Avouez-le, vous n'espériez plus, n'est-ce-pas ?
Et pourtant il est bel et bien là, ce nouveau chapitre. Pour compenser le fait qu'il ne s'y passe pas vraiment grand-chose, il est plus long que la plupart des autres chapitres publiés à ce jour, j'espère que ça vous fera plaisir !
Je l'ai déjà dit auparavant, mais j'essaie vraiment de mettre en valeur tous les membres de la Compagnie, c'est pourquoi on ne voit pas toujours apparaître les mêmes (même si comme vous, j'ai une nette préférence). Dans le prochain, je vous promets qu'on verra Fili et Kili (et peut-être même Thorin, selon comment je gère mon truc) !
Je tenais aussi à remercier les lectrices (lecteurs ?) qui ont continué de venir sur cette histoire et particulièrement celles qui m'ont laissé un petit mot ! Merci donc à Shanogon, Guest et helo10 ! J'espère sincèrement que la suite de cette histoire vous plaira !
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !
Réponse à la review anonyme de Guest :
Je suis loin d'être une auteur parfaite, mais ton compliment me touche quand même beaucoup ! Ton enthousiasme fait vraiment plaisir à voir et je t'en remercie ! J'espère que tu aimeras tout autant la suite, même s'il ne s'y passe pas grand chose. Je te promets de faire de mon mieux pour la suite de cette histoire. Merci à toi.
- CHAPITRE XI -
Nimuë se tourna pour l'énième fois dans ses draps avant de soupirer, défaitiste. Elle doutait de pouvoir trouver le sommeil après les révélations que Maître Balin lui avait fait, plus tôt dans la journée. La jeune humaine qui ne l'était pas tant savait qu'elle ne devrait pas y porter trop d'importance, après tout, qu'est-ce que cela changeait, que son arrière-grand-mère ait été une naine ? Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher d'y penser encore et encore.
Une partie d'elle était furieuse et blessée que son père leur ait caché leur origine, à elle et son frère Kay. Elle avait la désagréable impression qu'on lui avait menti toute sa vie. A présent, elle doutait de tout. La confiance qu'elle avait eu pour les siens s'était volatilisée à jamais, au point qu'elle ne regrettait plus de ne pas être partie à leur recherche. Car elle ne doutait pas que sa mère était également informée. Si son père vieillissait si lentement que l'avait laissé entendre Balin, alors il avait dû connaître sa mère très tard et n'avait pas dû beaucoup changer depuis. Il était impossible qu'Elda ne se soit pas posée de questions à ce sujet. C'était peut-être même pour cela qu'elle avait eu les jumeaux si tard ou qu'elle avait eu tant de mal à enfanter, le sang de deux races différentes se confrontant l'un à l'autre. Il n'y avait que Kay qui lui manquait affreusement désormais. Car elle se refusait à douter de lui. Son frère, sa moitié, ne lui aurait jamais dissimulé une telle chose. Nimuë espérait de tout son cœur que tout allait bien pour lui, à Bree, et qu'il avait bien reçu la lettre qu'elle lui avait fait parvenir.
Convaincue qu'elle ne parviendrait jamais à trouver le sommeil, la descendante de Kennokha sortit de ses draps et prit un fin manteau de soie transparente qu'elle glissa au-dessus de sa robe de nuit aux effets vaporeux, dont les fils argentés se mirent à briller lorsqu'elle sortit de sa chambre sous la lumière des étoiles. Elle déambula dans les couloirs aériens de la cité, sans crainte de croiser quelqu'un dans cette tenue, consciente que la plupart des elfes étaient réunis dans la salle du feu, où ils chanteraient et conteraient des légendes toute la nuit, comme ils le faisaient chaque soir. Parfois, la jeune humaine se joignait à eux, mais la mélancolie de leur chant lui faisait mal au cœur, et contrairement à eux, elle avait grand besoin de sommeil.
Ainsi marcha-t-elle jusqu'à atteindre les quartiers de la famille royale. Elle ne se rendait compte qu'à présent de l'honneur qui lui était fait d'avoir le droit d'y accéder. Le Seigneur Elrond était un hôte généreux qui lui avait donné accès à sa bibliothèque et à son bureau, car c'était là qu'il lui enseignait les bases de l'art de la guérison. Nimuë ne pouvait se vanter d'être une bonne élève dans l'art du combat, que s'évertuait à lui enseigner Glorfindel depuis plus d'un an, en revanche elle s'était trouvé un grand intérêt pour les plantes médicinales et un don certain pour les soins. Cela lui donnait l'impression d'être utile, lorsqu'Elrond lui proposait de l'assister. Lorsqu'elle quitterait Imladris, pour s'installer les Valars seulement savaient où, elle essayerait de devenir guérisseuse pour gagner sa vie, se disait-elle depuis un moment.
La jeune humaine descendit les quelques marches menant à la terrasse du bureau ouvert d'Elrond pour atteindre son télescope. Il y avait quelque chose de reposant, à observer ainsi les étoiles. Cela lui donnait l'impression que les problèmes de sa vie n'étaient rien face à l'immensité du monde. Nimuë savait que pour les elfes, les étoiles revêtaient une dimension bien plus importante, divine pour ainsi dire. Mais pour sa part, ce n'était qu'un spectacle magnifique. Rien de plus. Elle trouvait leur lumière particulière, triste, au contraire des rayons chauds du soleil.
- Nimuë ? Murmura une voix derrière elle, alors qu'elle était penchée sur le télescope.
La jeune humaine sursauta, ne s'attendant pas à trouver quelqu'un ici. Elle se tourna et vit s'approcher l'un des jumeaux. Elrohir, devina-t-elle, sans savoir comment. Les jumeaux étaient pourtant identiques en tout point, surtout dans la pénombre de la nuit, bien que toute la cité soit éclairée par de fines et délicates lumières. Mais elle avait toujours su. Peut-être était-ce ce timbre plus grave dans la voix d'Elrohir, ou la lueur plus malicieuse dans les yeux d'Elladan ?
- Que se passe-t-il, mellon nîm, vous semblez troublé ? S'étonna-t-elle lorsqu'il parvint à sa hauteur.
Il y avait quelque chose de nostalgique et de douloureux dans les yeux gris de son plus proche ami qui peina la jeune humaine.
- Ce n'est rien … Rien qu'un vieux souvenir …
- Dites-moi, insista Nimuë en attrapant la main d'Elrohir, qui s'assit sur les premières marches de l'estrade, le dos contre l'une des colonnades.
- Je ne m'attendais pas à vous trouver ici … Cela fait longtemps que plus personne n'est venu observer les étoiles à travers ce télescope.
Nimuë fronça les sourcils, surprise de cette révélation.
- N'appartient-il pas au Seigneur Elrond ?
Elrohir hocha négativement la tête et tendit doucement la main pour caresser le pied de l'objet de science.
- C'était celui de ma mère, Celebrian.
Nimuë eut envie de prendre l'elfe dans ses bras, tant il y avait de la douleur dans sa voix, rien que de dire le nom de sa mère.
- Elle adorait les étoiles, ajouta-t-il avec mélancolie. Elle passait presque toutes ses nuits ici, après avoir écouté les chants … Elle les aimait tellement qu'elle a donné à notre sœur le nom d'étoile du soir, sourit-il. Pendant un instant … en vous apercevant là, j'ai cru la voir …
- Je suis désolée, Elrohir … Souffla Nimuë en s'installant à côté de lui.
Elle n'ignorait pas le triste sort qu'avait eu la mère de ses amis. Voyageant de son royaume natal, la Lorien, à Imladris, la belle elfe avait été capturée et torturée par des orques des Monts Brumeux. Ses fils avaient tout fait pour la retrouver, mais trop tard hélas … Même si vivante, Celebrian souffrait d'une blessure empoisonnée, que tout le savoir de son époux n'avait pu soigner, à l'époque. Depuis, Nimuë l'avait appris auprès de lui, le Seigneur de la dernière maison simple à l'Est de la mer avait trouvé un antidote pour contrer le poison. Il lui avait enseigné sa préparation, une profonde tristesse dans les yeux durant toute la durée de la leçon. Nimuë n'avait pas posé de question. On lui avait déjà expliqué que pour survivre, Celebrian avait dû quitter la Terre du Milieu à jamais, laissant conjoint et enfants derrière elle. Nimuë pensa que même sans cette blessure, l'elfe n'aurait plus jamais été la même.
C'était pour cela qu'Elrohir et Elladan écumaient leurs terres, voyageant parfois avec les rôdeurs du Nord. Ils ne pouvaient supporter l'idée que des orques errent sur leur territoire impunément. D'une certaine façon, Nimuë devait la vie à Celebrian. Car sans cette hargne et cette soif de vengeance, les jumeaux n'auraient jamais croisé sa route et elle serait morte de sa fièvre dans une forêt du Rhudaur.
- Est-ce pour cela que vous semblez si triste, ces derniers temps ? Demanda-t-elle, en songeant à toutes les fois où les jumeaux et particulièrement Elrohir lui avaient semblé mélancoliques.
- Pas tout à fait. Elladan et moi craignions juste que vous ne viviez le même sort que notre mère … C'est une idée qui m'est impossible de supporter, souffla-t-il en serrant la petite main de son amie dans la sienne.
- Mais de quoi parlez-vous ? S'étonna Nimuë. Comment pourrait-il m'arriver ce destin funeste en étant en sécurité, ici, à Fondcombe ?!
Il lui jeta un regard attristé.
- Ai-je raison de penser que je suis la personne qui vous connaît le mieux dans la vallée ? Questionna-t-il soudain.
Nimuë n'avait pas à réfléchir longtemps pour répondre à cela. Luthwen était sa meilleure amie, mais malgré tout, il y avait une distance entre elles qui ne pouvaient être franchie, la jeune elfe s'obligeant à ne pas trop s'attacher à une mortelle. Quant au Seigneur Elrond, elle y était attachée et il la connaissait bien, mais ils avaient une relation de respect mutuel, celle d'un maître et de son élève. Il y avait bien Glorfindel, dont elle était très proche. Plus que de sa propre fille, même. Il était à la fois son professeur, son ami et un père à ses yeux. Il avait fait preuve de tellement de patience avec elle, écoutant ses doutes, ses craintes et cela quel que soit le moment où elle venait l'importuner. Enfin, il y avait Elladan. Un véritable ami, lui aussi. Qu'elle aimait beaucoup. Il était malicieux et la faisait rire aux éclats pour un rien. Mais elle n'avait avec aucun d'eux la relation particulière et fusionnelle qu'elle entretenait avec Elrohir.
- Vous connaissez la réponse, mais je ne suis pas certaine de comprendre où vous voulez en venir …
- Vous allez partir, Nimuë, annonça-t-il gravement en resserrant sa prise sur la petite humaine. Je sais que je n'ai pas le droit de vous en empêcher, peu importe mon inquiétude à votre égard. Mais savoir que vous allez emprunter la même route que ma mère … Sans avoir pour autre escorte que ces … nains !
- Je ne comprends pas un seul de vos mots … Murmura Nimuë, déstabilisée par le trouble de son ami, partagé entre colère et tristesse. Je n'ai jamais eu l'intention de m'en aller avec la Compagnie de Thorin Ecu-de-Chêne. Pourquoi le ferais-je ? Et même si je le voulais, je doute qu'ils m'acceptent à leurs côtés, tenta-t-elle de le rassurer.
- Vous l'ignorez peut-être … mais nous disposons de quelques dons, au sein de ma lignée. Celui de guérison, comme vous le savez déjà, mais aussi le pouvoir de voir l'avenir proche … Je vous ai vu, tendre amie, près de la montagne solitaire, le visage maculé de sang et des larmes débordants de vos yeux, souffla-t-il dans un murmure en replaçant une mèche de la chevelure folle de son amie, qui le regardait, horrifiée. Tu hurlais, encore et encore, ajouta-t-il en passant inconsciemment au tutoiement. Tout n'était que chaos et ténèbres. Tu te battais, avec une rage et une hargne que je n'avais encore jamais vue sur ton visage, pas comme si ta vie en dépendait ... mais comme si tu n'avais plus rien à perdre …
- Cela ne se peut …
- C'est ce qu'Elladan me répète inlassablement depuis des jours. Mais à chaque fois que je ferme les yeux, je te voie, dans un état si proche de celui dans lequel j'ai retrouvé ma mère …
Nimuë ne savait pas ce qu'il lui avait pris, mais elle avait libéré sa main de celle de son ami avant de se pencher en avant pour serrer le corps de l'elfe contre elle, caressant doucement les cheveux sombres de son sauveur. Surpris, Elrohir ne réagit d'abord pas, puis rapidement il glissa ses bras autour du corps frêle de la jeune femme en s'accrochant désespérément à elle.
- Il n'est pas de destin qui soit gravé dans la pierre. Je ne peux te promettre que ce que tu as vu n'arrivera pas, souffla Nimuë en passant elle-aussi au tutoiement, car tout semble me pousser vers cette montagne, ajouta-t-elle nerveusement en repensant à ses rêves. Mais je peux te jurer ceci, mon destin ne sera pas celui de ta mère.
- Ne fais pas de promesse que tu n'es pas sûre de pouvoir tenir, chuchota-t-il dans sa nuque.
- Je vais mourir, Elrohir. Si ce n'est pas durant ce … combat que tu as vu, ce sera ailleurs. Peut-être avant, peut-être après. Je suis mortelle. C'est cela, mon destin. Si je dois mourir de la main d'un de ces monstres, alors soit. Mais je te fais cette promesse, et je sais que je la tiendrais. Je ne les laisserai pas me détruire. Je me battrais, de toutes mes maigres forces.
- Je veux te croire, mon amie. Mais mon cœur et ma conscience ne peuvent accepter le danger dans lequel tu te mets inutilement.
- J'ai passé mon enfance confinée dans un village, où chaque jour était plus ennuyeux que le précédent. La vie y était douce, aimante. Mais j'y étouffais, d'autant plus que ma maladie me confinait entre les murs mornes d'une chambre. Je mourrais à petit feu, mon frère te le confirmerait. Lorsque les trolls sont venus, qu'ils ont mis le village à feu et à sang ... des hommes sont morts, souffla-t-elle les yeux humides. J'ignore même si les miens ont survécu. Ce soir-là, comme tu le dis, je me suis mise en danger inutilement, en allant chercher Fëa.
- Nimuë ... Soupira l'elfe, voyant où elle voulait en venir.
- Laisse-moi finir, coupa-t-elle avec sévérité. J'ai failli mourir. Je me suis sentie mourir, corrigea-t-elle. Mais honnêtement, même si je ne demande qu'à vivre, j'aurais préféré mourir dans cette forêt humide, que de passer une journée de plus dans ce village. Je n'avais seulement pas le courage de l'admettre, parce que j'avais honte de moi. Vous ne m'avez pas sauvé la vie, en me trouvant, Elladan et toi. Vous me l'avez donné. J'ai vu tellement de choses depuis, j'ai tant appris ... Sur mes origines, sur moi. On m'a répété toute ma vie ce dont j'étais capable ou non. Mais depuis que je suis ici, je sais que ce n'est pas vrai. Il n'y a rien dont je ne suis pas capable si je m'en donne les moyens. C'est à toi que je dois tout cela, à toi et à tous ceux que j'ai rencontré depuis. Mais ça ne serait jamais arrivé si je ne m'étais pas mise inutilement en danger.
- Qu'est-ce que tu essaies de me dire, mellon nîm ? Souffla-t-il, ému.
- Ce que je veux que tu comprennes, c'est que si je dois vraiment partir, avec ou sans ces nains, pour me mettre en danger ... alors tu n'as pas à t'inquiéter pour moi, parce que j'assumerais mes choix.
Elle se mordit la lèvre.
- Tes visions me font peur, confia-t-elle avec une sincérité désarmante. Je ne sais pas si je serais un jour capable d'être la jeune femme que tu as vue, capable de se battre ainsi. Mais il y a quelque chose qui me fait l'envier, cette Nimuë ...
- Quoi donc ?
- Sa hargne. Je n'ai jamais eu la force ni l'amour nécessaire pour défendre quoi que ce soit qui me tienne à cœur. Même pour mon frère, je n'ai jamais su me dresser et faire face. Mais si tes visions sont bien mon futur ... Ou un chemin possible ... Alors ça veut dire que je vais finir par trouver quelque chose, quelqu'un, qui me donnera la force de tenir. De me battre. Qui vaille la peine que je risque ma vie, ajouta-t-elle doucement.
- Tu n'as pas l'air de comprendre ... Fit remarquer Elrohir, désespéré en prenant la tête de son amie entre ses mains pour planter son regard dans les yeux vert de la jolie petite humaine. Tu ne te battais pas pour défendre quelqu'un ... Tu te battais comme si plus rien n'avait d'importance ... Parce que tu avais déjà tout perdu !
- J'en suis consciente. Je changerai cela. Je ne sais pas encore comment, mais ça n'arrivera pas ! Dit-elle avec une détermination peu commune à la jeune femme.
- Tu ignores tout de ce qui va se passer ...
- Tu n'en sais pas beaucoup plus que moi, le taquina-t-elle malicieusement pour détendre l'atmosphère lourde entre eux.
- Tu ignores qui protéger, contre qui te défendre ... C'est comme se battre contre de la fumée, Nimuë !
- Ça tombe ironiquement bien, puisqu'il est question de dragon ...
Nimuë s'appuya contre une colonne de marbre dans un couloir sombre de la cité. Elle ne sut si son frisson vînt de la froideur de la pierre ou de la peur sourde qu'avaient éveillé en elle les propos de son ami qu'elle avait quitté, une petite heure plus tôt. Depuis elle marchait dans les dédales d'Imladris, sans réfléchir à sa destination, l'esprit trop préoccupé pour penser à autre chose qu'à la Montagne Solitaire.
Elle quitterait bientôt la vallée elfique, c'était une certitude qu'elle avait acquise depuis un moment. Les humains n'étaient pas faits pour vivre auprès d'êtres immortels. La question était de savoir : où irait-elle ? Elle joua nerveusement avec l'anneau de la lignée de Durin que lui avait remis Balin. Pourquoi avait-elle cette soudaine envie de se voir dresser le pic solitaire ? Pourquoi entendait-elle le chant terrible des cors d'alertes, le bruissement impitoyable des ailes du dragon et les hurlements de terreur ?
- Je ne serais pas l'objet de ta vengeance, Kennokha ... Souffla-t-elle dans la nuit, d'une voix tellement incertaine qu'elle douta elle-même de sa conviction.
Car elle sentait en elle le besoin de contempler Erebor de ses propres yeux, de retrouver la terre de ses aïeux. Sa terre. Et au fond d'elle, Kennokha avait fait naître la colère, la douleur et l'envie de réclamer justice. N'avait-elle pas le droit, elle aussi, de venger les siens ? De retrouver sa maison ... Ce foyer qu'elle avait si longtemps recherché sans en avoir conscience ... Combien de fois s'était-elle plaint de ne pas se sentir à sa place dans son village natal ? Nimuë avait arrêté de compter. Aujourd'hui pourtant, cela prenait tout son sens. Elle ne s'était jamais sentie à sa place, simplement parce qu'elle n'y était pas.
- Ce ne sont pas mes sentiments ... ce n'est pas moi ! S'éveilla-t-elle en secouant la tête, pour éloigner les sombres pensées vengeresses de Kennokha qui affluaient dans son esprit.
Elle entendit soudain un petit rire enfantin dans le silence apaisant d'Imladris et fronça les sourcils en avançant vers l'endroit d'où lui était parvenu ce son inapproprié compte tenu de la nuit bien avancée. Devant les cuisines, d'où s'échappaient les lueurs rougeoyantes des flammes des bougies, elle aperçut un petit garçon qui lui était bien familier et qui aurait dû être couché à cette heure-ci !
- Estel ! Gronda-t-elle sévèrement en s'approchant du Dunedain.
Le jeune humain sursauta et se tourna précipitamment vers elle, l'observant de ses yeux gris, avant de soupirer de soulagement - ce qui fut hautement vexant pour Nimuë -. Sans doute avait-il cru que c'était sa gouvernante, ou pire, Lindir ou Elrond. Néanmoins, en voyant la moue réprobatrice de la jeune femme, l'enfant eut le bon sens de paraître si ce n'est coupable, au moins gêné d'être découvert ainsi.
- Souffrez-vous d'insomnie, ma Dame ? S'enquit-il soudain d'une voix sincèrement soucieuse. Il est rare de vous voir éveillée à une heure aussi avancée de la nuit !
Nimuë écarquilla les yeux devant l'absurdité de la situation. Cet enfant se moquait d'elle, n'est-ce-pas ? Elle fronça davantage les sourcils ... comment pouvait-il savoir qu'elle ne traînait pas la nuit dans la cité ? S'interrogea-t-elle avant de comprendre que ce n'était certainement pas la première escapade nocturne du garçon.
- Contrairement à toi, jeune homme, je suis assez âgée pour faire ce qu'il me plaît ! Je suis en revanche certaine que le Seigneur Elrond ne t'a pas permis de vagabonder ainsi seul dans la cité au beau milieu de la nuit !
- Je voulais juste prendre quelque chose à grignoter ... Mère laissait toujours quelque chose sur ma table de chevet, souffla-t-il en rentrant la tête dans ses épaules, dans un murmure presque inaudible.
L'humaine s'attendrit à cette vision et posa une main réconfortante sur la joue du petit garçon, qui du haut de ses dix années faisait presque sa taille. Estel avait encore du mal à se faire au départ de Gilraen, répartie il y a peu pour ses terres natales du Nord. Nimuë s'en voulut d'avoir été si dure avec lui. Elle se souvenait, malgré sa rancœur, la main douce de sa mère venant lui caresser le front, lorsqu'elle était enfant. La chaleur et l'amour d'une mère étaient des choses plus inestimables qu'on pouvait le penser.
A cet instant, elle aurait souhaité transmettre ces sentiments à Estel, car les Valars en soient témoins, elle l'aimait, ce petit homme. Il avait éveillé en elle un instinct maternel qu'elle était certaine de ne jamais pouvoir assouvir. Alors, un peu comme si Estel était de son sang et de sa chair, elle se sentait emplie d'une étrange fierté lorsqu'elle posait ses yeux verts sur ce fier et brillant garçon, car elle était sincèrement convaincue qu'il deviendrait un grand homme, le jour venu.
Elle caressa de son pouce la peau douce de sa joue. Il allait lui manquer, lorsqu'elle s'en irait, songea-t-elle, les larmes aux yeux. Plus qu'il ne l'imaginait, sans doute.
- Dame Nimuë ? Lança-t-il d'une voix incertaine, ayant sûrement remarqué l'air mélancolique et troublé de la petite humaine.
Elle retira la main apaisante de sa joue, à regret, et tenta de reprendre une expression neutre.
- Alors dis-moi, si c'est la faim qui t'a sorti de ton lit, que fais-tu en dehors des cuisines ?
- C'est qu'il y a déjà quelqu'un ! Souffla le descendant d'Isildur en regardant à nouveau vers la porte entrouverte, un sourire amusé aux lèvres.
En effet, maintenant qu'elle y prêtait attention, il lui semblait bien entendre des murmures vifs et des pas lourds qui se déplaçaient dans la cuisine en ouvrant et fermant les différents placards du garde-manger.
- Laisse-moi deviner ... Des nains ? Conclut-elle avant d'ouvrir la porte de la cuisine brusquement, faisant sursauter les trois nains qui se trouvaient là. Maîtres Nains, je constate que vous passez une bonne nuit !
- Ah ! C'est vous, Dame Nimuë ! Vous nous avez fichus une sacrée frousse ! S'exclama Bofur, qui s'était figé en l'entendant, la main autour d'une bouteille de vin du Deuxième Âge.
- Je vois ça, oui, s'amusa la petite humaine. Je vous conseille néanmoins d'être plus discrets, nos hôtes risquent de ne pas apprécier le pillage de leurs gardes-manger !
- C'est un crime d'avoir des mets aussi délicieux et de nous servir que de la verdure du matin au soir ! S'outra le nain le plus gros qu'elle n'ait jamais vu. Oh ! Pardonnez-moi, je ne me suis pas présenté ! Bombur, pour vous servir ! S'exclama-t-il en se penchant, un peu essoufflé.
Il semblait avoir eu du mal à se déplacer jusqu'à elle, entre les nombreuses tables qui occupaient le garde-manger, tant il était corpulent. A vrai dire, le nain était si gros que son menton ne semblait faire qu'un avec son cou. Son visage aussi rond que le reste lui donnait une figure sympathique, un peu naïve à laquelle Nimuë aurait cru, s'il n'y avait eu une lueur d'intelligence certaine dans son regard. Malgré cela, le nain -quoi que râleur concernant sa pitance, comme tout nain qui se respecte- lui donna une bonne impression.
- Nimuë, à votre service, Maître Bombur ! Sourit doucement la jeune humaine. Hum, je ne prendrais pas ça, si j'étais vous, ajouta-t-elle en voyant dans une de ses besaces une bouteille qui ne lui était pas inconnue. Le Seigneur Elrond tient beaucoup à son miruvor !
- Qu'est-ce que c'est qu'ça ? Demanda Gloin -le nain roux qui s'était cru insulté par Elrond le jour de leur arrivée- en saisissant la bouteille en question. Du vin elfique ?
- Si on veut, oui. C'est plutôt une sorte de médicaments ... Le Seigneur Elrond appelle ça un cordial, je crois. Ça peut remettre d'aplomb n'importe qui, en augmentant le rythme du cœur et en rependant de la chaleur dans le corps.
- Prends-le quand même, Bombur ! Ça pourrait nous être utile pour le reste du voyage ! Oh, s'exclama soudain Gloin en apercevant Estel, partiellement caché derrière Nimuë depuis leur entrée dans les cuisines. Salut mon petit gars ! Tu devrais pas être dans ton lit, toi ? C'est bien les elfes, ça ! Me viendrait jamais à l'idée de laisser mon petit Gimli debout à une heure pareille !
- Oïn n'a pas dit que ton petit avait plus ou moins l'âge de Kili et Fili ? S'étonna Bofur, reparti en quête de boustifaille.
- Si ! C'est ce que je dis, trop jeune pour rester dehors la nuit, que ce soit dans les Montagnes Bleues ou sur les routes pour Erebor !
- Je suis pourtant sûr d'avoir entendu Oïn vanter les coups de hache de son cher neveu ! Répondit Bofur, blasé par l'air protecteur de son compagnon, alors que Bombur retournait lui-aussi à son pillage du garde-manger, pas perturbé par l'arrivée impromptu des deux humains.
- Bien entendu qu'il est doué, c'est mon fils ! Mais ça ne veut pas dire que je le laisserais se lancer dans une quête aussi dangereuse, encore moins avec Oïn dans les parages !
- Il y a-t-il un problème avec votre frère, Maître Gloïn, demanda curieusement Nimuë en s'installant à une table pendant qu'Estel s'en allait rejoindre Bombur, à la recherche de ses biscuits.
- S'il y a un problème avec mon frère ? Répéta Gloïn en la fixant un instant avant de semble-t-il se rappeler que la jeune personne devant lui n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer le maître nain en question. Vous ne poseriez certainement pas la question si vous aviez déjà été soigné par lui, ma p'tite dame !
- Il est guérisseur ? S'enquit Nimuë, avide de connaître mieux cette compagnie de nains qui lui semblait dans l'ensemble chaque jour de plus en plus sympathique.
Depuis qu'elle assistait le Seigneur Elrond, l'art de la guérison était devenu l'un de ses principaux centres d'intérêt. Il fallait dire qu'elle n'en avait pas beaucoup d'autres. La jeune humaine ne prenait pas de plaisir à manier une lame et ne continuait ses entraînements avec Glorfindel que par obligation. Quant aux tissages, la broderie et le tressage de fleurs qu'affectionnaient tant ses amies elfes ... Et bien, ça la faisait littéralement mourir d'ennui et elle n'y allait que pour passer du temps avec Luthwen et Sithiel. On ne pouvait pas dire de Nimuë qu'elle était une femme accomplie, encore moins chez les elfes. Rares étaient ses talents naturels, alors maintenant qu'elle avait trouvé une discipline où elle se révélait douée, elle avait bien l'intention d'approfondir son savoir. C'est pourquoi savoir que la Compagnie possédait un guérisseur avait attisé sa curiosité. Peut-être, si le nain en question était ouvert à la discussion, Nimuë pourrait-elle apprendre de lui de nouvelles méthodes de soin ?
- C'est cela même, mais il se fait vieux ! S'exclama Gloin en la faisant revenir à l'instant présent. Et en plus d'être sourd et bigleux, ce bougre d'âne est maladroit ! Grogna le nain à la chevelure de feu en mordant dans un morceau de lard fumé.
- Gloin exagère, Dame Nimuë ! Oïn est un bon guérisseur, sourd certes, mais très compétent, tempéra Bofur en revenant vers eux, les bras chargés de son larcin.
- Tu dis ça parce que tu n'as pas encore eu à tester sa façon de recoudre une plaie ! Marmonna le frère du concerné.
- Je ne suis pas certaine de vous suivre, Maître Gloin, hésita Nimuë en jouant distraitement avec une mèche de ses cheveux. Pourquoi ne pas vouloir de lui auprès de votre fils durant cette quête ? Mieux vaut un bon guérisseur que rien du tout, non ?
- Ah ! La Dame est pleine de bon sens, contrairement à d'autres ! Sourit Bofur.
- C'est parce qu'elle ne sait pas que cet idiot, en voulant aider ma superbe épouse à mettre au monde notre Gimli, a laissé mon fils lui échapper des mains et tomber sur la tête ! Je jure, par Mahal, que si Gimli semble avoir des problèmes comportementaux, un jour au cours de sa vie, frère ou non, Oïn fera connaissance de près avec ma hache !
Nimuë se mordit la lèvre pour ne pas sourire. Heureusement que les nains avaient, semble-t-il, la tête dure. Elle n'osait imaginer les conséquences d'une telle maladresse sur un nourrisson humain. Elle chercha du regard la chevelure brune d'Estel, qui semblait s'amuser avec Bombur à comparer les différents biscuits.
- C'est votre loupiot ? S'enquit Gloin en remarquant enfin les oreilles rondes du jeune garçon qu'il avait de prime abord pris pour un elfe.
Il fallait dire pour sa défense que la pâleur de peau du garçon, sa haute taille et son visage sévère pour un enfant lui donnaient une attitude et une apparence très elfique.
- Non, répondit Nimuë avec un sourire triste. Estel est, comme moi, un protégé du Seigneur Elrond.
- Vous aurez bien le temps d'en avoir à vous, vous faîtes pas de mouron pour ça, ma p'tite Dame ! Voulut rassurer Gloin en posant son imposante main sur l'épaule délicate de la jeune femme, dans un élan de sympathie.
Contrairement à Bofur, qui ne connaissait rien aux femmes, le nain avait remarqué la douleur et le doute dans les yeux de Nimuë. Oh, il ne connaissait que trop bien ces sentiments, pour les avoir tapis trop souvent dans le regard de son épouse, avant que cette dernière ne parvienne enfin à mettre au monde leur fils. Oui, il comprenait car aucun peuple ne chérissait davantage leurs enfants que celui des nains.
- J'en doute, souffla Nimuë.
Même si la découverte de sa condition de descendante de naine lui avait donné l'espoir d'une plus longue longévité, son esprit et les mœurs dans lesquelles on l'avait élevé lui donnaient l'impression que plus rien ne pouvait lui arriver. Ayant vu passer vingt-quatre années, elle était désormais trop vieille, malgré des apparences trompeuses, pour se marier. Par ailleurs, passé un certain âge, c'était dangereux pour une femme d'enfanter. Nimuë n'en était pas là, les Valars merci, mais les années passaient bien vite.
- Je ne pense pas être faite pour être mère, de toute façon, soupira-t-elle.
- Toutes les femmes ne sont-elles pas faîtes pour cela ? N'est-ce-pas, comment dire ... dans vos gênes ? Vous savez, votre instinct, tout ça ... Questionna Bofur, mal à l'aise de ne rien savoir à ce sujet.
- Et bien, je l'ignore. Mais je pensais plutôt à ma situation, à vrai dire, corrigea Nimuë. Je pense quitter sous peu Imladris, mais j'ignore encore où m'établir. Je n'ai pas de quoi subvenir à mes besoins et j'ignore même si je parviendrais à vivre en utilisant ce que le Seigneur Elrond m'a enseigné. Sincèrement, qui voudrait avoir un enfant à sa charge dans une telle situation ?
- Vous avez le sens des responsabilités, jeune Dame, assura Gloin alors que Bombur et Estel revenaient du garder-manger.
- Je vous ai pris des biscuits, Dame Nimuë ! Sourit joyeusement le descendant d'Isildur en lui tendant les confiseries, alors que le nain à la chevelure de feu passait une main affectueuse sur la tête du jeune garçon, pour ébouriffer ces cheveux trop bien coiffés à son goût.
Nimuë sourit en les prenant, riant de la moue surprise et outrée d'Estel qui regardait le nain avec des yeux écarquillés, avant d'embrasser le jeune garçon sur le front.
- Allons, maintenant ! Tu commences à tomber de fatigue et je ne voudrais pas que le Seigneur Elrond te punisse s'il te découvrait hors de ton lit à une telle heure ! Déclara-t-elle en se levant du banc sur lequel elle s'était installée. Maîtres nains, je vous conseille de ne pas traîner non plus !
- Bonne nuit à vous, ma Dame ! Salua Bofur, suivi de son frère et de Gloin.
Nimuë eut du mal à se lever, le lendemain matin. Les cauchemars, pour ne pas dire visions, avaient tendance à la vider de son énergie, et la nuit presque blanche qu'elle avait passé en compagnie d'Elrohir puis des nains n'avait pas aidé à son repos. C'est donc tard dans la matinée qu'elle émergea. Le soleil était déjà haut dans le ciel et ses rayons avaient la chaleur des journées de juin. Elle décida de rejoindre Sithiel et Luthwen, qui avaient coutume de descendre dans la vallée lors des jours de grand soleil, pour confectionner quelques couronnes de fleurs et chanter des odes à la gloire des grands elfes des âges passés.
Elle sortit donc de sa chambre et quitta l'aile des invités, où elle logeait maintenant depuis plus d'une année, avant de s'éloigner de la dernière maison simple. Elle passa par la place du marché d'Imladris, où les plus habiles artisans vendaient leurs oeuvres et en profita pour saluer le forgeron de la cité. Glorfindel l'avait mené à lui, le jour de son anniversaire, pour lui offrir une lame digne de ce nom. Le forgeron n'avait jamais confectionné d'arme pour une personne de la taille de Nimuë et avait considéré cela comme un défi, qu'il avait admirablement relevé, par ailleurs.
- Bien le bonjour, Dame Nimuë ! Comment vous portez-vous ?
- Très bien, je vous remer ...
- Attention !
- ... cie ! Aïe ! Grimaça la jeune humaine, en posant une main sur son postérieur, qui avait rencontré le sol lorsque son corps en avait percuté un autre.
- Milles pardons, ma Dame ! S'écria l'étrange semi-homme qui avait tant intrigué Luthwen. Vous vous êtes fait mal ? Souhaitez-vous que j'aille chercher Maître Oîn ou le Seigneur Elrond ? Demanda-t-il à toute vitesse. Oh par les Valars, Bilbon Sacquet, regarde un peu ce que tu as fait ! Se flagella-t-il alors que le maître forgeron venait aider son ancienne cliente à se relever.
Ils le regardèrent tous deux continuer à se gronder, passant de l'inquiétude exagérée à la morosité, la tristesse et l'agacement contre lui-même. Assurément, ce petit homme devait être une personne fort bien élevée qui ne supportait pas l'idée d'avoir fait mal à une dame, pensa la jeune humaine.
- Maître Sacquet ? Coupa finalement Nimuë. J'ai du mal à comprendre ... de quoi vous excusez-vous, au juste ?
- De quoi je ... Mais pardi, de vous avoir blessé, enfin ! S'exclama le jeune hobbit en la regardant, surpris.
Le forgeron eut un rire amusé.
- Vous n'avez pas à vous excuser pour cela, c'est la Dame qui vous a percuté de plein fouet ! Une habitude qu'elle n'a pas perdue depuis sa venue dans la vallée, ai-je ouï dire.
Nimuë rougit de gêne, adressant un sourire coupable au forgeron qu'elle avait -effectivement- déjà heurté dans le passé.
- Je vous demande pardon, Monsieur Sacquet, je n'ai pas l'habitude de rencontrer à Imladris des personnes plus petites que moi ... Je ne vous avais pas vu, confia-t-elle. J'espère que je ne vous ai pas fait mal ?
- Mal ? Du tout, voyons ! S'empressa de la rassurer le hobbit. Je suis un hobbit de Cul-de-Sac et un Touque, ce qui fait de moi un hobbit très résistant.
- A la bonne heure ! Sourit l'elfe. Ah ! Je vais devoir vous laisser, tous les deux, un client attend. N'hésitez pas à venir me voir, Dame Nimuë, si vous avez besoin d'une nouvelle lame.
- Je n'y manquerais pas ! Sourit la jeune femme en le saluant de la main.
- Vous maniez l'épée ? S'enquit le hobbit, impressionné.
- Peu. Et pas très bien, grimaça Nimuë. Disons que je suis capable de me défendre mais contre un habile escrimeur, je serais tout à fait dépourvue.
- Vous vous en sortiriez toujours mieux que moi, soupira sombrement le hobbit.
- Vos compagnons ne pourraient pas vous enseigner quelques mouvements ? D'ailleurs, que faîtes-vous seul ainsi au milieu du marché ?
- Mes compagnons ... ricana amèrement Bilbon, n'ont que faire de ma survie. Ils sont bien plus occupés à courir dans la vallée, loin des elfes, pour se préoccuper de moi. Par ailleurs, j'aime mieux visiter cette merveilleuse cité et discuter avec ses fascinants habitants ! On m'a d'ailleurs conseillé de visiter le temple de la mémoire ... mais je crains de ne pas savoir où il se trouve.
- Le temple ? Oh, là où repose la lame brisée de Narsil !? Comprit Nimuë. Il faut que vous remontiez au nord de la cité, dans une aile de la demeure d'Elrond. L'entrée est protégée par des gardes, vous devriez trouver facilement.
- Je vous remercie ! Vous êtes une bien aimable personne ! Sourit le hobbit.
- Je vous en prie, je ne sais que trop ce qu'est d'être perdu dans Imladris ! Rit Nimuë. Si je puis vous aider, c'est de bon cœur !
Après lui avoir redonné une nouvelle fois des indications sur son chemin et lui avoir souhaité une agréable après-midi, Nimuë continua son chemin jusqu'à sortir finalement de la cité pour rejoindre ses amies. Alors qu'elle empruntait un chemin à travers les arbres ensoleillés, elle entendit des exclamations vigoureuses et des rires tonitruants. Assurément, elle venait de retrouver les traces de la Compagnie. Les nains avaient dû trouver la grande fontaine et profiter de la fraîcheur qu'elle apportait à l'atmosphère, songea-t-elle en s'approchant avant de se figer à l'entrée de la clairière où se trouvait ladite fontaine, les yeux écarquillés et un cri de surprise au bord des lèvres.
Les nains étaient bien là, oui. Et effectivement, ils profitaient de la fraîcheur de l'eau, à leur façon, néanmoins, puisqu'ils étaient littéralement DANS la fontaine. Nus comme des enfants qui viennent de naître. Tous. Quoiqu'elle voyait le jeune Ori qui tentait de retirer son pantalon pour rejoindre ses amis. Alors que six nains s'amusaient à se porter les uns les autres pour faire tomber l'équipe adverse, un autre -Oïn si elle ne se trompait pas- reposait simplement dans un bassin attenant. Deux autres profitaient de la grandeur de la fontaine pour utiliser ses courbes glissantes pour descendre d'un bassin à l'autre, alors que Bombur grimpait au plus haut pour prendre de la hauteur avant de sauter.
- Dame Nimuë ! S'écria Ori en la remarquant soudain, alors qu'il ne lui restait plus que ses sous-vêtements.
La jeune humaine reprit bien vite pied avec la réalité en entendant son nom, trop choquée par la scène pour se rendre compte qu'elle s'était littéralement transformée en statue l'espace de quelques minutes. Elle sentit ses joues prendre feu et tourna immédiatement le dos aux nains, criant à Ori un rapide :
- J-je-je-je n'ai rien vu, bonne journée !
Elle prit immédiatement le chemin du retour, renonçant à rejoindre ses amies (au diable les couronnes de fleurs, elle ne savait pas en faire de toute façon !), les joues en feu et le cœur battant à tout rompre. Elle n'avait, de toute sa vie, jamais vu autant de chairs. Par tous les Valars, ne pouvaient-ils pas se baigner aux sources, comme tout le monde ? Elle se crispa plus encore en entendant sur le chemin devant elle la voix de l'ombre d'Elrond, le pénible Lindir.
- ... cuisines sont sens dessus-dessous, nous presque à court de vin ! Combien de temps pensez-vous qu'ils vont rester parmi nous ?
- Cela n'a pas encore été décidé, répondit calmement le Seigneur des lieux. Oh ! Nimuë !
- S-seigneur Elrond, salua d'une voix tremblante Nimuë, encore bouleversée.
- Que se passe-t-il, chère amie, vous semblez troublée ?
- C'est à dire que ... et bien ... Elle se sentit rougir davantage. Continuez votre chemin et vous comprendrez, mon Seigneur. Pour ma part, je préfère m'éloigner d'ici. Bonne journée à vous ! S'exclama-t-elle à toute vitesse en s'inclinant une nouvelle fois, avant de déguerpir très très loin de cette fontaine.
