A/N : Me revoilà, les updates reprennent normalement à partir de maintenant !
Majamaja : Toutes mes excuses, tu profiteras d'autant mieux de ce chapitre ;) Je me suis installée à Bristol ! Chouette ville. Bonne lecture à toi, on en a pas fini avec le tandem Oberyn/Shara !
Birds of a Feather
Chapitre XI – First victory
« Mais qu'est ce que… Qu'est ce que vous faites ici ? Qu'avez-vous fait du garde ?
- Il fait un somme, » dit-il en haussant les épaules. « Il se réveillera dans une heure ou deux, ne vous inquiétez pas pour lui.
- Je n'ai rien à faire de cet homme, mais s'il fait part à Tywin de…
- Il ne se souviendra de rien, à part qu'il s'est endormi. Croyez-moi, il n'ira pas s'en vanter. »
Elle resta immobile, stupéfaite, devant le prince de Dorne, bras ballants. Quand elle reprit finalement ses esprits et qu'elle réalisa à quel point elle était vulnérable, à peine vêtue d'une chemise de nuit d'un blanc presque virginal, elle fronça les sourcils et arracha presque d'une patère la première robe de chambre venue. Elle était lourde, toute de velours rouge rebrodé d'or et elle était trop grande pour elle – elle appartenait à Tywin Lannister. Elle la serra cependant autour de son buste et darda ses yeux glaciaux sur l'intrus.
Il portait une tenue relativement simple, très sombre, le genre de tenue qu'il devait porter lors de chasses nocturnes ou lorsqu'il voulait se faire discret. Elle apercevait, luisant de temps à autre, une lame dénudée dans sa main droite. S'il avait voulu me tuer, il l'aurait fait, songea-t-elle comme pour se rassurer. Elle croisa les bras, poings serrés.
« Vous ne m'avez pas répondue.
- J'avais besoin de vous parler. En privé.
- Et vous ne pouviez pas attendre demain et solliciter Tywin ?
- Vous pensez vraiment que je me serais mis en danger si j'avais pu me permettre de solliciter votre tendre époux ? » Sa voix était moqueuse, son ton, cinglant. « Où pouvons-nous aller d'un peu plus… Sur que les appartements de la Main du roi ?
- Qu'est ce qui vous fait croire que je vais vous suivre ?
- Nous le savons tous les deux, Lady Shara. »
Elle serra les dents. Evidemment qu'elle savait et évidemment qu'il savait. Elle lutta encore quelques instants, pour la forme, avant de le contourner pour rejoindre le couloir. Il régnait un silence pesant sur le palier, silence à peine contrarié par le chuintement de la porte de ses appartements. Elle lui fit signe d'entrer et le suivit. L'immense arche donnant sur la terrasse laissait entrer plus de lumière que les petites fenêtres étroites de la chambre de la Main, mais ce n'était que tout juste assez pour discerner les contours de la silhouette d'Oberyn Martell. Il parcourut la pièce lentement, comme s'il cherchait à s'imprégner de l'essence des lieux. Qu'il s'amuse.
Elle se dirigea vers la petite chandelle qui vivait ses derniers instants et en protégea la flammèche jusqu'à trouver une nouvelle bougie qu'elle alluma dans la foulée. Sa lumière éclaira alors son visage, dur et sévère, et son regard fixé sur le prince qui n'avait pas cessé d'explorer les alentours. Il s'approcha lorsqu'il vit la lumière. Dans la semi-obscurité, son visage était fait d'ombres et de lumière, le tout faisant ressortir les angles de son visage et le sourire en coin qui l'habillait.
« Un coup de maître, je me dois de vous l'accorder, » dit-il finalement. « Un plan magistral. Dommage que je ne sois pas aussi crédule que les autres courtisans et que votre spectacle m'intéressait plus que celui d'un roi mourant.
- Faites attention, prince Oberyn. L'on cherche toujours des coupables.
- Vous m'accuseriez ? Ce serait bien imprudent. » Il pencha la tête. « Allons, cessons donc ce jeu mesquin. Je n'en ai guère plus besoin et vous n'y pensez pas vraiment.
- Alors dites-moi ce que vous voulez et finissons-en. »
Elle s'attendait à tout : du chantage, des menaces à peine voilées, de lourds sous-entendus, peut-être même une proposition d'alliance. Le problème n'était pas tant d'avoir tout un panel de possibilités, elle était habituée aux individus complexes. Le problème était plutôt le fait qu'elle n'avait pas la moindre idée de ce qui pouvait être le plus probable. Elle le voyait tout aussi bien menaçant que conciliant, adversaire qu'allié. Et elle n'était même pas certaine que lui-même sache vraiment ce qu'il voulait faire d'elle et de son secret.
Elle détestait se retrouver ainsi vulnérable face à un homme, qui plus est un homme comme Oberyn Martell. Il avait littéralement sa vie entre les mains, bien plus, finalement, que Tywin lui-même. Bien plus que Baelish quand il l'avait dénoncé, s'il l'avait effectivement fait. Bien plus que Stannis Baratheon quand elle avait accepté de l'aider.
« Pourquoi avoir aidé Sansa Stark à fuir ?
- J'ai laissé son frère se faire tuer, » lâcha-t-elle. Inutile de mentir. « Je lui devais bien ça.
- A d'autres, lady Shara. Peut-être que c'est un effet secondaire de sa fuite, mais vous ne cherchiez pas à protéger la petite louve du nid de serpents de la capitale. Alors quoi ?
- Sa présence dans le Nord représente un avantage stratégique immense pour Stannis. » Elle s'écarta un peu de lui pour s'approcher de la porte. Elle l'avait fermée derrière elle, mais elle savait que Varys l'écoutait. Il écoutait toujours. « Si tant est qu'il puisse s'en faire une alliée.
- C'est à se demander pourquoi Tywin Lannister a fait tuer ma douce sœur et pas vous. »
Sa voix, plus grave, plus rauque, lui arracha un frisson. Elle resta dos à lui un instant avant de se retourner. Il n'avait pas bougé. Il la regardait toujours, mais il ne souriait plus. La conversation n'avait plus rien de la plaisante joute verbale de ses appartements et ils n'avaient tous les deux plus rien de courtisans. Ils parlaient guerre. Ils parlaient morts. Ils parlaient passé et futur, puisque l'un ne pouvait aller sans l'autre ces derniers temps.
Sans qu'elle ne puisse l'admettre tout haut, elle comprenait la réticence du dornien à lui accorder la moindre trace de confiance. Sans son père, sans l'intervention du sage Jon Arryn, Dorne serait entrée en guerre contre le tout nouveau roi Robert à l'instant même où les nouvelles du sac de Port-Réal avaient atteint les Martell. Il avait fallu toute sa diplomatie, tout son calme et toute la sagesse du prince Doran pour que l'on n'atteigne pas de telles extrémités. Elle était la fille d'un vendu. Elle était l'épouse d'un meurtrier. Elle traitait avec le frère d'un usurpateur. Qu'y-a-t-il à ne pas aimer ? pensa-t-elle avec cynisme.
« Tywin Lannister m'a gardée vivante parce que je dois lui servir à quelque chose, » répondit-elle prudemment. « Je ne sais pas encore à quoi.
- Et il vous laisse tout le loisir de conspirer et de laisser s'échapper la prisonnière la plus précieuse du royaume ? Permettez que l'on en doute.
- Il est intelligent, il est vrai. » Elle s'approcha à pas lents. « Très intelligent. Mais l'intelligence a ça de dangereux qu'elle recherche son pareil partout chez les autres. Une fois qu'elle l'y trouve, elle a tendance à vouloir s'assurer que son reflet existe bien, jusqu'à s'émousser à son contact et oublier de s'en méfier. Il me considère inoffensive tant que je n'ai aucun moyen de communication.
- La preuve que vous ne l'êtes pas tant que ça. Comment comptez-vous avertir Stannis Baratheon de votre… Magistral coup de force ?
- Je ne sais pas. »
Elle secoua la tête, impuissante. Ce qu'elle était, en vérité. Mais elle sentait où il voulait en venir et il était inutile de tourner plus longtemps autour du sujet. Il passa une main sur sa barbe sombre et combla l'espace qui les séparait d'un pas. Elle s'était rendue compte à leur première rencontre qu'il était plus grand qu'elle, mais elle ne se rendait compte que maintenant qu'il l'était à ce point : il lui avait paru plus trapu, plus massif que grand, dans sa chambre. Dans la pénombre, proche au point qu'elle puisse sentir son parfum épicé et entêtant, il lui paraissait immense. Dangereux. Dangereusement attirant, lui souffla son esprit avant qu'elle ne rejette cette pensée. Ses yeux sombres brillaient au dessus d'elle. Son souffle faisait voleter de petites mèches échappées de sa tresse. Les aurait-on surpris que la scène aurait été, au mieux, équivoque, au pire, un peu trop évidente. Elle déglutit et s'efforça de ne pas ciller. De ne pas reculer devant la Vipère Rouge.
« Vous ne savez pas, » répéta-t-il. Il y avait de la jubilation dans sa voix, de nouveau. « Shara Arryn ne sait pas. Ne devrions-nous pas marquer ce jour d'une pierre blanche ?
- Je suis donc Shara Arryn, et non plus Lady Lannister ?
- Vous êtes ce que vous désirez être, madame. C'est assez évident. » Il sourit. Il n'avait pas l'air moins menaçant ainsi. « Mettons que je revienne sur ma décision et que je désire vous apporter mon aide. De quoi auriez-vous besoin ?
- De parchemin, d'encre et d'un corbeau. Ainsi que d'un allié de confiance.
- Je peux sans doute vous apporter les trois premiers éléments.
- Et le dernier ? »
Son sourire s'élargit et il s'esclaffa. Elle ne put s'empêcher de sourire. Ce n'était qu'un minuscule sourire, mais il en disait long et il ne le rata pas. J'ai gagné, songea-t-elle. Elle avait gagné un allié. Certes un allié, mais de confiance ? Il ne paraissait lui-même pas vraiment enclin à s'y risquer. Il ne répondit d'ailleurs pas avant de longues secondes de silence et avant d'avoir hausser les épaules d'un air fataliste.
« Je ne vous promets rien, ma Lady. En tout cas pas tant que vous ne m'aurez pas prouvée que vous êtes vous-même de confiance, » précisa-t-il. « Qu'est ce que Dorne gagne à cette… Alliance ?
- Dans l'immédiat, ma reconnaissance. Dans un futur un peu plus lointain, Dorne aura Tywin Lannister et la Montagne, si tant est que vous ne les ayez pas tués avant.
- Des promesses. Des paroles. » Il se mit à rire. « Vous êtes la fille de votre père et vous avez une voix d'ange. Vous me vendriez du sable et du soleil.
- Je me contenterai de vous vendre une guerre, mon prince, et une potentielle vengeance.
- Les dieux sont des êtres bien étranges. »
Elle cilla, surprise par sa réponse. Lui semblait la trouver du meilleur goût, à en juger par son sourire. Il tendit alors une main vers son visage et posa un doigt sous son menton comme pour l'inciter à le relever. Il était déjà haut, aussi se contenta-t-il de rester là, à l'observer comme on observerait une statue. Il a déjà fait ça. Il l'avait forcée à le regarder dans sa chambre et elle avait fini par le repousser. Cette fois-ci, elle ne se défit pas. Ses doigts étaient chauds, presque brûlants, sur sa peau froide. Sombres, sur sa peau pâle. Charmeurs, sur son visage impassible. Quel charmant tableau. Une antithèse faite corps. Peut-être était-ce de cela qu'il voulait parler, quand il évoquait l'étrangeté des dieux. Peut-être pas.
« Mettre un tel esprit dans un tel corps, » reprit-il. « Masquer l'intelligence sous un vernis de beauté, masquer le cynisme dans le miel d'une voix. Les rendre presque invisibles à celui qui ne saurait voir au travers de ces mensonges. Les dieux ont dû se pencher sur votre berceau et vous faire leur créature, madame.
- Ils ont pourtant si bien fait de faire de vous le troisième de votre fratrie et non le premier. » Elle sourit à son tour, plus visiblement. « De faire de votre frère, le conciliant Doran, le prince régnant de Dorne et de vous, la Vipère Rouge, son lieutenant.
- Les dieux ont des desseins que nous ne pouvons qu'imaginer. Tout comme vous.
- Tout comme vous. »
Il secoua la tête, amusé, et la lâcha. Il se détourna pour rejoindre la chandelle et sortir de ses poches ce qui ressemblait à du parchemin ainsi qu'une boîte. Elle le rejoignit et le vit en sortir une petite plume et un minuscule encrier. A peine de quoi écrire une lettre, songea-t-elle. Il posa le tout sur son bureau et croisa les bras. Elle resta immobile à regarder tout son attirail, avant de relever la tête. Elle ne pouvait pas se précipiter. Elle devait être certaine qu'il n'allait pas la trahir.
C'était peut-être improbable, venant d'un dornien qui ne désirait que la mort de ceux qui avaient causé celle de sa sœur et de ses enfants, mais elle avait appris à douter. De tout, de tous. Y compris des alliés qui pouvaient paraître les plus évidents. Surtout d'eux, en réalité la preuve avec Renly Baratheon qui aurait dû supporter les prétentions de son frère, la preuve avec Ned Stark qui aurait dû faire semblant d'accepter le pouvoir Lannister. Mais l'ambition, l'honneur exacerbé, le sens des responsabilités, l'avidité, tout simplement, tout ça arrivait parfois à détourner le meilleur des alliés de ses promesses. Elle le savait elle était la première à trahir ceux qui la pensaient de confiance. Il n'a pas tort. Je n'ai pas libéré Sansa pour me racheter. Et c'était peut-être le pire.
« Dois-je comprendre que mes promesses vous suffisent ?
- Je suis un homme d'aventure, » dit-elle en haussant les épaules. « Et je ne sais pas résister aux belles créatures de ce monde.
- Et je suis censée me contenter de ce pauvre compliment et placer ma vie entre vos mains ?
- Allons. Vous savez aussi bien que moi que vous n'avez pas vraiment le choix. Et si j'avais voulu vous livrer, croyez-moi, je n'aurais pas attendu. »
Elle attendit encore un peu, pour la forme, avant de s'asseoir à son bureau. Elle saisit la plume et écrivit, aussi vite que possible. Elle ne chercha pas à rendre sa prose agréable ou à se faire respectueuse Stannis était au delà de ça, en ce qui la concernait, et il lui devait bien ça. Votre majesté, écrit-elle. Je n'ai pas le temps de vous faire le compte rendu de tout ce qui a pu se passer ces derniers mois et je ne puis guère vous résumer tant de choses en si peu de lignes. Le temps presse. Vous devez diriger ce qu'il reste de votre flotte vers le Nord et y retrouver Lady Sansa Stark. Elle est conseillée par Lord Roose Bolton, traître à la solde de Tywin Lannister. Elle fera bientôt marche sur Accalmie et Peyredragon si vous en lui en laissez le temps. Vous devez la rencontrer et lui révéler la vérité. Cela fait, vous trouverez dans les nordiens une force qui, joint à la vôtre, vous permettra de reprendre le Conflands. Mes propres hommes vous suivront.
Elle fit une pause. Elle devait maintenant tout lui expliquer. Elle sentait le regard d'Oberyn posée sur son dos, sur les mots qu'elle écrivait. Elle trempa sa plume et reprit. Cette missive vous paraître abrupte mais nous n'avons le loisir d'être courtois. Roose Bolton a participé aux Noces Pourpres et tente par tous les moyens de convaincre une jeune et naïve Sansa Stark de ployer le genou devant les Lannister. Quand vous serez devant elle, seul à seul, vous lui montrerez le dernier présent que mon père vous a fait en lui demandant de se rappeler ce que je lui ai dit avant qu'elle ne s'enfuie. Faites moi confiance. Elle signa de son nom de jeune fille et roula immédiatement le parchemin. Elle regarda autour d'elle à la recherche d'une chevalière, d'un signet quelconque mais n'en trouva pas.
« Portez-vous une chevalière ? Quelque chose pour que je puisse la cacheter ?
- Tenez, » dit-il en lui tendant sa bague. Elle était doucement chaude, elle le devint encore plus quand elle l'appliqua contre la cire qu'elle avait fait couler sur le parchemin. D'un coup de plume, elle coupa la lance perçant le soleil des Martell. « Pourquoi…
- C'est un code. Quand je lui écrivais, avant de finir en geôles, c'était sous le lion Lannister. Je biffais sa patte gauche pour leur signifier que c'était bien moi.
- Intelligent.
- C'était surtout de la survie pour eux comme pour moi. »
Elle attendit que la cire sèche et observa le rouleau. Elle avait été brutale, brutalement honnête mais c'était ce que Stannis appréciait chez elle. Entre autres choses elle lui avait aussi permis de sauver la majeure partie de ses hommes et de ses navires. Il n'y a plus qu'à espérer qu'il m'écoute, maintenant. Et que sa Femme Rouge ne la contredise pas.
Elle finit par se relever et tendit le parchemin à Oberyn. Il le saisit mais elle ne le lâcha pas. Pas tout de suite. Je suis en train de mettre ma vie entre les mains d'une Vipère, se rendit-elle compte. Les vipères n'ont pas de main. Elle déglutit et lâcha finalement le rouleau et le regarda le dissimuler dans les plis de son manteau. Il avait toujours un sourire aux lèvres, satisfait de la tournure des évènements.
« Ne prévenez personne, » lui dit-elle, moins souriante. « Ne mettez personne dans la confidence à moins que ça ne soit nécessaire.
- Seule Ellaria saura. Vous aurez besoin d'elle si vous souhaitez me transmettre d'autres missives, et il vous sera plus facile de la rencontrer elle que moi.
- Très bien. » Elle acquiesça lentement. « Faites partir cette lettre aussi tôt que possible.
- Ne vous inquiétez pas, Lady Shara. Je ne suis pas novice dans l'art des messes basses et des complots. »
Je n'en doute pas une seconde. Il n'avait pas eu des enfants aux quatre coins du monde pour rien. Il y eut un instant de flottement, comme s'il attendait un mot, quelque chose d'elle. Un merci ? Pas avant d'être certaine que tu ne vas pas vendre ma tête. Elle ne dit rien, résistant à l'envie de tourner en dérision cette attente. Prudente plus qu'arrogante, elle se dirigea vers sa porte et l'ouvrit pour le laisser sortir. Il s'exécuta en secouant la tête, plus amusé que jamais.
Elle avait beau savoir qu'elle venait de se jeter dans le vide et d'abattre une carte dont elle ne connaissait pas la signification, elle n'arrivait pas à véritablement se sentir inquiète. Il y avait quelque chose chez Oberyn Martell, chez ce prince de Dorne qui, en dehors de toute considération familiale, sociale ou historique, lui laissait entendre qu'il ne la trahirait pas. Quand ils eurent atteint le pas de la porte de la chambre de la Main, elle s'arrêta et se tourna vers lui. Il s'inclina brièvement en un simulacre de révérence avant de saisir sa main et d'y déposer un baiser. Elle ne se déroba pas.
« Passez une bonne nuit, madame.
- Vous de même, mon Prince, » dit-elle en sentant ses doigts caresser les siens. Elle retira sa main. « A ce propos, comment saviez-vous que Tywin…
- Il essaye de me convaincre de siéger à son tribunal. Il est très bavard, quand il veut convaincre, vous ne trouvez pas ?
- J'imagine qu'il peut l'être.
- Nous aurons l'occasion de nous revoir, s'il vous utilise encore comme outil de séduction. » Il s'inclina de nouveau et s'arrêta juste devant les escaliers. « Pas que cela me dérange, au contraire. »
Elle leva les yeux au ciel et n'attendit pas qu'il disparaisse dans la cage d'escalier pour retourner dans la chambre. Le garde était toujours affalé sur le sol, près de la porte. Elle l'enjamba, la referma et pendit la robe de chambre de Tywin à l'endroit où elle était pendue avant qu'elle ne la prenne. Elle retourna s'allonger et ferma les yeux.
Elle ne s'endormit pas immédiatement – elle mit en fait longtemps avant de trouver le sommeil. Le soldat s'était entre-temps réveillé, confus, et était venu vérifier qu'elle se trouvait toujours dans son lit. Elle avait feint le sommeil et il s'était apparemment contenté de de sa présence pour considérer la chose comme un non-événement. Elle avait alors souris et avait fini par s'endormir.
Elle ne se serait pas réveillée avant un long moment si elle n'avait pas entendu la porte se rouvrir et la voix de Tywin Lannister s'élever non loin d'elle. Elle grimaça et se releva alors, encore ensommeillée, pour aller s'asseoir devant sa coiffeuse. Sa tresse n'avait guère bougé, elle était encore en plutôt bon état, et rien ne semblait trahir son escapade de la veille. Elle écouta la Main du roi s'enquérir de nouvelles auprès du garde qui, avec un applomb incroyable, lui annonça qu'il ne s'était rien passé de la nuit. Mais oui. A part un complot. Il sortit pour se faire remplacer devant la porte et le silence revint.
Tywin était resté debout au milieu de la pièce, vraisemblablement à l'observer. Elle ne savait pas exactement ce qu'il regardait chez elle, ni si vraiment c'était elle qu'il regardait, mais il ne bougea pas d'un cil pendant un certain temps… Jusqu'à ce qu'elle se tourne vers lui, en fait.
« Seigneur Main. La réunion du Conseil restreint a-t-elle été fructueuse ?
- Le procès aura lieu en fin de semaine, » répondit-il.
- J'imagine que c'est le moment où vous me dites ce que vous me voulez.
- Débrouillez-vous pour qu'Oberyn Martell y siège. Passez par sa… Favorite. » Il avait prononcé ce dernier mot comme une insulte. « Je n'ai pas fait venir les dorniens pour qu'ils trouvent le moyen de se rebeller contre la couronne.
- Il faut croire que tout le monde n'a pas le talent de feu mon père pour apaiser leurs velléités. »
Elle regretta presque immédiatement sa remarque. Il ne dit pourtant rien, ce qui la laissa dubitative. Elle venait de l'insulter, pour ainsi dire ouvertement, ou tout du moins de le provoquer. Il n'était pas dans ses habitudes de la laisser faire. Elle se releva alors et s'approcha. Le vent encore frais du matin lui rappela qu'elle ne portait qu'une fine chemise de nuit, mais c'était trop tard pour faire marche arrière. Elle vit son regard la dévisager, la dénuder à mesure qu'il scannait la totalité de son corps. C'est toi qui ne veut pas le consommer, ce mariage. Elle rejeta cette idée. Elle ne le voulait pas vraiment non plus.
« Nous avons appris la disparition de Lady Sansa Stark, » finit-il par dire d'une voix apparemment lointaine. C'est donc ça. « Ainsi que celle de Lady Brienne de Tarth.
- Sans doute une tentative désespérée de Lady Stark qui n'a fonctionné que grâce à l'agitation autour de feu sa majesté.
- C'est ce que nous en avons conclu, oui. » Ses pupilles s'étrécirent. Il tendit la main jusqu'à sa joue et l'y posa. Le geste aurait pu être tendre il n'était que possessif. Et froid. Rien à voir avec la Vipère. « Je ne pensais pas que vous y parviendriez.
- Vous me sous-estimez, Lord Lannister. Cela causera votre perte.
- C'est ce que nous verrons. Faites vous préparer. Vous êtes attendue pour le déjeuner. »
Il s'attarda encore un peu, passa un pouce sur sa pommette, et ressortit de la chambre. Elle resta immobile, souriant au vide comme on se sourirait à soi-même. Ce n'est que ta première victoire, Shara. D'autres arriveraient, jusqu'à la toute dernière. La plus belle. La plus grande.
