Buenos Diaaaaaaas todos y todas!!
Alors, je tiens à préciser que j'ai fini d'écrire ce chapitre après être allée voir "John Rambo" (oui je suis fan de Stallone mmh) et que donc forcément, il y aura une petite inspiration et parce que j'ai commencé à faire une synthèse d'interview avec un vrai mercenaire, les purs, les durs. Je sais pas si j'en ferai un livre témoignage ou un simple reportage; mais ça me passionne et me fascine. Surtout dans le contexte américain, qui vouent un tel amour à leur drapeau. Comment devenir des ronins lorsqu'on est américains? Une question sociologique intéressante. Ce qui nous ramène à Seeley Booth. Son personnage est encore trouble, on a eu que des petits morceaux de lui. J'espère que les saisons à venir le feront se livrer parce qu'il est très complexe. Son problème de jeu compulsif, un dérivatif comme un autre pour une personne souffrant de traumas liés à la guerre, son problème avec la déshumanisation des victimes alors qu'il a été sniper. Il est donc, très complexe et il mérite un traitement approfondi. Bref, j'ai tenté le coup ici, je continuerai surement.
En dehors de ça oyé, oyé! La grève est FINITAAAAA!! C'est apparement officiel. Prions, nous aurons peut-être de nouveaux épisodes après celui du Karaoké. Donc, ici, chapitre deux de "Chez les Booth", nous aurons la troisième et dernière partie -comique, à l'église le dimanche matin mmh. Merci encore à tous mes reviewers; Beinganotherone et Clewilan ont gagné mon concours du cameo/référence dans le dernier chapitre, ça va être bien marrant.
Gros bizz à tous et -je l'espère- bonne lecture.
Il faudrait penser à décerner une médailles aux types comme moi. Enfin, pas le genre de médailles que j'ai déjà en masse, non, le genre de médailles que tous les hommes du 21e siècle regarderont avec respect en se disant que ce ne sont pas les bombes, les guerres, les armes à feux qui font d'un homme un homme. Non, ce sont les femmes. Ce ne sont pas les mérites sur le champs de bataille qui rempliront les coeurs de nos ennemis de crainte, ce sera la manière dont nous réussissons à résister à la constante torture mentale imposée par la gent féminine. Je suis un héros. Bon techniquement, oui j'en suis déjà un -laissez moi m'envoyer des fleurs- mais là...
N'enlevons pas de mérite au pauvre Seeley Booth. Il est effectivement devenu un héros dans tous les sens du terme parce qu'il n'a pas encore cherché à mettre sa tête dans le four et il est déjà 9 heures du soir. Non en vérité il en rajoute -comme tous les hommes- pour se faire plaindre. Tout ne va pas si mal, au contraire même. Sa mère a commencé à baisser sa garde, son père est plus caustique que jamais et Bones... Bones enchaîne rires complaisants à l'endroit de Mr Booth Senior et ricanements niais lorsque le bébé manifeste son désir de participer aux réjouissances. Ce qui ne manque pas d'attendrir beau-papa et belle-maman; raison pour laquelle cette dernière a décidé de ne plus faire de remake de « Shining » jusqu'à nouvel ordre. Cependant rien de tout ça ne permet à Booth de se détendre parce qu'il est comme le prédateur attendant sa proie; dans l'expectative. Il sait qu'à un moment ou à un autre, il faudra qu'il fasse agir son charme pour désamorcer une situation délicate. Donc... Il attend. Et comme pour lui donner raison -ou s'acharner- le sort se charge de lui donner de quoi faire entre la salade et les lasagnes, lorsque la question qui fâche fini par tomber:
- Comment Parker a-t-il prit la nouvelle?
Il lève d'abord les yeux vers le ciel. Merci, j'aurais dû savoir que ça arriverait. Bon, oui je le savais plus ou moins mais je ne m'étais pas préparé. Pourvu que Bones ne relève pas. S'il vous plaît. Lorsqu'il fixe son attention sur elle, il voit immédiatement que Dieu ne lui a pas fait cette faveur. Elle ne remarque jamais rien, mais ça oui, évidemment!
- Oui au fait, comment est-ce qu'il a prit la nouvelle, Booth?
Il sourit, gêné. Sa réponse tardant, tous les regards sont sur lui. Il sait pertinemment que s'il ne décide pas de formuler une phrase dans les secondes à venir, Bones va lui couper l'herbe sous le pied et lui donner une bonne raison de tenter de se noyer dans la cuvette des toilettes.
- Il... Je n'ai pas encore eu le temps de lui dire.
Bravo Seeley, c'est tellement crédible. Tu aurais mieux fait de tenter la cuvette. Ça va faire 4 mois que tu es au courant et en autant de temps tu n'aurais pas eu le loisir d'annoncer à ton fils que tu vas bientôt lui présenter son petit frère et que toi et Bones vous allez vivre ensemble, et qu'elle ne sera pas maman mais la femme de papa? Oui en même temps il faut que je prépare mon coup, c'est pas si vaseux que ça comme argument, mmh? Il semble en tout cas, que Bones n'ait pas la même opinion que lui à ce sujet; son front plissé par l'incrédulité le prouvant au moins autant que la pointe de sarcasme dans sa voix:
- Tu n'as pas eu le temps?
Coincé, il se tourne vers sa mère, qui -il l'espère- lui épargnera peut-être les explications embarrassantes qui le forceront à passer la nuit sur le canapé. Il se revoit arriver quelques heures plus tôt, demandant discrètement si Bones pouvait dormir avec lui -certain que cette dernière ne comprendrait pas qu'on les sépare sous prétexte que l'autorité parentale n'accepte pas de considérer sa progéniture comme sexuellement active même après 35 ans. Ce à quoi sa mère lui a répondu en riant qu'il la prenait pour une imbécile et qu'elle leur avait déjà préparé la chambre d'ami. Pour rien si la conversation continue en tout cas. Bones va me virer du lit, et je ne pourrai même pas venir à a prochaine échographie si je ne lui promets pas de dire à Parker qu'elle est enceinte. Je fais quoi maintenant, hein? Dans tous les cas, je me prépare à déchaîner les
enfers.
- Seeley, tu devrais le dire à Parker.
Maman! Tu devais m'épargner, me sauver! Pourquoi tu m'enfonces? Pourquoi, pourquoi, pourquoi???
- Je...
- Il a peur de lui en parler.
Et elle s'y met aussi. Et depuis quand est-ce qu'elle comprend ce genre de trucs d'abord?! Je pensais l'avoir jouée fine. Débordé, enquêtes, maison, j'ai même utilité le prétexte Rebecca et son nouveau mec pour être tranquille... Oui ok, même Zack aurait capté que j'ai la trouille. Il regarde ses deux bourreaux, tellement dépité que ça en devient comique. Moment que son père pense idéal pour intervenir:
- Tu n'aurais pas plutôt peur d'en parler à Rebecca?
Je suis dans un vaudeville, c'est ça? Tout le monde se ligue contre moi et peut-être même que Cam va sortir du placard en leur disant que je l'ai mise enceinte elle aussi? Seigneur, ayez pitié. J'ai toujours été un bon chrétien, j'ai toujours fait ce qu'il fallait. Ou alors est-ce que vous essayez de m'apprendre quelque chose? Il faut que je le dise à Parker c'est ça? Je vais le faire! Un jour... Ok je le ferai bientôt. Ah bon sang! Oui, quand on sera rentrés! Ah nan et Bones recommence. Très terre à terre, elle continue de manger calmement tout en lui assénant le coup fatal:
- Anthropologiquement, il peut s'agir d'un complexe territorial. Il a probablement peur que Rebecca voit son autorité sur lui diminuer s'il lui avoue que je suis enceinte et par conséquent, diminue en retour ses droits
parentaux vis à vis de Parker. C'est à peu de choses près le même schéma concernant Parker; si ce n'est plus naturel parce qu'il voit son père construire une autre famille et peut craindre de le voir l'exclure de son nouveau territoire.
Il faut que je trouve un truc pour lui prouver qu'elle a tort. Le problème étant qu'elle a raison. Et que mes parents sont impressionnés. Pourquoi est-ce que je suis tombé amoureux d'un génie? Je n'aurai plus jamais le dernier mot. Quoi ça fait déjà trois ans que je n'ai plus le dernier mot?
- Ce que vient de dire Tempérance est on ne peut plus juste, Seeley. Connaissant Rebecca, elle serait capable de te menacer de te priver de Parker. Déjà que tu ne le vois quasiment jamais...
L'évidente animosité de la mère de Booth envers l'ex compagne de son fils provoque chez Bones un sentiment d'empathie auquel elle n'est pas habituée. Est-ce que l'instinct maternel commence à se matérialiser? Peut-être, ses fluctuations émotionnelles des mois passés l'avaient laissé présager. Mais pour la première fois, elle comprend. Et elle sait que jamais elle ne pourrait séparer son enfant de son père. Il faut que je lui dise, il faut que je leur dise à tous les trois. Je ne suis pas Rebecca. Rien de tout ça ne se reproduira; je sais combien c'est important d'avoir une famille. Mais Booth la sort de sa réflexion, blessé par la remarque de sa mère. Oui il ne voit pas Parker, inutile de le lui rappeler.
- Maman... Rebecca ne peut pas me priver de mon droit de visite uniquement parce que je vais avoir un autre enfant. Je me fous de ce qu'elle peut penser. Ce qui m'importe c'est mon fils.
- Je sais mon chéri, mais...
- Maman.
Sa mère sait que lorsqu'il contracte ses maxillaires, il vaut mieux éviter de le contrarier d'avantage. De quoi clore le sujet. Enfin, de quoi croire hypothétiquement, que Bones va effectivement prendre son expression pour un signe de danger. Ses capacités empathiques sont encore à développer...
- Booth, s'il n'est question que de l'adaptation de Parker à la situation, il suffit de lui montrer que son territoire est préservé en l'amenant chercher notre maison avec nous. S'il participe au choix de l'endroit, s'il choisi sa chambre; il sentira qu'il fait partie intégrante de cette expérience.
Il sourit. Pourquoi est-ce que je ne lui ai pas dit ce que je ressentais plus tôt? Parce que je pensais qu'elle me sortirait une raison anthropologique ou parce que j'avais peur qu'elle soit jalouse? Peut-être parce que je suis un abruti. Ses raisons anthropologiques sont loin de rater le coche, il faut être honnête. Et puis, Bones, jalouse? Si. Elle l'a été. Je suis un peu vexé qu'elle ne le soit pas en ce moment d'ailleurs Moui je sais; elle vient de me soulager d'une sombre prise de tête. Peux pas tout avoir mmh. Il ne réalise pas tout de suite que ses parents les observent avec un sourire complice. A ce moment précis, il sait que si Bones ne gaffe pas d'ici la fin de la soirée, ils la porteront aux nues jusqu'à la fin de leurs jours. Elle leur plaît et plus encore, ils ne doutent pas de son attachement à leur fils. De quoi conquérir le coeur des parents les plus insensibles -ce qui n'est d'ailleurs pas leur cas- c'est dire combien ils sont conquis. Oui, elle peut être étrange et ses réflexions sont souvent incompréhensibles, mais elle est vraie. Et c'est tout ce qui compte.
- Vous travaillez sur quoi en ce moment?
Le père de Booth, désireux de relancer la conversation vient de choisir un sujet qui, s'il ne l'a jamais dit à son fils, le passionne. Il est d'ailleurs toujours déçu lorsque ce dernier se contente d'un vague « Oh, une affaire d'homicide ». Non pas qu'il soit sadique, mais il admire la manière dont son fils continue de servir son pays. Il aurait voulu faire pareil. Alors, connaissant la virtuosité littéraire de Brennan en matière de crimes, il se dit qu'il obtiendra peut-être de quoi satisfaire sa curiosité. C'est sans compter sur le coaching intensif de son rejeton. Bones sourit, regardant les assiettes à moitié pleines sur la table:
- Rien que vous aimeriez entendre pendant un repas.
Booth remercie Dieu, qui semble enfin de son côté. Vous vouliez vraiment que je parle à Parker, mmh? D'acc, j'ai eu votre message. Cool. Wow, ça fait bizarre quand même. Si bizarre qu'il ne voit pas la suite venir:
- Pour tout vous avouer, Catherine et moi avons lu vos livres et...
- Oh Andy Lister n'est pas inspiré par Booth; les scènes érotiques sont totalement fictives. Enfin, elles l'étaient quand j'ai écris le... Elles...
Elle se rend compte qu'elle a dépassé la mesure, juste un peu tard. Craignant d'avoir déçu Booth, elle lui lance un regard à la fois suppliant et désolé. Je suis une asociale. Il va vouloir dormir sur le canapé ce soir. Il rigole? Pourquoi est-ce qu'il rigole? Je viens de l'embarrasser devant ses parents...
- Bébé, je pense que papa voulait te parler de ce qui se passe entre ces scènes. Qui, effectivement, n'ont pas été inspirées par la réalité. Cela dit, elle ment pour Andy. Elle s'est réellement inspirée de moi.
Il n'avait pas encore utilité son sourire charmeur jusque là, mais le moment lui semble opportun. De quoi éviter à maman de regretter de nous avoir préparé la chambre d'amis. Non parce que si elle commence à s'imaginer que nous sommes aussi bruyants que Kathy et Andy à l'arrière du SUV... Bref. Je préfère encore parler d'odeurs de putréfaction. S'il l'ignore, en acceptant le moindre des deux maux, Booth vient de faire grand plaisir à son père. Au risque de passer la nuit au dessus de la cuvette des toilettes -pas pour se noyer cette fois.
- Oh, excusez moi Mr Booth.
Qui lui sourit. Définitivement conquis.
- Mark.
- Mark. En vérité, tout le monde me pose toujours les mêmes questions et elles concernent rarement les enquêtes. Mon agent me dit que le sexe fait vendre au moins autant que le gore, mais je pense qu'il s'agit uniquement de satisfaire les instincts Darwiniens de l'homme. Mais mes enquêtes sont toutes basées sur un véritable travail judiciaire. Votre fils peut en témoigner, ce que nous voyons dans la réalité est souvent pire que ce que j'écris dans mes livres. Par exemple, en ce moment...
Elle tourne la tête vers Booth pour être sûre qu'elle peut continuer sans provoquer une nausée généralisée. Son sourire l'encourage. Oui, il est plus à l'aise à l'idée de parler de cadavres que de sexe. Rien de nouveau. Sinon ce petit désir de cacher à ses parents la partie la plus laide de son travail, la mort. Mais il sait que les mots que Bones va utiliser risque de les perdre dans un marasme scientifique, donc les risques sont minimes.
- ... En ce moment nous travaillons sur un cas de meurtres rituels alliés au cannibalisme. Nous avons retrouvé un squelette en argent, que les tueurs recomposent petit à petit avec chacune de leurs victimes. Nous l'avons appelé l'affaire « Gormogon » parce qu'il semblerait que ces crimes soient liés à une conspiration maçonnique.
Mark semble boire ses paroles, de quoi persuader Booth de l'admiration sans borne qu'il porte à son travail. Une nouvelle fois, il sourit. Tout est simple finalement. Tout est comme cela devrait être. Quelques remous, certes, mais rien qui sorte de l'ordinaire. Heureux, il alimente la conversation, curieusement à l'aise d'évoquer les détails les plus complexes de leur affaire en cours. Toutefois lorsqu'il jette un coup d'oeil vers sa mère, il la voit redevenue dubitative. Leur travail? Les cadavres? Quand il l'observe il comprend. Elle regarde Tempérance comme il regarderait un suspect. Et ce n'est pas sa science, son détachement vis à vis de la mort, ni sa précision parfois trop imagée qui la gênent. Elle se demande si vivre 24 heures sur 24 dans un environnement pareil ne va pas porter préjudice à son fils. Elle aurait voulu qu'il se trouve une petite femme gentille, et loin de ces préoccupations; avec qui le dîner de Thanksgiving ne serait pas prétexte à dresser le profil psychologique de maniaques. Maman... Si tu savais. Si tu la connaissais. Si elle savait qu'on se dispute plus souvent pour des détails insignifiants qu'à cause de nos enquêtes. Il va falloir que je lui parle.
Au moment de rejoindre leur chambre, Booth ne parvient pas à réprimer l'inévitable embarras lié à l'idée de passer la nuit avec la femme qu'il aime sous le toit de ses parents. C'est ridicule, totalement irrationnel. Oui, Bones partage le même sentiment. C'est la première fois qu'elle passe la nuit chez les parents de son compagnon, lui en particulier -mais surtout tous en général. Si elle pense ne pas s'en être trop mal sortie durant la soirée, elle n'arrive pas à s'empêcher de rougir. Ce n'est pas comme si nous allions faire quoi que ce soit, je suis trop fatiguée -et puis ce serait bizarre- mais... C'est... bizarre. Il doit bien y avoir un mot moins approximatif pour décrire cette sensation non? Anthropologiquement parlant, ce n'est que la crainte de déranger l'ordre établi, d'afficher notre statut d'êtres sexués face aux figures parentales. Mais ça reste surtout « bizarre ». Je me demande si Booth se sent comme moi. Si ça se trouve il a déjà amené des tonnes de filles chez ses parents... Lorsqu'elle le regarde, elle voit qu'il n'a sans doute jamais rien fait de tel. Elle sourit. Les « bonne nuit » échangés, les portes se referment et elle ne cherche pas à masquer sa curiosité:
- Tu as déjà amené des filles chez tes parents avant? Hormis Rebecca. Et... moi évidemment.
Il sourit, lançant -comme d'habitude- sans grand soin ses vêtements là où ils voudront bien atterrir. Remarquant que sa mère leur a préparé de quoi dormir. Elle a gardé mes vieux T-shirts de l'armée. Voyant Booth détailler les vêtements posés sur leur lit sans lui répondre, elle prend sa posture « grand inquisiteur »:
- Booth...
- Pardon, oui.
Est-ce qu'il essaie d'éviter de me répondre?
- Je t'ai posé une question...
- Les filles? Hormis Rebecca, rien d'extraordinaire. La fille que j'ai amené au bal de fin d'année...
- Celle à qui tu avais demandé de venir en utilisant le haut-parleur du lycée?
Mmmh, elle a de la mémoire. Shocker.
- Oui. Et sinon... Rien d'officiel.
Elle fronce les sourcils. Rien d'officiel? Il veut dire qu'il a amené des filles chez ses parents et que ce n'était pas important? Sociologiquement c'est censé représenter un pas en avant, une forme d'acceptation, d'appartenance à une tribu. Lui il traite ça comme un rien. Pourquoi je me sens vexée? Parce que j'en fais quelque chose d'important et lui non? Je hais la psychologie.
- Qu'est-ce que tu veux dire?
Il faudrait me refiler une machine pour m'empêcher de dire des trucs ambigus. Elle est littérale. Avec un L majuscule; et moi je suis... Rhaaaa, merde.
- Je veux dire qu'en dehors de toi et de Rebecca je n'ai amené personne dans le sens « présentation aux parents ».
Elle acquiesce. Vraisemblablement satisfaite. Bien, ça c'est fait. Pourquoi est-ce que je sens qu'elle ne va pas s'arrêter là? Parce que je la connais par coeur? Sûrement. Effectivement, méthodique -comme toujours- elle se déshabille en continuant sa réflexion:
- Et comment était Rebecca?
Comment elle était? Elle était, normale. Si tant est qu'arriver en annonçant qu'elle refuse d'envisager toute forme d'union parce qu'elle considère ça comme atteinte à ses droits en tant que femme... Où est-ce que je vais les chercher? Je me le demande.
- Elle était... froide.
Froide, c'est bien? C'est neutre mais pas flatteur. Juste ce qu'il faut. Enfin j'espère. Dites moi que j'ai bien répondu.
- Froide? Plus que moi?
Il grimace. Ok, je vais retravailler ma réponse. Il se glisse dans le lit, s'offrant stratégiquement quelques secondes de plus. Il la voit le rejoindre, attendant la dite réponse comme s'il s'agissait d'une vérité élémentaire. Il va falloir que je sois convaincant, sinon je risque encore le canapé.
- Tu n'es pas froide. Tu es... rationnelle. C'est dans ton tempérament. Elle, c'était... pour les défier. Elle les a rejetés quasiment dès le départ, elle n'a pas fait d'efforts.
Elle sourit. Pas par plaisir à l'idée d'être mieux que sa « rivale » -enfin pas totalement- mais surtout parce qu'il lui a parlé en ses termes. Et quand il fait cet effort, elle sait que c'est pour la rassurer. Il sait que c'est important pour elle, il sait qu'elle, a fait des efforts elle aussi durant toute la soirée. Comme elle sait que sa mère a certainement dû en faire elle aussi. Elle a vu la manière dont elle la regardait, et sans savoir comment elle en est arrivée à cette conclusion, elle a le sentiment que c'est lié à quelque chose de profond -plus en tout cas qu'une rivalité belle-mère/belle-fille. Cherchant la confidence, elle se presse contre lui, son nez dans son cou. Elle ignore pourquoi mais pour la première fois, elle a peur de le regarder dans les yeux. Ce qu'elle s'apprête à lui dire, elle n'avait jamais osé le dire auparavant.
- Booth...
- Mmh?
Comment est-ce que je trouve les mots? Je suis nulle avec les mots. Un auteur de best-seller, nul avec les mots. Parlez d'ironie.
- Ta mère...
Il soupire. Il sait qu'il ne peut pas la laisser dans le flou. La Bones du passé n'aurait pas remarqué l'inquiétude de Mme Booth, la Bones du passé se serait contentée de continuer ses récits gores et d'étaler sa science. La Bones d'aujourd'hui a senti un malaise. Il lui doit cette explication -ignorant qu'il lui épargne la formulation d'une question difficile.
- Ma mère a peur. Elle sait ce que j'ai fait. Ce que j'ai vécu. Quand elle nous voit parler de la mort avec détachement, ça l'effraie. Elle sait que nous faisons le bien, que nous essayons; elle sait que c'est ce que j'ai toujours fait. Mais elle connaît le prix. Elle a vu mon père revenir du Vietnam au bord du gouffre. Ce qu'il avait vu, ce qu'il avait fait.
Il s'arrête. Ce que j'ai fait. Elle ne sait pas ce que j'ai fait. Il sait qu'il ne va pas pouvoir lui cacher plus longtemps.
- Qu'est-ce que tu as fait, toi?
Il inspire, expire. Elle n'a fait que murmurer mais il a l'impression d'avoir entendu de nouveaux hurlements. Ces cris qui l'ont si longtemps accompagné dans son sommeil. Ces regards tournés vers lui, son viseur. En ligne de mire, des hommes, des êtres humains. Un jour, au début de leur collaboration elle lui avait demandé ce qu'il avait fait durant le Kosovo, il lui avait conseillé de ne pas lui poser la question. Le général Raddick n'était qu'un épisode parmi d'autres. Un contrat parmi d'autres. Combien de fois avait-il armé son fusil à lunettes? Il ne lui avait jamais dit.
- J'ai fait des choses...
Quels mots mettre sur ce que j'ai fait? Sa voix est enrouée, sa poitrine lourde. Il n'arrive plus à respirer. Ce qu'il a fait. Il n'en a parlé à personne. Sa mère n'a fait que deviner. Il sait que Bones ne la jugera pas, mais il ne peut pas s'empêcher de craindre de passer pour un monstre. Ce qu'il a fait, il l'a fait comme s'il n'avait plus de conscience. Comme une machine.
- Il y a des gens qui pensent qu'être à 2000 mètres d'une cible rend la chose plus simple. Qu'on ne voit qu'à travers son viseur. Qu'on ne pense qu'à l'altitude, la réverbération de la lumière, l'étouffement du bruit. On est invisibles. On existe pas. Mais on tire. A l'école on nous apprend qu'il faut appuyer sur la gâchette d'un coup sec pour atténuer le contre-coup, on nous entraîne sur des cibles pendant 10 heures par jour jusqu'à ce qu'il n'y ai plus qu'un seul trou au milieu de la poitrine. On ne doit pas tirer dans la tête, les cibles doivent être identifiables. La poitrine, les poumons. Un tir, une cible. Pas plus.
Elle inspire, la gorge nouée. Elle l'avait vu à l'oeuvre par le passé. Elle avait été impressionnée par sa technique, par sa justesse. Elle avait été séduite par la masculinité évoquée par ses faits d'armes. Mais jamais elle ne se l'était imaginé en train d'apprendre par coeur les règles élémentaires de la mort. Il avait vécu la mort comme elle, comme des chiffres, des variables. Pas des êtres humains. C'est pour ça qu'aujourd'hui il ne supporte pas quand je déshumanise une victime. Parce qu'il l'a fait. Parce qu'il ne peut plus le faire.
- Je passais des journées à observer, à calculer des angles de tir. Je chassais. C'est la définition qu'on donne à cette partie du travail. La traque. Je prenais des photos, je notais la température, la vitesse du vent. Je fabriquais mes balles en fonction de certains éléments.
Une nouvelle pause. Elle ferme les yeux. Partagée entre la honte de trouver cet excès de testostérone excitant et la peine qu'elle perçoit dans sa voix. Pour lui ce n'est pas sexy, pour lui cela constitue une partie de sa vie qui le fait encore cauchemarder aujourd'hui. Il inspire une nouvelle fois, aussi profondément que possible. Mais le poids est toujours là. Pourtant il le sait, il faut qu'il lui dise tout. Il faut qu'il se libère.
- J'ai exécuté 46 contrats.
Des êtres humains que je n'ai vu qu'à travers mon viseur. Des cibles. Un jour il s'était disputé avec Bones lorsqu'elle lui avait fait remarquer qu'il appelait un suspect une « cible ». Elle lui avait demandé si ça rendait son travail de sniper plus simple. Et c'était le cas. Seulement il ne lui avait pas répondu.
- Il y a une différence entre être au milieu d'autres hommes et lutter pour sa survie et... entre tenir en joue quelqu'un qui ne sait pas ce qui va venir. Quand j'étais dans les rues de Mudayrah, j'avais 18 ans. Je ne savais rien. Mais quand j'ai tenu Raddick dans mon viseur, j'avais 26 ans. C'était mon 28e contrat.
C'était il y a dix ans, à peine. Combien de vies avait-il vécu depuis? C'est là que Bones réalise combien elle ne sait encore rien de lui. Combien il demeure un mystère et elle éprouve soudainement ce que sa mère doit éprouver. La peur. Il n'a rien dit, et il ne dira peut-être jamais rien. Il souffre, et il cite des chiffres, des nombres dans une ultime tentative de détachement. Elle se serre contre lui, plus fort encore. Se remémorant que le garçon de 18 ans, autant que l'homme de 30 a subi des horreurs. Il en avait ri un jour, « J'ai été plus torturé que ça », lui avait-il dit devant un café. Comme si de rien était. Il s'était fait briser les pieds à coups de masse. Et c'était la seule chose qu'elle savait. Le reste, encore une fois, elle n'avait pu que le deviner. Comprendre pourquoi sa mère a peur lorsqu'elle l'entend parler de la mort. Cela fait presque 20 ans qu'il vit avec. Plus de la moitié de sa vie.
Mme Booth n'avait jamais vu les cicatrices, et Bones n'avait jamais osé demander d'où elles venaient. Mais elles étaient là. Et il y en avait trop. Elle les sent encore sous ses doigts. Et il sait qu'elle y pense. Il la serre, sent leur enfant s'agiter, avec la peur presque, qu'il comprenne ce qui est en train de se passer.
- Ma mère ne sait rien de tout ça. Et elle ne le saura jamais. Si je lui disais ce serait pire que ça ne l'est aujourd'hui. Parce qu'elle craint le pire, mais elle ne sait pas que le pire est vraiment arrivé. Quand je rentrais, elle me demandait -au début- et je souriais. A la fin, elle ne m'a plus rien demandé.
Il ignore si c'est parce qu'elle a eu honte de ce qu'il faisait, ou parce qu'elle a pleuré des nuits durant avec l'idée que l'unique fois où elle reverrait son fils, ce serait sous un drapeau bien plié, remis avec les honneurs et quelques médailles qu'il ne porterait jamais. Des médailles il en a des dizaines, et il ne veut pas les porter. Sa nuque humide, il se rend compte que Bones est en train de pleurer. Peut-être qu'il n'est pas encore temps de tout lui dire.
A suivre...
