Disclaimer : voir premier chapitre.
Chapitre relu par Dacian Goddess, avec tous mes remerciements pour ses conseils et corrections qui l'ont rendu plus agréable à lire.
Chapitre 12. Entrée dans la vie active.
Dans moins de deux heures, je vais subir le premier entretien d'embauche de ma vie. Je suis un peu nerveuse, je crois. Severus m'accuse de l'avoir empêché de dormir, mon petit déjeuner est resté intact sur la table de la cuisine—si j'avais essayé de l'avaler, il serait retourné sur la table de toute façon—et je suis déjà prête. En fait, je tourne en rond dans le ridiculement petit salon de cette maison. Si j'étais sûre de rester mariée à Severus, je crois que j'essaierais de le convaincre de déménager.
Pour passer le temps, et vu que je suis incapable de me concentrer sur quoi que ce soit, y compris un traité d'Arithmancie, je me remémore les emplettes réalisées en compagnie de Tonks samedi après-midi. J'aurais bien voulu y aller avec Ginny, mais tout ce qui me rappelle les Weasley de près ou de loin me met encore mal à l'aise. Ce fut une bonne idée ; nous avons bien ri toutes les deux. Grâce à ses talents de Métamorphomage, elle a adopté une figure aussi proche que possible de celle de Severus et a essayé des robes noires, me toisant du regard et me disant d'un air menaçant :
—Miss Granger, vingt points en moins à Gryffondor pour mettre autant de temps pour choisir une robe.
Puis elle a tourné les talons, tout en essayant de faire virevolter sa robe comme Severus sait si bien le faire. Il faut croire qu'il a déposé un brevet pour protéger les droits de son mouvement de robe parce qu'honnêtement, je n'ai jamais vu quelqu'un réussir à le faire de manière aussi impressionnante que lui.
Je suis rentrée à la maison avec cinq nouvelles robes et trois nouvelles paires de chaussures. Le shopping, il n'y a que cela de vrai pour lutter contre la morosité !
Société des Balais de Course Nimbus s'affiche en grand sur l'immeuble, mais les Moldus ne voient qu'un vieil entrepôt délabré. Une hôtesse d'accueil tout sourire m'oriente jusqu'au bureau de César Mangetout, le responsable du personnel. Il m'y attend, assis dans un confortable fauteuil en cuir noir. Son ventre, impressionnant, le tient écarté de la surface vernissée de l'impressionnant bureau devant lui. Il est en compagnie d'une femme à l'air sévère, qui n'est pas sans rappeler McGonagall : Guenièvre Goinfru. Elle est la responsable du service juridique.
—Bonjour et asseyez-vous, miss Granger, m'invite-t-il plaisamment.
Je m'assois dans le fauteuil assorti au sien qu'il m'indique, et commence alors la rafale de questions. Ce n'est pas sans me rappeler le questionnaire de la Yenta. J'ai bien sûr droit aux questions classiques : « Présentez-vous » ou « Quels sont vos principaux qualités et défauts ? », et aux questions inattendues : « Parlez-vous la langue des sirènes ? » (le rapport avec les balais ?), ou « Avez-vous le permis de conduire ? »
Je réponds aussi honnêtement que possible. Ainsi, à la question : « Etes-vous amoureuse de votre mari ? », je réponds : « Les tests de la Yenta Livery Company ont montré un taux de compatibilité de quatre-vingt-dix pour cent entre nous. » Ils sont impressionnés, et j'évite de leur donner une vraie réponse. Je ne suis pas sûre cependant de la pertinence de cette question en regard du poste à pourvoir. Toujours est-il qu'à la fin de l'entretien, ils m'annoncent que je suis engagée chez Nimbus à partir du trois avril prochain pour un salaire mensuel de cent cinquante gallions. Je pourrais les embrasser.
« Tiens donc, Hermione est de bien bonne humeur ce soir. »
En effet, ma femme est tout sourire, et elle trépigne d'impatience le temps que je mette ma cape au porte-manteau. Ses yeux brillent, ses joues sont rosées et ses lèvres rouges d'être triturées par ses dents. J'imagine très bien comment occuper ces lèvres et ces… non, pas les dents. Evidemment, elle parle avant que j'aie le temps d'imaginer un fantasme plus élaboré.
—Severus, j'ai une bonne nouvelle, enfin, une bonne nouvelle pour moi.
Je la laisse continuer.
—J'ai décroché le poste d'assistante chez Nimbus !
Elle ne le précise pas, mais il est clair comme de l'eau de roche que ne plus dépendre de moi financièrement lui fait très plaisir. Elle ne réalise pas que cela me fait plaisir à moi aussi, mais je ne lui en dirai rien ; elle serait capable de démissionner juste pour m'ennuyer. Je prends donc un air pincé pour lui répondre.
—Je vois. Ne crois cependant pas que ta nouvelle indépendance de misère t'épargnera tes devoirs d'épouse.
—Indépendance de misère ? Je vais tout de même gagner cent cinquante gallions par mois, ce qui est très correct pour un premier emploi ! me rétorque-t-elle d'un air indigné, le rouge aux joues.
—Ah, mais une aussi bonne nouvelle mérite que nous la fêtions.
Mon érection naissante tente de hocher son acquiescement malgré le slip qui la recouvre. Je prends ma femme par le bras, et tandis qu'elle s'acharne à me démontrer verbalement qu'elle est une femme moderne et indépendante, je l'entraîne vers notre chambre. Là, je l'embrasse—enfin, le silence—je la caresse, je la déshabille. Je la rends incohérente, incapable de former une phrase avec ma bouche, ma langue, mes doigts. Lorsqu'elle a joui, je lui indique que c'est à son tour de me donner du plaisir, ce qu'elle fait bien. Ces lèvres rouges autour de mon sexe, ces petites mains sur mes testicules… il ne lui faut que quelques minutes pour me défaire de mon austérité. Peut-être que ce mariage m'apporte davantage que je ne le pensais.
—Severus, j'ai oublié de te dire quelque chose. En fait, j'aurais dû te le dire depuis un certain temps, mais je n'y pensais jamais au bon moment.
Oh, non. Je sens qu'elle va gâcher les effets bénéfiques de la soirée d'hier dès le petit déjeuner. Je lui fais signe de continuer néanmoins.
—Nous sommes invités aux fiançailles de Harry et Ginny le dix-huit juin au Terrier.
Et bien, oui, elle l'a fait ! Elle a gâché ma semaine. Toutefois, j'ai peut-être une chance de m'en sortir.
—Je n'ai aucun doute sur le fait que tu sois invitée. Je doute cependant que je sois inclus dans l'invitation.
—Non, tu es bel et bien invité. Tu es mon mari, après tout. Et puis, cela me permet de montrer que mes convictions concernant la seconde chance à laquelle tout le monde a droit ne sont pas du vent.
Elle oublie que j'en suis à ma troisième, de chance, voire à ma quatrième. Il arrive un moment où l'on cesse de compter ces choses-là. Et son idée d'utiliser cet événement pour faire passer un message a du mérite.
—Tu crois que Scrimgeour sera là ?
—Sans doute, oui. Il est de tradition pour les employés du Ministère d'envoyer une invitation au Ministre pour les événements importants de leur vie. En général, il se contente de faire envoyer une carte par sa secrétaire, mais dans le cas de Harry, il fera probablement le déplacement en personne.
Parfait. Cet idiot a voulu me jeter en prison pour accroître sa popularité—peu importe que je l'aie mérité ou non—puis a passé un décret qui a failli me priver de mon gagne-pain. Voir le Mangemort, dont le procès avait fait baisser le taux de satisfaction des sorciers envers lui de quinze pour cent dans les sondages, évoluer dans le cercle des intimes de la personnalité préférée du monde sorcier devrait remuer le couteau dans la plaie. Sans compter que je vais pouvoir narguer tous ces béni-oui-oui de l'Ordre du Phénix avec ma nouvelle vie conjugale. Vraiment parfait. Il suffit de peu pour me rendre heureux.
Un autre lundi matin qui me trouve nerveuse et éveillée bien avant l'aurore. Je suis tout excitée à l'idée de travailler. Je tourne à nouveau en rond dans la maison, au point que Severus m'a jeté un Sortilège de Mutisme et un Petrificus Totalus pour, dit-il, « pouvoir déjeuner en paix. » Il m'a libérée juste à temps pour me permettre d'arriver à huit heures tapantes chez Nimbus, le ventre vide. Je frémis à l'idée que j'aurais pu arriver en retard alors que j'étais levée depuis cinq heures du matin.
Guenièvre Goinfru est là pour m'accueillir et me présenter les juristes que je vais assister.
—Voici Achille Acidote et Hyacinthe Houret, les deux juristes maison.
—Enchantée.
Je serre la main à deux hommes dont l'un est aussi blond et pâle que l'autre est sombre et noir.
—Ah, Miranda, vous tombez bien. Venez que je vous présente à votre nouvelle collègue, Hermione Granger. Madame Granger, voici Miranda Malony, l'autre assistante juridique.
—Enchantée.
Nous avons répondu de concert.
Madame Goinfru me laisse aux bons soins de Miranda. Celle-ci m'entraîne vers une petite pièce où se trouvent deux bureaux face à face. Des étagères croulantes de volumes et de parchemins tapissent les murs, mais épargnent la petite fenêtre du fond. Pendant qu'elle me fait visiter les locaux, je l'observe. Elle a une dentition parfaite qu'elle ne craint pas d'afficher dans un sourire perpétuel, elle est grande, avec des formes généreuses là où elles doivent l'être et pas ailleurs. Je décide de garder un œil sur elle. Qui sait si je ne vais pas trouver une maîtresse pour Severus du premier coup ?
—Je n'imaginais pas que les gens puissent être aussi irresponsables, m'exclamé-je au beau milieu de la matinée après trois jours de travail.
Miranda me regarde d'un air interrogateur. Elle n'a pas besoin d'en dire plus pour m'encourager, je suis lancée.
—C'est vrai quoi ! Cet homme s'est fait poursuivre par la Royal Air Force alors qu'il survolait Londres en balai, et il nous fait un procès parce que nos balais n'ont pas de sortilège anti-détection par les radars moldus. Tout le monde sait pourtant que voler au-dessus des grandes villes est réservé aux Aurors et à certaines personnalités !
Elle ricane.
—Tu n'as pas encore tout vu. L'autre jour, nous avons dû nous défendre contre une accusation de publicité mensongère de la part d'un homme qui pèse deux cent kilos et dont le balai n'arrivait pas à décoller. Ce sorcier prétendait ne peser que cent cinquante kilos, et que le Nimbus 2001 portait sur son étiquette qu'il pouvait transporter jusqu'à cent soixante kilos. Nous l'avons fait peser, mais ensuite, il a porté plainte contre le consultant qui l'avait pesé sous prétexte que sa baguette était faussée et avait donné un faux résultat.
Je secoue la tête en souriant et me penche à nouveau sur mon grimoire et mon parchemin. Ma collègue est vraiment une personne de bonne compagnie, et je l'apprécie beaucoup. Elle a un penchant certain pour les romans à l'eau de rose dans lesquels le héros, sombre et tragique, sauve l'héroïne d'un sort catastrophique. Elle ne m'a d'ailleurs pas caché son admiration pour Severus dès qu'elle a su que nous étions mariés. « C'est vraiment terrible, d'avoir dû tuer son mentor. Le pauvre, il doit se sentir tellement coupable. »
Tiens, maintenant que j'y pense, il n'a pas tout à fait une attitude de coupable. Pour une raison indéfinie, mon esprit est réticent à analyser plus avant cette constatation. Peut-être Severus a-t-il tout simplement trouvé le moyen de laisser les mauvais moments de sa vie derrière lui, pour ensuite mieux avancer. Je hausse les épaules mentalement et me concentre sur les règles de circulation des balais au-dessus de Londres.
150 gallions font 1113 euros environ
