Dernier chapitre pour 2012 donc bonnes fêtes de fin d'année (ou bon bout d'an et a l'an que ven ! Se sian pas mai, que siguen pas men )
Labyrinthe de soie 12
Où était il ? Que c'était il passé ? Il avait froid. Des bruits lui semblaient venir de très loin, il faisait noir. Tout son corps lui faisait souffrir le martyr. Était il vivant ? Sans doute puisqu'il soufrait, allait il mourir ? Pourquoi ne pouvait il pas ouvrir les yeux ou bouger ? Il avait l'impression qu'il était dans cet état depuis des heures, il se sentait seul et il avait peur.
Un murmure lui parvint comme étouffé, puis la voix se fit entendre encore et encore jusqu'à ce qu'il saisisse ce qu'elle disait « Akira ». Elle l'appelait, elle lui semblait être moins tenue, le froid commençait à disparaître comme si quelqu'un l'avait enveloppé dans une couverture. Il eu l'impression qu'il ouvrait les yeux mais tout était flou et trop lumineux par comparaison aux ténèbres qui l'avaient entouré. Il lui fallut un peu de temps pour habituer sa vue puis il distingua un arbre en fleur devant lui. Il s'en approcha et remarqua un goban près du tronc.
« Tu veux jouer Akira ? »
Jouer ? Jouer au go ? La dernière chose dont il se souvenait était la ville où il marchait avec son frère. Il avait dû faire un rêve, ou alors il rêvait ?
Hikaru courrait, il courait à perdre halène à travers les rues détrempée. Il criait à Sai de temps à autre pour savoir si il la voyait. Sa poitrine le brûlait sous l'effort, les goûtes de sueur et de pluie se mélangeaient sur son front. Ses muscles le tiraillaient mais il n'avait aucune intention de s'arrêter. Depuis combien de temps courrait il ? Une heure ? Plus ? La boutique était dans Tokyo, mais où ? Il n'avait peut être pas cherché où il fallait.
« Sai tu as une idée d'où elle peut être ? »
« Non, Dame Fujimya a dit que tu aurais pu la trouver mais rien de plus. »
« C'est vrai, seule Kinuko doit savoir son adresse. »
« Mais je pense pas qu'elle te la donnerait. »
« Oui c'est vrai, j'ai l'impression qu'elle s'en méfie. » soupira le garçon. « La voyante ! Elles ont parlé de celui qui la tient. » S'écria t'il tout d'un coup.
« Hikaru ! Il faut aller la voir ! Tout de suite ! »
Le blond continua à avancer tout en essayant de se remémorer vers où se trouvait la maison de la vieille dame. Il se souvenait vaguement d'un quartier résidentiel, ils avaient pris la voie rapide en partant de chez la brune. Il releva la tête pour lire les panneaux et se repérer. Il connaissait ces rues, il fit un effort de mémoire. C'était évident il était vers le salon de go où il allait avant. Il en prit le chemin et s'arrêta devant le bâtiment. Une voiture de Taxi était garée devant le trottoir, Hikaru pressa le pas et grimpa les escaliers quatre à quatre pour ouvrir en trombe la porte du club. Il se jeta sur le chauffeur incapable de prononcer un mot tant le souffle lui manquait. Il articula péniblement quelques syllabes hachées et arracha monsieur Kawai à sa partie. Après quelques mots il s'était retrouvé avec le chauffeur de taxi à filer sur les routes. Il regardait attentivement à droite et à gauche pour essayer de retrouver le chemin qu'il avait parcourut avec la brune. Il regretta amèrement de ne pas avoir fait plus attention quand il avait accompagné Kinuko. Tout à coup une bicoque bizarre attira son attention, elle ne ressemblait à rien. Enfin à rien qu'il n'avait vu de part son architecture. Le blond ouvrit la portière et failli sauté en marche alors que Kawai pilait.
« Hikaru t'as trouvé ? » Lui demanda le chauffeur.
« Hikaru ? y a rien là ? » Fit remarquer Sai.
« Je crois ! J'y vais. »
Il claqua la porte alors que le conducteur cherchait un lieu pour se garer.
« Hikaru tu fais quoi devant un terrain vague. Ce n'est pas comme ça que tu sauveras Akira !»
« Tu ne la voit pas ? »
« Mais quoi !? Hikaru ?»
« La maison. »
« Il y a pas de maison, tu es sûr que tu vas bien ? »
« Mets des lunettes Sai ! À moins que… »
« Mais reste là ! »
L'adolescent se dirigea vers le portail et le passa, il s'approcha de la porte qui s'ouvrit devant lui. Deux petites filles sautèrent de partout au tour de l'adolescent en claironnant « on a un client ! On a un client ! » Puis une voix masculine gronda les fillettes.
« Soyez le bienvenu »
« Bonjour, vous exaucez bien les vœux ? »
« C'est la fonction de cette boutique, venez. »
Hikaru fébrile tenta de se maitriser. Il était pressé mais il ne pouvait pas non plus être impoli. Il suivit le garçon qui devait avoir son âge où à peine plus. Il n'y avait pas fait attention avant mais il était drôlement jeune pour avoir son propre commerce. Il lui semblait assez normal si il excluait ses vêtements. Le joueur de go prit un siège en face du commerçant et déclina lorsqu'il lui proposa une boisson. Il ferma les yeux un instant en priant très fort qu'il ne se soit pas fait de faux espoir.
« Mon vœux est que Toya vive…enfin comme si il n'avait jamais eu d'accident. Est-ce possible ? »
« Ça l'est. »
« Quel qu'en soit le prix, c'est mon vœux le plus cher. »
« Vraiment, as-tu conscience de ce que tu offres pour la vie de ce garçon ? »
« Oui. »
« Bien, puisque tu le sais. Je vais exaucer ton souhait. »
Il vit le garçon allumer sa pipe et s'enfoncer un peu dans son fauteuil. Ses yeux se fermèrent et un long, très long moment s'écoula. Il cru même qu'il s'était endormi. Il cligna des yeux l'espace d'une seconde il avait vu quelque chose d'étrange. Comme si deux images s'étaient superposées sur une photographie il se passa une main tremblante sur le visage. Il n'aurait pas du regarder la lampe directement, l'éblouissement avait momentanément alterné sa vue et lui avait fait voir une sorte de papillon. Hikaru soupira et commençait à s'impatienter quand enfin le commerçant entrouvrit les yeux et fronça les sourcils.
« Je ne peux plus exaucé ce vœux. »
« Toya est… Non ! Il ne peut pas ! Tu n'avais pas le droit ! »
Ce n'était pas possible Akira ne pouvait pas être mort. Il ne pouvait pas disparaître comme ça, pas de cette façon. Pas quand ils s'étaient croisés le matin même, pas parce qu'il était sorti quelques minutes. C'était injuste ! Pourquoi lui !
Hikaru s'enfuit en courant de la boutique, il avait besoin d'air, besoin de pouvoir respirer à nouveau. Les rafales de vent et de pluie mêlées s'abattirent sur lui sans qu'il ne les sentit. Toya…
Koyo Toya décrocha le téléphone qui sonnait. Il sourcilla à peine en entendant une voix inconnue, la ligne grésillait rendant les mots de son correspondant presque inaudibles. Il allait raccrocher quand il saisit quelques mots qui le firent se raviser. Son fils était hospitalisé.
Akira n'était pas rentré la veille et ne l'avait pas prévenu, mais comme il découchait deux à trois fois dans la semaine ces derniers temps il ne s'en était pas inquiété. Au début il avait posé la question à son épouse qui lui avait appris que leur enfant avait une petite amie. Il avait hésité à aborder le sujet avec lui, mais il avait supposé que si Akiko était au courant, ils avaient dû en discuter ensemble. Ce devait être assez sérieux avec cette jeune fille pour qu'Akira découche si régulièrement.
Sauf que son garçon qu'il pensait bien à l'abri chez sa petite amie ou chez un autre joueur se trouvait dans un lit d'hôpital. Il connaissait l'établissement de soins car il était le plus proche de la fédération de go et il y avait était lui-même transporté. Il composa le numéro d'une centrale de taxi puis chercha sa veste et prit ses papiers. Il dut attendre un long moment avant que le véhicule ne vienne le prendre. Le trajet fut tout aussi interminable. Il refit mentalement l'emploi du temps d'Akira, il avait dû finir sa partie dans l'après midi, donc il se pouvait qu'il fut hospitalisé depuis la veille au soir, avec les problèmes météorologiques c'était possible.
La voiture s'immobilisa enfin laissant le maître devant l'entrée. Il fit les quelques pas jusqu'à l'accueil où il s'informa sur le lieu où se trouvait son fils. Il se dirigea vers l'ascenseur puis à travers les couloirs pour arriver à l'entrée du service. Il se rendit immédiatement au bureau des médecins pour se renseigner. Un praticien assez âgé le guida, lui donnant quelques détails.
Maître Toya cacha sa surprise en entendant le médecin luis parler de ses enfants, ses fils. « Ses ? » Il n'en avait qu'un. D'après ce qu'il avait appris il y avait eu un accident, Akira était sans doute avec un autre joueur sensiblement de son âge, Shindo sans doute puisqu'ils jouaient souvent ensemble. Si c'était le cas il faudrait qu'il prévienne les parents du garçon. Une autre information le fit s'interroger un peu plus « sa fille ? ». Il avait trois enfants ? Il commençait à se demander si il n'y avait pas erreur sur le Toya, une homonymie qui aurait prêté à confusion. A moins que ce ne soit la petite amie de son fils, dans ce cas c'était plus plausible. Il oublia momentanément ses questions sur l'origine des deux enfants pour écouter le compte rendu médical. Bien que fortement ébranlé et angoissé il se dirigea vers la chambre et ouvrit la porte qui le séparait encore de sa famille nombreuse.
Dans le lit en face de lui reposait Akira inconscients, une femme était assise sur une chaise un bras replié sur la couche et semblait dormir. Il prit quelques instants avant de s'avancer un peu plus dans la chambre, son regard se posa sur le deuxième garçon qui ressemblait comme un jumeau à son fils.
Il déglutit et s'approcha d'avantage, il ressemblait à Akira avec des traits peut être un peu plus adulte, mais c'était une différence infime. Il n'y avait pas à douter, il avait réellement deux fils. Il lut rapidement sur la feuille de soins Arima Fujimya, 19 ans presque 20 calcula t'il.
Vingt ans, il resta à contempler ce fils qu'il découvrait pour la première fois. Ils avaient donc eu un garçon. Un enfant dont elle lui avait caché l'existence. Plusieurs sentiments se mélangèrent en lui, surprise, colère, incompréhension, joie et inquiétude. Pourquoi le lui avait elle caché pourquoi ne lui avait elle rien dit avant qu'ils ne se soient séparés. Pourquoi avoir gardé le silence à l'époque, pourquoi devait il le découvrir aujourd'hui. A l'instant où ses deux fils étaient au bord de la mort.
Il fit le tour de la chambre pour s'approcher de celle qui dormait appuyée sur le lit d'Akira. Il tendit la main pour écarter les longues mèches brunes qui lui cachaient son visage. Un brin de tendresse pour la jeune fille adoucit ses traits. Son regard s'attarda sur la main qui tenait celle de son fils.
La porte s'ouvrit pour laisser le passage à l'infirmière qui contrôla les perfusions et les écrans des moniteurs. Elle mit ses notes sur les feuillets au pied des lits puis observa la dormeuse avec compassion. Elle vérifia la dernière feuille puis retourna la première qu'elle relu. Son attention repassa sur la jeune fille.
« Pauvre petite, elle serait mieux allongée. »
« Sans doute. »
« Vous ne comprenez pas… je ne sais pas comment c'est possible mais votre fille a donné deux fois son sang. Elle devrait être dans un lit et sous surveillance médicale, c'est très grave, un peu comme si elle avait fait une hémorragie... »
« Elle a quoi ! » S'exclama le père choqué dont l'esprit avait occultait les explications.
« Je peux l'examiner ? »
Le maître étudia plus attentivement la jeune femme, qui semblait épuisée. Sa tenue à y regarder de plus près portait encore des traces d'humidité et la souillure d'une marche sous la pluie, sa chevelure était quelque peu emmêlée. Elle conservait les stigmates de l'accident et de son éprouvante journée. Il défit un à un les doigt qui tenait la main d'Akira pour la redresser un peu puis la prit dans ses bras pour éviter qu'elle ne tomba de sa chaise il la souleva pour l'asseoir sur ses genoux. Elle ne pesait pas plus lourd qu'un papillon posée sur lui. L'infirmière prit le poignet de l'endormie pour vérifier son rythme cardiaque puis le reposa visiblement satisfaite. La jeune fille bougea un peu et nicha son visage dans le cou du joueur.
« Tu rentres à pas d'heure… T'exagères…». Murmura t'elle dans son sommeil d'un ton de reproche.
Maître Toya esquissa un sourire avant de chuchoter. « Je pense qu'elle va bien. »
La dame hocha la tête avant de quitter la pièce sans un bruit et de laisser l'homme avec les trois enfants. Il baissa les yeux sur celle qui dormait et contempla tour à tour ses deux fils. Ils semblaient bien se connaître tout les trois, c'était la seule conclusion logique qui s'imposait. Mais depuis quand ? Autre fois Akira n'avait aucun secret qu'il lui cachait. Mais il ne lui avait rien dit pour Arima et pour elle. Son fils était intelligent, il avait dû se douter au premier regard qu'ils étaient frères. Peut être avait il été troublé de découvrir qu'il y avait une autre femme que sa mère. Il l'avait sans doute rencontrée, avait il était séduit comme lui ? Il l'avait décrite comme inintéressante en dehors du go. Inintéressante, il fallait être aveugle pour dire cela d'elle, elle avait l'éclat du génie et de la beauté. Un être d'exception doté d'une volonté farouche et d'un caractère épouvantable.
Pour l'heure il avait laissé un message à son épouse qui ne saurait tarder. Il garda encore quelques minutes la dormeuse avec lui, même si il ne pouvait se permettre qu'Akiko le voit dans cette situation. Il finit par se lever pour l'allonger sur la banquette le long du mur. Il enleva sa veste et la couvrit avant d'aller se chercher un café.
Akira sentit le vent faire frissonner les branches de l'arbre et les fleurs au dessus de lui. Il posa sa pierre sur le goban. C'était un endroit étrange et paisible où il se sentait bien. La jeune femme devant lui s'était relevée, il eut l'impression qu'un événement important lui échappait mais sa compagne ne lui avait pas paru s'en émouvoir. Elle s'était juste un peu éloignée. Il se frotta les yeux, il avait sommeil, il n'aurait pas penser qu'il puisse s'endormir dans son rêves mais ses paupières se fermaient. Il s'allongea sur le sol, distinguant à quelque pas le bas du vêtement de sa compagne puis il s'assoupit.
Un cri lui parvint dans son Sommeil, quelqu'un hurlait son nom. non pas quelqu'un. Shindo hurlait son nom. Il ouvrit lentement les yeux, le ciel était blanc, un plafond blanc. Des bruits réguliers et électroniques des appareils médicaux, il était à l'hôpital. Il tourna légèrement la tête sur le coté. Son père était là à son chevet, Kinuko était assise sur ses genoux les yeux fermés. Ses paupières papillonnèrent, les avait il baissés longtemps ? Son père avait le visage penché sur celui de la jeune fille, un instant il cru qu'il l'avait embrassé sur les lèvres. Mais c'était impossible, non il avait dû embrasser la joue de Kinuko, un simple geste de tendresse et de réconfort d'un père pour sa fille. Un geste comme il lui était arrivé de faire quand il était petit.
Il referma les yeux, il n'avait plus froid, la douleur avait reflué. Mais il se sentait si fatigué, il avait tant sommeil.
Akiko Toya le cœur battant entra dans la chambre d'hôpital, son regard tomba sur son fils et elle dut s'appuyer sur la chaise devant le lit pour assurer son équilibre. Une aide soignante l'avait interceptée pour la rassurer sur l'état d'Akira, enfin si elle pouvait être rassurée en sachant que son enfant était dans un état grave. Elle prit une longue respiration puis deux, son regard peu à peu se détacha de son fils pour se fixer sur le dos de son époux. Elle fit quelques pas dans sa direction et remarqua Kinuko allongée sur la banquette. Elle s'approcha de son mari mais s'arrêta devant le deuxième lit. Son regard songeur passa sur le garçon.
« Akiko, tu sais qui est ce garçon. »
« Arima Fujimya, il va avoir vingt an, c'est un musicien compositeur de génie… et ton fils. »
« Tu le savais donc. »
« Oui depuis quelques temps. A voir ton expression je suppose que tu as lu les papiers que je t'ai laissé. »
« Les papiers… »
« De divorce, je suppose que c'est de cela qu'il est question. »
Le joueur, se figea surpris, non il n'avait pas vu ces papiers. Mais il supposait que la cause se résumait à ce fils. Dans un sens cela l'avantageait, puisqu'il attendait depuis quelques semaines de pouvoir soulever cette question. Lui aussi souhaitait divorcer, mais pas avec Akira dans cet état.
« Oui, je comprends parfaitement, je les signerais. Mais est ce parce que tu as découvert Arima ? »
« Non. J'y pense depuis longtemps, Arima n'y est pour rien… Un fils joueur de go, un fils musicien et une danseuse… Tu es vraiment un heureux papa. »
« Sans doute. »
Akiko se mordit la lèvre, comment pouvait il être si distant. Comment avait elle put vivre avec cet homme pour qui rien ne comptait en dehors du go. Cela faisait combien d'années qu'elle faisait partie du décor pour lui, elle n'était même pas une colocataire ou une voisine. Il lui accordait l'importance d'une plante verte.
« Dis moi que c'est faux. »
« C'est vrai, mais elle n'est pas ma fille. »
« Ha… Que c'est il passé ? »
« D'après la police Akira et Arima étaient sur un trottoir quand un camion a glissé et les a percutés. »
« Et Kinuko ? »
« Kinuko ? Elle a donné son sang pour les deux en trompant le personnel médical. »
« Pour les deux… »
La dame se retourna vers la jeune fille et pressa une main sur sa bouche. Elle avait reçu un message d'elle qui lui disait qu'il y avait eu un accident mais que tout irait bien, mais elle n'aurait jamais imaginé qu'elle puisse faire cela. Pourtant cela lui ressemblait tellement.
Hikaru avait courut hors de la boutique puis dans la rue, droit devant lui. Sai avait bien tenté de l'arrêter mais il l'avait traversé sans le voir aussi se contentait il de le suivre. Monsieur Kawai quand il l'avait aperçu était parti à sa suite pour le rattraper. Au bout de quelques dizaines de mètre il arriva à stopper le garçon en le retenant par l'épaule, Hikaru se retourna enfin pour monter un visage ruisselant de larmes. Le chauffeur ahuri resta planté devant l'adolescent. Il ne savait pas trop quoi faire ou quoi dire aussi se contenta t'il de le raccompagné à la voiture. Il attendit que le garçon se ressaisisse un peu avant de mettre le contact.
« Je te ramène Hikaru ? »
« Pardon, monsieur Kawai, vous pouvez m'emmener à l'hôpital ?
« Tu es malade Hikaru ? »
« Non, je voudrais juste… juste le revoir. »
L'homme ne dit rien, mais se demanda de qui pouvait bien parler son jeune Ami. Il passa la première et s'engagea sur les routes. Son passager ne pleurait plus mais paraissait catatonique. Ils arrivèrent enfin devant l'immeuble, le blond descendit du véhicule lentement et prit congé. Il alla jusqu'à la réception pour demander où se trouvait son rival. Il retint son souffle si fort en attendant une réponse que le sang battit à ses tempes. Quand on lui indiqua un numéro de chambre il respira enfin et se précipita dans l'ascenseur. Il s'orienta en lisant les panneaux à toute vitesse pour arriver dans un couloir. Il cherchait le numéro de la chambre quand il évita de justesse une personne, il s'arrêta net en reconnaissant maître Toya. Il salua le grand joueur un peu indécis sur ce qu'il devait faire.
Koyo Toya vit son jeune condisciple qui semblait un peu perdu. Il était surprenant de le voir ici, il n'avait encore prévenu personne. Les seuls sachant pour l'accident se résumait aux trois personne dans la chambre, à son épouse et lui-même. La seule possibilité pour que Shindo soit présent était qu'il les connaissait tout les trois et devait donc être près d'eux lorsque cela s'était produit. Comment ils s'étaient rencontrés était un mystère, Akira ne faisait généralement pas de confidence à qui que ce soit, même si ils s'étaient rapprochés ces derniers temps. Il avisa son épouse qui sortait de la chambre avec qui il aurait aimé parler, aussi décida t'il d'indiquer la porte un peu plus loin et de remettre au jeune joueur le gobelet qu'il tenait.
« Shindo peux tu donner ceci à la jeune fille dans la chambre. »
Il rejoignit ensuite son épouse qui se rendait dans les bureaux de l'établissement.
Hikaru ouvrit lentement la porte, avoir croisé le père de Toya l'avait plus où moins rassuré. Il regarda Akira qui semblait inconscient et devina Arima plus loin. Il chercha du regard où pouvait être la brune, enfin il la découvrit dans son dos, il allait s'approcher d'elle quant elle s'assit sur la banquette. Il lui semblait l'avoir quitter juste quelques heures mais elle lui paraissait exténuée. Il n'était pas parti si longtemps pourtant. Il lui tendit le gobelet qu'elle accepta et dont elle semblait avoir bien besoin.
Elle porta machinalement la boisson à ses lèvres et suspendit son geste, elle devait être un peu trop chaude pensa l'adolescent.
« Un cappuccino ? » demanda t'elle.
Ne sachant quoi dire il hocha juste la tête pendant qu'elle buvait son gobelet. Un bruit attira l'attention d'hikaru qui remarqua que son rival s'était retourné dans son lit. Le temps s'écoula alors qu'il regardait la jeune fille et Akira. Un médecin passa et plissa le front avant de consulter la feuille de soin.
Le praticien lu et relu avant de s'attarder sur son patient allongé sur le ventre. Le garçon était sensé avoir une fracture des cotes, malgré la morphine il n'aurait pas dû pouvoir rester dans cette position. Il n'avait pas repris connaissance depuis son arrivé non plus. Mais c'était quand même bizarre comme comportement. A moins que le personnel n'ait inversé les dossiers, les deux garçons se ressemblaient énormément. Il sortit de la pièce puis deux personnes entrèrent pour emporter Akira sous le regard inquiet de Shindo. Quelques minutes après ils passèrent prendre Arima les laissant seul. Kinuko semblait ailleurs assise sur la banquette, l'attente lui sembla interminable puis les deux blessés furent ramenés. N'y tenant plus Hikaru s'adressa au médecin pour avoir des nouvelles de Toya. L'homme lui sembla assez embarrassé aussi il redouta le pire avant qu'il lui dise que les deux garçons étaient indemnes.
Indemnes ? Il retourna le mot dans son esprit. Ils avaient été percutés par un camion, il avait vu le sang sur le bitume et ils étaient indemnes ? C'était totalement impossible. Il avait bien fait un vœu que le garçon de la boutique lui avait refusé. Il lui avait dit qu'il ne pouvait plus exaucer ce vœu. Les pièces commençaient à s'assembler sous ses yeux. Il étudia de plus prêt Kinuko. Si c'était elle ? C'était probable, même certain. Et si ce qu'il avait pris pour une vision causée par l'éblouissement ne l'était pas ? Si il l'avait vue ? Si ce qui ressemblait à un papillon avait était la brune ? Il marcha vers le lit d'Akira pour s'attarder à regarder son visage, il avait juste l'air de dormir. Avait elle fait un vœu ? Dans ce cas elle avait dû le payer, mais combien ? Pourquoi toute seule ? Il n'aurait pas été d'une grande aide mais il aurait donné tout ce qu'il possédait jusqu'à l'éventail de Sai.
Il retourna s'asseoir à coté de la brune et se renversa contre le dossier.
« Kinu ? Qu'as-tu donné ? »
« Pardon ? »
« Tu me l'a dit une fois rien n'est gratuit… qu'as-tu donner pour Akira et Arima ? »
« Je… »
Une aide soignante entra dans la pièce pour s'occuper des deux garçons. Elle enlevait avec précaution les bandages posés à tort. Hikaru s'était réfugié près de la fenêtre pour ne pas déranger. La personne en blouse sortit un instant, Akira remua sur son lit et fit tomber un objet que la brune rattrapa au vol. Shindo qui s'était retourné en entendant la porte la vit faire et la rejoignit. Il la vit reposer la paire de ciseau sur la table de nuit et ses prunelles restèrent sur la lame où brillait du rouge. La brune referma immédiatement sa main qu'elle dissimula dans la large manche de son kimono. Le blond la sonda le visage fermé et tira son mouchoir avant de se saisir des ses doigts. Il combattit pour qu'elle accepte enfin de les desserrer alors qu'elle lui tournait ostensiblement la tête. Il étudia attentivement sa main avant de la libérer.
« Kinu qu'as tu payé ? »
« Cela n'a pas d'importance. »
« Si cela en a parce que tu n'es pas seule ! Que je suis là aussi. Que je veux pouvoir t'aider. Je vois bien qu'il s'est passé quelque chose. »
« J'ai payé une compensation équivalente. »
« Qui te laisse épuisée à faire peur ? »
« C'est peu. »
« Non ! Ne me dit pas que tu as ? » L'adolescent reprit sa main immaculée puis fixa les ciseaux taché de sang.
« J'aimerais que cela reste entre nous. »
« Mais si tu guéris aussi vite, tu n'as pas dû payer que ça. »
« J'ai sacrifié une liberté, tu joues au go tu sais ce que c'est. »
Hikaru la vit se rasseoir un moment alors que l'infirmière revenait finir sa tache. Il n'avait pas eu la berlue. Il l'avait bien vu se couper, il avait vu le sang sur la lame et pas une trace sur ses doigts. Pas sur cette main qu'elle lui avait laissé voir à regret après avoir rendue les armes.
Comment c'était possible, il n'en savait rien, mais les faits étaient là et elle n'avait rien démenti. Si il ajoutait la rémission miraculeuse de ses deux amis et l'épuisement de la brune, il ne fallait guère chercher plus loin pour imaginer la suite. La véritable inconnue était cette liberté qu'elle avait sacrifié, une liberté au go chaque pierre en possédait quatre, mais une personne ? Quelle en était la valeur exacte ? Elle devait être précieuse pour servir de payement. Pour la vie d'Akira il s'était attendu à un prix exorbitant, sans doute ses salaires pour les trente prochaines années mais visiblement la boutique acceptait autre chose que l'argent. Peut être aurait il dû donner une chose importante, mais ce qui était important pour lui n'était pas très courant, il y avait son go, Akira et Sai.
Il poussa un soupir et regarda la brune assise au chevet d'Akira. Les minutes passèrent, il vit les yeux de la jeune fille se fermer de plus en plus souvent jusqu'à ce qu'elle se rendorme. Il la regarda dormir en tenant la main de son petit ami. Ils les avaient souvent trouvés distants ensembles, enfin pas comme un vrai couple. Mais il avait dû se tromper, finalement elle prenait soin de son rival, ils devaient mieux s'entendre que ce qu'ils laissaient paraître. Ils étaient mignons touts les deux.
La porte s'ouvrit en grinçant un peu, il se retourna pour voir les parents de Toya entrer. Ils restèrent sans bruit madame Toya surveillant attendrit le jeune couple alors que son mari regardait la mine préoccupée Arima. Le temps continua à s'écouler dans un silence pesant où Hikaru se sentait de trop. Il était parfois rompu par le passage d'un membre de l'équipe médicale avant de reprendre sa morne course. La brune bougea un peu dans son sommeil alors que maître Toya ouvrait la porte de la salle de bain. Elle se redressa et se retourna vers la mère d'Akira qui lui avait posée une main sur l'épaule.
« Akiko quelle heure est il ? »
« Dix sept heure. »
« Déjà, je dois y aller. »
« Kinuko tu vas où ? »
« Travailler voyons. »
« Kinuko ! Tu devrais te reposer, je sais ce que tu as fait pour Akira et Arima. »
La jeune fille se leva et posa le bout de ses doigts sur le dossier. Elle était lasse, combien de temps avait elle dormit deux heures ? Trois heures ? Et ce pour combien de veille. Ce n'avait aucune importance.
« Akiko. Je dois monter sur scène ce soir, pour mes admirateurs, pour tous ceux qui ont acheté des billets. »
« Kinuko… »
La dame étouffa le reste de sa phrase sous sa main et refoula les larmes qui nouaient sa gorge. La brune se dirigea vers la sortie et se trouva face au médecin qui entrait. Le praticien la dévisagea puis madame Toya.
« Où va votre fille ? »
« Travailler… »
« Pardon ! Mademoiselle je vous interdis de sortir. »
« Il en est hors de question, mon public m'attends. »
« Soyez raisonnable vous ne tenez pas sur vos jambes. Je sais ce que vous pensez, mourir sur scène c'est romantique. Mais vous avez tort c'est idiot. »
« Sur scène pour qui me prenez vous ! Si je devais défaillir sur scène, je prendrais ma retraite.»
« Dites quelque chose Madame Toya. »
« …Kinuko… Je t'appelle un taxi, je t'accompagne.»
« Non, reste avec Akira. »
« Mais si tu te sentais mal dans les coulisses ? »
« Si il le faut mon habilleur me portera, c'est son travail. »
Kinuko passa la porte, elle était peut être fatiguée mais comment cet avorton osait insinuer qu'elle, elle était incapable d'assurer sa prestation. Pour qui la prenait ce médiocre, elle était la princesse de soie, pas une petite chose fragile s'écroulant ou premier vent du sort. Elle prit son portable pour s'appeler un taxi et prévenir son habilleur pour qu'il la rejoigne dans les coulisses. Le timing serait serré. Ce soir elle assurait le rôle principal et plusieurs tableaux, ce serait une longue représentation, puis elle devrait faire le tour de ses admirateurs, passer dans quelques soirées. Elle ne serait pas de retour à l'hôpital avant 3 heure du matin environ. Il faudrait qu'elle tienne bon, quoiqu'il arrive.
Une fois la brune sortie de la pièce Hikaru déglutit comme le médecin. Sous son apparence fragilité se cachait une autorité et de une force à les faire frémir. Kinuko était une reine et eux de pauvres sujets insignifiants, et ce n'était pas la première fois qu'il voyait cette facette de sa personnalité, mais jamais avec une telle férocité. Même Akira avec son regard de tueur derrière un goban ne pouvait soutenir la comparaison. Elle était juste, juste trop au-dessus d'eux, il n'avait pas d'autre mot pour la décrire. Cette fierté n'était pourtant pas sans lui rappeler les Toya, dont le père avait dit à peut près la même chose si il perdait contre Sai. Il se contenta de soupirer devant cette similitude.
Dans la pièce d'eau maître Toya la main sur la poignée sourit en imaginant la scène qui se passait hors de sa vue. Rien qu'à la voix de la jeune fille il l'imagina les crucifier sur place d'un regard. Elle devait avoir les yeux brillants de colère, dans cette attitude si particulière qui aurait fait se sentir petit n'importe qui en face d'elle.
A suivre
