désireuse de la défendre.
— Oui, elle l'est, répondit-elle, courtoise. Ça vous pose un problème ?
— N-non, pas du tout... ! Dix-huit, dix-neuf, vingt, le compte y est ! Je vous remercie !
Lorsqu'elles eurent terminé leur courses, Kate et sa mère retournèrent au point de rendez-vous, mais ni Phil ni Eliot n'étaient encore revenus. Adossées contre l'un des murs qui encadrait la place, elles observèrent le ciel. Il ne faisait pas très chaud pour un mois d'août et le soleil se réfugiait derrière une palissade d'épais nuages gris et menaçants.
— Pourquoi connais-tu aussi peu de choses sur le monde des sorciers, maman ? l'interrogea Kate en levant le regard vers elle. Cela fait pourtant longtemps que tu es avec papa...
— Tu sais, ton père a toujours voulu me préserver du monde des sorciers. Je connaissais quelques choses, des objets, des sortilèges qu'il utilisait à la maison. Mais va savoir, il ne m'a jamais emmené ici avant aujourd'hui.
Elle émit un petit rire nerveux avant de soupirer :
— Tu sais, j'ai l'impression que ton père n'est pas tout à fait un sorcier comme tous les autres sorciers. Je le remarque très bien en venant ici ! Déjà, il ne s'habille pas du tout comme eux !
En effet, inexistants avaient été les jours durant lesquels Phil avait revêtu une véritable robe de sorciers, attaché à ses habits de moldu, jean et vieille veste en cuir.
— Même s'il utilise la magie de temps en temps, il en parle très peu. Il a sa voiture. Il a ses habitudes de moldu, en quelque sorte. Il a toujours été comme ça, mais surtout à partir du moment où Voldemort est revenu.
Grace prononçait ses mots sans aucune crainte, n'ayant pas connaissance du tabou qui avait résidé autour de ce nom. Il y avait quelque chose d'impressionnant dans cette naïve désinvolture.
— Je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé avant, pour qu'il y ait une telle coupure entre lui et son monde, sa vie à Poudlard quand il avait ton âge. Je crois surtout qu'il a voulu nous protéger, toi et moi. Ton père a fréquenté, dans sa jeunesse, des gens qui sont, par la suite, devenus des criminels, voire des meurtriers. Cela devait beaucoup lui porter préjudice... Il n'avait jamais tenu à me le cacher.
C'est avec une grande attention que Kate écoutait les concessions de sa mère, qui se livrait à elle.
— Quelques fois, j'ai l'impression de ne pas bien connaître ton père. Mais ce n'est qu'une impression... La réalité, c'est qu'il a laissé son ancienne vie derrière lui. Pour en reconstruire une nouvelle avec toi et moi. Et que cela lui réussit. Ça, par contre, il ne se prive pas de me le dire, crois-moi !
Le sourire de Grace incitait à suivre son exemple.
— Aussi, ne pense pas que ton père a mal fait son job en ne m'apprenant rien de tout ceci. Sois indulgente et ne lui jette pas la pierre. Il l'a fait pour notre bien. Je pense qu'une remarque telle de ta part, comme celle chez le libraire, il la prendrait mal. Il en en doute perpétuel sur le sujet et il culpabilise quelques fois de ses choix, bien qu'il ne les regrette pas. Donc... ne le froisse pas.
— D'accord... agréa Kate, touchée, en hochant la tête.
Le jour de la rentrée, la gare de King's Cross fut témoin d'une affluence toute particulière de jeunes élèves aux bagages en cuir, accompagnés par des parents à l'apparence vestimentaire parfois remarquable. Pas de quoi éveiller de terribles doutes, mais on remarquait quelques fois des badges ou des pinces à cravate bouger dans un coin de la vision. Ce n'était jamais rien comparé à la réaction que provoquait la présence d'une cage à hiboux. Oui, Kate avait toujours cette satanée réflexion en tête... Cela avait bien du mériter un livre, intitulé, à tout hasard, « Essai quasi-philosophique sur la raison insensée pour que les moldus ignorent à ce point les hiboux le jour du départ du Poudlard Express ». Auquel cas il nécessitait vivement qu'on le rédige... !
— Je t'avais dit que j'avais failli louper le train le jour de ma première rentrée ?
L'anecdote d'Eliot provoqua le bond de sa cousine. Mais elle ne manqua pas cette occasion unique de tentative de conversation pour rebondir.
— Tu parles de celle où deux septième année avaient ensorcelés tes chaussures sur le quai ? ricana-t-elle.
— C'est ça. Les plus vieux adorent parfois faire des blagues aux nouveaux. Pas moyen de dénouer les lacets et je sautillais à pieds joints pour avancer, tombant tous les deux mètres. Mes parents ont dû me jeter dans le train avant que les portières se referment.
Ce souvenir provoquait en lui une multitude de sentiments, cela ressortait sur les traits de son visage. Une petite colère, puis un amusement relatif avant d'en venir à l'expression du chagrin. Kate préféra alors terminer sur une note plus positive :
— Eh bien, quand tu seras en septième année, au moins, tu ne manqueras pas d'idées pour les nouveaux !
— Oh oui. Et il y a sûrement moyen de faire encore mieux ! Comme...
— Coller un ballongomme du Buvard dans les cheveux ! Mon père l'a déjà fait... Hein papa ?
— Si vous commencez à prendre exemple sur moi, sales mioches, je ne réponds pas des conséquences !
Après un ricanement compulsif, Phil ne put cependant s'empêcher de rajouter :
— D'ici là à ce que vous arriviez à remplacer toute la garde-robe d'un professeur par des tutus à paillettes et des déguisements de licorne, il y a de la marge ! Si l'un de vous fait mieux, je le considérerai comme mon maître.
— Hem, ne les incite pas à commettre des bêtises, père ingrat, fit remarquer Grace alors que les deux adolescents riaient en imaginant la réaction du professeur en question.
Après avoir franchi le mur qui séparait le quai 9 ¾ du monde des gens normaux, la petite famille se fraya un passage dans la foule qui s'était amassée là. Kate reconnut, à la volée, certains visages qui lui étaient plus ou moins familiers. Des aînés ou des élèves de sa promotion. …trangement, comme toutes les fois où elle avait posé le pied sur le quai du Poudlard Express, elle croisa le regard de Calypso Curtiss, la jeune Serpentard aux noirs cheveux soyeux, le regard brillant et le teint pâle, comme une allégorie de la grâce pernicieuse. Pourtant, le geste de Calypso, l'année dernière, à l'égard de Kate, la prévenant des desseins de Morgana, avait éveillé sa curiosité envers elle. Elle aurait voulu la remercier, sans savoir par où commencer et comment lui avancer cette gratitude. Car la jeune fille au blason vert l'avait, quelque part, toujours impressionnée. Comme d'habitude, elle était accompagnée de sa famille, tous identiques, le port droit, la mine hautaine et sans sourire, ces mêmes teints mortuaires. Ses deux sœurs, dont l'une poussait désormais ses propres bagages, et un petit frère, plus blafard encore que les autres membres de sa famille, que Kate n'avait jamais encore eu l'occasion de voir. Cette dernière salua sa camarade de la tête en poursuivant son chemin.
Alors qu'ils étaient occupés à charger quelques bagages, Kate fut interpellée par deux voix synchronisées et, se retournant, fit face à Terry et Maggie. Son amie avait peu changé depuis juin dernier, bien que son teint ait légèrement bronzé, témoin des vacances inoubliables qu'elle avait dû vivre cet été. Kate éprouva un léger pincement au cœur à l'idée qu'elle ne put l'accompagner à la coupe du monde de Quidditch de Singapour, match de finale auquel la fillette avait eu la chance d'assister. Ce fut le Pérou qui fut sacré nouveau champion du monde, seul titre manquant à cette équipe légendaire.
Maggie ne débuta pas ses paroles par des salutations, mais par son habituel sourire narquois :
— On peut voir tes chaussettes ?
En temps normal, n'importe quelle personne aurait pu trouver cette interrogation totalement absurde. Mais Kate se souvint des dires que Terry lui avait raconté la veille au Chaudron Baveur : lui et Maggie s'était lancé dans un nouveau pari impliquant la couleur des chaussettes de Kate le jour de la rentrée scolaire. Les deux amis ne manquaient jamais une occasion de s'offrir la chance de battre l'autre dans des défis insensés et la pauvre Kate se retrouvait bien souvent, contre son gré, au centre de ces derniers. Cependant, dans l'espoir de remporter à tout prix celui-ci, Terry en avait fait part à la principale concernée. Lui avait parié qu'elles seraient vertes et Maggie qu'elles seraient violettes. Coup du sort : Kate ne possédaient aucune paire de chaussettes vertes pour le quotidien et les deux amis s'étaient retrouvés à en changer la couleur par magie dans sa chambre au Chaudron Baveur afin de donner raison à Terry.
Faisant mine de ne pas comprendre pourquoi, Kate, n'étant pas encore en uniforme imposant des chaussettes grises ou noires avec la jupe, souleva le bas de son pantalon, révélant ses chaussettes vertes. Cette vision fit blêmir Maggie et fit sourire Terry.
— Comment peux-tu oser me faire ça dès la rentrée ?! s'offusqua-t-elle.
— Bonjour Maggie, je suis également très heureuse de te revoir !
— Des chaussettes violettes, ça t'aurait tué, nom d'une salamandre carbonisée ?! Le violet, c'est ta couleur, pourquoi tu portes du vert ?!
— J'ai gagné, rappela Terry, fier de lui.
— Toi, moi, on va devoir parler ce soir ! continuait de s'énerver Maggie en pointant Kate du doigt. Je songe à t'imposer le sommeil à même le sol pour t'apprendre à porter du violet plus souvent !
Pourtant, ses menaces furent accueillies avec des ricanements plus que des réactions indignées et apeurées. Il était bon de remarquer que la petite fille restait fidèle à elle-même. Capricieuse, horrible mauvaise joueuse et facilement irritable.
— Et... que doit faire Maggie cette fois ?
— Kate ! l'appelait son père alors que le train était sur le départ.
— Je te raconterai quand on sera dans le wagon ! lui lança Terry avant de filer dire au revoir à ses propres parents, tandis que Maggie ne parvenait à se remettre de cette nouvelle défaite, attrapant ses cheveux par poignées et grommelant toutes sortes d'imprécations à l'encontre de son ami.
Kate rejoignit alors ses parents alors qu'Eliot balayait son environnement d'un regard un peu absent, comme cherchant à la légère des têtes qu'il aurait pu connaître. Mais aucun ancien camarade ne l'avait apostrophé ou n'était venu à sa rencontre.
— Vous devriez filer avant que le train ne parte sans vous ! se soucia Grace alors que la plupart des élèves étaient déjà montés à bord du Poudlard Express.
— Elle a raison, il est hors de question que je vous supporte tous les deux à la maison pendant dix mois ! nasilla Phil.
Il frotta paternellement la tignasse d'Eliot et étreignit sa fille avant que Grace ne prenne à son tour Kate dans ses bras.
— Veille bien sur ton cousin, lui glissa-t-elle.
— Promis, maman.
— Et fais bien attention à toi.
— Avec ton pendentif porte-bonheur, je ne risque rien ! la rassura Kate en lui montrant le disque en améthyste qu'elle portait autour du cou.
— Te connaissant, tu es capable de tomber dans une crevasse remplie de Scrouts à Pétards sans t'en rendre compte, alors je renouvelle les dires de ta mère : reste sur tes gardes et...
— Oui, je sais, papa, je sais... La guerre, tout ça, je connais ton refrain.
— Quelle fille intelligente, on dirait son père !
Puis, ils grimpèrent à bord de la voiture mais Kate ne put s'empêcher de jeter un regard en arrière, en direction de ses parents, au milieu de la foule agglutinée qui adressaient leurs derniers au revoir. Un court instant de tristesse, qui serait bien vite chassé par la joie de retrouver le chemin de l'école. Cependant, elle avait cette drôle d'impression qui lui murmurait que lorsqu'elle reviendrait, plus rien ne serait pareil dans la famille des Whisper... Un mauvais pressentiment qu'elle ne pouvait réprimer au fond d'elle-même...
