Auteur : Verityburns
Titre original : The Heart In The Whole
Statut de la fic originale : 21 chapitres, terminée
Traduction : Shima-chan
Note de l'auteur : Cette histoire se situe juste après l'épisode The Great Game, mais elle n'est en aucun cas la suite de ma précédente histoire, The Road Less Traveled.
Note de la traductrice : Merci à Clina9, Petite Amande, Falyla, Rei Li-chan, Yumi-chan, Lawy, Leyla KTK, Egwene Al' Vere, Fuyu Potter-Malefoy et titesouris pour leurs commentaires, ainsi qu'aux lecteurs qui ajoutent cette histoire à leurs alertes ou favoris. N'hésitez pas à laisser un petit mot, je ne mords pas et réponds systématiquement !
Désolée du retard, encore un week-end loin de chez moi. Mais un chapitre qui va encore vous mettre le feu aux poudres xD
Bonne lecture !
THE HEART IN THE WHOLE
Chapitre 12 - Tension
Sherlock rêvait. Il savait qu'il rêvait, mais il était toujours aveugle dans son rêve, ce qu'il trouvait parfaitement injuste.
Il était seul. Il y avait d'autres personnes, il entendait des voix. Mycroft, Mme Hudson, Lestrade, même Mère (qui l'avait laissée sortir ?), mais il était seul. Il travaillait, il y avait une affaire. Des gens parlaient, lui parlaient et il leur répondait, mais il était toujours seul.
Il se réveilla en sursaut, ouvrant ses yeux par automatisme, avant de concentrer ses autres sens sur les alentours. Odeur de Chinois à emporter refroidi – salon. Matière familière sous ses mains – canapé. Léger trafic nocturne – c'était la nuit. Correction… bruit du camion de lait tournant au coin de la rue – tôt le matin. Il écouta, tendant la main vers l'autre siège pour être sûr… pas de John.
Cela faisait trois nuits et deux jours complets qu'Anthea avait laissé le dossier. Ils étaient restés debout toute la première nuit pendant que John lisait les rapports à voix haute, parcourant chaque document, ce qui lui prit une bonne partie du jour suivant. Il lut jusqu'à en avoir la voix rauque et ne plus pouvoir se concentrer sur les mots, puis passa la nuit à somnoler inconfortablement sur le canapé alors que Sherlock rejouait tout dans sa tête, cherchant des connexions, essayant de relier les points, réveillant parfois John pour vérifier un fait ou répéter quelque chose.
Le jour suivant, la veille en fait, puisque c'était maintenant le petit matin, John avait passé la journée à étudier les photos, décrivant les gens, les scènes, les reconstitutions, tout, avant de finalement annoncer qu'il allait au lit, ne devant absolument pas être dérangé, sauf en cas d'urgence non liée au dossier.
Sherlock avait repoussé son besoin de dormir comme il le faisait d'habitude, mais il semblait que son corps l'ait trahi. C'était plus difficile de rester concentré sans être capable de se focaliser visuellement sur quelque chose. Peut-être avait-il besoin de plus de sommeil que d'ordinaire pour récupérer, puisqu'il ressentait une puissante envie d'aller au lit maintenant, ce qui était étrange étant donné qu'il était plutôt heureux de se vautrer sur le canapé quand il travaillait sur une affaire.
Bien sûr, il pouvait aussi blâmer la nourriture que John l'avait forcé à manger, refusant obstinément de retoucher aux photos tant que Sherlock n'aurait pas cessé son marathon qui durait depuis plus de 48 heures. Les arguments, les bouderies et les mots durs avaient été vains. John pouvait être incroyablement borné. Si quelqu'un d'autre avait été autorisé à lire le dossier, Sherlock l'aurait appelé plutôt que d'abandonner, mais il n'y avait qu'Anthea et c'était juste… non.
Sans vraiment prendre de décision consciente, il se leva, puis se demanda si John serait remonté à l'étage maintenant que les symptômes de Sherlock, autre que la cécité, semblaient avoir disparu, et surtout après les insultes hurlées pendant leur débat du dîner… Il pouvait aussi bien vérifier sa chambre en premier, puisqu'elle était plus près, décida Serlock. Il avait besoin de mettre son pyjama, de toutes façons.
John était là. La pièce était plus accueillante que lorsqu'elle était vide, et il put distinguer la chaude odeur de John signifiant « maison » aussitôt qu'il eut franchit le seuil, puis entendit sa respiration calme comme il approchait du lit, s'asseyant précautionneusement sur le bord et tendant la main.
John était couché sur son côté gauche, alors son dos faisait face à Sherlock. Son bras droit était jeté en travers de l'autre moitié du lit, restant la paume contre l'endroit où Sherlock aurait dû être normalement. Il était profondément endormi, ne tressaillant même pas quand la main de Sherlock se posa sur lui et qu'elle continua son mouvement, caressant en remontant de son bras jusqu'à son épaule, puis passant gentiment dans ses cheveux.
Il n'y avait eu aucun développement du côté physique de leur relation depuis cet après-midi dans le fauteuil, quand John s'était épanché dramatiquement. Dès qu'ils avaient commencé à travailler sur le dossier, Sherlock s'était jeté à corps perdu dans l'affaire, absorbant les informations que John relayait, bâtissant un réseau de faits dans sa tête, une base de données et de références croisées complexe qu'il continuait de faire tourner, encore et encore, confiant dans le fait que s'il finissait par la tenir dans le bon angle de vue, les liens cachés se révèleraient d'eux-mêmes.
Il était bien conscient que, malgré tous ses efforts pour concentrer son attention sur ce problème, il y avait toujours un autre niveau de son cerveau qui rejouait les moments passés avec John, le baiser toujours secret, le massage, se réveiller ensemble, se tenir la main dans le taxi (John lui tenait souvent la main, alors pourquoi cet instant-là revêtait-il autant d'importance ?), et cette fois-là dans le fauteuil… La réaction de John avait été si forte. Écrasante.
Sherlock y repensa alors que sa main caressait le dos de John, souhaitant sans vraiment y penser qu'il ne portât pas son traditionnel tee-shirt. Bien qu'il ait avoué être volontaire pour explorer cette zone de connaissances avec John, il n'arrivait pas vraiment à imaginer perdre le contrôler à ce point. Y penser le mettait définitivement mal à l'aise.
Il en voulait aussi à la puissance de son cerveau qui se laissait détourner de l'affaire par cette distraction. Il n'avait jamais vécu cela auparavant. L'affaire était tout. Toujours. Tous les détails quotidiens comme manger, dormir, l'ennui banal du cours de la vie, ils s'évanouissaient au loin quand il avait une affaire, surtout une affaire comme celle-là, brillante, lumineuse et intéressant, qui requérait toute son attention.
John avait toujours été un atout avant cela, et bien sûr il l'était encore cette fois-ci, Sherlock ne pouvait nier qu'il serait impuissant sans lui en ce moment. Mais parfois, John disait son nom et Sherlock voulait que sa voix sonne différemment, qu'elle soit essoufflée et rauque. Parfois, Sherlock voulait prendre sa main et se souvenir tenir autre chose. Parfois, l'urgence de simplement se jeter sur John et exiger… quelque chose, il ne savait même pas quoi, annihilait sa capacité à absorber l'information et il lui demandait de répéter toute une partie d'un rapport. C'était inacceptable, et Sherlock ne savait pas quoi faire à ce propos.
Ajouté à ça la frustration de ne pas pouvoir étudier lui-même le dossier, le flot d'informations entrant dans son cerveau étant limité par la vitesse de lecture de John, et Sherlock avait juste été sur le point d'exploser quand John avait insisté pour qu'il mange quelque chose. La dispute qui en avait découlé avait été une des plus sérieuses depuis que Sherlock était sorti du coma, et elle lui avait donné l'opportunité parfaite pour relâcher un peu la pression.
Ça n'avait pas vraiment été une dispute, d'ailleurs, s'il devait être honnête. John avait donné son point de vue et refusé d'en bouger, pendant que Sherlock tempêtait, devenant de plus en plus désobligeant à mesure que le temps passait et que John ne cédait toujours pas. S'il avait pensé que John serait plus facile à manipuler maintenant, avec ses sentiments aux vues et aux sus de tous, alors Sherlock s'était bien trompé.
Il s'était mal comporté, il le savait, en rejetant sa frustration sur John, la dernière personne au monde à mériter ça. Il repassa ses doigts dans les cheveux de John. À sa grande honte, il s'était montré distant et boudeur toute la soirée, bien que, après qu'ils aient mangé, John avait commencé à repasser en revue les photos sans aucun commentaire, ne se réjouissant même pas de sa victoire et continuant sans doute plus tard qu'il ne l'aurait voulu, jusqu'à ce que les questions de Sherlock se fassent plus rares et qu'il aille se coucher. Sherlock glissa sa main sous les draps, explorant… pas de pyjama. John avait dû seulement retirer son short et son tee-shirt avant de tomber d'épuisement.
Sherlock se sentit mal, ce qui était encore une nouvelle sensation et une qu'il n'aimait pas du tout. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Pourquoi avait-il tous ces sentiments maintenant, sans se rappeler les avoir ressentis avant ? Étaient-ils un effet secondaire de son traumatisme crânien ? Cette connexion avec John, le lien qui le faisait se sentir si coupable, cela pouvait simplement être de la dépendance basée puisqu'il ne pouvait plus se débrouiller seul. Quelle part était vraie, et quelle part s'évanouirait quand sa vue reviendrait et qu'il reviendrait à la normale ?
Il voulait explorer la partie physique avec John, parfois il avait l'impression que c'était tout ce qu'il voulait, et peut-être que maintenant qu'il avait toutes les informations en tête, ils auraient un peu de temps. Mais John avait eu raison dans le taxi : Sherlock n'était pas encore sûr.
Progressivement, il se rendit compte qu'il était assis là à passer sa main dans les cheveux de John. Il se leva, secoua la tête : il devait être plus fatigué que ce qu'il avait pensé. Il retira ses vêtements sauf ses sous-vêtements, ne s'embêtant pas d'un pyjama, et se mit au lit, soulevant la main de John et se glissant dessous, de sorte qu'elle reposait maintenant sur sa poitrine. Quelques minutes plus tard, il dormait.
John s'éveilla en un battement de cœur, soudainement en état d'alerte. C'était le matin, la lumière du jour contournant les épais rideaux et entourant d'un halo l'épaule et le bras de Sherlock qui lui tournait le dos. La peau était chaude sous la main de John qui reposait sur sa taille. Il tremblait.
John cligna plusieurs fois des yeux, repoussant le sommeil qui alourdissait ses paupières. La respiration de Sherlock était difficile et il tremblait… Pleurait-il ? John l'avait vu pleurer plusieurs fois, des larmes de crocodile qui s'évanouissaient aussi vite qu'elles étaient apparues dès que le résultat attendu avait été obtenu, mais il ne pouvait l'imaginer brisé à ce point-là. Non que Sherlock soit aussi insensible qu'il le prétendait, mais il aurait été bien plus enclin à tirer dans le mur qu'à s'autoriser une réaction aussi humaine que des larmes. Peut-être avait-il mal quelque part ?
John tenta de l'appeler, mais il n'y eut pas de réponse. Il remonta sa main jusqu'à l'épaule de Sherlock et tira, essayant de le faire rouler sur son dos, mais il ne fit que se replier sur lui-même. Il gémissait, maintenant.
Son inquiétude grandissant, John se glissa hors du lit et en fit le tour. Sherlock était presque au milieu du lit, comme d'habitude, alors il y avait assez de place pour qu'il s'y mette et voie son visage. Sherlock ne pleurait pas, mais il était clairement tendu. Les mouvements de ses paupières indiquaient un sommeil paradoxal : il faisait un cauchemar.
John se rapprocha et posa ses deux mains sur le visage de Sherlock, l'appelant et lui demandant de se réveiller. Après plusieurs répétitions, Sherlock s'exécuta, ses yeux s'ouvrant brutalement, ses mains volant pour saisir John.
« C'était un rêve, tu vas bien, tout va bien, » murmura John paisiblement.
« John ? » La voix de Sherlock craqua sur le nom. « John, je… » Il s'arrêta, étendant ses jambes de la position recroquevillée qu'il avait eue en s'éveillant puis il se retourna sur lui-même, poussant John sur le dos et se déplaçant pour recouvrir son corps du sien. Il leva sa main droite pour passer son pouce sur le front de John, caressant de haut en bas comme pour vérifier quelque chose.
« Sherlock, qu'est-ce qu'il y a ? » demanda John, fixant l'expression douloureuse au-dessus de lui. « C'était juste un rêve. Tout va bien. Tu vas bien. » C'était la première fois qu'il voyait Sherlock souffrir d'un cauchemar. Il se demanda si ça lui était arrivé souvent avant sa blessure.
Il expira brutalement quand Sherlock se laissa tomber sur lui et enfouit son visage dans le cou de John, inspirant profondément et aussi… John pouvait sentir quelque chose d'humide. Il se demanda encore une fois si c'était des larmes, puis reconnut la sensation d'une bouche contre sa gorge, la langue de Sherlock goûtant sa peau, comme pour vérifier sa présence à travers tous les sens possibles.
John leva les bras et commença à caresser de haut en bas le large dos qui s'offrait à lui. Le large dos nu, corrigea-t-il, autorisant sa main à glisser plus bas, vérifiant… il pouvait sentir une ceinture élastique, mais une des cuisses de Sherlock était pressée entre les siennes et elle était définitivement nue, alors ce devait seulement être l'élastique de son sous-vêtement.
John s'était couché alors qu'il était très en colère contre Sherlock, il s'était senti blessé et contrarié, quand bien même il pouvait comprendre la frustration qui avait suscité une telle explosion. Depuis le coma, ça avait été tous les deux contre le reste du monde de bien des manières… il y avait eu des désaccords, mais leur connexion n'avait jamais été remise en cause. Maintenant, c'était comme si Sherlock se battait contre ce lien, comme s'il essayait de revenir à son ancien lui, et ça le frustrait quand ses limites physiques empêchaient sa réussite.
Cependant, l'homme qui tremblait dans ses bras avait clairement besoin de lui maintenant et aucune colère ou blessure ne détournerait John de ce fait. Il replia son genou, posant sa plante de pied sur le lit pour faire levier, puis les roula tous deux sur le côté, remontant ses mains pour prendre le visage de Sherlock en coupe.
« Est-ce que tu veux m'en parler ? » demanda-t-il.
Sherlock leva la tête, passant son doigt sur le front de John une nouvelle fois. « Nous étions à la piscine, » dit-il, sa voix rauque grinçante. « C'était juste comme tu l'as décrit, alors je ne sais pas si je m'en souviens ou si je visualise juste la scène. »
« D'accord, et bien décris quelque chose que je n'ai pas mentionné, » suggéra John. « De quelle couleur étaient les rideaux des cabines – je ne crois pas que c'était dans le rapport ? »
« Non, ça n'y était pas, » acquiesça Sherlock. « Ils étaient bleus et rouges, en alternance. »
« C'est ça, » confirma John. « Alors tu te souviens de tout, maintenant ? Et à propos de Moriarty ? Parce que ça pourrait être utile – jusqu'ici tu ne te souvenais que du "Jim de l'informatique" et je ne suis pas sûr que ces mots soient suffisants pour réellement décrire à quoi il ressemblait, combien il était… dérangé. »
« Je ne sais pas, John, » dit Sherlock doucement. « Il semble que cette partie soit un souvenir réel, le cadre du moins, et oui, Moriarty était là, je l'ai vu brièvement : costume sombre – Westwood ? –, tee-shirt blanc, pince à cravate en argent, mais… » Il s'arrêta, baissant son bras pour envelopper le corps de John et se pencha pour presser leurs fronts l'un contre l'autre.
« Quoi ? » demanda John. « Qu'est-ce que ça signifie ? » Il n'avait pas retranscrit tout ce que Moriarty avait dit, seulement ce qu'il avait cru être réellement important sur le moment. « Te souviens-tu de quelque chose qui n'était pas dans le rapport ? »
« Je pense qu'on peut dire ça, oui, » répondit Sherlock, ses doigts agrippant le tee-shirt de John. « Nous étions tous les deux abattus. »
John s'éloigna pour le regarder, mais son expression ne trahissait rien. « Nous étions tous les deux abattus ? » répéta-t-il, puis souhaitant ne pas l'avoir fait quand Sherlock tressaillit et déplaça à nouveau sa main vers le front de John. Il commençait à comprendre. « J'étais touché à la tête ? » proposa-t-il. Sherlock acquiesça. « Devant toi ? » Un autre acquiescement. « Et toi ? » demanda-t-il.
« Poitrine, » répondit Sherlock. « J'étais touché à la poitrine. C'est ce qui m'a réveillé. »
« D'accord, » dit John doucement, son regard tombant automatiquement sur la poitrine nue de Sherlock, qu'il n'avait pas encore touchée. Mais maintenant, son bras droit était coincé entre leurs corps et sa paume s'y étalait. « Bien, clairement une part de souvenir et une part d'imagination pour celui-là, » dit-il en essayant de ne pas se focaliser sur la chaleur de la peau sous sa main. Pourquoi ce satané bonhomme ne portait-il pas de pyjama ?
John s'énerva contre lui-même. Quelle que soit la manière dont on regardait ça, c'était inapproprié de sa part de se sentir excité dans cette situation. Sherlock était clairement désorienté et avait besoin de confort et de compréhension, et non pas d'être chatouillé par une érection persistante.
En même temps, après la façon dont Sherlock s'était comporté la veille, et les choses blessantes qu'il avait dites, John ne voulait pas lui donner la satisfaction de savoir qu'il était toujours le déclencheur du bouton « On » de John. Parce que dès que Sherlock se rendrait compte qu'il n'avait qu'à retirer son jean pour que John oublie jusqu'à la raison de leur dispute, alors il se ferait bel et bien baiser, et pas d'une bonne façon.
Bougeant un peu sur le lit, Sherlock posa sa main droite dans le cou de John, son pouce caressant le bord de sa mâchoire. « J'ai envie de t'embrasser, John, » dit-il.
La respiration de John se bloqua dans sa gorge, mais Sherlock poursuivit.
« J'en ai envie, mais je ne le ferai pas, parce que tu avais raison… Je ne suis pas sûr. » John déglutit et hocha la tête, sachant que Sherlock le sentirait et reconnaîtrait le mouvement.
« Je veux être honnête avec toi, » continua Sherlock. « Tu mérites au moins ça. » Il fit une pause, ses doigts se resserrèrent. « Je suis désolé pour hier, pour les choses que je t'ai dites. » Il semblait vraiment le regretter, remarqua John. Ce n'était pas une expression familière, et c'était comme si elle s'était aventurée sur le mauvais visage sans savoir vraiment ce qu'elle faisait là.
« Tu n'essaies pas vraiment de me contrôler, c'était injuste, » admit Sherlock. « Et les autres choses… J'étais juste frustré et en colère, et je me suis défoulé sur toi parce que je sais que tu ne me quitteras pas. » Il se figea. « J'ai dû changer, » décida-t-il. « L'ancien moi aurait pris avantage de quelque chose comme ça – j'utilisais le béguin de Molly pour obtenir ce que je voulais à la morgue, sans cesse, puis je l'ignorais. » Il s'arrêta un moment. « En fait, je continuerai à le faire, » ajouta-t-il. « Intéressant. »
Il secoua la tête et John le regarda faire, fasciner d'être le témoin d'un Sherlock essayant de s'auto-analyser.
« Mais tu es différent, » lui dit Sherlock. « Te blesser me blesse. » Il eut l'air surpris par cette réalisation. « Je suis désolé, » appuya-t-il. « Et je vais essayer de ne plus recommencer. J'ai des sentiments pour toi, » – c'était le cœur de John qui battait la chamade, maintenant – « mais je ne suis pas sûr d'où ils viennent ou si je peux leur faire confiance. »
Il se rapprocha, papillonnant ses lèvres le long de la mâchoire de John alors qu'il parlait. « Alors, même si j'ai vraiment, » – ses mots étaient interrompu par chaque baiser – « vraiment très envie de t'embrasser comme il se doit, » – il tourna la tête de John pour pouvoir continuer sa route – « je respecterai ta demande et j'attendrai d'être sûr. » Il termina son exposé en chatouillant l'oreille de John avant de relever la tête. « Es-tu toujours… Je veux dire, me pardonneras-tu ? »
John respirait difficilement. À un certain niveau, il était conscient de ce que Sherlock avait presque demandé et du fait que la profondeur de ses sentiments n'était clairement pas un secret. Cependant, il semblait y avoir un certain manque d'afflux sanguin à son cerveau et il avait des problèmes à rester cohérent.
« Oui, » réussit-il à dire, ce qui sembla couvrir l'essentiel, et c'était à peu près tout ce dont il était capable avec Sherlock de toutes façons.
« Est-ce que tu veux te lever ? » lui demanda Sherlock, foulant au pied les bribes d'intelligence que John avait réussi à rassembler. « C'est juste que j'ai besoin de réfléchir, et que j'aimerais assez le faire ici, avec toi, si tu penses que tu peux dormir encore un peu ? »
John soupira en frissonnant, essayant de débarrasser son esprit des insinuations de bas étages dont il se remplissait et se reprit. « Tu veux dire que tu veux un câlin ? » demanda-t-il.
« Tu es d'accord ? » s'enquit Sherlock. « Toutes les données sont là, maintenant. » Il tapota sa tempe. « Merci à toi, » ajouta-t-il en pressant un autre baiser sur la tempe de John. « J'ai juste besoin de laisser tout ça décanter un moment. »
John considéra ses options. Il n'allait pas laisser passer l'opportunité de passer quelques heures enveloppé dans les bras d'un Sherlock presque nu. Cependant, il était assez conscient d'où allait se retrouver son érection, ce qui serait assez maladroit et, en fin de compte, carrément inconfortable.
« Ça m'a l'air bien, » dit-il. « Laisse-moi juste aller me rafraîchir, je vais prendre une douche rapide. Je reviens dans dix minutes. »
Sherlock n'eut pas l'air convaincu. « Ça te prend quinze minutes, d'habitude, » indiqua-t-il.
John baissa les yeux, pour une fois reconnaissant que les yeux de Sherlock ne puissent pas suivre son regard. « Je pense que dix, ça le fera, » dit-il. « Peut-être moins. »
Quand l'appel de Lestrade arriva, John fut furieux de se voir réveiller d'un aussi profond sommeil. Pas furieux d'être réveillé, mais furieux de découvrir qu'il avait dormi près de trois heures, enlacé presque nu. La fatigue des deux nuits précédentes l'avait rattrapé seulement quelques minutes après qu'il soit revenu de sa « douche ».
Sherlock, cependant, avait semblé ravi de cet appel, et il exigea que John sorte du lit immédiatement et aille mettre la bouilloire en route. « Du changement nous fera du bien, John, » insista-t-il. « Tu as besoin de sortir de l'appartement un moment. »
John avait fait les cent pas dans la cuisine, marmonnant pour lui-même alors qu'il préparait le thé et quelques toasts, entendant finalement Sherlock bouger pour se lever et s'habiller avant d'apparaître dans la cuisine, habillé aussi parfaitement que d'habitude.
Comment fait-il ça ? se demanda John avec ressentiment. Même aveugle, Sherlock avait l'air bien mieux mis et plus chic que John pourrait l'être dans son meilleur jour. Une autre chemise à col ouvert, ces clavicules à nouveau aux yeux de tous, cette longue gorge exposée. Cet homme n'avait-il donc aucune cravate ? Il se demanda s'il avait le temps pour une autre douche avant qu'ils ne se mettent en route.
« Prêt, John ? » Il y avait quelque chose dans la voix de Sherlock, mais son visage n'était que curiosité polie et il accepta le toast sans se plaindre, bien que John n'ait même pas eu à insister cette fois.
Lestrade sembla heureux de les voir sur la scène du crime, qui se trouvait dans un immeuble désaffecté. « J'aurai dû vous appeler bien avant cette histoire d'Au Pair, » dit-il, ses yeux passant de l'un à l'autre. « Ça nous aurait épargné bien du temps, mais je n'avais pas réalisé que tu pouvais toujours… » Il s'arrêta. « Je veux dire, on ne pensait pas… »
« L'avez-vous déjà fait ? » cingla Sherlock, et John offrit un sourire d'excuse alors qu'il était entraîné vers l'avant, Sherlock tirant sur son bras avec impatience.
« Désolé, » lança-t-il par-dessus son épaule. « Je pense qu'il s'est levé du mauvais côté du lit, ce matin. »
« J'étais au milieu, comme d'habitude, » indiqua Sherlock sans baisser la voix alors qu'ils progressaient plus avant vers le centre de l'activité. « C'est toi qui étais du mauvais côté. »
Le silence se fit tout autour d'eux, une forêt de sourcils s'élevèrent et des coups d'œil signifiant « Vient-il réellement de dire ça ? » s'échangèrent. John était un peu déconcerté. Il aurait plus qu'adoré qu'ils puissent avoir une relation connue de tous, mais ils n'en avaient pas pas du tout discuté et il n'était pas sûr que Sherlock envisage bien les ramifications.
« Le corps, John ? » l'interrompit Sherlock, insouciant de l'avalanche de rumeurs qu'il venait juste de lancer.
Lestrade s'avança, lançant un coup d'œil moqueur à John qui commença à expliquer le problème du corps non identifié trouvé plus tôt ce jour-là.
Une fois qu'il eut joué son rôle, ses devoirs de description assurés, John recula d'un pas pour regarder Sherlock parler avec Lestrade et Sally, se réjouissant de le voir revenu dans son élément naturel, jusqu'à ce qu'une voix nasillarde ne parlât derrière lui.
« J'ai cru comprendre que vous aviez été promu ? » C'était Anderson, tout juste arrivé et pas du tout content de trouver Sherlock piétinant ses plates-bandes, une nouvelle fois.
John se tendit. Personne ne lui avait rien demandé à propos du commentaire de Sherlock et il n'était pas sûr du tout de comment réagir.
« De chien de garde à chien d'aveugle, si j'ai bien compris ? » continua l'indésirable et John soupira de soulagement en réalisant qu'Anderson n'avait pas encore entendu la dernière rumeur, mais était juste l'exécrable lui-même habituel.
Sherlock tourna la tête à ce moment-là, cherchant clairement quelque chose. « John ! » appela-t-il.
Anderson renifla avec dédain. « Vous savez, il a dit ça exactement de la même manière qu'on appellerait Médor ! » dit-il. « Je pense que "chien" est le terme juste. »
« Dégage, Anderson, » répondit John en s'éloignant pour rejoindre Sherlock dont les yeux s'étrécirent comme il approchait et dont l'attention était clairement concentrée derrière lui.
« Ne parlez pas, Anderson. Ça vous fait paraître stupide, » dit-il à voix haute, avançant dans sa direction et attrapant la main de John en chemin. « Bien que, à en juger par le Sergent Donovan, il semblerait que je doive vous remercier d'avoir changer pour un déodorant moins désagréable. » Il s'arrêta juste devant Anderson et renifla.
« Oh, au temps pour moi, » dit-il en secouant la tête. « Il semble que les félicitations aillent à Sally pour avoir amélioré ses goûts en matière d'hommes. Même si, vraiment… » il se tourna vers Sally, qui avait un air horrifié sur le visage, « vous devriez vraiment penser à avoir vos propres effets personnels, si vous devez avoir tant de réunions tardives pour des affaires nocturnes. »
Les choses s'enchaînèrent rapidement à partir de là et, dès que Sherlock eut donné ses conclusions, John fut heureux de l'entraîner loin de là. Le retour en taxi fut inconfortable et Sherlock resta silencieux, gardant sa tête baissée et ses mains pour lui-même.
Quoique ce n'était pas sa tête « Je réfléchis », décida John. Il semblait au bord du gouffre : agité, sérieusement blessé, comme si le plus petit coup de coude risquait de produire la plus formidable des explosions. Après le discours emphatiquement de la veille, John n'était vraiment pas d'humeur à remettre ça. Dès qu'ils furent dans l'appartement, il ferma la porte du salon et fit deux pas à l'intérieur alors que Sherlock se tournait vers lui.
« Écoute, » dit-il. « Je sais que tu es frustré par ta situation actuelle, je sais que c'est difficile. » Le visage de Sherlock sembla se tordre en écoutant ça, mais il fut bien vite de nouveau inexpressif.
« Mais trop, c'est trop, » continua John. « Tu étais horrible avec moi hier et oui, je sais que tu t'es excusé, mais tu n'as pas expliqué pourquoi, pas vraiment. Puis tu as été encore pire que d'habitude avec Anderson, ce dont, d'accord, je me fiche, mais cette pauvre Sally ne méritait pas ça. »
Il étudia son ami, cherchant un indice à ce qui avait causé cette irritabilité grandissante et cette impatience. « C'est quoi ton problème ? » demanda-t-il.
La frustration de Sherlock se lisait à travers le masque froid sur son visage. Sa joue frémissait de tension et John regarda ses poings s'ouvrir et se fermer. Il semblait essayer de se calmer. Clairement en vain, puisqu'il fit un pas en avant, jusqu'à ce qu'il soit juste devant John. « C'est toi ! » s'exclama-t-il, virevoltant dramatiquement et faisant quelques grands pas dans la direction opposée.
John recula, ayant l'impression d'avoir reçu un coup de poing dans l'estomac. Il eut à peine le temps de s'arrêter sur l'horrible sensation avant que Sherlock ne soit à nouveau face à lui, cherchant et trouvant ses épaules pour le pousser contre le mur.
« Tu es dans ma tête, » dit-il d'une voix tendue. « Je ne peux pas me concentrer. Je ne pas réfléchir. Je bloque tout mais tu passes au travers. Je n'arrête pas de me rappeler… » Il recula brutalement et passa ses mains dans ses cheveux. « Tu me rends fou ! » Il se détourna encore une fois.
John se sentit mieux. Beaucoup mieux. Mieux, en fait, qu'il ne l'avait été depuis un très long moment.
« Qu'est-ce que tu veux, Sherlock ? » demanda-t-il gentiment, ses yeux errant sur la silhouette raidie dos à lui. Si la curiosité de Sherlock se transformait en désir, la dernière chose que voulait faire John était de le repousser.
Sherlock regardait toujours ailleurs, mais il secoua la tête. « Je ne sais pas, John, » admit-il en paraissant bien plus calme après sa petite crise. « À quoi me sert mon cerveau, maintenant ? Je sais que je veux quelque chose, mais je ne sais même pas ce que c'est. » Il se retourna et se laissa tomber sur l'accoudoir du canapé.
« Et bien, si tu veux mon diagnostic, » commença John, et Sherlock releva rapidement la tête, espérant clairement qu'il y eût une explication médicale à ses symptômes. « Je dirai que tu souffre d'un cas classique de boules bleues (1). »
Sherlock ne réagit pas et John soupira. « Frustration sexuelle, » expliqua-t-il en avançant de quelques pas.
« Je sais que tu as été excité par le massage, qui a eu lieu… » Il prit un moment pour y repenser, les derniers jours se mélangeant en un brouillard dans son esprit. « Il y a quatre nuits, » calcula-t-il. « Tu as pris une douche après ça, est-ce que tu t'es au moins branlé depuis ? » demanda-t-il crûment
La bouche de Sherlock s'ouvrit et une légère tâche rouge apparut sur ses joues. « Je n'ai pas… je veux dire… si, mais j'ai rarement… » Le rouge s'étendait et John regardait, fasciné. « Non, » répondit finalement Sherlock en secouant la tête.
Les sourcils de John atteignaient presque la limite de ses cheveux, mais il réussit à garder un ton égal. « Bien. D'accord. Bien, » dit-il, comme s'il ne pensait pas que ça devait figurer sur le top dix de la liste des trucs bizarres de n'importe quel homme.
« Et puis, les choses ont été plutôt intenses dans le taxi, suivi, bien sûr, de toi t'occupant de moi cette après-midi-là. » Il réfléchit. « Pour être honnête, je ne faisais pas vraiment attention à tes réactions à ce moment-là, » admit-il. « Mais j'étais allongé dos à toi et je suis presque sûr que tu étais au moins à moitié excité. Est-ce juste ? »
Sherlock avait l'air de vouloir faire n'importe quoi d'autre plutôt que d'avoir cette conversation, mais il raidit les épaules et acquiesça.
« Et tu n'as rien fait pour ça depuis ? » demanda John. « Tu n'as pas… »
« Non. » L'interruption fut immédiate.
« Bien, alors on y est, » dit John, avec l'air de celui qui énonce l'évidence. Sherlock semblait toujours ahuri. Principalement embarrassé, mais encore ahuri.
John soupira. Comment un homme adulte pouvait être aussi ignorant ? Puis il se souvint du système solaire et roule des yeux.
« Tu fais monter la tension dans ton corps, mais tu ne lui offres aucune porte de sortie, » expliqua-t-il. « Surtout, » ajouta-t-il pensivement, « que nous n'avons rien fait ces derniers jours, à part un câlin ce matin. J'aurai pensé que ça serait passé, maintenant. »
Sherlock renifla avec dédain. « Ça empire, plutôt, » dit-il. « Tu as dormi tout le temps, ce matin. C'était de plus en plus difficile de se concentrer sur tout ce qui n'était pas toi. Maintenant, j'ai l'impression qu'il me suffit de te sentir pour être… » Il s'arrêta, faisant un vague signe du bras mais les mots seuls suffirent à attirer l'attention de John sur sa braguette. Il était assis, impossible à dire.
John bougea jusqu'à être à portée de main de Sherlock et il entendit la brève inspiration hachée.
Les mains se levèrent pour agripper ses hanches et le tirèrent en avant, puis Sherlock se pencha et posa son front sur la poitrine de John. « Fais quelque chose, John, » dit-il, quelque part entre une prière et un ordre.
John prit le visage de Sherlock entre ses mains et le releva, puis s'approcha d'un pas, de sorte qu'ils étaient pressés fermement l'un contre l'autre, sentant les longs bras glisser autour de sa taille pour le serrer fermement. Putain de merde, pensa-t-il quand leurs corps entrèrent en contact : Sherlock ne plaisantait pas.
Il savait que sa voix serait instable, mais il parla quand même. « Bien, » dit-il. « De toute évidence, il y a un problème que tu vas devoir régler pour mettre de l'ordre dans ta tête, si ce n'est autre chose. » Il prit une inspiration et se pencha en arrière pour voir le visage de Sherlock, si bien que l'action pressa leurs hanches ensemble, leur tirant à tous deux des gémissement.
« Il semble que la seule question est de savoir si tu veux t'en occuper toi-même, » PITIÉ NON ! pensa-t-il aussi fort que possible, « ou si tu as besoin d'une main charitable ? » Était-ce assez explicite pour quelqu'un d'aussi innocent que Sherlock ? Il valait mieux être clair, décida John. « Ou, tu sais.. » ajouta-t-il. « Une bouche ? »
À suivre…
La traductrice accepte les commentaires avec plaisir !
(1) Je ne vois pas comment ne pas traduire ça littéralement, je ne sais pas s'il y a une expression équivalente en français.
Un fanart a été réalisé par Haigidal pour verityburns : Do Something, John. Le lien est sur le profil de verityburns.
