Avec tendresse, la chauve-souris se mit à lécher les sillons de larmes sur les joues du jeune homme, jusqu'à ce que celui-ci ouvre de grands yeux verts brillants.

Harry cligna plusieurs fois des paupières. Ses cils balayèrent les perles salines qui lui brouillaient la vue et il découvrit ce qui lui chatouillait les joues. Deux petites prunelles noires le fixaient avec intensité et le Gryffondor ne sut comment réagir.

Il était encore bouleversé par la réalisation que jamais plus il ne reverrait son parrain et que ses espoirs de le retrouver vivant dans une situation aussi miraculeuse que Drago et sa chauve-souris était complètement irréaliste.

- Elle s'appelle Baltus.

- Quoi ?

- Ma chauve-souris, je l'ai nommée Baltus, précisa Drago d'une voix calme.

Harry cligna des yeux plusieurs fois, n'arrivant à croire que le Serpentard engageait une conversation normale avec lui, surtout lorsqu'il avait la possibilité de ramasser sa baguette et de le tuer ou de s'enfuir. Cependant, tout était étrange cette nuit et chacun semblait suivre un chemin qui ne lui était pas familier. Intrigué, le Gryffondor choisit de poursuivre cette discussion.

- Baltus ? Mais tu dis elle. C'est pourtant un nom masculin, je me trompe ?

Contre tout attente, Drago se mit à sourire avec sincérité. Harry fit les yeux ronds. Jamais il ne l'avait vu ainsi et c'était un nouveau visage qui s'offrait à lui, bien plus agréable à contempler que celui qu'il avait l'habitude de voir.

- Perspicace Potter. En fait, j'avais eu l'intention d'acheter une nouvelle chouette quand je l'ai vu attachée à un perchoir au fond du magasin. Elle avait l'air tellement malheureuse, toute seule dans son coin, que je n'ai pu résister quand ses jolis yeux se sont posés sur moi. Et…

Harry ne put s'empêcher de rire quand le Serpentard eut terminé sa phrase. C'était tellement étrange de l'entendre parler ainsi comme s'il lui racontait sa première rencontre avec sa petite amie. Drago s'arrêta de parler, les sourcils froncés.

- Te moque pas, Potter ! gronda la voix durement.

- Bien sûr que non, rassura Harry, je trouve ça mignon.

Ce fut au tour du Serpentard de faire des yeux globuleux.

- Mignon ? T'avise plus de me sortir un mot pareil pour qualifier ce que je te dis ! C'est répugnant.

- Très bien, oublie ça, répondit le Gryffondor amusé. Et donc ?

- Et donc quoi ?

- Je veux savoir la suite !

- Eh bien fallait pas me couper dans mon élan, Potter !

Harry leva les yeux au ciel tout en gloussant.

- Allez, sois pas si susceptible ! Raconte-moi la suite, insista l'Elu comme un enfant de cinq ans.

- J'oubliais que tu étais si chiant…soupira-t-il.

Le Gryffondor perdit son sourire. Décontenancé par ce changement brusque d'attitude, Drago ne put s'empêcher de lui redemander ce qui n'allait pas.

- Hey, qu'est-ce qui ne va pas ?

Harry resta silencieux et fixa le Serpentard d'un air triste. Drago déglutit bruyamment, se sentant embarrassé par le regard scrutateur de l'Elu. Ne tenant plus, il se remit à parler.

- Très bien, tu as gagné. Mais ne viens pas te plaindre parce que je t'aurais raconté quelque chose qui te déplaît. En fait, je l'ai nommé Baltus parce que mon père considère les femelles comme des incapables. Il m'a toujours obligé à prendre des mâles. Mais comme il n'apprécie pas la chauve-souris, il ne s'approche pas d'elle et n'a donc jamais eu l'occasion de voir que c'était une femelle. Voilà, tu sais tout.

Le jeune Malefoy avait redouté la réaction du Gryffondor à la mention de son père, cependant, Harry se contenta simplement de serrer les poings et la mâchoire.

Drago l'observa avec gravité, les sourcils froncés. Il planait une ombre terrifiante sur son visage. Il sentait la douleur, la peur et la colère.

- Potter, crache le morceau parce que là, tu me rends nerveux.

- Ça c'est ton problème, Malefoy ! s'exclama brusquement Harry.

- C'est pas la peine de te braquer, Potter ! Excuse-moi de m'être inquiété de ton état !

Le Gryffondor se força à rire et Drago attendit qu'il déverse son poison sur lui, le regard impassible.

- Comme si tu étais capable d'une telle chose ! S'inquiéter pour quelqu'un d'autre que ta petite personne ? Fais-moi rire ! Bien sûr, je ne te parle pas d'animaux, mais de personnes.

Drago encaissa la critique dignement, malgré la douleur qui vrillait son cœur à la simple pensée de Blaise. Harry semblait maintenant incapable de se taire. Il avait trouvé un moyen de libérer sa peine et sa fureur en le prenant pour cible. Ce n' était pas comme si ce procédé lui était inconnu. Après tout, il avait fait de même avec Neville. Ce n'était que justice.

- Toi et ton père, vous êtes tous les mêmes, continua Harry, pratiquement en transe. Vous vous ventez de votre sang pur, mais vous êtes devenus tarés au fil des générations à force de copuler entre vous. Vous n'êtes même plus des humains. Vous n'êtes même plus capables de ressentir quoi que ce soit, à part la haine et l'instinct de conservation. Vous n'avez aucune conscience. En clair, vous n'êtes encore moins évolués qu'un Moldu. Vous êtes pathétiques !

Le regard insondable du jeune Malefoy n'avait quitté celui du Gryffondor pendant toute sa tirade. Il n'avait aucune envie de riposter, malgré les propos injustes et cruels de l'Elu. Il se contenta simplement de rester silencieux. Son attitude ne fit qu'accentuer la fureur du Gryffondor.

- Tu te plains que je te rends nerveux, mais être au service de quelqu'un d'aussi fou que Voldemort, ça ne te rends pas plus nerveux ? Je vais te dire, tout ce qui t'arrive, tu l'as bien mérité! Tu n'avais qu'à refuser de devenir Mangemort ! Mais moi, je n'ai rien demandé, rien. Tout me file entre les doigts…

Harry s'arrêta de parler, le souffle court, les yeux de nouveaux baignés de larmes. Cependant, cette fois-ci, pas une seule ne coula sur ses joues.

- Parce que tu crois que j'ai eu le choix, Potter ? répondit Drago avec calme.

- Bien sûr ! s'emporta Harry. Tu aurais pu fuir et venir te battre du côté de la Lumière. Mais je suppose que tu n'y trouvais pas ton compte. Tu aurais perdu l'héritage de ta famille n'est-ce pas ?

- C'est certain.

- Alors ne vient pas me dire que tu n'as pas eu le choix. Tu ne sais pas ce que ça fait de se retrouver piégé dans une situation dont on ne peut se dépêtrer sans que ses proches en souffrent.

Le silence reprit de nouveau ses droits dans le couloir glacial où étaient assis les deux jeunes hommes. Le Gryffondor avait le regard perdu dans le néant, tandis que le Serpentard fixait sa chauve-souris avec tristesse. Il ne lui restait que peu de temps avant d'être arrêté, séparé d'elle, et jeté à Azkaban. Mais au moins, il savait que Baltus était en vie. Il caressa les ailes souples de l'animal et celle-ci frémit d'appréciation. Elle était aussi douce que de la soie et Drago se délecta de cette sensation.

Il ressentit alors le besoin de parler à Harry. C'était peut-être sa dernière chance de se confier à quelqu'un avant de devenir fou et de n'être plus que capable de geindre en se cognant la tête contre le mur rugueux d'une cellule.

- Fuir ou rejoindre l'autre camp, c'est pareil. Ça signifie que ceux qu'on aime payeront notre trahison. Ils auraient assassiné ma mère. Je n'appelle pas ça un choix. Ma mère est innocente. Elle ne mérite pas ça. Son seul crime a été de préférer rester en vie et d'accepter de devenir l'épouse de mon père. Tout le monde n'a pas ton courage, Potter.

Harry était de nouveau au bord des larmes. Ses grands yeux verts dévisageaient Malefoy, alors que celui-ci continuait de parler.

- Pour tout te dire, j'ai reçu la marque des Ténèbres il y a à peine quatre jours de ça, et pourtant, j'ai l'impression que ma vie entière est déjà passée. Tu as raison, Potter, je suis pathétique. Je n'ai jamais été capable de faire quoi que ce soit de valable dans ma courte existence. Je n'ai fait que pourrir ta vie et celle des autres. Je ne suis jamais tombé amoureux et je n'aurais jamais l'occasion de savoir si c'est aussi merveilleux qu'on le dit. Je n'ai jamais embrassé de fille. Mais peut-être que j'aurais droit au baiser du Détraqueur, ironisa le Serpentard sous le regard atterré de Harry. J'ai tué mon meilleur ami, murmura Drago la gorge serrée, se fichant complètement des conséquences qui pourraient découler de ses confidences.

Après tout, sa peine serait la même : un baiser…

- Quoi ?

- Blaise. Voldemort lui a lacéré le visage pour que je l'achève. Tu crois vraiment que j'avais d'autres choix, Potter?

- Co…comment tu as fait pour vivre avec ça sur la conscience ? murmura Harry la voix chevrotante.

- Faut croire que je n'en n'ai pas. C'est pas ce que tu as dit tout à l'heure?

Harry ne put répondre. Il couvrit son visage de ses mains, tandis que des sanglots silencieux secouaient tout son corps. Drago le regarda, laissant sa propre douleur jaillir à travers ses yeux. Ils restèrent l'un à côté de l'autre, sans rien dire, chacun plongé dans ses tourments et pourtant avec l'impression ne pas plus être vraiment seuls.

Les premières lueurs pourpres d'un nouveau jour commençaient à caresser monts et forêts, réchauffant doucement la nature mais également le long couloir où se trouvaient les deux jeunes hommes. Le silence était régulièrement entrecoupé de reniflements et de hoquets douloureux. La voix écorchée du Gryffondor finit par résonner dans les oreilles du Serpentard.

- Je te demande pardon.

- Pour quoi ? demanda Drago en posant son regard acier sur lui.

- Je ne pensais pas un mot de ce que je t'ai dit. J'ai tellement honte. Je voulais juste te faire du mal pour oublier ma propre douleur. C'est moi qui suis pathétique, Malefoy. Je suis sincèrement désolé pour tout ce qui t'est arrivé.

Un sourire dénué de sarcasme étira les lèvres du Serpentard. Potter était sincère et réaliser cela le réconfortait profondément. Quelqu'un savait enfin ce qu'il avait vécu. Quelqu'un avait enfin compris ce que c'était d'être un Malefoy.

Des pas précipités et des chuchotements paniqués provenant des étages inférieurs vinrent perturber ce moment étrange. Les entrailles de Drago se nouèrent violemment et la peur fit tambouriner son cœur contre sa cage thoracique avec force, comme s'il voulait s'enfuir. Le Serpentard plongea son regard dans celui inquiet du Gryffondor.

- Malefoy ?

- Ecoute, je sais qu'on n'a jamais été ami, mais j'aurais besoin que tu fasses quelque chose pour moi…

Drago décrocha Baltus de son pyjama et l'embrassa avec toute l'affection dont il était capable. La bête ailée cligna plusieurs fois de ses petits yeux alors que son maître la tendit à Harry, les bras tremblants.

- S'il te plaît, garde-la. Je sais que tu prends soin de ta chouette et que tu sauras en faire autant avec elle. Je t'en prie, je…je ne veux pas l'emmener avec moi, pas là-bas.

Les pas se rapprochaient rapidement d'eux, bien trop rapidement au goût du Serpentard. Harry ne répondit rien. Cependant, il prit la chauve-souris dans ses mains.

- Sois sage, ma belle, murmura Drago, le cœur déchiré.

Le Serpentard se releva finalement, son genou toujours aussi instable le faisant tanguer légèrement. Une grimace de douleur déforma son visage avant qu'un masque dénué d'émotion ne le recouvre. Serrant les poings, il avança en direction des bruits de pas. Harry sortit de sa torpeur et se mit à le suivre. Ce dernier s'arrêta soudain et se retourna vers lui. Le Gryffondor retint sa respiration.

- Tue-le, murmura Drago tandis que son avant-bras se mit à brûler.

Harry se contenta de hocher la tête, sans arriver à croire qu'ils avaient cette conversation, si l'on pouvait parler de conversation. Drago lui tourna le dos et se remit à marcher jusqu'à ce qu'il tombe sur Hermione et madame Pomfresh.

- Dieu tout puissant, vous êtes là ! s'exclama l'infirmière en levant les yeux au ciel.

- Je vous avais bien dit qu'il ne s'était pas enfui ! gronda Hermione avec conviction.

- Oui, grâce à votre ami Potter, Miss Granger !

- Ça suffit maintenant ! explosa-t-elle, les joues en feu.

- Peu importe, Miss Granger. De toute façon, je vais envoyer ma lettre au directeur dès que je le pourrai et ce jeune homme ira en prison, que cela vous plaise ou non.

Hermione bouillait littéralement de rage. Sa tête penchée en avant donnait l'impression qu'elle allait bondir sur l'infirmière d'un moment au l'autre. Alors que Drago s'avançait vers l'infirmière d'un pas lent et contrôlé, Harry le retint par le bras. Le corps du Serpentard se raidit complètement et il s'immobilisa. Hermione et madame Pomfresh firent les yeux ronds.

- Malefoy n'essayait pas de fuir, madame Pomfresh. Il est venu ici récupérer sa chauve-souris, sous ma surveillance bien sûr. Je tiens également à préciser qu'il sera inutile d'envoyer cette lettre au professeur Dumbledore pour la simple raison qu'il est déjà au courant de la situation. Je lui ai moi-même tout expliqué et il a convenu de ne pas le dénoncer. Cependant, il voudra lui parler.

- Vous plaisantez j'espère ? demanda l'infirmière dans un souffle, le teint soudain livide.

- Non madame. Le professeur Dumbledore m'a chargé de vous transmettre sa décision et il a précisé que Malefoy pouvait retourner dans son dortoir dès que possible, avec votre autorisation bien entendu.

Madame Pomfresh semblait ébranlée. Elle accepta cependant les paroles de l'Elu, sans penser un instant à les mettre en doute.

- Très bien, soupira-t-elle. Venez avec moi, monsieur Malefoy.

Elle tourna les talons et s'éloigna d'une démarche incertaine. Drago fit face au Gryffondor, les yeux étincelants de questions.

- Pourquoi ? finit-il par demander.

- Tu n'as rien à faire là-bas. Et puis, je voulais voir si le cours des choses pouvait être modifié. Tiens, je te rends Baltus. Elle aura besoin de toi.

Drago ne put s'empêcher de sourire en récupérant l'animal qui alla se glisser sous son haut de pyjama. Harry se mit également à sourire en comprenant que l'associé diabolique que Drago dissimulait sous ses vêtements n'était autre que la chauve-souris.

- Merci, Potter, souffla-t-il en lui présentant sa main.

Sans hésiter, Harry la lui saisit et les deux jeunes hommes se serrèrent la main, comme pour effacer toutes les disputes qui avaient jalonné leur relation.

Hermione, qui était restée en retrait, semblait à deux doigts de se mettre une gifle pour tenter de se réveiller. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Elle n'en avait aucune idée, mais elle allait devoir cuisiner son meilleur ami pour le savoir. Néanmoins, elle se retint de tout commentaire et attendit sagement que Harry la rejoigne.

Tous deux marchèrent côte à côte jusqu'au dortoir des Gryffondor, en silence. De son côté, Drago était retourné à l'infirmerie et madame Pomfresh l'examina partiellement avant de le mettre à la porte. Le jeune homme n'eut même pas le temps de la remercier qu'elle lui avait déjà claqué la porte au nez.

Il soupira et rejoignit le dortoir des Serpentard, avec l'espoir de dormir toute la journée, sans que personne ne le remarque. Mais la chance n'avait jamais vraiment été de son côté. Lorsqu'il entra dans la pièce surchauffée, certains Serpentard étaient déjà debout, dont Théodore Nott et Crabbe.

- Tiens, tiens, regardez qui est revenu…annonça Nott, une lueur malsaine dans les yeux.

- Tu étais où ? demanda Flint qui émergeait du sommeil.

- Je ne crois pas que ça te regarde. Et maintenant, si vous le voulez bien, je vais aller dormir, alors fermez-la.

- Ton bras, déclara Nott, je veux le voir. Des rumeurs laissent croire que tu étais à l'infirmerie. Je veux juste vérifier que ces deux choses ne sont pas liées.

Drago soupira, fatigué de devoir se battre à chaque seconde de sa vie. Azkaban n'était finalement pas une si mauvaise idée…


Voilà pour aujourd'hui !

Si quelque chose vous a déplu, n'hésitez pas à me le dire.

Bonne journée et à bientôt !