Le lendemain, Sabad se rend dans la Grande Salle, accompagné de Vaden et de Sharn. Il n'ose pas l'avouer, mais au fond de lui il craint un peu cette journée, et plus particulièrement de revoir Ron et Hermione. Il s'attable et prend rapidement son petit déjeuner. Dans un sens, c'est tout de même pratique d'avoir une table uniquement pour lui et Vaden. L'ancien lycanthrope respecte d'ailleurs son silence, semblant savoir à quoi il pense précisément.
- Bonne chance, murmure-t-il alors que Sabad se lève pour récupérer son emploi du temps.
Sabad lui fait un petit sourire puis se dirige vers la table des professeurs où Dumbledore lui remet son horaire sans un mot. Jetant un coup d'œil, il voit que Rogue a raison : il est bien avec les Gryffondor et les Serpentard pour la plupart de ses cours, en dehors de la Botanique avec les Serdaigle.
Il rit un peu en songeant qu'il n'a jamais eu le résultat de ses BUSEs et qu'il n'a jamais choisi ce qu'il continue à étudier. Visiblement, toutes les matières, sauf l'Histoire de la Magie et la Divination. Comme si avoir deux cours supplémentaires suffirait à l'épuiser.
Il se dirige tranquillement vers le cachot de Potions. Il porte un jean et une chemise, n'ayant aucune intention de remettre l'uniforme de Poudlard, horriblement inconfortable et très peu pratique pour les combats. Rogue passe devant lui pour préparer son cours sans sembler le remarquer. Sabad se met à gratter distraitement la tête de Sharn.
Quelques minutes après, il est devant les cachots, soulagé que sa mémoire ne lui ait pas fait défaut. Il ne reste plus qu'à attendre. Des bruits de pas retentissent dans le couloir. Un groupe d'élèves arrive.
Ce sont les Serpentard, menés par Malefoy. Certaines choses ne changent pas. Le Serpentard ouvre aussitôt les hostilités.
- Alors, le petit pote Potter est enfin de retour ? Tu n'étais pas trop seul ? J'ai remarqué que tes poteaux étaient restés à Poudlard. Ils doivent sûrement se sentir mis à l'écart, non ?
- Il est certain que tu sais ce que signifie être mis à l'écart, répond Sabad d'une voix dangereusement calme. Depuis combien de temps supplies-tu ton père de t'emmener à une réunion de Mangemorts ?
Malefoy pâlit.
- Moi, au moins, j'ai choisi le camp des vainqueurs.
Sabad fait un sourire mystérieux.
- Mais moi aussi, petit serpent.
Il sent Sharn, encore une fois caché dans l'ombre, s'agiter et envoie une onde mentale lui intimant de se tenir tranquille. Seul un petit rire lui répond et il ferme les yeux un instant, craignant le pire.
- Oh, tu montres déjà ta faiblesse ? Tu t'es ramolli. Tous les Gryffondor s'abrutissent-ils avec l'âge ?
- Au cas où tu ne l'aies pas remarqué, je ne suis plus un Gryffondor. Par ailleurs, il se trouve que j'essaie de calmer mon loup, qui n'aime pas qu'on m'insulte.
Malefoy se met à pâlir à une vitesse incroyable et recule précipitamment quand un grondement sourd sort de l'ombre.
- Potter ! Vous menacez un élève ? Vingt points de moins pour Gryffondor !
- Comme je l'ai déjà si bien dit à Malefoy, je ne suis plus à Gryffondor. Sharn, arrête tes bêtises, j'ai cours. Sinon la prochaine fois je te laisse dans l'appartement.
- Ouais, c'est ça, enfermes-la ta bête ! Elle est atteinte de folie, c'est ça ? Et bientôt tu la rejoindras à l'asile !
- SHARN, NON !
Mais c'est déjà trop tard. En un bond, Sharn est sorti de l'ombre et a plaqué Malefoy au sol, montrant dangereusement ses crocs. Sabad s'approche et lui pose une main sur la tête, tout en se penchant pour le regarder droit dans les yeux.
- Arrête tes conneries ! J'ai pas besoin de me faire expulser pour meurtre sur un élève.
- C'est lui dont tu parlais ? Il correspond bien à la description que tu m'avais faite.
- Sharn !
A regrets, le loup se recule de Malefoy qui se relève difficilement, pâle comme la mort.
- Tu me paieras ça, Potter.
- N'use pas de menaces, Malefoy. Tu risquerais de ne pas pouvoir tenir ton engagement.
- Il suffit !
La voix de Rogue est trop calme pour ne pas être dangereuse. Il désigne la porte.
- Rentrez. Et pas un bruit.
Du coin de l'œil, Sabad voit Ron et Hermione. Ainsi, ils ont assisté à la scène, sans intervenir. A l'intérieur, Hermione essaie de s'asseoir à côté de lui mais il la renvoie d'un coup d'œil. Malefoy reprend la parole, visiblement décidé à se venger.
- Monsieur, Potter n'a pas ses affaires.
- J'ai des yeux, Mr Malefoy, j'avais remarqué. Potter, pour cette fois-ci, exceptionnellement, vous vous servirez du matériel commun. Je veux que vous ayez votre matériel la prochaine fois.
Le cours de potions se déroule plutôt calmement. Rogue lance les piques habituelles à Harry, faisant de temps en temps grogner Sharn. Le loup se sert d'ailleurs de sa mémoire extraordinaire pour indiquer à Sabad quelles sont les potions : certaines sont vieilles comme le monde et il s'en souvient donc. De plus, le livre que Sabad a pris dans l'armoire contient des informations manuscrites qui lui sont très utiles.
Bien évidemment, il récupère un zéro malgré tout, mais cela ne le gêne pas. De toute manière ce n'est pas comme s'il avait besoin du moindre diplôme. Au moins il a réussi sa potion, du moins d'après le regard approbateur que Rogue lui a discrètement lancé.
Il enchaîne sur la métamorphose, qui se passe tout aussi bien. A la fin des deux heures, il sent une main qui le retient alors qu'il va manger. Lentement, il se retourne. C'est Hermione, comme il l'avait pressenti. Ron est derrière elle, mal à l'aise.
- Harry… où étais-tu ? On avait peur pour toi, tu sais. On a besoin de toi.
- Et vous, où étiez-vous quand j'avais besoin de vous ?
Hermione ne répond pas, se tortillant sur place.
- Pourquoi es-tu parti de Gryffondor ? On ne pourra plus se voir.
- Le Choixpeau l'a dit : je n'avais plus ma place à Gryffondor. D'ailleurs, combien de temps as-tu passé à la Bibliothèque pour savoir qui étaient les héritiers ?
- Enfin, Harry, intervient Ron, on voulait savoir, c'est tout. Tu as disparu pendant presque un an ! Et maintenant, tu n'es plus du tout le même. Pourquoi tu parles comme ça au directeur ? Il ne t'a rien fait.
Sabad pousse un énorme soupir. Finalement, ce n'était peut-être pas une bonne idée de revenir à Poudlard.
- Rien fait ? Il m'a fait bien plus de choses que vous ne le soupçonnez. Quand à savoir pourquoi j'ai changé, sachez que je considère que c'est de votre faute. Vous auriez pu l'empêcher si vous l'aviez vraiment voulu. Passez une bonne journée.
Il s'éloigne aussitôt, sans leur laisser le temps de répondre. Cette conversation l'a énervé, sans qu'il ne sache pourquoi. Il se dirige rapidement vers la Grande Salle et va rejoindre Vaden, déjà attablé.
- Bonne matinée ? s'enquit-il.
- Oui, pas mal.
Avec un mouvement de baguette, Sabad installe le sort de silence.
- Quelque chose t'a énervé, fait remarquer Vaden en se servant du ragoût.
- Y a-t-il possibilité d'avoir de la viande crue ? demande Sabad à voix haute.
Aussitôt un plat se matérialise, recouvert de morceaux de viande crue.
- Hé, je te rappelle qu'à la base je suis un humain !
- Oui, mais pour l'instant tu es un loup. Ce serait louche, un carnivore qui mange du soufflé aux légumes.
- Alors, qu'est-ce qui ne va pas ?
- Je ne suis pas sûr que c'était une bonne idée.
- De revenir ?
- Ouais.
Vaden se tait.
- On peut encore repartir.
- Pas avant d'avoir trouvé si les Héritiers étaient effectivement des changeurs.
- Ca m'aura tout de même permis de découvrir comment vous faites de la magie. C'est très intéressant, mais pas très puissant.
Ils sourient tous les trois à cette remarque. C'est vrai qu'ils ont une notion un peu déformée de la puissance.
- Ca va, les cours ne devaient pas être trop durs.
- Oh, je crois que McGonagall était sur le point de s'évanouir. J'ai réussi du premier coup l'exercice qu'elle avait demandé, alors que j'étais censé ne pas avoir fait de magie depuis dix mois. Il faudra que je fasse plus attention la prochaine fois.
- Des ennuis avec les élèves, alors ?
- Malefoy s'est fait écraser par un loup en colère. Ron et Hermione veulent que je retourne avec eux.
- Tu veux repartir à Gryffondor ?
- Non. C'est avec vous que je reste.
- Le directeur m'a parlé ce matin, fait Vaden pour changer de sujet.
- Qu'est-ce que ça a donné ?
- Oh, il m'a demandé ce que nous avions fait et j'ai répondu que ça ne les regardait pas. Après il a tenté de se servir de la Legilimancie et j'ai repoussé son assaut. J'ai pensé à quelque chose avec Rogue…
- De quoi ? intervient Sharn.
- Il fait partie de l'Ordre du Phénix et des Mangemorts. L'espion idéal, si on arrive à le convaincre de nous donner les renseignements qu'il nous faut.
- L'Ordre du Phénix ? demande Sharn.
- Ah, oui, tu n'es pas au courant. L'Ordre du Phénix a été fondé lors de la première guerre par Dumbledore. Les parents de Sabad en faisaient partie, ainsi que tous les autres Maraudeurs mais aussi beaucoup d'autres personnes. Avant le retour officiel de Voldemort, ils s'occupaient d'espionner des Mangemorts connus, de protéger certains objets comme la Prophétie, etc. J'ai une autre nouvelle qui devrait te plaire, Sabad. Il va y avoir un tournoi de duel dans l'école d'ici la fin de l'année.
Sabad joue un peu avec la nourriture dans son assiette, songeur.
- Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée que j'y participe. Je ne compte pas révéler ma maîtrise de la magie.
- Tu pourrais le faire de manière à ce que seuls les Errants te reconnaissent. Si j'ai bien compris le principe, ils n'ont jamais dit à personne quoi que ce soit.
- Je te vois bien gagner le tournoi en te contentant d'éviter tous les coups, ajoute Vaden en riant. La plupart des élèves sont bien trop lents pour t'atteindre.
- Bon, en attendant, quand arrivent les autres errants ? Je me demande à quoi ils ressemblent.
- A tout et à n'importe quoi.
- Il va falloir que tu retournes en cours, Sabad. Et rentres tôt, ce soir, il faut que tu visites nos appartements.
Grognant quelque chose d'incompréhensible, Sabad se fait attraper le poignet par la mâchoire de Sharn qui le traîne vers l'extérieur de la Grande Salle sous le regard amusé de Vaden.
Il redresse soudain la tête. Il a senti quelque chose approcher, un peu comme quand Rogue les regarde. Un autre Errant ? Il se lève et marche vers la sortie de la Salle, où il intercepte une personne qui s'apprête à entrer.
- Pas ici. Suivez-moi.
Sans un mot, l'ombre acquiesce. En un coup d'œil, Vaden remarque qu'il y en a deux autres et entraîne tout le monde vers leurs appartements, le seul endroit à leur avis qui soit totalement sûr. Il pousse la porte après avoir tracé la rune et ne relâche son compagnon qu'une fois que tous les trois sont à l'intérieur.
- Désolé, je préférai que personne ne vous voie.
Il prend la peine d'observer ses interlocuteurs, tout en remarquant qu'eux aussi le détaillent. L'un des trois est un gigantesque Noir, qui doit presque atteindre les deux mètres de haut. En plus d'être une montagne de muscles, il dégage une aura assez forte pour que Vaden comprenne qu'il est aussi très puissant magiquement.
Le second, celui à qui il avait attrapé le poignet, est un homme assez bronzé aux cheveux gris de fer, avec des lunettes teintées sur le nez qui dissimulent légèrement son œil droit, recouvert par une cicatrice sans doute due à un coup d'épée. Il porte un long paquet enveloppé dans du papier, que Vaden devine contenir son arme.
Le troisième est sans nul doute le plus étrange. Il a la peau très sombre et porte une tunique noire, ce qui lui apporte une grande facilité à se cacher dans l'ombre. En fait, tout est noir chez lui, même son aura. Les seules touches de blanc sont ses cheveux, couleur de neige, et ses yeux d'argent. Avec stupeur, Vaden reconnaît un elfe noir, une race normalement foncièrement maléfique. Mais bon, il est bien un ancien loup-garou.
- Bienvenue à Poudlard, fait-il en leur désignant des fauteuils, après que lui-même se soit installé.
- C'est vous qui avez appelé ? demande l'elfe avec un accent épouvantable.
Vaden fait un petit sourire avant de lancer un sort qui faciliterait la compréhension.
- Oui, c'est moi. Avec mes deux autres compagnons.
- Vous êtes vraiment trois ? demande l'homme bronzé avec un accent incrédule.
Vaden fait un vague geste de la main.
- Les deux autres sont en cours. Nous ne voulons pas griller notre couverture tout de suite. Ils reviendront en fin d'après-midi. Puis-je savoir vos noms ?
- Deren Tarn, répond l'elfe. J'ai d'autres noms, mais je les ai abandonnés.
Vaden incline la tête en signe de compréhension.
- Carl, ajoute le noir.
- Orion, termine le troisième homme. Quand vous dites que les deux autres sont en cours, vous voulez dire…
- L'un d'entre nous n'a que seize ans. Mais il en a assez vu pour toute une vie. Le second l'accompagne parce que c'est la première fois qu'il vient dans une école. Je suis Vaden.
- Que voulez-vous que nous fassions ? demande Deren, les yeux brûlants.
Vaden regarde le plafond pensivement.
- D'autres Errants vont sans doute arriver. Nous cherchons à rester discrets pour le moment. Il n'y aura pas de problèmes de place pour loger tout le monde ici, du moins au début, mais nous préfèrerions que le moins de gens possibles soient au courant.
Carl hoche la tête.
- J'ai été portier pendant longtemps. Cela ne me gêne pas de l'être pour vous.
- Merci.
Carl fait un grand sourire, puis se lève.
- Je vais à l'entrée de l'école. Peu nombreux sont ceux qui peuvent arriver directement à l'intérieur, je les conduirai ici.
- Attends une seconde.
Vaden croise son regard, puis lui transmet ses souvenirs du château.
- Pour éviter que tu ne te perdes.
- Merci.
Sur ces mots, Carl se dirige vers la sortie et disparaît.
- Que comptez-vous faire ? demande Orion, du premier abord le plus réfléchi des trois nouveaux Errants.
Vaden réfléchit un peu.
- Commencer par Voldemort, puis faire bouger les sorciers en abattant Dumbledore si possible.
- Qui sont Voldemort et Dumbledore ? demande Deren d'un air perplexe.
- Voldemort est un mage noir, abattu par Harry Potter il y a quinze ans mais de retour aujourd'hui. Dumbledore est le directeur de cette école et un ennemi direct de Voldemort, répond Orion à sa place. C'est bien cela ?
- Exact, répond Vaden en souriant. Mais ne les mentionnez pas trop devant le plus jeune, il a tendance à se mettre très vite en colère lorsque quelqu'un parle d'eux.
La conversation se poursuit le reste de l'après-midi, interrompue uniquement lorsque l'elfe noir, Deren, se lève.
- J'ai besoin de prendre l'air. Je vais rejoindre l'autre. Carl, je crois ?
D'un simple regard, Vaden lui transmet sa mémoire et l'elfe le remercie avant de partir à son tour.
Le soir, Vaden commence à s'impatienter. Carl, Deren et Orion sont de retour, mais pas Sabad et Sharn. C'est alors qu'ils entendent des éclats de voix dans le couloir et aperçoivent Sabad qui ouvre la porte d'un coup de pied, visiblement fou de rage, suivi par un Sharn à l'air inquiet.
Le loup se jette contre la porte pour la refermer, puis reprend forme humaine.
- Ca suffit, Sabad !
Ledit Sabad se retourne vers lui, les yeux brûlants.
- Qu'est-ce qui suffit ? Les injures ? Les attaques mentales ? Les trahisons ? Je ne sais pas ce qui me retient de tous les…
- STOP !
Ghaele pousse un simple cri, et le temps semble se figer.
- Oui, tu peux les blesser. Tu peux même les tuer. Mais est-ce que c'est une bonne idée de le faire maintenant ?
Sabad lui jette un regard noir, puis regarde autour de lui. Son regard ne s'attarde pas sur les étrangers, mais plutôt sur les portes derrière.
- Je vais méditer.
Puis il traverse la pièce comme un ouragan, prenant une des trois portes qui partent de la salle. Vaden lève un sourcil interrogateur vers Ghaele.
- Il en faut beaucoup pour le mettre tellement en colère…
Ghaele soupire et se laisse tomber sur le canapé à côté de Vaden. Il regarde les étrangers.
- Des Errants, je suppose ?
- Oui. Carl, Orion et Deren, répond Vaden en les désignant tour à tour.
- Je crois que le directeur vient de faire une très grave erreur en ne surveillant pas ses arrières…
- C'est-à-dire ?
Ghaele soupire encore une fois, puis commence à raconter.
Sabad et Sharn marchaient dans le couloir. Ils étaient rentrés plus tard que prévus car Sabad voulait faire des recherches sur les Errants, pour voir si le secret était aussi bien gardé qu'il le paraissait. Après quatre heures de recherche sans résultats, il avait dû se rendre à l'évidence : aucun Errant n'avait jamais informé qui que ce soit de sa condition.
Ils se levèrent tous deux pour retourner à leur appartement. Au croisement de deux couloirs, Sharn lui avait soudain immobilisé le poignet pour lui dire d'attendre et d'écouter. Sabad s'était exécuté. Trois voix parlaient, venant d'une petite pièce voisine. Avec stupeur, Sabad reconnut celles de McGonagall, de Dumbledore et… d'Hermione. C'était le directeur qui parlait pour le moment.
- Débrouillez-vous comme vous voulez, Miss Granger, mais il faut absolument que je sache ce qu'il s'est passé pendant son absence. Est-il votre ami, oui ou non ?
Hermione semblait mal à l'aise.
- Pour l'instant, je crois qu'il nous en veut, Professeur.
La voix de McGonagall intervint alors.
- Voyons, Albus, s'il était vraiment battu, ce n'est pas étonnant qu'il en veuille à Miss Granger et Mr Weasley.
- Hé bien, faites-lui oublier cet incident. A défaut de savoir où il était, apprenez au moins d'où vient ce loup. Il me paraît trop intelligent pour un familier, c'est comme s'il comprenait ce qu'on lui dit.
A ce stade, Sabad tremblait contre le mur. Encore une fois, il était trahi par Hermione et Ron. Ils prétendaient être ses amis, et pourtant ils avaient ordre de l'espionner. Mais le coup final n'était pas encore arrivé.
- Miss Granger, cela fait presque un an que vous faites partie de l'Ordre du Phénix. Vous en avez beaucoup appris pendant ce temps. S'il ne veut pas parler, forcez-le.
Presque un an ? Presque un an, alors qu'ils râlaient quotidiennement de ne pas avoir été admis dans l'Ordre ! Tremblant de plus en plus, ce ne furent que les mâchoires de Sharn sur son poignet qui l'empêchèrent de leur lancer une incantation, là, contenant toute sa colère. La voix de Dumbledore reprit.
- De plus, ce que vous m'apprenez sur ses capacités en cours m'inquiète. Où aurait-il pu développer sa puissance magique ? S'il avait fait de la magie, nous l'aurions su, j'ai pris mes précautions pour cela. Il doit vaincre Voldemort, et je n'ai trouvé qu'un moyen pour y parvenir. Ce garçon n'aura jamais une puissance magique capable de rivaliser avec celle de Tom.
Sabad sentit un sourire de colère étirer ses lèvres. Il avait probablement déjà plus de puissance que Voldemort.
- Albus, cela fait des semaines que vous nous parlez de votre stratégie, fit la voix de Minerva.
Le vieil homme poussa un soupir, comme fatigué.
- J'aurai tout fait pour éviter cela. Si j'ai demandé à Severus de lui apprendre l'occlumancie, c'est parce que je savais que cela ne ferait qu'affaiblir ses barrières. Si son esprit et celui de Voldemort sont assez proches, lorsque l'un mourra, l'autre périra aussi.
A ces mots, Sabad sentit sa tête tourner. Le vieil homme l'avait désigné froidement, comme cela, sans aucune autre raison qu'une fichue prophétie, pour mourir. Le sentant qui perdait le contrôle, Sharn l'entraîna en direction de leur appartement, mais ils ne purent qu'entendre la dernière phrase de Dumbledore.
- J'aurai tellement aimé ne pas avoir fait cela. Je suis bien plus proche de Harry que vous ne pouvez le penser.
Un silence assourdissant, empli de colère, plane sur la salle dès que Ghaele arrête de parler. Puis un des Errants, Orion, prend son arme d'un air menaçant.
- Chez moi, proférer une telle chose est punie de mort.
Deren approuve d'un signe de tête, se passant de paroles tellement il est en colère, et Carl complète.
- Sacrifier aussi froidement un enfant… personne de sain d'esprit ne le ferait.
Ghaele regarde Vaden, qui fronce les sourcils. Il sait que lorsque son camarade fait une telle mimique, c'est qu'il est plongé en pleine réflexion, cherchant ce qui ne va pas dans les récits.
- Vaden ?
Le regard ambre croise les yeux brun foncé.
- Qu'entend-il par « plus proche que vous ne pouvez le penser » ? Et cela m'inquiète pour Ron et Hermione. Je n'ai jamais été mis au courant de leur entrée dans l'Ordre.
Un frappement à la porte les interrompt. Après quelques instants de silence, les coups reprennent, plus pressants. Vaden désigne une porte de la main aux Errants, qui se dirigent rapidement et silencieusement vers la pièce voisine. En moins d'une seconde, Ghaele reprend sa forme de loup, puis Vaden ouvre la porte d'un autre geste de la main.
C'est Severus Rogue qui se tient dans l'encadrement. Il jette un coup d'œil derrière lui, comme pour vérifier qu'il n'a pas été suivi, puis rentre dans la pièce en toute hâte, parlant en même temps.
- Je reviens d'une réunion de Mangemorts. Je ne peux pas rester, il faut que j'aille voir Dumbledore.
Il sort une série de fioles vides de sa poche et les dépose sur une table voisine, avant de sortir sa baguette et de la pointer sur sa tempe. Des filaments argentés en sortent et il les dépose dans les fioles à toute vitesse.
- Ce sont mes souvenirs. Je pense remplacer les potions de Sabad par mes souvenirs lorsqu'ils sont importants, cela me permettra de les lui donner sans attirer l'attention. Si c'est vraiment trop urgent, je le mettrai en retenue.
Il repart sans attendre de réponse, remarquant à peine le merci que lui lance Vaden au passage. Au moment même où il referme la porte, Ghaele reprend forme humaine et attrape un flacon, le retournant dans tous les sens.
- Un souvenir, ça ?
Vaden rit un peu, tout en lui montrant comment faire pour le visionner. Quelques instants plus tard, ils ressortent du souvenir.
- Tu crois que ça va l'énerver encore plus ? demande Vaden d'un ton inquiet.
- En temps normal, il en rirait, mais là, je ne sais pas, répond Ghaele, tout aussi inquiet.
- Il n'empêche. Je vais le chercher.
Vaden se lève, puis entre doucement dans la pièce où Sabad s'est isolé. Par chance, il a pris la porte qui menait à une pièce. En effet, les deux autres s'ouvrent sur des couloirs. Il a visité l'appartement des Héritiers le matin même : il est tout bonnement gigantesque. Il s'accroupit près de Sabad et lui tape doucement sur l'épaule.
- Sabad, on a eu des nouvelles. Tu veux venir où tu préfères attendre ?
- C'est pour quoi ?
A sa voix, beaucoup plus détendue, Vaden comprend que sa magie l'a aidé à se calmer. Il soupire intérieurement de soulagement.
- Rogue nous a transmis ses souvenirs de la dernière réunion de Mangemorts, ce qui inclut la prochaine tentative de Voldemort pour t'atteindre.
- Je viens.
- On t'attend à côté.
Vaden retourne dans la pièce principale, puis appelle les autres Errants.
- Il s'est à peu près calmé. Quoique je pense que cela va prendre du temps pour s'apaiser complètement.
- J'étais si en colère que ça ? demande Sabad d'une voix amusée.
Vaden pousse un soupir fataliste.
- Tu n'as pas idée à quel point.
- Bon, ils risquent d'avoir mal quand je les ferai tomber de leur piédestal.
Il se tourne ensuite vers les trois Errants.
- Excusez-moi, j'étais assez en colère tout à l'heure. Bienvenue à Poudlard.
- Ce n'est rien, réplique Deren. Si vous cherchez un assassin professionnel, vous savez où le trouver.
Un petit sourire s'esquisse sur les lèvres de Sabad.
- Merci, mais la mort ne leur suffirait pas. Je me demande comment réagira Dumbledore en se faisant chasser de Poudlard. Bien, ces souvenirs ?
D'un geste, Vaden lui désigne les fioles. Sabad se plonge dans le souvenir, puis en ressort, les larmes aux yeux à force d'avoir rit.
- Sérieusement, il pense me tuer comme ça ?
