Harry (2)
Ce fut le besoin de vider sa vessie qui le tira de son sommeil. Harry renfila ses bottes ainsi que sa veste et quitta sa chambre à la recherche des cabinets. Dans le couloir des hommes des Tully l'observaient d'un oeil critique : un étranger ; est-ce que tout chez lui décriait le mensonge qu'il était ? Harry se demanda si sa démarche était adéquate à l'époque, si son langage et son accent ne paraissaient pas comme une mascarade, et pleins d'autres détails. Comme ne pouvoir trouver des cabinets dans un château ? Il s'arrêta près d'un garde à la stature droite, l'air frais, qui longeait les murs des couloirs, une épée flanquée sur son flanc.
« Cherchez les Catherine ? » répéta l'homme une fois interrogée, il mâchait ses mots et Harry eut besoin de quelques secondes de réflexion pour comprendre que le garde parlait de latrines et non d'une dénommée Catherine. Il acquiesça alors que le garde le dévisageait de ses grands yeux bleus marines.
« Voyez où se trouve les cuisines ? (Harry lui révéla que non) Ola. Bon descendez les escaliers du bout du couloir, suivez un mélange de bonne odeur, genre du bon pain chaud et de subtiles parfums de merde ! Ouvrez une des portes, si ce sont les cuisines ouvrez l'autre après avoir piqué une tranche de poisson. » Puis il le planta là et reprit son tour de garde.
Si je croise un soldat qui sent la merde je fais quoi ? Harry retint cette pensée pour lui-même et se dirigea vers la direction gentiment indiquée. Les marches le conduisirent à l'étage qui débouchait par un arc de bois sculpté sur une cour du château, elle même offrait un accès aux jardins. En suivant les conseils du garde et donc en suivant son odorat, il put apprécier l'odeur forte et agréable de la viande grillée à la broche. L'eau lui monta à la bouche et il ne fut étonné d'entendre son ventre demander pénitence en s'ébranlant dans des gargouillis plaintifs ; s'il demandait aux cuisines de lui offrir de quoi se nourrir, se ferait-il rembarrer ? Il était simple invité et ne possédait aucun titre, statu, grade synonyme de traitement de faveur. Avec une grimace, Harry passa devant les cuisines d'où provenaient maintes discussions. Sa vessie le pressa de découvrir les toilettes avant de se vider sur les dallages sobres de Vivesaigues ; Harry suivant son odorat quitta le fin filet d'odeur alléchante et se retrouva quelques couloirs plus loin et portes passées au lieu cherché. Un hoquet suffoqué s'échappa de ses lèvres sèches :
« La vache ! s'exclama-t-il d'une voix forte, il agita sa main devant son nez et réprima un haut le coeur.
« Par le barbe de Merlin, ils ont les entrailles pourries ! » Harry soupira bruyamment, sa vessie l'avertit une dernière fois et il se força alors à entrer dans les latrines puantes destinées aux serviteurs.
Un vieil homme s'y délaissait déjà de son propre poids. Potter s'apprêta à quitter la salle, détournant le regard mais se fit violence : rien de plus normal que de partager des moments conviviaux pendant qu'on se décharge. Alors il se décida à délasser ses braies et à poser son auguste derrière sur le trou aménagé dans le bois ; le vieux lui sourit, sa robe grise était remonté à mi-cuisse dévoilant deux genoux frêles et osseux. Le regard de Harry évita cette zone et préféra observé son visage. Une chaîne aux métaux divers ornaient le cou gris et pendant du vieillard, il s'agissait donc d'un mestre, qui partageait le sort des communs en partageant leurs latrines.
« Je ne vous ai jamais vu en ces lieux, jeune ami. Qui êtes vous ?
– Oh euh, Harry Potier, vous devez être le mestre au service des Tully ? s'enquit Harry, fixant le mur face à lui, alors que le vieillard le dévisageait doucement, assis sur son trou.
– C'est bien moi, soupira-t-il en se grattant la tête, faisant tomber une croûte sur sa robe qu'il secoua légèrement. « Et que venez-vous faire entre nos murs, jeune Potier ? »
Harry déglutit :
« Je suis féru de vieilles histoires, commença-t-il en prenant un ton certain.
– Voyez-vous ça, de quel genre d'histoire ?
– De vieilles légendes, principalement, celles qui parlent de magie !
- Ah, fut la réponse courte de l'homme, Harry se permit de le regarder, le vieillard lui fit un sourire en coin.
- Et donc, poussé par ma passion je fais des recherches dans les divers bibliothèques des grandes villes, cités et demeures, me mettant à leur service si j'en sens le besoin. J'attends la réponse de Lady Stark, pour voir si j'ai ma place parmi vous. »
Le mestre se redressa, laissa sa robe se remettre en place, il s'arrêta devant l'entrée pour faire face à Harry, il semblait réfléchir. Harry se soulageait un peu gêné, le vieil homme le fixait et après quelques secondes, qui parurent interminables, il leva un doigt :
« Après que vous ayez fini votre petite affaire, Potier, je vous inviterai à me suivre à la bibliothèque, j'ai des rayons qui pourraient vous intéresser. » Le mestre un sourire heureux éclairant sa face parcheminée rajouta, comme s'il parlait à un confident : « Entre férus de littérature, il faut bien se donner des coups de puces, n'est-ce pas ?
– Ce serait très généreux de votre part, J'apprécierai aussi que tu ne me fixes pas alors que je suis entrain de pisser, merde. Je vous rejoins sous peu ! » rajouta Harry avec un sourire forcé.
Le vidage terminé, il retrouva le mestre qui conversait sombrement avec un garde, le vieil homme laissa le soldat retourné à sa ronde un quart d'heure plus tard, laissant à Harry tout le temps nécessaire pour observer les fissures courantes sur les murs du château, ainsi que les divers mousses. Suite à l'invitation brusque, un simple mouvement de mains, du vieil homme, Harry eu tout le loisir de découvrir les couloirs, cloître, cours intérieurs et jardins de Vivesaigue ; les bibliothèques se trouvaient à l'extrémité est du château, très loin des cuisines et lieux d'aisance.
