Jour 12
Le truc quand on a trop bu, c'est qu'on s'en rend rarement compte avant d'avoir dessoûlé. Du coup, quand Yuzu se demanda comment elle s'était retrouvée seule dans son appartement avec Byakuya, tout deux solidement imbibés d'alcool, et qu'elle ne put se souvenir de la réponse, elle ne songea pas une seconde à la possibilité d'être un peu -beaucoup- bourrée. Le shinigami ne tenait pas mieux l'alcool qu'elle, cependant il était encore à la limite entre la pleine conscience et l'esprit totalement embrumé. Tandis qu'il attrapait une autre bouteille pour remplacer celle qu'ils venaient de finir, la jeune femme l'observa sans discrétion. En temps normal, elle le trouvait déjà diaboliquement beau. Alors en ajoutant le filtre "wahou!" conféré par la boisson... Yuzu se sentit envahie par une sensation étrange mais très agréable. Elle le contempla alors qu'il buvait un autre verre, celui qui acheva d'endormir sa conscience, et surtout, sa fierté. La différence fut radicale, il parût même à la jeune femme qu'on avait changé le shinigami. Bien sûr, il avait déjà commencé à se désinhiber avec les verres précédents, cependant il était resté à peu près normal. Or là... Même bourrée, Yuzu savait parfaitement que voir Byakuya sourire n'était pas, mais alors pas du tout normal. Pourtant, c'est avec un sourire en coin qu'il la resservit, ce qui ne manqua pas de la faire fantasmer encore plus.
Les deux buveurs étaient assis sur le sol, autour de la petite table du salon. Aucun des deux ne se souvenaient quand ni pourquoi ils avaient commencé à boire. D'ailleurs aucun des deux ne se souvenaient être revenus à l'appartement. Néanmoins, ils ne se posèrent pas la question.
Leurs conversations ne nécessitaient guère de matière grise, mais ça leur convenait très bien. L'alcool avait clairement délié leur langue, et réveillé des côtés d'eux qu'ils préféraient faire taire la plupart du temps. Yuzu, elle, avait les hormones en pleine effervescence, et ça ne l'aidait pas. Alors que le shinigami lui offrit un large sourire narquois, elle dut se faire violence pour s'abstenir de lui sauter dessus, malgré la table qui les séparait.
Bientôt, cette bouteille aussi fut vide. La jeune femme se leva pour aller en chercher une autre, et Byakuya ne la lâcha pas du regard. A son tour, il la détailla sans discrétion et, lui aussi, ne cacha pas son intérêt. Elle s'en aperçut et, revenant s'asseoir, le lui fit remarquer. Pour toute réponse, il sourit encore, la faisant avoir une bouffée de chaleur.
-Je n'ai pas l'impression que ça te dérange, lança-t-il goguenard, au contraire...
Le shinigami la dévorait des yeux. Yuzu ne put soutenir son regard et s'empourpra. Sa peau la picotait et cette sensation étrange envahissait tout son être. Ayant décidément bien trop chaud, elle retira son pull, qu'elle lança plus loin, ne gardant plus que son débardeur et sa jupe. Puis, elle remplit son verre et le vida d'un trait, retrouvant au passage assez d'audace pour le regarder dans les yeux, presque insolemment. Il arqua un sourcil et appuya son menton dans le creux de sa main, elle-même soutenue par son coude appuyé sur la table. Bon sang ce qu'elle le voulait ! Tout son corps était tendu, prêt à bondir au moindre ordre de son cerveau. Mais même fortement alcoolisée, la jeune femme avait toujours cette retenue qui l'empêchait de tenter quoi que ce soit.
Byakuya n'avait pu que remarquer l'effet qu'il lui faisait. La regarder hésiter sur la marche à suivre l'amusait beaucoup. Il attendait de voir ce qu'elle allait faire, mais de toute façon il n'avait pas beaucoup d'illusion sur ce que lui ferait dans tous les cas. Il la désirait depuis trop longtemps pour la laisser lui échapper ce soir-là. Il l'observa mordiller sa lèvre inférieure, geste qu'elle fit sans deviner à quel point il excitait le shinigami, qui parvint tout de même à ne pas réagir. Il continua de la fixer avec un regard brûlant. Comme elle mettait du temps à se décider, il décida de la titiller en se mettant lui-même à jouer avec ses propres lèvres du bout du pouce.
Yuzu perdit alors toute la modération qu'elle avait pu conserver malgré les verres et, sans tergiverser plus longtemps, se pencha au-dessus de la table et s'empara fougueusement de ces lèvres qui avaient tant hanté ses pensées. Il ne s'en étonna même pas, et répondit à son baiser avec une avidité non dissimulée. Lorsqu'ils se séparèrent quelques instants plus tard, il put lire dans ses yeux qu'elle en voulait plus, et elle put lire dans les siens qu'il ne pouvait se retenir plus longtemps. La seconde d'après, la jeune femme était assise sur lui, l'embrassant langoureusement et avec plus de sauvagerie qu'elle ne s'en serait cru capable. Il ne tarda pas à la renverser sur le sol, accompagnant ses baisers ardents de caresses qui la firent soupirer. Seulement elle ne resta pas dessous bien longtemps. Rapidement, elle décida d'inverser les rôles : elle entoura sa taille avec ses jambes et se servit de son poids pour le faire basculer. Se retrouvant assise à califourchon sur lui, la jupe remontée jusqu'à la naissance des cuisses, elle le gratifia d'un sourire provocateur. Il effleura ses hanches avant de lui demander si elle voulait vraiment continuer au beau milieu de son salon. Elle avoua ne plus se souvenir quelle porte menait à sa chambre. Il ne put retenir un éclat de rire moqueur et elle prit une fausse moue boudeuse. Il se redressa, passa ses bras autour d'elle pour la coller contre lui et ils échangèrent un nouveau baiser passionné. Puis, approchant ses lèvres de son oreille, il chuchota d'une voix suave qu'ils n'avaient qu'à tester chaque porte ; après tout, il n'y en avait que deux. Elle frotta son nez contre le sien et lui lança le défi de trouver la bonne du premier coup. Il arqua les sourcils, la faisant rire, puis se leva, la remettant, au passage, elle aussi sur ses pieds. Byakuya saisit ensuite sa main et, après avoir fixé les deux portes un court instant, ouvrit celle de droite.
-Gagné, dit-il.
Yuzu jeta un regard à l'intérieur et son esprit très embrumé reconnut sa chambre. Elle passa les bras autour du cou du shinigami pour lui offrir un baiser torride.
Cette nuit-là, la jeune femme s'en souviendra toute sa vie, non sans rougir.
