Chapitre 12 : Investigations

Les frères passèrent sans problèmes la sécurité à l'extérieur de l'immeuble et purent enquêter tranquillement. Sans se poser de questions et presqu'instinctivement, Dean prit lui-même l'EMF et l'alluma comme si de rien n'était, sous le regard amusé et rassuré de Sam qui ne laissa rien paraître à son frère.

Les accidents s'étaient produits dans tout l'immeuble, que ce soit au deuxième ou au cinquième étage. Laborieusement, ils durent inspecter chaque pièce, en se répartissant les étages. Alors que l'EMF de Dean réagissait dans au moins une pièce de chaque étage inspecté, que ce soit sur un tapis ou sur un mur, Sam ne trouva rien d'exceptionnel mais se promit d'étudier le plan de l'immeuble lors de sa construction. Quelques heures plus tard, les frères se rejoignirent au rez-de-chaussée et repartirent aussitôt à leur motel, sous le regard inquisiteur des policiers postés à l'entrée.

« Alors, des choses intéressantes ?demanda Dean.

-Non, rien de très intéressant mais j'ai pensé que tout pouvait provenir des sous-bassements de l'immeuble, ça arrive parfois. Et toi ?

-Eh bien, l'EMF a vibré plusieurs fois, ça peut indiquer quelque chose d'assez dangereux, je suppose.

-Pas obligatoirement, ça peut indiquer le passage des esprits simplement.

-Ah oui, et j'ai aussi trouvé une chose dégoûtante et noire au troisième étage.

-Oh, ça devait être de l'ectoplasme, remarqua Sam. Ca prouve qu'on a bien affaire à un ou plusieurs esprits.

-T'es sérieux, de l'ectoplasme ? Beurk…Et dire que j'y ai touché…

-Ne t'en fais pas, ça ne va rien te faire du tout, on en a déjà touché par le passé et il ne s'est rien passé, sourit Sam face à l'inquiétude peinte sur le visage de Dean.

-T'es sûr ?s'inquiéta Dean. Mais il eut un instant de réflexion et dit finalement en souriant avant que Sam ne réponde : Ah oui, effectivement, je ne risque rien, t'as raison.

-Hé !s'indigna Sam. Toi, tu as lu mes pensées, tu n'as pas le droit !

-Désolé, c'est parti tout seul, sourit Dean d'un air malin.

-Arrête ça, ok, sinon ça va mal faire !

-Très bien, monsieur le pudique. Je vais aller faire un tour et interroger les voisins dans les maisons avoisinantes de l'immeuble pour savoir si rien ne s'est passé d'étrange, un drame ou autre…

-C'est ça et profite-en pour user de ton talent sur eux et non sur moi, si ça t'amuse tant que ça !lui lança Sam alors que Dean sortait de la chambre. »

Dean ne put s'empêcher d'avoir un grand sourire à cette perspective. Il se rendit aux dites maisons et ne trouva que des personnes ignorantes des événements passés dans l'immeuble d'à-côté. Mais bien qu'il trouve plus difficile qu'il ne l'aurait cru de lire les pensées pendant qu'il parlait, il réussit quand même à entendre quelques bribes. Il faillit pourtant par deux fois éclater de rire quand la première fois une femme pensa déshabiller Dean s'il faisait un pas de plus et la seconde fois quand un jeune allumé pensa embrasser fougueusement sa télé à la place de la fille qui venait de le plaquer. Etant trop tôt pour rentrer au motel où il serait encore tenté de lire les pensées de son frère, il alla dans un bar. S'asseyant seul à une table, il aurait surpris son frère une fois de plus car il commanda seulement un café. Le bar était assez bien rempli, alors Dean put se concentrer comme il le voulait, fermer les yeux et essayer de s'entraîner sur chacune des voix autour de lui. Le début fut laborieux avec ces vingtaines de voix qui telles un essaim, ne parvenaient pas à être identifiables ou déchiffrables. S'occasionnant par là même une grosse migraine, Dean se concentra davantage et tenta d'isoler d'abord une puis deux, ensuite trois voix et d'entendre distinctement leurs paroles. Au bout de deux heures et de cinq cafés, il était parvenu à maîtriser la moitié des voix.

Pensant que ça suffisait pour l'instant, il rentra, chancelant à leur motel. Sam, inquiet et marchant de long en large, l'attendait sur le pas de la porte.

« Mais où étais-tu passé, je me faisais un sang d'encre ?demanda Sam, furieux mais sa colère passa à l'inquiétude quand il dut retenir Dean pour ne pas qu'il s'écroule. Il parvint tout juste à l'étendre sur l'un des lits. Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

-Ne t'en fais pas, c'est rien…marmonna Dean, les yeux fermés.

-Un démon ou un esprit t'a attaqué ? Ou peut-être l'une de ces sorcières qui nous recherchait ?

-Mais non, Sammy, personne ne s'en est pris à moi…

-Alors, pourquoi es-tu dans cet état ?insista Sam.

-J'ai trop forcé sur la boisson télépathique…

-Hein ?demanda Sam, ne comprenant rien.

-Je suis allé dans ce bar et je me suis entraîné à mon don de télépathie.

-Et tu crois que c'était prudent de faire ça ? Je dois être avec toi quand tu fais ce genre de choses, tu as vu dans quel état ça te met !s'écria Sam, plus soulagé quand même qu'autre chose. Et alors ?demanda-t-il après un moment de silence.

-J'ai réussi à 50, c'est déjà ça…

-Tu veux dire que tu as réussi à maîtriser 50 des pensées là-bas ? Mais il y avait beaucoup de monde ?

-Une vingtaine peut-être.

-Waouh ! Mais c'est magnifique, Dean !

-Oh, tu sais, ce n'est pas si magnifique que ça…

-Mais si, je t'assure, je suis très fier de toi, sourit Sam.

-Vraiment ?dit Dean en rouvrant les yeux.

-Bien sûr. Je commence à espérer que tu as peut-être une chance de vaincre cette Nomallia si tu t'entraînes convenablement. Je t'aiderai au besoin, j'en serai enchanté.

-Quoi, tu veux jouer les cobayes pour moi et devenir un rat de laboratoire ? Je suis flatté, rigola Dean. Mais je crois que tu es trop grand pour entrer dans une cage avec une petite roue.

-C'est ça, moque-toi, monsieur le télépathe. »

Là-dessus s'engagea une bagarre entre les frères quand Sam se jeta sur son frère pour lui décocher quelques coups auxquels Dean résista mais avec moins de vigueur que d'habitude, sa tête le tambourinant douloureusement. Dean finit donc par lâcher prise pour s'écrouler par terre, se tenant la tête dans les mains, ayant l'impression d'avoir le crâne pris dans un étau.

Sam cessa aussitôt de rire et s'approcha de lui, inquiet et culpabilisa d'avoir trop secoué son frère aîné. Bien que Sam lui demande sans arrêt si ça allait, Dean ne répondait pas, prostré dans un coin de la chambre, sa tête lui faisant un mal horrible. Ayant mis la tête sur ses genoux, il essayait d'apaiser la douleur en se détendant au maximum mais rien n'y faisait.

Au bout d'une heure, la situation était la même et devint d'ailleurs alarmante quand Sam vit du sang atterrir sur le sol. Il s'aperçut en s'agenouillant à la hauteur de Dean que du sang coulait de son nez sans même que ce dernier ne s'en aperçoive. Réalisant que ses propres pensées pouvaient peut-être lui faire du mal, Sam se dit que le contraire serait sûrement efficace. Il s'assit alors face à Dean et ouvrit totalement son esprit en pensant à la mer, à des vagues reposantes et douces, à une brise légère, fraîche et bienfaitrice. Il sentit que Dean se détendait.

En effet, ce procédé marchait à merveille. Dean qui avait souffert énormément pendant une heure entière s'était soudain senti transporté ailleurs. Il avait atterri sur cette superbe plage où la mer s'étendait face à lui à perte de vue. Il sentait qu'il était dans l'esprit de Sam et cette vue et ces sensations le reposaient tellement que progressivement toute douleur s'effaça. La mer l'hypnotisait tellement elle était belle, il ne pensait plus à rien. Sa reconnaissance pour Sam fut immense mais au moment où il voulut émerger et remercier son frère, il s'endormit dans un profond sommeil. Dans la chambre, Sam vit effectivement son frère se mettre doucement sur le côté et s'endormir. Esquissant un sourire de joie et de soulagement, Sam se leva sans bruit, prit un oreiller qu'il mit délicatement sous la tête de son frère et une couverture qu'il posa sur Dean.

Sam se réinstalla ensuite à son ordinateur pour continuer ses recherches, interrompues par son inquiétude et pianota sans bruit sur son clavier.

Quand Dean se réveilla, il se sentait incroyablement reposé, comme il ne l'avait pas été depuis des jours. Ne captant pratiquement aucune pensée, il sauta presque sur ses jambes sans le moindre vertige et balaya la chambre du regard à la recherche de Sam. Il s'avéra que son frère était absent. Ne s'inquiétant pas outre mesure, et reprenant du poil de la bête, il téléphona à un livreur de pizzas.

Une heure plus tard, lorsque Sam rentra dans la chambre sans bruit, il trouva son frère attablé devant plusieurs cartons de pizzas, la bouche pleine à craquer, tenant une part de pizza d'une main et de l'autre surfant sur internet. Au lieu de se fâcher contre son frère qui devait certainement étaler pas mal de graisse sur son clavier, Sam se contenta de sourire en voyant son frère tellement en forme. En le voyant, Dean referma l'ordinateur précipitamment, cacha la part de pizza aussi bien qu'il put, c'est-à-dire dans sa poche et avala d'un seul coup tout ce qu'il avait dans la bouche, ce qui provoqua un bel étouffement. Après quelques minutes et après que Sam lui ait tapé dans le dos d'un air moqueur, Dean lui demanda d'une voix légèrement étouffée :

« Alors, quelque chose d'intéressant ?

-Oui. Je ne pensais pas que tu aimais les pizzas aux champignons, sourit Sam, d'un air moqueur.

-Moi ? Mais pas du tout. Je l'avais commandée rien que pour toi, mon vieux.

-C'est ça, c'est pour cela qu'elle est déjà mangée aux trois quarts ?

-Ah ben…euh…un intrus a du venir ici et la manger sans que je ne m'en aperçoive, je ne vois que cette explication, répliqua Dean de son air le plus innocent et regardant autour de lui, à la recherche dudit intrus. »

Sam ne put s'empêcher d'en éclater de rire. Voulant passer à autre chose, il montra à Dean un document officiel.

« Bon, passons. Regarde plutôt ce que je viens de dénicher. Lors de la construction de l'immeuble, ils n'ont pas fait attention qu'il y avait cinq corps enterrés là, une famille entière d'ailleurs, dévastée par la grippe il y a un siècle.

-La grippe ?s'étonna Dean.

-Ben oui, elle produisait beaucoup de morts à cette époque.

-Mais comment la famille a été enterrée là et par qui ?

-Apparemment les cimetières étaient bondés et cette famille était si pauvre qu'on les aurait mis en fosse commune. Je suppose qu'une personne proche et tenant à eux a voulu les enterrer dans leur jardin pour les éviter ça.

-Tu veux dire que ce sous-sol était en fait leur jardin ?

-Eh oui, avant la construction de cet immeuble, ils ont dû démolir plusieurs maisons branlantes qui étaient très anciennes et désertes.

-Pourquoi ne se sont-ils pas manifestés lors de la construction au lieu d'il y a quelques semaines ?

-J'ai constaté que la veille du premier accident, il s'est produit un léger tremblement de terre qui a dû remuer le sol et sûrement les locataires en profondeur. Ils n'ont pas dû être très contents de ne plus être les bienvenus chez eux et que des intrus aient pris la place.

-Et c'est la famille entière qui est responsable ?

-Aucune idée. Pour davantage de sécurité, on brûlera les cinq corps.

-Ca va être réjouissant, remarqua Dean avec une légère moue.

-On a toujours procédé ainsi, ça te gêne ?s'énerva Sam.

-Non, pas du tout, s'il n'y a pas d'autre solution.

-On va attendre cette nuit pour y aller.

-Ok, c'est toi qui décides apparemment… »

Mais alors que Sam allait répondre en s'énervant, Dean fit signe qu'il resterait bouche cousue. Préparant leur matériel, ils attendirent en silence quelques heures la tombée de la nuit.

L'heure venue, les deux frères partirent vers l'immeuble et passèrent en catimini devant les gardes postés à l'entrée. Ils se rendirent aussitôt au sous-sol. Heureusement la cave n'était pas très grande et ils trouvèrent aussitôt qu'une fissure s'était formée, due probablement au tremblement de terre. Le sol en ciment leur arracha une grimace. Ils devraient enlever tout ce ciment avant d'accomplir leur tâche. Se retroussant les manches, les deux frères prirent leurs pioches et espérèrent seulement que ce boucan ne serait pas entendu par les gardes. Mais apparemment les gardes étaient plus sourds qu'ils ne le paraissaient ou étaient trop éloignés de la cave pour entendre quoique ce soit. Enfin, ils parvinrent à voir la terre et ne purent s'empêcher de soupirer de soulagement. Dégageant suffisamment d'espace cimenté pour avoir une chance de découvrir tous les corps, ils creusèrent, ce qui leur sembla du beurre à côté de ce qu'ils avaient enlevé. Alors que le trou commençait à être assez profond, la pelle de Sam cogna sur ce qui leur semblait être un crâne. Et en effet, ils découvrirent ainsi le premier des corps. Il s'avéra que les cinq corps étaient les uns à côté des autres, facilitant grandement leur travail. Ils devaient quand même asperger de sel, d'eau bénite et d'essence chacun des squelettes au cas où l'un d'eux résisterait.

Sam se chargea des trois plus proches pendant que Dean faisait les deux derniers. Mais alors que Sam avait déjà commencé, Dean était resté immobile. Il ne pouvait s'empêcher de regarder les corps avec un mélange de dégoût et de pitié. Il ne comprenait pas comment des êtres humains et non des démons, des personnes qui avaient vécu comme eux, pouvaient devenir des meurtriers après leur mort. Ca lui semblait totalement aberrant. Dans un sens, il les plaignait d'éprouver toute cette colère et cette haine qui n'était pas assez justifiable pour tuer des vivants. Hésitant tout d'abord, il suivit quand même au bout de quelques secondes l'exemple de son frère qui en avait presque fini avec le premier, et arrosa l'un des corps de sel, puis d'eau bénite. Il eut beaucoup plus de mal avec l'essence qu'il considérait davantage sacrilège qu'autre chose. Mais fermant les yeux, il versa à l'aveuglette, s'apercevant à peine que sa main aspergeait exactement là où il fallait, comme plus habituée qu'autre chose. Mais son esprit et ses yeux restaient quand même aux aguets, prêt à la moindre complication, surveillant toutes les cinq secondes autour d'eux si personne ne viendrait les interrompre.

Alors que Dean et Sam commençaient à asperger de sel les deux derniers corps, le pire se produisit. Sam, tout à son travail, ne vit pas un esprit se matérialiser derrière lui, prêt à lui asséner un coup de massue. Dean, qui n'avait cessé de regarder autour de lui pendant son travail, inquiet à la moindre intrusion, vit cet esprit prêt à attaquer son frère. Sans hésitation, il se jeta à temps sur Sam pour ne pas qu'il reçoive le coup. Il le reçut lui-même mais dans le dos, lui occasionnant une terrible douleur. Alors qu'ils se relevaient tous deux avec peine, ils virent les quatre autres esprits apparaître devant eux, chacun armé d'une arme différente. Pendant que Sam tirait sur eux des balles remplies de sel, Dean tenta, malgré la douleur dorsale qui l'obligeait à rester à genoux, de répandre ce qu'il restait sur les corps. Mais Sam arrivait à peine à protéger son frère des attaques des esprits qui devenaient de plus en plus féroces et puissants, craignant de moins en moins les balles de sel. Tandis que Dean venait de finir et qu'il cherchait rapidement à tâtons dans sa poche son briquet, un des esprits, le petit garçon, vint lui planter un couteau dans l'épaule droite, manquant le cœur de peu. Laissant échapper un cri, Dean ne put pas assez retenir l'attention de Sam, qui tirait à tout va sur les quatre autres qui l'entouraient sans arrêt. Dean se concentra alors de toutes ses forces et canalisa toute sa force télépathique contre l'esprit du garçon. Il réussit dans un ultime effort mental à saisir les furtives pensées de l'esprit et à les retourner contre lui comme une grenade. Il ignora son saignement de nez et se concentra au maximum pour finalement voir le sourire de l'esprit se transformer en une grimace épouvantable puis disparaître de sa vue. Avant de s'écrouler, Dean alluma le briquet et le jeta sur les cinq corps, pour s'évanouir la seconde d'après…