Plus que quatre chapitres et un épilogue avant la fin ! ;P
CHAPITRE 11 : SES RAISONS
Une Base Nazie – Juillet 1943
Gabriel descendit le tunnel faiblement éclairé en courant aussi vite qu'il le pouvait, Edward, Alphonse et Winry dans son sillage. Il devait les emmener elle et les frères aussi loin que possible du Docteur Baldwin. Le tunnel se prolongea encore environ vingt mètres avant d'effectuer un tournant à gauche. Alors qu'ils dépassaient le coin, il ralentit enfin afin qu'ils puissent faire une pause.
« Ce tunnel nous ramènera à la surface, on pourra ensuite aviser une fois sortis de la base », dit Gabriel en reprenant son souffle. Il se retourna ensuite pour vérifier que tout le monde allait bien, ce qu'il n'avait pas pu faire plus tôt dans sa hâte, mais il eut seulement le temps d'entrevoir le poing métallique d'Ed avant qu'il ne le frappe violemment en pleine figure.
« Ed ! » Winry poussa un cri et vit Gabriel heurter le mur sous la force du coup. Sonné, le Colonel commença à tomber mais avant qu'il en ait eu l'occasion, Ed lui donna un violent coup de genou dans le ventre avec sa jambe auto-mail et lui porta un second coup au visage avec son bras de chair. Gabriel vola quelques mètres avant de s'effondrer au sol en un tas désordonné.
« Grand-frère ! » Cette fois-ci, c'était Al. Ed bouillait de rage tandis qu'il marchait en direction du soldat étendu à terre. Winry vint par derrière entourer ses bras autour de sa poitrine pour le retenir.
« Arrête Ed ! hurla-t-elle. Je t'en prie, le supplia-t-elle tout en luttant pour empêcher l'alchimiste enragé d'aller plus loin.
- Vous croyez vraiment que cela répare ce que vous avez fait ? hurla Ed avec colère.
- Non. Pas du tout, répondit Gabriel avec douceur alors qu'il essayait douloureusement de se relever. C'est bon, Winry. » Il toussa et respira avec difficulté tandis qu'il gardait la tête baissée. « Il a le droit de réagir ainsi. » Elle sentit Ed se détendre un peu à ces mots, et il arrêta de se débattre contre elle.
« Gabriel », dit-elle en remarquant la tâche rouge grandissante sur le bas de sa chemise verte de l'armée. Il releva la tête, puis vit ce qu'ils regardaient tous.
« Ah oui, c'est un souvenir de la balle que j'ai reçue à Central, lorsque j'ai essayé de les arrêter. » Il réussit à se remettre debout, bien qu'un peu chancelant. « Pas encore eu l'occasion de guérir complètement. » Al se rapprocha de Colonel et l'aida à se stabiliser. Winry libéra Ed qui ne bougea pas, semblant s'être un peu calmé, et le plus jeune Elric regarda l'officier droit dans les yeux.
« Je pense qu'il est temps que vous nous apportiez quelques explications, Colonel. »
Central – Juin 1927
Le Général de Brigade Roy Mustang raccrocha le téléphone d'un air contrarié ; son visage reflétait son humeur. Il était frustré et en avait ras le bol de la bureaucratie de l'armée.
« Etait-ce encore le Général Hakuro ? demanda le Major Riza Hawkeye depuis son bureau.
- Ils sont déjà en train de se plaindre sur combien ça nous coûte de garder toutes les forces de Central en alerte, dit Roy avec mauvaise humeur.
- Une semaine et demie a passé depuis l'incident de l'hôtel, rappela-t-elle à son officier supérieur. Vous savez bien de quelle manière ils s'assurent de garder l'armée en échec maintenant.
- On peut remercier le Fuhrer pour ça. » Il faisait référence au dictateur d'Amestris depuis longtemps destitué. « Mais c'est dans des temps comme ceux-ci qu'il ne paraît plus aussi mauvais. Le budget militaire a été sévèrement réduit depuis que le Parlement a repris le contrôle. Et ils refusent de rapatrier plus de troupes des frontières pour renforcer la garnison ici.
- Je suppose que nous devrons nous contenter de ce qu'on a, conclut Riza, et Roy se leva de son bureau et s'approcha nonchalamment de son bureau.
- Vous savez, Major. » Sa voix avait mué pour une plus désinvolte. « Nous n'avons jamais rattrapé ce rendez-vous manqué. » Il s'assit sur son bureau.
« Nous n'avons pas eu le temps depuis que vous nous avez mis en alerte générale, répondit-elle sans détour, même s'il savait qu'elle le blâmait indirectement.
- Vous avez raison, nous avons été tous deux bloqués dans cette pièce depuis des jours à travailler sans relâche. » Il lui sourit. « Je pense que nous méritons tous les deux un peu de temps pour nous, surtout à présent que nous sommes seuls.
- Général ! » Elle était plus qu'un petit peu surprise et leurs yeux se croisèrent alors qu'il se penchait plus près d'elle. Oh allez, c'est maintenant ou jamais, se persuada Roy.
« Vous me devez toujours un baiser, dit-il de sa voix la plus séductrice, et elle rougit ostensiblement.
- Je suppose... oui », bégaya-t-elle doucement. Roy tendit ses lèvres vers les siennes, et tous les deux fermèrent les yeux alors qu'ils se penchaient plus près, et encore un peu plus près, et... tous les deux se détournèrent soudainement dans une vague de nausée intense qui fit se reculer Roy. Il se sentit hautement désorienté pendant quelques secondes, avant que la sensation ne s'évanouisse. Il eut du mal mais il réussit à fixer son œil sur elle, et il remarqua qu'elle aussi paraissait très mal à l'aise.
« Vous avez senti ça vous aussi ? » Il espérait que son mouvement vers elle n'était pas la source de son inconfort. Elle hocha la tête. « Qu'est-ce que c'était ? » Aucun des deux ne le savait, puis un flash rouge éclatant provenant de la fenêtre du bureau attira leur attention.
« Qu'est-ce que ? » marmonna-t-il, et il revint à son bureau pour regarder par la fenêtre. Mais alors qu'il atteignait le bureau, son téléphone se mit à sonner. Ils échangèrent un regard avant qu'il ne réponde.
« Général ! s'exclama avec agitation le Lieutenant Kain Fuery à l'autre bout du fil. Vous feriez bien de monter ici ! » Fuery travaillait en tant que guetteur sur le toit du Quartier Général de Central.
« Qu'y a-t-il ? s'enquit Roy.
- Je ne peux pas l'expliquer, montez et venez voir ! Vite ! » Roy raccrocha et regarda brièvement Riza avant qu'ils ne se ruent tous deux hors de la pièce.
Gabriel avait récupéré des coups d'Ed, et prit à nouveau sur lui de mener le groupe à travers le labyrinthe des couloirs. Au lieu de courir, ils marchaient à présent d'un pas vif, mais ils s'arrêtèrent tous lorsqu'ils se sentirent brièvement nauséeux.
« Ca va Winry ? » demanda Ed alors qu'il se débarrassait de la sensation, puis il remarqua que les autres l'avaient également ressentie. Elle hocha la tête.
« Qu'est-ce que c'était ? demanda Al.
- Je ne sais pas, répondit Gabriel. Mais nous devrions continuer à avancer », suggéra-t-il lorsqu'il se fut assuré que tout le monde allait bien. Ils savaient tous que quelque chose clochait, sans aucun doute, mais ils ne pouvaient pas faire grand-chose pour le moment.
« Vous pouvez toujours nous régaler avec votre histoire Colonel », lui rappela Ed, et il eut un petit sourire à cette remarque et se retourna pour reprendre leur chemin.
« Je l'ai rencontré il y a huit ans, commença-t-il. Elle s'appelait Winnie Perkins. » Ed, Al et Winry écarquillèrent les yeux à ce nom. Gabriel leur jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, et sourit légèrement en voyant leur réaction. « Ainsi que le Docteur Baldwin me l'a expliqué, elle était l'homologue de Winry dans notre monde. Elle était exactement comme vous. » Il tourna à nouveau son attention devant lui et poursuivit. « Elle était incroyable, sublime et extrêmement intelligente. Elle était experte en alchimie. » Tous notèrent l'ironie. « En terme de recherche en tout cas, elle ne pouvait exécuter aucune sorte de transmutation bien sûr, ajouta Gabriel. Pour faire court, nous sommes tombés amoureux et nous sommes fiancés.
- Est-ce pour cela que ? » dit doucement Winry pour elle-même, tout commençait à peu à peu devenir clair. Gabriel continua, comme s'il n'avait pas entendu son intervention.
« Il y a cinq ans, elle est partie étudier chez le Docteur Baldwin. Tout lui réussissait, et nous allions bientôt nous marier. Mais alors la guerre a commencé. » Sa voix s'assombrit nettement. « Peu après, elle fut enlevée par les Nazis et fut portée disparue. » Il s'arrêta quelques secondes. « J'avais alors intégré l'armée britannique lorsque je l'ai appris. Je ne savais pas ce qui lui était arrivé mais j'ai juré que je la trouverai, donc j'ai gravi un à un les échelons à travers les grades des Forces Spéciales de l'Armée de l'Air. Elle avait disparu depuis plus d'un an lorsque l'on eut enfin de ses nouvelles. Notre Service d'Information avait reçu des témoignages selon lesquels elle était retenue dans des installations de recherche nazies au cœur de l'Allemagne et forcée de travailler pour eux. Docteur Baldwin a répondu de nous et ils nous ont donc laissé envoyer une équipe pour la secourir.
- Que s'est-il passé ? demanda Al alors que Gabriel s'était interrompu et restait silencieux.
- Ce fut un désastre complet. » La voix du Colonel était dure, brutale, et son visage leur restait invisible. « C'était presque comme s'ils savaient que nous arrivions. La plupart de mes hommes furent tués, mais je l'ai retrouvée. » Il s'arrêta dans ses pas et prit une profonde inspiration. « Puis elle fut exécutée juste sous mes yeux.
- Gabriel..., murmura Winry, des larmes lui montant aux yeux. Je suis désolée.
- J'étais si proche ; j'aurais presque pu tendre la main et la toucher. Et ils l'ont juste abattue, comme ça, sans aucune hésitation. » Le Colonel leva son bras gauche pour s'appuyer contre le mur. « Je n'ai jamais eu même la chance de lui dire adieu. » Adieu. Ce seul mot affecta profondément Ed, mais ses pensées furent interrompues lorsqu'il sentit quelque chose attraper sa main droite. Il baissa les yeux sur son bras, et vit la main de Winry tenant la sienne.
« Ed... » On pouvait à peine l'entendre, et des larmes sillonnaient à présent son visage qu'elle gardait baissée vers le sol. Elle serra sa main, et il serra la sienne en retour. Gabriel reprit contenance et se remit à marcher.
« Quelques uns de mes hommes et moi-même avons réussi à sortir de là. Disons juste que ma volonté de vivre s'est éteinte avec elle. » Gabriel essaya de détendre l'atmosphère, mais échoua misérablement. « Mais le bon Docteur m'a consolé, et m'a pris sous son aile. J'ai fini par me porter volontaire au projet Soldat Ecarlate.
- Pourquoi ? demanda Ed.
- Par désir de vengeance. Je ne voulais rien d'autre que me venger. » La voix de Gabriel débordait de haine. « Je voulais tuer chacun de ces salauds de Nazis pour ce qu'ils avaient faits, peu importe ce que cela me coûterait. » Ed pouvait s'y rapporter. « Je fus envoyé dans votre monde, pour rassembler des informations sur vous deux, les frères Elric, et pour garder un œil sur l'un des mécaniciens auto-mails les plus réputés. » Ils entendirent le Colonel glousser. « Imaginez ma surprise lorsque j'ai vu de qui il s'agissait. » Winry ne répondit rien, elle ne savait pas quoi dire. « Bien sûr, j'ai encore échoué.
- Pourquoi le Docteur veut-il ouvrir la Porte de manière permanente ? Il veut envahir notre monde ? » questionna Ed d'un ton hostile. Le groupe avait atteint un cul-de-sac dans les tunnels, et devant eux se trouvait une longue échelle qui montait. Gabriel se retourna pour faire face au groupe pour la première fois depuis un moment. Il avait l'air peiné.
« Vous devez comprendre, expliqua-t-il, qu'avec le pouvoir de l'alchimie, nous pouvons faire d'innombrables armes en un rien de temps. Et avec la technologie auto-mail, nous pouvons nous rendre plus forts que jamais. Avec ces avantages, nous pourrions écraser les Nazis une fois pour toute.
- Pour que vous puissiez avoir votre vengeance », lui lança Ed.
Gabriel secoua la tête. « Ils doivent être arrêtés. Vous avez vu ce qu'ils ont fait. » Il faisait référence aux nombreuses horreurs et atrocités dont ils avaient été témoins dans la base.
« Mais vous êtes ceux qui leur ont donné les moyens d'accomplir tout cela en premier lieu ! » La colère d'Ed refit surface. « Et vous les avez laissé faire ! Vous ne valez pas mieux qu'eux. » Gabriel fut pris de court.
« Je... j'ai laissé tout cela arriver, murmura le Colonel alors que la véracité des propos d'Ed s'imprimait dans son esprit.
- Colonel. » Al s'approcha de Gabriel. « Il y a longtemps, mon frère et moi avons commis quelque chose de terrible et d'interdit. Nous l'avons fait parce que nous étions arrogants, et parce que nous pensions que cela valait le coup. » Le Colonel vit qu'à présent Al et Ed avait l'air triste, et il ne savait que dire. « Mais nous avions tort, au final il en a résulté beaucoup de douleur et de souffrance, pour nous et pour ceux qui nous étaient proches.
- Et comment vous en êtes-vous sortis ? » Le plus jeune Elric sourit légèrement à cette question.
« Nous avons fait la seule chose que nous pouvions faire. Nous nous sommes relevés et sommes allés de l'avant. » Al mit sa main sur l'épaule de Gabriel. « Rester enfermé dans le passé est inutile, car on ne peut le changer. » Une minute de silence passa entre eux alors que le Colonel absorbait et digérait ces mots.
« Aller de l'avant... » répéta Gabriel, puis il reprit contenance pour se concentrer à nouveau sur la situation présente.
« Pourquoi nous avoir aidé jusqu'ici ? » Ed ne faisait pas encore totalement confiance à cet homme qui les avait trahi plus tôt. Ils se regardèrent tous les deux dans les yeux quelques instants, avant que le regard du Colonel ne dérive sur Winry.
« Parce que je ne pouvais pas la laisser tomber une deuxième fois, dit-il doucement.
- Elle n'est pas Winnie, lui rappela Ed. Vous pensez qu'en nous aidant vous pourrez vous rattraper pour l'avoir laissé tomber ? » Gabriel eut un mince sourire.
« Non, plus maintenant, je sais que rien que je puisse faire ne rattrapera jamais ce que j'ai fait, ou pas. » Il se détourna et sauta sur l'échelle. « Mais c'est la bonne chose à faire... le moins que je puisse faire pour réparer quelques uns de mes péchés. » Il commença ensuite à grimper sous le regard persistant d'Ed.
« Grand frère ? murmura Al derrière lui, faisant s'adoucir le regard d'Ed.
- Je suppose qu'on a pas le choix de toute façon » soupira-t-il, puis il monta sur l'échelle. Vint ensuite Winry, puis Al fermant la marche. Ils prirent quelques minutes avant d'atteindre le haut, et ce fut aussi juste à temps, dans la mesure où leurs bras commençaient à fatiguer. Gabriel ouvrit l'écoutille qui était au bout de l'échelle, les vifs rayons du soleil envahissant alors le puits originellement sombre. Ils durent se protéger les yeux, et Gabriel s'extirpa en premier du puits, suivi d'Ed qui se retourna pour aider Winry et Al.
« Je suis pas prêt de refaire ça de sitôt », fit Al, essoufflé par l'effort. Ed et Winry approuvèrent tandis qu'ils s'asseyaient dans l'herbe non loin de l'écoutille pour récupérer.
« Colonel ? » Ed se retourna alors que Gabriel ne les rejoignait pas et ne disait mot. L'officier était debout, dos à eux, fixant quelque chose.
« Ce n'est pas vrai..., l'entendirent-ils marmonner. Non, ce n'est pas possible. » Leur curiosité fut piquée et ils se relevèrent pour le rejoindre. Ils furent tous bouche bée lorsqu'ils virent ce que Gabriel regardait.
« C'est... Central ? » s'exclama Al. Ils se tenaient sur une colline herbeuse qui descendait gentiment jusqu'à un grand centre métropolitain qu'ils reconnurent tous du premier coup d'œil.
« Non... c'est impossible, protesta Gabriel. Le Docteur ne peut pas ouvrir la Porte.
- Il n'a pas besoin de l'ouvrir », dit Ed d'un air mécontent ; la vue s'offrant à lui confirmait ce qu'il avait craint plus tôt lorsqu'ils avaient tous été frappés de cette vague de nausée.
« Ed ? » Il se retourna pour faire face à Winry qui le regardait. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais fut coupé par le bourdonnement de ce qui semblait être une horde de bourdons, et la vive lumière du soleil s'évanouit soudainement.
« Edward ! » Al avait penché sa tête en arrière et regardait le ciel. Au-dessus d'eux, il y avait des centaines d'avions, si nombreux qu'ils formaient un gigantesque nuage de points noirs qui dissimulait le soleil. Ils volaient tous en formation serrée, suivant une trajectoire directe vers la grande ville.
« Oh non », souffla Gabriel soudainement horrifié. Malgré leur haute altitude, il avait put identifier les avions par leurs silhouettes familières. « Si c'est bien Central, alors ça signifie...
- Quoi ? demanda Winry.
- Ce sont des avions de guerre américains et britanniques. » Ils pouvaient voir les yeux de Gabriel briller d'une lueur d'épouvante. « L'invasion alliée de votre monde... elle a commencé. »
A Suivre...
