Remerciement à : Super-Choco et Super-Nath ! Super-Choco vous garantit un texte tout beau, tout propre - faudra qu'elle me dise quelle lessive elle utilise pour que ce miracle se produise - et Super-Nath vous assure que ce texte respecte le caractère des personnages mais pas seulement ! Et oui ! Elle veille au grain afin que vous arriviez à suivre sans vous dire " 'tain mais elle est incohérente c't'histoire !". D'ailleurs, une partie du texte a été modifié par ses soins.

Merci aussi à ceux/celles qui prennent la peine de me laisser des reviews. Mon pitit cœur apprécie et c'est grâce à vous si l'histoire en est ààààà... là. (spoil évité !)

Hop hop hop ! Avant de faire les fiscivores, je tiens à signaler qu'il y a dans ce texte un petit clin d'œil à Mogo-chan (MogowKo) et au joli dessin qu'elle m'a fait. J'vais me faire tuer par l'intéressée pour ce coup de pub - pourtant mérité ! - mais vous devriez jeter un œil à ce qu'elle fait. ça vaut le coup ! Le lien est dans son profil (c'est DA !).

Bien, moi je repars avant d'avoir une choupinette armée d'une tronçonneuse à mes trousses. Bonne lecture !


Chapitre 11

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Sanji courrait, le souffle régulier, remerciant le Docteur Caega qui lui avait injecté tous ces produits. Il ne sentait plus aucune douleur et ne redoutait pas son retour. De toute façon, il était possible qu'il meure avant.

Pourvu que le marimo ait tout gobé..., pria de tout cœur le cuisinier.

Tout de même, c'était un peu gros ! Il s'en voulait d'avoir embobiné Anna-chan. La pauvre avait eu la frayeur de sa vie. Quoique, avec les horreurs qui traînaient ici, elle avait vécu pire situation. Mais tout de même, il avait un pincement au cœur en sachant qu'il avait dû l'effrayer. Il avait espéré qu'elle les laisse avant qu'il ne doive s'en prendre au marimo mais le temps de Sanji était compté.

Il s'était réveillé une fois durant le processus d'effacement de sa mémoire. Le Dr Caega devait y être pour quelque chose car il avait été présent durant ce court réveil.

« ― Si ton ami vient avant que tout ne soit terminé, débarrasse-t-en et viens à mon bureau. »

Il ne comprenait pas pourquoi une sorte d'impulsion l'obligeait à obéir. Tant mieux, au final, il fallait en finir avec ce cauchemar qui était en train de le rendre complètement cinglé. Il s'arrêta net, cherchant des yeux un panneau. Il baissa le regard et fut dégoûté, réprimant un haut-le-cœur.

« Suivre les cafards... », se rappela-t-il à temps. Entomophobe, Sanji ne pouvait pas supporter la vision d'un insecte. Et là, on lui demandait de les suivre ? Non. Non, non, non. Pourtant, il n'avait pas le choix s'il voulait retrouver ce dégénéré qui se prétendait médecin.

Il se tint à une distance respectable des bestioles qui marchaient en file indienne, une chose si peu naturelle. On aurait dit des fourmis. Elles devaient être attirées par une chose dont Sanji ne voulait rien savoir. Le maître-coq se focalisa sur sa respiration pour tenir la panique loin de lui. Il devait garder les pieds sur terre même si son for intérieur lui ordonnait d'éradiquer ces blattes répugnantes. Il les suivait, jetant des coups d'œil vers eux de temps en temps.

Sanji frictionna ses bras nus, cachant à sa propre vue les marques de feutre que le Dr. Caega avait laissées sur l'un des deux. Il n'avait pas envie de songer à ce qui se serait passé si l'algue et Anna-chan n'était pas venus à temps.

Durant ce bref réveil, il avait cru être à l'agonie. Il avait senti le produit s'insinuer dans son cerveau, le grignoter petit à petit. Heureusement, il s'était vite rendormi. Puis réveillé par Anna-chan et le verdoyant, il avait été au comble du soulagement de se souvenir de lui. Jamais il n'aurait pu croire ça si on le lui avait dit mais, oui, il avait été heureux de le reconnaître. Dans l'état où se trouvait Zoro, Sanji ne pouvait pas rester les bras croisés à attendre que l'escrimeur termine le boulot. C'était à Sanji et à personne d'autre de le faire !

C'était de sa faute s'ils étaient encore là. À cause de ce prétendu docteur qui voulait à tout prix son guerrier parfait.

Son attention se porta sur les blattes et il s'arrêta devant une porte entrouverte. Il eut une grimace en l'entendant grincer sinistrement alors qu'il la poussait avec précaution. Il s'abstint de regarder le sol où s'étendait une large flaque de sang. Les insectes marchaient dessus, frôlant les quelques cadavres entassés quelques mètres plus loin, le sang gouttant encore. Plus répugnant, Sanji ne voyait pas.

Il se pinça le nez pour éviter de profiter plus longtemps de l'odeur putride et continua sa progression.

Il sortit de la pièce avec soulagement et prit une grande inspiration, ignorant l'air vicié. Ses pas retentissaient dans toute la pièce plongée dans le noir. La lumière se fit brusquement, éblouissant le jeune homme qui se protégea les yeux de ses mains.

― Oooooh tu es revenu ! Formidable, je savais que je pourrais avoir confiance en toi.

Une fois les yeux accoutumés à la luminosité, Sanji baissa le regard vers le médecin en fauteuil roulant. Il dut se mordre les joues pour réprimer un rire moqueur en voyant qui l'accompagnait. Mince ! Zoro avait raison ! C'était quoi ce balai à brosse à la place des cheveux ? Il ne ressemblait à rien ! L'intéressé braquait un regard noir sur le cuisinier, comme si la perspective de le voir ne le réjouissait guère.

― J'ai appris que Roronoa Zoro avait abîmé Rider, poursuivit Caega sans faire attention à l'animosité de Noix-de-Coco. J'espère que tu lui as donné une bonne leçon.

Sanji s'appliqua à prendre le ton le plus crédible possible, presque indifférent. Il haussa les épaules.

― Ne vous en faites pas, maître, il ne nuira plus à personne à présent. Je me suis occupé de ce pirate sans difficulté. Le numéro 845 l'avait déjà bien amoché.

― Il paraît oui, dommage qu'il ait fallu le sacrifier, c'était un bon sujet pour mes tests... Enfin, ce n'est rien. De la matière première, j'en ai à revendre avec tous ces pirates qui rôdent sur les mers.

Le maître-coq s'interdit toute réaction mais fut outré par l'indifférence de ce salopard. Alors comme ça, il dénigrait la vie humaine jusqu'au bout ? Cet homme avait obéi à son maître jusqu'au bout et il ne cherchait même pas à essayer de le sauver, de paraître peiné.

Sanji aurait dû sans douter, vu le traitement qu'il faisait subir à tous ses pensionnaires. Il devait arrêter de croire qu'une personne aussi abjecte ait des limites. Il était clair qu'il n'en avait aucune.

― Il fut sans doute heureux de vous avoir servi. Et maintenant ? demanda Sanji.

― Nous allons commencer les modifications. Je ne vais pas couper tes mains tout de suite, je vais d'abord m'occuper de ton torse et de tes bras. Suis-moi !

Caega avait retrouvé tout son enthousiasme, soulagé de voir que Sanji consentait à se laisser faire. Il croyait mordicus que son produit avait eu le temps de faire effet.

À vrai dire, cette idée avait séduit Sanji l'espace d'une seconde. Être plus fort pour protéger ses nakama... Pour éviter que Zoro ne fasse son petit bain de sang presque journalier, pour protéger ces personnes qui comptaient à ses yeux, avec qui il savourait cette liberté sauvage qu'apportait la vie de pirate. Mais à quel prix devrait-il accepter cette force ? Il ne voulait pas l'obtenir de cette manière. Il avait donc fait une croix dessus et sans regret. Il l'espérait. Il secoua la tête, refoulant cette espérance factice. Jamais il n'aurait pu.

Ses mains étaient sa vie, les outils de son rêve. Envisager d'être plus fort oui... mais il ne pourrait pas aller jusqu'à abandonner son rêve.

Le cuisinier prit une grande inspiration et emboîta le pas du docteur. Il devait trouver un moyen de se débarrasser de lui sans le tuer. Il ne voulait pas faire de peine à Anna-chan, il restait quand même son père.

Il voulut le suivre mais son garde du corps lui barra le passage, les muscles contractés, les poings serrés, son expression renfrognée inspirant la crainte. Le cœur de Sanji rata un battement. Il avait deviné ? Si oui, comment ? Conservant un visage impassible, il se tendit, prêt à décocher un coup de pied.

― 795 ? Que se passe-t-il ? couina le docteur infirme.

― Je suis navré, Maître, lâcha sans conviction l'intéressé. 900, pourquoi es-tu né ?

Qu'est-ce que c'était que cette question ? Y'avait un piège. Sanji répondit après un court instant de réflexion.

― Tss... Cela me semble évident. Je dois devenir le guerrier parfait afin d'éliminer les pirates. Tous sans exception.

Il croyait avoir bien répondu lorsqu'il croisa le regard de pur mépris de Caega. C'était ça ! C'était pourtant ça ! Un déclic frappa Sanji. Sa mémoire lui rappela d'autres paroles, celles que le docteur avait lâchées durant son court réveil.

« ― Grâce à toi, je vais enfin pouvoir prendre ma revanche sur ces maudits pirates et sur la Marine, ces incapables ! »

Oh non... Il en voulut à sa mémoire qui lui donnait les informations capitales quand elles n'étaient plus d'aucune utilité !

― 795, ne me l'abîme pas. Je dois aller régler un détail.

Zoro. Il allait envoyer ses hommes pour achever le sabreur. Puisqu'il était à présent évident que le maître-coq n'avait pas tué l'escrimeur. Sanji fut horrifié par ce qu'impliquait sa décision. S'il était venu ici, c'était pour en finir sans que son compagnon n'ait à intervenir.

Il leva la jambe pour parer le coup de pied de Noix de coco. Le cuisinier serra les dents en sentant vaguement la douleur qui courrait tout le long de sa jambe. Ce type, vu le chiffre, devait être dans les derniers réussis. Une grande force dans ses jambes mais, pourtant, il arrivait à les lever presque aussi haut que lui. Il fronça les sourcils en repérant le petit sourire fier de Caega. Il ne lui avait pas tout dit ! Cependant, ses coups faisaient pâle figure à côté des siens.

Il le voyait partir, sentant une nouvelle fois qu'on lui jetait son impuissance en pleine figure. Une fois de trop ! Il réussirait à triompher. Zoro s'en était sorti dans son combat, pourquoi pas lui ?

Le fauteuil de Caega s'éloignait, s'apprêtant à quitter la pièce par la porte grande ouverte et évitant soigneusement le trou béant dans le parquet. Sanji avisa la vitre qui clôturait le couloir et permettait de voir l'intérieur du bâtiment.

Il ne pouvait pas l'envoyer dans le vide, au risque de le tuer, mais s'il le plaquait contre le verre, il allait gagner du temps. Juste assez pour vaincre Noix de coco. C'était du moins ce qu'il espérait.

Le gentleman évita souplement un second coup de pied et en assena un pour faucher la jambe porteuse de son adversaire qui tomba lourdement au sol. Le jeune pirate bondit vers le fauteuil roulant et le poussa d'un coup de semelle. Noix de coco l'attrapa par la cheville pour l'empêcher d'aller plus loin mais le mal était déjà fait.

Caega poussa un cri de terreur alors qu'il voyait la vitre se rapprocher sans qu'il ne puisse arrêter sa machine, les roues s'étant soulevées dans l'opération. Sa tête cogna le verre et il s'affala au sol, sonné.

Dans un cri de rage, 795 tira à lui Sanji pour le faire tomber puis se remit sur pied sans lâcher le cuistot qui se retrouva la tête en bas. Il saisit la seconde cheville du pirate et le jeta contre le mur après avoir pris de l'élan. Noix de coco le lâcha une fois qu'il l'eut lancé contre un bureau, à l'autre bout de la pièce.

Les effets des antidouleurs étaient toujours présents, une bénédiction pour Sanji. Il réussit à se remettre du choc et courut vers son adversaire, prenant de l'élan pour le frapper. Son pied percuta l'estomac de 795. À son grand soulagement, il vit Noix de coco reculer, le souffle coupé. Il porta une main à son estomac et tenta de se remettre du choc. Sanji ne lui en laissa pas le temps.

Après un rapide aller-retour du regard entre le parquet et 795, il lui assena un autre coup, visant le flanc de son ennemi pour le pousser dans le vide. Noix de coco s'accrocha au bord, tentant d'éviter la chute. Sans pitié, Sanji frappa à nouveau et dirigea son coup dans sa tempe. Il entendit le hurlement empli de colère puis un craquement.

La douleur revint, sourde, lui signalant que son corps avait presque évacué les produits qu'on lui avait injectés. Juste à temps.

Il eut une grimace, se félicitant de s'être débarrassé de son adversaire avant que ses jambes ne le lâchent. Son attention se reporta sur le docteur Caega dont la respiration était sifflante et heurtée. Il ouvrit les yeux et ce fut de la haine que put y lire le cuisinier.

― Pirate stupide ! Écervelé ! cracha Caega. Je te donne la possibilité d'être le plus fort, le plus puissant des hommes et tu oses me tourner le dos !

― Je n'en ai rien à faire de votre offre, répliqua Sanji.

Les yeux de Caega s'écarquillèrent, perdu qu'il était, cherchant à comprendre celui qui aurait dû être son guerrier parfait.

― Vous l'avez écrit vous-même, votre vengeance ne ramènera jamais ce que vous avez perdu. La création de votre guerrier parfait pour vous vengez des pirates et des marines... Quand bien même je les aurais exterminés, qu'est-ce que vous aviez prévu par la suite ?

― Qu'est-ce que cela peut faire ce qui se passe après ? Le monde ne s'en portera que mieux !

― Vous comptiez donc réduire la population sous votre coupe au final, c'est cela ? Lancer votre petite armée d'anciens pirates pour exterminer l'opposition et poursuivre vos expériences ?

― Un pirate ne peut pas comprendre !

― C'est pour ça que vous effacez leur mémoire ? Pour qu'ils soient en accord avec vos idées ? Ils n'ont pas le choix, c'est marche avec moi ou crève et si ils ne vous sont plus utiles, c'est au casse-pipe ? Vous savez quoi ? Vous êtes pire qu'eux !

Sanji serra le poing, se rappelant à temps de son doigt blessé à sa seconde main. Il aurait dû s'en foutre comme de son premier bavoir mais cette mentalité le révulsait. Il avait failli tout perdre à cause d'un seul homme. À cause de ce cinglé et d'une putain de vengeance stérile qui ne le concernait même pas.

― Si tu t'étais laissé faire, tu m'aurais compris et tu aurais choisi de m'aider! Tu aurais pu faire partie d'un projet grandiose !

― Aucune de ces personnes n'avaient le choix, martela Sanji. Vous les forcez à vivre ici, à s'entre-tuer ou à se faire tuer par des dégénérés comme ce Rider.

― C'est pour leur bien que j'ai agi !

― Jamais ! Vous ne pensez qu'à votre gueule, qu'à votre projet. Vous avez sacrifié des centaines de vie. Ces pirates ne rêvaient que de liberté, vous les avez tués en les enfermant ici !

― TAIS-TOI !

Les mains de Caega se crispèrent sur le carrelage froid, son corps tremblant de fureur, son visage déformé par la colère.

― C'est un cadeau que je fais en effaçant leur mémoire. Tu ne peux pas comprendre ! Tu ne sais rien ! Les pirates, la Marine ne sont tous qu'un ramassis d'ordures inutiles ! Il faut purger ce monde de leur présence néfaste. Toi, toi, tu aurais dû comprendre, d'entre tous, tu devais être de mon côté. Tu n'es pas pirate ou soldat de la marine dans l'âme, tu aurais pu...

― Je n'en ai rien à foutre. Vous n'avez aucune idée de qui je suis.

Sanji eut un soupir de lassitude et, profitant du mutisme de Caega qui était éberlué, ajouta :

― Je suis pirate par choix. J'aime les femmes, l'aventure, les clopes, jurer, castagner. Je n'ai aucune haine particulière envers la Marine. Je veux juste vivre libre et si c'est en étant pirate que je peux l'être, je serai pirate. C'est mon désir de liberté, de suivre mes principes et de vivre avec ceux que j'apprécie, qui me motivent à rester celui que je suis. Y'a rien dans ma putain de vie que je ne souhaite oublier. Chaque personne vit avec son fardeau. Même s'il est pénible à porter parfois, il est notre identité, on ne peut pas vivre sans.

Il ne se trouvait pas très bon en moralisateur surtout qu'il devait parler dans le vide. On ne changeait pas la mentalité d'un homme aussi cinglé. Ces mots-là étaient perdus dans l'oreille d'un sourd mais Sanji, après toutes les horreurs qu'il avait vécues, ressentait le besoin de s'exprimer.

Caega referma les mains. Tout au long de sa tirade, Sanji s'était approché sensiblement en titubant. Le docteur avait passé sa main sous sa blouse, prenant une seringue, attendant le bon moment. Il ne comptait pas faire une croix sur son magnifique projet à cause de ce petit crétin, de cette pourriture de pirate qui le prenait de haut avec ses leçons. Il n'en avait que faire, il savait à quel point les êtres humains étaient abjects. Des animaux pensant, des bêtes assoiffées de sang et de violence. Ces rebuts qu'étaient les pirates et les marines qui se croyaient tout permis au nom de leur vision de la Justice étaient des exemples frappants.

Sanji, ignorant, s'approcha d'un pas encore, cherchant du regard son chemin pour retourner auprès de Zoro. Caega réprima un rictus mauvais. Tant pis si ce débile n'était pas d'accord avec lui, une fois sa mémoire nettoyée de toutes ces pensées impropres, son guerrier parfait pourrait naître.

Le maître-coq était embêté. Que faire de lui ? Le tuer n'était pas une option. Le laisser ici, le laisser poursuivre ses recherches ? Qu'il puisse faire d'autres victimes ne réjouissait pas Sanji. Même s'il était conscient que les pirates n'étaient pas des enfants de chœur, ils ne méritaient pas ça.

Il décida de demander conseil à Anna-chan. Elle, elle avait forcément une idée.

Le jeune pirate tourna les talons et s'en alla, exposant son dos. Si Caega parvenait à la lui planter dans le dos, il aurait une chance de reprendre en main la situation.

Il aurait réussi si sa main était restée attacher à son corps et si le plancher n'avait pas cédé. À sa décharge, il n'aurait jamais pu le prévoir puisque quelques coups de sabres avaient aidé le parquet à lâcher. Le cri de Caega et le boucan que produisit sa chute alertèrent le maître-coq qui se retourna vivement. Le plancher de l'étage en-dessous ne put supporter le poids et craqua à son tour. Caega se tut brusquement et un silence de mauvais augure s'installa.

Sanji leva les yeux de la cavité et fut étonné de le voir. Plus surpris encore par son geste.

― Enfoiré de sourcil en vrille !

Ça, au moins, c'était familier. Le blondinet décida de prendre le pli.

― Épéiste de merde !

Les salutations venaient d'être faites.*

Il se reprit, s'agenouillant auprès de l'ouverture. Il chercha des yeux une preuve que le docteur était encore en vie. En vain. Au fond, il était certain qu'il venait bel et bien de mourir. Une chute pareille, ça ne pardonnait pas.

― Qu'est-ce que t'as foutu ? Pourquoi t'as fait ça ?

― De rien, love-cook, ce fut un plaisir de sauver ton cul.

― Raaaah ta gueule ! Qu'est-ce que je vais dire à Anna-chan ? Pourquoi tu l'as tué ?

Il se releva, foudroyant du regard son compagnon qui restait muet et rangeait ses sabres avec un soupçon de fierté.

― Tu pourrais me répondre quand je te pose une question !

― Tu viens de me dire de la fermer, faut savoir ce que tu veux.

― Tu... Je... Espèce de...

Il vit Zoro se saisir d'un objet dans le sac qui se balançait à son épaule. Sanji le reconnut et piqua un fard.

― Putain mais c'est MA bouteille ! Pas touche ! Et puis d'abord, qu'est-ce que tu fiches avec MON sac ?

― On se calme ero-cook ! C'est ta Anna qui me l'a filé. Si t'avais cette bouteille dans le sac, c'était bien pour qu'elle soit bue, non ?

Le visage de Sanji s'empourpra, le jeune cuisinier était gêné par l'affirmation sous-jacente qu'impliquaient les paroles de Zoro. Genre... Genre, il se préoccupait de cet abruti de sabreur ! N'importe quoi ! Il nageait en plein délire ! Il avait emporté cette bouteille juste au cas où, oui, voilà ! Le marimo avait dû perdre trop de sang pour se mettre à dire de telles débilités. Sanji attrapa de justesse le paquet de cigarettes que lui lança l'escrimeur avec nonchalance.

Puis d'abord, il s'en fichait. Que le sabreur se soûle autant qu'il veut ! Ce n'est pas comme s'il ne lui avait pas sauvé la mise. En même temps, Zoro l'avait aussi sauvé. S'il n'était pas intervenu à temps... Le maître-coq sentit ses joues cuire à l'idée qu'il doive la vie à cet écervelé de gazon. Et merdeuuuuh !

Il s'assit, le dos contre la vitre puis s'alluma une cigarette, savourant les effets relaxants de la nicotine. Il avait l'impression que cela faisait une éternité qu'il n'y avait pas goûtée.

Il eut un sursaut en sentant le corps de Zoro près de lui, l'intéressé l'avait rejoint et s'était installé sur sa gauche. Et cette chaleur qui l'étouffait, c'était insupportable !

Sanji se concentra sur sa cigarette, étonné de n'avoir aucune pique à lui sortir. Les effets des antidouleurs s'étaient complètement estompés à présent et son corps était perclus de douleur.

― J'avais prévu de te casser la gueule, au départ.

… Qu'est-ce que le maître-coq pouvait répondre à ça ? Il ne voyait pas où l'escrimeur voulait en venir.

― Seulement, j'viens de me souvenir que t'avais certainement déjà assez encaissé.

Que... Quoi ? Qu'est-ce qu'il avait osé dire, ce con ? L'œil agrandit par un mélange de colère contenue et de surprise, Sanji regarda vers le sabreur qui buvait de grandes goulées d'alcool avant de s'essuyer négligemment le menton du dos de la main.

― Mais... Mais VA TE FAIRE FOUTRE ! s'écria – un peu tardivement – le cuisinier en sautant sur ses pieds.

Sa tête le lança, son corps protesta, lui rappelant tous les coups qu'il s'était pris. Le jeune homme vacilla et se rattrapa d'une main contre la vitre sous le regard moqueur de l'escrimeur qui se leva.

― Je te signale, triple buse d'algue avariée, que ce n'est pas moi qui ai perdu trois litres de sang. ENCORE !

― Ouais, mais à qui la faute ? Qui m'a assené tous ces coups ?

― Mais TA GUEULE ! C'était pour éviter que tu fasses une connerie. Ça n'a servi à rien vu que tu l'as quand même faite ! Tu es un boulet !

Zoro fronça les sourcils. Ce type avait été sur le point de s'en prendre à Sanji, devait-il le dire ? Devait-il lui faire comprendre que ce n'était que de cette manière que ce cauchemar pouvait prendre fin ?

Sanji semblait résigné. Les épaules basses, ses yeux se posèrent sur la bouteille de saké à moitié vide. Il tendit impérieusement la main vers elle.

― Va te faire voir, cook, ronchonna Zoro en devinant ses intentions.

― Crevard.

― Je-m'en-foutiste.

― Vaux pas mieux.

― Fier de l'être.

― Pff !

Un autre silence s'installa. Que faire maintenant ? Il était clair qu'ils pouvaient se barrer, mais Anna ? Où était-elle passée ?

Comme s'il désirait combler ce vide, Sanji jeta la première chose qui lui vint à l'esprit.

― Au fait, tête de brocoli, la prochaine fois, ne donne pas de surnom à tes ennemis ! Tu prends de Luffy, c'est chiant ! J'ai failli me faire griller à cause de toi !

― Putain, tu l'as croisé ? Tu t'en es occupé ?

― Non, on s'est fait une petite valse et on a bu un café... Évidemment que je m'en suis chargé !

Zoro l'eut mauvaise, celle-là. Il s'était juré de lui régler son compte en lui brisant cette noix de coco qui lui servait de tête. Combien de fois ce crétin au Q.I. d'huître était venu dans sa cellule, le prenant de haut avec cet air méprisant et supérieur ! L'escrimeur s'était promis de couper en deux sa trombine qui ne lui revenait pas. Il n'aimait pas trop l'idée que son meilleur rival se soit chargé de lui. L'étincelle d'espoir disparut dès que le cuistot, comme s'il eut réussi à lire dans ses pensées, ajouta :

― Il est au fin fond du trou, dans la salle juste là. T'as qu'à aller le chercher...

Il désigna d'un geste la pièce en question puis se désintéressa de la conversation, cherchant Anna du regard. Il entendit à peine le reniflement de mépris et de résignation du sabreur. Se tournant mutuellement le dos, Zoro eut une grimace de dépit lorsque le beuglement de Sanji lui parvint aux oreilles. Si seulement le produit avait pu effacer de sa mémoire cette manie agaçante...

― ANNA-CHAN !

― Je suis contente de vous savoir en vie, vous deux, déclara la jeune femme avec un grand sourire soulagé. Avez-vous vu mon père ? J'ai entendu du bruit et...

Elle s'interrompit, le regard dirigé vers le trou béant. La jeune femme leva les yeux vers Sanji qui paraissait embarrassé.

― Nous l'avons croisé et... malheureusement...

― J'ai compris.

Anna prit une grande inspiration, ses paupières clignotant pour chasser les quelques larmes qui montaient spontanément. Sa main forma un poing et Sanji crut qu'elle allait s'évanouir mais Anna tint bon et, après avoir évacué toute sa peine dans un long souffle hésitant, elle se tint contre la vitre pour conserver sa stabilité.

― Je... vous remercie pour en avoir fini avec tout ça. Je suppose qu'il fallait que ça arrive.

― Anna-chan... j'ai pensé que... peut-être tu devrais venir avec nous et ainsi...

― Refaire ma vie ? Je ne peux pas. Il faut que je reste ici. Trop de gens ont besoin de moi.

Elle eut un sourire et sortit de sa poche une carte qu'elle tendit vers Sanji. En la dépliant, il se rendit compte qu'il s'agissait de la carte de l'île. Bien différente de celle que Nami avait récupérée sur l'île précédente.

― Merci pour tout, ajouta Anna en faisant une légère révérence. Je vous dois beaucoup. Je puis vous assurez que vous ne risquez plus rien. Filez, vos compagnons doivent vous attendre.

Ses paroles eurent l'effet escompté sur Sanji. Et même plus.

― Ah mais c'est vrai ! NAMI-SWAN ! ROBIN-CHWAN ! Votre chevalier servant arrive, mes douces sirènes !

Il allait courir pour descendre les escaliers lorsque son corps lui rappela qu'il en avait trop fait. Il s'affala contre un mur, grimaçant de douleur. Zoro leva les yeux au plafond et, regardant un instant Anna, finit par rejoindre Sanji.

― T'es vraiment bon à rien, foutu cook !

L'intéressé allait lui sortir une cinglante réplique mais fut pris de court par l'escrimeur qui s'empara de son bras pour le passer autour de ses épaules.

― Non mais qu'est-ce tu fous ? Tu crois que j'ai besoin de toi pour marcher ?

― Tais-toi, j'ai besoin d'une boussole à ce qu'il paraît, alors la ramène pas et fais ton job !

Le cuisinier rouvrit la bouche, la referma, répéta cette opération deux autres fois puis abandonna. Il avait saisi le sous-entendu.

Le trajet jusqu'au navire fut long, trop tranquille à leur goût comparé à ce qu'ils venaient de vivre. La marche fut pénible et jamais ils ne surent combien de temps elle leur avait pris. La pluie avait cessé, ce qui était une bonne chose en soi. Zoro dut se plier à un caprice du cook une fois que ce dernier eut retrouvé le chemin qu'il avait dû emprunter à l'aller.

Malgré leur air bougon, ils furent heureux de retrouver des visages familiers. Ils avaient l'impression que toutes ces horreurs n'étaient en réalité qu'un immense cauchemar, bien que la douleur ancrait ces événements dans la réalité. Terrifiant.

Le sourire que Luffy leur adressa en les voyant contenait toute la joie et le soulagement que le monde entier pouvait éprouver. Derrière lui, Usopp et Chopper pleuraient de joie. Ils étaient aussi pas mal effrayés, ce qui était assez logique. Zoro et Sanji ne devaient pas avoir l'air très frais. Robin eut ce petit sourire, plus posée mais néanmoins rassurée de les revoir. Nami s'autorisa un sourire et un petit soupir qui prouvait qu'elle aussi, elle s'était fait un sang d'encre pour les deux jeunes hommes.

Luffy, assis sur le garde-fou, releva son chapeau de paille.

― Alors, les gars ?

Zoro comme Sanji comprirent le sous-entendu.

― Une bonne promenade, répondit Zoro.

― Ouais, t'en as loupé des trucs !

Leur capitaine eut un petit rire et se tourna vers ses compagnons.

― Vous voyez ? Je vous avais bien dit qu'il ne fallait pas s'en faire pour eux !

.

à suivre...


* Je pratique ce genre de salutations, c'est trop drôle et puis ça change des "bonjour/bonsoir" qui deviennent fadasses parfois.

Et là ! Oui là, chère lectrice, tu fronces des sourcils en te disant "merde à suivre ? Qu'est-ce que cette cinglée nous réserve encore ? C'est censé être fini ! Ils sont en vie et avec leurs compagnons ! C'est quoi ce bordel ?" Et Nath doit probablement se dire "mais elle m'a pas écouté quand j'ai posé ma question !"

Et oui ! Une question subsiste mes chers amies (amies ? Vous avez essayé de me tuer tout le long de la publication ! Et ne mentez pas, je sais reconnaitre des ondes nocives et meurtrières quand j'en sens). Alors... Oui la question !

Quel est le caprice de Sanji ? Pourquoi est-ce aussi important ? Pourquoi est-ce que l'auteure a fait croire à ses deux bêta que c'était la fin ?

Je vous ai menti. A toutes *cris outrés dans l'assistance* cette histoire... a un épilogue !

Bah oui, j'ai pas réglé mes comptes avec tous les personnages. Il en manque quelques uns. Et puis, j'aimais pas cette fin.

A bientôt, pour l'épilogue ! N'oubliez pas la jolie review, c'est vos menaces qui font que je vous aime !