Salut les filles !

Fiiiou ça va cette fois, j'ai pas trop de retard en ce qui concerne mon actualisation "mensuelle". Pourtant, ce chapitre m'a donné biiiiien du fil à retordre, c'est moi qui vous le dis ! Une horreur ! Même si j'ai aimé l'écrire, j'ai du le reprendre complètement plusieurs fois (vous comprendrez pourquoi en le lisant, je pense...) et si je suis à peu près satisfaite du résultat, j'espère franchement qu'il sera à la hauteur et que je suis parvenue à bien retranscrire les émotions des personnages, tout en respectant leurs caractères !

Car j'ai bien remarqué que certaines d'entre vous étaient déçues par le précédent...

J'espère donc pouvoir faire amende honorable avec celui-ci ! ^^

Au programme donc... bah... pas de spoil cette fois, vous le découvrirez bien pendant votre lecture ! :D

Bref, je tenais encore une fois à vous remercier et en particulier, Lawiki, Péri et surtouuuut Kuro-Hagi qui subit littéralement mes doutes et mes hésitations quant à cette histoire...

Comme d'habitude, on ne fait pas gaffe aux oublis et autres fautes que je corrigerai petit à petit ;)

Enjoy !


Le premier réflexe de Kagami face à ce spectacle surréaliste, fut de se demander s'il n'avait pas bu trop d'alcool.

Or, à son actif, il n'avait qu'une coupelle de saké et une bière. C'était bien trop peu pour lui causer de telles hallucinations !

Et pourtant, il était pourtant bel et bien là.

Ce ganguro de malheur...

Son voisin.

Aomine.

Nu, avec seulement une ficelle rose dans la raie des fesses. Appartenant à Alex, sans l'ombre d'un doute. Kagami était formel quant à l'identification du sous-vêtement (officiellement porté disparu), qu'il avait été contraint de laver à la main lui-même parce que « tu comprends, c'est du satin, c'est délicat comme matière ! » … Ce qu'en revanche Alex ne lui avait pas expliqué, c'est POURQUOI c'était à LUI de laver à la main SON string à ELLE... ! Cette expérience aurait sans doute été un traumatisme de plus à ajouter à la longue liste de ceux qu'il devait déjà à Alex, mais, va savoir pour quelle raison, celui-là, il l'ajouterait plutôt à la liste qu'il tenait sur son insupportable voisin... Voisin qui portait présentement le fameux string incriminé... et de la chantilly dégoulinant sur son torse. Quant à ses paroles... ok, c'était probablement le PIRE dans toute cette situation...

Aomine se prenait pour un dieu de la séduction, mais avait-il seulement idée d'à quel point il était pathétique ? Et pas « pathétique » dans le sens « qui inspire un sentiment de tristesse », mais plutôt dans le sens « ridicule ». Il paraît d'ailleurs que ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort. Or, le ridicule ne tue pas. Aomine allait donc ressortir plus fort de cette expérience. CQFD. Et il en était de même pour Kagami, qui, de son côté, ne comptait surtout pas mourir non plus... Mourir de rire, bien-sûr, cela allait sans dire !

Il savait son voisin particulièrement excentrique, mais là, le comportement sans gêne du flic dépassait l'entendement ! Qu'essayait-il de faire ? Ne se rendait-il pas compte qu'il foutait en l'air toutes ses chances de conclure, avec une pareille attitude ? Kagami avait du mal à croire qu'une telle donnée puisse échapper au brun. Je veux dire, ok, Aomine avait prouvé à plusieurs reprises maintenant qu'il était un beauf' patenté, mais de par sa nature de policier, il avait paradoxalement fait montre d'une grande perspicacité plusieurs fois aussi. Alors pourquoi un contraste aussi fort dans son attitude ?

Et dire que ce type qui se déhanchait dans ce string féminin bien trop petit pour lui, était celui qui avait sauvé Kise d'une mort lente et certaine... Cela semblait improbable à croire en l'état... A croire que l'animal avait une double personnalité... Malgré sa méfiance et un peu de dégoût pourtant, le regard de Kaga se figea, attiré comme un aimant vers l'entrejambe de la panthère. Oh, n'allez surtout pas vous imaginer que le tigre était en train de mater Aomine ! Bon ok, ok, si, peut-être légèrement... (et on le comprend, pas vrai ?) mais pas plus que ça, n'allez pas vous méprendre quant à son vœu d'abstinence, toujours d'actualité !

Aomine avança vers lui en se dandinant, puis, une fois face au tigre, il vint poser ses mains sur les épaules de Kagami, parvenant même à le clouer au canapé d'une simple pression. La panthère en profita pour le surplomber, tel le prédateur qui contemple sa proie une dernière fois avant la mise à mort.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que malgré toute sa bonne volonté, Kagami avait bien du mal à rester concentré et à regarder Aomine dans les yeux... Ce que le policier interpréta immédiatement comme un signe d'intérêt à son égard. Et si intérêt il y avait, il était forcément d'ordre sexuel, d'après le brun outrageux. Oui, ça ne pouvait être que du désir qu'il lisait dans les pupilles écarlates rivées sur son gros (petit) paquet cadeau, pas de doute. Cadeau qui ne demandait par ailleurs qu'à être déballé...

« Aomine... ce string c'est... »

« ... Incroyablement sexy sur moi... t'as pas besoin de le dire, j'le sais déjà... » Le coupa t-il en posant autoritairement son index sur les lèvres de Kagami.

Sa voix était rauque, et le policier avait susurré à seulement quelques centimètres de l'oreille du pompier. Oreille avec laquelle sa langue humide vint flirter pour donner plus de poids à ses paroles. Cela arracha un frisson au tigre, qui ne parvint pas à le réprimer. Prenant cela pour une invitation, Aomine s'installa, au OKLM, sur les genoux d'un Kagami réceptif, qu'il croyait déjà tout acquis à sa cause. Il faut dire que la panthère se kiffait et il était donc inconcevable pour elle qu'on puisse résister à ses avances. Non, « kiffer » était même trop faible, en vérité, Aomine vouait un culte à son propre corps et Kagami devrait donc se sentir honoré qu'il lui permette de le toucher. Oui, vraiment, Aomine Daiki ne doutait de rien et surtout pas de lui-même, ni de sa stratégie pourtant douteuse.

Il misait en effet tout sur son physique ensorceleur (à défaut de sa personnalité, beaucoup moins charmante, elle...), mais malgré leur proximité moite, conjuguée aux effets dévastateurs (ou prometteurs...?) du viagra qui avait rempli son office au niveau de l'entrejambe de Kagami, la panthère en fit trop, une fois de plus. Et même la chaleur étouffante de la canicule, ainsi que le fait que le brun ait savamment coupé la climatisation de son appartement pour rendre l'atmosphère... plus chaude (dans tous les sens du terme...) ne lui furent d'aucun secours dans son entreprise de se retrouver tounu avec Kagami. Car comme à sa regrettable habitude, Aomine gâcha ce moment qui aurait pu être parfait. Il attrapa la tête du tigre et l'enfonça contre son torse, (un peu à la manière des stripteaseuses qui font ça à leurs clients les plus téméraires...) la plongeant ainsi dans la chantilly fondue qui maculait toujours ses pectoraux avec beaucoup moins d'allure que tout à l'heure, néanmoins... (elle avait pas mal fondu à cause de la canicule qui régnait dans l'appartement...)

Ce geste sonna comme un électrochoc pour Kagami.

Ce fut la goutte d'eau qui mit le feu aux poudres.

Il n'en fallut pas plus pour qu'il reprenne ses esprits, et Kagami décréta que ce petit numéro de chippendale au rabais avait déjà assez DURé. Or, est-il nécessaire de rappeler que le tigre était loin de posséder une patience et une endurance aussi aiguisées au bullshit que le commun de la plupart des mortels ? Il repoussa donc son agresseur sans ménagement pour mettre une distance salvatrice entre eux. Salvatrice pour ses nerfs. Et aussi parce qu'il ne pouvait plus respirer, englué de la sorte (ou plutôt étouffé...) contre le buste solide de son homologue. Non mais really... ? Aomine essayait-il encore de le séduire ou avait-il abandonné cette idée, passant directement à la phase 2 de son plan, qui consistait à le tuer par privation d'oxygène ? Parce qu'on était en droit de se poser la question, là.

Légitimement.

Sourcils froncés, de la chantilly étalée sur son visage comme s'il s'agissait d'une barbe de Père Noël artisanale, Kagami s'apprêtait à houspiller le malandrin responsable de cette mascarade. Mais cette satisfaction, Aomine la lui vola en éclatant de rire le premier, avant même que le tigre n'ait eu le temps de rugir contre lui.

« Ahahaha ! Excellent ! On dirait que tu t'es pris un bukkake dans la tronche ! »

Le tout, ponctué du ton moqueur de circonstance et en agitant l'index vers lui, de manière à la fois accusatrice ET inquisitrice.

« Et à qui la faute ? Tu trouves ça drôle, enfoiré !? » Cracha Kagami, peu ravi de ce masque de beauté raffermissant improvisé.

« Bah ouais. J'vais quand même pas pleurer, tronche de spermato ! » Le railla à son tour le brun.

Il fallait toujours que Kagami joue les rabats-joie ! A croire que c'était plus fort que lui... franchement, il serait temps qu'il se décoince et bien entendu, le fait que le tigre puisse être insensible à l'humour DESOPILANT d'Aomine (et à ses charmes...), était absolument inconcevable pour ce dernier...

En réalité, Kagami devrait plutôt penser à remercier Aomine, parce que suite à son intervention, le charme s'était rompu. Et ce n'était pas son entrejambe (qui le titillait toujours...) qui suffirait à refaire plonger Kagami. Le tigre poussa donc le brun, l'éjectant sur le sol et Aomine s'écrasa donc, se retrouvant rapidement les quatre fers en l'air, tandis que Kagami se levait pour se diriger vers la cuisine. Il se passa un peu d'eau sur le visage pour nettoyer les dégâts et Aomine resta la tête en bas à le fixer à l'envers, toujours étalé comme une flaque.

Maudit Tigrou !

Pourquoi fallait-il toujours qu'il lui échappe ? Mais bon. Ce petit jeu de chat et de souris, où les deux partis refusent d'être la souris, était plutôt amusant en fin de compte. Amusant, mais frustrant aussi. Et Aomine commençait vraiment à se sentir à l'étroit dans le string qu'il avait subtilisé. Enfin, encore plus à l'étroit qu'avant quoi. Son entrecuisse criait son besoin de relâchement. De soulagement. Deux choses que seul Kagami pouvait lui offrir. Pas question d'aller dormir sur la béquille ce soir ! A ce sujet, le tigre ne ressentait-il pas la même chose ?

Il était encore plus enflé que lui... et inévitablement, Aomine se mit à loucher sur la bosse qui pulsait dans le pantalon de Kagami. Bosse des plus appétissantes, si vous vouliez son avis... à tel point qu'inconsciemment, Aomine recueillit un peu de chantilly liquéfiée (ou du moins, ce qu'il en restait...) sur son torse et il se suçota l'index assez bruyamment. Allez savoir pourquoi... avoir un truc dans la bouche avait toujours pour effet de le tranquilliser. Et l'aidait à se concentrer aussi...

Kagami...

Jamais personne ne lui avait mis des bâtons dans les roues comme lui. Le tigre était vraiment spécial, il n'était pas comme les autres et cela le rendait d'autant plus fascinant. Il semblait immunisé ou doté d'un bouclier sur lequel toutes les attaques du fauve sombre glissaient. Ouais, Kagami était imperméable à ses tactiques libidineuses, même les plus élaborées, celles qui suffisaient d'ordinaire à lui assurer une bonne baise nocturne dans les bras de la première venue... Pourtant, il plaisait à Kagami, il en mettrait sa main à couper !

Il l'avait senti plusieurs fois... et l'idée même de se remettre en question ne fit que l'effleurer un court instant. Jamais on ne lui avait résisté comme ça ! Et ça l'excitait encore plus. Il savait déjà que Kagami ne serait pas qu'un coup d'un soir, vu son potentiel. Aomine envisageait même de lui proposer de devenir « son copain de zizi » attitré. Ou son sexfriend, si vous préférez le terme anglophone. Et ce, sans même avoir testé au préalable ses performances au lit. C'était un grand honneur ! Une marque de reconnaissance même, venant d'Aomine !

Mais de ça aussi, Kagami semblait s'en tamponner le coquillard... Il ne se sentait même pas flatté...

Ce qui ne laissait donc plus beaucoup d'alternatives au policier...

Et Aomine détestait ne pas avoir le pouvoir, au moins autant que l'interdiction du port d'arme au Japon...

Être dans la position du passif ne le dérangeait pas d'un point de vue purement physique. En effet, le flic était réputé pour sa flemme légendaire, alors laisser les rênes au lit ne l'avait jamais dérangé. En revanche, ne pas avoir l'ascendant psychologique, pour qu'Aomine qui voyait invariablement chaque rapport de force comme une quête pour la dominance, c'était tout autre chose... Il s'était juré qu'on ne lui imposerait plus jamais rien... Il était son seul maître depuis qu'il avait brisé ses chaînes et gagné sa liberté. Ce n'était donc pas pour se soumettre aux caprices d'un voisin coincé du cul... Mais... Kagami en valait la chandelle, pas vrai ? Il avait fait des efforts en mettant de l'eau dans son vin durant leur dîner, comme le lui avait conseillé Kise.

… Ouais, non, en fait...

Pas du tout.

Il était resté égal à lui-même, en vérité, se comportant comme un gamin mal éduqué et mettant Kagami dans l'embarras sans doute plusieurs fois. Aomine se moquait des conventions et des conséquences, parce que toutes ces barrières sociétales lui étaient étrangères. Il ne le faisait pas toujours exprès, même si la perspective de foutre le système en l'air était étrangement satisfaisante et grisante. Il était resté dans une cage hors du temps et hors de la réalité pendant trop longtemps, ce qui avait eu pour résultat un rejet massif des contraintes et des codes. De toute façon, à quoi bon s'embarrasser de la bienséance ? Celle qui vous étouffe et vous entrave ? Il n'avait plus beaucoup de temps à vivre et comptait donc profiter pleinement de chaque minute, de chaque seconde, jusqu'à son ultime souffle...

… mais ce n'était peut-être pas une raison pour imposer son caractère exécrable et ses choix personnels à Kagami. Kagami, la seule personne qui lui avait témoigné un tant soit peu d'attention jusqu'ici, en dehors de Kise. Et par « attention », j'entends une forme d'intérêt gratuite, totalement désintéressée, contrairement à toutes ces nanas qui se jetaient sur son chibre pour un peu de plaisir éphémère échangé... et l'oubliaient ensuite. Ou inversement, s'accrochaient comme des sangsues avides, dont il était impossible de se débarrasser ensuite. Non, Kagami était différent.

C'était une personne équilibrée et saine, qui ne demandait sans doute rien de mieux qu'apporter un peu de stabilité dans sa vie désaxée... Et même si Aomine refusait de l'admettre, cette lucidité le renvoyait à la période la plus heureuse de son passé... Celle qu'il avait vécue en compagnie de l'amour de sa vie, celui qui l'avait aidé à remettre de l'ordre autour de lui. Or, il était évident que Kagami souhaitait prendre le relais... et c'était peut-être ce qui effrayait réellement Aomine et le poussait à se conduire comme le dernier des connards sans cœur.

Il ne pouvait pas se permettre de s'attacher.

Il avait fourni beaucoup trop d'efforts pour arriver jusqu'ici. Non seulement cela irait à l'encontre même de ses plans funestes mais en plus, cette folie serait toute aussi nocive pour Kagami. Le tigre n'avait rien fait pour mériter cela... Et c'était finalement assez paradoxal... D'un côté Aomine avait envie de laisser Kagami essayer de le sauver et de l'autre, une part de lui luttait de toutes ses forces contre ce bonheur inattendu qui lui tendait la main. Sans doute parce qu'il savait, au fond, que Kagami avait le pouvoir de faire pencher la balance en bouleversant ses noirs desseins... Et comme je le disais plus tôt, Aomine refusait de laisser le moindre élément extérieur influencer ou décider de la façon dont il menait sa barque... Et à plus forte raison lorsque cet élément échappait totalement à son contrôle, menaçant de redistribuer les cartes...

De son côté, Kagami termina de s'essuyer et de se rafraîchir.

Bon sang... ce n'était vraiment pas passé loin...

Aussi chiant et irritant que soit Aomine, il avait vraiment failli parvenir à ses fins, cette fois. Un peu plus et le tigre aurait sûrement craqué. Il faudrait vraiment être aveugle ou frigide pour repousser Aomine qui avait beau être ce qu'il était, c'est-à-dire insupportable et imbu de lui-même, mais demeurait pourtant un très bel homme. Même engoncé dans ce string aussi minimaliste que grotesque. Et son attitude un peu enfantine par moment le rendait incroyablement sexy... D'habitude, Kagami aurait plutôt tendance à fuir ce genre de personnalités négatives et accaparantes, mais... il ne pouvait pas se leurrer... Aomine appartenait au même type d'hommes qui attirait Kagami avant... Et pour éviter de retomber dans ses vieux travers, Kagami devait se montrer fort. Il en allait de sa santé mentale et de sa reconstruction.

Or, s'il cédait à Aomine maintenant, sa venue ici aurait été inutile. Autant rester avec Nash, finalement. Passer d'une prison mentale à une autre n'enchantait pas Kagami, sans savoir qu'en vérité, lui et Aomine avaient cela en commun : cette soif de liberté et de libération surtout. Libération qu'ils avaient tous les deux gagnée à la force de leur tempérament et qui menaçait pourtant de leur être retirée s'ils baissaient leur garde. Jamais rien n'est acquis en ce monde, chaque jour est un combat pour conserver ce qui nous revient de droit.

Les deux jeunes hommes étaient donc une menace l'un pour l'autre.

Et ils le sentaient bien, ce qui expliquait sûrement leur réserve et leur agressivité mutuelle.

C'était sans doute la raison pour laquelle ils se repoussaient avec tant de véhémence, essayant de contrer l'irrésistible attirance qui cherchait à les avaler. Céder à l'autre, ce serait céder sur ses principes. Montrer ses faiblesses. Accepter que quelqu'un décide à nouveau à leur place. Or, c'était tout bonnement inconcevable, après tous les combats qu'ils avaient livrés pour obtenir les clés de leur vie. Et chaque cicatrice qui striait leur cœur était là pour leur rappeler le prix du moindre faux pas. Chaque fauve venait tout juste de se relever d'une période de K.O. et de chaos à la fois, il fallait donc se montrer fort et solide pour ne pas laisser son existence sombrer, prendre l'eau à nouveau...

C'est ainsi que Kagami décida de revenir dans la course. Agir, pour ne plus subir.

« Tu devrais pourtant... »

« Quoi ? »

« Pleurer. Parce que vu comment ce bout de tissu te comprime les testicules, je crains que le sang ne puisse plus circuler correctement... Ce qui veut dire qu'on va être obligés de t'emmener de toute urgence à l'hôpital pour te faire amputer... c'est un coup à devenir stérile, ça. Et quand ça arrivera, LA tu n'auras plus que tes yeux pour pleurer, aho, parce qu'il sera trop tard ! »

« Naaaaaaan c'est bon, relax... Suffit juste de te regarder pour bander comme un taureau... et si j'y arrive encore, c'est que je ne dois pas être si à l'étroit que ça. » Répondit mollement Aomine, mais non sans un sourire en coin.

« Tu prends des risques inutiles là, crois-moi... Ca pourrait même aggraver ton cas. » Lança Kagami, en repliant la serviette

Ahahahah... et puis quoi encore... ? Attends là... ? Il était sérieux... ? Aomine eut du mal à avaler sa salive, rien qu'à l'idée que ce soit vrai... mais Kagami lui faisait certainement une blague de mauvais goût, non ? Raaaaah impossible à savoir avec certitude ! Et le doute qui s'insinua en lui fit qu'Aomine n'en menait pas large...

« … Surtout si tu as porté ce string si serré pendant toute la soirée... »

Hmm... Kagami le testait, pas vrai ? C'était une manière indirecte d'essayer de savoir si le brun s'était changé après leur arrivée à l'appartement et Aomine décida qu'il ne devait pas le décevoir. Il lui en donna donc pour son argent, puisque la bataille des mots venait de reprendre entre eux.

« Effectivement, je l'avais déjà sur moi au restaurant, juste au cas où tu n'aurais pas la patience de rentrer avant de me sauter dessus... Je préfère parer à toutes éventualités et me tenir prêt au cas où... car on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve... » Le provoqua le flic.

Mais pour son plus grand malheur, Kagami restait impassible.

« Ah. Je me disais aussi... Tu sais qu'un tissu trop mince à cet endroit n'est pas du tout d'hygiénique ? Et peut provoquer de graves crises hémorroïdaires ? Or, si j'en juge la façon que tu as eu de remuer et de te frotter sur ton siège, pendant tout le repas, j'en conclus qu'il est déjà trop tard pour toi... » Asséna le tigre.

« Tsss... c'toi qui vas avoir des hémorroïdes, quand je me serai occupé de ton cul, Bakagami ! » Le railla Aomine, vexé.

« Je ne crois pas que tu seras en mesure de me faire quoi que ce soit, hélas. Car si ce n'est pas ta circulation sanguine entravée qui a raison de ta virilité, je pense qu'Alex s'en chargera personnellement, quand elle apprendra que tu lui as volé son string favori ! Et que tu l'as ENFILE, par dessus le marché ! Et que tu lui as sans doute élargi... »

« Alex, c'est la meuf blonde trop bonne qui vit chez toi ? Hmm... y a pas que son string que j'ai envie de lui élargir, si tu vois ce que j'veux dire... »

Cette fois, ce fut le rouge qui piqua un fard. De gêne ou de colère, bien que ce soit plutôt un mix pas si subtil de ces deux émotions réunies...

« Shut up, you pig ! You make me sick ! » S'écria Kagami, toujours posté dans la cuisine ouverte, le tout dans un parfait anglais, qui devait sans doute lui conférer des airs de Gordon Ramsay, vu sa position géographique actuelle.

Et de bien ponctuer sa phrase par un magnifique lancer de serviette dans la face d'Aomine. A moins qu'il ne s'agisse d'un torchon, difficile à dire pour le brun qui ne voyait strictement aucune différence entre les deux. Paraît qu'on ne mélange pas les torchons et les serviettes, d'ailleurs. Mais à l'heure actuelle, Aomine s'en moquait bien. Parce qu'il avait très envie de se mélanger, de son côté... et avec Kagami, justement...

« Owww ! Sois pas jaloux, j'ai LARGEMENT de quoi vous satisfaire toi et ta copine... »

« A ta place, je parlerai au passé, parce que bientôt tu ne pourras plus satisfaire personne, si t'évertues à porter ce string trop petit ! »

« Oh... mais c'est que tu t'inquiètes VRAIMENT pour ma queue, alors. Comme c'est mignon ! Viens ici pour qu'elle te fasse un câlin de remerciement baveux... »

« … Tu es au courant que je me trouve toujours dans ta cuisine, hein ? Juste à côté des couteaux tranchants ? Que j'ai justement aiguisés en venant faire le ménage chez toi la dernièrement ? Et qu'il me suffit donc de tendre le bras, alors arrête les provocations ou je pourrai me charger moi-même d'abréger les souffrances de ton pénis, en le découpant en morceaux... » Le prévient Kagami d'une voix anormalement calme, tout en ouvrant un tiroir pour mieux illustrer son propos.

« Errrr... merci, mais non merci... Ce ne sera pas la peine puisque je suis déjà circoncis, figure-toi... Mais tu veux p'têtre que j'te montre pour t'en assurer ? » Sourit à nouveau l'exhibitionniste de service, pas du tout impressionné.

Info ou intox ?

En tous cas, comme pour prouver le sérieux tout relatif de sa démarche, Aomine glissa trois doigt sous l'élastique du string, comme s'il s'apprêtait à l'enlever. Cette situation l'amusait. Un peu trop, pour être franc. Finalement, il se sentait bien plus à l'aise maintenant que la joute verbale s'était rétablie entre eux. Mais cette bonne vieille habitude rassurante fut de courte durée... Et ce ne fut ni un couteau, ni un torchon qui vola en sa direction cette fois mais... bel et bien un TIROIR ENTIER CONTENANT LA TOTALITE DES COUVERTS METALLIQUES du ganguro. Non seulement ça pesait une tonne, mais il y avait également du coupant, du tranchant et du piquant aussi. Autant dire qu'il valait mieux ne pas se le prendre sur le coin de la tronche... Bien conscient des risques qui le menaçaient, Aomine eut tout juste le temps de se baisser pour esquiver l'O.V.N.I., qui vint s'écraser contre son canapé en éparpillant tout son contenu entre et sur les coussins.

Wow... heureusement qu'il avait eu le bon réflexe... sinon, ni lui, ni sa kikoute d'amour ne seraient encore de ce monde pour pouvoir en parler... Kagami était vraiment de ces tsunderes violentes dont Aomine pensait qu'elles n'existaient que dans les manga...

Se redressant péniblement en s'agrippant à la table basse, seuls les yeux d'Aomine et le haut de sa tête dépassaient timidement. Il avait failli se faire scalper vivant, ce n'était vraiment pas passé loin, il avait d'ailleurs senti un couteau le frôler... Et pas un couteau à beurre, hein... Décidément, Kagami ne plaisantait pas, mais cela faisait partie de son charme... en quelque sorte... ? Il savait se faire respecter, ou du moins, essayer. Il lui tenait tête et Aomine adorait cela ! Oui, oui, même que la vaisselle se sentait pousser des ailes et traversait l'appartement ! Tant et si bien qu'Aomine ne put s'empêcher de lui balancer une dernière pique bien sentie.

A ses risques et périls.

Mais de toute façon, c'était parfaitement calculé de la part d'Aomine. En effet, Kagami venait de lui envoyer sa dernière grenade (qui n'avait même pas explosé...), il n'avait donc plus de munition sous la main, alors on pouvait largement en conclure que le brun était définitivement à l'abri de toute nouvelle riposte...

… A moins que Kagami ne pense à utiliser les assiettes qui se trouvaient dans le placard juste au dessus de sa tête. Ou le plat en terre cuite, juste dans le four...

Naaaaan... jamais il n'aurait la présence d'esprit d'y songer, allons... !

« Pfff... pas étonnant que je t'ai battu au basket, tu vises comme un aveugle ! »

Alors là. Le rouge vit définitivement... rouge. Aomine crut même distinguer un peu de fumée s'échappant des naseaux de Kagami, qui ressemblait à un rhinocéros prêt à charger ! Bon sang... qu'est-ce que ça l'excitait lorsque l'américain se mettait dans un tel état... C'était encore plus inspirant que de le voir avec une grosse trique artificielle et Aomine ne demandait rien de mieux que se faire piétiner. Il en redemanderait presque... Quelque chose clochait vraiment chez lui – rien de neuf à l'horizon ! - mais il trouvait la fougue de Kagami « mignonne », voire même « adorable ». Alors si d'aventure Kagami décidait de lui broyer les os, Aomine serait plus que ravi d'accéder à sa requête, si ça pouvait faire plaisir au roux !

Mais au lieu de cette issue sado-masochiste (qui aurait arrangé tout le monde...), le roux opta pour une toute autre alternative. Il s'avança calmement – et désarmé – vers son homologue, lui tendant même la main pour l'aider à se relever. Méfiant, Aomine considéra cette main tendue avec circonspection (en réalité, il même était à deux doigts de se mettre à la renifler comme un chien pour s'assurer qu'elle ne présentait pas le moindre danger.), mais bien vite, il réalisa tristement qu'elle ne cachait aucun piège. Dommage, c'était presque trop facile et donc, décevant...

« Lève-toi, debout. Va te changer et prends ton ballon de basket. On va régler ça entre hommes sur le terrain. »

Il avait besoin d'évacuer la tension accumulée avant de commettre un meurtre. Aomine savait toujours le pousser à bout mieux que personne, il possédait un véritable donc en matière d'emmerdement...

« Q-quoi ? Oi... tu sais quelle heure il est, mec !? »

« Presque quatre heures du matin et alors ? Au moins, on est sûrs que le terrain sera libre ! »

« Hey, mais qui te dit que j'ai envie de jouer ? Enfin si, j'en ai très envie, mais pas au basket, putain de merde ! C'est un autre genre de jeu qui m'intéresse et... AÏEUUUUUUUUUHHHH NAN MAIS CA VAAAAAAAA PAAAAAS ?! » Cria le brun, dont l'oreille venait d'être saisie (et tirée) avec violence par le tigre.

« Amène-toi et joue ! A moins que tu ne préfères que je m'occupe de circoncire ton oreille à la place ? C'est toi qui vois... »

« Grrr... ok... j'arrive... t'as gagné cette manche, mais tu fais chier, Bakagami ! J'aurai vraiment du t'attacher avec les menottes que je cache sous les coussins du canapé, quand j'en ai eu l'occasion... »

FUCK ! C'était comme la trappe de secours de l'ascenseur, la dernière fois ! Non mais combien de cachettes de ce genre le brun avait-il à sa disposition ? Un véritable écureuil qui sèmes ses glands dans plusieurs réserves pour mieux pouvoir les retrouver et... oups no, wait... mauvaise métaphore animalière...

« De toute façon, tu vas perdre... Avec la gaule que t'as, pas moyen que tu puisses garder l'équilibre... »

« Toi tu y arrives bien pourtant, malgré ton cerveau déficient... »

« Et j'y arriverai encore mieux si on se faisait un petit strip basket plutôt et... OI ! REPOSE CE COUTEAU TOUT DE SUITE TAIGAAAA, JE PLAISANTAIS HEIN ! »


Après avoir eu la peur de sa vie, Aomine s'exécuta.

Tout comme Kagami l'avait prédit et tout comme vous vous en doutiez également, le terrain de basketball était désert en cette belle nuit estivale sans nuage. Aomine avait ôté le string d'Alex un peu à regret. Il était en effet persuadé que le sous-vêtement rose qui lui assurait un maintien si renforcé, lui aurait également porté chance. Mais de chance, Aomine Daiki n'en avait pas besoin. Pas au basket, tout du moins. Et il allait le démontrer en écrasant Kagami.

Tout d'abord, il commença par enlever ses fringues, là où Kagami s'échauffait. Immédiatement, le tigre fit les gros yeux.

« On a dit pas de strip basket ! » Le rappela t-il sèchement à l'ordre.

« TU l'as dit. Moi, pas... Mais rassure-toi, même si ça gâche tout le fun, je compte bien m'en tenir à tes règles. Sauf que là, en fait, je crève de chaud et j'ai besoin de me mettre à l'aise pour pouvoir me donner à fond. A moins que tu n'y vois une objection ? »

« N-non... fais c'que tu veux, si tu penses que ça peut te faire gagner... » Répondit le tigre, rougissant légèrement.

Menteur... Pensa le brun.

Kagami cachait mal son trouble. Très, très mal. D'ailleurs, ça n'avait pas désenflé dans son pantalon, trop serré et mal adapté pour une séance sportive de cet acabit. Il serait bien mieux sans. Mais Aomine ne perdait pas l'espoir de le lui faire ôter, incessamment sous peu... Il trouverait bien un moyen... Et puis, il commençait à cerner le roux. Aomine était en effet certain que Kagami accepterait de le laisser se dessaper sous couvert des besoins de la compétition. Et le brun connaissait tellement « bien » Kagami qu'il avait su quel argument utiliser.

N'empêche... c'était vraiment du Kagami tout craché ça, de proposer de régler leur conflit par du basket... A croire qu'aux yeux du rouge, tous les prétextes étaient bons pour jouer. Il pensait peut-être même que le basket pouvait tout résoudre, cela n'étonnerait pas le flic. Et Aomine trouvait ce trait de caractère chou également, même si cela retardait d'autant la partie de jambes en l'air. Il enleva donc ses vêtements en s'effeuillant avec une lenteur toute calculée. Il comptait bien enseigner deux-trois leçons de vie à son imprudent partenaire...

La première – et sans doute la plus importante - on ne s'oppose pas à Aomine Daiki.

Et la seconde : tous les moyens sont bons pour gagner. A commencer par utiliser ceux qui se situent en dessous de la ceinture. Pour s'assurer la victoire, il n'y a, de toute façon, pas trente six solutions. Il faut donner tout ce que l'on a dans le ventre. Y aller à fond, comme au basket. Jouer pour vaincre et non jouer pour participer, ce qui implique d'exploiter les faiblesses de l'adversaire pour y parvenir. C'est la règle d'or. Celui qui ne recule devant rien, verra toujours la déesse de la victoire lui sourire. On avait inculqué cela très tôt à Aomine. Depuis sa plus tendre enfance, c'était quelque chose qu'il avait été forcé d'intégrer pour survivre.

« La vie ne fait pas de cadeaux. Alors ne lui en fais pas non plus. »

Parlait-on toujours de basket... ? Non... il était question de bien plus, cette fois.

Il s'agissait d'une véritable philosophie qui régissait son existence.

En réalité, Aomine pourrait sans doute laisser gagner le rouge pour s'octroyer ses faveurs, mais c'était à double-tranchant, parce que si Kagami s'en rendait compte, il allait mal le prendre. L'humilier en l'écrasant n'était pas non plus la solution, mais au moins, cette option-là avait l'avantage de servir d'exutoire à la frustration d'Aomine. La compétition a quelque chose de totalitaire et de très cruel. La vie est une compétition. Dans la nature, les animaux les plus faibles meurent pour nourrir les plus forts, c'est ainsi depuis la nuit des temps... Ce n'est pas Aomine qui a fixé ces règles, il n'y peut rien, il se contente juste de les appliquer en laissant son instinct de panthère reprendre le dessus.

L'amour aussi, est un jeu.

Mais comme à chaque fois qu'il joue, Aomine fait tout pour gagner.

La compétition le galvanise.

Et Kagami allait très vite réaliser l'ampleur de son erreur pour l'avoir défié...


Sans surprise, l'issue lui fut favorable. La chance et le succès sourient aux audacieux. Le résultat fut donc net et sans appel. Aomine avait gagné 50 points à 20. Il fallait cependant reconnaître que derrière ce score impressionnant se cachait le fait que plusieurs, fois lorsque Kagami s'était retrouvé devant le panier, Aomine avait ressenti son hésitation. Ou plutôt... son regard qui glissait sur le corps offert du brun et le viagra aidant, Kagami s'était laissé déconcentrer et dérober le ballon aisément. La stratégie d'Aomine, quoi qu'un peu déloyale, avait donc fonctionné à merveille et avait également servi à confirmer que Kagami n'était pas aussi indifférent à ses charmes que le tigre le clamait continuellement. A moins qu'il n'y ait autre chose ? Aomine n'arrivait pas à savourer sa victoire comme d'habitude... Kagami avait semblé... absent.

Mais pourquoi s'en soucier ? Après tout, le rouge n'avait que ce qu'il méritait. Il l'avait mis au défi, à maintes reprises et il avait même essayé de le surpasser, croyant à tort faire jeu égal avec lui. Mais la réalité était toute autre, parce qu'Aomine, lui, n'hésitait jamais, prêt à recourir à tous les stratagèmes pour assurer sa réussite contrairement à l'autre félin. Kagami était trop sur la réserve, trop timoré. C'était une faiblesse significative qui faisait que les deux hommes ne seraient jamais au même niveau. Quelque chose empêchait Kagami de briser ses chaînes au fond de lui... D'ailleurs, c'était peut-être même le rouge qui en était l'unique responsable... En effet, Aomine avait l'impression que Kagami s'enchaînait lui-même volontairement, pour éviter de libérer la bête féroce qui sommeillait en son sein...

Le rouge était à présent assis sur le sol, désemparé. Il prenait visiblement cette défaite très à cœur et Aomine eut un peu pitié de lui. Ce qui en langage Aominesque ne voulait pas dire grand chose, à part... se sentir obligé de lui donner un conseil. Pas forcément bienveillant, au passage. Peut-être parce qu'il avait besoin d'affirmer sa force, avec un peu de condescendance...

« Tu veux savoir pour quoi tu as perdu ? »

« Parce que tu es meilleur que moi, c'est ça ? » Tenta Kagami, pince sans rire, s'attendant déjà à cette réponse typique du vantard Aomine.

« Non. Enfin si, mais... c'est pas l'essentiel... »

« L'essentiel ? » Répéta Kagami, en relevant la tête vers le brun qui se tenait au dessus de lui.

« Pour gagner, il faut se donner à fond, comme je te l'ai déjà dit. »

« C'est bien ce que j'ai fait, pauvre con ! » Protesta Kagami, avec plus de véhémence qu'il ne l'aurait voulu.

« Arrête tes salades, j'ai bien senti que tu retenais tes coups. »

Ses coups ? Aomine parlait à présent de ce match comme s'il s'agissait d'un combat à mort... et cette analogie loin d'être anodine ne plaisait pas du tout à Kagami, qui se sentait agressé...

« Par exemple, tu sais très bien que j'ai encore du mal à utiliser mon poignet. Pourquoi ne pas avoir tiré profit d'un tel avantage ? Aucune faiblesse, aucune information ne doit être négligée lors d'un affrontement. C'est comme ça qu'on gagne. »

Le ton était sans compassion, presque sec et les prunelles d'Aomine ne reflétaient pas la moindre émotion. Sans hésitation dans sa voix, il faisait presque peur ainsi... semblant parfaitement inhumain. C'était très différent de son attitude prétentieuse ordinaire et Kagami sentit un frisson de pur effroi le parcourir. La sensation était similaire à celle que Nash lui inspirait parfois. De la peur. De la crainte. Mais aussi, une certaine fascination malsaine...

« Si tu hésites... si tu recules... alors, c'est fini. Tu ne domineras jamais, Taiga. Et tu seras toujours un perdant. »

Cette fois, les paroles d'Aomine l'atteignirent en plein cœur et Kagami détourna le regard, incapable d'affronter celui du brun. Et les paroles de Kuroko résonnèrent dangereusement dans sa tête : « Si tu t'engages auprès d'Aomine-san, en partant perdant, tu vas te faire complètement dévorer... » Même son meilleur ami l'avait mis en garde cet après-midi... Et le mot "dominer" le renvoya au discours d'Aomine à propos de Biscuit, son chien... et donc, inévitablement, cela le fit penser à Nash...

C'en était trop pour lui. Il se releva prêt à partir, ayant besoin de mettre une distance physique et mentale entre lui et Aomine.

« Tu sais que j'ai raison, c'est pour ça que tu te casses ! Arrête de fuir, pour une fois dans ta vie ! » Asséna le policier, déçu de le voir réagir ainsi.

La fuite, toujours la fuite, Kagami ne connaissait que ce moyen de défense. Plutôt que d'affronter ses problèmes, plutôt que de les prendre à bras le corps, il les enterrait, espérant naïvement qu'ils se résoudraient d'eux-mêmes ou qu'il disparaîtraient tout simplement s'il parvenait à les oublier...

« Ferme-la... tu ne sais rien... ! Tu es toujours prompt à me juger, mais tu ne connais rien de moi, de ma vie, ni de mes problèmes ! Alors arrête de faire comme si tu me comprenais ! » Se défendit maladroitement le tigre blessé.

« Mais je te comprends, Taiga ! Je te connais, je sais qui tu es. C'est vrai, j'ignore peut-être ce que tu caches au fond de toi, mais je sais que c'est ce qui te rend comme ça... Faible. Sans aucune volonté. Alors que tu as cette force, elle existe, elle est présente, mais tu refuses de lâcher la bête... Parce qu'en réalité, tu es comme moi. » Fit-il avec conviction, poing fermé sur le torse.

« Je ne suis pas comme toi, je te l'ai déjà dit ! »

« Tu l'es et tu en as conscience, c'est justement ce qui te fait flipper, alors tu fais tout pour dissimuler ta véritable nature. Mais tu es un tigre, Tai ! Demande t-on à un tigre de se planquer dans le terrier d'un lapin et de se conduire comme tel ? Non, un tigre doit être fort. Il doit rugir, déchiqueter, lacérer. C'est lui le chasseur et non la proie. Tant que tu ne comprendras pas cela, tu perdras, encore et encore... »

« Je ne suis pas un tigre... je suis un perdant, comme tu adores le répéter... Un tigre dont on a limé les griffes et les crocs ne peut plus se battre... il ne peut que fuir et se cacher s'il veut survivre... » Murmura Kagami, tête basse.

Quelque chose n'allait pas et cela dépassait le simple cadre du basketball, Aomine le sentait très nettement à présent. Kagami se retenait, son véritable potentiel était comme bridé, refusant de s'exprimer... Quel gâchis. Et à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. La victoire du prodige avait un goût très désagréable tout à coup...

« Dans ce cas, relâche la bête qui est en toi ! Rends-lui sa liberté, c'est le seul moyen de te soulager et de gagner ! »

« Je ne peux pas... je... j'ai trop peur de ce qui pourrait arriver si je le faisais... »

Le rouge sentait des larmes trop longtemps contenues et ravalées remonter à la surface. Il tremblait, incapable de réprimer sa terreur plus longtemps. Car au fond, ce n'était pas Nash qui l'effrayant, ni même les mauvais traitements qu'il lui avait infligés, mais bel et bien...

« Alors quelqu'un doit porter ce fardeau avec toi. Laisse-moi être le réceptacle de ta colère... »

« Quoi !? Qu'est-ce que tu racontes encore ? » S'écria Kagami, tandis qu'Aomine pénétrait dans son espace vital.

« Tu m'as bien entendu. Tu n'as pas à avoir peur de te montrer tel que tu es vraiment avec moi. T'inquiète, je saurai encaisser. Il faut que ça explose et que ça sorte Tai, sinon, ça va te rendre barjot... Ce n'est pas sain de lutter comme ça... c'est pourquoi je ne veux plus que tu te retiennes. »

Une main chaude se posa sur son épaule et Kagami tourna la tête vers le brun qui se trouvait toujours en boxer près de lui. Il était tellement beau, la lumière blafarde des réverbères créait un contraste féérique avec la couleur mate de sa peau et il se dégageait une aura à la fois sauvage de lui, mais également doucereuse, tentatrice... Et puisque ses encouragements n'étaient pas suffisants, Aomine décida de passer à la vitesse supérieure : si Kagami et lui étaient aussi semblables qu'il le pensait, alors, Aomine ne connaissait qu'un seul moyen de le faire réagir...

Il attrapa fermement les poignets de Kagami et il lui fait poser les mains sur son torse puissant. La peau d'Aomine était chaude. Douce... Une véritable invitation au crime passionnel... Kagami se tendit... encore. Encore plus animale...

Leurs regards se captèrent.

Proie et prédateur.

Les rôles étaient sur le point d'être inversés.

Le bleu avait décidé de le pousser à bout pour révéler sa nature enfouie.

« J'ai profité que tu te lèves pour demander de baisser la clim'... et j'ai mis du viagra dans ton verre... »

!

Le sang du rouge ne fit qu'un tour avant de se mettre à battre à ses tempes, furieusement. Ca y est, la rage était sur le point de l'envahir... de couler à nouveau dans ses veines, Aomine avait vu juste !

« Mais... c'est toi qui m'avais dit de le faire à ta place ! Enfoiré ! Tu l'as fait exprès dans le seul but de me piéger ! » Réalisa Kagami.

« Et ouais, je l'ai fait dans ce seul but... et alors ? » Sourit le brun en croisant les bras sur son torse nu, absolument impressionné. « Je te l'ai dit : je ne recule devant rien pour gagner. Surtout quand le prix en vaut l'effort. On appelle ça le pragmatisme, prends-en de la graine... »

La culpabilité était apparemment un sentiment inconnu chez Aomine, mais Kagami allait très vite la lui enseigner ! Il n'arrivait pas à croire qu'Aomine se soit joué de lui à ce point là, c'était tout bonnement impardonnable ! Non mais qu'est-ce que le brun avait dans la tête !? Et leur contrat alors !? Kagami avait pourtant bien stipulé dedans NOIR SUR BLANC qu'il ne coucherait pas dès le premier soir ! Mais Aomine, peu satisfait de cette clause, cherchait à présent à la contourner. Et pas de la façon la plus subtile qui soit.

Ca aurait pu passer s'il n'avait rien dit, mais le bleu avait commis un sacré impair en divulguant ses plans de la sorte... Aomine était vraiment pareil que Nash... Non, pire encore... Au moins, Nash n'avait jamais cherché à tromper Kagami de la sorte ! Le blond pouvait se montrer manipulateur et jouer sur sa corde sensible, mais Aomine, lui, faisait ses coups en douce ! Et plus que jamais, le tigre se sentait menacé... il ne voulait pas que les erreurs du passé se reproduisent à nouveau. Ni que de nouvelles soient perpétrées...

Ce passé qui continuait à le hanter, plus présent dans son esprit que jamais, à cause d'Aomine...

Kagami devait le fuir, vite ! Mettre de la distance entre eux, une bonne fois pour toutes, sinon...

N'écoutant que son courage et galvanisé par une nouvelle force – celle du désespoir – Kagami parvint à se dégager de son étreinte, mais surtout de son emprise sexuelle. Il repoussa violemment le policier, mais le regard de Kagami n'avait guère échappé au brun...

Le regard d'un animal terrorisé...

Et c'était finalement le plus blessant dans cette histoire... Car Aomine pourrait survivre au fait d'être repoussé, ce n'était pas la première fois que Kagami le faisait après tout. Mais en cet instant, il y avait quelque chose de différent, comme une urgence vitale qu'Aomine n'avait encore jamais vue dans ses yeux... et qu'il n'arrivait pas à appréhender. Il n'avait pas toutes les clés pour interpréter cette réaction. Pas encore. Mais nul besoin de s'appeler Freud pour deviner qu'il y avait dans ce réflexe de survie la marque encore vivace d'un passé oppressif...

Or, ce n'était pas la réaction qu'Aomine avait cherché à provoquer … Le représentant des forces de l'ordre attrapa fermement le poignet de Kagami, pas question de le laisser s'enfuir encore une fois !

« Tsss... Tu ne réalises même pas la gravité de tes actes... Ce que tu as fait est très dangereux, j'aurai pu avoir une mauvaise réaction physique ou être allergique, par exemple ! Y as-tu seulement pensé ? Non, bien-sûr que non ! Parce que tu agis constamment comme un gamin capricieux, sans jamais te soucier des conséquences, ni des autres... Pour toi, tous les moyens sont bons pour parvenir à tes fins... Pas étonnant que personne ne te supporte, tu ne penses qu'à tes propres intérêts... Et je ne veux rien avoir à faire avec un personnage aussi égoïste que toi... ! »

Cette fois, le brun ne sembla rien trouver à redire. Est-ce que les paroles de Kagami l'avaient touché et allaient le faire réfléchir ? Non, ce serait trop facile, le rouge doutait que ce soit le cas, parce qu'hélas, Aomine ne semblait pas homme à se remettre en question... Pauvre Kise... Kagami ne pouvait s'empêcher de penser au blond. Il avait mis tant d'espoir et de bonne volonté dans la création de leur couple ! Il risquait de ne pas se remettre de cet échec... Mais Kagami comptait bien lui faire comprendre que cela ne remettait aucunement en cause leur amitié. Kise n'était pas responsable du comportement abject du policier, ni de ses débordements et Kagami ne comptait pas arrêter de lui parler uniquement à cause d'Aomine.

D'un pas décidé, il essaya à nouveau de s'extirper loin du brun. C'est alors qu'il sentit une paire de bras se passer autour de sa taille et un souffle chaud mourir contre sa nuque. Aomine s'était collé à lui avec la furtivité d'un félin. N'avait-il pas compris qu'il était inutile de chercher à retenir Kagami contre son gré ? En agissant de la sorte, il ne faisait que renforcer le dégoût que le pompier avait pour lui... Parfois, il faut juste savoir lâcher l'affaire et arrêter d'insister, même si cela semble bien peu compatible avec l'attitude de gagnant revendiquée par le brun...

« Lâche-moi maintenant... » Ordonna Kagami entre sa mâchoire crispée par la colère. « T'en as pas assez fais, peut-être ? Pourquoi m'avoir révélé ta traîtrise ? Tu crois pouvoir me tromper en jouant avec mes sentiments ? Et bien sache que je ne suis plus une marionnette qu'on manipule à sa guise ! »

« 'Plus' ? » S'étonna le brun, le gardant toutefois toujours prisonnier. « Comment ça ? »

Et merde... Kagami avait failli trop en dire...

« … Ca n'a pas d'importance, laisse-moi partir ! Ne me force pas à devenir violent... » Protesta à nouveau le tigre.

Mais la panthère s'accrochait, tenace.

Aomine était comme un enfant lâché sans surveillance dans le rayon jouets d'un supermarché. Un enfant qui n'écoute que ses pulsions et cherche à satisfaire ses besoins les plus essentiels, immédiatement. Mais si on refuse de lui acheter le dernier joujou à la mode, il pique sa crise et cherche à imposer ses désirs, jusqu'à ce que l'autre craque. Il ne le fait pas méchamment et peut-être encore moins sciemment, mais les faits sont là. Il n'a pas l'habitude qu'on lui dise non ou qu'on lui pose des limites claires à ne pas dépasser.

Mais il était temps de grandir...

Et Kagami allait l'y obliger...

A moins que ce ne soit le contraire... Peut-être que c'était le rouge qui allait sortir grandi de cette confrontation inattendue, au final...

« Je sens cette rage qui bouillonne et qui te dévore de l'intérieur, Taiga. Tu la gardes en toi depuis trop longtemps... et je savais qu'en te parlant du Viagra, tu te mettrais en colère... en vérité, tu n'es pas aussi lisse que tu veux bien le montrer... Cette façade derrière laquelle tu te planques est bonne pour les autres, mais pas pour moi. Je sais voir par-delà les apparences, grâce à mon métier. »

Et pas que. Mais... c'est un autre sujet que nous aborderons ultérieurement, en temps voulu !

« Alors tu l'as fait exprès... Mais pourquoi ? Dans quel but me provoques-tu ? Qu'est-ce que ça t'apporte ? Ca te fait kiffer à ce point-là de me foutre en rogne ? T'es maso ou t'es juste con ? »

A ces mots, le rouge parvint enfin à se dégager et il ramassa ses affaires pour déguerpir au plus vite. Il ne supporterait pas d'entendre Aomine jouer les psy au rabais une minute de plus. Parce qu'évidemment de maudit ganguro se plantait sur toute la ligne ! Ils n'avaient RIEN en commun tous les deux et Kagami se sentait très bien comme il était, alors si ça ne plaisait pas à Monseigneur Aomine Daiki, qu'il retourne sauter une de ses pétasses à gros seins et...

« Parce que nous sommes pareils toi et moi : deux créatures éprises de liberté et ça ne m'intéresse pas si tu te retiens. Fais ça pour moi... je veux voir le véritable Taiga... ça ne me fait pas peur. Tu dis que tu n'es plus une marionnette, alors il est grand temps de montrer au monde entier ce que tu ressens vraiment. D'être enfin toi-même, de tirer les ficelles de ta propre vie. Tu as gagné ce droit, t'as pas à faire semblant avec moi... stp... Tai... je sais que t'en es capable. Montre-moi ta face sombre, laisse le monstre sortir. »

Kagami se figea sur place, comme si on venait de lui congeler les chevilles ou du lui mettre des parpaings à la place des mollets. Il reposa la talon au sol, lentement, mécaniquement, presque de manière saccadée. C'était presque douloureux pour Aomine de le voir ainsi... L'amour est un jeu... l'amour est une guerre, toute la vie n'est ponctuée que de batailles dont il faut triompher pour avancer. Pourquoi Kagami refusait-il de jouer selon les règles ? Aomine n'était même pas celui qui les avait fixées ! Il essayait juste de faire ouvrir les yeux au rouge, qui se mettait des oeillères en refusant de regarder la réalité en face.

Son pesant passé le retenait sur place... et c'était un poids dont il devait se débarrasser au plus vite, d'après Aomine... Mais après tout, qui était-il pour juger ? C'est dommage... Il avait à l'esprit que Kagami valait mieux que cela... il pouvait sentir son potentiel et puis, surtout, il avait besoin que le rouge soit fort. Fort, s'il désirait s'engager dans quelque chose avec lui, comme il l'avait stipulé dans son « contrat »... Aomine ne prendrait pas le risque de se faire arracher une seconde fois le cœur en choisissant à nouveau quelqu'un de... faible...

Mais tout à coup, alors que le brun allait renoncer, ne trouvant plus d'argument pour provoquer un éventuel déclic chez le tigre, il se retrouva cloué au grillage par une force quasi surhumaine. Merde, cette fois pas de doute, Aomine allait se faire casser la gueule. Tant pis, il l'avait bien cherché, c'était même tout ce qu'il méritait. Il avait froissé Kagami... et on ne force pas quelqu'un à changer... malgré de bonnes intentions derrière. (quoiqu'un peu égoïstes, mais le brun disait cela pour Kagami aussi, dans son intérêt...) De toute façon, personne ne le supportait et cela faisait un moment qu'il devait taper sur les nerfs de son voisin... Pourquoi Aomine avait-il cru que ce serait différent avec Kagami ? Mais alors qu'il s'attendait à ce qu'un poing énervé vienne flirter sa jugulaire, ce fut une paire de lèvres qui s'écrasa avidement sur les siennes.

C'était fait avec une telle force, non, non, une telle FEROCITE même et de manière si inattendue, qu'Aomine bascula presque en arrière. Mais au lieu de tomber, il recula de quelques pas et son dos heurta le grillage qui séparait le court de basket. Un cliquetis métallique secoua le brun et un goût de cuivre emplit sa bouche. Il ne parvenait pas à repousser son agresseur, mais il réalisa qu'il n'en avait pas envie. Et surtout, Aomine n'était plus capable de réfléchir. Les langues se trouvèrent, entamant leur ballet mortifère pour la dominance. Le goût de Kagami était enivrant... Bon sang, c'était si différent de toutes ces filles pathétiques, de tous ces coups d'une nuit, à la va vite, dont il ne se rappelait guère plus le lendemain matin. Non, avec Kagami, tout semblait plus intense, plus vrai, plus brutal. Le tigre ne jouait plus au chaton docile, il avait sorti les griffes et Aomine les sentit d'ailleurs se planter dans sa hanche droite, ce qui lui arracha un cri, entre soupir de plaisir et de douleur.

Et lorsque les deux émotions se mêlaient jusqu'à ce que la mince frontière les séparant s'effaçait, c'était le signe d'une nuit inoubliable et pleine de promesses. Une main immense se posa dans son cou... ou plutôt, le saisit fermement. Pas pour l'étouffer – quoique... - mais pour le maintenir en place, collé au grillage. Mais Aomine n'avait que faire de la rudesse et de la pression qu'il sentait sur sa nuque fragile, car déjà, le tigre mordillait sa mâchoire inférieure et ses canines aiguisées vinrent fureter sur la peau caramel. Honnêtement, Aomine ne s'attendait pas à un tel revirement de situation. Il aurait sans doute du trouver cela quelque peu effrayant, mais il était trop content que son stratagème ait abouti pour s'en plaindre. En effet, le brun voulait Kagami tout entier, sans demi-mesure, car il pouvait sentir la part sombre du tigre faire écho à la sienne... et Aomine ne désirait rien plus que se pouvoir se noyer dedans. Et s'oublier.

Tout oublier...

Soigner le mal par le mal, combattre le feu par le feu...

Et laisser les ténèbres l'engloutir...

Cette mélasse d'émotions négatives si délicieuses, qui était devenu sa compagne depuis plusieurs mois. Il la connaissait bien et elle le rassurait, car il avait appris à l'apprivoiser. C'était bon. Honteusement bon de laisser ses bas instincts reprendre le dessus. La noirceur l'envahissait à nouveau. Il n'aurait encore une fois, pas cru cela possible avec Kagami. Mais comme toutes les lumières, Kagami aussi possède sa part d'ombre. Mais le brun s'en moque. Mieux encore, il la chérit. Il en a besoin pour vivre. Il veut épouser et absorber la part sombre qui habite le cœur de Kagami.

Et si depuis le début, c'était ça ? Ca qui l'attirait irrémédiablement vers Kagami ? Sentir cette âme en peine qui ne demande qu'à être dévorée ? Ce tourment qui ne demande qu'à être apaisé ? Tout se mélange dans le cerveau d'Aomine au moment où il sent la main qui mutilait ses hanches mettre le cap au sud et plonger dans son boxer. La chair se tend, réceptive et brûlante sous les doigts d'abord hésitants de Kagami. Mais rapidement, la main de l'américain se referme avec poigne sur sa virilité et Aomine ne peut réprimer un grognement d'inconfort. Sauf qu'encore une fois, il se perd dans un soupir de plaisir aussitôt avalé par les lèvres voraces du démon rouge qui se presse contre lui de tout son poids, comme s'il voulait l'enfoncer dans ce grillage. Sûr qu'Aomine aura la marque de cette foutue grille tatouée dans le dos demain ! Enfin... qu'importe... c'est juste trop bon et il ne veut surtout pas que Kagami s'arrête... Le policier passe enfin ses bras autour de la nuque de Kagami pour le rapprocher encore plus, comme pour le prier de fusionner avec lui, tandis que la main dévergondée du tigre s'occupe si bien de lui.

Merde... Kagami est vraiment comme Docteur Jekyll et Mister Hyde et l'espace d'un instant, Aomine se demande ce qui a bien pu le décider à tomber le masque... Mais bien vite, il renoncer à cette interrogation, se congratulant mentalement d'avoir si trouver les mots avec le tigre pour parvenir à ses fins. Quelque chose qu'il a dit a du trouver une résonance particulière chez Kagami et basta. Ca aurait suffit à le décoincer, c'est aussi simple que ça. Naïvement simple, en vérité... Mais Aomine ne veut pas y réfléchir, c'est un beau mensonge et il l'accepte alors que la paume de Kagami vient à présent polir la tête de son membre qui charrie déjà ses premières larmes d'extase.

Il veut plus, il a besoin de plus. IlS même, au pluriel... Un instant Aomine capte le regard de Kagami, c'est celui d'une bête. Sauvage, brillant d'un éclat rouge dur et sanglant. Mais bien loin de s'en effrayer, le brun se sent excité par la détermination qu'il peut y lire. Il ne s'était pas trompé...

Kagami et lui sont pareils.

Il émane d'eux la même peur de s'attacher, la même peur d'être déçu, la même envie d'en finir avec les autres, avec l'humanité et avec leur propre personne également... Que cache encore le tigre dans les tréfonds de sa psyché ? Quel est celui qui l'a fait autant souffrir ? Aomine a envie de savoir, il voudrait demander mais ce n'est pas le bon moment...

La folie et le désespoir peuvent bien les anéantir...

Ce soir, la Terre peut bien s'écrouler autour d'eux, ilS s'en moquent bien...

Esclaves de la douleur, seuls les ténèbres comptent.


Nash l'attend déjà au pied de sa résidence, alors il sait qu'il doit se dépêcher. En effet, son petit-ami aime la ponctualité, jusqu'à l'obsession. Le roux lui a proposé de monter boire un café, mais le blond a refusé. Il semble pressé d'aller dîner. Apparemment, ce soir, il l'emmène dans un nouveau restaurant « fusion food », tenu par un chef réputé pour ses innovations culinaires. Ca n'inspire pas beaucoup Kagami, qui préfère la simplicité d'un bon burger, sans prise de tête. Mais son fiancé a des goûts de luxe et il aime à le lui rappeler régulièrement. C'est comme ça, Nash adore tout ce qui « claque », tout ce qui est voyant et par dessus tout, il a une passion pour l'argent. Et surtout quand il s'agit de l'étaler ou de le jeter à la face du monde.

Le rouge se dépêche. Il termine de mettre du gel dans ses cheveux et passe un dernier coup de peigne pour plaquer sa frange en arrière. Il veut essayer d'être « classe » pour faire honneur à Nash. Mais cette coiffure lui donne surtout un air plus sévère, à défaut d'être plus mature. Un dernier coup d'oeil à sa montre après avoir entendu le klaxon énervé de Nash rugir à l'extérieur, lui confirme qu'il a trois minutes de retard.

Le rouge saute dans ses chaussures sans perdre de temps. Merde... il se rappelle en fermant la porte de son appartement qu'il n'a pas eu le temps de mettre de parfum. Tant pis... Il n' a pas oublié le déo, c'est déjà ça... Attendre l'ascenseur serait bien trop long, c'est pourquoi il se retrouve à dévaler les marches quatre à quatre. Il ne prend même pas le temps de saluer sa voisine, qu'il croise dans sa course effrénée. Déjà cinq minutes de retard, merde, merde, Nash va l'assassiner sur place... Un coup d'oeil à droite en sortant et Kagami localise la Porsche Carrera de son petit-ami garée en double file sous un palmier. Il fait chaud ce soir et Nash en a profité pour retirer la capote du toit de la voiture. Kagami trottine vers lui et il se glisse dans l'habitacle rapidement pour éviter de faire rager davantage la terreur californienne, puis, il se penche en quête d'un baiser que le Nash lui refuse.

Il fallait s'en douter. Le blond ne lui adresse même pas la parole pendant un bon moment. Ils roulent et roulent encore sans doute au dessus des limitations de vitesse, jusqu'au prochain feu rouge au bout de l'avenue gigantesque et blindée de véhicules. Nash le grille presque, mais il s'arrête au dernier moment, faisant crisser les pneus de son bolide de course. Kagami n'aime pas sentir son amoureux agacé et de toute évidence, l'attitude de Nash montre qu'il l'est, même si c'est difficile à affirmer avec certitude, étant donné que le fils Gold se cache derrière ses lunettes de soleil. Mais dès que son fiancé prend la parole, le rouge est fixé.

« Tu aurais pu choisir des fringues moins pouilleuses. » Lui assène sèchement le gosse de riche.

Kagami ne pipe mot. Il aime sa chemise rouge et noire à carreaux (la même qu'il mettra plus tard pour son dîner avec Aomine, tiens donc et qui, ironiquement, lui vaudra presque la même réflexion... ), alors il ne dit rien. Il s'attendait bien à ce genre de remontrances de la part de son homme, qui lui, ne jurait que par les vêtements de marques.

Kagami aurait pu lui sortir le classique « je suis désolé », mais il n'a pas envie de faire des efforts. Il en a un peu marre que Nash critique ses moindres faits et gestes en ce moment. Avant, le blond n'était pas comme ça... Qu'est-ce qui a changé entre eux ? Kagami ne saurait le dire... c'est peut-être la routine qui s'est installée et fait que Nash dévoile son véritable visage. Toujours est-il que le tatoué est moins attentionné qu'au début de leur relation. C'était peut-être inévitable, finalement. Au départ, tout est toujours tout beau, tout rose et puis... plus on avance dans le temps et plus les choses se dégradent. Kagami connaît cela, hélas. Alors il prend sur lui et pose juste une main sur la cuisse de Nash. Il a peut-être eu une dure journée ? Le blond est susceptible et prétentieux, mais Kagami l'aime comme cela. Nash est son homme et si ce n'est ses quelques sautes d'humeur, il sait se montrer charmant et généreux parfois... enfin, la plupart du temps.

Même si c'est de plus en plus rare...

Kagami est peiné que tout n'ait pas pu rester comme aux balbutiements de leur relation, mais il veut encore y croire... Il aimerait tant revenir en arrière, au moment où Nash se contentait de leurs soirées télé en amoureux, blottis l'un contre l'autre dans le canapé. Aujourd'hui, il lui en faut sans cesse plus. Plus rien ne l'impressionne, il cherche sans arrêt le grand frisson et veut tenter de nouvelles expériences avec Kagami, là où avant, la simple compagnie du roux suffisait à le combler, peu importe ce qu'ils faisaient ensemble... Oui, Kagami regrette cette époque...

Nash démarre sur les chapeaux de roue dès que le feu passe au vert et Kagami est obligé de se cramponner. Il déteste quand le blond fait cela, c'est un coup à avoir un accident et... tiens... ? Il ne reconnaît pas la route menant au restaurant. L'établissement est sensé se trouver sur la bute de Santa Monica et là... Nash roule dans la direction opposée. Aurait-il oublié quelque chose sur le chemin ? Kagami sent une étrange angoisse lui étreindre les poumons.

« Nash... » Tente Kagami pour lui signaler son erreur.

« Changement de plans. » Répond simplement le conducteur. « On va à l'hôtel. »

« Qu-quoi ? » S'étonne le Japonais.

L'hôtel. C'est bon pour les coups d'un soir, mais eux ont dépassé ce stade-là, pas vrai ? Et puis, il est encore tôt... pour dormir... ou s'envoyer en l'air... La soirée débute à peine... Kagami ne comprend pas et alors qu'il essaie de protester, Nash le coupe sans ménagement en mettant de la musique à fond pour le faire taire. Ok. Message reçu. Nash ne veut pas l'écouter, super. Le blond a définitivement une idée derrière la tête et ce changement de dernière minute ne plaît pas franchement à Kagami. La Porsche roule à toute allure vers sa destination au son de « The one who laughs last » de Downplay. Kagami aime le rock, mais cette chanson lui laisse un goût amer dans la bouche, rendant la communication avec son fiancé aussi impossible que vaine.

Nash se gare sommairement devant l'hôtel et balance ses clés au voiturier en lui hurlant de ne surtout pas rayer sa voiture, sinon, il lui colle un procès. Ambiance. Kagami descend et le suit à distance, sans grande conviction. Toute cette improvisation ne lui dit rien qui vaille, mais une fois de plus, même sa méfiance ne suffit pas à lui inspirer des envies de rébellion. L'amour rend aveugle. Et sourd. Et naïf.

Et il n'allait pas tarder à le comprendre à ses dépends...

Lorsque Nash poussa la lourde porte de l'hôtel et qu'il s'adressa au réceptionniste avec sa gouaille coutumière, Kagami se tint un peu à l'écart pour regarder autour de lui. L'endroit transpirait le luxe, comme d'habitude, avec ses tapisseries rouges précieuses et même des chandeliers en cristal. C'était peut-être un peu moins moderne que ce à quoi le blond l'avait habitué, mais Kagami n'en prit pas ombrage et il rejoignit Nash lorsque celui-ci fit un signe de tête en sa direction pour lui intimer de le suivre. Et ce fut donc sans réellement se poser de questions que Kagami entra derrière son fiancé. Nash était pourvu d'un fort appétit sexuel, difficile à contenter. Même au lit, le tatoué était exigeant, mais Kagami en avait pris son parti.

« Déshabille-toi. » Ordonna Nash, sans aucune cérémonie.

Et Kagami ne bronche pas. Encore une fois, c'était triste, mais il avait l'habitude. Nash ne supportait pas qu'on contredise ses directives et les conséquences pouvaient être désastreuses si on s'avisait d'essayer. Le tigre n'avait donc pas intérêt à désobéir. De toute façon... il n'était pas contre un peu de sexe avant d'aller manger, si cela pouvait calmer son exécrable fiancé. Il s'assit sur l'immense lit king size et il commença à défaire sa chemise, sous le regard avide de Nash, qui ne le quittait pas des yeux. Apparemment, ce que le blond voyait le satisfaisait et le corps de Kagami l'avait toujours fasciné, suffisant bien souvent à l'amadouer. Il enleva donc ses lunettes de soleil pour profiter pleinement de l'effeuillage de son compagnon, qui, malgré leur intimité, jouait toujours les timides.

Ca avait le don de rendre Nash fou, même après toutes ces années de couple...cette façon qu'avait Kagami d'être si réservé, alors qu'il possédait un corps à se damner, parfaitement dessiné et taillé dans un marbre légèrement doré. Le rouge avait fait de ce physique irréprochable son principal outil de travail, le modelant sur mesure à l'aide d'exercices pointus. Son corps était un temple que le blond voulait souiller et pervertir jusqu'au dernier centimètre... Fort de ce désir macabre, Nash se sentait logiquement aussi émoustillé que la première fois qu'il avait posé le regard, un peu par hasard, sur ce garçon qui irradiait littéralement au milieu des autres habitués de la salle de sport, que possédait son père à Beverly Hills. Oui, même au milieu de culturistes, Kagami parvenait à tirer son épingle du jeu. Il n'était pourtant pas le plus musclé, ni le plus remarquable, mais il possédait ce petit quelque chose de solaire qui vous attire immédiatement. Malgré ses traits durs qui le vieillissaient indéniablement, le rouge pouvait rajeunir d'un seul coup, grâce à son sourire si pur et sincère. Nash n'avait jamais vu cela chez quiconque auparavant et c'était ce qui l'avait charmé dès le départ.

Il contempla donc Kagami nu pendant un instant, comme pour bien imprimer mentalement son image, puis, il lui souffla :

« Ferme les yeux, Taiga. »

Sans se poser de question, le rouge obéit naturellement. Quel bon garçon... si bien dressé... Mais le dressage pouvait encore être perfectionné d'après Nash. Il était d'ailleurs temps de passer au niveau supérieur...

Une paire de lèvres humides se posa alors sur celles de Kagami et il n'entendit pas la porte qui s'était ouverte quelques secondes plus tôt en grinçant sinistrement. Le parfum... qui se dégageait de Nash était différent, non ? Kagami ne le reconnaissait pas, c'était beaucoup plus fort que ce que portait le blond habituellement et d'avoir les yeux clos aiguisait son odorat. Cette anomalie aurait déjà du lui mettre la puce à l'oreille, mais ce fut lorsqu'il sentit une langue baveuse s'emparer de son mamelon gauche que Kagami compris. Pris de panique, il ouvrit les yeux et découvrit avec horreur deux hommes à ses côtés.

Deux inconnus.

Nus.

Un de son âge environ – celui qui s'affairait sur la partie inférieure de son être – plutôt mignon d'ailleurs avec ses grands yeux bleus et sa blondeur californienne, rappelant les surfeurs de la côte ouest. L'autre, plus vieux, chauve et bedonnant, était celui qui avait mis sa langue dans sa bouche, il y a de cela quelques secondes à peine...

« Nash ! » Cria Kagami, attrapant au passage le drap pour couvrir sa nudité, dans un élan de pudeur.

« Je ne crois pas t'avoir autorisé à ouvrir les yeux, Taiga ! Comment oses-tu me désobéir ? » Répliqua Nash, adossé à la porte et le regard mauvais.

Le rouge ne comprenait pas. Qu'avait-il fait de mal ? Et qui étaient ces deux hommes ? Que faisaient-il ici, avec eux...? Les pensées incohérentes se bousculaient dans sa tête et il sentait le poison de la trahison envahir son cœur. Nash n'avait tout de même pas... ?

Et la révélation des noirs dessins de Nash le heurta de plein fouet, douloureusement, sournoisement... Son cœur venait de se faire arracher de sa poitrine...

Captant l'angoisse dans le regard de son fiancé, Nash soupira, prenant la peine de changer de position, puis, il s'assit au bord du lit avant de caresser tendrement la joue de Kagami. Son ton se fit également plus doux pour ne effrayer davantage sa proie.

« Sssshh... tout va bien, Kent et Dylan sont des amis... on va bien s'amuser ensemble, n'aie pas peur. »

« S'amuser ? Ensemble ? » Répéta Kagami, toujours sous le choc.

Il tremblait même. De rage. De peur. Alors ce n'était pas une erreur, Nash envisageait réellement de... mais pourquoi ?

« Nash... non... » Le supplie t-il du regard.

« Ces messieurs vont s'occuper de toi pendant que je regarderai. Ca peut être excitant, tu ne trouves pas ? »

Pas du tout, non ! C'était même tout le contraire et cette fois, dans un élan salvateur, Kagami trouva le courage de se lever pour partir. Il savait que son manque de docilité risquait de contrarier Nash, mais il n'en avait que faire. Le blondin avait dépassé les bornes et il pouvait bien aller au Diable avec ses plans foireux ! Comment osait-il le partager avec d'autres hommes, sans même lui avoir demandé son avis au préalable ? Kagami n'était pas une marchandise dont Nash pouvait disposer à loisir ! Cette attitude était aussi révoltante qu'inadmissible et en cet instant, le californien dégoûtait Kagami au plus haut point. Il allait regretter d'avoir cherché à abuser de lui et de sa crédulité, comme si Kagami lui appartenait et n'avait pas la moindre volonté propre !

« Va te faire foutre ! Je me casse d'ici, sale porc et je ne veux plus jamais te voir ! Je ne suis pas ta marionnette, alors tu peux tirer une croix sur moi, Nash Gold Junior ! Espèce de taré, t'es allé beaucoup trop loin cette fois ! » Eructa Kagami, en tentant d'attraper ses vêtements pour se rhabiller et déguerpir au plus vite avant que les choses ne dégénèrent.

Nash, de son côté, ne sourcilla même pas. Il se contenta de soupirer à nouveau, la contrariété s'entendant dans sa voix.

« Ca m'embête que tu réagisses comme ça Taiga... Dire que ça aurait pu être très plaisant pour toi, pour nous, je t'assure... mais il faut toujours que tu fasses CHIER en compliquant inutilement les choses... Tu me soûles, pourquoi ne pas juste te soumettre bien gentiment, sans faire d'histoire, comme la bonne petite pute que tu es... ? »

Cette fois, le cœur de Kagami rata un battement, tant il s'agitait dans sa cage thoracique. C'était comme si lui aussi flairait le danger et cherchait à s'échapper. Le roux avait envie de vomir. Nash lui inspirait dégoût et horreur. Il n'arrivait pas à croire ce qui était SERIEUSEMENT en train d'arriver... Un cauchemar, c'était forcément un cauchemar ! Mais non... c'était bien réel, hélas... Constatant que ses paroles n'avaient pas suffit à impressionner ou plutôt, à dompter Kagami, Nash se releva et il le plaqua à la porte de la chambre, le saisissant à la gorge.

« Tant pis pour toi, puisque tu ne veux pas coopérer, tu me laisses pas le choix... Je vais devoir être méchant et je déteste ça, mais c'est entièrement de ta faute, tu comprends j'espère... ? »

Incapable de les retenir plus longtemps, des larmes de rage et de terreur roulaient à présent abondamment sur les joues du rouge. Larmes que Nash balaya d'un revers de main, sans la moindre once de considération.

« Putain... ne chouine pas, tu sais pourtant que j'ai HORREUR des chialeuses, merde ! »

Cette fois, le ton était sec, agressif. C'était presque comme si le blond lui crachait des flammes abrasives au visage et Kagami se mit à trembler sans pouvoir s'en empêcher. Il aurait tellement voulu pouvoir lui coller un bon coup de poing dans les cotes, mais il n'y arrivait pas. Son corps était tétanisé, refusant d'obéir. Ses jambes, devenues comme du coton mou, menaçaient de le lâcher.

« Taiga... je sais comment tu es au fond de ton cœur... Je l'ai su dès que je t'ai vu, tu n'en as jamais assez, tu en veux encore et encore... alors montre-moi qui tu es vraiment. Laisse sortir le monstre... la salope qui est en toi... » Lui glissa presque affectueusement le blond à l'oreille.

Les pupilles humides de Kagami se dilatèrent. Il était paralysé. Par la peur. Par ces paroles abjectes. Par Nash... et son corps chaud... par la pression qu'il sentait autour de son cou...

« Fais ça pour moi... laisse-toi faire... et satisfais mon fantasme, bébé... »

Et la, la terre s'ouvrit sous ses pieds pour l'engloutir. Il se referma comme une huitre et son esprit se réfugia sans doute dans sa forteresse mentale, hors d'atteinte...

Il se sentait tellement sale...

Et tellement seul...

Le néant.

Le mal.

Les ténèbres.

Tous l'avalèrent lentement, l'écartelant voluptueusement pour se fondre en lui.

Le néant.

Le mal.

Les ténèbres.

Sa sanité disparut en un éclair. Sa résolution s'écroula comme un château de cartes branlant.

Déjà, il n'était plus qu'un pantin de chair...

Et le lendemain, lorsqu'il se réveilla au lit avec trois hommes tous aussi nus que lui, alanguis à ses côtés, Kagami ne se souvenait plus de rien...


Emerger fut tout aussi difficile ce matin-là.

Le froid du matin qui le fit grimacer tout d'abord.

Il ne se rappelait pourtant pas s'être endormi avec la fenêtre ouverte...

La rue avoisinante était bruyante. Il y avait beaucoup de passage... plus que d'habitude et Kagami grogna de mécontentement. Il se retourna donc dans l'espoir de fuir les nuisances sonores, mais il buta contre quelque chose de chaud... Ce qui n'était pas prévu et le fit donc se réveiller en sursaut.

Quelle stupeur de découvrir qu'il se trouvait dehors, allongé à même le béton dur et complètement nu, surtout !

Mais il n'était pas au bout de ses surprises, puisque la chose chaude qu'il sentait contre lui n'était autre que le corps d'un autre homme. Et même si le type lui faisait dos, nul besoin d'être physionomiste, car aucun doute possible quant à son identité. Cette peau caramel si caractéristique... zébrée de griffures écarlates ne pouvait appartenir qu'à une seule personne...

Aomine.

Son voisin.

Policier et...

Merde... petit à petit les souvenirs de la soirée passée lui revenaient en mémoire. Mais pas tout... Il se rappelait d'abord être allé au resto, puis boire un verre dans un bar, avant de monter chez le brun. Ensuite, Aomine avait essayé (maladroitement !) de le mettre dans son lit, sans succès et ils avaient terminé leur nuit au terrain de basket. Après... ? Après, plus rien. Le trou noir total. Mais à en juger par leur nudité mutuelle, la suite des événements était facile à deviner. Les craintes de Kagamise confirmèrent non seulement par les marques « d'amour » qui maculaient le corps d'Aomine, à savoir griffures et suçons rougeoyants, mais également par les deux préservatifs usagés qui jonchaient le sol de manière sordide. Putain, ils avaient carrément baisé comme des bêtes à même le sol dégueulasse et inconfortable !

Kagami eut instantanément un haut le cœur irrépressible en réalisant ce qui était arrivé, contre son gré ou non d'ailleurs et il mit sa main devant sa bouche pour s'empêcher de vomir. La panique le gagna, puissante et accaparante, éclipsant ses nausées et le tigre eut un mouvement de recul, terrifié à l'idée de ce qu'il pouvait avoir fait avec ET à Aomine. Il se dépêcha de rassembler ses fringues éparpillées aux quatre coins du court. C'était exactement comme avec Nash ! Ca recommençait ! L'histoire se répétait inlassablement, accompagnée de la même incapacité à se souvenir et de cette profonde honte ressentie au réveil... Kagami se dégoûtait. Comment avait-il pu encore craquer ? Il craquait toujours inexplicablement, mais comment se faisait-il qu'il finisse toujours par dire oui ? Il n'avait cependant pas l'impression d'avoir été contraint et forcé, donc ça venait bel et bien de lui... et quelque chose lui disait qu'il devenait consentant lorsque cela arrivait, même quand il ne l'était pas de prime abord ! Cet état de faits le dépassait, c'était tellement illogique ! Alors pourquoi ? Pourquoi...? Merde, il était tellement faible ! Et les types comme Nash et Aomine savaient justement exploiter cette faiblesse, comme s'ils parvenaient à la sentir, tels des squales affamés, attirés par l'odeur du sang...

En cet instant, le vaillant tigre, plus si vaillant, n'avait plus qu'une envie : fondre en larmes...

Il était tellement désespéré...

Devenait-il fou ? Comment la situation avait-elle pu échapper à son contrôle à ce point et dégénérer de la sorte ?

C'était tout bonnement incompréhensible, un véritable mystère !

Oh, bien-sûr, Aomine lui plaisait follement. Mais tout de même, ça n'expliquait pas tout ! Quel genre de mec cède de la sorte à ses pulsions, alors qu'ils sont tellement contre nature et même dangereux ? Nash avait raison, ça faisait de lui une pute... une pute incapable de garder les jambes croisées et de réfréner ses désirs abjects... Malgré ses efforts, toute sa volonté finissait par voler en éclats et Kagami ne comprenait par pourquoi il était comme ça... Qu'est-ce qui clochait chez lui, putain ?

Il se sentait désemparé, impuissant... il avait vraiment besoin d'aide... Dire qu'il pensait avoir laissé tous ses problèmes derrière lui, mais la vérité était toute autre, évidemment. Et cette désastreuse expérience le lui prouvait de la pire manière qui soit... lui renvoyant en pleine tête les penchants malsains dont il se croyait enfin débarrassé... Changer de continent n'avait rien changé d'autre que sa position géographique...

C'était un échec sur toute la ligne, les mêmes erreurs se répétaient...

A chaque fois qu'il se laissait aller, ça virait à la catastrophe...

Un peu comme s'il était condamné aux relations toxiques, quoiqu'il fasse... Nash avait gagné. Il gagnait toujours à la fin, même lorsqu'un océan les séparait... son emprise malsaine sur lui s'étendait jusqu'ici...

Kagami avait lutté en vain, refusant de déposer les armes, mais tous ses « progrès » lui semblaient à présent bien insignifiants et inutiles même...

Le tigre se rhabilla à la hâte, enfilant certainement cette maudite chemise porte-malheur à l'envers, mais c'était le cadet de ses soucis. Il devait partir, vite. Avant qu'Aomine ne se réveille et qu'il doive lui expliquer toute cette merde...

... C'est ainsi que le truculent flic se réveilla seul...

Ou plutôt en compagnie d'un charmant clochard, qui par son intervention (c'est-à-dire essayer de piquer le futal d'Aomine... et ses chaussures en croco. Et sacrilège ultime, son paquet de clopes presque vide !) le tira de son sommeil lourd et réparateur. Et boooooordel ce qu'il avait mal au dos ! Il avait les reins en feu et le cul en compote... Se grattant un peu à l'arrière, ses ongles écorchèrent légèrement sa peau en pleine cicatrisation et un peu de sang les tâcha. Puréééeee... Kagami n'y était pas allé de main morte hier soir, ahahaha ! Quand il se lâchait, il ne faisait pas semblant celui-là, Aomine avait toujours senti que c'était un sauvage sous ses airs de nonne coincée mais... à ce point, c'était presque inavouable ! Tiens... d'ailleurs, où était passé le roux ? Aomine doutait qu'il se soit éclipsé comme un prince charmant pour aller lui chercher des croissants...

Il demanda donc des infos à son indic' le SDF, en échange de son avant-dernière cigarette et ce dernier indiqua qu'il avait effectivement aperçu un grand rouquin baraqué s'échapper comme un voleur avant qu'Aomine n'ouvre l'oeil. Et à vrai dire, c'était un peu décevant comme attitude. D'ordinaire, c'était plutôt LUI qui mettait les voiles avant les premières lueurs de l'aube. Ou qui foutait ses conquêtes d'un soir à la porte. Mais là, les positions étaient inversées et honnêtement, il ne savait pas comment le prendre. On ne lui avait jamais fait le coup et il s'était bien fait enfler par Kagami ! Alors comme ça, on s'envoie en l'air et tout mais derrière, Monsieur n'assume pas ? Bordel... les relations de bon voisinage dont Kagami parlait risquaient d'en prendre sacré un coup... à défaut du tigre lui-même... Aomine soupira, la nouille toujours à l'air et pas pressé de la couvrir, se posant sur un banc près de son nouveau meilleur ami le clodo, à la cool, pour partager sa dernier clope avec lui. Après cette nuit, il avait bien besoin de sa dose de nicotine pour récupérer et récapituler...

Ah petit salopard de Kagami... le laisser en plan comme ça... il n'avait pas aimé ou quoi ? (Il faudrait être fou pour que ce soit le cas !) C'était la seule explication plausible !

Et pourtant, le brun avait pris son pied, lui. En toute honnêteté, il n'aurait pas été contre se réveiller aux côtés du roux, blotti dans ses bras... et c'était la première fois qu'une telle envie le prenait... D'habitude, le matin de l'après-sexe, il se demandait plutôt comment foutre dehors la nana qui ronflait dans son plumard... Mais pas là.

Bizarre.

Baaaaah... il serait toujours temps de tirer cela au clair, plus tard, après avoir fumé pour se remettre les idées au clair, par exemple...

Après tout, chacun son sens des priorités.


Et la priorité de Kagami, en cet instant, était de trouver un refuge sûr.

Un lieu où faire le point...

… Qui ne pouvait en toute logique pas être son propre appartement, étant donné sa proximité avec celle de son voisin. Or, Kagami ne se sentait pas la force de se confronter à Aomine tout de suite... Il avait d'abord besoin de réfléchir à ce qui venait de se produire, malgré ses innombrables précautions.

Et quel meilleur endroit pour digresser sur sa vie personnelle que chez son frère de cœur, Himuro Tatsuya ?

Kagami y fonça donc instinctivement et ce fut un Tatsuya impeccablement coiffé, habillé et frais comme la rose, alors qu'il revenait de son jogging quotidien (oui, oui, même le dimanche...), qui lui ouvrit, un peu étonné de le découvrir sur le pas de sa porte en cette heure si... matinale.

Mais l'air perdu et livide de Kagami répondit partiellement à ses interrogations. Le brun au grain de beauté s'écarta donc pour le laisser pénétrer chez lui, sans hésiter, comprenant que quelque chose de grave était arrivé.

« Entre. »

Apparemment, c'était du sérieux...

Et une petite voix dans la tête d'Himuro lui disait qu'Aomine n'était pas étranger à l'état de panique dans lequel se trouvait son frérot adoré...


Et voilààà c'est tout pour aujourd'hui !

J'espère que ça vous a plu et que vous comprenez mieux les motivations des personnages. Normalement, ce chapitre a pour but de vous aider à mieux les cerner. J'espère que c'est réussi... et qu'encore une fois, leurs comportements vous paraissent plus clairs cette fois...

(Si vous êtes sages, il y aura peut-être le lemon de la nuit passé entre les deux fauves, sous forme de flashbacks...)

Des bisous et à la prochaine ! (et non, je n'oublie pas mes autres fanfictions ;) je suis juste un peu plus inspirée pour celle-ci en ce moment, c'est tout ! Ca arrive, ce sont les aléas de l'écriture, pas de panique ^^)