Engagement
Shizuru était mal à l'aise pour diverses raisons. Les trois plus flagrantes étaient en réalité toutes reliées. La première était son comportement envers Natsuki. Après sa rencontre "fortuite" avec Monica, Shizuru était rentrée chez elle et ne s'en rendant même pas compte, s'emmura dans le silence. Silence qui avait fini par faire ressentir un certain malaise dans l'ensemble de la demeure Kruger. Natsuki étant elle-même en proie à ses doutes et cherchant un moyen judicieux de contrer l'accord de son mariage, se retrouvait souvent en compagnie de ses avocats ou dans son étude pour étudier toutes solutions pouvant la sauver de ce mariage. Chantage, dote ou encore vente de certaines de ses actions au profit de son beau-père. L'ensemble de ses supposées propositions ayant été freinées par une chose dont Natsuki n'était pas prête à perdre. Appelez cela son ego ou sa fierté, cela la paralysait souvent pour des actions légitimes et légales. Ses autres actions étant freinées par ses amis, famille ou avocats. En effet, l'idée d'engager un sniper pour descendre Viola avait rapidement été l'une des solutions drastiques de Natsuki. Et avec un peu d'aide et de reprise de conscience, Natsuki avait compris que ce n'était pas une solution envisageable. A son plus grand désarroi. Ce qui l'amena à se retrouver dans une impasse. L'ensemble des domestiques avait alors compris qu'un mal rongé leurs maîtresses. Maria, en bonne gouvernante, avait alors essayé de comprendre et de faire parler Natsuki puis Shizuru. Si l'une d'entre elles avait déserté comme à son habitude l'oppression de celle-ci, Shizuru s'était contentée de répondre que tout allait parfaitement bien et qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter. Ce qui ne rassura guère Maria.
Le mensonge ... La deuxième raison qui faisait se sentir mal Shizuru. Mentir à sa gouvernante n'était pas en soi ce qui la gênait le plus mais mentir à Natsuki si. Rien que sa présence dans cette salle d'attente avait été couverte par une soi-disant visite chez ses parents. Ce mensonge étant dictée par la dernière et sans doute la plus douloureuse raison pour Shizuru. Elle n'avait pas eu le courage de dire à Natsuki que le problème venait d'elle. En même temps, comment pouvait-elle convaincre sa femme sans lui avouer ce qu'elle savait déjà? Pire encore qu'elle était responsable de la douleur en plus de la pression qu'exerçaient son père sur celle-ci. Une ouverture de porte la sortit de ses réflexions internes.
- Madame Fujino?
Shizuru se releva face à son nom d'emprunt. Un nom qu'elle avait déjà utilisé lors de sa scolarité de sorte à éviter toutes difficultés face à son nom. Elle se fit conduire dans un bureau et attendit patiemment que la porte soit refermée. Un homme d'âge mur prit place derrière le bureau tout en parcourant le dossier qu'il avait dans les mains.
- J'ai étudié les différents examens en ma possession et je dois vous rassurer sur une chose. Je ne décèle aucun problème concernant la procréation.
Shizuru fronça légèrement les sourcils ce qui incita le docteur à poursuivre.
- J'aurais pu avoir une explication plus nette si votre mari nous aurait rejoint mais vos examens sont bons. Vous êtes belle et bien fertile.
- Mon amie l'est également alors pourquoi ...
Voyant la détresse sur le visage de sa patiente, le docteur chercha un instant ses mots puis retira ses lunettes.
- De nombreux facteurs externes peuvent expliquer cela. Le stress est l'un de ses facteurs. Vous semblez vouloir un enfant plus que tout et cela peut mettre votre corps en état de stress et donc sur la défensive face à un fluide étranger. En l'occurrence le sperme de votre conjoint. Et cela est de même pour celui-ci. Un gros taux de stress peut affecter les spermatozoïdes sur bien des points. La dernière possibilité peut être également dû à une incompatibilité de vos patrimoines génétiques. Ce qui nécessitera une aide médicale si vous ne le pouvez naturellement. Mais avant cela, je vais vous prescrire quelques anti-stress et ... Une petite aide supplémentaire. Les traitements hormonaux peuvent être parfois assez difficile à gérer. Pour vous comme pour votre mari. Vous devez vous assurer de respecter les doses. Et si malgré cela il n'y a pas d'évolution dans votre état ... Nous nous orienterons vers une procréation médicalement assistée.
- Comment était la visite chez tes parents?
Shizuru se figea face à cette question. Elle sentit une légère caresse dans son dos ce qui l'amena à se retourner. Natsuki déglutit difficilement tout en reprenant.
- Est-ce-que ton père a dit quelque chose sur moi ou sur nous?
Shizuru secoua la tête pour simple réponse. Elle sentit une légère caresse sur son visage en plus de l'entente d'une supplice.
- Ne me laisses pas Shizuru.
Shizuru sentit Natsuki coller sa tête contre sa poitrine. Elle caressa machinalement ses cheveux ébènes comme pour rassurer son épouse. Natsuki reprit plus difficilement.
- Resterais-tu avec moi même si ...
- Même si quoi ?
- Il n'y a que nous deux?
Shizuru allait répondre mais sentit une légère humidité sur sa nuisette.
- Natsuki ...
- Je suis tellement désolée Shizuru ... Désolée de ne pas pouvoir te donner un enfant.
Shizuru renforça sa prise sur Natsuki qui se décomposa face au stress de la situation.
- Plus d'un mois que j'essaie de trouver une façon pour que tu restes avec moi et ... Rien. Je ne sais pas quoi faire. Un donneur? Une adoption ou une mère porteuse déjà enceinte de huit mois? Je n'ai rien trouvé ... Rien qui puisse me faire revenir sur les clauses du mariage. Et je sais qu'une partie de toi est en colère face à mon incapacité à respecter cet accord mais l'autre partie de toi? Que pense-t-elle ? Tu es emmurée dans le silence et là où je pensais que nous avons dépassé cela, nous revenons au point de départ. Et je ne sais pas ce que je dois dire ou faire pour que tu comprennes que je ne veux pas te perdre.
Shizuru chercha une chose judicieuse à dire puis releva le visage de Natsuki.
- Natsuki aurait pu faire une chose simple pourtant.
Natsuki essuya ses larmes tout en se remettant droite. Tout en essayant de trouver cette solution miracle, Natsuki finit par souffler accentuant son impuissance.
- Et qu'est-ce-que c'est?
- Me le demander.
- Hum?
Natsuki sentit un léger baiser sur les siennes.
- Natsuki aurait pu me demander la question qui lui triture l'esprit depuis plus d'un mois?
Natsuki baissa la tête tout en murmurant.
- Resteras-tu mariée avec moi même si je ... Si je ne peux pas honorer ce contrat?
- Le contrat n'est pas ce qui définit notre mariage Natsuki. Pas pour moi en tout cas.
Natsuki souffla légèrement tout en reprenant.
- Même si nous ne pouvons pas avoir d'enfants?
Shizuru resserra son emprise sur sa nuisette tout en essayant de masquer sa propre tristesse.
- Nous ne pouvons pas contrôler la naissance de notre enfant Natsuki mais j'ai foi que Kami-sama nous permettra dans l'avenir d'en avoir un. Nous devons faire en sorte d'accueillir un enfant chez nous. Qu'il soit de notre sang ou non. Natsuki devrait donc cesser de stresser pour cela et essayer de se montrer patiente. Tout comme j'essaie de l'être même si cela est difficile.
Natsuki hocha la tête puis se rallongea dans son lit. Elle sentit Shizuru se coller contre elle .
- Nous devons nous faire confiance Natsuki et parler de nos peurs.
Natsuki contracta sa mâchoire et murmura comme pour faire valoir sa confiance.
- Ma plus grande peur actuelle est de te perdre Shizuru.
- Natsuki n'a donc pas de raisons d'avoir peur.
- Qu'en est-il de la tienne?
Shizuru chercha un instant puis murmura tout en fermant les yeux.
- Mon père. Il est ce qui me fait ressentir la peur. Que ce soit ses décisions ou ses actions, elles sont toutes significations de peur pour moi.
- Sa décision d'être avoir moi te fait également peur?
Shizuru frotta machinalement son visage contre le torse de Natsuki.
- Plus maintenant.
- Alors tu n'as plus à t'en faire de ses décisions car à partir de maintenant les décisions qui seront prises pour toi seront en accord avec ce que tu souhaites Shizuru.
Shizuru grimaça légèrement face à cela. La seule chose qu'elle souhaitait actuellement était malheureusement la seule chose que son propre corps ne voulait pas lui donner. Resserrant son emprise sur Natsuki, elle fredonna une prière à Kami-sama. Natsuki écouta la légère supplice mais fut rapidement contrainte de faire face à son incompréhension du Kyoto-ben de sa compagne. Ne voulant pas couper celle-ci, elle se contenta de fermer les yeux tout en dérivant peu à peu vers le sommeil.
Shizuru fixa son reflet dans le miroir. Elle sortit machinalement d'un tiroir sa trousse de maquillage puis ouvrit la poche interne de celle-ci révélant une plaquette de comprimés. Tout en en prenant un dans sa main, elle le fixa le regard vague. Aujourd'hui était un jour bien particulier. Natsuki et elle fêtaient leur première année de mariage. Elle savait que cet anniversaire allait amener une autre chose. Ce qui avait été confirmé trois jours plus tôt. Son père les avait invité aujourd'hui pour une "discussion". Elle avala rapidement le comprimé puis souffla légèrement. Natsuki avait essayé de rester stoïque ses derniers jours mais son visage rongé par l'incertitude donnait une idée de l'état émotionnel de celle-ci. Le fait que ses trois derniers jours avaient été différents des dernières semaines également. Natsuki semblait vouloir prouver quelque chose en ne cessant de vouloir des relations sexuelles avec elle. Shizuru se reconcentra sur la plaquette sur le lavabo. Les hormones qu'on lui avait prescrite que ce soit sous forme de médicaments ou d'injections avaient modifié son comportement. Souvent plus énervée ou plus sensible, il lui arrivait d'exploser de colère ou de finir en larmes sans qu'elle ne puisse le comprendre elle-même. A son grand étonnement, Natsuki était là, calme et patiente demandant à chaque fois la raison de ce comportement. Essayant de la faire se sentir bien ou encore aimée. Ce qui renforça l'impuissance de Shizuru. Une légère frappe la sortit de sa transe. Elle rangea rapidement la plaquette dans sa cachette et fredonna une invitation à entrer. Elle sentit rapidement une étreinte autour de son abdomen et fixa Natsuki à travers le miroir. Celle-ci semblait plus pâle que d'habitude.
- Tout ira bien Shizuru.
Shizuru se retourna et embrassa légèrement Natsuki sur les lèvres.
- Je sais. Nous devrions y aller pour pouvoir ensuite fêter correctement nos un an de mariage.
Natsuki resta un instant seule dans la salle de bain et fixa à son tours son reflet. Elle n'aimait pas ce sentiment ...
- Natsuki?
- Hum? J'arrive ...
Un léger souffle quitta Natsuki lorsqu'elle vit son père installé dans le salon avec sa mère. Souffle vite remplacé par un sentiment plus négatif lorsqu'elle vit également son hôte. Elle s'inclina légèrement à l'égard de Yasuko puis s'installa au côté de son père avec Shizuru. Anata s'éclaircit la voix congédiant sa domestique.
- Vous savez tous pourquoi nous sommes ici.
Natsuki distingua un visage beaucoup plus fermé chez son père qui leva légèrement sa main pour faire taire son homologue.
- Je ne veux savoir qu'une seule chose ici. Le reste m'importe peu. Shizuru ?
- Oui Kruger-han?
Hans caressa machinalement la main de Saeko tout en reprenant.
- Est-ce-que tu es heureuse avec ma fille?
- Oui Monsieur.
- Alors le reste m'importe peu.
Hans se releva mais Anata l'imita tout en reprenant avec une voix plus ferme.
- Nous n'en avons pas terminé. Votre fille doit faire face à son incapacité à respecter notre accord!
Natsuki déglutit légèrement lorsqu'elle vit le regard de son père. Shizuru remarqua un changement dans le comportement de Natsuki. Celle-ci semblait être toujours complice et amicale avec son père. Mais actuellement, elle semblait avoir peur de lui. Hans reprit tout en secouant la tête face à la probable intervention de son épouse.
- Ecoutez-moi attentivement Monsieur Viola car je ne le répéterai pas. Ma fille est quelqu'un de bien et je ne pourrais pas être plus fière d'elle. Quelque soit votre ressenti ou votre intimidation à son égard, je l'ai laissé gérer car je savais parfaitement que votre fille devait voir ma fille telle qu'elle est réellement. Une personne qui lui apportera une stabilité et qui l'aimera correctement. Alors ne vous avisez surtout pas de poursuivre ce que vous faisiez jusque-là. Et n'osez même pas me demander ce qu'il adviendra si vous poursuivez. Vous n'aimeriez pas connaître la réponse ni voir ce dont je suis capable pour protéger ma fille mais aussi la vôtre. Alors je pense que le plus sage pour vous est de vous réjouir de cette union. Et du bonheur de votre fille. Vous ne voudriez pas me voir en colère.
Saeko fixa un instant Yasuko qui semblait plus perturbée par la posture rigide de son mari. Elle se releva à son tour et caressa machinalement le visage de son mari dont le regard était concentré sur Anata. Cassant le contact visuel, il reprit un visage plus amical tout en souriant à sa femme. Il fixa alors le jeune couple tout en l'invitant à se relever.
- J'ai réservé une table pour fêter votre anniversaire. Allons.
Tout en passant auprès de Yasuko, il inclina légèrement la tête.
- Vous êtes bien évidemment invitée. Votre mari a sans doute quelques documents à brûler avant de nous rejoindre. Après tout ... Au vu du bonheur de nos enfants, il n'y a pas de nécessité à conserver un contrat de mariage. Venez.
Anata serra les poings mais se fit devancer par Hans. La réplique de celui-ci le gela sur place.
- La menace ou l'intimidation semble être une chose que vous appréciez alors j'espère sincèrement que vous n'êtes pas assez fou pour me menacer ou m'intimider. Vous ne voudriez pas que les sociétés Kruger rachètent l'ensemble de vos entreprises ou des vos partenaires et vous mettes ainsi en faillite? Vous comme moi savons parfaitement que ma fille peut réaliser ceci. Et je me ferais une joie de vous virer de votre propre bureau pour mettre votre fille à sa direction. Après tout, que vous le vouliez ou non, elle est une Kruger et nous protégeons les membres de notre famille. Avez-vous une chose judicieuse à dire?
Anata serra davantage les poings laissant ses jointures blanchirent. Il s'inclina difficilement à l'égard de Hans puis du jeune couple.
Natsuki sentit une prise ferme sur son épaule.
- Allons ma fille. Allons déguster un merveilleux déjeuner.
Le repas se passa sans encombre. Hans prit plaisir à découvrir Shizuru pendant que Saeko lui expliquait l'ensemble de ses actions lui demandant implicitement d'en faire parti. Pour autant, l'esprit de Natsuki n'était pas sur le déjeuner. Les propos de son père la contrariés. Elle s'excusa quelques instants pour aller aux toilettes et fut surprise de voir son père à l'entrée de celles-ci. Hans fixa sa fille puis murmura doucement.
- Tu es bien ma fille ...
Natsuki attendit patiemment que son père reprenne tout en se lavant les mains.
- Monsieur Viola est un homme dangereux. Pour autant, tu ne dois pas avoir peur de ses visites.
- Tu étais donc au courant tout ce temps ...
Hans fixa un instant une autre direction.
- Tu comprendras quand tu auras ton propre enfant Natsuki. Je ne suis pas intervenu jusque-là parce que je pensais que tu prendrais en considération les sentiments de Shizuru. Mais il semblerait que la situation t'ait échappé des mains. Je ne pouvais pas rester sans agir.
Natsuki secoua la tête tout en essayant de rester calme.
- Je pouvais régler cela.
- Pas au risque de perdre ta femme ou une partie de ton bien-être. Tu étais de moins en moins concentrée sur ton travail et obnubilée par le devenir de ton mariage. Il fallait que cela cesse. Tu auras bientôt une famille à protéger Natsuki mais il faut pour cela que tu arrives toi-même à te protéger et faire face à ce qui te fait peur depuis toutes ses années.
- Je n'ai peur de rien.
- Natsuki ... Il n'y a rien de mal à reconnaître ses peurs.
- Et je te répète que je vais bien.
- Shizuru ne te quittera pas et tu pourras avoir ce que tu désires depuis plusieurs années. Une femme qui t'aime pour ce que tu es. Tu n'as pas à avoir peur de finir seule. D'être toujours pointée du doigt. C'est terminé ma fille. Tu dois avancer et c'est uniquement de cette manière que tu pourras pleinement être un bon parent. Alors même si tu es en colère, j'ai agi pour ton bien.
Natsuki sentit une légère caresse sur son visage et baissa instinctivement la tête.
- Il n'y a rien de mal à demander de l'aide ou conseil à ton vieux père si tu en as besoin.
Natsuki fredonna une réponse puis sentit son père l'enlacer légèrement.
- Tu es ma plus grande réussite n'oublies jamais cela. Allons nos femmes vont se demander si nous n'avons tout simplement pas déserté ce déjeuner.
Hans amorça une retraite mais se fit arrêter lorsque Natsuki resserra son étreinte. Celui-ci rigola légèrement tout en tapotant l'épaule de sa fille.
- Eh bien ... Shizuru te change mon enfant.
