Nos Corps à la Dérive

Les blabla de Xérès : Après une absence de deux ans, je reprends enfin cette fiction dans l'objectif définitif de la terminer en 2019 ! Je tiens avant tout à m'excuser pour ce long hiatus et pour l'absence de réponse aux messages et reviews pendant tout ce temps ! J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira et je comprends tout à fait que vous mettiez du temps à réagir dessus, s'il vous faut tout relire depuis le début en raison d'un oubli total des détails de cette histoire… x) Prenez votre temps, je ne vous jetterai absolument pas la pierre. En attendant de vous lire, bonne lecture et gros bisous !

Merci à tous mes follow/fav, ainsi qu'à Mione159, ecathe38, malawiwi, LylyFord, Swangranger, MissDraymione, Wizzette, Fleur d'Ange, Acide'nette, Annelise, malfoyswand, Yarney Liag, Magiquement, Lou, Drasha, Cécile, Voldynouchette, PouleauPotter, PlumeDeSerpent, Jeny, Lylla-May, Lehenaya, Cestjustemoi, DragoHermi, tabouledu57, BellaJedusor, m4non7, Erza Robin, PaulMalfoiegras, Dana, MK, HPMagnus, Lyra Verin, Clemchou, mon chéri pour leurs reviews.

RAR :

Malawiwi : Merci pour ta review ! :) ahah ne t'inquiète pas, la relation dramione recule quelques temps, mais juste assez pour que le reste de l'histoire avance un peu ! Bonne lecture !

Lou : merci pour ta review ! Je ne vais pouvoir la commenter beaucoup puisque tu as fait tout un exposé de théories et que je ne veux rien dévoiler, ahah, mais sache qu'il y a de bonnes choses eeeet des moins bonnes XD Merci à toi et j'espère que la suite te plaira !

Drasha : Merci pour ta review ! En effet, ton analyse de la rivalité entre Théo et Draco est ultra pertinente (pour rappel tu avais mis : « impression qu'ils convoitent la même fille mais d'une façon bien différente », ce qui est vrai dans un sens puisque l'un la couve comme une amie et l'autre la veut comme amante. Et non, je le répète Théo est réellement gentil dans cette fiction ahah, justement ça aurait été vraiment trop facile et répétitif après TRAF et Ennemis Intimes, j'avais besoin de changement. XD Vous êtes nombreux à me dire la même chose mais désolée, vous faites tous fausse piste ahah. Pour le reste, je ne commente pas, je ne donne aucun indice, ce serait dommage x) J'espère que tes études se passent toujours bien (sauf si tu as fini xD depuis le temps…) et au plaisir de te lire bientôt ! Bonne lecture !

Cécile : Hello miss et merci pour ta review ! J'espère que ce nouveau chapitre te plaira malgré l'éternité qui s'est écoulée entre les deux. Bonne lecture !

Jeny : Merci pour ta review ! Oui, je voulais vraiment que Théo change de personnalité par rapport à TRAF/Ennemis Intimes, j'avais aussi besoin de changement, ahah ! Bonne lecture !

BellaJedusor : Merci pour ta review ! J'espère que la suite te plaira même si j'aurais dû la poster depuis des lustres. Mais je m'y remets sérieusement et je compte bien finir cette fiction cette année ! :) Bonne lecture !

Dana : Merci pour ta review et tes encouragements ! Voici enfin la suite tant attendue ! Bonne lecture :)

MK : Alors tout d'abord merci pour ta review et j'espère que tu n'as pas mis fin à tes jours depuis cet été ahah ! Je suis ravie que toutes mes fictions te plaisent et j'espère que tu aimeras la suite de celle-ci ! Sache que je reprendre enfin l'écriture de manière sérieuse et que cette fiction aura une fin en 2019, c'est certain ! Bonne lecture !

Chapitre 12 : Théodore

« Entendez-vous toujours ma voix, Fay ?
Je l'entends. Mais ce n'est pas la seule.
- Qui d'autre vous parle en ce moment ?
(Le cuir du fauteuil crisse.)
- Fay, vous êtes en sécurité avec moi. Qui d'autre vous parle en ce moment ?
- L'homme… L'homme dans les ténèbres. Il est tout le temps dans ma tête depuis… (Respiration saccadée.)
- Calmez-vous, écoutez le son de ma voix. C'est elle qui vous guide, qui vous ramènera à la réalité, qui vous protège, mais avant cela, dites-moi… Que vous dit cet homme dont vous parlez ?
- Il dit… Il dit… qu'on est pareils lui et moi. Il me l'a dit… dans les toilettes…
(Bruit d'une feuille de papier.)
- Dans les toilettes ?
(La respiration saccadée de la patiente devient plus rauque. Quand elle reprend la parole, ce n'est plus un pépiement de jeune femme apeurée, mais une voix grave et sinistre qui s'élève dans la pièce. Une voix d'homme.)
- Je sais ce que vous voulez, Miss Dunbar. Je comprends… L'attention et l'amour que nous recherchons… ne nous est pas accordé. Peut-être le sera-t-il un jour… dans l'autre monde. »

Séance d'hypnose de Fay Dunbar.
Hôpital psychiatrique de Sainte-Mangouste

~o~

Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis l'altercation entre Hermione, Malfoy, sa mère et le professeur Rogue. Les cours avaient enfin repris, dans un semblant de normalité qui donnait la nausée à la Gryffondor, comme si le monde entier voulait s'empresser d'oublier les événements du début d'année et la blâmait, elle, de ne pas s'en être encore remise. Entre la majorité des élèves qui passait à autre chose, ses amis qui l'avaient lâchée les uns après les autres, et l'énième humiliation (heureusement pas publique) que lui avait fait subir Malfoy, Hermione avait mis au point une danse habile et acrobatique consistant à se déplacer au sein de l'école en rasant le plus de murs possible et en disparaissant le reste du temps dans les méandres de la bibliothèque. Chaque cours de Physique-Chimie était une véritable torture, où elle refusait catégoriquement de croiser le regard de Rogue (ce que le professeur aurait certainement remarqué s'il ne s'efforçait pas lui aussi d'éviter de tourner la tête dans sa direction). Et surtout… elle se sentait incroyablement, horriblement, seule.

Ne pas y penser… Se concentrer sur le travail… Tiens, je vais me mettre aux Maths…

Joignant le geste à la pensée, Hermione sortit son cahier et son manuel de Mathématiques pour les poser tous les deux sur la table située dans le coin le plus sombre et le plus reculé de la bibliothèque, derrière le rayon dédié aux manuels de philosophie. Personne ne venait jamais par ici et c'était précisément la raison pour laquelle elle y avait établi son quartier général. Au point qu'elle poussa un franc soupir agacé en entendant des pas s'approcher. Encore un débile qui s'est trompé de rayon et qui va tourner les talons en me voyant…

Contre toute attente, le bruit des chaussures sur le parquet grinçant s'intensifia et elle leva le nez lorsqu'un sac à dos s'abattit brutalement sur la surface de la table. Théodore la toisait avec un petit sourire en coin, un poing sur la hanche et l'autre prenant appui sur le dossier de la chaise d'en face. Le rictus du jeune homme se mua finalement en véritable sourire. « Depuis le temps que tu te terres dans ce trou obscur, je m'étonne qu'il ne te soit pas encore poussé de longues canines et des ailes de chauve-souris… »

« Bonjour Théo, moi aussi je suis contente de te voir, tu as bonne mine ce matin… », railla Hermione en baissant de nouveau le nez sur ses exercices de maths.

Pour toute réponse, il gloussa et se laissa tomber sur la chaise inoccupée, se penchant vers elle avec une expression inquiète. « Comment tu te sens ? »

« Parfaitement bien, je ne vois pas pourquoi ça n'irait pas… » Elle déboucha son stylo plume d'un geste un peu trop sec et entreprit de calligraphier un magnifique 'Exercice 4, p. 21' sur la première ligne.

« Tu lui as parlé ? », s'enquit Théo en haussant les sourcils.

La jeune fille ne leva même pas le nez. « A qui ? »

« A Draco. »

« Hein ? », fit-elle en feignant l'incompréhension.

« Draco. Malfoy… » Théo leva la main droite au-dessus de sa tête. « A peu près grand comme ça, les cheveux javellisés, les yeux chelous… »

« Je ne connais personne de ce nom-là », rétorqua Hermione avec un sourire polaire. Théodore eut à peine le temps de rouler des yeux qu'elle avait déjà replongé les siens dans ses exercices. Il soupira avant d'arracher prestement le stylo plume des doigts d'Hermione qui protesta d'un raclement de gorge furieux.

« Ok, je comprends, c'est un gros con, il a été beaucoup trop loin, je sais tout ça et je suis totalement d'accord avec toi… », récita-t-il en soutenant les deux yeux noisette qui le dévisageaient avec mécontentement. « Même moi, je lui ai fait un sermon de deux heures et demie, et je peux te dire qu'il s'en veut atrocement. Il n'a pas réfléchi, Hermione, il a… fait ce qu'il fait de mieux : une connerie. »

« Oui, eh bien figure-toi que des gens qui ne réfléchissent pas, en ce moment j'en ai ras la crinière ! D'abord Harry, Ginny, maintenant Malfoy… »

« Je croyais que tu ne connaissais personne de ce nom-là… », souffla sournoisement Théo avec un sourire en coin. Qui disparut à la seconde où son amie lui jeta le regard le plus glacial qu'il lui ait jamais vu.

« Rends-moi. Mon. Stylo. Théodore. »

Le Serpentard recula sur sa chaise, maintenant l'objet à bonne distance de sa propriétaire. « Pas tant que tu ne m'auras pas promis d'aller lui parler. Au moins pour vous expliquer. »

Les pupilles d'Hermione se rétrécirent et il aurait pu jurer que ses cheveux broussailleux se dressaient légèrement sur sa tête, à la manière d'un chat en colère. « Hors de question. Mon stylo. »

« Ça ne t'arrive jamais, toi, de faire des erreurs ? », se mit à paniquer Théodore, bien décidé à dire un maximum de choses avant d'être sauvagement égorgé par les griffes acérées de la lionne.

« Intervertir son cahier d'Anglais et de Sciences, c'est une erreur. Oublier son parapluie quand il pleut, c'est une erreur. Prendre une photo dégueulasse en profitant de mon image, l'imprimer, noter un message ignoble dessus et l'envoyer à la police, c'est… »

« Une minuscule petite erreur toute choupinette ? », proposa Théodore avec une grimace.

« Un manque total de discernement », acheva Hermione avec un soupir agacé. « Ceci dit, on parle de Draco Malfoy, donc il fallait s'y attendre, c'est dans sa nature. » Elle avança la main vers son stylo plume et Théodore recula encore.

« Jure-moi que tu lui parleras… Vous m'inquiétez tous les deux. Et je trouvais que ça n'allait pas trop mal pour vous quand vous étiez là l'un pour l'autre. »

« Tu veux dire quand on était là l'un pour l'autre juste avant qu'il ne tente de détruire la carrière de ce pauvre Rogue et qu'il ne m'enfonce encore plus que je ne l'étais déjà dans les scandales ? », railla la brunette.

La grimace de Théo s'accentua. « Euh… oui, oui, c'est ça… » Un coup d'œil en direction d'Hermione lui permit de constater qu'elle n'était pas prête de céder. Il allait falloir qu'il supplie. Qu'il roule sur le dos comme un bébé épagneul devant son maître. Sa lèvre inférieure partit légèrement en avant et il fit trembler son menton dans la direction de son amie. « Pitié… jure-moi que tu lui parleras… Hermione… Mionette… Miomione… »

« Si je te le jure, tu me rendras mon stylo et tu arrêteras les surnoms débiles ? »

« Immédiatement. »

« Très bien, je lui parlerai, je le jure… », maugréa Hermione et comme par magie, le stylo plume revint se glisser entre ses doigts. Elle resserra sa prise autour de l'objet et satisfaite, releva un regard teinté d'une lueur diabolique sur le Serpentard. « Mais je n'ai pas dit quand… »

L'air réjoui qui avait commencé à prendre place sur les traits de Théodore disparut presque instantanément et il la considéra avec une pointe de dégoût teinté d'admiration. « Tu es redoutable… »

« Merci. »

~o~

Il était presque l'heure de dîner lorsqu'Hermione leva enfin le nez de ses exercices. La bibliothèque toute entière était plongée dans un silence total, ce qui signifiait que même les élèves les plus assidus avaient renoncé à parasiter l'atmosphère de leurs chuchotements pour regagner le réfectoire. Avec un soupir las, la jeune fille rangea ses affaires dans son sac à dos et se dirigea vers la sortie en traînant des pieds. Littéralement. Elle fut même surprise de ne pas laisser derrière elle de longues traces de gomme sur le parquet ciré.

Elle n'avait pas excessivement faim et commençait à envisager de se rendre directement aux dortoirs pour s'effondrer sur son lit, lorsqu'on la héla. Elle fit volte-face et ses traits tirés se détendirent presque aussitôt en voyant approcher le professeur Lupin.

« Bonsoir, Monsieur… », fit-elle en esquissant le sourire le plus avenant possible. Mais elle dut échouer car le sourire du professeur de Littérature flancha quelque peu en voyant sa mine probablement atroce.

« Bonsoir, Hermione », répondit Lupin en arrivant à sa hauteur. « Je… J'allais vous demander comment vous allez, mais cela me semble d'une telle bêtise compte tenu des circonstances… »

« La bêtise a deux manières d'être : elle se tait ou elle parle. La bêtise muette est supportable », récita Hermione avec un éclair de malice dans le regard.

« Balzac ! », s'exclama Lupin, ravi de voir son élève lui voler une citation de la bouche. « Néanmoins… j'ai compris le message. Pas de question. »

Un sourire franc cette fois se dessina sur les lèvres d'Hermione et elle secoua la tête, tandis qu'ils reprenaient doucement leur route en direction du réfectoire. « Ce n'est rien… J'ai voulu vous taquiner un peu. » Elle replaça une mèche de cheveux bouclés derrière son oreille. « J'essaie de vivre à nouveau normalement, de penser normalement, de dormir normalement… de plaisanter normalement. » Elle poussa un long soupir, tandis que Lupin la scrutait avec une expression désolée. « Mais je dois dire que c'est un peu difficile quand vos amis vous tournent le dos et que le reste de l'école vous accuse d'être une menteuse. »

« A cause de ce que votre ami a essayé de vous faire, ce soir-là ? », souffla l'enseignant sans cesser de la regarder. Hermione frissonna, mal à l'aise et il s'empressa d'ajouter : « Mon épouse m'a raconté… Veuillez pardonner mon indiscrétion. Mais sachez qu'elle et moi… nous vous croyons. »

Hermione sentit une boule se former dans sa gorge et eut toutes les peines du monde à ravaler ses larmes. « Merci… »

« Quant à vos amis, eh bien… peut-être est-ce l'occasion de vous en faire de nouveaux ? »

La brunette roula des yeux, repensant à son nouvel ami Draco Malfoy et à son petit reportage photo diabolique. « Oui, alors, j'ai essayé la nouveauté, mais clairement ça n'était pas une bonne idée. » Devant son air interrogateur, elle reprit : « Draco Malfoy. Il a été là pour moi… d'une façon très étrange mais tout de même, il était là. J'ai même cru qu'on pourrait devenir proches à un moment, mais ensuite… »

Son regard s'assombrit et comme elle ne disait plus rien, Lupin l'invita à poursuivre. « Ensuite ? »

« Il est redevenu lui-même. Un sale petit serpent pourri gâté qui se sert des gens sans penser au mal qu'il pourrait leur faire. »

Elle avait dit cela avec tant de morgue que Lupin écarquilla les yeux et ne sut rien faire d'autre que hocher la tête en silence. Après quelques secondes, il se décida enfin à poser la question qui le turlupinait depuis qu'il avait surpris ses deux élèves, sympathisant seuls au bord du lac. « Mais cet été vous disiez qu'il avait toujours été ainsi, vous ne devriez donc pas être surprise… »

« J'ai pensé… qu'il avait changé, je ne sais pas. Qu'il faisait réellement des efforts pour ne plus être un sale cafard… »

« Qui veut changer trouvera toujours une bonne raison pour le faire… », répondit Lupin avec un sourire bienveillant. « Mais malheureusement, l'inverse est aussi vrai. Peut-être M. Malfoy n'est-il pas la personne la plus appropriée pour vous aider à aller mieux… Il a l'air plutôt… toxique ? »

Hermione laissa échapper un ricanement. « Plutôt ? La loi devrait l'obliger à porter une étiquette 'Danger : risque biologique' collée sur le front. » Ils rirent tous deux de bon cœur et Hermione sentit s'évaporer un peu du poids qui pesait sur ses épaules. Elle vit Lupin consulter sa montre avec un sursaut, comme s'il réalisait à quel point il se faisait tard, et sentit la bulle protectrice qui l'entourait depuis qu'il l'avait rejointe éclater brutalement.

« Je vais devoir rentrer… Mon fils est chez la voisine, je ne voudrais pas la déranger trop longtemps. » Il remit la sangle de sa besace sur son épaule et se tourna une dernière fois vers son élève. « Hermione… sachez que si vous avez besoin de quoi que ce soit, de parler, peu importe… Je suis là. Et euh… mon épouse Nymphadora également, même si elle est un peu débordée en ce moment… », acheva-t-il avec une grimace.

Hermione hocha la tête et le gratifia d'un sourire reconnaissant. « Je m'en souviendrai. Bonne soirée, professeur. »

« Et n'oubliez pas ! », reprit l'enseignant en s'éloignant. « Restez loin de Draco Malfoy. Pour votre santé mentale. »

« Reçu cinq sur cinq… », marmonna la jeune fille en le regardant courir en direction de la sortie. Le soleil déclinait déjà, baignant le hall d'entrée de l'école d'une lueur rouge orangée. Hermione interrogea brièvement son estomac, réalisa qu'elle n'avait toujours pas faim et prit mollement la direction des dortoirs. Au pire, il devait lui rester quelques sachets de chips dans le tiroir de sa table de nuit. Cela ferait l'affaire.

Alors qu'elle passait la porte du hall, l'air frais de l'extérieur s'engouffra dans ses cheveux et dans sa veste, dont elle s'empressa de refermer et de boutonner les pans. Malgré cette bise qui laissait présager de l'arrivée prochaine de l'hiver, elle ferma les yeux, profitant de cet instant de calme et de la nature environnante. Lorsqu'il faisait beau comme ce soir-là, elle aimait ralentir le pas et savourer ce trajet au calme, écouter les piaillements des oiseaux, le bruit du vent dans les feuillages, celui de ses pas sur les graviers. Et aujourd'hui plus que jamais, cet instant de paix la rassérénait.

~o~

Péniblement, la vie avait repris son cours à Poudlard. Les semaines s'étaient écoulées, le paysage s'était recouvert d'un manteau neigeux immaculé, les tensions s'étaient apaisées et Fay Dunbar avait été transférée de l'hôpital psychiatrique chargé de son évaluation à une austère cellule de la prison pour mineurs de Bronzefield près de Londres, dans l'attente de son procès. Hermione avait appris à apprécier cette nouvelle solitude quasi-totale, surtout depuis que les regards appuyés s'étaient quelque peu raréfiés sur son passage. Tout le monde voulait oublier. Elle aussi, l'aurait voulu. Mais contrairement à ses petits camarades, elle n'avait pas ce luxe. Les cauchemars qui hantaient son sommeil se faisaient néanmoins plus rares, n'anéantissant que une ou deux nuits par semaine et lui offrant un répit plus qu'agréable. De temps en temps, Théodore venait prendre de ses nouvelles ou elle croisait le professeur Lupin dans un couloir et ils échangeaient quelques mots avec légèreté. En revanche, les rencontres inopinées avec Rogue au détour d'un corridor restaient relativement étranges et l'enseignant pressait le pas pour s'éloigner d'elle aussi vite que possible. Comment lui en vouloir ? Elle-même bouillonnait encore parfois de rage au seul souvenir de cette photographie honteuse…

Hermione resserra sa prise autour des deux livres qu'elle avait empruntés à la bibliothèque, les plaquant contre sa poitrine. La colère qu'elle ressentait toujours à l'égard du responsable n'avait d'égale que sa propre déception d'avoir été assez naïve pour penser qu'il avait changé. La jeune fille se maudit intérieurement lorsqu'une petite voix dans son cerveau lui souffla pour centième fois en quinze jours qu'il avait effectivement changé et qu'il méritait peut-être une deuxième chance. Non. Non, non, non et non. Replaçant rageusement une mèche derrière son oreille, elle chassa la petite voix et descendit les escaliers qui menaient au hall d'entrée, bien décidée à manger un morceau avant d'aller faire ses devoirs dans sa chambre.

Du moins était-ce ce qui était prévu, jusqu'à ce qu'une main saisisse son poignet et la fasse pivoter doucement. Elle sursauta et eut un mouvement de recul, ce qui n'échappa pas à Blaise Zabini qui baissa aussitôt les yeux d'un air contrit. « Je suis désolé, je ne voulais pas t'effrayer… », marmonna-t-il en passant une main sur sa nuque.

« Ce n'est rien ! », assura Hermione avec un sourire crispé. « Tu voulais quelque chose ? »

L'expression de Blaise passa de gênée à clairement constipée et Hermione sentit que la conversation allait dévier sur un sujet dont elle n'avait aucune envie de parler. En l'occurrence, un sujet humain, blond, à peu près un mètre quatre-vingts et une face de fouine. « Eh bien en fait… j'aurais voulu… enfin, j'aurais bien aimé que… non, je voulais savoir si tu aurais la force de… »

« Draco Malfoy ? », l'interrompit sèchement Hermione en haussant un sourcil.

Blaise se figea la bouche ouverte, grimaça et opina sombrement. « Draco Malfoy. »

La Gryffondor secoua la tête et reprit sa route avec un soupir exaspéré, tandis que Blaise lui emboîtait le pas avec empressement, sous les regards curieux de quelques élèves et professeurs qui passaient par là. « Ecoute, Granger, je sais qu'il s'est comporté comme un pauvre type, mais… »

« Un incroyable salaud », le corrigea Hermione sans ralentir.

« Si tu veux… un immonde, infatigable, incommensurable salaud… » Blaise accéléra pour se placer devant elle, la forçant à s'arrêter et ignorant le regard furieux de la jeune fille. « Le fait est que… pendant un moment, avec toi, il était différent. Tu l'as rendu différent. Et même si les potes et moi on trouvait ça extrêmement flippant… c'était aussi über agréable », acheva-t-il, abusant de son tic de langage qui avait le don de faire sourire le plus froid des gardiens de prison. Et cela fonctionna, l'expression d'Hermione se détendit légèrement. « Et si j'emploie le passé, c'est parce que depuis votre dispute-

« Tu veux dire depuis qu'il a merdé et que je l'ai disputé… »

« Depuis ça, ouais, et ben non seulement il est redevenu comme avant, mais une version pire d'avant. Je ne sais pas si tu imagines. »

« Je ne préfère pas, non. »

Le jeune homme passa une main sur son visage fatigué avant de la laisser retomber mollement sur son jean. « Ok, Granger… j'ai conscience à cent pour cent que Draco est la personne la plus toxique que cette terre ait jamais portée. »

« Heureusement que c'est ton meilleur ami, je ne voudrais pas entendre ce que tu dis de tes ennemis… »

Les mains de Blaise se levèrent brusquement et saisirent les avant-bras d'Hermione, qui se raidit à son contact. Les doigts du jeune homme s'enfonçaient un peu trop dans ses muscles, à la limite de la douleur et elle lui jeta un regard alarmé. Il avait vraiment l'air à bout de nerfs. « S'il-te-plaît », aboya-t-il avant de baisser aussitôt d'un ton. « S'il-te-plaît… Je sais que c'est beaucoup te demander, mais tu avais une bonne influence sur lui et il me semblait que toi aussi tu te sentais mieux à son contact. Va lui parler. Avant qu'il fasse une connerie irréparable. Moi, il ne m'écoute plus. »

Hermione détailla le visage désemparé de son interlocuteur, ses yeux rougis et son menton tremblant. Elle aurait juré qu'il était sur le point de pleurer. Partagée entre l'envie de partir en courant et de le prendre dans ses bras, Hermione opta pour une solution intermédiaire. Elle posa sa main droite sur une des mains de Blaise, lui faisant lâcher son épaule avec douceur. « Je vais voir ce que je peux faire… », murmura-t-elle, tandis que le jeune afro-britannique fermait les yeux de soulagement. Comme il n'ajoutait rien, elle allait se détourner pour partir lorsque la voix du Serpentard s'éleva, à peine inaudible, dans son dos.

« Je veux juste qu'il s'en sorte. Juste qu'il s'en sorte… »

Le temps de se retourner, Blaise avait détalé dans les couloirs.

~o~

L'inspecteur Nymphadora Tonks poussa un juron lorsque la pointe de sa chaussure se coinça dans une racine, manquant de la projeter au sol. Elle se redressa avec dignité, jeta un regard discret aux alentours mais l'endroit était désert. L'orée de la forêt de Pré-au-Lard n'était pas très fréquentée en cette saison. Il fallait braver la neige, le froid, le vent, tout cela pour s'enfoncer dans un endroit dangereux et lugubre… ce n'était pas étonnant qu'elle n'y rencontre pas un seul citoyen. A l'exception de celui qu'elle était venue voir. Nymphadora se remémora encore une fois les quelques détails qu'elle avait réunis à propos de Sirius Black et la raison pour laquelle elle avait décidé d'aller lui poser quelques questions. Un marginal, qui disparaissait trois mois par an pour revenir comme une fleur le premier septembre, qui chassait pour survivre et n'était que peu apprécié des honnêtes gens, qui lui trouvaient un air suspect. N'ayant pas été vu de tout l'été, il n'avait pour l'instant aucun alibi pour le jour de l'agression du professeur Binns, mais Nymphadora doutait qu'il y soit pour quelque chose. Elle vérifierait tout de même, mais la raison principale qui l'avait poussée à se tourner vers lui était que les marginaux, les gens de la rue, voyaient toujours des choses que les autres ne voient pas. Des allées et venues à des heures tardives, dans des lieux peu fréquentés, des gens inhabituels… Peut-être aurait-il quelque chose à lui apprendre sur les meurtres de Poudlard ?

Après quelques minutes de marche difficile dans la neige et la boue, elle atteignit une clairière au centre de laquelle se tenait une bicoque misérable, confectionnée à partir de rondins de bois, de tôles ondulées et de dalles de contreplaqué, au-dessus de laquelle se dressait fièrement une petite cheminée en ferraille rouillée, qui fumait allègrement. Prenant une grande inspiration, elle franchit les derniers mètres qui la séparaient de ce qui ressemblait à une porte d'entrée, leva le poing et frappa. Les coups semblèrent résonner dans toute la forêt et elle sursauta, surprise par les bruits divers produits par la structure. « Monsieur Black ? », appela-t-elle pour se donner une contenance. « Inspecteur Tonks, police de Pré-au-Lard, je voudrais vous poser quelques questions ! »

Il y eut un grognement de l'autre côté du panneau et lorsque Nymphadora baissa le nez, une ombre passa dans le rai de lumière qui filtrait sous la porte. Pas de réponse. Elle leva les yeux au ciel. « Je sais que vous êtes là, Monsieur Black. Je vous entends. »

Nouveau grognement. Le crissement d'une chaise qu'on tire sur du parquet. L'instant d'après la porte s'ouvrait avec un grincement affreux qui fit grimacer l'inspectrice. L'homme aux longs cheveux sombres et désordonnés qu'elle avait surpris en train de la fixer à Pré-au-Lard se trouvait devant elle, l'air méfiant et peu amène. Sans un mot, il laissa la porte ouverte et alla se rasseoir dans son vieux fauteuil à bascule près d'un poêle qui avait dû faire les deux guerres mondiales. Nymphadora en déduisit qu'il l'invitait à entrer et s'engouffra à l'intérieur de la cabane, refermant le panneau derrière elle. « Merci de me laisser entrer, il fait un froid de canard dehors… », tenta-t-elle pour détendre l'atmosphère. Il la dévisagea d'un air suspicieux, sans bouger, et elle décida de s'asseoir sur l'une des vieilles chaises dépareillées qui entouraient une espèce de table bricolée à partir de planches de palettes. Ils se regardèrent en chiens de faïence pendant trente bonnes secondes avant que le marginal ne brise la glace. « Qu'est-ce que vous voulez… »

« Je voulais vous poser quelques questions à prop- »

« Je réponds pas aux flics », cracha-t-il abruptement. « A chaque fois, ça ne m'attire que des problèmes. L'an dernier, ils ont voulu me coller sur le dos deux biches tuées illégalement dans la forêt. Celles-là c'était pas moi, mais j'ai eu beau le dire, j'ai dû payer l'amende quand même. »

Dora se mordit l'intérieur des joues et reformula calmement. « Excusez-moi, nous nous sommes mal compris. En réalité, je voudrais plutôt solliciter votre aide concernant une affaire en cours. »

Sirius Black plissa ses yeux sombres, toujours méfiant. « Mon aide ? »

« J'ai exercé de nombreuses années à Londres et s'il y a bien une chose que j'ai apprise sur le terrain, c'est que les gens comme vous, qui vivent en marge des communautés, en savent parfois beaucoup plus sur ce qu'il se passe autour d'eux que les autres. Car vous ne regardez pas les choses… de la même façon. » Elle esquissa un sourire entendu, s'attendant à ce que le compliment déguisé fasse mouche. Mais Sirius Black n'eut pas la réaction qu'elle attendait : au lieu de se détendre et de lui indiquer s'il avait vu des choses étranges au début de l'année scolaire, il se ferma un peu plus et un malaise s'installa dans la pièce.

« Vous voulez que je parle ou que je me taise, au juste ? », demanda-t-il, en jetant des regards presque inquiets en direction de l'arme que portait Nymphadora à sa ceinture. Elle sembla un instant perdue, mais ne se laissa pas démonter.

« Monsieur Black, je voudrais savoir si vous avez vu quelque chose d'inhabituel dans le courant du mois de septembre. Comme vous devez le savoir, deux élèves ont été tués dans des circonstances étranges, donc si vous avez remarqué quoi que ce soit, je- »

« Vous croyez que je n'suis pas au courant ? », s'emporta le marginal en se penchant dans sa direction sur son fauteuil à bascule. « Ronald Weasley était un ami. Tous les trois, ils se sont occupés de moi, m'ont porté à manger quand je ne trouvais plus de quoi me nourrir en hiver ! Je leur ai même sauvé la vie à ces mômes ! Moi ! Personne n'avait le droit de leur faire du mal ! Vous m'entendez ? Personne ! »

« Vous voulez parler de Ronald Weasley, Harry Potter et Hermione Granger ? Vous étiez proches ? »
Sirius Black ne répondit pas et détourna le regard. Il semblait particulièrement ému à l'évocation des trois adolescents, mais Dora remarqua qu'un de ses yeux restait constamment fixé sur elle. Comme s'il avait peur qu'elle s'en prenne à lui à tout moment. Le pauvre homme avait sûrement eu sa part de déboires avec les forces de l'ordre locales pour réagir de la sorte…
« Ecoutez, je comprends votre douleur… mais si jamais vous avez le moindre élément, le moindre détail qui pourrait m'aider à en savoir plus… »

Black se leva d'un bond, renversant son fauteuil au passage et Nymphadora dut se faire violence pour ne pas plonger la main dans son holster pour en tirer son arme. « JE NE SAIS RIEN ! RIEN ! PARTEZ D'ICI, SORTEZ DE CHEZ MOI ! »

« Monsieur Black, je vous assure qu'il n'y a aucune raison de vous alarmer, je ne suis pas là pour vous accuser de quoi que ce soit… »

L'homme s'avança à grands pas vers la porte et l'ouvrit toute grande. Une bourrasque glacée s'engouffra dans le baraquement, faisant vaciller les flammes dans le poêle. « Je n'ai rien à vous dire. Amenez-moi le commissaire ou n'importe lequel de ses fouines. Mais pas vous. Sortez. »

Nymphadora cligna plusieurs fois des yeux, ne comprenant rien à ce qu'il venait de se passer ni comment la situation avait pu se dégrader aussi vite. Elle se leva lentement et sortit la tête haute, avant de se retourner vers le SDF qui la toisait depuis le seuil de sa masure.

« Je vous ai à l'œil… Sachez-le… », gronda-t-il avant de claquer le panneau, faisant trembler toute la bicoque pendant quelques secondes. L'inspectrice sentit son menton tomber lentement sur sa poitrine. Mais… normalement c'est moi qui aurais dû lui dire ça… Elle cligna de nouveau des paupières, interdite, puis referma la bouche pour reprendre le chemin du bourg. Que s'était-il passé ? Soit ce type était complètement zinzin soit il savait bien plus de choses qu'elle ne l'imaginait. Et pour une raison ou une autre, il refusait d'en parler. Qu'est-ce qui l'en empêchait ? La peur ? Protégeait-il quelqu'un ? Craignait-il des représailles ? Ou tout simplement que la situation se retourne contre lui ? Nymphadora n'aurait jamais cru cela possible, mais elle repartait de sa brève entrevue avec plus de questions encore qu'en arrivant.

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Quelques jours avaient passé depuis son entrevue avec Blaise et maintenant que l'esprit d'Hermione s'autorisait à nouveau à penser à Malfoy, la jeune fille remarqua un détail qui lui avait échappé pendant toutes ces semaines passées à s'efforcer de rester invisible : Draco Malfoy excellait lui aussi dans ce domaine. Maintenant qu'elle y pensait, il restait désespérément introuvable et ne venait même plus aux cours qu'ils étaient censés avoir en commun. A bien y réfléchir, elle n'était même pas sûre qu'il assiste au moindre cours tout court. Hermione avait donc commencé à scruter les couloirs, le réfectoire et les parties communes des dortoirs à la recherche d'une tête blonde peroxydée, mais elle avait très vite dû se rendre à l'évidence. Draco Malfoy avait tout bonnement disparu de la surface de la Terre. Il ne restait qu'un seul endroit à vérifier : sa chambre. Avait-elle vraiment envie d'en arriver à cette extrémité ? Et quand bien même elle trouvait le courage de frapper à sa porte, qu'allait-elle bien pouvoir lui dire une fois qu'ils se regarderaient dans le blanc des yeux ? Sourire ? Rester impassible ? Lui demander de présenter ses excuses ? Passer l'éponge ? Non, cette dernière option n'était pas envisageable. Elle avait besoin qu'il s'excuse avant toute autre chose, mais s'il était bouleversé au point de s'enfermer dans ses quartiers, ce n'était peut-être pas non plus la bonne entrée en matière…

Le vendredi soir, après avoir capté du coin de l'œil un énième regard suppliant de la part de Blaise Zabini au détour d'un couloir, Hermione prit son courage à deux mains et après avoir déposé son sac dans sa chambre, grimpa les escaliers jusqu'à l'étage des Serpentards. Globalement, personne ne lui prêta attention et Hermione fut soulagée de voir que les gens étaient réellement passés à autre chose. Ça ou bien elle avait fini par véritablement devenir invisible… Levant le poing devant la porte du blond, elle prit une profonde inspiration et frappa. Trois coups. Pas trop rapides, pas trop lents, sans rythme particulier. Neutre, simple, efficace. Mais pas assez, visiblement, car la porte restait close. Trente secondes plus tard, elle frappa de nouveau et sentit quelques regards curieux se tourner dans sa direction. Cette fois, elle avait frappé un peu plus nerveusement, consciente qu'elle devait avoir l'air nouille à attendre que le prince Malfoy daigne l'accueillir dans son palais. Allez, ouvre, bon sang…, gronda-t-elle intérieurement tandis qu'un gloussement retentissait quelque part dans le couloir. Elle avait maintenant un public d'une quinzaine de personnes qui la dévisageaient, avec des airs goguenards. Il était hors de question de rester plantée là, mais retraverser le couloir dans l'autre sens sous les rictus de ses camarades était également exclu. Elle tourna donc la poignée et s'engouffra dans la pièce en moins d'une seconde, avant de refermer derrière elle.

Son sang ne fit qu'un tour. Draco était bien dans sa chambre, mais celle-ci était dans un désordre inextricable. Des vêtements jonchaient le sol et recouvraient entièrement le dessus de lit. La lampe de bureau était renversée, ampoule brisée, sur le sol contre l'armoire ouverte et vidée de son contenu. Des livres avaient été manifestement jetés aux quatre coins de la pièce et gisaient, parfois ouverts, les pages froissées par les mauvais traitements reçus, ce qui horrifia littéralement la jeune fille. Quant au locataire de la pièce, il était assis à même le tapis, le dos contre sa table de nuit et ne semblait même pas avoir remarqué son intrusion. Il fixait le mur en face de lui, le regard vide, la bouche entrouverte et la lèvre tombante. Par réflexe, Hermione se baissa pour ramasser deux livres jetés près de la porte d'entrée et les referma précautionneusement avec une grimace. Ce n'est que lorsqu'il perçut le son des livres qu'elle posait sur leur étagère que Malfoy sortit de sa transe et tourna la tête dans sa direction. Hermione lui jeta un regard qui se voulait sévère mais lui et sa chambre étaient dans un tel état qu'elle ne parvint qu'à produire une expression inquiète et empreinte de pitié. Elle s'avança doucement et sentit le jeune homme paniquer au fur et à mesure qu'elle se rapprochait de lui. Mais ce n'est que lorsque son pied heurta un petit objet en plastique qu'elle comprit pourquoi. Le sol autour de Malfoy était jonché de boîtes de médicaments de toutes sortes et de sachets dont elle ne voulait même pas imaginer le contenu. Il y en avait pour tous les goûts. Des ronds, des ovales, des blancs, des colorés, du légal et du moins légal…

« Qu'est-ce que… ? », murmura-t-elle, horrifiée à l'idée qu'un seul estomac humain ait pu avaler tout ça.

« Granger, va-t'en », coassa Malfoy en balayant nerveusement de ses mains les restes de ses repas chimiques. Ignorant son ordre, Hermione se laissa tomber à genoux, saisissant de ses mains fébriles les différentes boîtes pour les inspecter. Skenan, Subutex, benzodiazépines, Valium, la panoplie complète.

« Mais, mais, mais… tu es complètement fou… » Elle délaissa son analyse des emballages pour se précipiter vers lui, posant sa main contre le front du jeune homme. Il était brûlant et moite. « Il faut appeler les secours, tu as besoin d'un lavage d'estomac, d'une ambulance, d'un méde-

« On se calme, Granger, je n'ai pas pris tout ça en une seule fois… et pas tout seul, j'ai fait une soirée avec… », il réfléchit un instant, plissant les yeux comme si fouiller dans les tréfonds de sa mémoire demandait bien plus d'efforts que d'habitude, « des gens… C'est juste que ça traîne… Tu croyais vraiment que j'étais en train de me suicider ? » Il laissa échapper un rire sardonique.

La nonchalance avec laquelle il prenait la situation déclencha des montagnes russes d'émotions chez Hermione. La panique avait cédé la place à l'incrédulité, puis à l'incompréhension, et enfin à la colère. Une colère qui fit bouillonner le sang dans ses veines et réduisit ses prunelles à la taille de deux têtes d'épingles.

« Tu es… vraiment… », murmura-t-elle, la rage serrant sa gorge au point d'en empêcher les mots de sortir.

« …ravi de t'avoir vue, maintenant si tu pouvais dégager de ma chambre… », lâcha-t-il sur un ton totalement indifférent, ce qui était certainement le cas grâce au cocktail d'opiacés et d'antidépresseur qu'il avait dû absorber au cours des derniers jours.

Hermione se releva et recula d'un pas, tremblante. Elle ouvrit et referma la bouche plusieurs fois, la gorge nouée, puis face au dysfonctionnement total de ses cordes vocales, opta pour une solution plus simple. Elle serra les poings et fondit sur le blond, frappant ses bras, ses épaules, le haut de son crâne, sans discontinuer.

« J'en ai marre… de toi…, tu n'es qu'un gamin… gâté… pourri… égoïste et insupportable », siffla-t-elle en ponctuant ses phrases de nouveaux coups, que sa victime semblait accepter sans broncher. Elle saisit un coussin et lui jeta au visage, puis une boîte de Subutex, un jean sale, un mouchoir en tissu, un crayon… Tout ce qui tombait entre ses doigts, elle le lui jetait, que ce soit dangereux ou non, sale ou propre, peu importait. « C'est quoi ta raison d'être comme tu es, hein ? Tu es malheureux ? Et pourquoi, je te prie ? Parce que papa et maman divorcent ? Je rêve, tu crois que tu es le seul à qui ça arrive ? Tu crois que tu es le seul à souffrir sur cette foutue planète, Malfoy ? »

Il se débarrassa avec agacement des objets qui s'étaient amoncelés sur et autour de lui et se leva pour faire mine de s'éloigner.

« Oh bien sûr… », cracha Hermione en croisant les bras sur sa poitrine. « Surtout ne dis rien, ça serait dommage. » Elle éclata d'un rire sinistre. « Je ne sais même pas ce que je fais ici. Je ne m'attendais pas à recevoir des excuses, en réalité, je crois que je l'ai toujours su. Tu es incapable de la moindre pensée altruiste, de la moindre empathie… Même quand tes parents se séparent et que ta mère essaie de se reconstruire avec quelqu'un d'autre, tout ce que tu essaies de faire c'est détruire… Et quand tu n'arrives pas à détruire les autres, c'est toi-même que tu tentes d'anéantir. Regarde-toi… C'est pathétique. Tu imagines si tous les enfants de divorcés se mettaient dans cet état-là ? Il n'y aurait même plus une seule pilule dans les pharmacies ! Mais les gens normaux, eux, ils parlent. Ils se confient, ils soulagent leur peine auprès de leurs amis, ils prennent soin de ceux qu'ils aiment… Toi, tu ne fais rien de tout ça, Malfoy. Tu es juste… » Elle s'arrêta, à la fois pour reprendre haleine et pour désigner d'un geste le capharnaüm qui régnait dans la pièce, mais elle se trouva à court de qualificatifs. Malfoy fixait le sol d'un air sombre, mais les paroles d'Hermione avaient fait mouche. L'apathie qui avait paralysé ses traits jusqu'à présent avait disparu.

« Tu n'es pas normal… »

Les derniers mots d'Hermione lui firent l'effet d'une douche froide et lorsqu'elle tourna les talons pour quitter la pièce, il fondit sur elle pour plaquer ses mains sur les tempes de la brunette, comprimant légèrement son crâne, enfouissant ses doigts dans ses cheveux indisciplinés. Hermione sentit tout son corps se raidir. Elle avait perdu l'habitude d'être touchée par qui que ce soit depuis son agression, par manque d'amis principalement et par peur des contacts physiques. Cette soudaine invasion de son espace personnel déclenchait toutes les alarmes de son organisme et son cœur se mit à tourner à plein régime. Le visage fiévreux de Malfoy se rapprocha dangereusement du sien et elle faillit le repousser de toutes ses forces avant qu'il ne se contente de poser son front contre le sien. Sa peau était bouillante, ses yeux légèrement embués, comme s'il se retenait de pleurer.

« Normal… » Il ricana doucement. « C'est quoi, être normal, Granger ? T'inviter au bal de fin d'année ? T'offrir des trucs niais pour la Saint-Valentin ? Accepter d'un air béat que ma mère se tire avec un de mes profs et lui souhaiter tout le bonheur du monde ? Aller en cours comme un bon petit soldat pour marcher dans les pas de mon père et finir comme lui, à jouer bon le toutou au gouvernement et me défouler sur mes gosses en rentrant le soir ? C'est ça que tu veux que je sois ? »

Il resserra légèrement ses doigts autour du crâne d'Hermione et elle agrippa ses avant-bras par réflexe, sans pour autant le dégager.

« Je suis content de pas être normal, au fond… », reprit-il en accentuant délibérément ce terme. « Parce que si je l'étais, j'aurais peut-être pas pu te titiller toutes ces années, j'aurais pas pu t'entraîner dans des centaines de disputes stupides dont je savourais chaque minute… » Il décolla son front de celui de son interlocutrice et leurs yeux se rencontrèrent, faisant grimper un peu plus la tension qui paralysait Hermione de toutes parts. « Alors certes, je n'aurais peut-être pas fait cette foutue photo de Rogue. Mais je ne regrette pas… Parce que si je n'avais pas fait tout ça… tu ne serais pas là en ce moment. Tu ne serais pas en colère après moi aujourd'hui… »

« En quoi est-ce que c'est une bonne nouvelle, au juste… ? », souffla Hermione avec lassitude, sans pour autant dévier son regard des iris glacés du blond.

« La colère, c'est toujours mieux que l'indifférence… »

Hermione soupira et secoua la tête. « Malfoy… »

« Je ne pensais pas que ça serait pire, mais ça l'a été », l'interrompit-il en fermant les yeux. « Je pensais que je serais habitué… après tout, tu as passé des années à me détester et à m'ignorer, je me suis dit que j'arriverais à m'y faire de nouveau. Mais ce court instant, ces quelques jours où on s'est comportés comme deux personnes civilisées l'un envers l'autre… Je n'arrivais plus à revenir en arrière, j'ai cru devenir dingue… »

« Arrête », souffla-t-elle doucement.

« C'est pas possible d'être aussi con, putain… » La voix de Draco s'était brisée et Hermione le sentit doucement glisser en direction du sol, ses mains quittant ses tempes pour retomber mollement le long de son corps. Il tomba à genoux, puis sur les fesses, glissant ses doigts dans ses cheveux blonds. Elle le toisa un instant, puis se laissa tomber à son tour pour se mettre à sa hauteur. Son regard se posa une nouvelle fois sur les boîtes d'opiacés qui pavaient littéralement la pièce.

« Il faut que tu arrêtes tout ça, Malfoy… Il faut que tu reviennes en cours… Bon sang, je ne sais même pas par quel miracle tes absences n'ont pas été remarquées à ce stade… »

« Le privilège d'être le fils d'un homme politique plein aux as ? », renifla le jeune homme en grimaçant.

« Evidemment… », maugréa Hermione en levant les yeux au ciel. Maintenant qu'elle avait vu de ses yeux l'état dans lequel se trouvait le Serpentard, elle comprenait mieux la détresse qu'elle avait lue dans le regard de Blaise lorsqu'il l'avait suppliée de reprendre contact avec son meilleur ami. Draco avait un sérieux problème, et pas seulement d'ordre familial. Il fallait se débarrasser de toute cette came et vite. C'était une question de survie. Elle se releva brusquement, un peu trop au goût du jeune homme, qui lui jeta un regard alarmé.

« Où tu vas ? »

« Nulle part, je vais juste… nettoyer un peu. Allonge-toi, tu fais peur à voir… », ajouta-t-elle d'une voix douce. Il s'exécuta, se relevant pour se laisser immédiatement retomber sur son lit.

« Je suis déso- »

« Je sais. » Elle hocha la tête avec un sourire pincé mais sincère. « Je sais… »
Pour le moment, elle n'aspirait plus à rien d'autre qu'au silence.

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J'ai VRAIMENT, VRAIMENT cru que je n'y arriverais jamais ! Je ne sais même pas si vous allez être encore là pour lire ce chapitre, mais wow quelle galère pour écrire 14 pauvres pages, bon sang ! Des mois et des mois de torture, de doutes, d'angoisse, de grand n'importe quoi, pour au final du jour au lendemain parvenir à terminer d'une traite, je ne cherche même plus à comprendre… Bref ! J'ai déjà commencé à préparer le chapitre suivant et j'espère (je prie) que l'inspiration ne me quitte pas et pouvoir vous proposer la suite dans un avenir relativement proche. Dans tous les cas, je vous tiendrai au courant sur ma page Facebook que j'ai délaissée un peu ces derniers mois, je l'avoue. J'espère, donc, que vous avez apprécié ce chapitre malgré le temps d'attente colossal et à très bientôt !

Gros bisous

Xérès