Merci à la délicieuse Elodie, qui m'a été d'une aide inestimable pour trouver une manière élégante de qualifier les parties masculines ^^ et qui m'a confirmé que certains de mes premiers essais n'étaient pas super français, aussi ^^

Le chapitre suivant va peut-être tarder un peu... je n'ai plus du tout d'avance...

Titre du chapitre: «Darkshines», Muse.

C'était la première journée de vraie chaleur de l'été.

Bella se renfrogna et accéléra le pas, rejetant ses cheveux par-dessus son épaule. Elle avait toujours détesté la chaleur. La chaleur, c'était pour les gens comme Cissy: les petites filles délicates dont les armoires étaient pleines de robes bain de soleil très convenables, aux couleurs pastel, et de parasols fragiles et sans intérêt. Sa propre armoire était pleine de velours et de soie, rouge sang et du noir le plus profond. Elle ne voyait pas l'intérêt de porter une couleur qui donnait l'impression d'avoir sa place sur un mur, pensée pour faire ressortir juste une pointe de rose sur ses joues et permettre aux pouls masculins de continuer à battre paresseusement... un peu comme les pâles sourires et les platitudes creuses que ses parents exigeaient d'elle comme autant de preuves de ses charmes de bonne épouse.

Bellatrix émit un grognement de dédain.

Madame Pieddodu (la propriétaire potelée de ce qui devait bien être l'établissement le plus écoeurant de tout Pré-au-Lard) lui jeta un regard désapprobateur, et se remit vivement à lisser ses napperons, qui commençaient à se recourber au soleil.

Bella roula des yeux. Madame Pieddodu était peut-être bien la personne la plus pastel qu'elle ait jamais rencontrée, et était probablement personnellement offensée par sa tenue. Non pas que cela fasse quelque chose à Bella. Les habits, c'était censé sortir de l'ordinaire, avoir un impact – c'était censé se remarquer. Le moment où Bella avait été le plus proche de porter du pastel, c'était une fois où Cissy l'avait serrée contre elle sans prévenir lors d'une petite fête en plein air, et elle était plus qu'heureuse que cela continue comme ça.

Le problème des vêtements qui se remarquaient, cependant, c'était que, même Bella ne pouvait le nier, il leur arrivait d'être peu pratiques. Toute cette soie et cette corseterie augmentaient sa propre tension artérielle presque autant que celle de la victime qu'elle visait, et dans cette chaleur c'était tout à fait irritant. Elle remonta ses manches, l'air renfrogné. Elle avait chaud et se sentait moite, et elle commençait à regretter d'avoir passé si longtemps dans son bain. L'odeur des bulles était toujours sur sa peau, des effluves de lys et de rose s'élevant, écoeurants et douceâtres, de chaque endroit où les veines affleuraient. Elle ne voulait pas se montrer comme ça devant son maître... c'était humiliant. Bella aurait préféré être en sueur et efficace, ou même en sang ou couverte d'immondices, mais au lieu de cela elle allait se présenter comme une petite bécasse mièvre, quelqu'un d'assez idiot et d'assez petite fille pour mettre du parfum rien que pour son maître.

Il n'aime même pas le parfum, songea-t-elle avec aigreur.

Bellatrix ne savait pas avec certitude d'où lui venait cette conviction, mais d'une manière ou d'une autre elle en était absolument sûre: son maître n'était pas un homme qui aimait le parfum. Il aimait... l'honnêteté. L'efficacité. Elle déglutit, serrant étroitement les lèvres en une grimace. Cela allait être suffisamment difficile de se montrer au-dessus de l'attitude de Rosier, à se plaindre des femmes Black; si elle se montrait devant son maître en empestant les roses, cela serait forcément un mauvais point dans son raisonnement. Elle aurait aussi bien pu crier son sexe sur les toits.

Bella prit une profonde inspiration, luttant pour calmer la voix dans son esprit qui réclamait la tête de Lucius, et plus qu'heureuse de se satisfaire de celle de Rosier, s'il avait le malheur de la contrarier dans un accès de prévenance de cousin à cousine. Elle avait perdu le contrôle, au moment où elle en avait le plus besoin... au moment où elle s'était sentie presque paniquée de devoir s'en passer.

Elle pensait aux goûts de son maître en matière de parfum.

Il allait forcément le remarquer. Le contraire était impossible.

D'un seul coup, le besoin de maîtriser l'occlumancie lui sembla plus urgent qu'elle ne l'avait jamais ressenti dans le bureau de Dumbledore.

Bella sentit son visage s'assombrir encore plus. Les autres recrues ne pensaient pas à ces choses-là. Mais pour ce qu'elle en savait, la plupart des autres recrues étaient de sexe masculin, et peu susceptibles d'être submergées par d'étranges sentiments de... convoitise et de... désespoir... au contact de leur maître. Ils semblaient penser à la torture quand ils étaient à proximité du Seigneur des Ténèbres, et désiraient apparemment ardemment éviter de se trouver en sa présence... aussi absurde que cela puisse paraître. Bella ne le comprenait pas. Après tout, ils n'avaient rien à cacher, eux. Ils ne se sentaient probablement pas pris au dépourvu à tout instant, extrêmement conscients d'avoir l'air enfantins, d'une dévotion de petit toutou, servilement avides de le satisfaire. Ils ne se débattaient presque certainement pas avec une attraction physique très gênante à son égard que leur maître trouvait froidement amusante, et qui teintait chacune de leurs rencontres d'une délicate nuance... d'humiliation.

Non, pensa amèrement Bella. La plupart des autres recrues ne pensaient probablement pas à ces choses-là.

Pré-au-Lard lui-même ne faisait pas grand chose pour lui éclaircir les idées. La ville semblait déterminée à la distraire ou à la contrarier autant que possible. C'était déjà assez fatigant de traverser la ville en toute hâte en s'efforçant de ne pas donner l'impression de trop se soucier de sa destination finale, ni d'avoir l'intention de passer les limites du village à un moment ou à un autre. Mais franchement... Bella se renfrogna. Allez savoir pourquoi, les habitants lui étaient plus odieux que jamais. Il était possible qu'elle ne l'ait jamais remarqué, tout simplement, quand elle était à l'heure et sans la moindre distraction plus perturbante que la quelconque tenue affreuse que Lucius avait sortie pour l'occasion. Mais aujourd'hui... ses doigts tressautèrent nerveusement, et elle resserra sa prise sur sa baguette.

La rue principale semblait avoir été envahie de couples en plein rendez-vous galant et de morveux poussant des cris aigus. Des petits garçons remontaient la rue en courant, riant, jetant des accessoires de farces et attrapes de chez Zonko haut dans le ciel et se fourrant des bonbons dans la bouche. Des élèves de Poudlard se baladaient sans but entre soleil et ombre, main dans la main, se faisant des yeux de biche dans leur adoration mutuelle. Ils s'extasiaient devant l'étalage estival dans la vitrine de Honeydukes (un ananas dansant qui aurait octroyé à Lucius dix minutes de contrariété bafouillante et apoplectique, s'il avait été là pour le voir), et se rassemblaient à l'extérieur des Trois Balais, serrés de chaque côté de confortables tables à tréteaux et donnant l'impression d'avoir les lèvres scotchées avec du papier collant.

Bella n'oublia pas de ricaner d'un air méprisant en passant devant Weasley et Prewett, coincés à la plus petite table. Weasley vira au violet devant son attention, et une Patacitrouille tomba de sa fourchette dans sa Bièraubeurre. Prewett lui tira brusquement sur le bras tandis que Bella émettait un rire sonore.

Elle ralentit un peu, douloureusement consciente qu'elle avait attiré leur attention à présent, et que leurs yeux la suivraient jusqu'à ce qu'elle sorte du village si elle ne s'en débarrassait pas.

Prewett plissa les yeux tandis que Bella s'approchait.

Elle semblait un peu différente, d'une certaine manière. La dernière fois que Bella lui avait prêté la moindre attention, elle était en train de glousser, insouciante, toute en sourires bêbêtes et soupirs satisfaits, occupée à construire le genre de futur qui donnait la chair de poule à Bellatrix. Mais maintenant... elle avait l'air un peu plus méfiante, un peu moins bouchée. Elle avait l'air nerveuse et en colère, en fait.

Bella eut un large sourire.

- On se tient bien à table, Weasley, dit-elle négligemment, lui enfonçant la pointe de sa baguette dans le dos.

Il s'étrangla, faisant gicler des miettes dans son verre.

Prewett déglutit.

- Qu'est-ce que tu veux, Black? demanda-t-elle d'un ton impérieux, avec ce qui devait être du dédain forcé.

Bella haussa les épaules.

- C'est une journée agréable, dit-elle d'un ton léger, s'appuyant contre la clôture ornée de treillage et poussant du doigt le panier suspendu le plus proche.

Il vacilla dangereusement, un peu de terre tombant dans les cheveux flamboyants de Prewett. Le sourire de Bella s'élargit.

- Je me suis dit que j'allais faire quelque chose... d'agréable.

- Tu es une Serpentard, rétorqua Prewett d'un ton rude.

Le sous-entendu («tu ne reconnaîtrais pas quelque chose d'agréable si tu le recevais en pleine figure») était difficile à manquer.

Weasley retira un pétale des cheveux de Molly, sa main se refermant sur la sienne.

- Laisse tomber, Moll, murmura-t-il. Ca n'en vaut pas la peine.

Bella lui fit un clin d'oeil.

- Il a raison, dit-elle d'un ton apaisant. Les temps sont durs, pour nous tous. C'est ce que tu allais dire, Weasley, pas vrai? Mais Dumbledore a raison. On ne devrait pas se disputer. On devrait rester ensemble.

Elle marqua une pause.

- A notre place.

Prewett fronça les sourcils.

- Je ne vois pas ce que tu...

Bella donna un coup de pied à la clôture, la faisant sursauter, et puis lui renversa le contenu du panier suspendu sur la tête. Weasley poussa un cri alors que Bella jetait une poignée de fleurs au visage de sa petite amie.

- Envoie ça à tes frères! gronda-t-elle. J'espère qu'ils se sentent mieux!

Prewett eut une sorte de sanglot stupéfait, étranglé, et Weasley cria quelque chose qui ressemblait étrangement à «Quand j'attraperai Malefoy...!»

L'idée que Malefoy soit, de près ou de loin, responsable de son comportement était carrément insultante, mais Bella avait déjà traversé la rue d'un pas dansant, riant pour elle-même tandis que les autres clients du pub se retournaient pour dévisager Prewett, qui s'était mise à se disputer avec Weasley. Rosmerta, la jolie jeune serveuse, offrit une serviette à une Prewett secouée de sanglots, et tressaillit lorsque celle-ci entreprit de s'en servir pour donner des coups sur la tête de Weasley, hurlant quelque chose comme quoi son amoureux «se laissait marcher dessus par les Serpentard», avant de conclure avec véhémence «Mes frères n'accepteraient jamais ça!» comme il se cachait sous la table.

Bella s'esquiva de la scène sans se faire remarquer, et se mit à grimper la colline en courant, maudissant la chaleur. Plus vite, plus vite... elle allait être en retard.

Elle laissa échapper un petit cri de frustration. Une fois de retour à l'école, songea-t-elle avec férocité, elle allait enrouler les cheveux de Lucius autour de son cou et le pendre à l'horloge de la cour de l'école. Ca lui apprendrait peut-être ce que ça faisait de devoir se battre contre le temps.

Le fait d'imaginer son visage pâle virant au violet apaisa un peu son courroux, mais à ce moment-là le chemin se fit plus régulier sous ses pieds, la côte escarpée diminua, et elle se retrouva en face de... rien.

Il n'y avait personne ici, personne pour l'attendre.

Après un moment Bella ferma la bouche, ses doigts se resserrant autour de sa baguette.

- Evan!

Pas de réponse.

Elle essaya encore.

- Rosier?

Rien.

Bella déglutit, la sueur lui picotant les paumes.

- Rosier! cracha-t-elle. Tu crois vraiment que tu peux jouer avec moi? Tu crois vraiment que je ne te ferai pas regretter d'être si tu ne sors pas du quelconque trou à rat où tu es en train de bouder dans les cinq minutes?

Silence.

Il était en retard.

Il était forcément en retard. Il avait accepté de venir.

Bella donna un coup de pied au chemin, envoyant des cailloux voler dans la haie.

- La prochaine fois que je te verrai, gronda-t-elle, je vais te couper tous tes attributs! Compris? Tous jusqu'au dernier, espèce de traître, espèce de salaud, et ensuite je vais les faire mariner dans de la saumure et les envoyer à ta mère, enveloppés dans le peu qu'il restera des cheveux de Malefoy! Tu m'entends?

La menace, bien que colorée, n'obtint aucune réponse, et elle abandonna enfin.

Il n'était pas là. Il ne pouvait pas être là.

Bella prit une profonde inspiration, tremblante de colère et d'appréhension. Calme-toi, murmura farouchement une voix dans sa tête. Il est encore possible qu'il arrive. Il y a peut-être une raison. Calme-toi.

Elle s'assit sur l'échalier, frissonnant un peu malgré l'air chaud de l'été. Le bois gémit quand elle enfonça ses ongles dans la surface érodée par les intempéries... déplaçant son poids impatiemment, se levant à moitié pour se laisser retomber ensuite, mâchonnant sa langue pour s'empêcher de crier tout haut.

Thump. Thump. Thump.

Son talon remuait nerveusement, hors de contrôle. Il frappait impatiemment la clôture, comptant, raillant, menaçant.

Thump. Thump. THUMP.

Bella ferma les yeux et tourna son visage vers le ciel, quelque chose de chaud bouillonnant au creux de son ventre. C'était un peu de la rage, un peu de la peur, un peu de la frustration... et un peu... la manière dont il la regardait, la fraîcheur de ses doigts contre sa gorge.

Son pied s'immobilisa.

Il faisait tellement chaud. Une brise fraîche passa furtivement sur ses joues, un contact moqueur, et la chaleur appuyait sur ses paupières, une fine couche de transpiration se formant sur ses poignets, son front, sa clavicule...

Elle percevait un bourdonnement à peine audible, une abeille vrombissant dans la bruyère. Et puis elle le sentit: un picotement vif, sur sa nuque. La sensation caractéristique qu'on éprouvait quand on était observé.

Bella se redressa d'un seul coup, levant sa baguette à hauteur de son coude. Elle bondit sur le chemin, un nuage de poussière tourbillonnant autour de ses chevilles, et regarda autour d'elle.

- Qui est là? demanda-t-elle d'un ton impérieux.

Elle déglutit, la bouche aussi sèche que du parchemin.

- Je sais que vous êtes là, dit-elle d'une voix douce.

Oh, quelqu'un était, c'était sûr. Restait à savoir où... Elle n'avait pas beaucoup de temps, et il n'y avait pas beaucoup d'endroits où se cacher. Elle ne pouvait pas partir du principe qu'il était caché dans les abris les plus évidents, de toute façon. Avec une cape d'invisibilité, ou un sortilège bien employé, l'espion aurait pu être n'importe où. Il aurait pu se tenir à une cinquantaine de centimètres de là, sa baguette pointée sur son coeur. Il était peu probable qu'elle ait plus d'une occasion de le stupéfixer, et si elle le manquait...

Bella réprima un frémissement, et puis, alors que ses yeux parcouraient la côte une dernière fois, se décidant... un éclat d'argent attira son regard, la faisant sursauter. Brillant, aveuglant...

C'était un couteau, à demi enterré dans les mauvaises herbes qui poussaient près de l'échalier. Un petit couteau d'argent, avec un minuscule serpent finement dessiné gravé sur le manche... et alors qu'elle le regardait, le serpent bougea.

Bella se décida en un instant. C'était sa marque. La marque de Serpentard.

La marque de son maître.

Elle se laissa tomber à terre, plongeant sa main dans les chardons, et plusieurs choses arrivèrent très vite, les unes derrière les autres. Elle ne sut jamais avec certitude, par la suite, laquelle vint en premier.

Un sortilège fila tout près de son oreille; un crissement accompagné d'une bouffée d'air brûlant, comme chauffé à blanc, semblable à une note indisciplinée arrachée à un violon. Et puis ses doigts effleurèrent l'argent lisse de la lame, et elle se sentit brusquement attirée, comme par un aimant, avec une secousse au niveau du nombril... la tirant d'une chaude journée d'été à Pré-au-Lard pour la projeter dans l'inconnu. Elle eut le souffle coupé en sentant le sol se dérober sous ses pieds dans un tourbillon, la laissant fendre l'air, les yeux étroitement clos, quelque chose de brûlant, de chauffé à blanc blotti au creux de sa paume.

Ses jambes se dérobèrent sous elle en percutant un parquet.

Bella se redressa immédiatement, regardant frénétiquement tout autour d'elle tandis que sa vision se stabilisait en vacillant.

Elle était étalée par terre dans une pièce lugubre, luttant pour reprendre son souffle. Sa main droite saignait, et elle réalisa qu'elle avait instinctivement resserré sa prise sur la lame, en réaction à la secousse.

Ses doigts se déplièrent, bizarrement raides, et le couteau tomba par terre avec un cliquetis. Il semblait étrangement terne dans l'obscurité. Le sang sur ses doigts avait également pris une apparence bizarre: il semblait plus noir que rouge dans ce demi-jour, une tache collante qui s'élargissait, comme de la mélasse coulant mollement de ses doigts.

C'est drôle, pensa-t-elle vaguement, comme les bords de la blessure commençaient à la lancer.

Les ombres se mirent à tourbillonner tandis que son souffle se faisait plus irrégulier, la pièce devenant plus stable et plus solide autour d'elle. Elle prit une profonde inspiration.

Elle le sentait...

La baguette s'arrêta à quelques centimètres de ses lèvres.

- Bella... siffla une voix froide. Enfin.