Chapitre 11 – L'alcool ? Un faux ami, bien sûr.

Inutile de dire que je perdais, et plus je perdais, plus je devais boire. Au bout d'une petite douzaine de verres aussi grands qu'un dé à coudre, j'abandonnai. Je ne tenais pas l'alcool et la tête me tournait, mais le plus important c'était que j'avais faim.

Je trouvai Lily un peu plus loin, elle me regarda en secouant la tête de consternation. Cependant, je m'approchai et lui appris que je me rendais aux cuisines. Elle acquiesça un peu trop rapidement et avec un trop grand sourire, mais je n'y pris pas vraiment garde.

L'air frais du couloir me fit du bien et j'entrepris de trouver les cuisines. Après plusieurs tours et détours, évitant Rusard par je ne sais quel miracle, j'arrivai enfin devant le tableau représentant une corbeille de fruits. Alors que je levais mon bras pour chatouiller la poire, une main se posa sur celui-ci et je sursautai, surprise.

Sirius se tenait à mes côtés, me regardant d'un air sévère.

- Ça ne va pas de sortir toute seule dans cet état ? commença-t-il en s'énervant. Heureusement que j'avais la carte ! Tu n'imagines pas comme Lily était inquiète quand elle m'a dit que tu avais disparu.

- Mais… mais… je lui avais dit que j'allais aux cuisines ! protestai-je mollement, la bouche un peu pâteuse.

Il fronça les sourcils puis sembla comprendre quelque chose et une grimace tira ses traits. Il m'attrapa ensuite le bras pour m'emmener avec lui, mais je me débattis avec toute ma force disponible, c'est-à-dire faiblement.

- Je veux aller aux cuisines ! criai-je dans le couloir désert.

Il secoua la tête avec exaspération, mais actionna tout de même l'ouverture. Après être entrée, je m'affalai sur un banc et demandai un morceau de gâteau au chocolat à un elfe qui trainait là. Je le mangeai avec mon élégance habituelle, en mettant plein de miettes sur la table.

Sirius s'était assis en face de moi et m'observait avec attention. Je ne relevai pas la tête, mais je le sentais, le poids de son regard.

Le gâteau cala mon estomac, mais il ne me fit pas pour autant dessouler. Décidant de retourner aux dortoirs, je me levai brusquement… et retombai lourdement sur le banc, la tête me tournant affreusement. Sirius esquissa un sourire moqueur.

Lui renvoyant un regard courroucé, je posai avec délicatesse mes mains à plat sur la table et me levai avec lenteur. Je passai une jambe par-dessus le banc et vis qu'il m'observait avec un mélange d'ironie et d'appréhension. Mes yeux s'attardèrent sur les commissures de ses lèvres au moment où j'entamais l'ascension avec mon autre jambe. Je n'avais jamais remarqué auparavant, mais ses lèvres remontaient légèrement, même quand il ne souriait pas.

Tout à ma découverte, ce qui devait arriver, arriva. Je ne soulevai pas assez le pied et celui-ci se prit dans le banc. Résultats des courses, je m'étalai lamentablement sur le carrelage. Couchée à terre, je profitai de la fraîcheur du sol lorsque j'entendis Sirius se lever précipitamment et faire le tour de la table. Il s'agenouilla à mes côtés et me demanda si j'allais bien. Je hochai la tête tout en gardant mes paupières closes.

Deux bras puissants me soulevèrent alors et me déposèrent, assise, sur le banc. J'ouvris finalement les yeux et dévisageai Sirius avec interrogation, un sourire béat collé aux lèvres - ce que j'expliquais par les nombreux verres d'alcools, bien entendu.

Il avait de beaux yeux, magnifiques même, et ses traits étaient parfaits, tout simplement. Tout à mon délire hypnoïde, je me demandai si ses cheveux étaient aussi doux qu'ils en avaient l'air et quel goût auraient ses lèvres si je l'embrassais.

Mais non, ce fut lui qui se pencha vers moi tandis que je me plongeais dans ses iris brillants. Ses mains chaudes se posèrent de part et d'autre de mon visage et il s'avança jusqu'à déposer un baiser sur mes lèvres.

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Le lendemain, je me réveillai avec l'impression d'avoir été écrasée par un dragon et un mal de tête atroce. On aurait dit qu'un nain tapait gaiement son marteau contre ma boîte crânienne tout en chantant à tue-tête. Oui, c'était à peu près ça.

Une question me vint toutefois à l'esprit : « Par quel miracle étais-je rentrée ? ». Effectivement, j'étais dans mon lit, toute habillée, dans un dortoir désert. Les filles devaient déjà être debout.

Me levant avec difficultés, je me dirigeai vers la salle de bain pour me rafraîchir. Une fois de l'eau passée sur mon visage, mes esprits revinrent peu à peu. C'est ainsi que je remarquai avec surprise que ce n'était pas ma salle de bain. Non, la couleur n'était pas la bonne, ni les différentes affaires posées ici et là. Je me précipitai dans le dortoir pour me rendre compte que, une fois encore, ce n'était pas ma chambre.

D'accord, les lits et les tentures pourpres et or étaient les mêmes, mais le pêle-mêle de vêtements et d'objets en tous genres – des sachets de chez Zonko en passant par une pile de pétards mouillés ou un bocal de Boubiz colorés sautant dans tous les sens - ne laissaient planer aucun doute sur l'identité des occupants : des garçons !

La tête me tournant, je regardai ma montre et constatai avec soulagement qu'il était l'heure du déjeuner, une heure idéale pour amorcer une sortie discrète. Car oui, la discrétion avait son importance, j'étais dans le dortoir des Maraudeurs après tout. J'aurais même pu en profiter à vrai dire, mais l'idée d'une bonne douche chaude était bien plus tentante à mon humble avis. Et puis, après tout, ils ne pouvaient cacher plus gros secret que cette histoire d'Animagi. Je quittai la pièce.

C'est ainsi que je descendis prudemment et le plus silencieusement possible l'escalier pour traverser la salle commune, l'air de rien, et monter dans mon propre dortoir. Heureusement pour moi, la pièce était presque vide et seuls quelques malheureux en retard sur leurs devoirs se trouvaient là. Ils ne levèrent même pas les yeux de leur parchemin.

Une fois à l'abri, je pris une douche bien méritée et m'habillai rapidement, passant ce qui me venait sous la main. À savoir un jeans, un épais pull noir découvrant mes épaules et une paire de baskets de la même couleur. Alors que j'étais fin prête pour descendre déjeuner, la porte du dortoir s'ouvrit à la volée et Lily fit son entrée.

C'est un amour ma Lily ! Elle m'avait apporté une grande serviette remplie de pain, de pâtisseries et de fruits destinés à me rassasier. Ensuite, elle m'apprit que c'était Sirius qui m'avait ramené à son dortoir la nuit dernière puisqu'elle-même était déjà partie se coucher. Non, c'est vrai ? Je n'avais pas fait le rapprochement ! D'ailleurs, m'avait-il vraiment embrassé ou n'était-ce qu'un rêve ?

Quelque temps plus tard, Lily décida de descendre faire ses devoirs et elle m'embarqua donc vers la salle commune, sans que j'eus le temps de protester. Finalement, elle ne travailla pas. Non, les Maraudeurs arrivèrent et James demanda à Lily si elle voulait bien faire une promenade avec lui. Comment résister à ces yeux de chien battu ? Mon amie s'inclina.

Sirius, lui, était monté directement au dortoir et je n'avais eu que le temps de voir le bout de sa cape disparaître dans l'escalier. Il pensait que j'avais saccagé son dortoir, ou quoi ? Remus et Peter, quant à eux, avaient amorcé une partie d'échecs dont la fin était prévisible à l'avance. En effet, comment pouvait-on seulement imaginer battre mon presque frère ?

Quant à moi, je ne leur avais pas encore vraiment pardonné. Comment avaient-ils pu faire une chose aussi stupide ? Bon, je dois avouer que je n'arrivais pas vraiment à leur en vouloir puisque c'est quelque chose que j'aurais fait sans hésiter si ça avait été pour Remus. Et puis, après tout, comment pouvais-je seulement oser prétendre les juger, moi qui me cachais sous une fausse identité ? C'est ainsi que je décidai de classer cette histoire d'Animagi dans un coin de ma tête.

Finalement, tandis que j'étais en train de réfléchir pleinement, le quatrième Maraudeur redescendit et s'installa à côté de moi. Je lui lançai un regard interrogateur lorsqu'il me tendit une petite fiole. « Un remède contre la gueule de bois », me dit-il avec un grand sourire. Après avoir esquissé une grimace, j'avalai l'épais liquide rougeâtre au goût plus que douteux. Heureusement pour moi, l'effet fut instantané et mon mal de tête disparut comme par magie, enfin ça en était quand même.

Le silence s'installa entre nous deux. Lui avait les yeux dans le vague, tout à ses pensées, tandis que j'observais mes ongles avec un intérêt relatif. Brusquement, il se tourna vers moi et je relevai la tête.

- Est-ce que tu veux faire un tour ? me demanda alors Sirius d'un ton incertain. Avec moi, ajouta-t-il ensuite en passant une main nerveuse dans ses cheveux.

Je hochai la tête, trop stupéfaite pour parler, et le suivis lorsqu'il se leva. Le trajet se déroula dans un calme qu'aucun de nous ne songea à rompre, puis nous arrivâmes à destination : la tour d'Astronomie.

Il s'accouda à la balustrade et plongea son regard droit devant lui, sur l'étendue verdoyante qui s'étendait au loin. Je restai quelques pas derrière, le cœur battant. Que me voulait-il ? Pourquoi m'avait-il emmenée ici ?

- Il faut que je te parle, commença-t-il en se retournant brusquement vers moi. James dit que je suis amoureux, mais j'en doute. Enfin, je n'ai jamais été doué avec tout ça, ajouta-t-il en agitant la main dans le vide. Je ne suis pas issu d'une famille qui dévoile ses sentiments et…

- Où veux-tu en venir ? demandai-je en fronçant les sourcils et en me rapprochant d'un pas.

- Je… j'aime quand tu es là, à mes côtés, déclara Sirius d'une voix mal assurée en me fixant avec hésitation. Les autres filles ne sont pas aussi… aussi… comme toi. Cela fait quelque temps que je ne les vois plus de la même manière.

- Depuis le bal ? lançai-je sur le ton de l'affirmation plus que du questionnement.

- Le bal ? répéta le jeune homme en fronçant les sourcils. Non, cela fait plus longtemps.

- Pourtant tu as dansé avec Latika et tu l'as embrassé, observai-je en pinçant les lèvres.

- J'ai fait quoi ? s'exclama Sirius, ouvrant de grands yeux sous le coup de la stupéfaction. Je lui devais un service à cause d'un devoir de métamorphose et j'ai simplement dansé avec elle pour rendre jaloux Michael Forbes.

- Alors tu n'es pas comme ça, commentai-je simplement en mordillant ma lèvre inférieure.

- Arrogant, sûr de moi et prétentieux ? ricana le Maraudeur en esquissant un pas dans ma direction, il n'était plus qu'à quelques centimètres. J'avoue avoir une grande estime de moi-même, mais j'ai été sincère avec toi lorsqu'on exécutait notre plan. Je ne suis pas cruel et, si je t'ai rejeté, c'est parce que j'avais peur. Peur du changement que tu amenais dans ma vie. Au fait, tu as aimé mon cadeau ? poursuivit-il en désignant mon collier d'un geste de la main.

Ma main se referma sur la petite étoile tandis que je le considérai avec stupéfaction. J'ouvris la bouche plusieurs fois pour parler, mais ma voix resta coincée au fond de ma gorge. Il se pencha alors vers moi et me murmura à l'oreille : « C'est l'étoile Sirius. ».

Sous l'effet de sa proximité, de la surprise ou de toute autre chose indiscernable, mon cœur s'emballa. Son sourire était tout simplement magique. Il était fier de lui et de son analogie avec son prénom, sa joie enfantine illuminait ses traits.

Le calme dura quelques instants encore puis il finit par rompre le silence, encore une fois.

- Est-ce que tu veux sortir avec moi ? demanda-t-il d'un ton moins assuré qu'à l'ordinaire en plongeant sa main dans ses cheveux, un tic malheureusement hérité de James.

La surprise me cloua au sol, puis je décidai d'arrêter de jouer les potiches. Ne répondant rien, je me contentai de me hausser sur la pointe de mes pieds et de déposer mes lèvres sur les siennes.

- Je prends cela pour un oui, s'exclama Sirius alors que je me détachais de lui.

Son sourire m'éblouissait, tout simplement. Il était heureux, cela se voyait, et l'éclat de son bonheur me rappela à de plus sombres pensées. Comment pouvais-je encore me faire passer pour ce que je n'étais pas à ses yeux, à leurs yeux ?

Je reculai de quelques pas tandis qu'il fronçait les sourcils et que son sourire se fanait. Le prenant de court, je fis volte-face et descendis en courant l'escalier de la tour, retenant mes larmes du mieux que je pus. Je me précipitai vers la tour des Serdaigle.