Jour 12: 16 juillet 2016

Ezra avait pensé au réveil. Il l'avait réglé sur une heure plus matinale que nécessaire, pour voler un peu de temps. Ils firent l'amour une dernière fois, puis partagèrent une douche et un petit déjeuner. La conversation fut légère, entrecoupée de silences. Ezra grava chaque détail dans sa mémoire. Son taxi venait le chercher à midi pour l'emmener à l'aéroport.

Anthony partit travailler.

"Je viendrai te dire au revoir," avait proposé Ezra, envoyant mentalement au diable ce que Matthew en aurait dit.

"Je m'arrangerai pour être un peu avant midi là où tu t'installais d'habitude."

Faire sa valise, ranger et nettoyer la maison occupa Ezra toute la matinée. Il s'appliqua à se concentrer sur ce qu'il était en train de faire.


À l'heure dite, il se rendit sur la plage. Anthony l'attendait. Ils échangèrent un regard embarrassé.

"Bon… voilà… mon taxi va arriver."

"Oui."

Avec un clin d'œil, Anthony lui tendit un sachet en papier.

" Beignet au chocolat. Pour le voyage."

Sans se préoccuper des vacanciers autour d'eux, Ezra suivit son impulsion et l'embrassa.

"Tu viens de me faire perdre la moitié de mes ventes auprès de ma clientèle féminine," plaisanta Anthony.

Ezra fit une grimace contrite, que le jeune homme effaça d'un second baiser avant de s'écarter lentement en disant :

"Ça a été un plaisir de te connaître. C'était sympa."

Oui. Ce sera un beau souvenir. Ne le gâche pas maintenant, s'enjoignit Ezra.

"Pareil pour moi."

Mais il perçut une infime hésitation de la part d'Anthony. Une légère fêlure dans la carapace. Ezra se lança :

"Tant pis si tu me trouves idiot. Si je ne le dis pas, je vais le regretter. J'aimerais beaucoup qu'on se revoie quand tu viendras à Londres. Si…si tu veux."

Il se rappela comment on respire quand il vit le sourire qui s'épanouissait sur le visage d'Anthony.

"J'adorerais," répondit doucement celui-ci.

Ezra balbutia:

"Alors… euh… je te donne mon numéro."

Le jeune homme l'encoda dans son téléphone. Cela lui prit un peu plus de temps qu'il n'en aurait fallu. Celui d'Ezra émit une trille d'oiseau. Il voulut s'en saisir mais Anthony arrêta son geste :

"Je t'ai envoyé un message, comme ça tu as le mien. Pas la peine de le lire maintenant."

Ezra acquiesça.

"Le taxi doit être là, maintenant. Je… j'y vais."

"Oui. A bientôt."

Sur un dernier baiser, ils se séparèrent.

A la sortie de la plage, Ezra ne put s'empêcher de se retourner. Il fit signe à Anthony, qui l'imita.


A peine le taxi démarré, Ezra n'y tint plus et s'empara de son téléphone pour lire le message :

« Ok, peut-être que, parfois, il y a un plan. Attends-moi. Je débarque le 1er septembre. »

Il compta. 46 jours. C'était beaucoup. Et peu à la fois pour tout ce qu'il voulait faire : se remettre à courir autour du lac du parc Saint James, débarrasser enfin l'appartement des dernières affaires que Matthew y avait laissées...peut-être même commencer ce roman qu'il avait envie d'écrire depuis si longtemps.