Sa vie

Chapitre 12 : Famille

Une guerre larvée s'était ouverte entre la première et la neuvième maison.

Il ne se passait pas une journée sans que des paroles fâcheuses, des noms d'oiseau ou des envolées lyriques à l'ironie mordantes ne s'échangent entre le Bélier et le Sagittaire.

Manigoldo, El Cid aussi bien que Sage laissaient faire malgré la consternation de Sisyphe qui ne cessait de réclamer la punition de l'adolescent mal élevé.

Le Cancer hurlait de rire, le Capricorne trouvait le vocabulaire de son jeune compagnon très frais, quand au Pope, il refusait de s'en mêler.

Les relations entre ors étaient leur problème, tant qu'ils n'en venaient pas aux mains, il n'avait pas à s'en occuper.

Et puis, même s'il n'en parlait pas bien sur, Sage était heureux de voir son fils se rebeller enfin contre Sisyphe.

Le Sagittaire était le croque mitaine pour Shion. Qu'il trouve encore la force de détruire le monstre qui le faisait encore hurler de peur dans son sommeil était une bonne chose.
Si pour ça Sage devait subir les couinements de Sisyphe, ce n'était pas bien grave.

"- grand Pope ?"

"- Athéna…"

Sage mit un genoux à terre.

"- Ho non !! Non non non… S'il vous plait, ne vous inclinez pas devant moi." Supplia Sasha avec angoisse.

Sage se releva.

"- C'est la tradition, Déesse."

La petite fille eut un pauvre sourire.

"- Quand même ! Ce n'est pas bien…"

"- Que puis-je pour vous, déesse ?"

Sasha hésita;

"- Je voudrais savoir….Pourquoi votre fils ne viens presque jamais vous voir ?"

Le pope se figea.

"- Comment….Qui vous a dit…."

La déesse tressaillit.
Elle n'était qu'une petite fille après tout.

"- Je suis désolée, je ne voulais pas, je…"

Sage ferma les yeux une seconde.

"- Pardonnez moi, Athéna. Je n'aurais pas du lever la voix… Shion…. Est un sujet sensible…"

"- Mais c'est bien votre fils n'est ce pas ?"

"- …..Oui…."

"- Pourquoi…."

"- Il a été confié à mon frère pour son entraînement de chevalier d'or quand il était très très jeune….trop jeune… Il m'a….oublié."

"- Pourquoi ne pas…"

"- C'est aussi bien déesse…." Coupa Sage. "Je ne veux pas qu'il souffre quand je vais mourir.

De grosses larmes apparurent dans les yeux de la petite fille.

"- Je suis désolée…"

"- Vous n'y êtes pour rien, Athéna… Je suis heureux d'avoir un fils et de le voir grandir. Qu'il ne sache pas que je suis son père est un petit prix à payer pour la joie de le voir heureux… Et heureux, il l'est…"

"- Même quand il met du savon noir dans l'armure de Sisyphe ? Il a mit presque toute la journée à la nettoyer"

Les yeux de la petite fille brillaient d'amusement.

Sage rit doucement.

"- Je crois que même le Sagittaire trouve son chevalier trop imbus de lui-même… C'est pour ça qu'elle a laissé Shion faire…"

"- Et pour le purin dans son lit ?"

"- …..Ca je n'étais pas au courant… Ca ne ressemble pas à Shion."

"- Nan ! Ca c'est moi !"

"- Mani !!!"

"- Ben quoi ? Bonjour Déesse, Salut mon gâteux !"

Le pope leva les yeux au ciel.

Dans la bouche de Manigoldo c'était toujours affectueux.

La petite fille gloussa, plus humaine que jamais.

Elle aimait bien le fantasque Cancer.

"- Bonjour Monsieur Crabe."

Mani se fendit d'une révérence compliquée qui aurait mieux rendu avec un chapeau à plumes mais tant pis. Rodrigue aurait été fier de lui s'il l'avait vu faire.

"- Déesse belle comme le jour…"

Athéna éclata de rire.

"- Vous être un charmeur, Chevalier du Crabe au Pinces d'Or."

"- Je fais de mon mieux, la plus belle d'entre toutes…"

Sage balança une claque sur l'arrière du crâne de son élève.

"- Veux tu donc bien cesser, misérable petite zoé !"

Le Cancer protesta.

"- Je ne suis pas une zoé !!!....... c'est quoi une zoé ?"

"- C'est une larve de crabe."

Les larmes aux yeux de rires, Athéna s'assit sur les marches qui menaient au trône.

Shion était peut-être le fils du pope par le sang, mais Manigoldo l'était par le cœur.

Lorsque Sage attrapa Mani par la taille pour le jeter sur son épaule et lui donner une claque sur les fesses pour son manque de respect manifeste, la déesse n'en pouvait plus de rire.

La tête du Cancer scandalisé de se faire traiter comme un enfant de cinq ans valait son pesant de noyaux d'olives.

***

Dokho s'assit sur le marbre près de Shion.

Le jeune Bélier s'entraînait avec sa rapière avec un entrain étonnant.

Depuis quelques semaines, le jeune Atlante semblait s'épanouir comme une fleur du désert sous une brusque pluie d'été.

La Balance soupira doucement.

Shion avait toujours été très beau.

Une beauté éthérée un peu étrange. Une beauté de créature de légende qui faisait battre le cœur et bondir les reins.

L'adolescent se lécha les lèvres.

On avait beau lui dire et lui répéter que Shion appartenait corps et âme a Rodrigue, il n'y croyait pas.

Shion était bien trop jeune pour lui ! Ils avaient près de vingt ans d'écart ! Ca ne pouvait pas marcher entre eux…

Un sourire monta aux lèvres de la Balance lorsque Shion cessa un instant de se battre contre les courants d'air pour ôter sa tunique et attacher ses cheveux en une queue de cheval haute.

En dessous, il ne portait qu'un short très court qui mettait ses longues, très longues jambes en valeur.

Elles étaient si fines, si pales… Comme la porcelaine que Sage avait chez lui.

Et son visage encadré à présent de quelques mèches folles échappées du cordon de cuir qu'il utilisé pour attacher ses cheveux…

Il faisait à la fois incroyablement jeune et tellement désirable…

Une pression désagréable serra le bas ventre de Dokho qui croisa les jambes.

Il regrettait de ne pas avoir prit son armure.

Shion reprit sa rapière pour se remettre à l'entraînement.

Il tua encore deux ou trois courants d'air qui paraissaient fort louches, transperça une nuage de poussière soulevé par ses propres pas dans la poussière de l'arène puis égorgea de la pointe un invisible assaillant qui s'écroula sur le sol avec de petits couinements fantomatiques.

Vu la hauteur de la gorge immatérielle….

"- Tu sais que tu ne pourras jamais tuer Sisyphe pour de vrai hein ?"

Le bélier eut un sourire lumineux.

"- Je sais, je sais… mais ce n'est pas grave. Je sais que je suis meilleur que lui ! Mani m'a raconté que Rodrigue l'avait massacré à l'épée quand j'étais petit…. Je veux être capable de faire aussi bien que lui !"

Dokho y vit sa chance.

"- Ils sont vraiment comme des grands frères pour toi hein ?"

"- Qui Mani et Ro' ?"

"- Ouai."

Shion secoua la tête.

"- Mani est un grand frère. Ro' est….il est mien, c'est tout."

Dokho serra les dents.

"- Ne soit pas ridicule, Shion. Il est vieux !"

Shion haussa les épaules.

"- Et alors ? Il est à moi, c'est tout !"

"- Qui est à toi ?"

Un immense sourire heureux apparut sur les lèvres du jeune Bélier qui se jeta au cou du Capricorne.

"- Toi…"

Rodrigue hésita une seconde puis embrassa langoureusement le jeune Atlante. Dans ses bras, il sentit Shion fondre littéralement.

L'espagnol aimait voir son Bélier aussi abandonné à lui.

"- Qu'est ce que tu fais là si tôt, ma biquette ?"

El Cid jeta un regard scandalisé à son compagnon de....mazette…
L'espagnol réalisa soudain.

Shion aurait quatorze ans dans moins d'une semaine.

"- Je suis venu te chercher, Sage veut te voir. Je crois qu'il veut te parler de l'accident malencontreux de Sisyphe."

"- Lequel ?"

"- Ne fais pas cette tête d'innocent avec moi, Shion, je te connais… Ho, bonjour Dokho."

Le jeune chinois s'était renfrogné.

Voir Shion et le Capricorne s'embrassait heurtait son sens de l'esthétisme autant qu'ils le rendaient jaloux.

"- Capricorne…"

Sèchement, il se détourna pour retourner à sa maison.

"- A plus tard Dohko."

La Balance grogna un peu.

"- Tu sais que je n'aime pas qu'il reste seul avec toi." Gronda soudain Rodrigue lorsque la Balance se fut éloignée.

"- Je sais." Sourit Shion.

"- Alors pourquoi le fais-tu ?"

"- Je suis à ton, Rodrigue. Mais je ne suis certes pas ton esclave." Lâcha durement le Bélier.

L'espagnol en resta saisit.

Jamais encore il n'avait été confronté à l'esprit rigide, incisif et surtout totalement borné de son jeune compagnon.

A le voir ainsi, sur de lui, rebelle à ses ordres, adulte presque, un long frisson remonta dans les reins du Capricorne.

Comme il avait hâte que Shion lui demande plus que de simples baisers…
Coucher avec Mani aidait bien sur…
Mais il avait hâte que le Bélier le réclame pour lui, à lui… A lui tout seul….

Il avait hâte que Shion même un coup d'arrêt à ses infidélités obligées.

Il avait hâte que Shion s'affirme comme son dominant.

Il fallait juste que Shion comprenne.

Le jeune Bélier effleura les lèvres de son compagnon du pouce.

"- Ce ne va pas ?"

"- Si….Si, très bien… Juste que tu es particulièrement à croquer ainsi…"

Le Bélier rosit doucement.

L'air adulte, digne et sur de lui de l'Atlante disparut, remplacé par une timidité bien adolescente.

"- Désolé…"

"- Ne le soit pas… Si tu étais un peu plus vieux, je me serais fait un plaisir de t'entraîner dans les buissons."

A peine ses paroles avaient-elle quittées sa bouche que Rodrigue les regretta.

L'étincelle affamée dans les yeux de l'adolescent le fit frémir.

Il se sentait soudain dans la peau d'un agneau blessé devant un loup efflanqué.

Et Déesse, à sa grande honte, qu'est ce qu'il aimait ça !

"- Allez, enfile ton armure et allons y !"

Shion courut jusqu'à son temple pour ranger sa rapière et enfiler le Bélier pendant qu'El Cid montait tranquillement vers le dernier Temple.

Le jeune or le rattrapa sur le seuil de la troisième maison.

Ils franchirent le Temple vide sans s'arrêter.

Depuis quelques temps, les gémeaux étaient de plus en plus délaissés par Aspro.
Certains petits malins susurraient que le chevalier d'or avait une copine quelque part dans un village alentour. Quelques autres allaient jusqu'à affirmer qu'il allait être père et d'autre encore, qu'il l'était déjà, de deux paires de jumeaux.

Bien sur, il n'y avait aucune preuve.

Sage fermait les yeux.
Même si c'était vrai, quelle importance ?

Aldébaran avait bien produit la moitié de la nouvelle génération de Roddario alors….

Sautillant près de son compagnon, totalement surexcité, Shion semblait incapable de quitter des yeux le Capricorne.

Arrivés sur le perron de la sixième maison, El Cid saisit soudain Shion par la taille pour le serrer rudement contre lui.

Immédiatement, le Bélier se soumit à sa force supérieure.

Shion aimait ça lorsque Rodrigue faisait acte d'autorité sur lui… Et il aimait de plus en plus se rebeller contre lui.

"- Cesse de sautiller comme ça, Shion… Tu m'épuises."

"- J'ai d'autres idées pour t'épuiser tu sais."

Rodrigue leva les yeux au ciel avant de lui mordiller doucement la gorge là ou le col de son armure lui laisser quelques centimètres accessibles.

"- Cesse, cesse, cesse, petit agneau insupportable. Sinon, je devrais me fâcher et te punir."

Les yeux de Shion brillèrent. El Cid se mordit la langue.

Qu'est ce qu'il n'avait pas été dire là !

Shion allait être encore plus insupportable pour voir jusqu'où il pourrait aller trop loin.

Comme n'importe quel adolescent….

L'espagnol ne se souvenait que trop de Manigoldo au même âge. L'adolescent avait testé le bout du bout de la patience de Sage.
Lorsque le jeune crabe s'était retrouvé punit une semaine en cellule après dix coups de fouets pour avoir mit en danger les tous jeunes Albafica, Degel et Kardia a peine arrivés il avait cessé de faire le gamin.

Il avait vu la limite, il l'avait éprouvée, sentie, douloureusement même, il était content.

Lorsqu'il était sortit de prison, le Cancer avait prit Sage dans ses bras pour un gros câlin qui avait surprit le pope puis était retourné à sa maison, tout content.
Sage avait passé des jours à se perdre en expectatives.

Manigoldo était bizarre.

"- Me punir ? Vraiment ? Comment ?"

"- Te renvoyer à Jamir par exemple ?"

Rodrigue s'auto colla un grand coup de pied aux fesses quand il vit Shion pâlir.

L'adolescent baissa les yeux, les épaules frémissantes.

"- Désolé…"

L'espagnol posa un bras autour de ses épaules.

"- Non, c'est moi qui est désolé, Shion… je n'aurais pas du dire cela… je ne le pensais pas…

Shion hocha la tête sans rien ajouter.
Un peu triste, il reprit son ascension avec son compagnon.
Très vite, il ressentit le besoin de prendre sa main dans la sienne.

Lorsqu'ils arrivèrent au dernier Temple, il serrait très fort la grande main puissante de Rodrigue.

***

Athéna avait quitté le Grand Hall pour aller se promener un peu dans le Jardin du Pope en attendant que Dégel vienne la voir.
Depuis son arrivée, le Verseau s'était proposé pour l'instruire dans tout ce qu'elle devait savoir.

Elle était une déesse mais n'était pas omnisciente.

Il lui fallait apprendre bien des choses.

La politique humaine de l'époque, quelques notions économiques, un peu d'histoire, le nom de tous ses chevaliers, un peu de littérature aussi et enfin de la poésie pour adoucir l'âme.

Le Verseau était le mieux placé pour se faire…Même s'il était toujours accompagné de Kardia.

La déesse avait un peu de mal encore avec le bouillant Scorpion.

Elle ne comprenait pas comment deux êtres aussi différents et éloignés l'un de l'autre comme pouvaient l'être le Scorpion et le Verseau pouvaient aussi bien s'entendre.

Et puis….Il y avait quelque chose entre eux.

Le même quelque chose qu'entre le Capricorne et le Bélier, le Cancer et le Poisson et également entre le Sagittaire et le Lion.
Quoi que non.
Entre le Sagittaire et le Lion, le quelque chose, le…Lien, était similaire mais totalement différent.

Un peu comme celui qu'il y avait entre le Bélier et le pope mais pas tout à fait.

Entre Shion et Sage, ce…Lien… était pleinement ouvert.

Entre le Lion et le Sagittaire, il semblait….en repos…Comme si personne n'était au courant de sa présence…

Elle avait vu le même type de lien chez Aspro et son jumeau. Entre eux, le Lien était ouvert mais….sale… comme si quelque chose le polluait ou le corrompait.

Mais c'était tellement bizarre, tellement étrange qu'elle n'avait pas osé s'en ouvrir à qui que ce soit.

Peut-être se faisait-elle des idées ?

Peut-être mettait-elle simplement en "images" des relations qu'elle soupçonnait entre les gens…
Elle était encore trop novice dans la lecture du cosmos pour comprendre.
Elle n'était encore qu'une enfant.

Dans le Grand Hall, restés seuls, Sage avait fait asseoir Manigoldo sur l'accoudoir de son trône.

Pendant de longues minutes, il l'avait interrogé.

Où en était sa cours auprès du Poisson ?

Comment réagissait Albafica ?

Comment prenait-il les restrictions qui les séparaient ?

A sa grande surprise, Mani lui sourit doucement.

Tout allait bien entre eux.

Ho, ils ne se touchaient pas bien sur… mais sortit de cette problématique de contact….

Oui, on pouvait dire qu'ils étaient un couple et un couple aussi heureux qu'ils pouvaient l'être.

Ils allaient souvent pique niqué ensembles, ils bavardaient tous les jours, Mani sortait toujours les poubelles d'Albafica…

Le Cancer éclata de rire;

"- J'ai encore sa poubelle en otage dans mon temple, il a dut en acheter une autre."

Sage gloussa doucement avant de se calmer.

"- Mani…Si je t'en parle c'est parce que….Il y a un moyen que vous puissiez vous toucher… Ho, pas beaucoup parce que ça demande une énorme concentration. Vous ne pourrez jamais vous aimer mais…"

"- QUOI ??? QUOI ??? QU'EST-CE QU'IL FAUT FAIRE ???"

Sage prit les mains de Mani dans les siennes.

"- Je vais te montrer.

Doucement, le pope concentra son cosmos sur ses mains.

Une douce lueur dorée les entoura.

Lentement, elle s'affina, se déplaça, rampa sa peau comme s'il enfilait des gants.

Mani frissonna.

C'était une sensation étrange.
Ce n'était pas Sage qui le touchait mais pourtant c'était bien lui.

Il comprit.

Péniblement, maladroitement, il essaya d'imiter son maître.

Il lui fallut plusieurs essais pour y parvenir.

Sous ses doigts, il avait conscience de ne pas toucher Sage mais sentait quand même sa peau, les sensations reproduites et renvoyées à sa propre peau à travers son cosmos.

Un mince sourire lui monta aux lèvres.
Ce n'était pas vraiment se toucher, mais ça l'était quand même.

Le visage illuminé comme un enfant devant ses cadeaux de noël, le Cancer finit par sauter au cou de son père de cœur.

"- Merci…. Merci !!!!"

Il comprenait pourquoi Sage ne lui avait pas montré avant.

Il n'avait pratiqué que quelques minutes mais se sentait épuisé.

Il fallait infiniment plus de contrôle pour effleurer un autre sans le blesser que pour faire sauter la moitié de la planète.

Alors si ça n'avait pas été sérieux avec le poisson….

"- Rho ! Mani ! Tu fais des infidélités à mon Roro maintenant ?"

Installé sur les genoux de Sage, l'italien se tourna juste assez pour tirer la langue à Shion qui lui souriait, sa main dans celle de l'espagnol qui secouait la tête, blasé.

"- Quoi, jaloux le nabot ?"

"- Jaloux de quoi ? C'est moi qui vais profiter à vie du corps voluptueux de Rodrigue, Mani. Pas toi. De ses mains puissantes, son torse viril, son entre-jam…"

"- STOP !!!" Protesta Sage

Flûte, même si Shion ne savait pas qu'il était son père, il voulait garder le sommeil et certaines images mentales entre son bébé et l'espagnol n'étaient pas du tout à son goût de papa protecteur

"- Garde tes fantasmes pour toi, Shion, je ne veux pas savoir, j'ai passé l'age d'affoler ma libido.

Mani éclata de rire pendant que Shion rougissait furieusement.

Rodrigue lui se força à rester imperturbable.

"- Vous nous avez fait convoquer, Grand pope."

"- Non El Cid. J'ai fait convoqué Shion… Mais puisque tu es là…."

Shion rosit avant de baisser le nez.

Il était sur qu'il allait être question de savon noir.

"- Shion… Pour ta petite plaisanterie avec du savon et un certain Sagittaire…"

Shion baissa encore plus la tête.
Pas qu'il ai honte de ce qu'il avait fait. Juste qu'il était désolé de s'être fait pincer.

"- Tu devrais être plus discret quand tu fais une vacherie à quelqu'un, nabot." Se moqua gentiment Manigoldo.

Sage colla une claque sur le crâne de son élève.

Non mais franchement.

"- Désolé…" Tenta Shion.

C'est vrai que la situation lui avait un peu échappé.

Il n'y avait pas que le savon dans l'armure.

Il y avait eut les poubelles des femmes chevaliers vidées sur ses plates bandes, de l'huile étendue partout dans son temple (le sol avait été tellement glissant qu'il avait fallut l'aide de Dégel pour que le Sagittaire puisse sortir de chez lui une fois l'huile congelée et évacuée par téléportation), une douzaines de cochons lâchés "par accident" au milieu d'un entraînement de Sisyphe et tellement d'autres…

"- Je crois qu'il serait bon que tu t'éloignes un peu du Sanctuaire le temps que tu te calmes." Soupira le Pope.

Il n'avait aucune envie de renvoyer Shion à Jamir. Peut-être un petit stage sur l'île d'Andromède ? Mais le pope ne voulait pas que Shion le prenne comme une punition. Cet éloignement était plus un temps pour l'adolescent pour venir à bout des émotions vengeresses puissantes qu'il ressentait et non pour qu'il batte sa coulpe.

"- Grand Pope ?"

Le Capricorne hésita une seconde.

"- Je… J'aimerais retourner en Espagne voir ma famille. Peut-être que Shion pourrait venir avec moi. J'ai un certain nombre de travaux à faire là bas en tant que fils aîné… Shion aimera peut-être le printemps d'Andalousie ?"

Sage se redressa sur son trône malgré Manigoldo toujours assis sur ses genoux dont il caressait les cheveux comme il aurait pu papouiller le crâne d'un chiot.

"- Voila une merveilleuse idée, Rodrigue ! Cela vous fera des vacances à tous les deux… Et à Sisyphe aussi…" Shion se renfrogna un peu. "Ce n'est pas pour Sisyphe que je m'inquiète, Shion. C'est pour Regulus. Tes plaisanteries pèsent sur son entraînement."

Le jeune Bélier fit la grimace.

Il n'avait pas pensé à ça.

"- Je n'y avait pas songé, grand pope. Toutes les excuses. J'y prendrais garde à présent."

Le vieil Atlante hocha la tête.

"- très bien… Quand partez vous ?"

Rodrigue baissa les yeux sur son compagnon.

"- Le temps de faire nos sacs et nous sommes partis ?"

Shion feula le plaisir.

Il allait avoir son Roro rien qu'a lui pour lui tout seul pendant des jours et des jours !

Manigoldo lança soudain un sourire sadique au Capricorne qui pâlit brusquement.
Seul, pendant des jours, avec un Shion extrêmement hormonal.

Ho déesse.

La vertu de Shion n'avait rien à craindre, mais la sienne par contre….

Si le sourire en coin du petit Bélier était une indication, il serait probablement une belle biquette à la broche avant la fin de leurs vacances.

***

Shion essuya son front sur le manche de sa chemise.

On était que début avril mais l'adolescent de quatorze ans mourrait de chaud.

Le Soleil d'Espagne était bien plus violent que celui de Grèce et il ne parlait pas de Jamir.

"- Nous arrivons bientôt ?"

Rodrigue se retourna sur sa selle.

Ils auraient pu se téléporter directement dans son domaine familial mais El Cid avait voulu prendre son temps, laisser Shion passer la barre fatidique des quatorze ans et lui apprendre à monter à cheval.

Jusque là, l'adolescent n'avait jamais approché un autre équidé que les deux ânes bornés d'Hakurei aussi avait-il été un peu sportif de lui apprendre à monter.

Les créatures à quatre jambes allaient moins vite que lui, elles étaient dangereuses devant et derrières et inconfortables au milieu… il avait fallut du temps pour que Rodrigue arrive à le convaincre qu'il serait agréable de traverser la Grèce, l'Italie, la France et enfin l'Espagne en prenant leur temps et en profitant du paysage.

Au début de leur périple, ils étaient partit à cinq.

Dokho, Kardia et Dégel les accompagnaient.

Dégel voulait montrer son pays natal à son compagnon avant le début de la guerre et lui présenter ses nombreuses sœurs.

Seul garçon sur une famille de vingt et un enfant, Dégel était également l'héritier du Duché de Bordeaux pas son père donc il était le bâtard.

Sa mère était une favorite….

Dokho s'était arrêté en Italie à la demande de Rodrigue.

Juste avant leur départ, le Capricorne s'était soudain figé, les yeux dans le vide, en fixant le Sagittaire.

Il était descendu chercher Dokho pour lui annoncer qu'il devait chercher un cheval armé.

Tout le monde était resté perplexe mais….Les quelques intuitions de l'espagnol s'étaient toujours trouvées vérifiées. Si un chevalier attendait qu'on le trouve en Italie….

Finalement, Shion avait finit par accepter leur trajet à cheval et à pieds juste parce qu'être avec son Roro était une bénédiction de la déesse en soit. Passer les nuits à la belle étoile ou dans des auberges de campagne dans ses bras, se laver dans des lacs ou des rivières avec lui, rester nu peau contre peau avec lui pendant des heures.

Ho il ne tentait rien le petit Bélier.

Il avait beau être un adolescent hormonal, il restait un innocent et timide petit Bélier.
Pour l'instant dormir nu à nu avec Rodrigue lui suffisait.

Une fois ou deux, en pleine nuit, lorsque son Capricorne dormait, il avait laissé ses mains s'égarer sur lui pendant quelques minutes mais toujours la crainte qu'il ne se réveille et ne le gronde, voir pire, lui interdise de dormir avec lui plus longtemps le faisait vite cesser.

"- En haut de la colline tu pourras voir le manoir."

Shion serra les jambes.

Sa petite jument rouanne accéléra son pas pour se porter au même niveau que l'étalon de Rodrigue.

Shion s'était moqué de lui quand il l'avait acheté.

Au début, le capricorne avait voulu acheter un étalon noir comme la nuit mais les moqueries de l'adolescent l'avait finalement fait choisir une alezan quelconque.

Son Rodrigue n'avait pas besoin de ça pour être viril et puissant et beau et….Shion soupira de plaisir en fixant le profil aquilin de son compagnon.

Et dire qu'il était à lui….

Ils arrivèrent enfin en haut de la colline.

Les deux cheveux s'arrêtèrent.

Un peu perplexe, Shion chercha des yeux le manoir annoncé par son compagnon sans le trouver.

Des villages, des vignes, des champs, un château, un monastère, quelques églises, mais de manoir, point.

"- Alors, comment trouves tu ?"

"- Heu…. "

Rodrigue eut un petit doux avant de lui montrer le château.

"- Là…"

"-……."

"- Alors ?"

"- un manoir ??? Au dessus de cent pièces pour moi c'est un château, 'Ro."

"- Détail, détail…."

Le château était un magnifique joyau renaissance né que le terreau d'un château moyen ageux trapu.

Au centre d'une grande cours, le donjon ancestral avait été agrandit de plusieurs ailes aux formes élégantes, hautes et élancées qui se lançaient à l'assaut du ciel au point de rendre plus trapus encore le donjon central.

D'immenses fenêtres de verre jetaient des reflets dans ses jardins symétriques emplis de pelouses, de petits bosquets discrets et de sculptures et de fontaines.

Derrière, des champs et un petit village prouvait encore la fonctionne défensive première du bâtiment tandis que d'immenses écuries jouxtaient l'aile la plus récente, sur la droite.

De petits prés individuels s'ouvraient sur de petits paddocks où s'ébattaient des poulinières et les premiers poulains de l'année.

"- Ce sont des andalous. Ma famille en élève depuis une cinquantaine d'année… La majorité de nos ressources viennent de cet élevage et de deux mines d'argent que nous possédons dans le sud." Expliqua le capricorne qui semblait comme rajeunit d'être là.

Fasciné par ce lieu qui avait vu naître son compagnon, si différent de tout ce qu'il avait connu jusque là, Shion se sentait soudain bien timide.

"- Tu as beaucoup de famille ?"

"- Au derniers recensement, j'ai trois frères plus jeunes, deux sœurs plus vieilles et cinq plus jeunes.

"- ça fait beaucoup !"

"- c'est fréquent chez les humains."

Les Atlantes n'avaient pas un très fort taux de fécondité.

"- Nous y allons ?"

Shion hocha la tête.

Comment la famille de son compagnon allait prendre son retour accompagné d'un garçon qui avait l'âge d'être son fils ?

Et puis…Comment allait-il le présenter ? Un ami ? Son compagnon ? Un élève ???

Il n'avait pas envie de mentir mais….

Les humains normaux n'appréciaient pas vraiment les couples de même sexe. Shion ne comprenait pas pourquoi, après tout ils ne faisaient de mal à personne mais bon… ils étaient bizarre…

"- Je te suis…"

Les deux chevaux reprirent leur avance.

Les deux chevaliers restèrent silencieux jusqu'à ce qu'ils arrivent aux portes du domaine.

Un garde chasse qui faisait vaguement office de portier s'approcha d'eux.

"- C'est pourquoi ?"

"- Rodrigue de Goyeneche y Barreda. Je viens voir mes parents."

Le garde chasse resta immobile un instant avec de s'éclairer.

"- Le petit Rodrigue !!! Ho comme vous avez grandit !!! Les maîtres vont être bien content de vous voir !!!"

"- Tu n'es pas revenu depuis quand ?" Questionna Shion en grec.

Rodrigue lui avait apprit l'andalou, le castillan et tous les idiomes d'Espagne, comme Dégel lui avait apprit ceux de France, Mani ceux d'Italie et bien d'autres encore glanés auprès de nombre de chevaliers.

"- La dernière fois que je suis venu, tu étais encore dans le ventre de ta mère.

"- Ho…."

Le garde chasse leur emboîta le pas jusqu'au château.

Très vite, des serviteurs se présentèrent pour les décharger.
Ils leurs laissèrent leurs affaires, sauf les coffrets de leurs armures.

Un quinquagénaire énergique aux tempes déjà blanches finit par se présenter en haut du perron.

"- Rodrigue! Il y a si longtemps, mon fils…. Comment vas-tu ?"

"- Bonjour père…."

"- Entre donc, mon fils. Les serviteurs vont montrer tes appartements au tient." Balaya le Seigneur Barreda sans même jeter un regard à Shion.

Le jeune Bélier serra les mâchoires.

Rodrigue retint son père.

"- Père, Shion n'est certes pas un serviteur. Permettez moi de vous présenter Shion de la Noble Famille Namdak (1). Il est également le Chevalier d'or du Bélier et donc mon collègue. Shion est aussi et surtout mon compagnon, par la grâce de la déesse Athéna."

Le Seigneur Barreda serra les mâchoires.

En bon chrétien, il avait du mal avec la… carrière et la vocation de son fils mais n'avait pu rien faire lorsque des hommes du Sanctuaire était venu le prendre. A l'époque, Rodrigue avait quatre frères plus âgés que lui, il n'était pas question qu'il devienne l'héritier en titre. Maintenant…..

Machinalement, le père se signa.

Il ne voulait par comprendre ce que voulait dire son fils par "compagnon". Compagnon d'arme, c'était tout.

Rien de plus.

Rien d'autre.

Rien de tendancieux.

Shion s'inclina un peu devant le père de son compagnon, encore un peu vexé.

"- Seigneur Barreda, moi, Shion, chevalier d'or du Bélier, suis honoré de découvrir votre noble et puissante maison."

L'homme se détendit un peu.

Ce soit disant Chevalier d'or était un gamin.

Pour lui, les chevaliers d'Athéna n'étaient pas autre chose que des chevaliers classiques comme il y en avait des centaines dans toute l'Europe.

"- Les serviteurs vont préparer une chambre…"

"- Ce ne sera pas nécessaire, père. Nous avons l'habitude de ne jamais nous séparer. Question de survie."

Le Seigneur Barreda finit par laisser tomber.

Il soupira rudement avant de secouer la tête.

Il ne voulait pas savoir.

"- les serviteurs vont prendre vos boites."

"- J'en doute père.

"- Mais si, mais si… laissez les là."

Les deux chevaliers d'or s'entre regardèrent.

Après tout pourquoi pas ? Elles étaient trop lourdes pour que dix humains les déplacent de trois centimètres. Ils les récupéreraient au passage plus tard.

Ils les posèrent sur le marbre.

"- Comme vous voulez."

Content de cette petite victoire, le chef de famille guida son fils et l'autre chevalier d'or jusqu'à son bureau.
Il prendrait quelques nouvelles avant de les envoyer se laver et se préparer pour le dîner familial.
Ha ! Et il fallait prévenir les cuisines aussi. Il fallait préparer quelque chose d'exceptionnel !

***

Dame Ysabelle Barreda, née d'Anjou surveillait son fils et l'adolescent arrivé avec lui avec suspicion.

Le gamin était étrange avec sa couleur de cheveux bizarre, ses sourcils absents et ses points peints au dessus des yeux.

Fait exceptionnel à la table du Seigneur, à la demande expresse de son fils, le reste de la famille s'était jointe à eux, enfants en bas âges compris.

Il n'y avait que les bébés a être restés dans avec leurs nourrices.

"- Dis monsieur ! Pourquoi tu te peints le front !" demanda soudain un des plus jeunes enfants, fils d'une des sœurs de Rodrigue en visite avec son époux dans le domaine.

L'ambiance un peu plombée du repas se fit plus lourde encore.

Personne ne savait vraiment comment traiter l'enfant prodige et l'adolescent étrange qui l'accompagnait.

Shion était…. On aurait dit une fée un peu. Une fée mâle comme il en existait dans certains livres.
A la grande surprise de la famille, Shion éclata de rire.

Son rire était un peu fort et forcé, mais il détendit tout le monde.
Rodrigue lui en fut reconnaissant.

"- Je ne me peint pas, Enfant. Je suis né comme ça. C'est l'une des marques de ma race."

"- Blasphème." Gronda un homme d'environ vingt cinq ans de l'autre côté de la table.

Peu familier avec le mot, Shion tourna la tête vers Rodrigue qui lui expliqua en grec.

"- Mon frère est prêtre, Shion. Sous entendre que tu n'es pas humain est un camouflet à son esprit de prêtre chrétien qui refuse d'imaginer qu'il puisse y avoir autre chose sur terre que ce que la bible en dit."

"- Ha… je vois…"

Serviable, Shion se tourna vers le prêtre.

"- Je ne voulais pas vous choquer, Prêtre. Il est souvent douloureux de voir ses propres croyances battues en brèches par la réalité. Mais je vous assure que je ne suis pas humain. La race des Atlantes est ancienne. Bien plus que les humains…. C'est un fait."

"- HERESIE !!!"

Toujours aussi serviable, Shion secoua la tête.
Consterné, le reste de la famille n'osait intervenir.

Il ne fallait pas énerver un prêtre, l'inquisition n'était jamais loin.

"- Je ne puis être hérétique, prêtre." Indiqua avec un calme qui fit sourire Rodrigue.

Shion savait être plus mature que lui quand il voulait. Déjà, son sang s'échauffait de voir comment son frère traitait son compagnon.

"- Pour que je sois hérétique, il aurait fallut qu'à un moment ou un autre je crois en votre dieu." Continua Shion. "Je n'ai jamais servit d'autre divinité que la Déesse Athéna."

Avant que le jeune frère de Rodrigue ait pu éclater en hurlements stridents, sortir l'eau bénite ou les cierges, l'une des sœurs du Capricorne, la paupière lourde et le sourire langoureux soupira doucement.

"- L'idée d'une divinité femelle me laisse rêveuse, j'avoue…"

"- Marie!"

"- Qu'y a-t-il père ? "

"- Tu vas finir au couvent si tu continue !"

"- Allons, les sœurs ne voudraient pas de moi, je les ennuieraient trop."

"- Elles savent mater les drôlesses dans ton genre, ma fille. Fais attention !"

La jeune femme éclata de rire.

"- Voyons père… Vous ne voudriez pas que le Seigneur Antoniel refuse finalement que j'épouse son fils parce que j'ai eut besoin d'être "maté".

Le quinquagénaire rougit furieusement.

"- Nous en reparlerons."

La jeune fille rit doucement.

Rodrigue ne dit rien mais resta surprit.

Jamais son père n'avait été homme à s'écraser ainsi. Que se passait-il ?

"- Tu vas te marier, ma sœur ?"

"- Oui, ce dimanche. Horatien m'a demandé en mariage lundi dernier."

Shion scanna doucement la jeune fille de son cosmos.

"- Ha !"

En grec, il murmura à son compagnon.

"- Ta sœur est enceinte."

En effet, ça expliquait.

L'ennuyeux prêtre se dressa d'un bond.

"- QUOI ?"

Rodrigue grimaça.
Shion avait parlé un peu trop fort.

"- Les prêtres parlent généralement le grec, Shion.

"- …Oups ???"

[1] Esprit éveillé, clair et pur comme un cristal