Chapitre 12
En entendant toquer, Jack tourna la tête vers la porte et vit la Japonaise attendre son autorisation pour entrer. Ianto rougit et s'écarta, lissant sa veste en baissant les yeux.
– Je pense que j'ai compris comment ils communiquent, fit la jeune femme.
– Tu as été rapide !
– Mon autre moi avait déjà fait la majeure partie du travail, je n'ai fait que le terminer avec les informations disponibles de ce côté-ci, répondit-elle.
– Et qu'as-tu trouvé ?
– Comme tu le sais déjà, ils utilisent les enfants pour prendre contact. Le signal sert de catalyseur et ils peuvent les contrôler en modifiant la chimie de leur cerveau.
– Comment peut-on les contrer ?
– Il faut que je craque ton dossier à l'Unit, elle avait raison, certaines informations devraient y être inscrites.
– Et tu penses y arriver ? s'enquit le leader.
– Il n'y a pas de raison, aucun de leurs fichiers n'a pu me résister, ça devrait être pareil pour celui-ci, fit-elle avant de quitter la pièce.
Jack resta silencieux quelques instants et Ianto s'approcha. Il le regarda et passa sa main sur sa joue en lui souriant.
– C'est la meilleure, elle trouvera, fit-il. Je vais aller faire du café, finit-il avant de se diriger vers la porte.
– Ian ?
– Oui !
– Promets-moi d'être prudent.
– Comme toujours !
Il quitta la pièce et se rendit à la cuisine où il prépara les tasses. Il avait encore sur sa bouche la sensation du baiser et il passa ses doigts sur ses lèvres tout en souriant. Cette journée était presque parfaite, Jack était de retour et il connaissait ses sentiments pour lui, que pouvait-il lui arriver de grave ? Quand il eut terminé, il fit la distribution et croisa le regard de sa collègue.
Au souvenir qu'elle les avait vus s'embrasser, il rougit à nouveau et détourna la tête, mais elle posa sa main sur son bras.
– Tu vois, il fallait simplement que vous parliez.
– Oui. Je vais aller lui porter son café.
Elle le regarda partir et monter les escaliers avant de se plonger à nouveau dans l'étude des fichiers, son programme cherchant à craquer le code qui bouclait le dossier du Capitaine.
Quand il entra dans le bureau, il vit que l'immortel était au téléphone et posa sa boisson avant de sortir. Il avait entendu quelques mots de la conversation et savait que l'interlocuteur faisait partie de l'Unit.
Il descendit aux archives et se consacra aux artéfacts en attente, il devait s'occuper l'esprit, ne pas penser à ces aliens qui venaient faire leur provision d'enfants. Mais pour quelle raison ? Que faisaient-ils de ces gamins ?
Dans le bureau, le Capitaine avait terminé sa conversation et réfléchissait. Puis il reprit son téléphone et contacta une de ses connaissances. Ils discutèrent pendant de longues minutes, puis l'immortel raccrocha en souriant. Il savait que sa demande serait satisfaite, il n'en doutait pas.
Il prit encore quelques minutes pour appeler son amie Solène, la conversation se porta sur la Galloise et Jack apprit que tout se passait pour le mieux. La jeune femme ne semblait pas se souvenir de son ancienne vie et s'investissait dans son nouveau travail.
Quand il raccrocha, Jack souriait, imaginant son ex-collègue au milieu des sous-vêtements féminins, puis il se leva et descendit rejoindre Tosh qui travaillait toujours.
– Tu t'en sors ? demanda-t-il.
– Oui, ça avance doucement. Je devrais bientôt être en mesure de te dire ce que j'ai trouvé.
– Et pour mon dossier chez l'Unit ?
– Le programme a presque terminé, il ne reste que trois chiffres ou lettres à trouver.
– Très bien. Tu sais où est Ianto ?
– Aux archives, fit-elle avec un sourire.
– Merci ma belle. Tu devrais faire une pose.
– J'attends que Ianto revienne, il n'y a plus de café, répondit-elle.
– Je vais voir ce qu'il fait et je le ramène, dit-il en s'éloignant.
Quand il arriva devant la porte du local, il s'arrêta et poussa doucement le battant. Le Gallois était penché sur la table et détaillait divers objets. Il notait les descriptions et mettait des étiquettes avant de les placer dans des boîtes. L'immortel s'approcha et mit ses mains sur les hanches du jeune homme qui sursauta.
– Chut, souffla le leader, ce n'est que moi.
Il posa un baiser sur la nuque découverte, faisant frissonner l'agent.
– Tu en as encore pour longtemps ?
– Non, j'ai presque fini, répondit Ianto, pourquoi ?
– Tosh aimerait un café et je t'avoue que moi aussi.
– Donnez-moi quelques minutes.
– Ian, pourquoi ne pas me tutoyer ?
– Je…
Le leader le tourna vers lui et caressa doucement sa joue avant de l'embrasser tendrement.
– Je pense que nous sommes suffisamment intimes pour que tu te laisses aller.
Le Gallois se raidit et l'immortel s'en rendit compte. Il ne comprenait pas cette réaction, puis soudain la lumière se fit.
– Non Ian, je ne pensais pas à ça. Je sais qu'il te faut du temps et lorsque tu auras décidé de venir à moi, je serai là.
– Vous… tu ne m'en veux pas ? fit le jeune homme.
– En aucune façon. Va à ton rythme, réfléchis bien à ce que tu veux faire car une fois le pas franchi, il n'y aura pas de retour possible et je ne voudrais pas que tu regrettes ta décision.
– Merci, souffla Ianto.
– Mais de rien, c'est bien normal, crois-moi. Et si on allait le boire ce café ? proposa le leader.
– J'arrive, juste le temps de fermer les boîtes.
– Ok.
Le Gallois rangea les cartons et rejoignit l'immortel qui l'attendait sur le seuil de la porte. Il éteignit et tira le battant avant de suivre le leader dans le couloir.
Quand Tosh les vit arriver, elle sourit et rassembla ses documents, elle profiterait de sa pose pour informer le Capitaine de ce qu'elle avait découvert.
Ianto prépara les tasses pendant que la machine chauffait, puis lorsque tout fut prêt, il retourna en zone informatique et vit ses trois collègues, installés sur le canapé, discutant agréablement.
– Ah, merci, fit la Japonaise en prenant sa boisson.
– Tu aurais dû me dire que tu en voulais, fit le Gallois avec un sourire, j'aurais pu remonter plus tôt.
– Mais non, je devais terminer mes recherches d'abord.
– Et tu as trouvé quoi ? l'interrompit le leader.
– Eh bien, ça ne va pas être facile de les contrer, fit-elle.
– Pourquoi ?
– On ne peut le faire que d'une seule manière.
– Laquelle ?
– Faire comme eux, utiliser un enfant ! lâcha-t-elle.
– Quoi ?
– Oui, je suis désolée, si tu veux les détruire, il faut leur renvoyer leur propre signal par le biais d'un enfant.
– Mais c'est insensé !
– Tu n'as pas le choix Jack.
– Tu te rends compte de ce que ça implique ?
– Oui parfaitement et c'est pourquoi nous devons trouver la meilleure solution.
– Que veux-tu dire ?
– La force du signal va immanquablement tuer le messager et… laisse-moi finir, le coupa-t-elle quand elle vit qu'il allait parler. Je disais donc que nous devons trouver le meilleur candidat possible pour sauver les autres enfants.
– Ce n'est pas possible, tu te rends compte de ce que tu dis ?
Ianto et Owen les écoutaient sans rien dire et le Gallois posa sa main sur le bras du leader.
– Elle le sait parfaitement et si elle te le propose, c'est qu'elle y a longuement réfléchi, n'est-ce pas Tosh ?
– Oui, c'est vrai. Moi aussi j'ai été choquée par ce procédé, mais tu n'as pas le choix.
– Et que proposes-tu ? demanda Jack.
– Celui qui sera choisi devra irrémédiablement être condamné par la médecine.
– Condamné ?
– Oui, il faudra qu'il n'y ait plus aucun espoir pour le sauver, ainsi la perte sera toujours très dure pour les parents, mais elle sera utile au plus grand nombre.
– Tu veux que je demande à des parents de sacrifier leur enfant ? Tu te rends compte de ce que tu dis ?
– Oui, malheureusement, fit-elle.
– Je ne peux pas prendre cette décision, c'est impossible, lâcha le leader.
– Je te laisse réfléchir, je ne peux pas décider à ta place, mais dis-toi bien que ce sera moins dur pour les parents que lorsque tu as laissé les fées emmener la petite fille, dit-elle en se levant pour retourner à son poste, laissant couler ses larmes dès qu'elle eut le dos tourné.
Owen s'en rendit compte et la rejoignit rapidement pour la prendre dans ses bras. Ianto resta silencieux, mais il glissa sa main dans celle du leader, essayant de le réconforter pour ce choix difficile.
Le leader se souvenait de cet épisode douloureux mais là, ce serait différent. Ce jour-là, la fillette était bien vivante lorsque les créatures lui avaient demandé de la laisser partir, elle avait dû abandonner sa mère, ce qu'elle avait fait sans aucun regret !
– Que dois-je faire Ian ?
– Déjà, te calmer.
– Je ne peux pas sacrifier un enfant, c'est impossible !
– Je sais, mais d'après Tosh, c'est la seule solution. Ok, il se fait tard, je te propose de venir dîner chez moi et nous en discuterons.
– Tu m'invites ? fit le leader, remarquant cette fois que le jeune homme l'avait tutoyé.
– Oui, à moins que tu n'aies autre chose à faire.
– Non, rien et je te promets d'être sage, souffla-t-il.
– Je n'en attendais pas moins, sourit le Gallois. Je vais nourrir les pensionnaires et j'arrive, finit-il en se levant.
Quand il passa près de sa collègue, il lui expliqua ce qu'il allait faire et l'enjoignit à rentrer chez elle. Owen insista pour qu'ils aillent au restaurant et la jeune femme accepta.
Vingt minutes plus tard, l'agent remontait des cellules et constata que le couple était parti. Il éteignit les ordinateurs et regarda vers la passerelle, puis il monta les marches et s'arrêta devant la porte du bureau. Il toqua, le leader leva la tête et lui sourit puis il ferma le dossier qu'il essayait de lire. Arrivé près du jeune homme, il enfila son manteau que le Gallois lui tendait et ils quittèrent la base après avoir libéré le ptérodactyle. Avant de rentrer à l'appartement de l'agent, ils firent un détour par le centre-ville pour acheter le dîner. Arrivé devant son immeuble Ianto précéda son invité dans le hall et le conduisit à l'étage puis le fit entrer.
– Fais comme chez toi, dit-il en prenant son manteau pour l'accrocher à la patère de l'entrée. Je vais préparer le repas, je n'en ai pas pour longtemps.
Il s'éclipsa dans la cuisine avec les sacs et laissa l'immortel dans le salon. Le leader réfléchissait en attendant le jeune homme, la seule solution pour sauver les enfants de la Terre était inhumaine, mais que pouvait-il faire d'autre ?
Quand Ianto revint, son invité regardait par la fenêtre et semblait à cent lieux de Cardiff. Il s'approcha et posa sa main sur son bras. Jack se tourna vers lui et lui sourit.
– Comment faire ? souffla-t-il. Si j'utilise un enfant pour les détruire, je ne vaudrai pas mieux qu'eux.
– Tu n'as pas le choix. Je conçois parfaitement que ce soit difficile, mais Tosh a cherché et crois-moi, si elle avait eu une autre solution à proposer, elle l'aurait fait sans hésiter.
– Je le sais bien, mais comment dire à des parents qui espèrent un miracle, que celui-ci ne se produira jamais et qui plus est, leur demander de sacrifier leur propre chair pour sauver des enfants qui ne leur sont rien ?
– Je l'ignore, mais nous allons trouver. Viens dîner, ça va être froid, fit-il en l'entraînant vers le canapé.
Ils passèrent une soirée tranquille, discutant de choses et d'autres, mais évitant soigneusement le problème épineux des 4.5.6. Ianto comprenait parfaitement le dilemme qui se posait au leader, mais il ne savait comment l'aider dans le choix à faire. Quand ils eurent terminé, il proposa un café qu'ils burent tout en écoutant un fond musical. Il était près de minuit quand le Capitaine se leva pour prendre congé de son hôte.
– Je vais te laisser te reposer, fit-il en s'avançant vers la porte pour récupérer son manteau.
Ianto réfléchissait vite, il n'avait pas envie que l'immortel s'en aille, mais il n'osait pas lui demander de rester.
– Jack, je voudrais…
Il le regarda, les mots avaient du mal à franchir la barrière de ses lèvres, puis finalement, il se lança.
– Jack, voudrais-tu rester ici ce soir ?
– Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, fit l'immortel, sachant qu'il aurait du mal à résister à cette tentation ambulante.
– Trop de choses se sont passées, je ne veux pas rester seul cette nuit. Je ne souhaite rien d'autre que de dormir près de toi.
Le leader s'avança pour s'arrêter à quelques centimètres du jeune homme, il percevait sa détresse et son impuissance à l'aider. Il était vulnérable en cet instant et Jack abdiqua.
– Très bien, je vais rester, si c'est ce que tu veux.
– Merci, souffla le jeune homme avant de se sauver dans la cuisine pour faire la vaisselle.
Quand il revint, le Capitaine était assis sur le canapé et l'attendait. À son entrée, il se leva et le rejoignit. Le Gallois le conduisit à la chambre et lui indiqua la salle d'eau. Jack alla prendre une douche rapide et lorsqu'il ressortit, enroulé dans un drap de bain, Ianto s'était déshabillé et avait enfilé un peignoir.
Le leader attendit qu'il ait fermé la porte pour remettre son boxer et sourit en se souvenant que cette scène s'était déjà produite dans l'autre réalité. Cependant, il prendrait sur lui, le jeune homme n'était pas encore prêt pour la relation qu'il souhaitait lui proposer, ce soir, il avait juste besoin de ne pas se sentir seul et il le comprenait parfaitement.
Quand Ianto revint dans la chambre, le Capitaine était couché et fixait la porte. Il lui sourit et écarta la couette pour l'inviter à le rejoindre, ce qu'il fit rapidement après avoir retiré son peignoir. Jack ne put s'empêcher de constater qu'il avait enfilé un bas de pyjama.
– Allez viens, fit-il en ouvrant les bras.
Le jeune homme s'allongea et vint se lover contre son supérieur. Il se sentait bien et ferma les yeux, sombrant rapidement dans le sommeil, Jack le suivit très peu de temps après.
Au matin, quand le leader s'éveilla, il regarda son compagnon. Ianto était détendu et sa tête reposait au creux de son bras. Du bout du doigt, il caressa sa joue, l'agent ouvrit les paupières et lui sourit. Relevant son menton, l'immortel l'embrassa tendrement, puis le laissa quitter le lit pour aller préparer le café.
Jack s'habilla rapidement et le rejoignit dans la cuisine. Il passa ses bras autour de sa taille, déposant un baiser dans son cou, faisant frissonner le jeune homme.
– Tu as bien dormi ? demanda-t-il en le regardant préparer la boisson.
– Oui, bien mieux que ces derniers temps, avoua l'agent, se tournant tout en lui tendant sa tasse.
– Je ne partirai plus si ça peut te rassurer, fit-il avant d'effleurer ses lèvres.
Ianto baissa la tête, rougissant brusquement et Jack sourit. Puis le téléphone du leader sonna et il décrocha en voyant le nom de l'informaticienne.
– Bonjour Tosh.
– Salut, je ne te dérange pas ?
– Non, nous finissons notre café et nous arrivons.
– Tu as de la chance, je n'ai pas eu le mien ce matin, fit-elle un peu boudeuse.
– Ianto t'en fera un en arrivant, ne t'en fais pas.
– D'accord. Je t'appelais pour te dire que j'avais fait un premier tri pour les enfants qui pourraient être concernés et…
– Je n'ai pas encore pris de décision, la coupa-t-il.
– Je m'en doute, mais il faut quand même avancer. Tant que nous n'avons pas arrêté un choix, tout peut être changé.
– Nous verrons ça tout à l'heure.
– Ok, on vous attend, fit-elle avant de raccrocher.
Le Gallois remarqua le visage fermé du leader et se doutait que les nouvelles n'étaient pas très bonnes, mais il ne dit rien et nettoya les tasses avant d'aller s'habiller.
Une demi-heure plus tard, ils passaient la porte de l'office de tourisme et le jeune homme referma soigneusement derrière eux tandis que l'immortel allait déverrouiller l'accès au passage secret tout en regardant autour de lui.
– Nous ne devions pas avoir des travaux ? demanda le leader.
– Si, mais j'ai demandé le report de leur intervention, nous ne pouvions pas assurer une permanence et faire les recherches pour te retrouver. De plus, je sortais avec Owen quand cela été nécessaire, j'ai pensé que ce serait mieux de garder le bureau fermé.
– Tu as eu raison, nous allons terminer ce que nous avons à faire et nous leur demanderons de venir.
– D'accord, fit l'agent avant de précéder son supérieur dans le passage secret.
En entrant dans le Hub, Ianto se dirigea vers la cuisine tandis que Jack rejoignait l'informaticienne. Elle l'accueillit avec un sourire et continua à imprimer les documents qu'elle devrait lui présenter.
– Ok, fit-il, tu en es où ?
– J'ai presque terminé, mais je te le rappelle, rien n'est définitif.
– Je le sais bien, mais quel choix peut-on avoir ?
– Pour le moment, aucun ! Je n'ai rien trouvé qui puisse remplacer le procédé.
– Bien, demande à Owen de venir en salle de conférence. Nous en discuterons, je veux aussi son avis.
– Il n'est pas encore arrivé, mais il ne devrait pas en avoir pour longtemps, fit-elle.
– Où est-il ?
– Il m'a dit qu'il avait une course à faire avant de venir, mais qu'il serait là avant 10 h.
– Alors nous commencerons sans lui. Quand tu seras prête, préviens-moi, tu veux bien ?
– Oui, bien sûr.
Le leader monta à son bureau et ouvrit sa session. Il vit qu'il avait des mails en attente et regarda rapidement leurs expéditeurs. L'un d'eux venait de l'Unit et il le lut, son visage se fermant au fur et à mesure que les mots défilaient sous ses yeux.
À suivre…
