Bonsoir, bonjour :)

Voici le chapitre 12, avec comme promis à Ehal un petit moment dédicacé (Promis, c'est sans arme, ni haine, ni violence, ton innocence ne sera pas heurtée. Et en plus, ce sera le coeur et le poumon mais... Tu verras !).

Bonne lecture à tous, merci pour vos encouragements ;)

Hely


Chapitre 12

Emrich Whitewolf était un homme entier. Il n'était pas particulièrement doux, tendre, au contraire, il avait un humour gras, un rire tonitruant et l'épée très affûtée. Les trois jours qui passèrent après ce qu'il appelait L'Evènement, donc l'agression d'Elsa et Anna, il ne chôma pas, au contraire. Il s'était relancé dans la guerre avec une certaine frénésie, tout en réfléchissant à un plan. Le soir, il voyait son Capitaine, muette comme une tombe. Mais il ne disait rien, car il n'était pas doux et encore moins tendre. Il ne consolait personne, sinon avec une énorme claque dans le dos et un « allez, on y va ! ».

Par contre, son truc, c'était l'observation et l'élaboration de plans. Le Capitaine Hua était pareille. Depuis trois jours, ils réfléchissaient au moyen le plus rapide d'en terminer avec cette guerre. Mais leurs réflexions étaient parasitées par leurs inquiétudes. Les renforts promis par le Roi d'Auria tardaient, les soldats mages parvenaient à améliorer leurs pouvoirs mais lentement et le moral des troupes diminuaient.

« Seigneur-Commandant ? Vous permettez ? »

Emrich leva les yeux de sa choppe d'hydromel d'un coup sec : la voix d'Elsa parvenait à ses oreilles. Mulan avait fait le même geste. Devant eux se tenait la Reine, enveloppée dans sa couverture, le visage blafard et un petit sourire.

« Reine Elsa ! s'écrièrent les deux soldats, en se levant prestement

_Laissez tomber la Reine, appelez-moi Elsa. Cependant, je vous remercie d'avoir tenu mon siège au chaud, Seigneur-Commandant.

_Oh ! »

Emrich se décala et Elsa s'installa sur son tabouret de glace, qui avait à peine fondu. Elle le renforça un peu puis regarda ses deux alliés, toujours debout et silencieux. Elle ajouta un nouveau siège de glace, un peu plus imposant, à ses côtés. Ce fut le signal pour qu'ils s'installent aussi.

« Nous sommes ravis de vous revoir, Elsa. commença Mulan

_Moi aussi, Capitaine.

_Vous avez demandé à ce que nous laissions tomber la Reine. Alors permettez-moi de me présenter à nouveau : Emrich. Et voici Mulan. »

Elsa pouffa puis serra la main tendue d'Emrich et regarda Mulan, plus à l'écart.

« Enchantée de vous connaître, Emrich et Mulan. J'ai entendu vos exploits par Sir Sven venu me faire un rapport. Vous avez capturé un officier, semble-t-il ?

_En effet. confirma Mulan. Mais il refuse de parler alors nous le laissons mariner pour la nuit.

_J'irai le voir tout à l'heure. Avant, j'aimerais beaucoup revoir mes soldats. Ils ne devraient plus tarder à arriver, le soleil se couche. Et aussi j'aimerais discuter de certaines choses, dont la fin de la guerre. »

Mulan et Emrich dressèrent leurs oreilles.

« Selon vous, quel serait le meilleur moyen de finir ce combat ?

_Hé bien, il est assez difficilement réalis...

_Ne me dites pas qu'il est difficile, ou impossible, dites le moi, Emrich.

_Il faudrait pouvoir attaquer à revers en même temps que de front. Ainsi ils seraient comme dans un étau. Si nous pouvions les prendre par surprise, il serait peut-être même assez simple de s'introduire dans leur camp et de trouver leur Roi. Une fois le Roi pris, le reste s'écroulerait comme un château de cartes. Mais il faudrait que nous puissions passer par le côté avec plusieurs centaines de soldats sans qu'ils nous voient.

_Nous devons donc faire en sorte que l'ennemi soit occupé par quelque chose de plus important que vérifier si une armée le prend à revers, si j'ai bien compris.

_C'est ça. Mais il faudrait quelque chose de vraiment spectaculaire pour rater plus de 300 soldats en pleine charge. »

Elsa resta silencieuse quelques instants, puis se pencha sur l'observation des soldats qui s'installaient pour manger et boire au coin du feu. Lorsqu'ils la virent, ils eurent tous un sourire ravi. Ils ne s'approchèrent pas mais furent nettement plus joyeux. Certains firent même quelques pitreries pour la faire rire. Elle rit. Lorsque certains se mirent à danser et à sauter par-dessus le feu de camp, elle éclata même franchement de rire. Puis elle s'arrêta. Et se mit à réfléchir.

Après quelques instants, elle ajusta sa couverture puis se leva.

« Menez-moi au prisonnier. Et appelez Gara. Je vais avoir besoin de lui. »


Elsa pénétra dans la mince cellule faite en réalité de cinq grilles disposées en cubes et d'un poteau pour attacher le prisonnier. Sale, blessé et fatigué, il restait tout de même digne et droit. Cet homme, un officier apparemment important dans l'armée ennemi, devait avoir près de cinquante ans. Ses cheveux grisonnants pendaient sur son visage. Son ventre bedonnant offrait un profil rond à son corps. Visiblement, cet homme était un bon vivant habitué au confort, non pas à la dure réalité du champ de bataille. Déjà molesté par les interrogateurs, il n'avait rien lâché. Avait-il réellement quelque chose à dire ? En tout cas, il cracha aux pieds d'Elsa, puis déclara :

« Vous m'honorez par votre visite, mais je ne dirai rien quand même.

_Je sais que vous ne direz rien. Je n'ai pas besoin de vous entendre. Je vais simplement m'asseoir avec vous et discuter.

_Je ne dirai rien.

_Fort bien, moi je vous dirai des choses. »

Elsa s'assit à même le sol et appuya son dos sur la grille. Elle le regarda fixement dans les yeux, se préparant déjà à ce qu'elle allait faire.

« Il y a trois jours un de vos soldats est entré dans ma tente et a poignardé ma sœur, Anna. »

Le prisonnier eut un sourire narquois. Il semblait réellement ravi. Elsa réprima l'envie de lui hurler dessus et se conforma à ce qu'elle avait prévu.

« J'avais déjà envie de gagner cette guerre. Mais maintenant, j'ai envie de vous exterminer jusqu'au dernier. A commencer par vous. Vous savez, vous n'en avez plus pour longtemps. Après que j'en aie fini avec vous, je vous laisserai mourir.

_Ah ? Et comment comptez-vous me tuer ?

_Vous verrez. Combien de soldats disposez-vous ? »

Comme promis, le prisonnier se tut, bien que particulièrement renfrogné. Elsa lui sourit, puis continua :

« Parlez-moi un peu de la défense de votre campement. Vous avez des tours de guets ? ... Elles sont où ?»

Elsa continua à poser ses questions, laissant un blanc comme pour lui laisser le temps de répondre. Mais jamais il ne répondit, même s'il était de plus en plus énervé.

« Pourquoi posez-vous ces questions ?! Je ne répondrai pas, je vous dis !

_Je ne vous ai jamais demandé de répondre. Ne soyez pas si agressif, nous ne faisons que discuter. »

Mais Elsa continua son monologue. Au bout d'un moment, Elsa soupira puis se redressa.

« Gara, tu as tout ?

_Oui, Ma Reine. Répondit une voix faible, comme exténuée »

Elsa sortit, puis se dirigea vers un homme d'âge mur, probablement 35 ans, qui se tenait à genoux devant un autre soldat écrivant à toute vitesse.

« Tu as pu récupérer les informations dont nous avions besoin ?

_Oui, j'ai pu tout lire dans son esprit. Je suis juste très fatigué à présent...

_Peux-tu me dire ce qu'il a pensé à ma première question ?

_C'est lui qui a mandaté le soldat. Il devait vous tuer, vous, ou votre sœur. Il a pensé que vous étiez un monstre.

_Va, Gara. Tu as amplement mérité ton repos. A présent, je vais m'occuper de ce prisonnier. »

Les yeux brûlant de rage, elle retourna à la cellule et se posta devant le désormais condamné à mort.

« Voyez-vous, j'ai dit que votre soldat avait poignardé ma sœur. Mais je ne vous ai jamais dit qu'elle était morte. Elle vit mais ne pourra pas vous voir passer à trépas. Dernièrement, un ami m'a expliqué que nous avions toujours le choix, même si parfois un s'impose aux autres. Vous avez choisi de nous envoyer un assassin. Vous êtes donc autant meurtrier que lui. Pas de chance, on vous a attrapé. Quel heureux hasard ! Donc maintenant écoutez bien le moindre de mes mots. »

Elle se pencha sur lui, alla jusqu'à son oreille puis chuchota :

« Mon ami a le pouvoir de lire vos pensées. Par égard pour lui, je l'éloignerai de vos pensées désespérées lorsque vous passerez à trépas. Je vais vous plonger dans l'eau. Dans cette bassine que mes soldats emmènent. On vous attachera et vous aurez juste la tête dehors. Ensuite, je gèlerai cette eau. Vous savez ce qui vous arrivera ? Pendant trente minutes vous allez trembler comme une feuille sous la tempête. Vos doigts vont s'engourdir, vous sentirez comme des milliers de petites fourmis qui marcheront et vous mordront la peau. Ensuite, si vous avez de la chance, vous vous évanouirez. Je n'espère pas : je vais poster des soldats chargés de vous réveiller. Mais sinon, vous survivrez encore une heure, jusqu'à ce que votre cœur, à force de pomper pour envoyer du sang partout dans votre cœur, s'arrête d'épuisement. Et vous savez c'est quoi le meilleur ? C'est que vous allez souffrir en silence. »

Puis, Elsa recula, laissant la place à deux soldats qui prirent le prisonnier et l'emmenèrent vers la grande baignoire remplie à ras-bord. L'homme commença à se débattre, à hurler.

« Par pitié, épargnez-moi ! Je parlerai ! Je vous dirai tout !

_Vous m'avez déjà tout dit. Homme de peu de loyauté. »

Une fois qu'il fut allongé de force dans la baignoire et attaché, Elsa dirigea la main vers lui puis gela partiellement l'eau.

« Je vous souhaite une bonne nuit. »

Puis elle se détourna.


« Bien, vous êtes prêts ? demanda Elsa. Sir Sven, vous avez eu toutes les confirmations des capitaines ?

_Oui, Ma Reine.

_Avons-nous confirmation de l'évacuation du campement, Général ?

_Oui, Ma Reine. Le personnel médical se tiendra en arrière en cas de besoin mais il faudra faire sans le temps du combat. Ils ne viendront pas tant qu'ils n'auront pas le signal.

_Parfait. Seigneur-Commandant, vos renforts sont arrivés. Sont-ils assez reposés ?

_Ils seraient prêts au combat même s'ils étaient en voyage depuis cent ans.

_Pareil pour vos hommes ?

_Oui, tous sont prêts.

_Parfait. Alors maintenant, mettons le feu au campement ! »

Elsa monta sur sa monture et rejoignit ses soldats mages ainsi qu'une partie des renforts alliés. Le soldat Kraven attendit que les autres partent aussi, puis il matérialisa une boule de feu qu'il lança en l'air. Celle-ci s'écrasa au sol puis causa une déflagration que le groupe d'Elsa s'empressa de fuir, dans le noir. Le campement prit feu et le camp ennemi sonna une alerte.

Eh bien, qu'ils profitent de ce qu'ils croient être un accident. Qu'ils viennent attaquer, ces connards d'Espadril.

Kraven, aidé d'un autre soldat pouvant contrôler le vent, délimita une frontière de feu entre eux et l'ennemi. Le groupe d'Elsa devait passer inaperçu à côté de ces gigantesques flammes sans cesses alimentées. C'était le but.