Chapitre 12 – Target Acquired
Nelson était à plat ventre sur le sol en train de regarder à travers le viseur à infrarouge du fusil de Chavez. Il était couché en haut d'un petit promontoire au bord de la jungle et regardait une clairière qui avait été creusée en son centre. Il y avait une grande maison et deux autres bâtiments dans l'enceinte ; tout le complexe était entouré d'un petit mur. Celui-ci n'était pas assez haut pour être vraiment une barrière, il n'avait pas besoin de l'être ; la jungle l'était à elle toute seule.
Il avait tenu l'arme en joue jusqu'à être certain que tous ceux qui étaient à l'intérieur se soient installés pour la nuit, il l'abaissa alors doucement vers le sol. La tenant toujours en mains, il croisa les bras et baissa la tête pour se reposer. Puis il ferma les yeux et écouta les bruits de la jungle autour de lui ; en quelques instants, son épuisement eut raison de lui, mais son sommeil fut de courte durée et agité. Il était trop surexcité et sa position trop vulnérable pour qu'il se laisse aller à un sommeil reposant. Si un garde tombait par hasard sur lui, sur le sol de la jungle, il n'aurait que très peu de temps pour réagir, aussi son esprit restait-il en alerte tandis que son corps essayait de se reposer. Tout au long de la nuit, il levait l'arme et scrutait la zone au-dessous de lui, cherchant tout mouvement ou signe de vie et n'en trouvant aucun, il retournait se reposer.
Le temps avait passé lentement et ses muscles étaient engourdis par l'inaction. Il était encore dissimulé par l'obscurité, mais au cours de la dernière heure, elle avait diminué et très bientôt la lumière filtrerait par la voûte au-dessus de lui. Utilisant cet avantage qui disparaissait rapidement, il avait étiré ses muscles autant que possible, enfonçant ses rangers dans la terre et faisant bouger ses pieds, puis étirant ses bras le long du fusil. Il était à présent de nouveau immobile, ses coudes sur le sol et scrutait régulièrement à travers le viseur l'enceinte au-dessous. Une seule pièce était inondée de lumière, sa brillance un contraste tranchant avec l'obscurité de la jungle et il s'était focalisé dessus pendant les dernières cinq minutes. Il n'y avait pas d'autre signe de vie.
Deux heures plus tard, le matin arriva et son sanctuaire d'obscurité était devenu une cachette mouchetée de rayons de soleil. Il y avait eu des signes de vie dans le complexe, car quelques hommes se déplaçaient dans l'enceinte. Ils riaient et parlaient, leurs voix s'élevant sans problème jusqu'à ses oreilles. C'était une bonne chose ; il serait capable de les entendre longtemps avant qu'ils ne soient proches de lui, mais cela signifiait aussi que s'il bougeait, ils entendraient, ils sauraient qu'il était là. Soudain, les mots de Chavez lui revinrent avec une nouvelle signification, « Si je bouge... je suis mort. Si je suis mort, alors le job n'est pas fait... » C'était à lui maintenant de faire en sorte que cette mission soit un succès. Cela avait toujours été de son ressort, depuis qu'il était en position de commandement, la seule différence était que maintenant il serait celui à appuyer sur la détente.
Toute pensée cessa brusquement lorsqu'un homme bien habillé sortit dans la lumière du matin dans la cour. Il retint son souffle et observa l'homme traverser l'enceinte sans se presser. Nelson suivit ses mouvements à travers le viseur au fort grossissement jusqu'à ce qu'il soit sûr d'avoir identifié la cible. Kassem était apparemment en train de parler à d'autres hommes, leur donnant leurs ordres et Nelson ajusta doucement le viseur. Il devait être sûr de sa cible. Il n'y avait pas de place à l'erreur et il n'y aurait pas de seconde chance.
Nelson le suivit lorsqu'il traversa l'herbe soigneusement coupée et posa prudemment son doigt légèrement sur la détente. Juste une petite pression... mais soudain Kassem passa derrière un arbre et l'opportunité passa. Nelson relâcha son souffle et continua à observer. Kassem était là et il n'avait rien d'autre à faire sinon attendre.
Les autres hommes dans l'enceinte grimpèrent bruyamment dans deux véhicules tout près et partirent rapidement par la route, soulevant de petits nuages de poussière dans leur sillage. Déterminé à empêcher la fuite de Kassem, Nelson garda son arme sur les véhicules jusqu'à ce qu'ils bougent, il revint alors rapidement sur la cour. Il était toujours là. Assis tranquillement dans l'ombre, seuls ses pieds et ses jambes étaient visibles et pendant un instant Nelson se demanda si l'homme l'avait, il ne savait comment, vu. Non. C'était impossible.
Quelques minutes plus tard, Kassem retourna dans la maison, disparaissant à l'intérieur par une porte toute proche et les deux gardes qui restaient le suivirent. Nelson regarda sa montre et supposa qu'ils prenaient le repas du matin et tenta de se détendre un peu pendant qu'il attendait.
Moins d'une heure plus tard, Kassem revint dans la cour, toujours masqué par les ombres, il semblait simplement savourer la beauté de son environnement. Un mouvement soudain dans le viseur fit reculer Nelson et lorsqu'il se pencha à nouveau, il vit un ballon rouler dans l'herbe luxuriante. Un petit garçon, de huit ou neuf ans, entra dans la lumière. Il riait alors qu'un grand chien courait après le ballon qu'il venait de lancer. Nelson fit une grimace en observant le garçon. « Merde ! » Son esprit cria le mot et il lui sembla qu'il se répercutait à l'intérieur de son crâne, faisant écho avant de finalement mourir.
Rien dans les infos n'indiquait que la famille de Kassem était là. Il s'en serait rappelé. Non, elle était censée se trouver sur un autre continent, hors de danger.
Le pouls de Nelson accéléra et il se mit à réfléchir à toute allure alors qu'il cherchait mentalement une solution acceptable. Il savait l'importance de cette mission, bien plus que Chavez, mais il ne tirait pas, normalement, sur des civils désarmés et sans méfiance, même s'ils étaient là pour détruire une bonne partie de l'humanité. Et pour descendre la cible avec son gamin juste là, juste à côté de lui... n'était-ce pas... anormal ?
Nelson abaissa son arme et posa de nouveau la tête sur ses bras croisés. Il ne voulait pas faire cela, pas ainsi. Il se débattait encore avec sa morale quand le doux « clic » dans son oreille provoqua la crispation de tous ses muscles. Chavez. Nelson regarda sa montre. C'était juste le contact de routine, Chavez lui faisant savoir qu'il était toujours en vie. Nelson déplaça doucement une main sur sa radio et appuya une fois sur le bouton en réponse. Chavez devait sortir de cette jungle, il avait besoin de soins médicaux et pendant un instant, Nelson songea user de la sécurité de Chavez comme prétexte pour repartir, mais alors même que cette pensée lui venait à l'esprit, il entendit à nouveau la voix calme, mesurée, presque froide de Chavez dans sa tête. « ... le boulot n'est pas fait et une grosse huile à Washington doit envoyer un autre pauvre Joe ici. » Nelson baissa la tête. Chavez avait raison. Il ne pouvait pas laisser Kassem s'échapper. Il n'était pas venu jusque là juste pour s'épargner la torture mentale, ou d'épargner même la vie d'un enfant, pas si cela signifiait risquer les vies de milliers d'autres. Avec une détermination de fer, il refoula sa tristesse, ses émotions, et son humanité dans les oubliettes les plus profondes et sombres de son esprit et leva lentement l'arme. Ne pense pas. Suis simplement les ordres.
Ils étaient toujours là, père et fils, jouant dans la lumière du soleil alors que Nelson visait sa cible. Il vérifia et revérifia, voulant être aussi rapide que possible. Il attendit le bon moment, respirant à peine, la joue contre le métal froid alors qu'il regardait dans le viseur. Il plaça son doigt sur la détente et repositionna légèrement son corps pour le tir. Lorsqu'il bougea, le pistolet qui se trouvait sur sa cuisse toucha le fusil posé à côté de lui sur le sol. C'était un petit bruit, mais sans aucun doute possible métallique et il vit Kassem lever la tête et scruter la jungle.
« Bon sang ! » marmonna-t-il entre ses dents et il se figea lorsqu'il vit Kassem crier quelque chose au garçon. Il appuyait déjà sur la détente quand Kassem se tourna vers lui, ses yeux flamboyant étrangement, de manière anormale. « Que diable ? » dit tout haut Nelson, cette fois, la balle déjà dans l'air, se précipitant vers sa destination avec une précision mortelle.
Nelson vit son corps s'affaisser, une main vers le point douloureux lorsqu'il tira une autre balle dans la poitrine de Kassem. Il tomba sur le sol et Nelson déplaça légèrement le viseur jusqu'à ce que le garçon soit en vue. Il se tenait à une courte distance de son père, immobile et fixant l'herbe douce et verte à ses pieds qui devenait rouge. Il semblait calme et étrangement détaché lorsqu'il se tourna vers la jungle, son visage ne montrant aucune émotion ni peur. Puis soudain il entendit le bruit d'une porte claquer et la voix d'une femme brisa le silence. Elle courait vers Kassem. Elle s'agenouilla à ses côtés, visualisant la scène, puis poussa un cri déchirant qui lui donna la chair de poule alors qu'elle étreignait le corps inerte contre elle. Il observa calmement le garçon s'approcher et pointer du doigt la jungle. Quand la femme se leva et regarda dans sa direction, il rencontra une autre paire d'yeux flamboyants. Sans hésitation, il visa et appuya sur la détente. Déplaçant rapidement le viseur sur sa droite, son cœur se serra dans sa poitrine et son visage se déforma en une douloureuse grimace alors qu'il maudissait le destin qui l'avait amené ici. Visant le garçon, il fit une pause juste un instant avant de tirer à nouveau. Il regarda à travers le viseur la balle toucher la cible et une partie de lui mourut lorsque le petit corps s'écroula sur le sol.
Son cœur battait la chamade, mais son entraînement le garda calme et fort, attendant toutes représailles qui pourraient suivre. Quand les deux hommes qui restaient arrivèrent en courant dans la cour, les armes levées, Nelson tira encore, et encore, jusqu'à être certain que la menace avait été neutralisée.
Le temps sembla ralentir, la jungle devenant soudain muette autour de lui, alors que Nelson était couché, caché dans ses bras protecteurs, n'entendant que le son du sang dans ses oreilles. Il avait toujours l'œil vissé sur le viseur, scrutant le complexe et les corps affalés sur l'herbe. Ses mains suaient et son estomac était barbouillé alors qu'il vérifiait chaque cible pour tout signe de mouvement ; la respiration sifflante comme il luttait contre l'instinct naturel de s'éloigner, de se lever et de s'enfoncer plus profondément dans la jungle en courant. Il devait rester ; il devait s'assurer que le job était fini. Et ce fut cette attitude déterminée qui l'amena à tirer deux fois encore, envoyant les deux balles qui garantissaient la mort de Kassem dans son corps inerte avant de s'éloigner de sa cachette et de disparaître dans la jungle.
OoOoO
Sam retourna travailler après seulement un jour de congé. Elle était encore agitée et nerveuse, mais elle assura au Dr. Summers qu'elle se limiterait à une journée de travail normale. Elle insista que ça l'aiderait de rester occupée ; que le simple fait d'utiliser son esprit de manière productive l'aiderait à guérir. Le Dr. Summers avait écouté patiemment ses arguments, les contrant avec les siens propres, mais en fin de compte, elle permit à la tristesse inhabituelle dans les yeux de Sam de la faire fléchir et après avoir émis une longue liste de règles, elle approuva sa demande.
Sam se rendit à son labo et se replongea avec facilité dans sa routine habituelle. Elle passa en revue les notes des autres scientifiques sur leurs projets actuels, vérifia ses propres expériences et puis s'assit pour écrire son rapport de mission.
Tout alla bien pendant un certain temps alors qu'elle travaillait à la structure familière du rapport, mais c'est alors que son esprit devint confus quand elle commença à avoir des trous dans ses souvenirs. Il y avait des choses dont elle n'arrivait tout simplement pas à se rappeler et ses mains hésitaient sur le clavier, alors que son esprit cherchait les réponses dont elle savait qu'elles étaient là. La première partie de la mission était totalement claire dans son esprit, mais lorsqu'elle essaya de visualiser leur approche du village et la bataille qui s'en était suivie, au cours de laquelle elle avait été blessée, tout était brumeux. Il n'y avait que de brèves portions de clarté, des instants intenses, qui semblaient avoir été gravés dans la toile complexe de son esprit, ne menaient qu'à des cavernes profondes et sombres où aucun souvenir ne survivait. C'était si frustrant qu'elle se contenta finalement de ne taper que ce dont elle se rappelait, écrivant quelques mots isolés ou des paragraphes lorsque les souvenirs lui revenaient. Quand elle eut fini, elle sauvegarda le rapport et se mit à le lire. C'était discontinu et confus, avec tant de trous qu'il valait à peine d'être lu.
Elle laissa tomber ses mains de chaque côté de l'ordinateur et presque immédiatement en porta une à sa tempe pour la masser. Sa tête lui faisait mal à cause de l'effort et les mots sur l'écran semblaient se brouiller lorsqu'elle tenta de les lire. Elle soupira profondément et songea que, peut-être, le Dr. Summers avait raison ; il était peut-être trop tôt. Après avoir fixé l'écran d'un air absent pendant quelques minutes de plus, elle ferma le fichier, faisant une note mentale d'y revenir dans quelques jours quand ses souvenirs seraient revenus.
Elle ouvrit un tiroir de l'établi et commença à chercher quelque chose contre le mal de tête parmi l'assortiment d'objets qui se trouvaient là. Fouillant le fond du tiroir, elle trouva un objet circulaire familier et le tira en avant, bien serré dans sa main. Le yo-yo de Jack. Son visage se fendit d'un sourire comme elle se rappelait le lui confisquer parce qu'il était particulièrement agaçant ce jour-là, le lançant sans cesse entre son visage et l'écran de son ordinateur. Elle s'était finalement concentrée sur son action et avait brusquement levé une main pour l'attraper, menaçant Jack de le jeter hors de son labo s'il n'arrêtait pas. Il avait boudé de façon si charmante qu'elle avait failli céder à ses prières, failli seulement. Arrachant la ficelle de sa main, elle l'avait fourré vivement dans le tiroir et avait refusé de le lui redonner, incapable de supprimer son sourire à l'expression de surprise sur son visage. Il était, avec de grands efforts, resté assis calmement jusqu'à ce qu'elle ait fini son travail et ensuite ils étaient allés déjeuner, le yo-yo oublié, jusqu'à maintenant.
Daniel avait, par hasard, choisi ce moment pour venir faire un tour à son labo. Il passa la porte et s'arrêta net lorsqu'il aperçut Sam. Elle était assise à son établi, les pieds levés à côté de son ordinateur, une main posée de façon décontractée sur sa taille, l'autre faisant monter et descendre le yo-yo sur sa ficelle et elle souriait.
« Sam ? »
« Oh, salut, Daniel ! » Son sourire devint plus chaleureux lorsqu'elle tourna son visage vers lui, puis reporta son attention sur le yo-yo.
« Qu'est-ce que vous faites ? »
« Hmm ? »
« Hum... Sam, vous ressemblez... à Jack. Que se passe-t-il ? »
Le yo-yo monta sur sa ficelle et vint se loger dans sa main alors que ses doigts élancés se refermaient autour, Daniel vit une légère rougeur monter à son visage.
« Oh ! J'étais juste en train de réfléchir. En fait, ça aide, en quelque sorte. Peut-être que c'est ce que le colonel faisait quand il nous rendait tous fou avec ce truc. »
Les sourcils de Daniel se froncèrent légèrement alors qu'une expression perplexe prenait place sur ses traits. « Hum, le colonel ? Vous voulez dire Jack ? »
Sam se tourna pour le regarder, les yeux agrandis comme pour dire 'quoi ?'. « Oui, Daniel. Qui d'autre ? »
« Bah, c'est juste étrange de vous entendre parler de lui comme ça maintenant, je suppose. »
Sam inclina la tête d'un côté avant de répondre. « Ah oui ? Que voulez-vous dire ? »
« Hum, Sam, vous vous souvenez que Jack est général maintenant, n'est-ce pas ? »
Ses yeux devinrent incroyablement grands comme elle étudiait son visage, puis elle se mordit sa lèvre inférieure et se mit à secouer la tête en commençant à glousser. « Arrêtez ça, Daniel. Est-ce qu'il est déjà arrivé ? »
Daniel tenta d'empêcher le froncement d'inquiétude qui se forma instantanément à ses mots, mais ce fut impossible. Il resta immobile, la dévisageant, les bras croisés contre son torse et se demandant comment il devait répondre à cette question. Il ne répondit pas jusqu'à ce que Sam l'appelle à nouveau par son prénom. « Hum, non. Non, il n'est pas encore là. »
« Bon, ne lui dites pas que j'ai son yo-yo, d'accord ? »
« Oui... bien sûr, Sam. »
« Est-ce que vous aviez besoin de quelque chose, Daniel ? »
« Quoi ? Euh, non, je voulais juste voir comment vous alliez. Et peut-être aller déjeuner. »
« Déjeuner ? » Sam regarda sa montre. « Oh, wow ! Je n'avais pas réalisé qu'il était si tard. D'accord, Daniel, allons-y. »
Elle jeta négligemment le yo-yo dans le tiroir et descendit du tabouret. Elle était déjà dans le couloir quand elle remarqua que Daniel n'était pas derrière elle. Elle se retourna et sourit à la pose familière de son ami ; il se tenait au même endroit, en train de fixer l'espace devant lui.
« Daniel ? »
« Hmmm ? »
« Est-ce que vous... venez ? »
« Oh ! Oui, oui, oui, je viens. » Il sourit et espéra que son inquiétude ne se voyait pas. Il pourrait peut-être la convaincre d'aller voir le Dr. Summers après le déjeuner, sinon, il lui parlerait lui-même.
OoOoO
A Washington, un téléphone sonnait au Pentagone...
« Général Baker ? »
« Oui, M. le Président ? »
« Je me demandais si vous pouviez répondre à une question, Alan. »
« Je ferai de mon mieux, monsieur. »
« Où diable est Jack O'Neill ? » Il y eut une longue pause alors que le président attendait patiemment. « Alors, Alan ? »
« Je suis désolé, monsieur. Le Général O'Neill est toujours absent... »
