Drago n'en revenait pas de ce qu'il entendait. Hermione se doutait que son intronisation avait été éprouvante et semblait vouloir lui laisser du temps pour qu'il en parle. Une profonde gratitude s'empara de lui, mais elle fut de courte durée car il entendait déjà son parrain qui allait annoncer à son amie la mort de ses parents. Quelle ne fut pas sa surprise face à la réaction de la Lionne. Décidément, cette fille était incroyable ! Il se sentit honteux de n'avoir rien pu faire pour lui épargner cette douleur. Sans qu'il s'en rende compte, des larmes s'échappèrent de ses yeux pour creuser un sillon humide sur ses joues pâles.

Il tendit un peu plus l'oreille et ce qu'il entendit le laissa cloué sur place. Savoir que le vieux fou s'était sacrifié pour lui augmenta d'autant plus son sentiment de culpabilité. Lui qui avait toujours dénigré le Directeur de Poudlard, il apprenait que cet homme avait foi en lui au point de jouer sa vie. Il se souvint alors de ce fameux soir, en haut de le tour d'astronomie :

-Drago, Drago, tu n'es pas un tueur.

-Comment le savez-vous ? avait répliqué Drago. Vous ne savez pas de quoi je suis capable. Vous ne savez pas ce que j'ai fait !

-Oh, si, je le sais, assura Dumbledore avec douceur. Tu as presque réussi à tuer Katie Bell et Ronald Weasley. Tu as désespérément essayé de me tuer moi-même tout au long de l'année. Pardonne-moi, Drago, mais ces tentatives étaient bien timides… si timides, pour être franc, que je me demande si tu y as vraiment mis tout ton cœur…

….

-Il n'empêche que vous ne saviez pas qui se cachait derrière tout ça, avait-il ricané.

-Il se trouve que si, répondit Dumbledore. J'étais sûr que c'était toi.

-Dans ce cas, pourquoi ne pas m'avoir empêché d'agir ?

-J'ai essayé, Drago. Le professeur Rogue, sur mes instructions, a gardé l'œil sur toi…

-Pas sur vos instructions, c'est à ma mère qu'il a promis…

-Bien sûr, Drago, c'est ce qu'il disait, mais…

-C'est un agent double, espèce de vieillard stupide, il ne travaille pas pour vous, contrairement à ce que vous croyez !

-Il faut admettre que nous différons sur ce point, Drago. Il se trouve que j'ai confiance dans le professeur Rogue…

….

-Rejoins le bon camp, Drago, et nous te cacherons mieux que tu ne saurais l'imaginer. (…) Passe du bon côté, Drago… Tu n'es pas un tueur…

Oui, Dumbledore avait raison, il n'avait pas mit tout son cœur dans sa tentative d'assassinat. Il n'était pas un tueur, comme l'avait répété le vieux Directeur.

Et cette façon de répéter son prénom, Drago, comme s'il ne le considérait pas seulement comme un Malfoy. Une douleur lui perça la poitrine. Il n'avait pas compris ce soir-là que Dumbledore aurait pu être son salut. Que cet homme lui avait tendu la main le premier !

Des larmes de rage glissaient à présent sur ses joues. Puis son attention se reporta sur la discussion dans l'autre pièce. Hermione expliquait à Rogue qu'il avait agit sur l'ordre de Dumbledore, et elle avait raison. Voilà pourquoi le vieil homme avait confiance en rogue ! Mais après tout, ce n'était pas dénué de sens ! il se souvint alors des derniers instants du Directeur :

Rogue apparut, la main crispée sur sa baguette. Ses yeux noirs balayèrent la scène, allant de Dumbledore, affalé contre le rempart, jusqu'aux Mangemorts, y compris le loup-garou enragé et lui, Drago. (…)

-Séverus…

(…) Dumbledore avait un ton suppliant.

Rogue resta silencieux.

(…)Rogue observa Dumbledore un moment, et l'on voyait la répugnance, la haine creuser les traits rudes de son visage.

-Séverus… S'il vous plaît…

Rogue leva sa baguette et la pointa droit sur Dumbledore.

-Avada Kedavra !

Drago se souvenait parfaitement de cette scène dans le moindre détail. Et si la supplication de Dumbledore n'avait pas été pour sauver sa vie, mais pour que Rogue fasse ce qu'il devait faire ? Et si la répugnance dans le regard de son parrain n'était pas contre le vieil homme, mais contre l'acte qu'il devait commettre ? Et si la haine dans son regard était dirigée contre Dumbledore seulement parce que celui-ci le poussait à le tuer lui, l'homme qui lui faisait toute confiance ?

Drago était très perturbé par toutes ces questions. Se rappelant de ce qu'Hermione lui avait demandé de faire pour retrouver la confiance des Serpentards, il se mit à la place de son parrain et eut comme une révélation. Sévérus avait tué son ami pour la cause ! Hermione avait raison, ils étaient en guerre et devraient faire des sacrifices atroces afin de la gagner !

Il mesura soudain l'ampleur du courage de la Lionne et éprouva un profond respect, mêlé d'admiration pour elle. Il savait à présent que quoi qu'il devrait faire ou subir, elle serait sa source de force et de courage. A ses côtés, il ne pourrait que réussir !

Il se passa de l'eau sur le visage, pris une forte inspiration et sortit de la salle de bain.

Hermione et Rogue se tournèrent vers lui, le regard légèrement inquiet. Puis la Lionne esquissa un sourire encourageant.

-Tu tombes bien, dit-elle, tu va m'aider à expliquer notre plan au professeur Rogue !

Drago lui rendit son sourire et c'est avec une nouvelle force qu'il s'installa aux côtés de son parrain. Oui, Hermione était sa force face à l'adversité !

C'est tard dans la nuit et après une longue discussion, que Séverus Rogue quitta les deux jeunes gens pour rejoindre sa demeure.

Hermione débarrassa la table basse et alla dans la salle de bain pour se rafraîchir et se mettre en tenue pour dormir. Drago installa le canapé et s'étendit. Son parrain ne savait rien à propos des Horcruxes de Voldemort, mais s'était engagé à faire des recherches sur le fameux R.A.B. Drago était confiant, ils avaient un nouvel allié.

C'est perdu dans ses pensées qu'il entendit d'une oreille discrète Hermione revenir.

Elle s'installa dans le lit en haut de la mezzanine, mais le sommeil semblait la fuir. Elle tournait et se retournait sans cesse.

-Drago ? dit-elle doucement. Tu dors ?

-Non. Dit-il sur le même ton.

-Je peux te demander un grand service ? reprit-elle d'une petite voix.

-Bien sûr, tu le sais bien, Hermione.

-Tu veux bien dormir avec moi ? Je ne veux pas être seule ce soir !

Drago surprit par cette demande, se leva lentement ne sachant que répondre. Mais quand il croisa le regard suppliant de son amie, il ne put résister. Il monta dans la mezzanine. Elle ouvrit les draps et lui fit une place. Il se glissa alors à ses côtés et à peine installé, il la sentit se pelotonner dans ses bras.

-Merci, dit-elle doucement.

Il resserra son étreinte et veilla sur elle jusqu'à entendre sa respiration prendre un rythme lent. Elle dormait. Il déposa un chaste baisé sur sa tête et lui promit de toujours veiller sur elle avant de se laisser à son tour emporter dans les bras de Morphée.