A/N : Salut tout le monde :) Une petite semaine de retard pour ce chapitre, j'espère que vous ne m'en voudrez pas ! Je devrais revenir à un chapitre tous les dimanches, maintenant qu'on arrive à la fin de l'année, le rythme sera plus facile à tenir. Enfin, j'espère ! Mais personnellement, en tant que lectrice, j'ai du mal à suivre une fic dont les updates sont trop espacées, alors j'essaie de ne pas faire ça en tant qu'auteure :)

Bref, bref, bref. Chapitre 12 donc. Chanson de Jack Johnson en titre. Avec un petit extrait des paroles, en prime. C'est quand même fou le nombre de chansons dont les paroles correspondent exactement à ce qu'on essaie de faire passer dans des histoires... Et dire qu'eux, ils y arrivent en quelques mots. *soupir désabusé*

M'enfin, avant de vous laisser avec ce chapitre tout aussi long que le précédent, je tiens quand même à remercier toutes celles qui ont souhaité la mort d'Aphroda par étouffement au vomi dans le dernier chapitre. Donc merci à faolbee, loveloveegypte, PetiteMouche, HarpaPhoenix, FougasseOdC, Sirya, Sugarfreee, INeedAHero, La Bgard, Rina (je te réponds ici : tu te poses plein de questions très intéressantes héhé ! il va y avoir des débuts de réponse dans ce chapitre :) et pas de souci pour le français, merci d'avoir laissé un mot !), Machurida (contente que tu aimes bien l'histoire, merci :) C'était quoi ta petite idée ? ), Shiriliz, Anae, Miisss, Malh, Mireillelabeille et AnkaaBlack !


Chapitre 12 : Sitting, waiting, wishing

OoOoOoO

Lord knows that this world is cruel
And I ain't the Lord, no I'm just a fool
Learning loving somebody don't make them love you
I can't always be waiting waiting on you
I can't always be playing playing your fool


OoOoOoO

- Et Switch MAAARQUE ! Dix points pour Serdaigle ! s'égosille la commentatrice en secouant ses tresses dans tous les sens.

Aussitôt, toute la tribune bleue et bronze se lève comme un seul homme en hurlant sa joie, et je dois me retenir de ne pas me boucher les oreilles pour couvrir le vacarme qu'ils font.

C'est samedi après-midi et le match de Quidditch tant attendu opposant Serdaigle à Serpentard a lieu en ce moment même. Serdaigle mène de quelques dizaines de points mais nos joueurs abordent déjà de gros bleus dûs à la férocité de leurs adversaires. Tout le stade est parcouru d'excitation, chacun se demandant qui remportera la partie. Serdaigle, avec son organisation efficace et sa stratégie implacable, ou Serpentard, qui allie la férocité de ses frappes au talent de son attrapeur vedette ? Quel suspense insoutenable.

Personnellement, la seule question que je me pose c'est : mais qu'est-ce que je fiche ici, nom d'un farfadet parallélépipède ?

Et bien je vais vous dire la réponse, je me suis laissée embrigader. Alors que j'avais prévu de passer l'après-midi à profiter du calme plat de la salle commune, je me suis laissée persuader d'aller au match pour supporter ma Maison. Vous m'en direz tant ! Comme si j'en avais quelque chose à faire de ces guignols sur leurs balais qui jouent à la baballe !

- Oh non, ce n'est pas passé loin ! Alleeeeeez Serdaiiiiiiigle ! hurle Emeric à côté de moi, gigotant comme un asticot au-dessus d'un chaudron bouillant.

Voilà, c'est de sa faute, à lui. C'est lui qui m'a entraînée là-dedans. Il allait au match supporter ses copains quand il m'a vue toute seule dans la salle commune. Il n'arrivait pas à me croire quand je lui ai dit que je n'avais pas été à un seul match de Quidditch depuis ma deuxième année. Comme si c'était quelque chose d'illégal ou un truc de ce genre. Selon lui, il fallait absolument remédier à cela.

Il m'a donné plein d'arguments valables, sur le coup : que le Quidditch faisait partie de la culture sorcière et que je devais absolument m'y intéresser si je me considérais comme une sorcière, que le Quidditch permettait de réunir les élèves malgré leurs différences autour de valeurs sportives et universelles, que le soutien à une équipe entretenait la cohésion et le rassemblement, etc. Je n'ai pas trouvé quoi y répondre et il avait l'air de tellement y tenir, que je l'ai suivi. Je le regrette amèrement.

Foutue pression sociale.

Ceci dit, j'aime bien Emeric. On s'est reparlé plusieurs fois cette semaine et quelquefois, il est venu s'asseoir à ma table à la bibliothèque. C'est agréable d'avoir quelqu'un avec qui discuter à Serdaigle de temps en temps. Ça change de mes camarades de chambre avec qui j'ai toujours l'impression d'être placée sous un sort de Désillusion.

Mais voilà ce que ça donne de se laisser emporter par la sympathie : on se retrouve au milieu d'ados surexcités braillant à chaque fois qu'un membre de leur équipe touche une balle. Et sachant qu'il y a quatre balles sur le terrain, ça fait beaucoup de braillements.

Je me prends une écharpe dans la figure de la gamine à côté de moi. Je lui jette un regard noir mais la gamine ne semble même pas m'avoir remarquée, tant elle est occupée à hurler :

- ALLEZ ALEXANDEEEEER ! T'ES LE MEILLEUR !

Argh ! Mais pourquoi tant de haine contre mes tympans ?

En comparaison, cette semaine a été étrangement calme. L'événement le plus notable a été quand j'ai retrouvé ma trousse de toilette calcinée dans la salle de bain, ce que je soupçonne très fortement être l'oeuvre d'Aphroda. Mais, comme je l'avais prédit, elle n'a parlé à personne de ma supposée relation avec Sirius. Par contre, elle continue de lui parler dès qu'elle en a l'occasion et je dois me remémorer son visage rempli de morve à chaque fois pour ne pas perdre mon sang-froid.

Sinon, pas d'anicroche du côté des Serpentards, ils se font discrets ces derniers temps. J'ai seulement eu droit à des regards noirs de Snape, et à plus d'insultes que d'habitude. Quant à Rosier, j'ai tout mis en oeuvre pour me tenir à l'écart de lui et il n'a pas cherché à renouveler ses menaces, fort heureusement. Je me dis que peut-être préparent-ils leur vengeance dans l'ombre, ce qui me fait rester vigilante à tout moment.

De même, pas d'attaque de Vous-Savez-Qui depuis plusieurs semaines et la dernière disparition suspecte, celle d'un membre du Ministère, date du mois dernier, ce qui commence à faire longtemps et fait craindre une attaque de grosse envergure prochainement. A moins que le Ministère n'ait réussi à ralentir Vous-Savez-Qui et ses Mangemorts, mais ne soyons pas trop optimiste. J'ai appris à mes dépends que cela provoquait trop souvent de faux espoirs.

Rien de particulier en cours non plus, si ce n'est que j'arrive enfin à me métamorphoser en plante verte dans le cours de McGo et que je suis toujours aussi nulle en Potions. C'est pas demain la veille que Slughorn m'invitera à ses fameux dîners.

Et surtout, surtout de chez surtout : rien du côté de Sirius depuis dimanche dernier, c'est-à-dire une semaine. Nada. Néant total, aussi vide que le cerveau d'un troll des marais.

Bon, j'exagère un peu, c'est vrai. Il est passé à la bibliothèque lundi dernier, juste après qu'on ait fini notre petite réunion entre Lupin, Evans et Liliane pour l'Etude des Runes. Il était avec Potter qui rejoignait Evans et il en a profité pour lui montrer notre soi-disant rapprochement en posant une main protectrice sur mon épaule pendant au moins deux bonnes minutes !

Autant vous dire que j'étais super mal à l'aise, je suis sûre que ça devait se voir parce que j'étais plus rouge qu'une bannière de Gryffondor pendant que les autres discutaient tranquillement. Heureusement, Liliane était déjà partie, elle n'a pas assisté à cette scène désastreuse. Du coup, je ne peux rien reprocher à Sirius, il a respecté ce qu'on avait dit : il n'y avait que Potter, Evans et Lupin, mais je sentais leurs coups d'oeil indiscrets vers la main de Sirius sur mon épaule, et c'était déjà beaucoup trop pour moi. D'autant plus après ce qui s'était passé la veille, derrière le tableau...

Je suis sûre que c'est à cause de ça que Sirius ne m'a presque pas parlé de la semaine. Il n'a pas cherché à me voir, à me donner rendez-vous, à me contacter de quelque façon que ce soit. Depuis un mois il ne me laisse aucun répit, et là, alors même qu'il venait de dire qu'il fallait qu'on soit plus proches, il prend clairement ses distances. C'est incompréhensible ! Enfin, ce serait incompréhensible s'il n'y avait pas eu l'épisode de l'autre soir.

Car je suis sûre qu'il m'a percée à jour. J'ai tourné et retourné le problème une bonne centaine de fois dans ma tête, et je ne vois pas d'autre explication plausible. Il a dû deviner que je suis amoureuse de lui. Forcément, vu comment j'ai réagi derrière le tableau ! Quelle idiote, à le regarder dans le blanc des yeux comme un poisson pas cuit !

Il allait m'embrasser, je le sais. Il a dû se dire que c'était l'occasion idéale pour initier ce « rapprochement » dont il venait de parler. Et moi, j'ai été incapable de me contrôler. J'aurais dû m'éloigner tout de suite, arrêter de le regarder, mais non je n'ai pas bougé et je l'ai laissé aller trop loin. Pourtant, ce n'est pas comme si je n'avais jamais embrassé personne avant ! Bon, certes, je n'ai embrassé qu'une personne avant et c'était un Moldu italien et... bref, ce n'est pas le sujet. Tout ça pour dire que je sais à peu près comment ça marche, j'aurais dû voir les signes et l'arrêter dès le début !

Heureusement que j'ai fini par l'arrêter tout de même. J'ai au moins limité les dégâts. Mais ça n'a pas été suffisant, de toute évidence. Parce que sinon, il n'aurait pas arrêté de me parler, n'est-ce pas ? Maintenant, il doit se demander si ça vaut le coup de continuer son pari en sachant que je suis réellement attirée par lui. Il vaudrait mieux que je lui dise moi-même qu'on arrête tout, mais depuis dimanche dernier, je suis incapable de le regarder dans les yeux. Je suis beaucoup trop mortifiée.

- OH ! L'attrapeur de Serpentard semble avoir vu le vif d'or ! s'exclame soudain la commentatrice, me tirant de mes songeries. Il plonge vers le sol à une vitesse in-cro-ya-ble ! Faucett s'élance à sa poursuite mais elle est encore loin ! Black est tellement rapide qu'il semble impossible de le rattraper !

A ces mots, tous les élèves se lèvent dans mon gradin, se mettant sur la pointe des pieds pour voir les attrapeurs. Emeric me tire la manche pour que je me lève à mon tour, ce que je fais de mauvaise grâce, espérant que le match se terminera là.

- Smith lance un cognard en direction de Black ! Mais Mulciber l'écarte ! Ce n'est plus qu'un duel entre nos deux attrapeurs ! Accélère, Faucett, accélère ! On ne peut pas laisser Serpentard gagner !

J'admire toujours l'impartialité incomparable de nos commentateurs.

C'est toujours comme ça au Quidditch de toute façon, il ne pourrait y avoir que deux attrapeurs sur le terrain que ce serait pareil. Tant qu'il n'y a pas 150 points d'écart entre les deux équipes, les autres joueurs ne servent strictement à rien, à part occuper les gens. Ce sport n'a pas de sens. Si au moins attraper le vif d'or ne faisait que terminer le match, sans donner à son équipe les 150 points qui lui assurent quasiment à chaque fois la victoire, ça pourrait être intéressant. Mais là, tout le match dépend des attrapeurs, c'est stupide.

- Black fonce derrière le vif d'or, Faucett est juste derrière lui, son balai est vraiment pas mal ! Va-t-elle réussir à le rattraper ? Eeeeeeeeet... oooh attendeeeeez... NON ! C'est pas vrai, Black vient d'attraper le vif d'or ! Serpentard gagne le match ! Pfffff...

Youpi ! C'est terminé. J'ai envie de crier de joie mais parmi mes camarades qui huent en direction du stade, mécontents, ce serait sûrement malvenu.

Sur le terrain, Regulus Black se fait entourer par ses coéquipiers qui lui donnent de grandes accolades dans le dos. Je l'ai rarement vu aussi souriant, lui qui a toujours l'air un peu blafard. Il n'a pas la même nonchalance élégante que son frère, mais il se tient bien droit et fier, heureux d'avoir fait remporter la victoire à son équipe.

- C'est injuste, on les a menés pendant tout le match ! s'exclame Emeric à ma gauche, visiblement déçu.

- L'injustice du Quidditch, dis-je en haussant les épaules.

Bon c'est par où la sortie ?

- Oui c'est ce qui fait la beauté de ce sport, dit Emeric en souriant. Alors, tu as aimé le match, quand même ?

- Honnêtement ? C'est la dernière fois que tu me vois dans un stade de Quidditch.

Il s'esclaffe, pas vexé pour un sou.

- Oh allez, c'est le meilleur sport du monde ! proteste-t-il.

- Dans ce cas, les autres sports doivent être vraiment horribles.

- J'avoue que je n'en connais pas beaucoup d'autres, admet-il. Mais rien ne vaut le Quidditch !

On commence à descendre des gradins, alors qu'il me liste tous les arguments en faveur du Quidditch et que je l'écoute patiemment. Bla, bla, bla, je vous épargne ça.

- Tu vois, tu as toutes les raisons d'aimer le Quidditch, conclut-il finalement.

- D'accord, à condition que l'on supprime les attrapeurs.

- Que l'on supprime les attrapeurs ? fait Emeric, aussi choqué que si je venais de lui annoncer que Dumbledore est en réalité le Père Noël. OK, j'abandonne... Tu es vraiment un cas désespéré.

Il secoue la tête avec incrédulité et je rigole devant son air dépité quand soudain, je croise le regard de Sirius. Il est avec Potter et ses autres amis, descendant eux aussi des gradins après le match où ils étaient évidemment pour Serdaigle. Aussitôt, je détourne les yeux en rougissant, mais j'ai l'impression de sentir son regard perçant peser sur moi alors que je m'éloigne du stade avec Emeric.

Comme pendant toute la semaine, une petite voix répète dans ma tête : « il sait, il est au courant... il a compris... tu es fichue... ».

Je secoue la tête pour chasser la voix tandis qu'on arrive au niveau des vestiaires, derrière le stade. Emeric s'arrête.

- Il faut que je félicite Richard et Jon', ils ont vraiment bien joué. Tu attends avec moi ?

- Oh non, je vais rentrer au château, dis-je, l'esprit ailleurs. A plus tard, alors.

- OK... à plus tard.

Je sens son regard qui me suit alors que je m'éloigne mais mes pensées sont focalisées sur Sirius. Et encore une fois, je me demande s'il a vraiment tout deviné.

Est-ce qu'il va juste ne plus jamais me parler et me laisser dans le doute jusqu'à la fin de mes jours ?

Alors que je marche lentement vers le château, plongée dans mes pensées, des groupes d'élèves me dépassent en papotant gaiement à propos du match ou, pour les Serpentards, en bombant le torse de fierté. Au loin, j'entends l'ovation qui est faite à Regulus Black, qui vient certainement juste de sortir des vestiaires. Son frère, lui, est à plusieurs dizaines de mètres devant moi, mélangé parmi d'autres Gryffondors. J'aperçois soudain Aphroda qui se fraye un chemin vers lui et mon coeur se serre. Elle arrive à côté de Sirius et je vois qu'elle commence à lui parler. Elle est vêtue d'une belle robe de sorcière aux couleurs de Serdaigle qui la rend encore plus jolie que d'habitude. Mais Sirius semble à peine la remarquer et deux secondes plus tard, il s'est détourné d'elle pour dire un truc à Lupin. De ce que je peux voir, Aphroda a l'air carrément vexé, et elle n'arrive pas à récupérer son attention. Elle finit par s'éloigner à grands pas vers le château.

Super, ça va l'énerver et je vais encore retrouver des Botrucs morts dans mes draps ce soir.

Machinalement, je prends le chemin de la salle commune, pour récupérer quelques affaires. Mais quand je monte dans mon dortoir, j'ai la mauvaise surprise de découvrir Aphroda, Madeleine et Liliane, en train de discuter sur un lit.

- Mais alors comment tu vas t'y prendre ? demande Madeleine à Aphroda au moment où j'ouvre la porte.

Les yeux d'Aphroda se lèvent vers moi, plissés, mais j'ignore son regard et me dirige directement vers ma malle.

- Attends, je ne veux pas que cette Sang-de-Bourbe nous entende, dit Aphroda entre ses dents mais suffisamment fort pour que je puisse l'entendre.

Dos à elle, je fais semblant de n'avoir rien entendu, mais mes mains sont crispées alors que je prends ma plume et du parchemin.

Elle est au courant que techniquement, une de ses deux amies est aussi une Sang-de-Bourbe ?

Tendue, je me dépêche de ressortir du dortoir avec mes affaires, sentant son regard se vriller dans mon dos. Je hais cette fille, c'est officiel. En l'espace de deux semaines, elle a réussi à se hisser dans les premières places du top 10 des gens que je déteste le plus au monde. Un record.

Je vais m'installer sur une petite table ronde à l'écart dans la salle commune. Au centre de la pièce, j'aperçois Emeric en compagnie de ses deux amis Smith et Clarke et d'autres membres de l'équipe de Quidditch, dont l'attrapeuse Miranda Faucett que les autres tentent de consoler.

Je m'attelle à la rédaction de ma lettre pour Giorgio. Mon allusion aux Serpentards dans ma dernière lettre ne lui a pas échappé et il a tenu à ce que je lui explique exactement ce qui s'était passé. Même si Vous-Savez-Qui ne s'en tient pour l'instant qu'au Royaume-Uni, ses "exploits" se font entendre dans le reste du monde, notamment en Europe, et Giorgio a une idée plus ou moins précise de ce qui se passe ici. J'essaie de le minimiser au maximum pour ne pas qu'il s'inquiète, mais comme il travaille en lien avec le Conseil des Mages (le Ministère de la Magie italien), il a accès à plus d'informations que le sorcier italien lambda, alors je ne peux pas lui cacher grand chose.

J'essaie quand même de rester concise dans ma lettre, racontant simplement que quelques Serpentards m'ont prise par surprise et m'ont menacée par rapport à mon sang, mais que je suis beaucoup plus prudente maintenant. Je change de sujet en lui demandant ce sur quoi il travaille en ce moment. Giorgio est une espèce de sorcier-chercheur pour le compte du Conseil des Mages, c'est-à-dire que le Conseil des Mages finance ses recherches un peu farfelues à condition qu'il soit toujours disponible pour faire des recherches sur n'importe quel sujet qu'ils pourraient lui demander. Autant vous dire qu'il touche donc un peu à tout, même s'il est spécialisé dans les objets magiques insolites.

Je finis ma lettre juste à l'heure pour le dîner et je descends à la Grande Salle parmi les derniers. Aphroda, Madeleine et Liliane se sont ajoutées au groupe des joueurs de Quidditch, je préfère donc m'asseoir à l'écart, malgré Emeric qui me fait signe de les rejoindre. Je ne comprends pas pourquoi il veut tellement me faire socialiser avec les autres, ce n'est pas parce que lui est sympa avec moi que les autres le sont pour autant. Ils n'en ont juste rien à faire de moi, et ce n'est pas maintenant, à cinq mois de la fin, qu'on va devenir les meilleurs amis du monde.

Après le dîner, je vais directement à la Volière pour poster ma lettre. Je regarde Ginette s'envoler plus ou moins gracieusement dans les airs, mon parchemin dans le bec. Elle en a de la chance, j'aimerais bien pouvoir voler moi aussi... C'est sûr, il y a toujours les balais volants, mais je n'en ai pas et je n'ai jamais eu l'occasion de pouvoir en refaire depuis les cours de Mme Bibine en première année. Je n'étais pas mauvaise (en tout cas, j'arrivais à décoller du sol sans me ramasser) mais probablement pas au point de faire partie de l'équipe de Quidditch. Et ici, à part le Quidditch, on ne peut rien faire d'autre sur un balai. Il pourrait y avoir des courses de vol ou des concours d'acrobaties aériennes, mais non, il n'y en a que pour ce sport débile qu'est le Quidditch.

Je m'assieds sur le rebord de la fenêtre, laissant mes pensées vagabonder, vers mes futurs voyages aux quatre coins du monde... Peut-être que je pourrai m'acheter un balai et voler au-dessus des océans...

Je reste un long moment à rêvasser sur le rebord de la fenêtre, parmi les hululements des hiboux. Puis je me rends compte que le couvre-feu ne va pas tarder à tomber et me décide à retourner à la salle commune. Comme à mon habitude, je me jette un sortilège de Désillusion avant de partir. A force, je les réussis de mieux en mieux.

Alors que je marche silencieusement dans le couloir du septième étage, en direction de la tour de Serdaigle, j'entends soudain une voix étouffée mais bien connue provenant de derrière la porte devant laquelle je viens de passer.

La voix d'Aphroda.

Je me rapproche de la porte pour mieux l'entendre. Elle est fermée mais sa voix me parvient quand même distinctement, elle a apparemment oublié de jeter un sortilège de silence. Je me demande ce qu'elle fabrique là-dedans... Soudain, une deuxième voix tout aussi connue s'élève et mon sang se glace.

- Désolé, mais je n'ai pas trop le temps, fait la voix presque hautaine de Sirius. Tu voulais me parler de quelque chose ?

- Pas exactement, fait la voix d'Aphroda. En fait, je ne pense pas qu'il soit nécessaire de parler...

Sa voix traîne, suggestive.

Il y a une longue pause pendant laquelle ne résonnent que les battements de mon coeur. J'ai peur de deviner. Et si ils sont en train de s'embrasser en ce moment et que Sirius ne la repousse pas ? Une envie de vomir me prend soudainement à la gorge.

Soudain, de l'autre côté de la porte, Sirius émet un toussotement embarrassé.

- Désolé mais... je ne suis pas intéressé, dit-il après ce long silence. Il vaut mieux qu'on en reste là, d'accord ?

J'entends ses pas venir vers moi et j'ai tout juste le temps de décoller mon oreille de la porte que celle-ci s'ouvre en grand et que Sirius en sort, passant devant moi sans me voir grâce à mon sortilège et s'éloignant dans le couloir à pas pressés. Le coeur bondissant de joie, je jette un oeil curieux dans la pièce pour voir la tête d'Aphroda.

Elle a l'air choqué, comme si elle n'arrivait pas à croire qu'un garçon l'ait repoussée. Puis son visage se décompose lentement et elle devient aussi blanche que le Baron Sanglant. Elle se dirige vers la porte d'un pas tremblant. Alors qu'elle passe juste à côté de moi sans me voir, l'odeur de son parfum me monte au nez, enivrant. Le parfum qu'elle avait mis pour séduire Sirius... et qui a lamentablement échoué, tout comme le décolleté plongeant qu'elle expose. Un sourire triomphant se dessine sur mes lèvres, alors que la signification de ce que je viens de voir s'impose à moi.

Aphroda a perdu.

OoOoOoOoO

Mon sentiment de triomphe perdure toute la journée du lendemain.

Quand je suis rentrée dans le dortoir, les rideaux du lit d'Aphroda étaient tirés. Elle est restée au lit tout le dimanche, refusant d'ouvrir ses rideaux malgré les nombreuses tentatives de Madeleine et de Liliane pour lui parler. Et ce matin, elle a refusé d'aller en cours.

Je suis sûre que c'est du cinéma. Elle nous fait un sketch parce qu'un mec a osé la repousser, c'est quand même pas la fin du monde ! Et je suis sûre qu'elle s'en fout de lui au fond. Bien fait pour elle.

Ceci dit, cela n'a rien changé à l'attitude de Sirius, qui m'a cruellement ignorée tout le week-end. Ce n'est qu'en cours de métamorphose, ce lundi matin, qu'il se manifeste enfin, avec un petit mot que me passe Potter au début du cours.

- De la part de Sirius, me dit celui-ci avec un clin d'oeil complice alors que je m'installe à ma place habituelle, sous le regard tout aussi curieux de Pettigrow.

Je regarde suspicieusement le petit parchemin qu'il me tend, plié sous la forme d'un oiseau.

- L'oiseau m'a mordu le doigt quand j'ai essayé de le lire, avoue Potter avec une grimace.

Hé hé.

Je marmonne un merci et lui prends le parchemin des mains, essayant de dissimuler mon appréhension à l'idée que Sirius me recontacte enfin. J'ai peur de ce que je vais y lire.

Mais sur le parchemin, quelques mots seulement : « Il faudrait qu'on se voie. Ce soir après dîner, dans la pièce souterraine de la tour d'Astronomie ? »

Je sens presque le sang quitter mon visage. C'est mauvais signe. Très mauvais signe.

Je jette un coup d'oeil là où il est assis, vers les premiers rangs devant moi, mais il ne se retourne pas vers moi, à moitié affalé sur son bureau, occupé à graver quelque chose dans le bois du bout de sa baguette.

Il va me dire qu'il faut qu'on s'arrête là, c'est sûr. Ma gorge se serre.

Ça vous étonne si je vous dis que je préférerais encore aller dans le dortoir de Snape plutôt que dans la pièce souterraine de la tour d'Astronomie ce soir ?

Mais je dois en avoir le cœur net. Il faut que je sois fixée.

Je prends une grande inspiration.

- Tu lui diras OK, soufflé-je à Potter.

Je vois que celui-ci s'apprête à me poser une question (quelle commère !) mais il est interrompu par l'arrivée de McGo qui ne laisse pas de place aux bavardages et nous enjoint d'ouvrir immédiatement nos livres à la page 317 : "Comment métamorphoser son nez en bec de canard". Honnêtement, à quoi ça sert ?

S'ensuit un cours gonflant que je passe à préparer dans ma tête ce que je vais bien pouvoir répondre à Sirius quand il me dira qu'il a compris que je suis amoureuse de lui et qu'il est désolé mais que ce n'est pas réciproque qu'il vaut mieux qu'on arrête là blablabla. Il serait inutile de nier la vérité, ce serait encore plus pathétique. Mais suis-je obligée de dire toute la vérité pour autant ? Je peux lui faire croire que je suis juste attirée par lui, pas forcément amoureuse... Non, c'est pas crédible ?

Les mêmes questions m'assaillent jusqu'au déjeuner. A table, les Serdaigles s'inquiètent de l'absence d'Aphroda et, pour la énième fois, se demandent qu'est-ce qui a pu lui arriver pour qu'elle soit dans cet état-là.

- Si seulement il n'y avait pas ces fichus sortilèges Glisseo sur les escaliers, je pourrais aller lui parler et lui remonter le moral, s'agace Richard Clarke.

Le pauvre, il n'a toujours pas compris qu'Aphroda n'en a rien à faire de lui et qu'elle le garde uniquement parce que ça flatte son ego d'avoir des mecs autour d'elle.

- On a déjà essayé, elle ne veut pas nous écouter, soupire Madeleine.

- Toi non plus tu ne sais pas ce qu'elle a, Lucy ? me demande soudain Emeric.

Toutes les têtes se tournent vers moi et je maudis instantanément Emeric pour avoir posé cette question.

- Aucune idée, dis-je en ayant l'air aussi désintéressé que possible.

Les autres détournent le regard et se remettent à s'interroger sur l'étrange comportement d'Aphroda, sauf Liliane qui me fixe un long moment d'un regard perçant derrière ses lunettes. J'essaie de manger mon ragoût d'agneau comme si de rien n'était. Si Aphroda ne leur a pas parlé de Sirius et moi, ce n'est certainement pas moi qui vais le faire.

A la fin du déjeuner, alors que tout le monde se lève pour retourner en cours, je me rends compte que j'ai oublié mes gants en peau de dragon dans le dortoir. Je me résigne à monter tout en haut de la tour pour aller les chercher.

Mais quand j'entre dans le dortoir, je tombe nez à nez avec Aphroda.

De toute évidence, elle vient d'émerger de son lit. Elle est méconnaissable. Les cheveux gras, le teint blafard, les yeux bouffis, un gros bouton rouge sur le nez, sa chemise de nuit toute froissée... je n'ai jamais vu Aphroda dans un tel état. Elle se fige en me voyant. Puis un sourire amer, sans joie, se dessine sur ses lèvres.

- Alors t'es contente de toi ? fait-elle d'une voix faible.

Je pensais que oui, mais là... je me dis que ce n'était peut-être pas que du cinéma, tout compte fait.

Je fais en sorte de l'ignorer et vais chercher mes gants en peau de dragon posés sur ma table de nuit.

- Tu as réussi ce que tu voulais, bien joué, continue Aphroda derrière moi, la voix presque tremblante. Je ne sais pas comment tu t'y es prise mais...

- Je n'ai rien fait du tout, la coupé-je.

- Rien fait du tout... c'est ça...

- Je n'ai rien eu besoin de faire ! dis-je vivement en me tournant vers elle.

Je m'arrête net en voyant que ses yeux sont embués de larmes. Elle les essuie d'un geste rageur.

- Sors d'ici, dit-elle d'une voix tremblotante.

Je ne bouge pas, trop choquée pour réagir. Aphroda, pleurer ? Pour un mec, qui plus est ?

- Dégage ! crie-t-elle d'une voix étranglée.

Elle retourne dans son lit et referme vivement ses rideaux. Je l'entends renifler alors qu'elle se pelotonne sous les couvertures.

Je me sens soudain très mal à l'aise et ne tarde pas à sortir du dortoir.

OK, c'était vraiment super bizarre. Depuis quand Aphroda pleure à cause d'un mec ? Est-elle réellement amoureuse de Sirius ? J'ai du mal à y croire.

Je me rends en cours de Potions en essayant de ne pas me sentir coupable par rapport à Aphroda. Ce n'est quand même pas de ma faute si Sirius n'a pas voulu d'elle ! C'est sûr que ça a dû lui faire un choc, ça fait des années que tous les mecs se jettent à ses pieds et d'habitude c'est elle qui les repousse. Mais c'est juste une question d'ego, elle s'en remettra. N'est-ce pas ?

A la fin du cours de Potions, alors que j'essaie péniblement de nettoyer la bile de Veaudelune que j'ai renversée sans faire exprès, Slughorn s'arrête devant ma table.

- Votre camarade, Miss Greengrass, serait-elle malade ? me demande-t-il.

Je lève les yeux vers lui, surprise. Je crois que c'est la première fois que Slughorn m'adresse la parole en sept ans de scolarité.

- Heu... fais-je, prise de court.

- Oui, elle ne se sentait pas très bien ce matin, intervient Emeric, passant à côté de nous.

- Oh, c'est regrettable, fait Slughorn. Souhaitez-lui mon prompt rétablissement. Et faîtes-lui savoir ce que nous avons fait aujourd'hui. Il serait fâcheux qu'une si bonne élève prenne du retard en cours.

Emeric hoche la tête et Slughorn retourne à son bureau, non sans saluer son élève préférée, Lily Evans, au passage. Aphroda aussi fait partie des élèves qu'il apprécie. Elle a les bonnes notes et le sang qu'il faut. Prometteuse, comme il dit.

Nul doute que si elle ne faisait pas partie de ses préférés, il n'aurait pas été aussi laxiste sur son absence.

Je finis par lancer un Récurvite sur ma table qui fonctionne plus ou moins bien et fourre toutes mes affaires dans mon sac. Emeric m'attend à côté de mon bureau. Il m'emboîte le pas alors que je sors de la salle.

- Il va bien falloir qu'elle sorte un jour de son lit, remarque Emeric.

Est-ce qu'on va finir par arrêter de me parler d'Aphroda aujourd'hui ? J'ai autre chose à penser, moi ! Comme ce que je vais bien pouvoir dire à Sirius lorsqu'on va se voir ce soir ! C'est-à-dire juste après le dîner... Au secours !

- Elle s'en remettra, je soupire.

- Je croyais que tu ne savais pas ce qu'elle avait ? s'étonne Emeric.

Oups.

- Je n'en sais rien, mais je suppose que c'est une histoire de cœur, fais-je en haussant les épaules.

Bien rattrapé.

Emeric hoche la tête doucement.

- Oui, peut-être... Mais quand je pense que... il y en a certains qui n'attendent que ça... Enfin, ça fait des années que Richard voudrait... je veux dire...

Il cherche à se rattraper, apparemment mortifié d'avoir laissé échapper le « secret » de son ami.

- C'est bon, dis-je. C'est pas comme s'il était le seul... Tout le monde est intéressé par Aphroda.

- Non, pas tout le monde...

Je hausse les épaules. On ne peut pas parler d'autre chose que de la vie amoureuse trépidante d'Aphroda ?

Heureusement, on arrive dans la Grande Salle et je n'ai plus besoin d'entretenir la discussion avec Emeric. Je me plonge dans mes pensées pendant tout le repas, m'angoissant sur ma propre vie amoureuse à la place. Enfin, si on peut appeler ça une vie amoureuse.

De toute façon, quoi que ça ait pu être, ça sera fini ce soir.

Alors, autant que ce soit fait le plus vite possible.

Je ne m'attarde pas à la fin du repas, et me dirige directement vers la tour d'Astronomie. Je dois être en avance, Sirius n'est pas encore là. Au lieu d'attendre dans le couloir, j'ouvre le passage secret et descends directement dans la pièce, éclairée par la douce lueur du jour. J'y suis revenue plusieurs fois, le soir, pour être tranquille, j'aime bien cette pièce. Comme elle est complètement vide, j'ai piqué une chaise dans une salle de classe, l'ai rapetissée pour la ramener ici puis je l'ai métamorphosée en gros fauteuil confortable. Le genre de fauteuil de mamie dans lequel on s'enfonce comme dans de la gelée de citrouille, idéal pour lire confortablement. Mon fauteuil n'a pas bougé depuis la dernière fois et je m'affale dessus sans élégance aucune. A quoi bon essayer d'être élégante de toute façon ? Ça ne sert à rien.

Mais quelque part dans ma tête, il y a une petite partie de moi qui espère que, peut-être, il n'a pas deviné et que ce n'est qu'un rendez-vous comme un autre. Et il y a une autre partie de moi, encore plus petite, encore plus stupide, qui espère qu'il a compris et qu'il ressent la même chose.

Je sursaute en attendant le bruit de la trappe s'ouvrir.

Quelques secondes plus tard, Sirius apparaît en bas des escaliers et je sens la nervosité me gagner. Il a l'air surpris en me voyant dans mon fauteuil.

- C'est toi qui as amené le fauteuil ? demande-t-il.

- Oui. C'est... plus confortable que de s'asseoir par terre.

J'émets un rire nerveux.

Horrible. Tais-toi Lucy !

- C'est vrai, dit Sirius en sortant sa baguette. Gemino ! lance-t-il sur mon fauteuil.

Aussitôt, mon fauteuil se dédouble, créant sa parfaite copie dans laquelle Sirius va s'asseoir nonchalamment, le positionnant en face de moi. Je refuse d'être impressionnée par sa maîtrise parfaite de ce sort réputé extrêmement difficile, attendant nerveusement qu'il prenne la parole. Mais les secondes s'égrènent et Sirius ne dit rien, se contentant de regarder autour de lui d'un air de profond ennui.

Je ne comprends pas, qu'est-ce qu'il attend ? Qu'on en finisse !

Le silence s'éternise et me met mal à l'aise. Je me décide à parler la première, n'en pouvant plus d'attendre.

- Tu voulais me dire quoi ?

- Rien de spécial, répond Sirius en haussant les épaules.

Je cligne des yeux, prise de court.

- Rien de spécial ? je répète, n'osant pas y croire.

- Ben non.

L'information me monte lentement au cerveau.

Alors il n'a pas deviné ? Vraiment ? Mais alors pourquoi il ne m'a pas parlé de la semaine ?

- Alors pourquoi tu voulais qu'on se voie ? demandé-je.

- Parce que ça commençait à faire un moment et qu'il fallait que James nous voie ensemble, explique-t-il avec désinvolture.

… Quoi, c'est tout ? Donc c'est un rendez-vous normal ? Je n'arrive pas à y croire. Je me suis pris la tête toute la semaine en pensant qu'il avait tout deviné et que j'étais fichue, mais apparemment non ! A moins qu'il ait deviné et qu'il ne me dise rien parce qu'il espère en profiter... Ce serait horrible. Mais même dans ce cas-là, il l'aurait fait avant, non ? Il n'aurait pas attendu une semaine.

J'aimerais bien lui demander pourquoi il ne m'a pas contactée plus tôt, mais il risquerait de penser que ça m'a manqué ou quelque chose de ce genre. Et hors de question que je laisse passer le moindre petit indice maintenant.

- Donc, c'est juste pour que Potter nous voie ensemble sur la carte ? je demande encore une fois.

- Ouais. Faut bien que j'essaie de rattraper ces derniers jours.

Il pousse un soupir agacé, en faisant tourner sa baguette entre ses doigts.

- Pourquoi ? Juste parce qu'on ne s'est pas vu ces derniers jours...?

- Non, c'est pas pour ça, me coupe Sirius, agacé. Je peux encore lui faire croire qu'on s'est vu un peu, il n'a pas les yeux rivés en permanence sur la carte, non plus.

Je fronce les sourcils.

- Alors, pourquoi ?

- A ton avis ? fait-il d'un ton sec.

J'ai un mouvement de recul, surprise par son ton agressif. Je ne vois vraiment pas ce qu'il veut dire. A moins qu'il ne me reproche de l'avoir repoussé l'autre soir ?

- Je ne comprends pas, dis-je en toute honnêteté.

Sirius émet un bruit d'exaspération.

- Ton nouveau copain, là...

Je cligne des yeux, déconcertée. Mon nouveau copain ? De qui peut-il parler à part...

- Emeric ? fais-je, stupéfaite.

- C'est ça, fait Sirius en se radossant dans son siège.

- Et bien, quoi ? dis-je, ne voyant pas du tout le rapport.

Il lève un sourcil vers moi, l'air de dire « tu te fiches de moi ? ».

- Et bien... dit-il lentement, comme si j'étais une enfant attardée. Tout d'un coup, vous passez tout votre temps ensemble à la bibliothèque, il t'attend à la sortie des cours, t'emmène au match... Tu ne trouves pas ça un peu... surprenant ?

Je le fixe, abasourdie.

- On se parle de temps en temps, amicalement, j'explique maladroitement. Je ne vois pas le problème.

- Je croyais que tu n'avais pas d'amis à Poudlard ? fait Sirius d'un ton mordant.

J'ouvre la bouche pour répondre mais rien n'en sort, choquée par ce coup bas.

- Et tout d'un coup, vous passez tout votre temps ensemble et tu rigoles à tout ce qu'il raconte, continue-t-il d'une voix accusatrice. Excuse-moi si je trouve ce comportement un peu ambigu. Et je ne suis pas le seul. James n'a fait que de me demander ce qu'il s'est passé pour que tu te mettes à flirter avec ce mec. Je passe pour quoi devant lui, moi après ?

Il me lance un regard énervé, comme si c'était de ma faute.

- Mais c'est n'importe quoi, je ne flirte pas du tout avec lui ! je m'exclame, outrée. Et... et même si c'était le cas, je ne vois pas en quoi ça te regarderait de toute façon !

- Bien sûr que si ça me regarde ! rétorque Sirius énervé lui aussi. Je te rappelle que c'est avec moi que tu es censée sortir, pas avec lui ! Comment je suis censé faire croire à James qu'on est ensemble alors que tu t'affiches avec un autre mec ?

J'hallucine ! Tout ce qui compte pour lui c'est son putain de pari avec Potter ! C'est vraiment un putain d'égoïste !

- Je ne m'affiche pas avec...

- C'est juste une question de respect, me coupe Sirius. Je ne suis pas allé voir ailleurs moi, alors que j'aurais très bien pu.

... Merlin, il parle d'Aphroda, là ! Une boule se forme dans ma gorge. Il n'avait qu'à sortir avec elle, si c'était ça qu'il voulait !

- Ça ne servait à rien d'accepter de m'aider si c'est pour flirter avec un autre mec ensuite, reprend Sirius, acerbe. Et franchement, je ne vois pas ce que ce type a de plus que moi.

- Ah oui ? dis-je en me levant de mon fauteuil, furieuse. Et bien déjà ce n'est pas un petit con arrogant qui se croit mieux que tout le monde ! Et je te rappelle que si je suis là c'est uniquement pour t'aider, alors puisque mon aide ne semble pas être à la hauteur de tes attentes, ton putain de pari tu peux te le foutre là où je pense !

Je saisis mon sac, furieuse, et me dirige à grands pas vers les escaliers.

- C'est ça, enfuis-toi comme toujours ! me crie Sirius d'un ton rageur alors que je suis sur les premières marches.

Je me retourne vers lui, bouillonnant de rage.

- Evanesco ! je lance furieusement en direction de son fauteuil.

Le fauteuil disparaît soudainement dans un plop et Sirius, ne s'attendant pas à ça, s'effondre par terre. Un sentiment de cruelle satisfaction m'envahit face à sa grimace de douleur lorsque ses fesses entrent en contact avec le sol et je monte rapidement les escaliers sans rien ajouter, pressée de quitter cet endroit.

Je me mets à marcher dans le couloir vers ma salle commune à pas rapides et énervés, n'en revenant toujours pas de son culot, de son arrogance, de... son attitude puérile et égoïste. Comment ose-t-il me parler de respect ? Alors que ça fait des années que j'attends que lui, Monsieur Sirius Black, daigne me remarquer ? Alors que j'ai accepté de ranger ma fierté au placard pour l'aider à gagner son putain de pari ? Alors qu'il m'a laissée poireauter pendant une semaine et psychoter pour au final m'entendre dire que je suis irrespectueuse parce que soi-disant je « flirte » avec Emeric ?

Mais il s'est pris pour qui ? Il semble avoir oublié que sans moi, son pari c'est foutu ! Et que je l'aide par pure bonté de coeur ! Et voilà comment je suis remerciée, c'était bien la peine de me casser la tête pour ça !

- Tiens, une Sang-de-Bourbe ! fait soudain une voix moqueuse derrière moi, me faisant sursauter.

Je me retourne d'un coup, sur le qui-vive. La panique s'empare de moi, se mélangeant à ma colère, lorsque je vois Evan Rosier s'avancer vers moi dans le couloir d'un air assuré. Baguette à la main. Merlin, c'est pas vrai ! Quelle idiote je fais, j'ai oublié le sort de Désillusion, trop occupée à maudire Sirius !

Je sors aussitôt ma baguette et la pointe vers lui d'un geste menaçant, les yeux plissés de méfiance, refusant de me laisser avoir comme la dernière fois. Cette fois, il est tout seul, j'ai mes chances de lui tenir tête, et je ne vais pas me laisser faire !

- Ouuh, tout doux ma jolie, ricane Rosier en levant les mains. Tu es sûre que tu saurais te servir de ce bout de bois ?

- Expelliarmus ! je lance en réponse.

- Protego ! fait-il aussitôt d'un geste nonchalant de la baguette.

J'évite de justesse le rayon rouge dévié en ma direction. Merde, il est rapide. Et il s'avance toujours vers moi, la baguette levée.

- C'est moi qui te rends aussi nerveuse ? demande-t-il d'un air moqueur. C'est inutile, je ne vais pas m'en prendre à toi... J'ai mieux à faire, ce soir.

Il arrive tout près de moi et je recule instinctivement, ma baguette toujours pointée sur lui. Non, je ne dois pas reculer, je ne dois pas lui montrer que j'ai peur !

Il s'approche de moi, jusqu'à me toucher, et je reste pétrifiée sur place, sans bouger ni parler, prête à réagir au quart de tour si jamais il me lance un sort.

- Ce sera pour une autre fois, fait-il à voix basse tout près de mon oreille. Tu ne t'en sortiras pas toujours aussi facilement.

Puis, il plonge ses yeux bleus et durs dans les miens le temps d'un instant et je me crispe, prête à l'offensive. Mais contre toute attente, il n'en fait rien et recule juste, s'éloignant dans le couloir à pas rapides et nonchalants, non sans émettre un petit ricanement, fier de son effet.

Je suis tellement soulagée de le voir partir que je ne songe même pas à lui jeter un sort par derrière.

Dès qu'il a tourné au bout du couloir, je me jette aussitôt le sort de Désillusion, me sentant tout de suite plus en sécurité ainsi. Les battements affolés de mon coeur se calment peu à peu. J'ai eu de la chance. Je ne comprends pas pourquoi il est parti si vite, mais ça aurait pu être bien pire s'il avait choisi de rester et qu'il avait réussi à me désarmer. Je l'ai échappé belle.

Je reprends le chemin de ma salle commune en m'interrogeant. Même si je suis soulagée d'avoir échappé à Rosier, c'est réellement surprenant qu'il m'ait laissée tranquille comme ça, après les menaces qu'il m'a faites par le passé...

« J'ai mieux à faire ce soir » qu'il a dit... c'est bizarre, l'heure du couvre-feu est déjà passée, qu'est-ce qu'il peut bien avoir à faire hors de son dortoir à cette heure là ? Seul, de surcroît ? Peut-être qu'il rejoint une fille... Mais bizarrement, j'ai du mal à imaginer Rosier comme un amant romantique rejoignant sa bien-aimée à la tombée de la nuit. En revanche, ça ne m'étonnerait pas qu'il prépare un truc louche...

Il va falloir que j'essaie de tirer ça au clair. Et que je raye définitivement Sirius de ma tête par la même occasion.


A/N de fin : Bon, comme quoi, vous n'étiez pas les seules à trouver le comportement d'Emeric quelque peu ambigu. Je suis curieuse d'entendre vos suppositions par rapport au comportement de Sirius dans ce chapitre ! Moi je ne dis plus rien. Je parle trop.

Et au fait, qui a vu le nouveau trailer de Fantastic Beasts ? J'étais pas super enthousiaste au début, mais la bande annonce donne vraiment envie, là. Et puis, bon, on crache pas sur un nouveau film HP, hein !