LE DESTIN RETROUVE
Hey ! Je vous dis bonjour, je vous souhaite une bonne lecture, et j'attends vos avis ! Bises, Bergère
Enracinement
Les semaines passaient. Elle restait là, comme accrochée à cette maison sans plus trop avoir de raison d'y être. Le lieu était silencieux, pesant. Ariana ne parlait presque plus qu'à Hermione, lançant à son frère des regards un peu tristes. Albus, pour sa part, semblait torturé. Il la laissait vivre ici, répondant par des hochements de tête, mais toute sa pensée était encore concentrée sur son ami, sur ce qui avait eu lieu dans cette grande cave sous la maison. Elle n'en avait pas reparlé, ça semblait inutile. Il faudrait qu'il ressorte de ce cercle vicieux de lui-même.
Ce matin, il s'était arrêté à la table du petit déjeuner et il lui avait un peu fait la conversation… ce n'était pas plus mal. Il semblait se réveiller, sortir de sa torpeur. Quelques jours plus tard, il avait cessé de regarder par la fenêtre d'un air un peu vide – il attendait évidemment que Gellert lui envoie un message, quelque chose, une excuse. Mais sans doute trop de temps avait-il passé et il tirait – enfin – un trait sur ce personnage sombre et négatif. Il revivait. Lorsque ces traits s'étiraient en un sourire, elle sentait remonter cette étrange chaleur dont elle avait oublié la force, quelque chose qui mêlait l'émotion à une sensation qui ressemblait au bonheur. L'entendre lui parler à elle, l'écouter elle, réellement, lui faisait si chaud au cœur, envoyant trembler en elle de vieux frissons irrépressibles.
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« - Albus, si tu veux je peux repartir hein… »
Voilà, elle s'était décidée à le dire. Bien entendu, elle n'avait aucune envie qu'il lui réponde par la positive mais enfin, ce n'était plus possible, se demander constamment, de cette façon, si elle s'imposait. Si c'était le cas, vraiment, elle se sentirait tout à fait mal mais elle était adulte maintenant, plus question de laisser trainer les choses et de se faire plus mal encore à terme. Albus finit de boire sa gorgée, lentement, tamponna ses lèvres de sa serviette et enfin lui adressa un regard brillant, un de ces regards si surprenants dont il avait seul le secret.
« - Tu ne gênes pas, bien sûr. C'est plutôt moi qui ne voudrais pas te retenir. »
Il pencha la tête en la regardant et elle se sentit un peu fondre. Alors, aussi nonchalamment que possible, elle haussa les épaules en proposant pour toute réponse une petite moue sans grande signification. Bien. Elle n'avait aucun plan pour l'avenir, aucune visibilité, elle était amoureuse de quelqu'un sans espoir. Mais enfin, à court termes, les choses n'allaient pas si mal tout compte fait. Alors qu'elle saisissait sa tasse avec autant de douceur que possible, s'efforçant de ne pas trembler comme une femme sans manières, la petite main d'Ariana s'approcha d'elle et se posa sur son coude. Se retournant un peu brutalement, elle rencontra le regard de la jeune fille, honnête et franc, un regard plus adulte et plus ouvert qu'elle ne l'avait jamais vu. Alors elle rendit son sourire à la petite et pressa un instant de sa main celle de la sœur de son ami.
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« - Hermione, que vas-tu faire, toi ? »
Il lui avait posé la question d'une voix très posée et honnête. Ariana dormait. Tout dormait autour d'eux : il avait dépoussiéré cette table dans le jardin, il faisait incroyablement chaud depuis des jours et maintenant, à plus de minuit, il faisait si bon être dehors qu'elle serait restée à dormir ici si elle l'avait pu. Il avait fouillé la cave et en avait sorti un vin blanc moldu. L'alcool était frais, il coulait dans sa gorge et lui donnait un goût fleuri sur les papilles, lui tapissant le palais, elle se sentait en confiance, à l'aise, les étoiles lointaines d'ailleurs avaient comme un air de familiarité, à croire qu'elles étaient dans la confidence de son cœur et n'avaient rien à y objecter.
« - Je ne sais pas trop.
- Je te croyais plus ambitieuse… »
Elle retourna le visage vers lui. Il fixait le fond de son verre, le liquide presque jaune, les doigts tapant sur un rythme inconnu contre la bordure. Il n'avait pas demandé cela d'un air de jugement, ni même de surprise. Il lui avait dit cela, comme cela.
« - Tu m'as demandé ce que j'allais faire, dans la réalité. Dans mes rêves oui, j'ai de l'ambition. Mais j'ai regardé ma vie en face, je suis une femme seule et sans attaches, sans garantie. Alors dans la réalité, je n'ai pas la moindre idée de ce que je vais faire, Albus. »
Il ne bougea pas, pas du tout. Il avait entendu cependant, et elle savait bien qu'il était tout entier concentré sur ce qu'elle avait dit, en analysant les divers aspects. Elle se laissa retomber entièrement dans sa chaise d'extérieur, épousant le tissu, et revint fixer son regard sur le ciel étoilé. Godric's Hollow avait quelque chose de si apaisé, ce soir.
« - Et toi ? »
Il y eut un bizarre bruit de reniflement, il étouffait un soupir sans conviction. Bon, il avait décidé quelque chose de son côté, elle le sentait. Résolument, elle continua à regarder le ciel, les yeux grands ouverts, si écarquillés qu'ils laissèrent échapper quelques larmes de fatigue.
« - Je pense qu'il faut que je commence par un métier… un métier plaisant mais qui ne m'interdise pas de chercher et d'avancer de mon côté.
- C'est sensé.
- Alors je pense à l'enseignement.
- Tu irais travailler à Poudlard ? »
Impossible de cacher la pointe de surprise dans sa voix, constata-t-elle en se retournant vers lui. Cela dit, ce n'était pas si surprenant… c'était là le lieu de son premier succès, il y serait admiré, et au vu de son talent il n'aurait pas à passer plus de temps que cela à préparer ses cours. Il se retourna et planta dans ses yeux cet incroyable regard qu'il avait : il ne paraissait ni heureux ni triste de cette décision.
« - Oui. La position de métamorphose se libère. Il faudrait que je fasse un peu de lecture, avant de commencer, mais enfin…
- Tu es qualifié, c'est sûr. Tu es allé voir…
- Non, pas encore, fit-il un peu sèchement. Il faut que je règle la question de ce que je fais d'Ariana, pendant ce temps, d'abord.
- Oh… »
Le silence retomba. Il trouverait une solution, il était Albus Dumbledore.
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Pendant de nombreuses années, elle chercha le troisième frère et ne put jamais le retrouver. Ce fut seulement lorsqu'il eut atteint un grand âge que le plus jeune des trois frères enleva sa Cape d'Invisibilité et la donna à son fils. Puis il accueillit la Mort comme une vieille amie qu'il suivit avec joie et, tels des égaux, ils quittèrent ensemble cette vie.
« - Eh voilà. »
Les petites lèvres d'Ariana avaient suivi le mouvement des siennes, marmonnant les derniers mots. Elle connaissait les contes par cœur. Lentement, Hermione referma le livre et le reposa à côté d'elle. Il y avait, pour elle qui ne venait pas d'une famille de sorciers, quelque chose d'un peu étrange à lire ce genre d'histoire à quelqu'un, en lieu et place des contes de son enfance à elle. Surtout à peut-être 500 mètres de la tombe des trois hommes qui avaient inspiré l'histoire. Lentement, la fille se rapprocha d'elle – elle avait presque 14 ans, maintenant, mais en sa présence Hermione sentait surtout une enfant, tremblante, perdue face à la vie – et vint se presser contre elle. Il ne fallait pas beaucoup de clairvoyance pour deviner qu'elle servait de mère de substitution, de la présence féminine qui avait disparu de cette maison depuis quelques temps.
Se sentant un peu mal-à-l'aise, elle encercla malgré tout la jeune fille de son bras et la laissa reposer un peu sur son sein. Elle avait en réalité pour Ariana une affection très maternelle, une affection un peu bizarre aussi, toute concentrée sur la fragilité qu'elle trouvait dans la fillette, absorbée par un besoin de la protéger. D'ailleurs, face à cette enfant elle se sentait utile, réellement, et ce sentiment-là avait une grande valeur.
« - Tu resteras ? »
La petite voix d'Ariana se faisait très rarement entendre, elle semblait mettre un effort énorme, penser des heures, avant de prononcer le moindre mot. Posant sa main sur sa tête dans un geste affectueux, elle répondit la seule chose qu'il était possible de dire dans une telle situation :
« - Evidemment. »
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Les vacances de Noël venaient de commencer, et Aberforth était de retour à la maison. Elle s'était attendue à ce qu'il rapporte avec lui une sorte de légèreté dans la maison, qu'il souffle un vent de fraîcheur, de cette bonhommie lourde qu'il semblait amener partout avec lui ; mais non. Il y avait même une sorte de sensation de difficulté supplémentaire depuis qu'il était rentré. Albus et Aberforth dans la maison, ça ne marchait tout simplement pas. Et pourtant, les choses n'allaient pas si mal… Mais ils semblaient brisés à jamais : la relation fraternelle qu'ils avaient peut-être eue un jour, dans leur jeunesse, semblait complètement évaporée. L'ambiance était si étrange qu'elle faillit retourner chez ses parents pour fêter Noël ; mais elle se retint, sous le prétexte qu'elle ne pouvait laisser Ariana avec ces deux-là. En allant se coucher, Aberforth l'arrêta et lui souffla un merci. Elle retrouva, pendant cette seconde-là, le jeune homme dont elle avait ressenti la force et la positivité lors de leurs premières rencontres.
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Tout de même, le 25 décembre, elle était allée déjeuner dans sa famille. Elle ne pouvait pas y couper, et bien que la perspective de mentir à ses oncles et tantes, et d'expliquer qu'elle n'épouserait pas Mikhaïl, ne lui donnait pas grande envie… elle avait malgré tout un peu de curiosité et d'impatience à l'idée de revoir ses parents. Cependant, elle vivait, s'habillait, faisait tout à la baguette et avec la magie depuis des semaines désormais : avant de partir, il y avait un paquet de mises aux points à faire. Elle ressortit du fond du placard de la chambre qu'on lui avait laissée une robe moldue : pas quelque chose de très festif, mais cela s'arrangerait. Avec une certaine tristesse, elle se sépara de ses amples robes de sorcières, et de la robe qu'elle portait en-dessous – pas un modèle de confort certes, mais rien à voir avec les multiples couches de tissu qu'elle allait s'imposer.
Avec application, elle se corseta – un coup de baguette magique aida là où il lui aurait fallu quelqu'un pour serrer la chose correctement. Merlin que ces vêtements ne lui manquaient pas. Désormais qu'elle se trouvait saucissonnée, il lui fallut se contorsionner à profusion pour parvenir à passer les couches supplémentaires. Le miroir lui renvoya une image devenue inhabituelle, l'image d'une femme moldue, pas franchement charmante – il fallait qu'elle se mette un peu de rouge, c'était une nécessité si elle ne voulait pas entendre toute sa famille la trouver pâle.
Elle s'était habituée à sa silhouette comme sorcière mais ainsi, en dissimulant sa baguette dans son décolleté… c'était incroyable, combien l'absence de baguette changeait la vision d'ensemble. En soupirant, et sans trop s'attarder sur son image, elle se passa un peu de rouge sur les lèvres et les joues, s'assura que sa baguette ne dépassait pas, et quitta la pièce rapidement. À ce stade, elle risquait d'être en retard en plus de mal-à-l'aise. Alors qu'elle ouvrait la porte d'entrée, la voix d'Albus la retint.
« - Hermione ?
- Euh, oui excuses-moi je vais être en retard, marmonna-t-elle.
- Je crois que je ne t'avais jamais vue… comme ça.
- Oui, les habits moldus ont un côté un peu aliénant.
- Non, pas du tout. Tu es très jolie. »
Il avait dit ça de cette voix douce, un peu vague, presque irréelle. Elle transplana un peu tremblante, et manqua se tordre la cheville en atterrissant. Vraiment, elle était un cas désespéré. Cela dit, la pensée de cette opinion la rasséréna, tout au long du repas, lui tint chaud face aux discours de politique qui ne lui disaient rien, aux réflexions désagréables de sa famille qui, à défaut de se plaindre de son manque d'emploi – cela ne leur venait pas à l'idée – se plaignait de son manque d'engagement amoureux, aux mensonges sur l'éducation qu'elle avait suivie pendant sept ans. Elle se sentait moins seule ainsi, moins triste.
