Chapitre n°12 : Premier souvenirs…

P.O.V. (narrateur) :

Ses yeux, habituer désormais à la lumière vive de la pièce, ne cessaient de fouiller scrupuleusement la salle. Cependant, il ne découvrit rien, comme toujours. Il continuait machinalement de scruter chaque parcelle du carrelage blanc, comme pour tenter de garder la flamme vacillante de lucidité qui sommeillait en lui. Sa mémoire arrivait par flash, le faisant frissonner de peur. Il savait désormais comment il était arrivé ici, et cela le terrorisait. Il n'avait rien put faire.

Il marchait, simplement sans aucunes intentions, quand la Porche c'était stoppé à ses côtés. Il avait eu un moment de flottement, avant de saisir la situation. Un peu trop tard. Avant qu'il n'ait eu le temps de faire le moindre geste, il c'était retrouvé ceinturé, bâillonné, et enfin jeter dans la voiture. Puis l'odeur insupportable du chloroforme qui lui bouffait les poumons. Et le noir.

Son cœur loupa un battement quand le grincement caractériel de la porte se répercuta sur les murs immaculé –plus pour bien longtemps…–. Son visiteur entra dans la pièce lentement, son sourire figé sur ses traits. Le même sourire que la veille, un sourire carnassier prêt à vous dévorer et à vous massacrer. Un sourire de tueur.

Un pas après l'autre, il réduisait la distance entre lui et sa future victime, accentuant son malaise. Quand enfin, il se stoppa à un –très petit– pas de lui, ce ne fut que pour attendre la table en fer à roulette que son camarade lui ramenait, un Homme En Noir, à la carrure massive et au visage grave, qui fixait derrière ses lunettes de soleil le jeune homme. L'autre, toujours aussi droit et hautain, attendit patiemment qu'il sorte à pas de loup de la pièce. Il prit enfin la parole après de longues minutes de silence.

« J'espère que ton séjour chez nous te plais. » Fit-il avec un large sourire ironique.

« J'avoue que je m'attendais à mieux de votre part tous de même. Vous auriez put prévoir une chambre plus jolie pour moi. » Une moue faussement blasé s'installa sur son visage ce qui fit rire le grand.

« Je n'en attendais pas moins du grand détective de l'Est, Shinichi Kudo. »

« Arrêtes tu vas me flatter. » Souffla le dit-Shinichi en prenant un air las.

Le sourire de l'autre s'étira. Il posa son regard sur la table en fer à roulettes. Une dizaine d' « outils de travails » patientaient dessus. Un sourire satisfait sur ses lèvres, il s'empara d'une espèce de longue pique de métal d'environ quinze centimètre, qu'il plaça devant son visage. Il ferma un œil et prit la pose d'un chasseur embusqué, qui viserait sa proie. Son sourire s'étira jusqu'à devenir pervers, presque meurtrier. Il resta ainsi une demi-minute à fixer intensément un point invisible, puis finalement, repris une attitude normal.

Il passa sa langue sur ses lèvres, dévisageant le détective. Celui-ci était toujours sur sa chaise qu'il n'avait pas quitter depuis la veille. Ses pieds et ses poings encore liés au bois du meuble par des cordes de nylons qui entaillaient la chaire déjà meurtris de ses articulations. L'expression de l'homme ne changea pas d'un hiatus durant toute son inspection, toujours aussi vicieuse.

Et en une fraction de seconde, ce fut un hurlement qui déchira le silence pesant de la salle blanche. Le sang vint maculer le carrelage vierge du sol. La douleur se peignit sur les traits du brun. L'aiguille de fer s'était logée proprement dans la main droite de sa cible. Un nouveau hurlement, du sang. Puis le silence, seulement entrecoupé par la respiration saccadée et le bruit des perles vermeilles qui s'écrasaient misérablement sur le sol glacée, symbole de la vie qui s'écoule.

« Tu cris vraiment fort tu sais ? » Murmura l'homme en repoussant d'une main sa crinière argenté dans son dos.

« Et toi tu parles trop… » Lâcha entre deux respirations le jeune homme.

L'homme à la longue chevelure d'argent regarda avec fierté les deux mains du lycéen. Chacune d'entre elles secoué de spasme, où une magnifique épine blanche restait droite, plantée avec précision. Le sang s'écoulait des plaies si minimes mais si profondes. Un léger gémissement monta de la gorge de Shinichi quant-il sentit la main de l'autre venir récupérer le précieux liquide carmin qu'il porta à ses lèvres.

L'homme aux cheveux couleur de lune esquissa un sourire moqueur. Il s'accroupit face à la main droite du plus jeune, regardant avec envie l'hémoglobine sortir par intermittence de la meurtrissure qu'il avait causé lui même. Il approcha lentement ses fins et longs doigts du dard d'argent et le retira d'un coup sec, volant un cri de surprise à sa victime. Précautionneusement, il approcha son visage de l'entaille rougeoyante et récupéra d'un coup précis de langue la source de son désir. Un gémissement provint de la gorge de Shinichi.

« Ar… arrêtes… » Parvint à souffler le détective.

Se rendant compte de l'effet que cela produisait chez son interlocuteur, le responsable s'en donna à cœur joie. Il stoppa bien vite l'écoulement sanguin de la main droite, et réitéra sur l'autre. Kudo gémissait, non de plaisir (NdlR : Petit pervers, Kudo est pas un Masochiste ! Quoique…) mais de douleur. Une légère douleur, supportable mais tellement désagréable. Incapable de retirer sa main de la douce torture que lui prodiguait l'autre, il supplia à mi-voix, honteux de se voir ainsi soumis.

« T'aimes ça ? » Susurra l'homme à la cascade de métal précieux.

Sa main se posa sur la cuisse du plus jeune, remonta sous le regard effaré du détective. Rapidement, il délaissa la main gauche qui avait cessé de saigner. Il remonta avec la plus grande douceur jusqu'à l'entre-jambe de Shinichi. Une lueur de désir pervers brilla dans ses yeux gris sombre. Il défit à nouveau la ceinture de l'autre et se releva, sous le regard interloqué du brun. Il repassa sa langue sur ses lèvres, un sourire lugubre sur son visage dissimulé sous son chapeau d'un noir intense.

« Qu'est ce que tu comptes faire avec ? » Chuchota, d'une voix qui trahissait sa peur, le détective fan de Conan Doyle.

« Je pensais à quelque chose comme ça… »

L'air claqua, un cri fusa dans la salle, le sang coula le long de la joue du jeune homme sous le regard malfaisant du plus vieux. À nouveau, un claquement meurtrier se fit entendre, suivit rapidement d'un nouveau hurlement, et encore un autre. Les lamentations emplirent rapidement l'espace immaculé, désormais tournant au pourpre. La ceinture de cuir continuait interminablement de cingler l'atmosphère, meurtrissant la peau caramel de sa victime, anciennement sa propre propriétaire.

Le plus vieux se délecta de voir sa propre victime souffrir sous ses coups. Il abattait sans scrupule sa main, laissant des estafilades le long de la joue, du cou, des cuisses, des bras, du torse de Kudo. L'odeur de rouille caractériel du liquide vermeil emplit l'oxygène du lieu, faisant tourner la tête de l'homme. Il abaissa son regard pour se plonger dans le regard azure de sa victime, stoppant soudain son mouvement criminel. Le brun avait cessé de hurler, le fixant. Calmement, ses lèvres se séparèrent, laissant s'échapper un souffle inaudible.

« Pourquoi fais-tu du mal aux autres ? »

Incrédule, le grand ne bougea plus d'un cil, confus face à cette question des plus incongrues. Même lui, principal intéressé n'y avait jamais réfléchit. Et voilà que ce gosse à peine sortit des jupes de sa mère, ne stoppait jamais cette question qui sortait à tout bout de champs de sa bouche depuis sa venus la veille. Sceptique, l'homme aux cheveux argenté se retourna face à sa table sur roulettes, n'offrant que son dos au lycéen. Celui-ci le fixa. Ses paupières devenaient lourdes. Chaque parcelles que l'autre avait massacré avec la bande de cuire marron hurlait de douleur.

Il ferma un instant ses yeux bleus, sombrant dans une semi-inconscience. Son regard se voila, le ramenant à cette époque d'insouciance, entouré de ses amis de lycées. Aizawa et Nakamichi entrain de jouer au football avec lui. Ran qui gagnait son concours de karaté départemental. Sonoko qui les charriait sur leur relation. Et doucement, un voile noir survola la totalité de ses êtres qui comptaient tant à ses yeux. Une vague de pilules rouge et blanche le submergea, et il sombra.

Une lame glaciale ce planta dans sa peau, lui faisant écarquiller ses orbes bleus. Il hurla, la douleur insoutenable se propagea quand l'épée lui déchira la chaire. Elle se mouvait en lui, arrachant des plaintes au lycéen. Les larmes aux yeux, il maudit son bourreau. Le poignard sanglant descendit, sectionnant sa peau, sa chair, ses muscles, brulant tout sur son passage. Lame glaciale de destruction vitale.

Son cœur loupa un battement, son être hurla de terreur. Dans cet enfer de sensation, de mort, de sang et de funeste douleur, une flamme rougeoyante, unique à encore rester droite et refusant de s'éteindre, gela, frappé par la malédiction du poignard de glace. Il s'abandonna aux tréfonds de sa folie. La douleur de son avant-bras fut vite rejointe par une autre au niveau de ses pieds nus. Un craquement sinistre résonna dans la pièce suivit à une fraction de seconde prêt part le cri unanime des poumons suffocants du brun.

« J'espère pour toi qu'aujourd'hui tu es plus disposé à parler. » Ricana le trentenaire.

« Vas… te… faire… foutre… » Réussi à clamer le lycéen entre ses gémissements et ses larmes.

Un nouveau craquement sinistre se propagea dans le lieu immaculé. L'homme à la chevelure de lune sourit. Sourire mortel qui ne présageait rien de bon. Il déposa d'une main experte le marteau rougit par les perles vermeilles qui s'échappaient des pieds bousillés du jeune homme. Il s'accroupit pour la seconde fois, posant avec violence ses mains intentionnellement sur les pieds de l'autre, lui arrachant un gémissement de douleur. Son sourire s'étira. Pourquoi faisait-il du mal aux autres ? Parce que c'était son métier, parce qu'il aimait ça, parce que ça le comblait de joie.

Il encra son regard dans celui de sa victime. Oui, voir la détresse se peindre sur leurs visages, la peur qui étouffait leurs cœurs, la douleur qui comblait leurs gorges. Il aimait tous cela. Et jamais il ne s'en lasserait. Il se releva avec la plus grande dignité, et s'adossa nonchalamment contre le mur qui faisait face au brun, la table en fer recouverte de ces objets de tortures entre eux deux. Il croisa ses bras musclés sur sa poitrine.

« Commençons… Vu qu'hier tu t'es évanoui, je vais réitérer ma question : Où est Sherry ? » Fit-il d'un ton détaché.

« Vas-te-faire-foutre. » Il détacha chaque syllabe pour accentuer sa réponse.

En un instant, l'autre se retrouva face à lui, une seringue à la main. À l'intérieur, un liquide vert peu ragoutant. Il passa l'aiguille près de la bouche du jeune détective, qui ferma par instinct sa bouche et ses yeux, détournant légèrement le visage et faisant apparaitre un nouveau sourire de victoire sur les lèvres du grand. Celui-ci prit entre ses doigts le menton du détective de l'est, le forçant à le regarder. Il encra ses billes grises dans le regard apeuré du brun et se baissa. Il s'arrêta au niveau de l'oreille de sa victime.

« Vois-tu, gamin, j'ai là l'APTX4870. (NdlR : Celui qui a fait rajeunir Shinichi était l'APTX4869.) Après que cette traitresse soit partit, nous avons tous de même continué les recherche, et nous manquons de cobaye pour celui-ci. » Un sourire triomphant se dessina sur ses lèvres. « Si tu réponds mal à mes questions, je pourrais, par accidents, t'enfoncer cette seringue et t'administrer le produit. Bien sur, j'ignore ses effets. »

Il sentit le détective se raidir. Son corps entier refusait de revivre cet enfer auquel il avait eu tant de mal à se soustraire. Après des mois passer dans la peau de Conan Edogawa, il était redevenus lui, sans pour autant avoir le droit de revivre sa vie. Il se contorsionna, tentant d'aller le plus loin possible de cet infâme objet qui le renverrait dans son passé. L'homme lui, rit sous cape face à l'attitude enfantine de sa victime.

« Alors ? Où est-elle ? » Murmura-t-il en mordillant le lobe de l'oreille de Shinichi.

« Rêves toujours ! » Clama l'autre en gémissant de surprise face au geste incongrue de son interlocuteur.

Encore une fois, le Sherlock Holmes ne répondait pas à sa question. Il approcha dangereusement la seringue du cou caramel du brun. Pourtant, il n'arrivait pas à se décider s'il devait le faire. Il continuait de faire courir le bout du dard envenimé sur la peau du plus jeune, mais il n'arrivait à l'enfoncer dans sa chaire. Ses doigts restaient crispés dessus. Il tenta à plusieurs reprises de lui administré, mais il se reprenait à chaque fois, trouvant une excuse bidon pour éviter sa tâche.

« Allez, où est-elle ? » Murmura-t-il, espérant que son interlocuteur lui répondrait enfin, lui évitant d'enfoncer l'aiguille dans son corps.

« Ta… Ta gueule ! » Hurla le brun avec l'espoir futile que cela ferait reculer son bourreau.

« Dépêches-toi de lui administrer ! » Hurla une voix à travers la caméra qui n'avait bougé depuis la veille.

L'homme aux cheveux de lune se releva, fixant avec hargne la vitre fumée qui couvrait tout le mur de droite à partir de sa taille. Shinichi scruta intensément la vitrine noire. Il imaginait sans mal les quelques indésirables nuisibles qui se délectaient de son calvaire. Il sera les dents, sentant les larmes venir enfin sur son visage. Ses pieds continuaient interminablement de saigner, le lançant tout le long de son corps. La douleur de ses mains quand a elle, était douce, presque imperceptible.

Cependant, celle de ses multiples hématomes et coupures dû à sa ceinture de cuire le tiraillaient. Elles semblaient inoffensives vus leurs si petites tailles et leurs faibles profondeurs, mais elles étaient faites de manières si précises, sur ses endroits douloureux. La où elles se trouvaient, la peau avaient été arrachée, meurtrie, laissant la place à toutes ces particules invisibles –Poussières et autres saletés.– qui en entrant, vous faisaient souffrir mille morts.

« Compris, mais s'il meurt je n'en suis pas tenus responsable ! » Hurla le grand

« Fait le Gin, on avisera après »

Un grésillement suivit la déclaration. Kudo reposa son regard sur le dit-Gin (NdlR : Vous l'aviez reconnus comme même ? Hein ?) Celui-ci le posa sur lui, une lueur compatissante dans ses iris gris. Abasourdis, le lycéen n'osa plus bouger, l'autre s'approcha à nouveau de lui, levant la seringue pour être bien en vue. Puis doucement, il s'agenouilla de dos à la vitre. Il remonta la manche de Shinichi, qui le dévisageait encore. Puis, avec la plus grande précaution, il enfonça l'aiguille envenimé dans la chair de l'étudiant.

Un léger sanglot suivit l'action. Gin appuya sur la « détente », lâchant dans les veines du brun l'apotoxine. Il retira alors la flèche de la peau, emportant un cri au plus jeune. La lumière s'alluma violement de l'autre côté du plexiglas, laissant apparaitre quatre hommes. Deux de dos qui semblaient s'occuper des moniteurs, de la caméra et du son de la salle de torture. Un autre avec les bras croisés sur sa poitrine, une paire de lunettes rouges et une tenue irréprochable se tenait contre le mur du fond, observant d'un air supérieur Shinichi.

Le dernier lui, était un jeune homme dans la vingtaine, gringalet et aux larges cernes noirs sous ses yeux cendres. Sa peau bien trop blanche, ses cheveux couleurs de soleil, coupée de manière désordonnés, et ses vêtements trop grands et blancs lui donnaient un air d'étudiant en faculté de sciences mal éveillé. Il scrutait d'un air vague l'Homme En Noir qui se tenait face à sa victime. Il piocha dans un immense plateau une fraise écarlate et l'engloutit, sous le regard médusé de Kudo.

« Allez, sort de là Gin ! Laisse ce gosse pour l'instant. On verra ça demain, j'ai besoin de toi pour la mission d'aujourd'hui. »

C'était l'homme aux cernes qui venait de parler. Sa voie était fluide, légère, douce, légèrement rauque, un tantinet enfantine. Shinichi s'y perdit. Il était là, de l'autre côté de la vitre, et pourtant, le détective sentait cette aura puissante et effrayante. L'homme aux cheveux d'or attrapa à nouveau une fraise, mais cette fois si, il regarda intensément Gin, le toisant. Ils restèrent quelques instants dans ce duel de regard, avant que l'homme aux cheveux d'argent ne soupire.

« Ok, Boss… »

Kudo écarquilla ses deux orbes ciel en entendant le souffle de Gin. Son regard s'encra dans celui de cet homme à la fois séduisant et hors du temps. Ce jeune homme étrange aux yeux envoutants. Cet être surréaliste et si vivant. Ce personnage insolite qui semblait lire dans votre cœur par un seul regard. Ce garçon pas plus vieux qu'un simple étudiant. Cet homme aux grands yeux si enfantin. Ce mortel au physique d'Apollon. Lui, il était… Il était… Il était leur…

« Boss ? » Répéta-t-il, abasourdis par ce qu'il venait d'entendre.

L'autre posa sur lui son regard vide et noir. Un doux sourire se dessina sur ses lèvres toutes aussi fines. Il posa un regard sensible et humain sur le détective. L'instant d'après, il entrait dans la salle blanche. Se plaçant face à Shinichi, et fit une légère révérence. Il ouvrit délicatement sa bouche, pour laisser s'échapper sa voix captivante.

« Je ne me suis pas présenté je crois. » Il se releva et afficha un sourire franc et chaleureux. « Je suis le chef, plus communément appelé Boss par mes subordonnés, de cette grande organisation. J'espère que tu ne me tiendras pas rigueur de tout cela Shinichi Kudo. »

Shinichi le fixa un instant ahuri. Les Hommes En Noir qu'il combattait depuis tant de temps avaient un tel Boss à leur tête ? Comment était ce juste possible ? Ils obéissaient aux ordres d'un gamin à peine plus vieux que lui ? Visiblement quelque chose clochait avec ce soit disant Boss. Il était trop mignon et jeune pour ne pas cacher un secret au détective de l'Est.

Et celui-ci était bien décider à le découvrir.

P.O.V. (Shinichi) :

Doucement, il s'approcha de moi. Son regard si obscur, si profond ne cessait de feuilleter mes émotions. Ses pas étaient inaudibles, légers. Rien en lui ne présageait le moindre mal. Je me détendis, aucune chance que ce type me fasse quelque chose, il était bien trop jeune et niais. Mal m'en pris. Je reçus de manière quasi immédiate une paire de ciseaux dans mon épaule. Hurlant, je sentis les billes de sang couler sur ma chaire. Puis ils entrèrent plus violement en moi, m'arrachant un cri de détresse.

J'entrouvris un œil, pour le plonger dans un océan de noirceur. Sa main s'appuyait sur les boucles de fer, laissant les lames entaillées ma peau. Je hurlais quand elles ressortirent de l'autre côté, puis laissais tomber ma tête en avant, les larmes roulant sur mes joues, me brulant. J'avais mal, je gémissais, je hurlais, je saignais, je pleurais. Pathétique n'est-ce pas ? Lentement, la douleur s'estompa, laissant place à un tourbillon d'émotion dans lequel je chutais.

Mes sens disparaissaient. Seul se sentiments de cascade continuait de me maintenir éveillé. Je sentais, comme dans un lointain souvenir, les ciseaux jouer sous ma peau, dans mon être, mais tout cela était si superficiel, si loin, si irréel… Cette voix si troublante continuait de me chuchoter la question à laquelle je refusais de répondre. Mais je l'oubliais. Elle n'était qu'écho, son inaudible auquel je ne prêtais attention. Je chutais, chutais et chutais, m'éloignant considérablement de toute sorte de vie, de son. Juste le sentiment que plus rien n'allait jamais me troubler.

Soudain, ce fut le vide. Aucuns sons ne me parvinrent. Seuls les battements de mon cœur se répercutaient dans l'espace infiniment blanc dans lequel je me trouvais. Aucunes odeurs ne me parvinrent. Seul celle du sang qui pulsait dans mes veines emplissait l'air d'un effluve mélancolique. Aucuns gouts ne me parvinrent. Seul celui d'une flamme d'enfer resta coincé dans ma gorge sans être désagréable.

Je restais là, en suspension, me laissant envahirent par l'absence total. Je n'avais mal nulle part. Je me sentais bien… Trop bien d'ailleurs. Quelque chose clochait. Mais je n'arrivais à mettre un mot dessus. Lentement, j'ouvrais mes oreilles, remontais vers l'océan abrupt de sensations, emplissais mes poumons d'odeur, goutais chacune des choses qui passaient dans ma bouche. Ah, merveilles qu'étais la vie, remplit de douceur et d'amertume ! Je m'éveillais, tel un nouveau-née, dans cet enfer de douleur.

La douleur, celle qui remontait en moi au fur et à mesure que je m'élevais vers la surface de mon esprit. J'ouvris mes yeux, me retrouvant face à une scène des plus… inattendus. Le Boss était assit sur les fesses, l'air incrédule, des gouttes pourpres coulant le long de son menton, frappant le contraste avec sa peau blanche. Une tâche écarlate s'agrandissait sur son pull trop grand. Gin lui, était inconscient, un filet de sang coulant de son front ouvert. J'écarquillais mes yeux couleur de mer. C'était moi qui avais fait ça ?

« Eh bien ! Eh bien ! » Me lança le jeune homme aux cheveux couleurs de nuit en souriant chaleureusement. « Si je puis me permettre, qui t'as appris à te battre ainsi ? J'aimerais aller lui rendre une petite visite. »

Je serrais les dents. Ainsi, c'étais bien moi le responsable de ce massacre. Ma première pensée fut pour l'Homme En Noir à qui je devais ma condition d'écolier. Je marchais. Ma respiration était saccadée. Mes deux orbes ne cessaient de faire l'allée-retour entre mon poing ensanglanté et le visage inconscient de mon bourreau. Je me laissais tomber à côté de lui, mort de peur. Précautionneusement, comme on examine une poupée de porcelaine, je posais deux doigts sur son cou, et soupirais.

Les battements réguliers de son cœur pulsaient sous ma peau. Je posais une main sur sa joue, étrangement chaude. Ses yeux s'ouvrirent, brumeux. Je soupirais à nouveau, tout allais bien. Il me fixa un instant, incrédule devant mon air béat. J'eu un bref rire. Mes paupières devinrent lourdes, et la douleur de mes pieds me rappela. Je basculais en arrière tandis qu'il se relevait sur ses coudes. Je tombais au sol, fermant mes yeux.

« T'es vivant… T'es vivant… » Murmurais-je, avant de sombrer.