Chapitre Douze : Promotion.

Swwwiiiiishhhh...

Le pied d'un jeune homme encapuchonné stoppa net l'arrivée glissante du glaçon de la taille d'une gousse de Snargalouf. Le sourire de l'un des trois enfants riant qui avaient improvisé ce tennis de pieds au milieu du couloir s'affaissa devant la confiscation de son jouet. Du moins jusqu'à ce que...

- Passe-la moi, Harry!, lança Ron en face de Harry dans la queue du couloir, de dessous son parapluie rose.

Harry renvoya la balle de jeu sur le sol du couloir transformé en piste de Hockey sur glace. Ron la récupéra promptement avant de la jeter en direction de Neville qui s'en empara de justesse. Les trois enfants se remirent à rire en essayant d'intercepter le glaçon entre Neville, Harry, Ron, et bientôt d'autres sorciers adossés aux deux murs, tout aussi enclins à sortir ne serait-ce que deux secondes de l'apathie dans laquelle ils avaient sombré pendant leur attente de plusieurs heures à l'entrée du service abusif de la magie spécialisé dans le traitement approuvé des substances magiques commerciales.

- Tu sais, l'autre soir, disait Ron à Harry en effectuant une nouvelle passe avant de s'adosser à nouveau, gardant sa place dans la file, Hermione m'a dit que tu ne nous faisais pas la tête dans sa euh... tarée, je crois que c'est comme ça que ce truc s'appelle, mais que tu ne pouvais pas nous entendre quand on te voyait au... au 20H, réfléchit-il en se souvenant des termes moldus employés par sa petite-amie, des gens du ministère passant régulièrement entre Harry et lui. Mais moi, j'ai quand même trouvé que tu souriais autant que Rogue dans toute sa vie, à cette remise de médailles..., le charria-t-il.

Des grêlons tombèrent soudain devant lui en bruit de maracas, issus d'un petit nuage gris qui se dégonflait comme un ballon d'air percé, sous l'action d'un sort jeté à proximité. Le visage de Ron perdit un peu de sa couleur.

- Hé! La croissance des graines de Tantacula est favorisée par quoi, déjà? La glace ou le feu?, déglutit-il en changeant subitement de sujet, une brève lueur de panique dans les yeux.

- Le feu, répondit distraitement Neville, à côté de Harry qui se réfugia un peu plus sous le parapluie jaune vif de Neville, ce dernier arrêtant l'échange du glaçon-snargalouf avec le pied quelques secondes, le temps que Wilfredine Malenpoint, la secrétaire de l'auror Bayley, ne les dépasse en courant sur ses talons hauts, tenant une pile de dossiers sur sa tête. Pourquoi? Tu les as sur toi?, ajouta Neville en renvoyant la balle glacée à l'un des enfants.

- J'ai toujours des trucs du magasin avec moi, dit Ron en observant avec méfiance son parapluie rose. C'est pour ça que je dois me rendre dans ce service, moi. On a des graines qui sont restées près de la cheminée de, de Fred et George pendant la guerre, et elles ont poussé en défonçant tout le plancher avec leurs racines. La seule chose qu'on puisse récupérer, maintenant, c'est la sève des lianes. Elle a des propriétés attractives, vous savez, pour mieux attraper ses proies.

- Et George veut que tu te renseignes pour savoir si c'est une substance interdite au commerce, c'est ça?, voulut faire confirmer Harry avant qu'une sorcière criant à tue-tête ne déboule au milieu du Hall.

- Distribution de parapluies conjurés gratuits, par ici! Une heure assurée au sec avec!, se démenait-elle, elle-même trempée.

- Ouaih, quoique si George était dans un état plus normal, il voudrait plutôt savoir directement combien on risque à s'en servir, à mon avis, reformula Ron en suivant la femme des yeux. Attends, elle n'a pas des parapluies verts, celle-là, que je l'échange avec le mien?, fit-il en tendant le cou. J'ai rien contre le rose, mais enfin...

- Qu'est-ce que vous allez bien pouvoir faire de tantaculas?, demanda Neville en fronçant les sourcils et Harry était certain que Neville se répétait les propriétés de la plante mentalement, le regard du garçon au cardigan rouge tourné vers son parapluie jaune vif.

Neville avait toujours quelques brûlures à la tête dues aux flammes du Choixpeau qui guérissaient peu à peu.

- Du câlin en boîte, dit très sérieusement Ron, alors qu'ils regardaient tous les trois avec intérêt le match entre les trois enfants qui prenait lieu entre eux. Mais pour les sorts à jeter sur la sève pour ça, je laisse faire George.

- Du câlin en boîte?!, s'étonna alors Neville, les yeux ronds. Mais pourquoi?

- Si j'ai appris une chose sur le succès de leur magasin, récita Ron comme s'il s'agissait d'une loi universelle, c'est que George se met toujours à la place de la clientèle pour comprendre leurs désirs et leurs attentes. Et que s'il a jamais existé une période où les gens avaient besoin de câlins, c'était maintenant. Une dose de câlins en boîte que tu te passes sur le corps pendant la douche, et personne ne résistera à te prendre dans les bras toute la journée.

Les traits du visage de Neville ne parvenaient pas à se décider à prendre la nouvelle par le rire ou l'horreur. Les yeux de Harry jouaient au ping pong en regardant les glaçons échangés par les enfants. Son voisin à l'arrière de la queue bailla tel un éléphant de mer, gardant les yeux fermés.

- Et si euh... disons... une fille en achetait..., hésita Neville en déglutissant, pensant visiblement à des personnes particulières.

Ron approuva avec ferveur.

- Offre et apprécie, mon vieux, dit Ron avec emphase, les pensées prenant un train différent de celles de Neville. On peut même l'envoyer sous forme d'innocents gels de douche... Ouch! Saleté de grêle! J'en ai marre!, explosa-t-il soudain en retirant des glaçons qui s'étaient infiltrés dans sa nuque, faisant sursauter une sorcière passante qui dérapa alors dans un « Swiiiitch! » et « Pomm. », sur les fesses.

Les enfants éclatèrent de rire.

- Rhô, je n'y crois pas! Des glaçons gros comme mon poing qui s'abattent sur tout l'étage pendant la nuit, des grêlons partout le jour suivant..., poursuivait Ron, indifférent aux effets causés par ses révoltes brusques. Ça déglingue complètement, ici! Dehors, il fait un soleil d'enfer, et ici, on s'en prend plein la... Ouch! Harry, c'est bon, j'ai décidé, on n'a qu'à y aller, doublons les autres! Je reviens sur ce que j'ai dit, la célébrité, ça sert, et tant pis pour ce qu'en a dit Hermione, on en profite et on passe devant les autres! Enlève-moi ce capuchon de ta tête, qu'ils te reconnaissent bien...

- Il pense vraiment ce qu'il dit?, demanda un Neville éberlué à Harry à voix basse.

- Non, Neville, Hermione finit toujours par tout apprendre de ce que Ron fait, chose que Ron ne voudrait pas, surtout dans ce cas-là...

- Niveau Deux, Département de la justice magique, Services des Usages Abusifs de la Magie, Quartier Général des Aurors, Services Administratifs du Magenmagot, annonça plus loin la voix désincarnée de l'ascenseur parvenant à l'étage où se trouvaient Harry, Ron et Neville.

Un flot de sorciers et de sorcières s'en libéra, tous grognant et jurant devant les nuages pleuvant de grêle ou de neige à la sortie.

- Je veux bien qu'il y ait des perturbations magiques, mais que ça aille jusqu'à une journée entière d'averse! Quand est-ce que les Ss... nés-moldus revenus à la maintenance magique vont-ils s'activer?, tempêta un brigadier (vu les couleurs de son uniforme) à ses collègues dont une le fusilla du regard.

- Entre les glaçons et le froid des détraqueurs, je choisis les glaçons, siffla cette dernière d'un ton glacial, contournant deux des trois enfants.

- Meteorolojinx recanto, meteorolojinx recanto, meteor..., répétait Perkins avec beaucoup d'espoir.

- Et toi, Neville, pourquoi dois-tu aller dans ce fichu service, alors?, reprenait Ron en se déplaçant un peu maintenant que les sorciers avaient avancé dans le cabinet de secrétaires.

Il fut imité des suivants, dont certains s'assirent contre le mur, se débarrassant des glaçons non-fondants de dessous d'eux et abandonnant toute dignité derrière.

- Pour recevoir l'accord de déminage sur Poudlard, c'est le Professeur MacGonagall qui m'envoie, expliqua Neville à Ron très sérieusement. Il faut que plusieurs services du ministère approuvent, d'ailleurs, ce n'est pas très facile d'initier quoi que ce soit dans les réparations...

- Ça consiste en quoi, ce déminage?, demanda Ron, curieux. Oups, désolé, ajouta-t-il penaud aux enfants alors que son coup de pied dans le glaçon l'avait scindé en deux. Colla.

- Les sorciers repèrent et annulent tous les sorts dangereux lancés pendant la bataille et qui sont à retardement, dans l'école, dit Neville.

- Pourquoi ils n'ont pas fait ça avant?, demanda Harry, soudain très inquiet.

Il réajusta son capuchon avec une grimace alors qu'un grêlon particulièrement gros lui atterrissait sur la tête. Il jeta un Solido préventif à son habit.

- Tout le monde était prévenu de se montrer prudent, rassura Neville, mais les couloirs et les Halls de l'école n'étaient pas assez dégagés pour permettre de bien tous les localiser... Maintenant, si on reçoit bien toutes les approbations du ministère, on pourra s'y mettre... Il faut qu'on se dépêche assez, quand même, si les membres du conseil d'administration acceptent de faire rouvrir Poudlard en Septembre...

- Quoi?!, s'exclama Harry, pris de court. Rouvrir Poudlard? En Septembre seulement?...

Ses yeux lurent le vide avec frénésie.

- Mais l'école n'a pas subi trop de dégâts pour ça?! Je veux dire... elle ressemble plus à une ruine qu'autre chose...

- Ben oui, mais vu qu'on se consacre tous à arranger les principaux passages et les pièces les plus importantes, non, dit Neville en se plaquant mieux sur le bord pour qu'un groupe de sorciers puisse passer plus facilement au milieu du couloir encombré. Oh bien sûr, il y aura beaucoup d'endroits condamnés pour les élèves, et les sorciers rafistoleurs travailleront toujours dans l'école, même après le 1er Septembre... MacGonagall est débordée, elle est partie à la chasse aux professeurs. Il n'y en a pas beaucoup qui veulent reprendre le poste de Défense contre les Forces du Mal...

- Tu m'étonnes..., marmonna Ron assez fort pour que Neville et Harry l'entendent.

Harry fronça alors les sourcils, songeur.

- Le poste n'est pourtant plus maudit, si ça se trouve, Ron, lui rappela-t-il en réfléchissant. Je veux dire... La mort de Voldemort a pu briser la malédiction. Certains sorts prennent parfois fin lorsque le sorcier qui les avaient jeté est mort.

- Quoi?!, s'exclama Neville. Tu... tu veux dire que c'était lui qui avait lancé cette fichue malédiction?! Mais pourquoi?!

- Il n'était pas très content que Dumbledore ne l'emploie pas en tant que Professeur de Défense, il y a très longtemps, lui raconta alors Ron en souriant au souvenir de sa propre réaction après que Harry lui avait rapporté l'histoire.

- Dimitri!, appela une femme de la queue entrant dans le service. Laisse ce glaçon maintenant, c'est à nous, dépêche-toi!, fit-elle en tendant la main vers le jeune garçon qui grogna de devoir abandonner ses nouveaux copains.

- Professeur de Défense..., soufflait Neville, ahuri. De Défense contre les Forces du Mal... j'aurais tout entendu...

Il se secoua la tête, comme pour mieux chasser ces pensées dérangeantes, se déplaça de nouveau en crabe pendant que la queue avançait, avant de reprendre:

- Il faudra que j'avertisse MacGonagall, alors... ça l'aidera peut-être à trouver quelqu'un... Vous reviendrez, vous, à Poudlard en Septembre?

Le regard de Ron se fit un peu plus voilé.

- Ça, j'en sais rien, Neville... , commença-t-il, maladroit.

- Oh allez!, les encouragea Neville, les yeux brillants. Ce sera génial! Moi, je dois y revenir, parce qu'évidemment, je n'ai pas pu faire mon année entière et passer mes ASPIC, mais il y en a d'autres qui ont décidé de passer en classe supérieure à leurs « risques et périls » comme a dit MacGonagall, et je sais que Luna et Ginny seront en Septième année avec nous! Ginny n'est pas vraiment intéressée d'avoir beaucoup d'ASPIC, en plus. Mais je suis sûre qu'Hermione doit l'être, non? Elle viendra sûrement! Oh allez, Ron, Harry, ne me dîtes pas qu'on vous a déjà offert un travail en or, hein?

Ron éclata soudain d'un petit rire à cette remarque alors que Harry se massait le cou d'avoir attrapé un torticolis vers Neville à la mention de Ginny en Septième année.

- Moi, je ne suis pas sûr, sourit alors Ron à Neville, mais Harry, c'est une autre histoire... à ce propos, demanda-t-il soudain à Harry en haussant un sourcil, ce n'était pas à cette heure-ci que tu devais te rendre au Niveau Un pour ça, Harry?

Harry regarda la montre de Fabian à son poignet. Il fronça les sourcils.

- Non, ça va, j'ai un peu de temps devant moi... mais en fait, peut-être que je devrais aller jeter un coup d'oeil là-bas, histoire de ne pas avoir l'air d'avoir reçu un Confundo aux premiers mots qu'ils me diront...

Ron eut un petit rire et secoua la tête alors que Harry tapait une dernière fois dans le glaçon-snargalouf des enfants et s'éloignait en lançant à Neville et Ron qu'ils se retrouveraient plus tard. Neville demanda aussitôt à Ron où Harry se rendait-il et Ron répondit en hochant lentement la tête:

- Même Harry n'en est pas sûr...


La peau du pouce mordillée de nervosité, Harry observait les bras croisés sur lui, tel un éclaireur incertain, la salle de réunion du fond, dont la moitié supérieure du mur n'était que vitres laissant entrevoir moins d'une dizaine d'employés qui s'installaient autour de tables prédisposées en cercle à l'intérieur, échangeant des poignées de mains les uns les autres. Le seul que Harry connaissait à peu près était Sturgis Podmore, reconnaissable à ses cheveux de paille. La sorcière borgne qui avait dirigée en partie l'expédition à Godric's Hollow était également présente. A quelques mètres derrière Harry, un secrétaire au noeud de cravate si serré que son visage avait adopté un teint rouge pour le restant de ses jours l'observait depuis plusieurs minutes de regards curieux en coins, non pas que Harry y ait prêté attention, son pouce menaçant de ne plus avoir d'empreinte digitale durable.

Une dame naine coiffée d'une couronne en tresses blondes-blanches de cheveux fins et volants arriva de petits pas vifs dans le cabinet des secrétaires du ministre, une mallette sous bras. Elle haussa un sourcil en apercevant Harry arpenter inconsciemment la pièce devant elle, les yeux rivés sur des sorciers ignorants.

- Je peux vous aider, Mr Potter?

Sa voix de crécelle sortit Harry de ses essais vains de Légilimencie à distance. Il tourna la tête instinctivement une fois, puis deux. La minuscule petite femme aux traits de visage nordiques inclina légèrement la tête sur le côté.

- Oh non, je vous remercie, Mrs...

- Runcorn, acheva la dame naine au petit foulard rouge autour du cou. Miss Constantina Runcorn, se présenta-t-elle. Je suis depuis peu Directrice du Bureau de Liaison entre la Brigade de la Police Magique et des Oubliators avec les Aurors, fit-elle en tendant une main assurée pour serrer celle de Harry.

Le secrétaire eut une soudaine inspiration d'air qu'il bloqua à ce nom. Miss Runcorn plissa les yeux vers lui.

- Vous souhaitez un Diffindo bien placé pour desserrer votre cravate, monsieur?, demanda-t-elle d'une voix si fluette qu'elle en perdait de son sérieux menaçant. Je peux vous prêter baguette forte, mais je n'ai jamais été une excellente tireuse d'élite, il se pourrait que je... dérape malencontreusement, fit-elle en levant sa baguette.

Le secrétaire hocha la tête très vite et se rabaissa sur son travail.

- Vous avez été auror?, demanda alors Harry, deux grands yeux ouverts sur elle.

- Au début de ma carrière, oui, acquiesça-t-elle en se redressant et tirant sur sa veste d'un coup. Avant de me consacrer un peu plus à l'organisation du quartier général que les affaires criminelles traitées, là-bas. Mais je ne crois pas qu'il soit venu l'heure d'établir mon CV...

- Vous vous rendiez à cette réunion, n'est-ce pas?, fit Harry en comprenant et montrant la salle du fond d'un geste de la tête. Avec Sturgis Podmore et les autres... je ne vais pas vous retenir, dans ce cas...

- Oh non, le concile ne commencera pas avant quelques minutes, rassura-t-elle devant son air mal à l'aise. Ce sera le premier avec tous les représentants, pratiquement. Vous connaissez Sturgis?, réagit-elle alors, intriguée.

- Pas tant que cela, répondit Harry en dodelinant de la tête. Nous avons les mêmes fréquentations, disons, mais je ne connais pas vraiment son rôle au ministère ou beaucoup de choses sur lui...

- Il assure les droits des Aurors dans la Coopération Magique Internationale, renseigna-t-elle alors. Sturgis essaie de mettre les aurors étrangers et les nôtres sur un même pied d'égalité, mais ces temps-ci, nos forces de l'ordre ont perdu beaucoup de crédibilité auprès de celles des autres pays... Vous m'accompagnez le voir? Yardley Blane est entré, et je devrais peut-être commencer à m'avancer...

- L'homme aux cheveux poivre et sel? C'est lui, Yardley Blane? Avec la toute petite queue de cheval à l'arrière?, demanda Harry en se mettant en marche avec elle.

Miss Runcorn regarda Harry en l'évaluant et acquiesça de la tête.

- Et quel est son domaine, à lui?, interrogea Harry, indifférent à ce qu'elle pensait de toutes ses questions, prêt à tout pour y voir un peu plus clair.

- C'est le... pionner des aurors au Magenmagot, en quelque sorte, dit lentement Miss Runcorn en observant toujours Harry. Il est chargé des lois altérant le quotidien des aurors au Bureau National des Lois Magiques... J'ai entendu dire que les aurors vous voyaient beaucoup aller et venir dans leur département, ces derniers temps. Vous êtes toujours après certains mangemorts, Mr Potter?, fit-elle en déviant le sujet de conversation, très fureteuse.

Harry se retint de hausser les sourcils à cette formulation. A entendre Miss Runcorn, c'était lui contre les mangemorts, le résumé de l'histoire...

- Je suis simplement curieux des progrès de leurs arrestations, répondit-il d'un ton neutre prudent et cette fois, c'était Harry qui observait Miss Runcorn avec attention. Vous ne l'êtes pas?

Les joues de Miss Runcorn rosirent. Harry savait qu'il se montrait très renfermé, mais tant qu'il n'avait pas pris de décisions sur ce qu'il souhaitait vraiment entreprendre de faire, il préférait garder le silence au mieux sur les raisons de ses activités au sein du ministère.

Miss Runcorn et lui parvinrent dans la salle sans fenêtre enchantée, mais comportant plusieurs cadres de sorciers célèbres accrochés au mur. Le coeur de Harry manqua un battement quand il reconnut une des principales causes de sa présence ici, même s'il ne se l'admettait pas. Albus Dumbledore rendait visite à l'un des portraits représentant un homme enveloppé, et dont la petite plaque cuivrée en dessous du tableau indiquait: Burdock Muldoon, 1429-1490, Chef du Conseil des Sorciers de 1448 à 1450.

- Tu vas faire plonger l'économie du pays à toi tout seul si tu continues, Podmore, demande à Bijour... Gredin, vas, rigolait la sorcière borgne à l'uniforme rouge typique aux aurors, penchée vers Sturgis Podmore.

- Oh, je ne demande pas beaucoup, juste une petite prime de plus pour ma bonne volonté..., minaudait Sturgis Podmore dans une plaisanterie en rassemblant ses parchemins de son seul bras valide, l'autre toujours enveloppé d'un gros bandage. Et bonjour à vous, ma chère Constantina!, s'amusa-t-il à parader en apercevant Miss Runcorn s'approcher d'eux avant de lui serrer la main. Vous amenez de la compagnie? Je ne vous suffis plus?, fit-il, faussement offensé mais souriant à Harry avant de lui tendre sa main.

- Ne faîtes pas attention à lui, Mr Potter, l'accueillit à son tour la sorcière borgne. Il compte à peine pour un homme, pas vrai Bettine?

Harry n'eut pas le temps de bien voir la sorcière interpellée pousser un grognement n'engageant à rien, ainsi que la mine théâtralement outrée de Sturgis, que la sorcière borgne poursuivit:

- Auror Gunhilda Knightley, dit-elle. Je vous ai croisé plusieurs fois au quartier général des aurors, mais je n'ai jamais eu l'occasion ou le temps de m'arrêter correctement pour me présenter à vous, là-bas.

- Je me rappelle de vous, acquiesça Harry d'un ton neutre. Vous êtes du même grade que Yan Hessenfield, c'est ça?

- Auror Lieutenant-Général, porte-parole des Aurors au sein du Service Remanié, et vingt-trois ans d'expérience dans le rétroviseur, récita-t-elle en s'amusant à chantonner presque son expérience professionnelle. Ça, c'est tout moi!

- Tu as oublié victime du sort d'enflure de chevilles..., marmonna Sturgis Podmore derrière sa main.

Une tape à l'arrière de la tête vint gentiment l'assommer. Harry continua d'observer cet échange complice à côté d'un homme au crâne dégarni réellement victime d'un sort d'enflure, cette fois. Gunhilda Knightley n'en avait cependant pas fini dans sa petite discussion avec Harry.

- Kingsley m'a dit qu'il vous avait donné carte blanche pour visiter les lieux, lui sourit-elle.

Harry vit qu'il lui manquait au moins quatre dents et acquiesça brièvement.

- Le Service Remanié des Aurors vous intéresse aussi? C'est plus de la politique que des actions directes contre les mangemorts, ici, dit-elle, son seul oeil intrigué comme l'avait été Miss Runcorn qui déballait à présent ses parchemins devant elle avec un sérieux drôle.

- Eh bien, répondit Harry en mesurant ses mots, ses yeux dardant rapidement les autres sorciers présents autour d'eux, c'est de la politique qui aura des répercutions sur eux, j'imagine, dit-il en la regardant alors qu'une femme maigre soufflait en vérifiant l'heure. Même indirectement parlant, termina-t-il dans un marmonnement, ses pensées déjà ailleurs.

- Elle n'aura de répercutions véritables que si nous menons à bien ces réunions, intervint alors la femme maigre un peu pour elle-même, les yeux tournés vers la porte d'entrée, au moment où Percy entrait de grands pas secs. Quand Mr Shaklebolt aura-t-il l'intention de se joindre à nous, Mr Weasley?, fit-elle en haussant la voix.

- Monsieur le ministre est retenu par les ambassadeurs, répondit Percy en fermant la porte derrière lui, tout le monde maintenant présent dans la salle.

La rumeur des conversations entre les secrétaires s'évanouit, ainsi que le bruit de vol constant des notes volantes en aéroplanes dans le cabinet voisin. L'ambiance se fit de suite moins relâchée.

- Navré pour ce retard, dit très vite Percy. Mais face à cet imprévu, monsieur le ministre m'a chargé de le représenter au courant de cette réunion, fit-il précipitamment en ouvrant sa mallette de gestes rapides et précis.

La femme maigre de taille moyenne eut un regard désapprobateur derrière ses lunettes fines en losange et aux bordures mauves. Ses cheveux rebelles avaient tant été soumis aux sorts gélifiants pour plus de contrôle sur eux qu'on aurait dit qu'elle avait un carré de mèches raides de métal de fer sur tout la crâne. Elle mit de côté la dernière édition de la gazette du sorcier qu'elle avait parcouru en diagonale. Harry y aperçut du coin de l'oeil une nouvelle photographie de Severus Rogue au-dessus. Rita Skeeter n'avait pas lâché l'ancien Directeur de Poudlard depuis les mystérieuses révélations de Harry lors du mémorial dans le parc de l'école.

- Il est de notoriété publique que Mrs Robards entretient d'excellents rapports avec l'étranger, commenta la femme maigre d'un ton où perçait une pointe de supériorité qui fit serrer la mâchoire de Sturgis. Mr Shaklebolt devrait lui laisser prendre ce genre de directions s'il souhaite se montrer efficace, les résultats de leur coopération n'en seraient que plus prometteurs.

- Oui, eh bien, il verra, Mrs Dodderidge, s'empressa de dire Percy en s'affairant et voyant Sturgis ouvrir la bouche.

Ça y était, songea Harry en fronçant les sourcils de concentration, il était déjà perdu. Trop de noms, trop de relations, trop de fonctions. Percy se mit à dérouler des parchemins si longs qu'ils en tombaient sur le sol et Harry parcourut pendant ce temps à nouveau du regard les sorciers présents dans la salle, les méninges tournant au maximum. A sa droite, il y avait Sturgis Podmore, en relation avec les aurors étrangers, là, il n'y avait aucun problème. Puis la sorcière borgne nommée Gunhilda... Gunhilda quelque chose... Gunhilda Knightley. C'était cela. Gunhilda Knightley, le porte-parole des aurors, peut-être. La Bettine citée par Gunhilda Knightley, que Harry oublierait très vite tant elle passait inaperçue, et ce, dans tous les sens du terme. Cette Bettine portait une veste aux motifs identiques à ceux du mur derrière elle. On aurait dit qu'elle s'y fondait.

Il y avait également Percy, suivi du sorcier dont Harry avait parlé avec Miss Runcorn juste avant d'entrer... Quel était son nom, déjà? Yardley...? Tant pis, ça lui reviendrait avec un peu de chance... Venait ensuite la fameuse Miss Runcorn naine, un homme aux traits du visage familiers à Harry, et enfin, le sorcier au gros cerveau.

Harry avait déjà mal au sien.

- Miss Runcorn?, appela Percy qui avait fini par s'y retrouver assez rapidement dans ses paperasses. Monsieur le ministre aurait aimé savoir où nous en sommes au niveau des effectifs des Oubliators...

La dame naine se redressa sur son siège haut. Harry se força à moins envier la place actuelle de Neville et Ron qui, eux, étaient comme libres en ce moment, pour lui.

- Oui, c'est ce que votre collègue m'a dit ce matin, dit Miss Runcorn d'une voix extrêmement vive. Eh bien, inspira-t-elle avant de se lancer, sachez que les trois-quarts des Oubliators sont revenus à leurs postes, désormais. Néanmoins, cela représente un nombre toujours trop insuffisant pour assurer l'étendue des dégâts, résuma-t-elle. Surtout depuis que trois villages entiers de moldus ont été témoins du vol assez bas du fameux dragon au-dessus d'eux...

Sturgis Podmore étouffa un ricanement.

- C'est loin d'être considéré comme drôle, Mr Podmore, reprocha Dodderidge. Si nous ne remédions pas rapidement à ce problème, notre communauté courra un sérieux danger d'être révélée après tous ces témoignages. Demandez à Mrs Crocford, fit-elle avec un geste de la tête vers Bettine. Ils ont un mal énorme à veiller au Code International du Secret Magique, dans son service.

- Ne m'en voulez pas d'aimer ce dragon, Felicia, dit Sturgis avec un geste de la main vague qui chassait tranquillement le commentaire de Felicia Dodderidge.

Les mèches d'acier de celle-ci eurent un reflet menaçant comme ceux des couteaux de tueurs en série. Harry entendit quasiment le « shhliiing! » mortel dans leurs frottements depuis sa place. Ses dents crissèrent.

- ... de plus, continuait la Runcorn naine, aucun des brigadiers nés-moldus survivants de notre service n'est encore revenu à son poste, pour cause majoritaire de traumatismes bien sûr. Ceux qui sont là sont dépassés à veiller à la sécurité des gens du secours populaire qui se font engloutir. Tout cela va devenir un des problèmes les plus graves, à mon avis.

- Je suis d'accord, intervint Gunhilda Knightley. Les aurors sont assez débordés comme ça pour devoir se retrouver dans l'obligation d'assurer les plus petites affaires, normalement traitées par les Brigadiers de la Police Magique. Nous avons pu à ce propos terminer -enfin!- le réarmement de tous les aurors nés-moldus, mais cela ne résout pas grand-chose, même si c'est un progrès.

- Mmmmh, ce pourrait être résolu facilement si des Aurors ou Brigadiers étrangers étaient persuadés de venir à notre aide, intervint Felicia Dodderidge en tournant la tête vers Sturgis Podmore.

Ses cheveux furent si lourds que sa coiffure ne remua pas d'un pouce.

- Les pays d'Europe nous envoient des volontaires, mais cela ne couvre pas tout, Felicia, rappela Sturgis en se retenant de quelque chose. Et puis, nous ne pouvons pas toujours compter que sur l'aide extérieure, où notre guerre aurait pris une tournure bien moins dramatique, ne put-il s'empêcher d'ajouter.

- Mais lorsque l'aide se présente, il faut la saisir, répliqua-t-elle alors d'une voix qui avait quelque chose de chantonnant et d'extrêmement agaçant.

- Que croyez-vous que le ministre essaie de faire en ce moment avec les ambassadeurs?

Le sorcier au gros cerveau et Percy levèrent des yeux alertés.

- Il essaie, justement, voilà toute la différence entre lui et Mrs Robards, répliqua Dodderidge.

- Bien!, interrompit un Percy trop enthousiaste pour être naturel en frappant de ses deux mains ensemble. Donc! Effectif insuffisant général... je note..., fit-il d'un ton crispé en s'affairant.

Harry devina que Percy savait déjà tout ce qui venait d'être dit mais parlait pour éviter une confrontation. Jetant un coup d'oeil en biais au sorcier neutre au crâne volumineux, Harry hésita, avant de lui demander à voix très basse, les sourcils froncés:

- C'est quoi le problème entre Sturgis Podmore et euh... Felicia Dodderidge?

- Felicia Dodderidge travaille pour la campagne de Mrs Robards, la deuxième candidate au poste de ministre définitif, lui expliqua-t-il gratuitement dans un murmure de sa voix si enrouée qu'on aurait dit qu'il était plus âgé que Dumbledore à sa mort. Mrs Robards est actuellement Directrice du Département de la Justice Magique, comme vous le savez, et Mr Shaklebolt n'a pas pu faire autrement que de composer notre service d'une moitié de ses partisans politiques seulement, pour conserver l'équilibre. Sturgis Podmore ne cache pas qu'il est bien pour Kingsley Shacklebolt et pas du tout pour Honoria Robards...

Le visage de Harry se détendit vers l'aide bienvenue. Il avait du mal à s'habituer aux réactions si engageantes de la majorité des sorciers à son encontre, depuis la fin de la guerre, mais ne disait pas non à ce flot facile d'informations qui ne demandait qu'à se déverser de leurs bouches. Son voisin de table lui parut de suite nettement plus amical.

- Quelle est la fonction exacte de Mrs Dodderidge dans ce concile, au juste?, en profita alors Harry en jetant un coup d'oeil méfiant vers la concernée.

- Elle appuie la position des aurors auprès des décisions du Département de la Justice Magique, Yardley Blane (le sorcier à la grosse tête indiqua d'un signe de tête celui à la petite queue de cheval qui n'avait pas levé la sienne de ses dossiers) fait pareil, mais au Magenmagot. Ces deux-là travaillent beaucoup en collaboration.

Harry répéta ces nouvelles en boucle mentalement, les mots « Dodderidge, justice, Blane, Magenmagot, Sturgis, étrangers » revenant régulièrement. Quand il fut certain de s'en souvenir un minimum, il releva les yeux vers son voisin et lui sourit en gratitude.

- Merci, souffla-t-il avec sincérité.

Le sorcier haussa des sourcils.

- Harlem Bijour, décida-t-il alors de se présenter en lui tendant une main discrète. Je suis l'arithmancien gérant le budget accordé aux aurors...

- Harry Potter, et je n'ai aucune idée de ce que je fais là..., sourit-il largement et presque stupidement, faisant brièvement éclater de rire Bijour.

- Mr Bijour?, appela un Percy incertain, clignant des yeux vers Harry. Vous prenez la suite?

- Veuillez m'excuser, Mr Weasley, dit alors distraitement Bijour en se raclant sa voix enrouée et se concentrant de nouveau sur ses comptes.

Harry se remit droit, avec l'impression de s'être fait prendre en flagrant délit de bavardage en classe par un de ses professeurs. Il aperçut Sturgis et Felicia Dodderidge continuer leur bras de fer mental.

- Alors... de mon côté, ça ne fait qu'empirer, vous le savez bien, et le conseil des devins l'a confirmé, fit Bijour en cherchant à gagner du temps, farfouillant partout.

Il souffla longuement par le nez en saisissant ses comptes d'une main un peu désespérée par les résultats.

- Le budget financier destiné aux aurors est aspiré par le secours populaire, comme tous ceux des autres services, je ne vous apprends rien de nouveau. Alors si ce que vous voulez savoir, c'est si nous allons au moins pouvoir se permettre de payer le travail des aurors ce mois-ci, je dirais oui, mais le minimum pour tous. Ça ne va pas faire des heureux.

Au moins quelqu'un qui connaissait la vulgarisation du langage politique extra-terrestre, pensa alors Harry, momentanément mieux, et incroyablement ravi d'avoir choisi cette place voisine. Il se détendit un peu dans sa chaise.

- Mais les Aurors ont une forte demande de besoins matériels, notamment en balais, en scrutoscopes ou autres détecteurs de magie noire, dont je ne peux m'occuper sans or, intervint l'homme aux traits familiers. Il va falloir faire réactualiser l'Article 16 du Décret F au plus vite, si possible, Mr Bijour.

Harry manqua de se frapper le front contre la table. Extérieurement, il ne fit que fermer les yeux cependant. Harry se promit de ne plus penser trop vite, à l'avenir.

- Tant que je ne reçois pas l'accord de la commission du bureau de liaison des Gobelins, je suis aussi bloqué que vous, répliqua Bijour en ouvrant largement les bras à toute proposition miraculeuse.

Les yeux de Harry se rouvrirent lentement, regardant vers les vitres donnant sur les autres employés du ministère qui grouillaient comme une véritable fourmilière active et pressée. Harry fut soudainement envahi d'une grande vague de découragement. Il avait conscience que Gunhilda Knightley observait avec curiosité Bijour et son collègue au visage pas si inconnu que ça, débattre sans avoir elle non plus la moindre idée de ce qu'était cet article, mais cela ne lui remonta aucunement le moral. Harry mit en sourdine les dialogues savants qui se poursuivaient entre les deux hommes, et souhaita que leur réunion s'achève alors au plus vite. Ron et Neville ne l'attendraient pas longtemps, de cette manière.

- Deux cours martiales pour les aurors ont été reformées, je crois que Mrs Dodderidge peut vous fournir les détails de leurs constitutions, et le travail des psychomages pour la rétribution temporaire des grades s'arrêtera donc, avait de nouveau repris Gunhilda Knightley alors que Percy s'affairait à prendre des notes. Ça, c'est enfin un point positif. Les cas de désertion, quant à eux, ne seront pas traités par le département de la Justice. C'est bien cela, Mrs Dodderidge?, voulut-elle faire confirmer.

- Pas du tout?!, coupa alors Sturgis Podmore, une pointe de révolte dans la voix.

- Bien sûr que non, fit Dodderidge d'un ton posé satisfait. La confusion régnait largement durant tout le temps de la guerre. Pour savoir qui a déserté son poste, il faudrait d'abord déterminer qui avait réellement conscience d'être en guerre contre le Seigneur des Ténèbres.

- Voldemort..., marmonna Harry pour lui-même d'un ton nonchalant, le regard toujours tourné vers les secrétaires du ministre derrière les vitres.

Personne ne l'entendit. Il était décourageant de réaliser à quel point tous les employés du ministère avaient pris l'habitude de nommer Voldemort le Seigneur des Ténèbres pendant les mois en fuite de Harry.

- Eh bien, que les psychomages s'en chargent!, rétorqua Sturgis Podmore avec ferveur. Que l'on prépare davantage de Veritaserum! Les aurors ont signé un contrat les liant à leur devoir patriotique, rappela-t-il en appuyant sur chaque mot. Qu'ils l'aient renié est passible de sanctions!

- La communauté entière se plaint des effectifs insuffisants des représentants de l'ordre, et vous voudriez que nous perdions notre temps dans une enquête laborieuse et inutile qui nous priveraient d'autres aurors?, reformula avec dédain et incrédulité Dodderidge.

- Ce ne serait que justice pour tous ceux qui ont donné leurs vies à la place de ceux qui étaient formés pour se battre, oui!

Felicia Dodderidge eut une exclamation méprisante qui ne cacha rien de ses sentiments.

- Si c'est ainsi que vous souhaitez ramener l'ordre en Angleterre, les partisans de Mr Shaklebolt et vous-même, le pays ne va pas stagner, mais couler, proclama Dodderidge avec une somptueuse et fausse indifférence aux propos de Sturgis Podmore. Mrs Robards n'aura aucun mal à séduire les membres du Magenmagot, si vous vous complaisez dans des soi-disants principes moraux ringards qui ne feraient en aucun cas avancer la communauté sorcière.

Sturgis Podmore poussa un grondement, prêt à se lever de son siège et se jeter à la gorge de sa collègue.

- Mr Podmore, Mrs Dodderidge..., tenta faiblement Percy, rendu méfiant par leurs regards enflammés.

- Parce que Mrs Robards faisait avancer la communauté sorcière, lorsque Kingsley affrontait Vous-Savez-Qui lui-même?, lança Sturgis avec hargne.

Des tâches rouges de colère apparurent sur les joues de Felicia Dodderidge.

- Tous les combattants de cette guerre n'ont pas eu l'avantage d'être avertis par cette station de radio secrète, rétorqua-t-elle d'une voix entêtée cependant. Cela ne les a pas empêchés de se battre néanmoins d'autres manières. Mrs Robards était à la tête du rassemblement de nos forces en France, n'oubliez pas! Et son propre mari se battait en Angleterre!

- Ooooh magnifique..., ironisa Sturgis Podmore avec mépris. Mrs Robards a lutté pour nous depuis la France...

- Cela suffit, Podmore, intervint Bijour en plissant les yeux. Votre remarque était déplacée et porte des accusations extrêmement graves que vous ne pouvez vous permettre de lancer à tue-tête sans de lourdes preuves, ce qui n'est certainement pas le cas.

- Et vous vous rangez de son côté, Bijour?!, fit un Sturgis stupéfait avec comme une sensation de trahison perçant dans sa voix.

- Il n'est pas question de savoir qui se trouve de quel côté, Mr Podmore, commença Percy avec un regain de courage en voyant que Bijour cherchait aussi à pacifier les choses.

- Oui, Mr Weasley, grinça Dodderidge en fixant toujours Sturgis avec fureur, la question est de savoir comment diriger au mieux la communauté sorcière, ce que Mr Podmore semble oublier avec facilité. Je ne faisais que lui rappeler que sous la direction de Mrs Robards, je ne doute pas que l'Angleterre pourrait bénéficier d'un grand soutien humain et financier auprès des français.

- Oh je ne doute pas que Mrs Robards aient d'excellents liens avec eux, elle a eu le temps d'en former lorsque Kingsley Shaklebolt se battait en Angleterre, appuya Sturgis Podmore, incapable de se retenir.

Percy se plaqua une main sur les yeux.

- Tu t'en vas déjà, Harry?, demanda une voix douce et grave, presque inaudible derrière la discorde de Dodderidge et Sturgis Podmore.

Harry, debout et la cape en mains, prêt à partir sans manquer à qui que ce soit, tourna la tête vers Albus Dumbledore, dans le cadre de Burdock Muldoon. Celui-ci lui souriait sereinement, l'observant par-dessus ses éternelles lunettes en demi-lunes.

- Je... voulais faire un petit tour... juste... je ne suis pas fait pour les réunions... comme ça... la politique... toutes ces choses-là, expliqua Harry, momentanément pris de court, se dépatouillant mal dans ses justifications.

Il plia mieux sa cape entre ses bras.

- Je ne suis pas diplomate, se décida-t-il alors à dire avec un sourire d'excuse.

Il avait accepté qu'il n'était pas fait pour ce rôle. Dumbledore n'ajouta rien, mais se mit à observer la dispute par-dessus les épaules de Harry en soupirant. Burdock Muldoon se déplaça dans un autre cadre pour mieux assister au conflit et y glisser de temps à autre un ou deux de ses propres commentaires.

- Il semble que le désordre et la confusion ne disparaîtront pas avec la même efficience que leur maître Lord Voldemort..., fit remarquer Dumbledore dans un murmure songeur en se caressant longuement la barbe.

Harry leva les yeux vers son ancien mentor et l'étudia longuement. Il tourna ensuite les yeux vers les sorciers censés constituer le Service nouvellement Remanié des Aurors. Le sorcier à la petite queue de cheval, nommé Yardley Blane, s'était à présent rangé du côté de Dodderidge et Miss Runcorn, de celui de Sturgis Podmore. Percy tentait de remettre un semblant d'ordre mais, s'il n'avait jamais réussi à se faire respecter à Poudlard quand il était préfet, rien n'avait changé à son arrivée au ministère. Bettine s'était définitivement fondue dans le mur.

Harry savait que Dumbledore l'observait regarder les sorciers avec attention. Il se décida à parler.

- Je sais que je n'ai pas eu besoin d'apprendre toute la bibliothèque de Poudlard pour me mettre à un niveau égal à celui de Voldemort et le vaincre, dit posément Harry, ses yeux ne déviant jamais de Sturgis Podmore, rouge tomate, et Felicia Dodderidge, à la chevelure carrée tranchante. Je sais que c'est le travail d'équipe qui prime sur tout..., ajouta-t-il, un « mais » sur le bout de la langue, ses pensées tournées vers Ron, Hermione, puis tous les membres de l'AD qui l'avaient si chaleureusement accueilli la nuit de la bataille.

Le visage borné de Neville à se rendre utile s'attarda dans son esprit. Harry fit de nouveau face à Dumbledore, hésitant à admettre ses doutes sur la validité permanente de ses constatations. Mais avant qu'il n'ait pu ajouté un autre mot, Dumbledore souffla:

- Alors tu sais au moins une chose de plus qu'eux.

Dumbledore et Harry se regardèrent un long moment, le bleu rencontrant le vert, coupés des autres sorciers, comme s'ils s'étaient trouvés dans une autre pièce.

- Parce que la sécurité de notre pays est sa priorité et qu'il préfère avoir un contact direct avec nous tous, voilà pourquoi!, tempêtait Sturgis Podmore, les poings serrés, les ongles enfoncés dans la paume de ses mains. Ce n'est pas une question d'arrogance ou de s'approprier plusieurs titres à la fois ou encore de voler la place de chef du service remanié à Mister Robards! Et puis il est à Ste Mangouste, votre Robards! Alors, que Kingsley l'engage ou pas revient au même, on ne va pas attendre que Robards sorte d'hôpital pour agir! Kingsley mérite d'être à la tête de notre concile!

- Et il est où, monsieur le ministre, s'il peut assurer deux postes à la fois, comme vous dîtes?!

- Je vais peut-être répéter ce que j'ai déjà dit à Kingsley, Professeur, dit Harry, les bras croisés, observant maintenant par les vitres les employés arrêtés dans leur travail à l'extérieur, curieux et inquiets des visages rouges de leurs meneurs politiques, mais un psychomage pourrait aussi bien se charger de les allier que moi, sinon mieux.

Son regard aperçut un Bitieux de passage au Niveau Un. Bitieux, le fameux auror enclin à l'usage des sorts impardonnables sur les prisonniers. Celui-ci regardait dans la direction de Sturgis et Dodderidge avec une avidité qui déplut assez à Harry.

- Crois-tu réellement que Kingsley ou moi-même ne voyons que cela en toi?, demanda tranquillement Dumbledore en haussant lentement ses sourcils. Ni lui ni moi n'aurions placé notre confiance en un simple psychomage, face à Lord Voldemort.

Harry tourna la tête vers Dumbledore au moment où Miss Runcorn, debout comme ses autres collègues, et les poings serrés, lançait:

- Mes opinions sur le sujet ne sont nullement influencées par mes liens de parenté, je vous remercie! Oseriez-vous prétendre que mon sang vous gêne, Mr Blane?!

- Suffit!, coupa très sèchement Bijour, levé lui-aussi. Ni les préjugés du sang, ni nos opinions politiques n'ont leur place en ce lieu! Nous sommes ici pour décider de ce qui doit être fait pour améliorer l'organisation des aurors, pas pour commencer une guerre civile! Enfin regardez-vous, n'êtes-vous pas capables de faire preuve du minimum de sang-froid qu'exige votre position? Mrs Dodderidge, oubliez un peu votre idôle de Mrs Robards au cours de cette réunion, voulez-vous, et Miss Runcorn, comportez-vous de façon moins paranoïaque, personne ne vous accuse des crimes de vos deux frères! Vous ne ferez que nourrir ces préjugés en sortant votre baguette ainsi!

Si Bijour avait cru calmer tout le monde par ces quelques paroles sans équivoque, il s'était lourdement induit en erreur. Les trois personnes visées, trop enflammées pour s'arrêter maintenant, explosèrent en répliques presque cruellement lancées à Bijour. Ce fut le tsunami du conflit. Les opinions politiques gardées discrètes de Bijour en prirent soudainement pour leur grade. Oui, l'attaque était bien parfois la meilleure des défenses.

- Et si je vous disais que je souhaite revenir à Poudlard achever ma scolarité, Professeur?, demanda alors Harry avec un ton presque détaché.

- Je te soutiendrais dans cette voie autant que tu t'y soutiendras toi-même, Harry, formula étrangement Dumbledore d'une voix assurée depuis le cadre de Burdock, ce dernier emporté lui-même dans la dispute avec d'autres portraits, maintenant.

Harry observa de nouveau la sincérité brillant des yeux de Dumbledore. Le plan qu'avait conçu ce dernier sur la vie de Harry il y avait dix-sept ans environ avait bel et bien pris fin la nuit de la bataille finale. Désormais, les choix de Harry le porteraient dans un avenir coupé de ces anciennes et brillantes manipulations... un avenir imprévisible.

Bitieux et d'autres employés cherchaient toujours à deviner les insultes inaudibles à leurs oreilles de Sturgis et ses collègues depuis l'extérieur.

- J'ai bien peur que votre prétendue attitude pacifiste ne soit quelque peu remise en questions avec un passé au ministère comme le vôtre!, s'écriait maintenant Yardley Blane à Bijour.

Gunhilda Knightley eut la mâchoire décrochée à cette insulte envers son collègue. On aurait dit que les moindres rumeurs ou potins appris étaient susceptibles de revenir férocement à la figure des concernés, tant les répliques s'échappaient à présent à tout contrôle ou sang-froid.

- Monsieur...

- ... Goldstein, aida l'homme aux traits familiers, un peu plus loin, en haussant les sourcils de surprise à un Harry qui s'était rapproché silencieusement. Fulbert Goldstein. Le père d'Anthony, je crois que vous le connaissez bien, d'ailleurs, Mr Potter.

- Mr Goldstein, sourit Harry avec plus d'aise. Excusez-moi mais il me semble que vous disiez tout à l'heure que les aurors manquaient de matériel, de scrutoscopes, de balais, et tout le reste...?, demanda-t-il en tentant d'ignorer la mini-guerre civile derrière eux.

Si Lord Voldemort n'avait qu'été simplement mort, il aurait été pris d'un fou rire depuis sa tombe.

- C'est exact, soupira Mr Goldstein, soudainement découragé.

- Mais des salles de réunion d'aurors regorgent d'objets confisqués aux mangemorts, se rappela Harry sans comprendre. Et je suis pratiquement certain d'avoir repéré ce genre d'objets plusieurs fois... Pourquoi les aurors ne s'en serviraient-ils pas?

Mr Goldstein observa Harry se laisser appuyer les reins contre la table. Harry mit sa fierté de côté au cas où ses remarques seraient considérées comme stupides. Les aurors avaient du considérer cette idée...

- Les objets confisqués doivent être répertoriés dans des listes, classés, et certains doivent passer une expertise pour évaluer leur dangerosité, même si cela concerne une minorité d'entre eux..., expliqua malheureusement Goldstein.

- Et après avoir été... étiquetés, classés, interrogea Harry avec intérêt, ils pourraient revenir aux besoins des aurors, n'est-ce pas?

- Quand ils n'ont pas été volés, ils sont remis au reste de la famille du coupable... s'ils ne sont pas tous faits prisonniers, finit Goldstein sans pouvoir réprimer un sourire narquois.

Il se frotta ensuite les yeux en réfléchissant et parlant:

- Donc oui, d'une certaine manière, vous avez raison, une grande majorité pourrait revenir aux aurors, dans l'hypothèse où nous considérons qu'une loi l'autorisant serait passée au Magenmagot pour cela.

- Et ça prendrait combien de temps?

Goldstein fronça alors des sourcils. Cette fois, ce n'était pas parce qu'il réfléchissait à la réponse à donner. Golstein chercha à lire le train de pensées de Harry.

- Blane!, l'appela-t-il en se penchant en arrière sur son siège, criant par-dessus les voix coléreuses des autres. Combien de temps estimez-vous qu'il faudrait pour une loi autorisant les aurors à utiliser les objets confisqués et volés des mangemorts?

L'homme à la petite queue de cheval fut comme agacé d'être interrompu dans la dispute. Certain que Fulbert Goldstein cherchait maintenant à l'insulter, Blane eut une réplique prête au bout de la langue, avant de froncer les sourcils.

- Même si nous le faisions, Goldstein, il faudrait que les objets confisqués aient été bien classés pour qu'aucun rapport d'accusé n'ait de doutes ou de failles. Et je ne sais pas si vous avez remarqué, mais avec les aurors remplaçant un maximum de brigadiers, en plus de travailler sur le terrain pour leurs propres affaires criminelles, ils sont rares à consacrer du temps au rangement, souligna-t-il avec une pointe de sarcasme. Pourquoi croyez-vous qu'il nous avait fallu plus d'un an à finir tous les procès des mangemorts après la première guerre, Goldstein?

Goldstein eut les joues qui rosirent et il s'apprêta à répliquer mais Harry le coupa, intrigué:

- Est-ce que le classement des objets confisqués est un travail qui requiert beaucoup de compétences?, demanda-t-il aux deux hommes. Est-ce qu'il faut obligatoirement être auror pour assurer ce genre de tâche? Je dis ça parce que cela ne me semble pas très compliqué, mais peut-être que je me trompe...

- Non, je suppose que non, fit Goldstein avec un haussement d'épaules. Une petite formation de quelques jours devrait suffire même...

- Dans ce cas, pourquoi ne pas employer d'autres personnes pour ça?, suggéra Harry qui craignait que ces simples propositions n'apportent rien, mais pourtant, sans qu'il ne sache vraiment pourquoi, continuait à persister à faire travailler ensemble au moins ces deux hommes. Ce n'est pas comme s'il n'y avait pas assez de gens recherchant un emploi, dans les rues. Surtout chez les nés-moldus qui se sont retrouvés sans le sou pendant la guerre.

- Peut-être, fit Blane, mais le budget des aurors est déjà assez serré comme ça, demandez à Bijour.

- Quoi?, lança celui-ci en entendant son nom, une pointe d'agressivité dans la voix.

Blane lui résuma la situation et Harry eut l'impression que le cerveau de Bijour gonflait encore plus sous l'action des pensées en surchauffe.

- On ne peut pas condamner les gens de mal penser, Mr Podmore!, continuait de fulminer Mrs Dodderidge, levée et en face de Sturgis. Qu'ils aient des préjugés ou non, ça ne change rien! Je pense que les détraqueurs d'Azkaban ont du définitivement geler le peu de neurones qu'il vous reste pendant votre séjour là-bas il y a deux ans, Podmore!

- Evidemment que ce serait serré, dit Bijour à lui-même, plus posément. Mais ces sorciers-là gagneraient en pouvoir d'achat et il faut bien relancer l'économie quelque part. Il n'y a que comme ça que ça peut démarrer, partout. Pour cela, il faudrait faire part de nos intentions au Bureau de Liaison des Gobelins, établir un compromis du salaire initial des employés qui sera certainement très bas, mais...

- Mais ce serait un début, acheva de lire Harry dans le regard de Bijour, encouragé. Et plus le pouvoir d'achat sorcier augmentera, plus les gobelins permettront la hausse des salaires des employés.

Bijour observa Harry un instant, commençant à sérieusement considérer l'idée, avant de lancer d'une voix forte:

- Mrs Dodderidge! Arrêtez vos débats sans fin, Podmore et vous, on a du travail à vous assigner! Voyez ça avec Blane, vous avez une nouvelle loi à faire passer!

Harry ferma les yeux un instant comme en réponse à une prière exaucée, en entendant les paroles stimulantes de Bijour. Il avait beau se dire que ce qu'ils avaient fait n'était pratiquement rien, qu'il avait même eu une chance digne d'un accroc au Felix Felicis, qu'il aurait des déceptions terribles à l'avenir, il n'arrivait pas à s'empêcher de penser... qu'ils avaient fait quelque chose... en plus de se crêper le chignon. Harry savait qu'il devait avoir les yeux brillants, le coeur emballé qu'il ne parvenait pas à calmer. Il leur tourna le dos.

Nous n'avons encore rien fait, nous n'avons encore rien fait, calme-toi...

Il essaya de dissimuler ces signes de triomphes temporaires du mieux qu'il put, mais l'exaltation était trop grande. Il chercha à reprendre contrôle sur son entrain soudain fougueux, conscient que les chutes seraient plus fréquentes que ces petites victoires. Son cerveau l'écouta. Pas son coeur. Kingsley est un bon ministre..., répercuta une voix sereine en écho dans son esprit. Un sourire s'étira sur les lèvres de Harry. Le monstre en lui fit rouler ses épaules, fit craqueler ses articulations. Harry se retourna.

- Le Département de la Justice s'occupe de la suppression de toutes les lois passées toute l'année passée, je l'ai répété plus d'une dizaine de fois, s'agaça Dodderidge par la proposition de Bijour. Nous revoyons tous les décrets passés, c'est notre priorité. Alors avant d'en faire passer de nouvelles...

- Ces lois et ces décrets dont vous vous occupez à reformuler ou à supprimer, demanda Harry en se tournant vers elle, ils concernent en majorité le traitement des nés-moldus, l'obligation scolaire des sorciers mineurs à Poudlard, ou ce genre de choses qui ont fait la une des journaux sous le régime de Voldemort, je me trompe?

Tous frissonnèrent excepté Sturgis Podmore, anciennement habitué aux paroles de Dumbledore.

- Oui, c'est de cela qu'il s'agit en majorité, bien entendu, mais il y en a d'autres, renseigna Felicia Dodderidge en plissant les yeux.

- Alors je crois que cette loi devrait passer en priorité sur la suppression des autres, dit Harry avec un sourire. Je ne pense pas que les gens accordent de l'importance aux lois contre les nés-moldus, maintenant qu'ils connaissent la vérité sur cette guerre. Et le vote d'une loi si utile que celle que nous cherchons à faire passer ne retardera pas tant que cela le reste. En revanche, elle aidera beaucoup les aurors, à mon avis.

Dodderidge cligna des yeux.

- Je suis pour, déclara Sturgis en reprenant sa place confortablement.

Bijour leva les yeux au ciel. Son collègue n'aurait pas pu être moins subtil dans son obstination à avoir le dessus sur Dodderidge sur tout et n'importe quoi. Celle-ci serra la mâchoire à la remarque de Sturgis.

- Très bien..., grinça-t-elle en se rasseyant dans son propre siège après avoir contourné sa table. Très bien...

Elle se saisit de nouveau de ses parchemins, mouilla son index rapidement pour les feuilleter efficacement, et sortit une feuille de rapport où elle commença à remplir les cases administratives. Un silence incroyablement tendu après les vociférations s'instaura. Harry aperçut du coin des yeux les employés reprendre normalement leur travail à l'extérieur et Bitieux s'éloigner du cabinet des secrétaires. Le tic tac d'une horloge passée jusque-là inaperçue résonna à leurs oreilles. Dodderidge formula la loi souhaitée à plusieurs reprises en jouant sur les mots et leurs connotations, se décida sur une dernière version avec l'approbation raide de ses autres collègues, et signa le document à faire passer.

- Auror Knightley signera à la place du Dirigeant des Aurors, ou Mr Shaklebolt s'est également approprié ce titre?, finit-elle par demander à la cantonade.

Personne ne manqua le sarcasme dans sa voix. Sturgis Podmore vira de nouveau au rouge et Felicia Dodderidge fixa Gunhilda Knightley. Mais ce ne fut pas cette dernière qui s'empara de la plume de Felicia Dodderidge. Ou qui ne signa le document retourné sur la table d'un nom rapidement gribouillé. La plume grattante avec décision fut suivie des yeux bleus brillants d'Albus Dumbledore depuis le cadre de l'ancien chef du conseil sorcier.

Tout les représentants semblèrent avoir perdu la capacité d'arrêter le processus prenant place devant eux ou d'intervenir de quelque manière que ce soit, étrangement. Le silence se prolongea, pendant que chacun cherchait à formuler la meilleure question en premier.

- Je ne... crois pas que cela satisfera les membres du Magenmagot, Mr Potter, dit enfin Felicia Dodderidge d'une voix très lente et mesurée en observant sa nouvelle déposition, le dos droit comme coincé.

- Nous tenterons bien, répondit posément Harry avec quelque chose qui marquait le sujet comme clos en reposant la plume. Auror Knightley a souligné des effectifs de représentants de l'ordre généraux insuffisants, en début de réunion, rappela-t-il alors, les sourcils froncés. Des aurors et des brigadiers bénévoles étrangers sont une très bonne option, mais est-ce qu'il en existe d'autres?, souhaita-t-il connaître.

Hélas, comme il l'avait craint, personne ne réagit sur le nouveau sujet abordé. Percy gardait la mâchoire au sol et Bijour regardait toujours Harry de ses yeux intelligents, cherchant à savoir si celui-ci leur faisait la blague du siècle, ou s'il était réellement sérieux. Goldstein sembla réaliser en premier le silence anormal qui s'était installé.

- Euh... euh..., fit-il en se raclant la gorge, y mettant du sien pour rechercher une proposition, ses mains réajustant ses fiches avec nervosité, mais ses yeux cherchaient avec frénésie le regard d'un de ses collègues comme un appel à l'aide.

- J'ignorais qu'il serait possible que votre signature soit aussi facilement acceptée par les membres du Magenmagot, Mr Potter, intervint soudain Blane d'une voix calculée l'évaluant prudemment. Après tout, j'en fais partie et je ne suis pas au courant.

Harry se tourna vers lui. Blane avait l'air de penser que Harry se donnait un peu trop d'importance maintenant que Voldemort était tombé, et cela, Harry le lisait clairement.

- Vous le serez, dit alors Harry d'un ton neutre. Si ma signature n'est pas acceptée, je suis certain qu'Auror Knightley se chargera d'y placer la sienne. Ce devrait être suffisant, acheva-t-il avec une certaine fermeté. Quoi qu'il en soit, là n'est pas le centre des sujets et objectifs à exploiter ici et maintenant. Je pense que le manque d'aurors ou de brigadiers est un problème qui relève d'une bien plus grande attention à nos yeux pour l'instant que celui de la provenance d'une signature.

Et Harry comprit enfin. Les connaissances qu'il recherchait et redoutait tant à la fois, c'étaient ces sorciers qui les lui apportaient par vagues successives. Des connaissances qui cherchaient à être manoeuvrées au mieux. Harry n'était pas assez naïf pour croire que les solutions à ses craintes ne soient aussi simples, mais il n'en restait pas moins faux que de dire qu'une certaine vérité s'en dégageait. Dodderidge l'aurait certainement durement rectifié sur ses faux-espoirs si elle avait su lire dans ses pensées.

- Mr Potter?, intervint-elle quelques minutes plus tard, interrompant le discours de sa collègue. Je vous demande pardon Bettine mais... Mr Potter, croyez bien que je suis navrée si mon attitude vous paraît trouble-fête, mais je me demandais... voyez-vous, Auror Knightley a souligné que Monsieur le Ministre vous avait laissé carte blanche pour visiter les services du ministère, n'est-ce pas? Or... eh bien, disons seulement que ce service primordial du ministère ne peut pas vraiment se permettre des visites libres, en réalité, et je pense que vous devez le comprendre. Imaginez que quiconque le désirant puisse accéder à ce lieu, il y serait proprement impossible d'y prendre des décisions sérieuses! Alors je pensais... le ministre vous a-t-il gratifié d'un accès légal à cette réunion? Peut-être ne savez-vous pas que le premier homme de la communauté sorcière lui-même ne dispose pas de ce pouvoir lorsqu'il s'agit de permettre ici l'entrée d'un sorcier dépourvue de toute fonction ministérielle...

- ... ce qui n'est définitivement pas le cas, termina poliment Harry. La prochaine fois que vous aurez des doutes sur la légalité de la présence de quelqu'un ici, Mrs Dodderidge, je vous conseillerais de lui poser ces questions-là dès son entrée. Vous avez raison, nous ne voulons pas que qui que ce soit puisse aller et venir à son envie dans ce service. Mrs Crocford, voulez-vous poursuivre?, proposa-t-il de reprendre.

Bettine reprit son discours monotone et Mrs Dodderidge n'eut pas sa curiosité satisfaite sur les raisons de Harry à être ici. Celui-ci garda une attitude méfiante et en alerte envers ses nouveaux collègues et leurs diverses réactions. Dodderidge se mordit les lèvres jusqu'à la fin de la matinée. La réunion se poursuivit, et Harry ne finit par relâcher son attention des propositions des sorciers et sorcières présents que pour mieux remarquer Kingsley Shaklebolt l'observer depuis le cabinet des secrétaires, derrière les vitres, ce dernier enfin libéré des ambassadeurs. Le ministre de la magie portait un sourire découvrant toutes ses dents blanches dans une expression triomphale des plus insupportables.


Le jour de l'annonce publique de la promotion de Harry vint bien trop rapidement au goût de ce dernier. Sans aucun doute, cette décision serait largement parlementée; et sans aucun doute, Harry savait qu'il devrait en répondre avec en lui une conviction plus encrée qu'il ne l'avait eu les jours précédant son choix final. Hélas, ce n'était pas la première fois que le temps lui jouait des tours, il le savait, surtout lorsqu'il appréhendait grandement un événement à venir. Harry claqua le casier des vestiaires réservés aux aurors de ses mains moites et souffla.

- Comment tu te sens, là-dedans?, lui demanda Kingsley alors que Harry finissait de revêtir pour la première fois son uniforme d'auror retouché par Madame Guipure.

La voix profonde de Kingsley se répercuta en écho sur les casiers métalliques de la salle quasiment déserte, exceptés eux deux. Harry fit légèrement rouler ses épaules en arrière, redressant l'habit, en en appréciant la souplesse et la douceur.

- Bizarre, répondit-il cependant à Kingsley en ne pensant pas à ses habits. Andromeda m'avait raconté que Tonks avait totalement flippé le premier jour où elle a travaillé ici. Elle m'a recommandé de vérifier que l'étiquette et les coutures de l'uniforme ne soient pas à l'extérieur, comme pour Tonks...

Kingsley eut un mince sourire nostalgique.

- Tu vis toujours chez Mrs Tonks?

Harry acquiesça, s'asseyant sur un banc et se mettant à enfiler ses bottes noires avant de passer les pans de son pantalon par dessus.

- Je squatte toujours chez elle, oui, marmonna Harry presque à lui-même, avant de plonger dans un silence songeur.

- Tu ne sais pas où aller?, lui demanda Kingsley en lisant ses pensées correctement. Tu sais qu'il existe un campus pour des employés du ministère, à Londres, au moins?

Harry leva les yeux de surprise et hocha la tête.

- C'est une partie d'un campus universitaire qui a été dissimulée aux moldus, expliqua Kingsley à Harry qui resserrait ses lacets avec vigueur. Il a beaucoup de studios, comme pour ceux des étudiants, mais destinés aux employés sorciers qui peuvent mal voyager, vivent seuls, n'ont pas le permis de transplaner...

- ... comme moi...

Kingsley éclata de rire. Harry en perçut l'écho tout au fond de la pièce.

- S'ils n'ont pas enregistré ton nom dans la liste depuis la fin de la guerre, je veux bien être donné en pâture aux sombrals!

Il reprit cependant plus sérieusement, vérifiant l'heure de sa montre.

- Si tu veux, je dirais à l'un de mes secrétaires de contacter la concierge qui veille au calme environnant pour qu'elle te donne accès à l'un des studios...

- Monsieur le ministre?, demanda une voix timide qui n'osa pas entrer dans les vestiaires.

- J'arrive!, prévint Kingsley, sa voix partant encore plus en écho. Harry... je te dis à tout de suite, mais prends ton temps..., fit-il en lui donnant une tape amicale sur l'épaule avant de rejoindre sa secrétaire à la sortie.

Harry se tourna vers le casier qu'il rouvrit pour récupérer les galons que sa position exigeait de porter. Ceux-ci n'étaient pas cousus dès le départ à l'uniforme et s'ajoutaient à coups de baguettes. Les yeux tombant sur la glace interne du casier, les pensées de Harry virèrent alors en un temps où il pouvait apercevoir le regard fier de son père par-dessus son épaule.

- Harry!, l'appela soudain Ron qui débarqua sans préambule dans les vestiaires, le souffle court, accompagné d'Hermione qu'il tenait par la main.

- Ron? Hermione? Que faites-vous ici?, fit un Harry soudain éberlué.

- On est venus t'encourager, bien sûr! Te soutenir, te... te coacher!, lança Ron en ralentissant à son arrivée, avant de lui donner une gentille mais énergique gauche droite à l'épaule.

Son regard évalua ensuite Harry de haut en bas. Ron siffla d'admiration. Hermione, elle, fut moins impressionnée et se dépêcha de s'avancer vers lui pour lui arranger son col légèrement de travers.

- Mais-..., commença Harry en voulant se dégager des gestes maternels d'Hermione.

- Chut, Harry, coupa-t-elle directement en lui lissant l'uniforme de grands coups de mains brusques. Tu as un amphithéâtre entier qui va te passer au ralenti à la multiplette, alors ce n'est pas le moment de faire des manières.

- Ouaih, mon vieux, laisse faire Hermione, dit très vite Ron qui la regardait tout revoir chez Harry.

Harry eut le teint qui vira légèrement au blanc laiteux à cette annonce sur ce qui l'attendait, mais un certain agacement envers Hermione et ses frottements l'emporta très vite.

- Hermione... Hermione, je ne vais pas faire un défilé pour la collection automne-hiver de chez Brodette!, riposta Harry face à ses administrations décidément trop tactiles.

- Non, mais c'est tout comme, s'irrita Hermione devant son manque de collaboration. On va te juger sur ta tenue en premier, Harry...

- Tu exagères...

- En fait, je pense que non, dit Ron, toujours spectateur. On vient d'y faire un tour et honnêtement, ils restent dans la même case que celle où je les avais placé après le coup d'état des mangemorts, pour moi: la case « antipathique », tu sais. Dans ma tête, je les assimilais facilement à des scroutts à pétards, et avec toi comme brochette, étrangement.

- Quoi? Pourquoi tu dis ça?, bafouilla alors très vite Harry. Ils ont déjà quelque chose contre moi? Je croyais qu'ils ne savaient même pas qui serait leur Dirigeant, à cette heure-ci!

- Bien sûr que non, ils ne le savent pas, Harry, dit Hermione qui s'était appropriée le droit d'attacher les galons de Harry à ses manches. Ils ont tous l'air assez surexcité d'obtenir enfin quelques réponses sur les décisions de Kingsley concernant leur département. Bon, bien entendu, il tarde un peu aux aurors de nuit de rentrer chez eux, et ceux de jour sont mal réveillés, mais l'excitation l'emporte apparemment...

- Alors pourquoi me dîtes-vous des choses pareilles?, l'interrompit Harry. Vous cherchez à me faire paniquer...?

- Non, Harry, nous te disons cela parce que nous te connaissons, lui dit Hermione, ses yeux ne déviant pas des galons.

La réponse dérouta complètement Harry qui regarda Hermione s'affairer, la bouche ouverte. Un bref silence s'instaura.

- Explique..., fit lentement Harry au milieu de la rangée centrale des casiers.

Ron fit un pas en avant.

- Ecoute, mon vieux, lui dit-il calmement mais prudemment. Qu'as-tu l'intention de leur dire, grossomodo, à tous ces aurors?

Harry observa Ron en cherchant là où il venait en venir, en vain.

- Ben... je vais juste me présenter, Ron, c'est ça, le bu...

- Justement, ça ne l'est pas, le coupa Hermione. Du moins, pas en totalité. Tu vas dire « Salut, je suis Harry...

- ... juste Harry..., ajouta Ron en levant un index.

- ... et je serai votre nouveau patron, poursuivit Hermione dans une imitation très passable, au goût de Harry. J'essaierai de faire du mieux que je peux, je ne vous promets rien. Mais en tout cas, j'espère que nous nous entendrons tous très bien et que nous deviendrons vite copain-copain. Ah, ce que j'ai hâte de commencer! ».

- Ça va, je ne suis pas Ombrage, Hermione, grinça Harry en lui lançant un regard noir.

Comme si Hermione imaginait qu'il n'avait pas réfléchi à ce poste sous tous les angles...

- Ce qu'elle veut dire, Harry, dit Ron en prenant la suite, c'est que tu vas te la jouer modeste, comme d'habitude, et...

- Tu préférerais que je me vante?, le défia Harry, vexé par la façon dont Ron appuyait sur sa modestie.

Ron hésita à répondre mais Hermione dit:

- Oui.

Ron se massa la nuque avec malaise et Harry contempla Hermione d'un air incrédule. Il lui fallut plusieurs secondes de silence au milieu des vestiaires pour faire songer à Harry de donner une réponse.

- Quoi?!, fut le seul mot qui résonna dans la vaste salle aux nombreuses parois métalliques de casiers.

Ron et Hermione partagèrent un regard que Harry chercha à intercepter des yeux avec frénésie. Finalement, Ron prit une longue inspiration et se reconcentra sur Harry.

- Harry, dit-il d'une voix posée, il y a plus d'un gars qui est parenté à Zacharias Smith, là-bas.

Harry voulut ouvrir la bouche pour un « Sans blague! » bien cinglant, mais Hermione le coupa.

- Oui Harry, approuva-t-elle avec ferveur devant l'angle de persuasion adopté par Ron. Souviens-toi, Zacharias Smith savait que tu étais le Survivant et tout ce que tu veux, mais ça ne l'a pas empêché de contester ton autorité chaque fois que l'occasion se présentait, dans l'AD. Les gens admirent quelqu'un tant que cette personne n'a pas de prise officielle directe sur les changements apportés à leur quotidien. Et nous n'étions que vingt-huit, avant...

- Hermione, protesta Harry en se forgeant une défense, je ne suis pas aussi naïf que de croire que tout va se passer pour le mieux dans le meilleur des mondes, simplement parce que j'ai... une certaine réputation avec moi, grimaça-t-il alors. Mais ce n'est pas pour cette raison que je vais mentir sur ce que j'ai fait, ou même tiens, en parler!

- On ne te demande pas de mentir, Harry, ce n'est pas la peine..., commença Ron en voulant calmer le débat.

- Harry, il existe au moins deux sortes d'arrogance chez l'homme, dit Hermione en s'y reprenant différemment pour le convaincre.

Harry leva presque les yeux au plafond devant cette tentative.

- Ecoute-moi!, s'énerva-t-elle en lui agrippant l'uniforme. Il existe au moins deux sortes d'arrogance chez l'homme, répéta-t-elle alors avec détermination. La première, c'est la plus commune, celle dont tu crois que nous parlons. Ensuite, inspira-t-elle, ensuite, il y a celle qui est une défense aux autres hommes, une défense au...

- ... au danger du « jemefaisdévorertoutcru », aida Ron avec emphase en acquiesçant d'un air sage.

Hermione ferma la bouche, cligna deux secondes puis dit sans tourner la tête:

- Merci, Ron.

- Mais je t'en prie, Hermione, répondit Ron en lui lançant un sourire outrageusement flirteur.

Harry commença à vouloir mettre deux doigts dans sa bouche comme pour se faire vomir.

- Bref, reprit Hermione, décidée à aller jusqu'au bout. Celle-là s'appelle davantage l'assurance directive, et elle t'est nécessaire, Harry. Tu dois les impressionner par ta rigueur. Leur montrer que tu as la ferme intention à ce que les choses bougent. Ou tu n'auras jamais la paix, déboula-t-elle précipitamment en voyant Harry ouvrir la bouche. Tu ne dois en aucun cas montrer que tu n'es qu'un petit chanceux qui a eu le coup de bol que Voldemort dérape pendant le duel comme Rita Skeeter cherche presque à te faire passer pour!

- Elle a dit ça?!, fit Ron pendant que Harry prenait un air fatigué aux recommandations d'Hermione.

- Hermione, je sais ça, appuya-t-il. Je t'assure que je sais qu'il y a des moments où je dois être certain de moi, sinon, j'aurais été on ne peut plus mal devant Voldemort.

Hermione darda son regard avant de se relâcher un peu devant cette vérité frappante.

- Oh... et bien tant mieux, fit-elle en reprenant contenance. Parce que Ron et moi, on se disait que tu étais loin de considérer les aurors comme des ennemis, et que cela pourrait te bloquer face à la fermeté que tu devais prouver.

Il y eut un silence.

- Ca ne va pas te bloquer, n'est-ce pas Harry?, fit alors Hermione en plissant les yeux, interprétant l'absence de confirmation de Harry.

Celui-ci réagit rapidement pour dissimuler que, d'accord, peut-être qu'il n'avait pas vu toutes les choses sous cet angle-là.

- Non, Hermione, biensûrquenon.

Un nouveau silence bref.

- Mr Potter, vous êtes là?

Le coeur de Harry bondit de ravissement à cette voix grinçante venue de nulle part ou presque, qui coupa la future réplique d'une Hermione pas la moins convaincue du monde.

- Oui, je suis là!, lança-t-il en cachant au mieux son soulagement.

- Monsieur le Ministre va commencer!, répondit de loin la voix grinçante refusant d'entrer dans les vestiaires.

- D'accord!, fit savoir Harry d'une voix forte avant de tirer d'un coup sec et final son uniforme, le claquement des talons de l'interlocutrice inconnue s'éloignant d'eux.

C'était l'heure. Une poussée d'adrénaline lui envahit le corps, et le stress fit un retour en force chez lui.

- Bon, Harry, reprit d'un ton énergique Ron en partant d'une démarche à grands pas en synchronisation avec celle de Harry, l'encadrant avec Hermione vers le couloir de sortie. Pense qu'il s'agit d'un match de Quidditch, rien de plus, rien de moins..., fit-il en mimant très bien la détermination à adopter chez Harry de ses mains. On n'est pas là pour tuer, mais pour se faire respecter... mais considère-les quand même comme l'équipe des Serpentards, on ne sait jamais...

Tout au long du trajet quasiment désert, Ron s'acharna dans ses conseils de dernière minute, devenant plus nerveux que Harry lui-même devant son propre flot de paroles encourageantes. Hermione y mit également de son grain de sel, et Harry finit pas avoir les nerfs à fleur de peau, si ce n'était simplement à cause de l'inquiétude de Ron et d'Hermione à son sujet. Bizarrement, ce fut à ce moment-là qu'il prit véritablement conscience du saut dans sa vie qu'il s'apprêtait à effectuer. Et ce n'était pas un choix de vie ou de mort, cette fois. Voldemort n'y était pour rien.

Voldemort était pire que mort.

C'était fini. Tout cela était bien fini.

Pourquoi ne ressentait-il ce choc que maintenant?

- Tu ne penses pas à leur nombre, tu ne penses pas à leur âge, tu ne penses pas à ce qu'ils pensent...

- Bon sang, tu y vois quelque chose?, demanda un jeune sorcier sur la pointe des pieds à son ami, tous deux collés à l'un des deux petits losanges vitrés des portes battantes donnant sur la salle de présentation.

- Si tu te poussais, peut-être..., marmonna son ami.

Ron, Hermione et Harry arrivèrent derrière un petit groupe entassé de sorciers de maintenance magique ou de sous-services liés à celui des aurors. Ron joua des coudes entre eux pour jeter lui-même un coup d'oeil par le deuxième losange. Les trois sorciers l'encadrant cherchaient aussi avidement que lui à voir à l'intérieur.

- Oh là là, ce monde..., souffla le premier, à la gauche de Ron, tordant le cou pour mieux voir. C'est pas vrai, y'en a plus un seul pour assurer le travail du QG, ils sont tous là, ma parole!

- Bien sûr que non..., commenta un deuxième d'une voix détachée, lui-aussi les yeux collés vers l'amphithéâtre. Hé, ce n'est pas le vieux briscard Bitieux sur le côté?

Hermione et Harry finirent par avancer un peu plus pour voir à leur tour, eux aussi. Harry n'était pas pressé d'y entrer réellement. Même depuis leurs places dans le couloir, ils percevaient la rumeur lourde des conversations dans une salle apposée au hall. Harry parvint à regarder à son tour par le hublot en forme de losange de la porte battante et son estomac se retourna. Derrière la vitre, sous ses yeux, se dressait un immense amphithéâtre bondé de monde dont la grande majorité des sorciers était vêtue du fameux uniforme pourpre. Beaucoup étaient déjà assis, discutant avec leurs voisins des rangées supérieures ou inférieures. D'autres, debout dans les escaliers menant aux gradins, parlaient avec des collègues assis.

- Je vois Kingsley..., souffla Hermione, juste à côté de Harry.

Le regard de Harry suivit celui d'Hermione avant de reconnaître le Ministre de la Magie s'approcher au milieu de la plate-forme d'en bas de l'amphithéâtre, jeter un sonorus et lancer en finissant tranquillement son chemin:

- Bien! Si vous voulez tous prendre vos places, nous allons commencer...

Sa voix était rendue étouffée par les doubles portes battantes. Kingsley s'arrêta et fit face aux aurors. Tous se turent assez rapidement et beaucoup regagnèrent à grandes enjambées leurs sièges. Certains demeurèrent debout en bas, sur les côtés de la salle. Fergurson se mit à l'aise contre le dossier de son siège, les bras croisés sur le torse, observant avec intérêt Kingsley. Natalya Manson, l'ancienne amie de Tonks, était prête à prendre des notes: c'était une des rares, d'ailleurs. Leur âge bien supérieur à celui de Harry frappa de plein fouet ce dernier qui se crut revenu au temps des quatre champions du tournoi de Poudlard. Et une question resurgit... qu'est-ce qu'il avait bien de plus qu'eux?, pensa-t-il en remarquant l'air confiant qu'ils arboraient, l'aise qu'ils dégageaient. Les interrogations de Ron et d'Hermione prirent soudain beaucoup plus de sens. Avait-il, aujourd'hui, cette assurance directive qu'il devrait faire sentir? Gunhilda Knightley mâcha son chewing-gum la bouche ouverte.

- De drastiques mesures ont été prises ses derniers jours et vont être totalement mises en place les semaines prochaines, annonça Kingsley de l'autre côté du carreau, en entrant dans le vif du sujet. Cela risque de bouleverser pas mal les petites habitudes de chacun et je demanderai donc à tous de bien vouloir faire preuve de patience et de logique en soutenant au mieux le ministère et ses décisions. Et quand je parle de décisions, dit Kingsley de sa voix grave en écho dans toute la pièce, je veux dire en priorité celles que prendront votre prochain boss.

Harry sentit un petit coup de coude amical de Ron dans les côtes. Fergurson sourit mais certains, plus âgés et gradés, eurent un visage de marbre, dont celui de Bitieux. Demann, l'auror toujours enrhumé, se redressa avec une attention croissante.

- Allez, accouche, Shaklebolt, marmonna un des sorciers derrière la porte. Donne-nous le nom du gars que t'as choisi, que j'retourne au Niveau Cinq au plus vite avant de me faire écorcher vif par mon boss...

- On devrait peut-être entrer..., proposa d'un ton mal assuré Hermione dans un murmure en voyant un Oubliator s'infiltrer entre eux.

Elle agrippa la manche de Harry qui aurait voulu rester à sa place.

- Je le laisserai d'ailleurs vous expliquer lui-même ses ambitions et ses plans, continua Kingsley pendant que l'Oubliator, Ron, Hermione et Harry entraient en silence à l'intérieur (« Hé attends, l'auror, c'était pas Harry Pott...! », commença l'un de ceux restés derrière). Mais auparavant, appuya le ministre d'un ton ferme, je souhaite mettre deux ou trois choses au clair. Cet homme ne sera pas à prendre à la légère -le dernier qui a fait ça l'a regretté amèrement-, il aura droit à votre respect -facilement je pense pour beaucoup- et à votre dévouement. Sa promotion viendra certainement comme une surprise pour la majorité d'entre vous, mais comme plus logique pour les gens qui, comme moi, se sont battus à ses côtés. Il est compétent, déterminé et habitué à plus de coups durs que vous ne pourriez jamais lancer à son encontre. Un seul conseil: ne le sous-estimez pas.

Ces derniers mots tombèrent comme une sentence dans l'amphithéâtre que Harry, Ron et Hermione pouvaient mieux contempler, maintenant. Harry apprécia le soutien de Kingsley mais aurait aimé battre sa propre bataille. La protection de Kingsley n'arrangerait peut-être rien à long terme, et le ministre venait de faire savoir sa plus grande peur aux aurors malgré lui. Nerveux, Harry resta près de la porte dans un coin sombre et tripota ses deux baguettes dans sa poche, toujours sur lui depuis la bataille finale. Il les fit tourner l'une sur l'autre un moment, contemplant les alentours, les paroles de Kingsley glissant en lui, à la fois lointaines mais aussi claires que s'il les lui avait murmuré à son oreille, quand il réalisa quelque chose... il avait deux baguettes... deux seulement.

- Fade, si vous pouviez cesser la distribution de ses prospectus volants pendant que je parle, je vous en serais reconnaissant..., dit d'une voix paisible Kingsley à l'un de ses aurors qui rougit aussitôt très fortement, comme pris la main dans le sac. Vous aurez tout le temps de faire circuler les ébauches du programme politique de Mrs Robards après, je puis vous l'assurer...

Harry sortit les baguettes de sa poche. Il aurait du avoir la sienne, celle de Sureau et l'ancienne de Drago Malfoy. Il n'y avait jamais réfléchi longuement auparavant, mais maintenant... Harry inclina la tête, plissant des yeux, désormais séparé des autres comme par une barrière épaisse d'eau, Kingsley poursuivant paisiblement ses rassurances auprès des excuses bafouillées de Fade. Harry reconnut la baguette de Drago... mais fut incapable de reconnaître la deuxième.

Elle était d'un bois de même couleur que sa première baguette, mais Harry l'avait assez tenu en mains pour savoir que celle-ci était plus grande... de la même longueur que celle de Sureau, pour être exact. Harry l'examina de plus près, la forme des rainures, son état... il n'y avait jamais fait attention auparavant, la baguette trop similaire à la sienne pour qu'il n'y réfléchisse à deux fois.

A moins qu'il ne se trompe - et c'était très possible, il faudrait le demander à Ollivander - la baguette qu'il avait en mains était...

Une main sur son épaule le sortit brusquement de ses pensées.

- J'ai horreur de t'arracher à ta contemplation amoureuse de ta baguette, souffla Ron d'un ton faussement amusé pour cacher son anxiété, mais tu vas devoir bientôt y aller...

Harry acquiesça, revenant de très loin, avant de se frapper mentalement. Kingsley allait le présenter comme le nouveau Dirigeant des Aurors devant plusieurs centaines d'Aurors et lui demeurait là, à observer stupidement un bout de bois.

- Sur ce, ne traînons pas davantage, termina Kingsley en faisant soudain atrocement accélérer le rythme cardiaque de Harry. Je vais donc laisser la parole au nouveau dirigeant des quartiers des aurors: Mr Harry Potter.

- Vas-y, reste-toi même et assure..., dit très vite Ron en le poussant légèrement au dos.

Harry sortit de l'ombre dans une vague assourdissante de gens qui avaient reçu comme un poing dans l'estomac, des exclamations basses mais froides de certains aînés, et quelques acclamations réjouies comme celle d'Elliot Jeuns qui fit un « hou hou hou! » ravi et Bayley dans un « pas mal! » amical dit sur un ton de « Pourquoi pas? ». Partout, les conversations fusèrent entre voisins, Harry ayant l'impression de faire face à un tonnerre si proche qu'il en était palpable, prenant la place de Kingsley après une poignée de mains échangée.

- A toi, lui murmura ce dernier, confiant.

Harry, un noeud à l'estomac, leur fit face à tous et comprit instantanément que s'il commençait par un « Bonjour! » aigu de timidité et de peur, il se ferait dévorer à la petite cuillère. Vraiment. Il baissa les yeux vers sa mystérieuse baguette, toujours dans ses mains, et la rangea dans sa poche. Les aurors avaient des regards de rapace, décida Harry. Et il était le lapin. Bon sang, Ron n'avait pas plaisanté. Harry souffla profondément. Le silence rendit Harry extrêmement conscient de sa diction.

- Certains d'entre vous m'ont vu traîner dans les quartiers généraux des aurors, ces derniers temps, commença-t-il en se jetant mentalement dans le « ça passe ou ça casse ». Soit pour parler à des mangemorts, soit pour revoir leurs plans avec eux, soit simplement pour converser. J'ai appris beaucoup, c'est vrai, mais bien moins que vous tous, habitués à travailler ici depuis des années. Vous avez de la rigueur dans votre façon d'entreprendre, de la ténacité face aux prisonniers les plus dangereux, et une bonne dose de bon vouloir.

Ron se mit lentement une main au front alors que Harry pensait « mais c'était vrai, il fallait le dire... ». L'amphithéâtre était silencieux, les aurors sensibles à la flatterie mais méfiants quant à la sincérité. Ils avaient vu défiler trop de politiciens.

- Je n'ai pas cette... rigueur scolaire que vous maîtrisez, reprit Harry après avoir discrètement dégluti, imaginant déjà Hermione lui crier dessus à la sortie. Je n'ai pas ce rituel quotidien entre enquêtes et rapports que vous vivez, de diplôme que le ministère n'aurait pas brûlé pendant la guerre ou bien même une suite d'Optimals dans mon CV.

Natalya Manson laissa son bloc-notes de côté et posa sa tête entre ses mains en coupe, les yeux le suivant tranquillement. Bitieux fronça des sourcils.

- C'est vrai, je n'ai pas eu une formation théorique qu'on pourrait qualifier d'acceptable en Défense contre les Forces du Mal après six années de cours dessus à Poudlard, en particulier quand aucun des professeurs ne semble avoir pu rester à son poste plus d'un an...

Des petits rires dans deux ou trois coins de la salle donnèrent du courage à Harry qui, pourtant, prit une expression bien plus sérieuse. Il croisa le regard intense et confiant d'Hermione. Le moment était venu.

- Mais là où moi et mes amis avions de sérieuses lacunes en qualifications administratives, les circonstances ont compensé par la pratique. J'ai eu recours au Polynectar et au Fourchelangue dès douze ans, conjuré un Patronus un an plus tard, pratiqué le fameux bouclier à quatorze ans pour le tournoi des Sorciers, un sort parmi d'autres, enseigné à un club de défense illégal à l'époque de vingt-huit élèves... vous connaissez en partie la suite, coupa crûment Harry en ne cessant pas de les observer tous (Ron avait abaissé sa main et levait à présent lentement la tête). J'ai passé plus de temps avec les mangemorts en liberté que je n'en ai jamais passé avec vous.

Harry fut lui-même frappé par la réalité de ce qu'il disait. Kingsley acquiesçait légèrement à lui-même dans son coin.

- Ça donne une sacrée bonne idée sur la façon de pister un mangemort en fuite quand on a fait la même chose pendant un an, ou de comprendre une évasion quand on s'est évadé soi-même..., réfléchit Harry.

Les aurors, à ses mots, restèrent suspendus à ses lèvres. Harry inspira énergiquement.

- Et c'est ce qui me fait dire que c'est ce qui se produira prochainement si aucun changement radical n'est apporté très bientôt, acheva-t-il en entamant son discours sur ses intentions, Elliot ouvrant grand la bouche devant les funestes prédictions de Harry. Je n'aurai aucun mal à m'évader à la place des mangemorts dans l'état actuel des choses, dit Harry en pensant à Dobby et Kreattur. Les prisonniers sont d'autant plus rassemblés dans un lieu peuplé de citoyens sorciers, augmentant le risque. Je ne veux pas attendre, dit-il davantage à lui-même qu'à eux. Ces derniers temps, j'ai fait connaissance avec l'administration nécessaire pour faire valoir le moindre changement dans vos modes de travail. Et je n'en ai déduit qu'une chose : elle est trop lente.

« Je ne veux plus de formulaires réclamant le statut de sang des suspects comme il en existe encore sur vos bureaux, je ne veux plus des aurors spécialisés sur deux domaines débordés et d'autres dans des secteurs vides de toute affaire actuelle. Je veux un accueil efficace des sorciers se déplaçant jusqu'aux locaux pour un appel à votre aide, une dispersion des aurors sur les zones à risque plutôt qu'une concentration d'eux sur des fichiers qui, de toute façon, ne s'envoleront pas en leur absence. Et je ne doute pas que mes voeux pour ce département soient très semblables aux vôtres, même si je pense que vous en accepterez bien moins certains autres.

Harry souffla et dit à voix plus basse, s'arrêtant temporairement.

- Je ne veux plus aucun compromis officieux entre les sorciers et les détraqueurs. Pas le moindre.

Cette annonce généra des vagues de murmures choqués, de conversations éberluées et d'exclamations incrédules, presque effrayées. Harry les observa patiemment. Beaucoup avaient l'air contre, ce qui ne l'étonnait pas. Après tout, Fudge n'avait-il pas dit un jour qu'il pouvait mieux dormir en sachant les détraqueurs aux portes d'Azkaban? Hermione et Ron contemplèrent les réactions des sorciers de pars en pars, aussi calmement que Harry.

- Vous êtes des représentants de l'ordre, repartit Harry dans un ton de constat en reprenant sa marche, et les murmures s'évanouirent avec difficulté. De la justice et de la sécurité. Or vous souhaitez vous allier à des partisans de Lord Voldemort.

Un frisson parcourut la salle. Harry le laissa passer.

- La première question que vous demandez à un citoyen sorcier prenant place en face de vous est son nom. La deuxième, son ascendance.

Certains eurent du mal à voir de suite le problème. Noëlle Abercrombie fronça les sourcils en se rappelant.

- Quand on vous demande ce que vous feriez face à une victime de la guerre, pauvre, s'étant faite mordre par un loup-garou, vous répondez : la placer dans un registre de surveillance. Un registre de suspects.

La voix de Harry était devenue plus dure à chacune de ses paroles malgré lui. Bayley baissa les yeux de honte et Harry le regarda jusqu'à ce que l'auror finisse par croiser son regard et comprenne que ce n'était pas une insulte personnelle mais un défaut d'ensemble. Les yeux de Harry se perdirent sur le mur en face de lui.

- Vous êtes plus enclins à dire « Seigneur des Ténèbres » que Voldemort, acheva doucement Harry avec presque de la tristesse.

Les aurors le regardèrent s'arrêter, y songer, faire demi-tour, et reprendre.

- Les sorciers ont depuis longtemps perdu toute confiance en les aurors pour assurer leur sécurité. Je ne les plains pas, je suis comme eux. Vous êtes comme eux. Vous avez du vous-même le réaliser, que ce soit à votre travail, chez vous, ou en en parlant avec des amis. Mais la vérité, c'est que tout le monde baigne encore trop dans des préjugés malsains persistants pour être certain de faire les bons choix. Ma condition de fugitif un an durant me permet le recul nécessaire pour voir pas mal de ces choix. Celle d'avoir affronté Voldemort, de très bien connaître ses manipulations sur nous tous m'ouvre également à d'autres.

« Je ne veux pas que vous oubliez vos priorités si... évidentes en une période d'après-guerre comme la nôtre. Je doute que vous ayez à l'origine signé votre contrat d'auror pour reprendre une plume à la main des archives faussées, en étant placés sous constante pression par les départements de la justice ou autres. Je comprends qu'il soit important que les fichiers personnels de tous regagnent un semblant de vérité, mais..., dit-il dans un ton qui exprimait toute sa frustration, ... il existe une heure et un endroit pour ça. Si vous demandiez à un sorcier s'il préférerait vous voir rétablir son dossier social ou arrêter un meurtrier qui pourrait s'en prendre à sa famille, je pense que vous connaîtriez sa réponse.

Il souffla profondément, l'impact de ses mots résonnant dans la têtes de ses auditeurs.

- J'ai des tas d'exemples de changements qui ne peuvent pas attendre à vous donner, soupira-t-il, beaucoup déjà discuter avec Kings... le ministre de la Magie. De la désorganisation totale, du souk même, des quartiers généraux, à l'absence totale d'un système de prévention d'attaques. Et je compte y travailler ainsi que de les mettre en place dès la sortie de cette salle, dit-il avec détermination. Je ne demanderai de votre part que la ferveur maximale dont vous êtes capables pour améliorer au mieux Et vos conditions Et l'efficacité de votre travail.

Ron et Hermione portèrent deux larges sourires identiques, allégeant subitement le coeur de Harry. Celui-ci ne pensa à rien d'autre qu'à les rejoindre mais le regard de Kingsley sur lui se fit insistant. Détournant la tête vers le ministre, Harry comprit que ces derniers mots auraient aussi un grand poids sur la suite. Hésitant, il se décida finalement:

- Je suis impatient de commencer à travailler avec vous tous, merci, conclut-il dans un brusque hochement de la tête, partant directement vers Ron et Hermione près de la sortie, Harry lisant sur les lèvres de Ron un « Ah, ce que j'ai hâte de bosser avec vous! » charrieur avec un sourire.

A ces mots, la salle se réveilla lentement puis vivement dans une vague d'applaudissements, certains polis, d'autres emplis d'une ferveur nouvelle.


Bonjour à tous les reviewers!

Les messages les plus anciens sont en bas!

Le 15/07/08: Oh là là, si je pouvais arréter le temps...

Bon, alors, comme prévu, je donne de mes nouvelles, pas comme prévu depuis un bout de temps, le chap treize n'est pas encore en ligne. Ca, c'était la mauvaise nouvelle, et la bonne, si tant est que ça en reste une pour vous, c'est qu'il fait le triple de mes chap précédents, en longueur, et que je ne l'ai toujours pas terminé. Ce qui fait que quand vous aurez quelque chose à lire, vous aurez de quoi (plus de trente mille mots). J'ai toutes mes scènes (je sais, je me répète), mais j'ai plein de détails à incorporer par ci par là, et à chaque fois, je suis obligée de réécrire des passages entiers pour que ça "coule bien", si vous voyez ce que je veux dire. Mon dieu, ce que je serai contente d'en avoir fini avec ce chap, quand ce sera le cas! Rien qu'aujourd'hui, j'ai rallongé le chap d'un dizième (je peux vous dire que c'est beaucoup, mais j'étais inspirée). Bref, il me tarde autant qu'à vous, je crois, de le mettre sur . Ce qui me console, c'est que si j'avais pu le couper, je serais restée dans un bon rythme de "j'écris un chap, je poste, j'écris un chap, je poste". Enfin, j'y retourne, en plus, Harry s'énerve, là... A plus, tout le monde!

Le 03/06/08: Ok, j'ai fini par regarder vos reviews, vu le temps qui s'est écoulé... non! Ne croyez pas que j'ai abandonné! C'est faux!

En fait, je me prends la tête dessus quasi tous les jours (et non, je n'exagère pas, mais j'aimerais bien...). Mais le plan du chap que je reécris était si complexe (le pire de tous) que c'est le rubiscube pour le reconstituer! J'ai plus de vingt mille mots écris et impossible de faire une coupure! Parfois, je me dis que je me suis lancée dans un projets qui est largement au-dessus de mes capacités d'écriture! Sans rire... Mais le fait de me dire qu'après ce chap, ce sera (plus!) de la rigolade, me redonne du courage... et puis toutes vos petites pensées pour ma fic m'aident aussi, c'est très sypa de votre part! Je sais que vous vous dîtes que ça fait vraiment long cette fois, mais je vous jure qu'après avoir lu le prochain chap, vous comprendrez pourquoi. (en espérant que je réussise à le rendre léger malgré tout). En tut cas, merci à vous tous, et don't worry, I'm working on it! Bye!

Le 26/03/08: Bon, j'avoue tout...

Vous vous demandez sûrement quand vous aurez la suite de ce chapitre, dernièrement, n'est-ce pas?

Le titre de ce message vous fait... légèrement... flipper, vous ne sentez pas?

Mouaih... à moi aussi...

GROS SOUPIR.

PRISE D'INSPIRATION.

AVEU.

J'ai effacé mon chapitre.

Ce n'est pas une blague.

Et il se peut que cet aveu génère une mini onde de choc chez les lecteurs sur le net.

Mouih. Et le pire... c'est que je l'ai fait de la manière la plus stupide qui soit. Soit... en cliquant trop vite partout. Pas d'excuse, pas de circonstance atténuante... pas de rédemption auprès des lecteurs. Ca ne vous étonnera peut-être pas si je vous dis que ça fait quelques jours déjà que ça s'est passé, mais que je n'avais as eu la force de vous l'annoncer avant.

Y'a qu'une seule autre vérité qui existe en ce bas monde...

Personne n'est plus furieuse contre moi que moi-même.

Alors oui, j'ai repris du service. Alors oui, ç'est... agaçant, omnubilant, décourageant, stupide, frustrant, horripilant, rageant, lassant, lancinant, et tous les mots en emm- que j'aurais oublié, de re-écrire ce chapitre. Je n'attends pas d'encouragements de votre part, je serais vous, j'aurais envie de meurtre inter-net. J'ai décidé de ne plus lire mes messages laissés des lecteurs jusqu'à publication du chap treize (porte bien son numéro, celui-là...). C'est mon auto-punition. Le seul bon point que j'ai pour vous, à vous anoncer, c'est celui-ci: j'ai tellement lu et relu mon chap dernièrement que je m'en souviens quasiment par coeur. Mouaih, je sais... quasiment...

Bah, le plus important, c'est que vous sachiez que je n'abandonne pas...

... non?

Non?

Le 08/03/08: Coucou?...

Merci à Margaux.R. pour son commentaire très très encourageant! J'aime beaucoup voir quand ma vision de l'après-guerre est partagée avec beaucoup d'autres fans de HP...

En ce qui concerne le chap suivant, je suis dans la fameuse pèriode "flou total" que j'ai pour chaque chap difficile à écrire (donc pas de panique, c'est normal...), et il me tarde vraiment d'en avoir fini avec celui-là, parce qu'un: ça commence à faire long, question temps, et de deux: les chap d'après seront nettement plus faciles (et donc rapides!) à poster sur ffnet. Mais mon histoire me plait toujours autant, donc, en gros, c'est un petit message pour dire surtout que je suis à des années lumières d'abandonner, et que personne ne doit s'en faire, du moins à ce sujet! Par contre, svp, pas de mot cmme quoi ça fait longtemps qu'il n'y en a pas de nouveau, parce que, ça, ça décourage (mieux vaut que je prévienne plutôt que j'en guérisse...). Et je vous garantie, je suis à fond dessus! Biz et à plus! Bonne lecture sur ffnet à tous et à toutes!!

NB plus tard... : J'ai fait une nouvelle correction entière de TOUS mes chap déjà écrits... moi-même... et j'ai corrigé pas mal de fautes. Mais je sais pas pourquoi, j'ai comme la GROSSE impression d'en avoir laissées pas mal derrière mon passage...

Le 20/02/08: Des petites nouvelles bis...

Un petit merci à Lyrashin pour son commentaire avant de vous donner des nouvelles...

Le chapitre continue dans son écriture. Il a dépassé de loin tous les autres, déjà, en longueur. Je m'amuse come une petite folle avec lui, car il ya tant de sentiments à exploiter dans celui-là que je ne m'ennuie jamais. Que ce soient des setiments sombres, légers, joyeux, tendus, à fleur de peau, explosifs... bref, que du bonheur. Il me tarde vraiment de pouvoir le mettre sur le net. J'accélère le rythme, ces jours-ci, parce que le week-end d'après, je partirai pour quatre jours dans un trou paumé ou je ne purrais pas avoir l'ordi avec moi, alors... j'y vais à fond. Je fais de mon mieux, je vous rassure. Bonne lecture sur vos autres fics du net, en attendant! Bye!

Merci à Gin! Supers comme encouragements! Bon, alors, que je te réponde par le commencement... Tu m'as fait rire avec ta comparaison de Ron et d'Hermione en parents de Harry, et... c'est vrai, on peut le voir comme ça, maintenant que j'y pense. Pour Ginny... t'inquiète, elle a sa petite histoire à elle, tu verras dans le prochain chap. Et puis, quelque part, pour moi, Harry avait déjà pris sa décision pour l'offre de Kingsley, du moins son subconscient l'avait prise pour lui, depuis que Ginny lui avait justement dit que Kingsley était un bon ministre... Et puis je trouve que tu as raison, c'est vraiment Ginny qui fait pousser des ailes à notre Harry (je ne sais pas pourquoi, mais qquchose me dit que la carte du maraudeur avec le nom de Ginny dessus a été THE raison pour que Harry continue son combat, même quand il n'avait plus Ron, sa baguette, et que sa quête ne semblait aller nulle part...). Sinon, ya pas de soucis, je ne stresse pas ni ne me décourage. l'histoire, c'est d'abord pour moi que je l'ai écrite, alors... en revanche, je réalise de plus en plus que ceux qui ont l'intention de la lire jusqu'au bout avec moi sont partis pour pas mal de temps! Non, sans blague, les situations s'enchainent mais ne se ressemblent pas, je suis partie pour un projet dont je ne vois pas le bout, malgré le plan, et ça ne m'inquiète pas, au contraire, ça m'enchante, vu que de toute façon, aucune date de prochain bouquin ne m'impose de limite dans le temps et que j'ai l'avenir devant moi pour ça... cool. Au fait, ton commentaire sur "ne stresse pas" me fait très rire, mais ça, c'est en rapport avec le prochain chap, tu comprendras pourquoi quand tu le liras... En tout cas, tes encouragements sont vraiment vraiment très appréciés et les bienvenus pour moi! Allez hop, je me rattaque à l'écriture grâce toi, maintenant! A plus, Gin!