La première pharmacie qu'il a trouvée sur sa route avait été la bonne ; Sucre n'a pas eu de mal à se faire délivrer un stylo auto-injecteur d'adrénaline en prétextant une sévère allergie aux piqûres de guêpes.
De retour au bateau, il aperçoit Michael à l'autre bout du pont, en pleine conversation satellito-téléphonique, lui montre le petit sac en papier qui contient la seringue et attend qu'il ait approuvé d'un pouce levé bien haut pour ensuite redescendre dans la cabine.
- J'ai ! annonce-t-il victorieusement lorsqu'il arrive auprès de Sara.
Elle est occupée à parfaire l'onctuosité de sa pâte à gâteau en terminant de la mélanger au fouet.
- Bien, approuve-t-elle. T'as fait vite !
- Bah tu sais, ici, il suffit d'allonger le fric pour finir de les décider.
Elle lève les yeux le temps d'échanger un regard entendu avec Sucre puis elle attrape la petite coupelle dans laquelle repose une mixture verte ; c'est la purée de kiwi qu'elle a élaborée avec celui qu'elle a trouvé dans la corbeille à fruits.
- Dis, tu vas faire en sorte qu'ils soient bons tes gâteaux, hein ? demande Sucre dans un murmure. Parce que j'arriverai pas à faire croire qu'ils sont succulents si c'est pas le cas. La nourriture c'est un domaine avec lequel j'ai jamais pu tricher !
- D'accord, rigole-t-elle.
Alors qu'elle a doucement commencé à incorporer la purée verte dans la pâte dorée, elle s'arrête subitement le temps de s'assurer d'un détail :
- T'y es pas allergique, toi, aux kiwis ? Parce que sinon faut que je fasse une moitié de cakes avec et une moitié sans.
- Tu veux dire que tu connais pas mon dossier médical par cœur ? s'indigne Sucre. Je suis très vexé là…
Sara pouffe de rire et verse d'un trait le restant de kiwi dans la pâte.
- Faut pas. J'en connais aucun par cœur, le rassure-t-elle en reprenant son fouet pour homogénéiser le contenu de son saladier.
Sucre plisse les yeux, mi-dubitatif, mi-suspicieux :
- Mmm… au moins celui de Mike, non ?
Elle sait que c'est une provocation taquine et ne répond rien.
- Je suis sûr que t'as dû le lire des dizaines de fois, insiste-t-il. Et que même tu le ramenais chez toi le soir pour dormir avec.
Il agite frénétiquement ses sourcils, pour la presser d'avouer. Elle secoue la tête avec exaspération mais c'est Lincoln, avachi dans le canapé et le nez plongé dans un bouquin, qui intervient :
- Arrête où tu vas bientôt te retrouver avec deux bananes profondément enfoncées dans chaque narine !
Sucre se tourne aussitôt vers lui pour le regarder dans un mélange d'étonnement et d'amusement.
- T'as l'air de savoir de quoi tu parles ! … Me dis pas que Linc le déluge s'est fait mater par la gentille docteur de Fox River ?
- Elle est pas si gentille que ça, rétorque Lincoln pour sa défense en se ratatinant davantage sur le canapé afin de dissimuler un peu plus son visage derrière son livre.
- Non, c'est toi qu'as pas dû être gentil avec elle, parce que y a pas plus sympa que le doc' Sara !
Lincoln émet un bruyant ricanement pour discréditer ses propos.
- Tu sais… je suis quand même en train de préparer un gâteau potentiellement mortel pour Bellick, fait remarquer l'intéressée à Sucre.
Il la fixe un instant, le temps de réaliser.
- Euh… oui, c'est pas faux. Mais t'as insisté pour qu'on se procure l'antidote, alors je persiste à dire que tu es quelqu'un de bien. Et de gentil !
Il lui adresse un clin d'œil et elle apprécie d'un sourire.
Une fois la pâte prête - et le kiwi parfaitement dilué de sorte qu'elle n'ait pas le moindre reflet verdâtre - Sara la repartit sur le petit moule à madeleines qu'elle a trouvé dans le tiroir sous le four ; c'est que la kitchenette du Christina Rose est à deux doigts d'être mieux équipée que la cuisine de son appartement à Chicago.
- Ce sera prêt dans vingt minutes, annonce-t-elle après avoir enfourné le tout dans le four.
Elle est en train d'en régler la minuterie quand Michael fait son retour dans la cabine. C'est à Bruce Bennett qu'il téléphonait, pour le prévenir du possible passage de Megan dans son bureau et lui expliquer la mission dont avait été investie cette dernière.
- T'as réussi à l'avoir ? lui demande Sara.
- Oui, répondit-il. Il t'embrasse.
Elle sourit, il détecte un petite trace de farine sur le bas de sa joue, la chasse d'une caresse du pouce et lui dépose un rapide baiser sur les lèvres avant d'aller reposer le téléphone à sa place.
oOo
La boîte en carton que Sucre a dans la main présente d'alléchants petits cakes aux abricots. Mais les dits cakes ont été remplacés par ceux que Sara a préparés ; et Sucre en grignote un, doré et brillant à souhait, celui destiné à attiser la gourmandise de Bellick.
Le parloir à Sona est pour le moins différent de ceux des prisons américaines. C'est une petite cours grillagée, en plein air, reliée à la façade extérieure du pénitencier par un court corridor tout aussi grillagé, qui reçoit les détenus ; les visiteurs n'ont qu'à se trouver de l'autre côté du grillage.
Sucre se trouve de l'autre côté du grillage. Seul. Michael, Lincoln et Sara l'attendent à la sortie du bois qui entoure la prison. C'est en rongeant anxieusement et impatiemment à la fois son cake du bout des dents qu'il fixe la porte creusée dans l'immense façade grise. Lorsqu'elle s'ouvre enfin, c'est sur un Brad Bellick crasseux, salement amoché, à la mine éreintée et au regard apeuré dans lequel se met néanmoins à briller une lueur d'espoir à la vue de Sucre.
- Oh Sucre, mon ami, je savais que tu viendrais ! s'exclame-t-il en précipitant sa lourde carcasse suante au plus près de Sucre. Quand le gardien m'a dit qui demandait à me voir j'ai eu du mal à réaliser mais au fond de moi je savais que tu reviendrais me chercher !
Il a agrippé ses doigts boudinés et noircis au grillage ; la comparaison avec un vieux gorille dans sa cage de zoo ne serait pas difficile à faire. Sucre reste à un bon mètre de lui, impassible.
- Je t'en pris, il faut que tu m'aides à sortir ! implore Bellick. C'est l'enfer ici ! … Je sais qu'à Fox River vous portiez pas les gardiens dans votre cœur mais ici y a pas de gardiens pour faire régner l'ordre et c'est le chaos, l'anarchie ! En plus on a rien à manger, confie-t-il en portant un regard envieux sur le boîte que tient Sucre. Et tu sais que j'ai rien à faire là-dedans, j'ai été piégé !
Sucre s'avance d'un petit pas et Bellick sourit.
- T'as peut-être pas tué cette nana mais si je devais t'énumérer toutes les choses pour lesquelles tu mérites d'être en taule on y passerait la semaine, et j'ai pas que ça à faire. Dis-moi où est Maricruz ! exige Sucre.
Le sourire mièvre qu'affichait Bellick s'efface subitement et son regard redevient noir de perversité.
- Sors-moi d'ici et je te dirai où elle est ! marchande-t-il.
- Non, pas de négociations possibles ! Je te sortirai pas d'ici parce que t'oublies un détail : je suis pas ton frangin et j'en ai rien à foutre de ta condition !
- Mais t'en as pas rien à foutre de celle de Maricruz et laisse-moi te dire que depuis le temps, elle doit commencer à être critique !
Bellick a un rictus sadique et Sucre serre les dents pour tenter de contenir toute la haine qu'il lui inspire.
- T'as aucun moyen de me faire parler, je suis en position de force alors je te conseille vivement de t'inspirer de ton pote Scofield et de réfléchir vite fait à un moyen de me faire sortir d'ici, sinon ta Maricruz elle sortira pas non plus de son trou, comprendo ?
Cette fois Sucre ne rétorque rien, pour laisser Bellick penser qu'il a l'avantage. Il baisse même les yeux en signe de résignation.
- Comment je peux être sûr que tu me diras ce que je veux savoir une fois que tu seras dehors ? demande-t-il. Que tu vas pas me poser encore une nouvelle condition ?
- Tu peux pas ! reconnaît Bellick avec arrogance. Va falloir que tu me fasses confiance !
Sucre fait mine de s'octroyer un instant de réflexion et en profite pour prendre une bouchée vorace de son cake.
- Dis… c'est quoi que tu manges ? interroge Bellick, les lèvres brillantes de salive, en désignant la boîte du regard.
- Des cakes aux abricots.
- Tu m'en donnerais pas un ou deux ? quémande-t-il.
Sucre se fige, mimant à la perfection l'indignation inspirée par le type qui détient sa copine et en plus veut lui taxer ses gâteaux.
- Aller, soit pas chien, j'ai rien bouffé depuis que je suis ici, supplie Bellick. Et puis je pourrais pas te dire où est ta Maricruz si je tombe dans un coma hypoglycémique !
- Je te donne la moitié d'un, tu mérites pas plus !
Sucre lui lance alors le reste du cake qu'il a entamé. Le morceau de gâteau heurte le grillage et tombe au sol. Bellick se jette aussitôt à genoux et passe son bras entre les mailles métalliques pour s'en emparer. Il le propulse dans sa bouche sans prendre la peine d'y ôter ni terre, ni sable, ni poussière. Il ferme les yeux et savoure.
Sucre profite du moment pour sortir le stylo auto-injecteur de la poche de son pantalon. Il enlève la protection du bouton poussoir d'une part, et retire le capuchon protecteur de l'aiguille de l'autre, Sara lui a expliqué comment ça fonctionne.
Bellick a à peine avalé son morceau de gâteau qu'il se met à tousser, de plus en plus violemment. Il devient tout rouge, les larmes lui montent aux yeux.
- Qu'est-ce qui a dans ces gâteaux ? demanda-t-il dans un souffle éraillé.
- Du kiwi, annonce Sucre.
Il tend le stylo d'adrénaline pour que Bellick le voie bien.
- Maintenant dis-moi où est Maricruz !
Bellick tousse encore et commence même à suffoquer. Ses deux mains agrippées à son cou, il secoue la tête en signe de refus. Sucre fait deux pas pour s'approcher davantage et surplomber Bellick, toujours à genoux sur le sol. Ce dernier tend une main fébrile vers lui.
- La seringue, réclame-t-il d'une voix quasi inaudible.
Sucre la met derrière son dos, cette seringue salvatrice, c'est son signe de refus à lui. Les lèvres de Bellick ont doublé de volume et probablement qu'il en est de même pour sa langue. Il est si rouge qu'il semble sur le point d'éclater. Il s'étrangle.
- Dépêche-toi de me dire où elle est sinon je te jure que je te laisse crever, crache Sucre avec tout le mépris et le dégoût que Bellick a toujours pu lui inspirer.
- … l'ai pas… t'ai menti… pour que tu m'aides… l'argent…, bredouille Bellick.
- Je comprends rien ! s'impatiente Sucre qui tend pourtant l'oreille autant qu'il le peut.
- Chicago… Maricruz… rentrée… Chicago…
- Elle est rentrée à Chicago ?
Bellick hoche la tête. Sucre redoute un quart de seconde qu'il lui dise n'importe quoi seulement pour avoir la vie sauve mais à bien y réfléchir, ne pas oser s'en prendre à une femme et monter un bobard de toutes pièces pour servir ses intérêts ressemble bien à Bellick.
Il passe la seringue d'adrénaline à travers le grillage, s'assure tout juste qu'elle retombe à portée de mains de Bellick puis tourne les talons sans s'attarder plus longtemps.
oOo
Lincoln était outré lorsque Sucre les a rejoints et informés de la vérité. Il n'a pu sortir - vomir - que cinq mots : « Ce mec est une raclure ». Michael et Sara ne l'ont pas contredit mais eux ont préféré se concentrer sur la soulageante nouvelle : Maricruz était saine et sauve à Chicago, il y avait eu plus de peur que de mal.
Tous s'étaient ensuite empressés de retourner au bateau et Sucre a rapidement tenté de joindre sa moitié. Mais c'est la cousine de cette dernière qu'il a eue au bout du fil et qui lui a appris que Maricruz ne voulait plus jamais le revoir… Bellick lui avait menti, à elle aussi, pour la convaincre de repartir aux États-Unis tout en s'assurant qu'elle n'aurait pas la moindre envie de chercher à contacter Sucre.
Il lui a fallu un peu de temps pour parvenir à totalement dissiper le malentendu mais il a finalement pu avoir Maricruz au téléphone et même si elle s'est d'abord montrée méfiante, lasse des promesses qui n'aboutissent qu'à moitié quand ce n'est pas du tout, l'amour a vite repris le dessus et tous deux ont pu convenir d'un rendez-vous pour se retrouver au Mexique, le plus rapidement possible.
Le soleil a commencé à décliner dans le ciel, le teintant ainsi d'orange, de rouge et de violet.
- Ça m'aurait vraiment fait plaisir de passer encore un peu de temps avec vous mais… c'est mon bébé, vous comprenez ?
Sucre est sur le départ et, sur le ponton en bois, au pied du voilier, avec Lincoln et Sara, il culpabilise un peu d'avoir à partir comme un voleur après l'aide qu'ils lui ont apportée.
- Mais bien sûr qu'on comprend, le rassure Sara. En plus ça vaut mieux pour toi que tu partes maintenant parce que si t'avais eu à passer la nuit ici t'aurais été obligé de partager le lit de Lincoln, souffle-t-elle avec une grimace de dégoût appuyée.
- Tu vois qu'elle est pas gentille ! lance aussitôt Lincoln en priant Sucre de constater.
Mais il se contente de rire avec une certaine tendresse. Quand Michael descend du bateau pour les rejoindre, c'est avec un paquet dans les mains. Un truc d'apparence sommairement emballé dans du papier épais, scotché et ficelé.
- Tiens, c'est ta part, dit-il à Sucre en lui tendant le paquet.
- Non, non, refuse-t-il aussitôt. J'en veux pas. J'ai au moins compris avec cette histoire que j'en ai rien à cirer de l'argent.
- Je sais, rétorque Michael qui ne doute pas une seconde du désintéressement de son ami, mais prends-le quand même, insiste-t-il. Il te faut au moins de quoi payer le voyage jusqu'au Mexique, non ?
Il adresse un clin d'œil à Sucre et lui dépose le paquet dans les mains.
- Eh ! Mais là j'ai de quoi me payer le voyage jusqu'à la Lune ! proteste Sucre en soupesant le paquet, trop généreux à son goût. Merci, souffle-t-il ensuite avec reconnaissance. Merci pour tout.
Et il s'approche pour partager une accolade avec son ami.
- Prends bien soin de toi et de ta famille, exige ensuite Michael.
- Ouais, promet Sucre. On garde le contact hein ?
- Évidemment !
Puis Sucre se tourne vers Lincoln.
- Le déluge…
- Fernando…
Les deux hommes échangent une poignée de mains améliorée et tout est dit. Sucre se décale enfin d'un pas pour faire face à Sara. Il prend un air important, comme s'il lui passait officiellement le relais :
- Tu veilleras bien sur mon pote, d'accord ?
Elle sourit et hoche la tête :
- Oui, c'est promis.
Sucre leur assure qu'il laissera un petit message sur Europeangoldfinch . net dès qu'il aura retrouvé Maricruz et qu'ils seront bien installés. Puis, son paquet sous le bras, il quitte le ponton, traverse la plage et disparaît bientôt dans la végétation qui borde la côte, la main levée bien haut dans un dernier au revoir.
oOo
Cette nuit-là, peu après une heure du matin, Sara est réveillée par une étrange sensation, une inquiétude. Et elle comprend ce qui la trouble lorsqu'elle se retourne et découvre que Michael n'est plus dans le lit à côté d'elle. Si ce détail, d'apparence anodin, la perturbe au point de l'interpeller dans son sommeil c'est sûrement parce qu'elle a bien vu qu'il n'a pas été bien de toute la soirée.
Elle allume sa petite lampe de chevet, se redresse un peu, scrute l'ensemble de la cabine en vain et finit par tâter l'empreinte de son corps laissée sur le drap pour s'apercevoir qu'elle est froide ; ça fait un petit moment qu'il est debout.
La poitrine serrée par une angoisse qu'elle ne peut réfréner, elle se lève à son tour, s'enveloppe dans un gilet et sort de la cabine. Il n'y a pas davantage de traces de Michael dans le carré alors elle monte sur le pont. Elle y cherche du regard une silhouette qu'elle ne trouve pas.
La lune est pleine, le ciel dégagé et la nuit claire. Et un peu fraîche ; Sara resserre un peu plus étroitement son gilet autour d'elle. Elle étend son champ de recherche à la plage et l'aperçoit enfin, seul, assis au milieu du sable, à plusieurs mètres de là.
Elle descend du bateau, parcourt le long ponton latté et arpente doucement la plage pour le rejoindre ; le sable poudreux lui caresse la plante des pieds.
Il ne relève pas la tête quand bien même il l'entend approcher mais lorsqu'elle s'assoit tout près de lui et dépose sa joue sur son épaule, il saisit sa main et la porte à sa bouche pour y déposer un baiser. Elle sait à quoi il pense alors elle ne lui pose pas la question et le silence demeure encore quelques instants, laissant le seul bruit des vagues bercer la nuit.
- Je suis contente pour Fernando, souffle-t-elle enfin. C'est un gars bien et ça va aller, pour lui, maintenant.
- Ouais, confirme Michael, le regard perdu vers l'horizon. C'est juste dommage que tout le monde n'ait pas eu sa chance.
- Tu sais ce qu'il m'a dit, cet après-midi, pendant que je faisais les gâteaux au kiwi pour Bellick et que j'en étais pas spécialement fière ?
- Non…
- Il m'a dit que je restais quelqu'un de gentil malgré tout parce que j'avais insisté pour qu'on ait l'adrénaline, pour que Bellick ne meure pas en fait…
Sara redresse sa tête pour pouvoir regarder Michael.
- C'est la différence entre les bons et les méchants : l'intention. Et toi ton intention elle était bonne aussi… Tu n'as voulu aucune de ces disparitions.
Il baisse les yeux, fronce les sourcils.
- Je sais mais je peux pas m'empêcher de me trouver une part de responsabilité, confie-t-il.
Sara secoue la tête mais elle sait qu'il serait inutile qu'elle s'obstine à lui répéter que ce n'est pas le cas.
- Je suis pas dans ta tête, je sais pas ce que tu vois quand tu te regardes dans la glace mais ce qui est sûr c'est que je veux pas que tu y voies un criminel. Malgré tout ce qui a pu se passer tu restes quelqu'un de bien. T'avais rien à faire à Fox River et t'auras jamais rien à faire dans quelle autre prison que ce soit, sinon je serais pas tombée amoureuse de toi !
Ces derniers mots lui arrachent un petit sourire auquel elle fait écho.
- Et ce que je veux surtout pas non plus, poursuit-elle, c'est que tu doutes de ta légitimité à être libre et heureux aujourd'hui. Surtout que… aucune des punitions que tu t'infligeras ne les fera revenir. La seule chose qui peut être faite, pour leur rendre un semblant de justice, c'est la condamnation des véritables responsables de tout ça, non ?
- Si, admet-il timidement. Probablement.
- Quand t'as eu Bruce au téléphone cet après-midi est-ce que t'as évoqué le sujet avec lui ?
Michael détourne le regard et elle comprend que ça veut dire non. Elle soupire.
- Je veux pas le mettre en danger, se justifie-t-il. Je veux pas qu'il y ait d'autres victimes.
- Mais y en aura forcément d'autres si rien n'est fait pour les arrêter, argue Sara. Je vais rappeler Bruce demain, simplement pour lui demander d'alerter les autorités compétentes, d'accord ?
Il hoche la tête, il n'a pas vraiment le choix.
Elle sait que cette idée ne l'enthousiasme pas plus que ça, pour les raisons qu'il vient de lui donner, mais elle est aussi persuadée que, même s'il n'en a pas encore vraiment conscience, le fait qu'une justice soit rendue saura le libérer d'une partie du poids qu'il porte.
Elle bouge pour venir s'asseoir sur ses cuisses. Elle croise ses jambes autour de sa taille, ses bras autour de son cou ; il lui chipe un baiser au passage et joins ses mains sur le bas de son dos. Elle le contemple un instant, sous la lumière grise de la lune qui satine sa peau, et caresse sa joue.
- Tu sais, ces deux derniers mois n'ont pas été évidents pour moi non plus, murmure-t-elle. Mais aujourd'hui je suis plutôt heureuse et… j'aimerai être sûre qu'il en est de même pour toi. Je sais que tu penses beaucoup à tout ce qui s'est passé, aux personnes disparues en cours de route, je le vois à chaque fois : tes yeux se voilent, ton regard se perd dans le vide, ton visage est complètement fermé… et moi…
Elle prend une profonde inspiration...
- … moi ça me fait peur parce que…
… mais ne peut empêcher ses yeux de se mettre à briller plus que de raison.
- … je redoute que ça te ronge, que tu parviennes pas à supporter tout ça et que…
Ses lèvres tremblent fébrilement, elle baisse les paupières et deux larmes coulent le long de ses joues.
- Sara…, s'inquiète-t-il tout en replaçant une mèche de ses cheveux derrière son oreille.
- Je n'ai plus que toi Michael, et… si t'es plus là j'aurais plus de raison d'être là non plus.
Et bien sûr son « là » définit quelque chose d'un peu plus vaste que la plage, que le Panama ou même que la Terre entière. Il fronce les sourcils, secoue la tête. Il saisit le visage de Sara entre ses mains et de ses pouces il efface de ses joues les traînés humides laissées par ses larmes.
- Dis pas des choses comme ça, ordonne-t-il. On va pas se faire un remake de Roméo et Juliette hein ! glisse-t-il pour d'étendre un peu l'atmosphère.
Et ça marche puisque Sara laisse échapper un petit rire.
- C'est vrai que j'y pense, avoue-t-il ensuite. À Veronica, Charles, l'Acrobate… Mon père… Ton père… Mais je finis toujours par te voir, t'apercevoir, ou juste t'entendre, et… je me dis que je voudrais être nulle part ailleurs que près de toi.
Il insiste du regard et elle hoche doucement la tête.
- Alors malgré tout ce que je viens de traverser, reprend-il, je suis heureux aussi Sara, grâce à toi.
Elle sourit et de son pouce il caresse la parenthèse qui se creuse sur sa joue.
- Et je sais que je le resterai tout pendant qu'on sera ensemble, murmure-t-il.
Elle vient déposer son front contre le sien et ferme les yeux lorsqu'il passe une main dans ses cheveux puis embrasse délicatement la commissure de ses lèvres.
- Si seulement tu soupçonnais ne serait-ce qu'un peu de tout le bien que tu me fais, souffle-t-il.
