Chapitre 12 - Trop de questions

Cette fois, ce fut l'odeur du café qui réveilla Mustang. Il se redressa vivement, réveillant chaque parcelle de son corps qui le faisait souffrir. Il se tourna pour regarder le lit, il était seul. Avait-il rêvé ou bien Riza l'avait-elle rejoint durant la nuit ? Il passa sa main sur l'emplacement vide à côté de lui. Il était encore chaud. Roy sourit.

Non, il n'avait pas rêvé.

Il la rejoignit dans la cuisine, comme la veille. Et comme la veille, il fut accueilli par une tasse de café et des toasts.

« Bonjour Colonel. Pas trop mal ?

« A vrai dire, horriblement. Je découvre des parties de mon corps que je ne soupçonnais même pas !

« Il va falloir que je change vos pansements, vos blessures se sont rouvertes durant la nuit. Vous devriez aller à l'hôpital pour vous faire recoudre.

« Je n'aime pas les hôpitaux, je vous l'ai dit.

« Je suis sûre que ça ne prendra pas longtemps, je vous accompagne si vous voulez. En plus après l'attaque d'hier soir, vous avez plus que jamais besoin d'un garde du corps. »

Riza se leva de table.

« Je vais à la douche. »

Alors qu'elle passait à côté de lui, Roy lui saisit la main.

« Lieutenant… Riza…

Elle le regardait droit dans les yeux avec une lueur d'étonnement.

« Merci pour cette nuit. »

Et si il se trompait ? Si elle ne l'avait pas rejoint pour calmer ses terreurs nocturnes ?

Le regard de Riza s'adoucit,

« Je vous en prie Colonel. »

Elle se dégagea et sortit pour aller à la douche.

Roy grattait pensivement la tête de Black Hayate, il se demandait ce qui l'avait poussé à venir se réfugier chez Riza hier soir, même si confusément il se doutait bien de la raison qui l'attirait inévitablement ici. Mais par-dessus tout, il se demandait ce qui avait poussé Riza à venir le rejoindre cette nuit et à le réconforter. Ce peut-il qu'elle tienne à lui suffisamment au point de s'inquiéter pour lui ? Sortirait-il quelque chose de beau de ce cauchemar ?

Jusqu'à présent, elle n'avait rien laissé paraître. Bien sûr il savait qu'elle lui était totalement dévouée, sans hésitation elle avait risqué sa carrière pour lui dans l'affaire Jézabel. Mais était-ce une preuve d'attachement à son égard ? Il n'y avait rien de moins sûr.

Riza était une personne consciencieuse, totalement dédiée à son travail et Roy faisait partie intégrante de ce travail. Et s'il n'était rien de plus qu'une mission pour elle ?

Il soupira. Tout cela était compliqué. Mieux valait s'en tenir à l'espèce de statu quo dans lequel ils se trouvaient actuellement, ce serait plus prudent. Un seul faux pas avec Riza et il risquait de la perdre à jamais.


Ils passèrent à l'hôpital où Roy reçu des soins appropriés, avant de retourner au QG.

Mustang lança Falman et Breda enquêter dans le milieu des réfugiés ishbals sur les traces de son agresseur pendant que lui-même, Riza et Havoc enquêtaient plus en profondeur sur la vie privée de Jézabel et le lien qui avait conduit le meurtrier jusqu'à elle et à l'abandonner dans son lit.

Trop de questions restaient en suspens, comme par exemple où le meurtrier avait rencontré Jézabel ? Comment l'assassin avait-il appris pour la liaison que Jézabel avait eu avec Mustang et pourquoi elle et pas une autre ?

Cette histoire avec Jézabel remontait à une éternité, alors pourquoi s'en prendre à elle maintenant ? En plus, il aurait parié qu'il n'avait pas fait l'objet d'une surveillance particulière ces derniers mois. Il l'aurait sûrement senti, sans compter sur le flair infaillible de Riza avec laquelle il passait presque tout son temps.

Il devinait que s'il arrivait à trouver comment et où le meurtrier avait appris l'existence de Jézabel et de la brève aventure qu'ils avaient eu ensemble, il ferait un pas capital vers la solution.

Il se demandait aussi qui pouvait lui en vouloir au point de tuer une innocente pour le compromettre.

Quelque chose lui échappait, il sentait qu'il détenait des indices importants, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce que c'était… et cela le rendait fou de rage contre lui-même.

Ils avaient trouvé le répertoire téléphonique de la jeune femme et avait ainsi pu convoquer et interroger ses amis, déterminant une liste des lieux fréquentés par Jézabel lors de ses sorties.

Malheureusement, la liste était longue, et même en se répartissant les adresses, ils passèrent plusieurs jours à vérifier chaque établissement. En vain. Ils n'apprirent rien qui pouvait faire avancer leur enquête, sinon que Jézabel était très fière de sa beauté et cumulait les conquêtes, ce que Roy savait déjà au vu de la nuit qu'il avait passée avec elle.

Roy ne voyait qu'un seul dénominateur commun entre lui et Jézabel, c'était le 'Hard Eight'. Ils fréquentaient tous les deux ce bar puisque c'était là qu'ils s'étaient rencontrés.

Pourtant, ils s'y étaient très peu croisés, juste assez pour finir une nuit dans les bras l'un de l'autre, sans jamais se revoir par la suite.

Roy fréquentait un tas d'autres bars, même s'il avait ses préférences pour le 'Hard Eight'. Il aimait bien Jack, celui-ci lui prêtait toujours une oreille amicale sans le juger, comblant en quelque sorte le vide laissé par la mort de Maes, même si celui-ci serait à jamais irremplaçable.

Il décida de rendre une nouvelle visite à Jack. Celui-ci possédait peut-être un indice qu'il n'était pas conscient de détenir. Il se rendit seul au bar.

Il ne tenait pas à ce que Havoc et encore moins Riza en apprennent plus qu'ils ne savaient déjà sur lui. Roy se souvenait encore trop bien de l'escarmouche qu'il avait eu avec Riza lorsque celle-ci avait appris pour lui et Jézabel, même si sincèrement il ne se souvenait pas d'elle.

Comme la dernière fois, il entra dans le bar désert à cette heure et trouva Jack derrière son comptoir.

« Marrant, c'est à croire qu'il vit derrière ce comptoir », se dit Roy pour lui-même.

« Bonjour Jack.

« Bonjour Roy. Ben dit donc, c'est fou le nombre de visites que vous me faites en ce moment toi et tes copains !

« Je sais. Nous enquêtons sur la mort de Jézabel. Et comme tu le sais, la situation est délicate pour moi.

« Je me doute bien. Je n'aimerai pas être à ta place.

« Tu n'imagines pas à quel point tu as raison. » Roy faisait allusion à l'endroit où avait été retrouvé initialement le corps de Jézabel, mais Jack ne pouvait bien sûr pas le savoir.

« J'ai été surpris de voir ta jolie collègue venir m'interroger sur toi et Jézabel l'autre jour. J'aime bien cette petite. Je comprends mieux maintenant…»

Jack sourit de toutes ses dents et lui jeta un regard entendu que Roy ne préféra pas relever.

« Mon problème actuellement, c'est de trouver où cet ishbal a rencontré Jézabel et comment il a su pour elle et moi.

« Tu crois que c'est lié ?

« Pour des raisons que je ne peux pas te dévoiler, c'est même sûr. Es-tu absolument certain de n'avoir jamais vu cet homme ici auparavant ?

« Ecoute Roy, ce que je peux t'affirmer c'est que je ne l'avais jamais remarqué avant. Les soirs de coup de feu où le bar est plein à craquer, je ne peux pas examiner chaque client. Il y a ceux comme toi qui viennent assez souvent et qu'on apprend à connaître et il y a ceux de passage.

« Mmm, je comprends. Donc il n'est pas complètement impossible qu'il soit déjà venu ici.

« C'est ce que je te dis. Les filles pourront sans doute te renseigner plus que moi puisqu'elles servent en salle.

« On peut les appeler ?

« Bien sûr. »

Jack appela ses serveuses.

« Dites les filles, le Colonel voudrait savoir si vous auriez déjà eu à faire avec le type qui lui a payé un verre l'autre soir, vous savez un ishbal, grand plutôt costaud. Ca vous dit quelque chose ? »

Les deux filles réfléchirent.

« Ca ne me dit rien du tout. C'est qu'on voit beaucoup de monde passer ici le soir. »

Ils furent plus chanceux avec la deuxième :

« Moi, il me semble bien que j'ai déjà servi un type comme ça.

« Vraiment ? Il vous a dit quelque chose de particulier ? » Lui demanda Roy.

La fille rougit. Elle semblait visiblement embarrassée. Roy insista jusqu'à ce qu'elle lui révèle toute la vérité :

« Lorsque je lui ai apporté son verre, il m'a chopée le bras. Il vous a montré du doigt, vous étiez au bar en train de discuter avec Jack. Il m'a demandé si je vous connaissais. Alors je lui ai répondu que pour sûr que je vous connaissais. Que vous étiez le célèbre alchimiste de flamme… »

Elle marqua une petite pose dans son récit, elle n'osait plus regarder Mustang en face.

« Et ensuite ? Que lui avez-vous dit ?

« Et bien, je lui ai dit que vous étiez pas seulement connu pour vos exploits à la guerre mais aussi pour être un vrai séducteur et que d'ailleurs vous étiez déjà reparti d'ici accompagné d'une autre habituée… »

A ce stade de son histoire, elle se mit à pleurer et à hoqueter, Roy avait blêmi. Il voyait bien où avait mené cette petite discussion en apparence anodine.

« Je lui ai dit que vous aviez fricoté avec Jézabel. Mon Dieu, je ne pensais pas à mal. Je ne savais pas… je jure, je savais pas que ce type lui ferai du mal… »

Ainsi, c'est comme ça que le tueur avait appris pour sa relation avec Jézabel. Il regarda la serveuse qui ne pouvait plus s'arrêter de pleurer, il aurait voulu pouvoir la réconforter et lui dire qu'elle n'y était pour rien dans tout ça, mais il n'y arrivait pas.

Sans le vouloir, c'était elle qui avait désigné Jézabel au tueur.

« C'est tout ? Vous ne lui avez rien dit d'autre ?

« Non, je vous jure, c'est tout. J'ai continué mon service, il y avait plein de monde ce soir là et j'y ai plus pensé après. C'est juste ces derniers jours que j'y ai repensé lorsque vous êtes venus l'autre jour. Je m'en veux tellement. »

Jack s'adressa durement à elle :

« Ca t'apprendra à débiner des ragots sur nos clients. Que ça te serve de leçon à l'avenir. »

La pauvre fille acquiesça et s'en alla suivie de sa collègue qui la prit dans ses bras pour la consoler.

Roy les regarda s'éloigner, il ne lui en voulait pas, en fait il était désolé pour elle car elle devrait vivre comme lui avec le poids d'une partie de la responsabilité de ce qui était arrivé à Jézabel.

Jack se tourna vers lui.

« Je suis désolé Roy. Ca n'aurai jamais du arriver.

« Tu as raison, mais ce n'est pas la faute de ta serveuse, ne soit pas trop dur avec elle. Le seul coupable ici, c'est moi. »

Il le salua et sortit.

Il ne lui restait plus qu'à rentrer au QG pour faire part de ce qu'il avait appris aux autres. Peut-être avaient-ils aussi découvert quelque chose ?