On lui tendit le téléphone avec prudence et embarras. Hanabi encore sanglotant dans ses bras, Hinata fixa le combiné d'un œil vide, avant de tendre une main sans vie pour l'attraper.
C'était une nouvelle bien trop importante pour qu'on se permette de la laisser à un employé ; néanmoins, la femme de chambre se sentait cruelle de demander à la fille aînée d'en prendre la charge. Hinata était droite, impassible. Les tressautements de sa sœur contre elle ne l'ébranlaient en rien, elle était totalement déconnectée du monde autour de sa personne.
Lorsque les secours étaient arrivés, elle était restée postée dans le salon, pour ne pas les regarder emmener sa mère sur le brancard, enveloppée dans la couverture de sauvetage comme un déchet dans un sac poubelle. Les cris qui retentissaient dans la maisonnée lui semblaient lointains, et toutes les caresses et attentions qu'elle reçu depuis lui passèrent au travers du corps.
Quand elle avait touché le corps maternel pour la réveiller, sa froideur avait été un électrochoc ; tout était devenu blanc, plat et sans vie. Comme si le vide de ce corps abandonné avait absorbé toute son énergie et sa force. La jeune fille était restée prostrée ainsi quelques minutes, la main toujours posée sur l'épaule de sa mère, sans rien dire, comme morte à son tour. Puis lentement, elle s'était levée. D'un pas mécanique elle s'était dirigée vers le téléphone et avait appelé les pompiers, les informant de l'accident avec une voix glaciale. A son retour du collège, Hanabi s'était jetée sur elle en hurlant, et l'avait frappée, l'accusant au mensonge, avant de fondre en larmes dans ses bras. Hinata n'avait rien dit. En moins de dix minutes, toute la résidence était au courant du drame et s'agitait. Les deux sœurs étaient entourées d'une foule d'employés, leur tante se tenant à leurs côtés, le visage caché entre ses doigts.
Hinata avait maintenant le téléphone dans la main droite, l'autre sur le dos de sa cadette. C'était l'instant d'horreur que redoutaient tous les employés de la maison. L'adolescente regarda chaque visage qui se succédait autour d'elle, compatissant, larmoyant, désespéré. Ils attendaient, anxieux, qu'elle accomplisse sa tâche. Même Hanabi avait stoppé ses sanglots pour l'écouter. A cet instant précis, Hinata fut prise d'une terrible envie de rire, tellement la situation lui échappait. Elle contint son sourire en baissant la tête. Car depuis qu'elle avait vu ces yeux, vides et sans expression, tournés vers le plafond, comme s'il s'y trouvait une vérité inaccessible, tout ce monde, ces gens, ces devoirs, ces histoires… Tout cela lui semblait maintenant si petit et insignifiant. A quoi bon prendre ce téléphone, passer cet appel ? Pourquoi moi, en particulier ? Que je sois l'aînée ou la cuisinière, la nouvelle reste la même. Tout est fini, à quoi bon les convenances ?
« Pourquoi tant de drame ? » souffla-t-elle à l'assemblée, la mine toujours aussi blanche.
Hanabi releva alors la tête, rougie par les larmes, et semblant d'un seul coup bouillante d'indignation.
« Grande sœur, comment peux-tu… » Balbutia-t-elle, s'emmêlant dans ses mots. Les employés commençaient à se regarder entre eux, interloqués. Hinata ne tiqua pas. Elle regarda de nouveau le combiné, puis d'un geste lent, tapa un numéro. Portant le téléphone à son oreille, elle figea alors son regard dans celui de sa sœur, qui la dévisageait avec incompréhension et colère. A vrai dire, Hinata avait de la peine, pour sa sœur. Voilà, le seul sentiment qui planait dans son esprit à ce moment, c'était de la compassion envers Hanabi. Elle avait envie de la serrer dans ses bras à nouveau, et de la consoler… Mais elle ne parvenait pas à trouver de mots rassurants, il n'y avait que ce vide, cette absence totale d'émotion qui semblait tant révolter sa sœur.
Quelqu'un décrocha, à l'autre bout du fil, une voix grave et irritée répondit. Hinata laissa alors un petit temps, durant lequel l'interlocuteur commença déjà à s'irriter qu'on le dérange pour rien puis, soudainement, elle ouvrit la bouche et épela comme on cite une liste de courses :
« Père, maman est morte. »
La jeune fille laissa passer un temps, durant lequel son interlocuteur resta silencieux, puis elle raccrocha, sans rien ajouter de plus. Elle avait fait son devoir. Le silence était toujours le même, chacun se regardait, estomaqué. Hinata sentait les petits poings de sa sœur qui serraient ses vêtements, contre son ventre, tremblotants d'indignations.
« Tu… Eructa-t-elle, les larmes s'empâtant dans sa gorge, c'est- c'est tout ? »
L'aînée la regarda, les yeux pleins de sa compassion polie. Hanabi la repoussa violemment, révoltée, envahie par un jaillissement de haine.
« Tu t'en fous ? Siffla-t-elle, ça ne te fait rien ? Maman et morte, et tu t'en fous ? Pourquoi tant de drame, pourquoi tant de drame ; tu te rends compte un peu, de ce que tu dis ? »
L'assemblée commença à chuchoter, une grande part acquiesçant en faveur de la cadette.
« Hurler ne la fera pas revenir. » Fit Hinata, très doucement.
_ Alors quoi ? Sa sœur demanda. Alors quoi, sourions-en ? Faisons la fête, grande sœur, c'est génial, maman est morte ! »
Hinata voulut réagir à cette montée d'ironie, mais la cadette l'interrompit d'un mouvement de main.
« Va donc, va fêter ça !
_ Hanabi, tenta l'aînée, de sa voix toujours aussi faible.
_ Arrête, Hinata, c'est trop tard de faire ta grande sœur responsable, cracha-t-elle finalement. Depuis le début, tu détestes cette famille, tout le monde le sait, tu détestes Père, tu détestes les Hyuuga, et tu espères que je continue à être parfaite, que je prenne finalement ta place, pour que tu puisses fuir, c'est pour ça que moi peut-être, tu me détestes un peu moins ; mais moi, Hinata, moi je te hais, là, maintenant Parce Maman, elle te soutenait, tu le sais très bien, c'était la seule qui avait de l'espoir en toi, parce qu'au fond, tu n'es pas une méchante fille, mais là Maman est morte, et toi tu t'en fous ! Tu t'en fous ! Pourquoi tant de drame ? Pourquoi tant de drame ? Et bien maintenant tu es seule, voilà le drame ! Espère donc, que je prenne ton héritage, pour que tu puisses dégager tranquillement ; mais tu ne partiras pas, tu resteras là, parce que je te la laisse, ta place, avec plaisir, bats-toi toute seule contre Père, ne compte plus jamais sur moi, et Maman, elle ne sera plus là pour te protéger ! Ha ! Et toi tu t'en fous ! Notre mère est morte, morte, et ça ne te fait rien ! Père avait raison, tu n'es qu'une boîte vide et percée, ton corps et ton âme, ce ne sont que de vieilles décorations pour cacher le néant qui te sert de coeur ; les gens passent, sortent et t'oublient. Va donc mourir, toi aussi, mais toi on ne te pleurera pas ! »
Leur tante avait révélé ses yeux horrifiés d'entre ses mains, fixant la cadette avec le même effarement que toute la pièce. Hinata écouta, les yeux droits vers le devant.
« Une vieille boîte, répéta Hanabi, haletante, qui ne sert qu'à recevoir ce qu'on y met et à oublier ce qu'on en ressort. Notre mère est morte, pour toi ce n'est qu'une babiole en moins. »
Hinata baissa doucement les yeux, toujours impassible. Elle leva une main, et sans rien dire, la posa contre sa poitrine, comme pour s'assurer si son cœur battait toujours. Ces mots s'ancraient progressivement dans son cerveau, et lentement elle compris qu'elle venait aussi de perdre sa sœur. Cela ne lui fit rien. Son cœur battait encore, en rythme. Son métabolisme tournait sans accrocs. Toute l'assemblée avait tourné son regard vers elle, guettant la réaction. Qui ne vint pas. Hinata resta muette, soudainement concentrée sur sa poitrine.
Etrangement, Hanabi sembla comprendre ce manège mental, et se rapprocha d'elle d'un pas. Violement, sa cadette lui asséna une tape sur le la tête, qui déclencha des cris de surprises parmi les employés.
« Ne t'emballe pas, dit-elle d'une voix cruellement douce, ici, plus rien ne bat. »
La frappe ayant agité la blessure qu'Hinata s'était faite l'autre soir, elle se redressa, légèrement sonnée. Hanabi la regardait de haut, mais ses yeux se remplirent de nouveau de larmes. La tristesse avait refait surface dans la cadette, et sûrement qu'elle commençait à regretter ses paroles, mais la jeune fille se retourna avec fureur et sépara la foule pour se précipiter dans sa chambre. Tout le monde la regarda filer, sans mot dire. Un terrible silence s'installa dans la pièce, les protagonistes tournant désormais leurs regards vers la grande sœur bafouée. Cette dernière était toujours assise, stoïque, le téléphone pendant au bout de sa main droite. Sa tante s'était mise à sangloter, désespérée par l'accident et l'altercation qu'il avait causé. Hinata ne bougeait pas plus, sans comprendre la situation. Elle s'en voulait, de ne pas réagir. Elle, Hinata Hyuuga, si faible et sensible, pour une fois où pleurer lui était enfin autorisé, elle n'en était plus capable. C'était la frustration et le remord qui l'envahirent alors, et lui firent baisser les yeux comme une enfant.
Alors l'aînée des sœurs Hyuuga se leva, et marcha en silence à travers la pièce, jusqu'à la porte. Comme pour sa cadette, on la regarda quitter la salle, sans esquisser le moindre mouvement. Quelques femmes de chambre la suivirent néanmoins, voulant savoir si elle comptait aller voir sa sœur et lui parler, mais elles furent déçues : Hinata se dirigea droit vers sa chambre, et une fois la porte fermée, elle ne fut plus ouverte de toute la journée.
Hinata vaqua à des broutilles, vida sa poubelle, fit son lit, sortit un livre, lut la première ligne, le reposa, s'assit à son bureau… Sa tête était si creuse qu'elle entendait presque un courant d'air lui siffler dans les oreilles. Immobile, l'adolescente médita sur sa condition. Ne valait-il pas mieux d'être justement dans cette indifférence profonde, plutôt que de se noyer dans les larmes et la douleur ? C'était peut-être une réaction de son cerveau qui, très au fait de sa piètre résistance psychologique, aurait déconnecté sa capacité à ressentir. Pour sûr, si Hinata n'était pas victime de cette apathie, elle se serait sûrement poignardée à la vue de sa mère décédée. Sûrement. Il valait donc mieux s'oublier dans ce vide mental.
C'était peut-être la même chose que de mourir, se rectifia-t-elle.
La jeune fille entendit des pas précipités dépassant sa porte, et des coups puissants portés chez sa sœur, dans la pièce voisine. « Père est arrivé, » pensa-t-elle, reconnaissant sa marche, puis sa voix lorsqu'il pénétra la chambre de Hanabi. Bien sûr, il s'était directement dirigé vers la chambre de la cadette, bien que celle d'Hinata doive spatialement être la première à visiter… Mais Hiashi était passé sans s'arrêter devant sa porte, pour rejoindre sa plus jeune fille, qu'on entendait à présent pleurer devant son père, à travers la cloison. « Viendra-t-il ? » se demanda Hinata, presque amusée par ce pari qu'elle savait perdu. « Il ne viendra pas. » se confirma-t-elle, avant de poser son front contre la surface de son bureau. « Si j'avais pleuré, comme il aurait fallu, serait-il venu ? »
Elle n'entendait maintenant plus rien de la chambre de sa sœur. Hiashi Hyuuga était sûrement resté avec sa fille, la seule des deux avec qui il se permettait un contact physique. Hinata l'imaginait digne, droit sur ses pieds, serrant Hanabi contre lui, entre ses bras puissants de père. Il garderait son visage dur et impassible car Hiashi Hyuuga ne pleure pas, lui, quelles qu'en soit les circonstances. Personne ne le qualifierait d'insensible, même s'il restait stoïque à la mort de sa femme. Cela serait même inconvenant qu'il esquisse ne serait-ce qu'un plissement de tristesse. Il remplirait son rôle de père et de chef de famille, gardant son calme sans pour autant paraître léger –même si en temps normal, léger, il ne l'était jamais. Hinata se disait que maintenant qu'il était prévenu, elle pouvait sans crainte se faire oublier : ce n'était plus à elle de faire quoi que ce soit. De toute façon, personne ne viendra la voir, les domestiques ne la respectaient pas, son père s'occupait de la cadette, et cette dernière venait de la renier ouvertement. Peut-être que, le soir venu, un employé consciencieux lui apporterait une soupe dans sa chambre, histoire de faire bonne figure. Elle ne la mangerait pas, par dépit, et pour signifier au monde qu'elle n'existait plus.
« Enfin seule. » Pensa-t-elle. Mais cette phrase supposée la soulager ne fit que lui transpercer le cœur d'une horrible culpabilité. Une vieille boîte, qui ne sert qu'à recevoir ce qu'on y met et à oublier ce qu'on en ressort. Notre mère est morte, pour toi ce n'est qu'une babiole de moins. Morte. Oui elle était morte, et c'est avec effarement qu'Hinata se rendit compte qu'en effet, cela ne lui faisait plus rien.
Durant le quart de seconde qui s'était écoulé entre son arrivée dans la chambre et son contact avec le corps glacé, la douleur avait bien dépassé tout ce qu'Hinata avait pu subir jusqu'à présent. Son cœur s'était contracté d'un seul coup, coupant son souffle, et son estomac semblait avoir remonté l'œsophage pour exploser dans ses poumons. Sur ses épaules s'était abattue une gigantesque hache, la fatalité lui brouillant la vue et les pensées. Mais les larmes n'avaient pas eu le temps de s'expulser qu'Hinata avait touché l'épaule de sa mère, et tout s'était évaporé.
Maintenant elle était là, assise à son bureau, la figure étalée contre le bois, prise d'un sentiment tout aussi terrible. Hinata se haïssait de ne rien ressentir, elle se dégoûtait elle-même de ne pas parvenir à pleurer, elle maudissait cette indifférence qui la rendait si méprisable. Son cerveau avait annihilé toute sensibilité à l'extérieur. Elle ne pensait plus ni à Naruto, ni à Sasuke, ni à Gaara, ni à sa mère. L'idée que son père l'avait oubliée en faveur de sa cadette ne lui suscita qu'une joie moqueuse et noire. Elle était réellement seule, seule avec elle-même. Les seuls sentiments qu'elle parvenait à ressentir lui étaient destinés : oui, elle se haïssait comme elle ne s'était jamais détestée auparavant. Elle aurait pu rester dans cette classe, à s'endormir en écoutant la voix lancinante et maussade de Kakashi, faire une feinte maîtrisée pour gicler hors de l'école et éviter Gaara ou Sasuke, rentrer chez elle comme un soir normal… Hanabi serait rentrée avant, c'aurait été elle qui découvrirait le corps, ou alors un employé ; enfin, Hinata n'aurait pas eu à toucher cette peau glaciale. Elle aurait fondu en larmes en apprenant la nouvelle, les deux sœurs se seraient embrassées dans leur douleur, peut-être que leur père, en rentrant, se serait joint à elle –son image de père responsable en aurait flamboyé.
« Ah, et si… » Hinata était retombée dans ses fabules désespérées. C'était plus inutile que jamais. Maman est morte, se dit-elle, maintenant, plus rien ne vaut la peine.
Hinata ne sortit pas de sa chambre, de toute la soirée. Comme elle l'avait prévu, on toqua vers vingt heures, et une voix qu'elle ne connaissait pas lui proposa un potage. L'héritière ne répondit rien, c'est à peine si elle avait entendu les coups. La fenêtre grande ouverte, elle avait posé ses avant-bras sur le rebord et y appuyait sa tête, le vent glacial lui giflant le visage. On toqua de nouveau, la voix de l'employé l'appela. Vu qu'elle ne répondait toujours pas, le domestique lui dit à travers la porte, de sa petite voix polie, que si jamais elle avait faim il lui suffisait de demander. Puis les pas s'éloignèrent. Hinata regretta de ne pas avoir ouvert : en vérité, elle avait atrocement faim. Mais elle n'avait pu s'y résoudre, par une espèce d'obstination puérile. Et l'employé ne serait jamais entré de lui-même : la chambre de Hinata Hyuuga était terrain sacré, que cela soit dans la résidence principale ou la secondaire. La jeune fille pataugeait dans un état presque léthargique, volontairement frigorifiée, désespérée par sa condition. Elle fixait le jardin de sa fenêtre, estimant si oui ou non elle se tuerait, si jamais elle décidait de sauter. Et puis, à quoi bon mourir, se demandait-elle alors, ça ne changera strictement rien, et ça demande trop d'effort : Hinata était littéralement vidée de ses forces. Elle se sentait fondre et se mêler aux meubles de sa chambre, comme si par chance, elle pourrait s'écouler par la fenêtre et se mélanger à la boue.
Alors que l'employé était parti depuis quelques minutes, on toqua de nouveau à la porte. Encore, Hinata fit la sourde oreille. Puis on toqua plus fort, d'une façon ferme qu'elle reconnue, mais elle refusa pertinemment de réagir. Alors une voix grave et lente s'éleva derrière la porte.
« Hinata, laisse-moi rentrer. »
Pour la première fois depuis ce matin, une petite bille de chaleur vint se poser au dessus de son cœur, alors qu'elle comprenait vraiment qui se tenait sur le seuil. Mais enfermée dans son mutisme, la jeune fille ne réagit toujours pas. Alors, la voix gardant tout son calme prévint :
« J'entre. »
Hinata se redressa vivement, gênée qu'on pénètre ainsi sa chambre sans permission, mais ne put protester tout de suite. Au fond d'elle-même, elle accueillait cette arrivée avec soulagement.
« Neji-niisan, » murmura-t-elle, comme si c'était la première fois qu'elle parlait depuis des années.
Neji referma doucement la porte derrière lui, puis resta sur place, la regardant de ses yeux neigeux. Il avait encore son manteau sur lui, signe qu'il avait accouru dès son arrivée à la maison. Hinata le remarqua avec culpabilité, embarrassée qu'il s'inquiète autant. Elle n'était pas habituée à recevoir de l'attention de son cousin, malgré tout le temps qu'elle passait avec lui au lycée.
« Tu vas attraper froid. » Fit-il, calme comme à son habitude.
_ Je sais.
_ Tu veux attraper froid ?
_ Pourquoi pas. » Elle regardait ses pieds en lui répondant, absente. Neji s'avança, de sa démarche fluide et assurée, pour se poster devant elle.
« Si tu attrapes froid, tu seras coincée ici. »
Hinata releva les yeux vers lui, intéressée. Elle s'attendait à des excuses de convenance, un petit baratin. Mais pourquoi était-il là, à lui parler de la température ? Cependant, l'adolescente vit qu'il avait compris, et même bien mieux qu'elle, la situation dans laquelle la jeune fille se trouvait.
« J'ai prévenu Inuzuka, et Aburame. » Il ajouta, comme pour la convaincre qu'il savait ce qu'il disait. La Hyuuga ne répondit toujours rien, de plus en plus prise de court.
« Comment… Bégaya-t-elle.
_ Il faut croire que sur certains points je suis capable d'envisager ce que tu penses. »
Il la regardait de haut, mais de cet air qu'elle affectionnait chez lui et qui ne lui suscitait que du respect. Neji avait des yeux durs, pourtant pleins d'affection et d'inquiétude envers ceux qu'il daignait regarder. Les deux cousins se parlaient très rarement à la maison, s'évitaient presque, pourtant lorsqu'Hinata était restée en convalescence, il avait demandé à deux employés de rester près de sa porte, au cas où. La jeune fille n'était pas supposée être au courant, mais sa sœur le lui avait soufflé. Neji Hyuuga était silencieux et distant, pourtant son regard était pour Hinata comme un charme de protection, et elle appréciait beaucoup son cousin pour cet altruisme dissimulé.
Cette fois, il était venu ouvertement lui parler.
« Neji-niisan, articula-t-elle, je… Je voudrais rester seule… »
Il haussa un sourcil, peu habitué à se faire éconduire, mais ne se vexa pas. Hinata ne savait pas vraiment pourquoi elle le rejetait, bien que sa présence lui fasse plaisir. En fait, la jeune fille voulait se faire oublier, disparaître de cette maison, et Neji, aussi attentionné soit-il, par ces yeux blancs posés sur elle, ne faisait que lui agiter ses chaînes.
Sûrement que Neji comprenais. Hinata se souvenait, quelques années plus tôt, lorsque lui-même avait perdu son père. C'était en vérité le seul moment de son existence où l'adolescente avait vu Hiashi Hyuuga avoir les yeux rouges et le coin de la lèvre tremblant. Elle en avait été très profondément touchée c'était pour elle le souvenir le plus marquant de l'évènement. Mais Hinata ne se souvenait plus du visage de Neji à cette époque. Elle était trop jeune pour se préoccuper et comprendre ce qu'un enfant pouvait ressentir face à ce genre de choses.
Neji était maintenant en face d'elle, la situation cette fois inversée. La jeune Hyuuga repensa à ces souvenirs flous, son esprit s'égarant de nouveau dans des pensées abstraites. Malgré sa demande, son cousin ne bougeait pas. Il dit alors, d'une voix incroyablement douce :
« Et que veux-tu, maintenant ? »
Elle voulut répéter « rester seule », bien qu'elle savait qu'il avait parfaitement compris sa première phrase. Ouvrant la bouche pour répondre, la jeune fille hésita au dernier moment pour détourner le regard vers l'extérieur. Puis, comme si elle s'adressait au jardin et au ciel, Hinata répondit avec un soupir :
« Je voudrais partir d'ici. »
Ce fut à Neji de rester silencieux, mais il n'avait pas l'air plus étonné. Il s'avança vers le lit, posa son genou sur le matelas, et ferma la fenêtre du bout des bras.
« Je t'ai dis que c'est n'est pas en te rendant malade que tu pourras partir. »
Hinata ne répondit rien, soudainement prise d'une grande lassitude. Elle s'avachit un peu sur elle-même, maintenant tournée vers son cousin qui se relevait. Neji continua :
« Dors. Ca te rendra les idées claires. Demain tu pourras te reposer, et reparler à ta sœur. »
Elle releva la tête lorsqu'il cita Hanabi.
« Toi aussi tu peux comprendre, elle ne sait plus très bien ce qu'elle dit, argumenta-t-il pour la défendre, demain elle se sentira mieux elle aussi.
_ Je ne suis pas énervée, répondit-elle. Hanabi avait raison.
_ Toi aussi. Mais ce n'était pas le moment d'opposer vos vérités.
_ Ce n'est pas grave.
_ Ca l'est, fit-il, ça l'est pour elle. Ton père ne parvenait pas à la calmer.
_ Vu le silence, il a fini par y arriver, sourit-elle, d'un affreux sourire compatissant. Il y arrive toujours. »
Neji ne dit rien, comme s'il prenait soudain conscience de quelque chose. Le jeune homme fronça les sourcils, plus inquiet.
« Je vais aller me coucher, continua la brune, il vaut mieux suivre tes conseils. »
Son cousin eut un mouvement imperceptible des doigts, un léger tressautement, signe que le calme Neji Hyuuga était piqué d'une pointe de frustration. Il comprit qu'il ne pouvait rien pour elle à ce stade, et pensait sûrement qu'après une nuit de sommeil, sa cousine serait en effet plus abordable. C'était trop mûr encore, il fallait attendre que le cerveau assimile la perte, on ne pouvait rien améliorer avant que l'information ne soit totalement passée. En observant la jeune fille taciturne se lever et se traîner vers sa salle de bain, Neji cru comprendre dans quoi la pauvre pataugeait. Il se dit qu'il reviendrait le lendemain. Hinata lui jeta un œil, en ouvrant la porte, et comprit tout de suite ce à quoi il pensait.
« C'est gentil, Neji-niisan, de t'inquiéter autant, » fit-elle sincèrement.
Neji et toute sa finesse vit rapidement que sa gentillesse ne la touchait pourtant pas. Hinata était loin, et elle semblait regarder avec une compassion résignée ses vaines tentatives de la ramener. Cette fois, Neji en fut vexé.
« Je repasserai demain, dit-il, bonne nuit. »
Sa cousine lui sourit alors avec toute la politesse possible, notant réellement ses efforts. Mais Hinata ne parvenait pas à en tirer une quelconque joie. Son arrivée l'avait rassurée, le fait qu'il soit venu pour elle avait un peu compensé l'oubli de son père… Pourtant, maintenant il partait et elle n'en avait rien à faire. La pointe de soulagement s'était émoussée bien vite, et tout était redevenu lisse. L'attention de son cousin lui rebondissait dessus. Avec dépit, Hinata regarda son cousin sortir de sa chambre.
Mécaniquement, la jeune fille retira ses vêtements un à un. Nue, devant la glace, elle se dit que ce corps était d'une banalité affligeante, ni beau ni laid, ses courbes pourtant généreuses étaient finalement vides de sens. Rien que des creux, fluides mais lisses, des interstices qui ne renfermait rien. Son corps avait en vérité une belle courbe d'une légère rondeur, mais ici, ce n'était qu'une ligne qui ondulait vers le bas, comme un fluide qui s'écoulait sur sa peau pour s'étendre sur le sol. Insignifiant. Le visage de Neji n'était plus qu'un vague souvenir. Elle se mit sous la douche et fit couler l'eau très fort, et très chaude.
Le jet brûlant lui attaquant la peau, Hinata fit une grimace mi-plaisir, mi-douleur. Elle resta longtemps ainsi, les mains croisées sur sa poitrine, sa peau rougissant sous l'eau bouillante.
Il était six heures trente du matin. Hinata était à sa table, dans le fond de la classe. Elle était arrivée depuis presque quarante minutes.
La veille, l'adolescente n'avait pu fermer l'œil de la nuit, et à trois heures du matin s'était levée et préparée. Nullement fatiguée, elle se sentait oppressée par la maison maintenant réduite au silence du sommeil, et ne parvenait pas à s'endormir. En errant dans les couloirs, se dirigeant à tâtons, elle avait vu la chambre de ses parents, ouverte et vide. Hiashi Hyuuga devait dormir dans la chambre de sa sœur. « Pour le respect des morts, » avait-elle pensé, « et Hanabi en avait sûrement besoin. » Maintenant que la résidence était enfin calme, sans vie, Hinata s'était enfin sentie soulagée. Mais vers cinq heures, des domestiques avaient commencé à se lever pour préparer la journée, et l'agitation avait repris.
Alors Hinata était partie, disant à un employé qu'elle allait en cours. Il avait fait une tête étrange de la voir partir à cinq heures, mais n'avait pas eu le temps de la retenir qu'elle était déjà dans la rue. Il faisait noir et froid Hinata s'était précipitée jusqu'au lycée, pour se rouler sur sa chaise.
Bien entendu, le lycée restait ouvert toute la nuit –sa dernière expérience avec les toilettes le prouvait. En entrant dans la salle de classe, étrangement, un énorme poids s'était envolé : une espèce de plénitude béate envahit l'esprit de la brune, qui se laissa tomber sur sa chaise. Dans cette classe, il n'y avait plus d'œil blanc qui lui imposait de pleurer la mort de sa mère. Ici, sa mère n'existait pas. Sûrement qu'on apprendrait bientôt la raison de ce décès, mais Hinata ne voulait pas savoir. Rien ne changerait, de toute façon, rien ne la ramènerait à la vie. Laissant son regard se ballader sur la salle, elle s'arrêta sur la chaise en face de son bureau. Pour la première fois depuis la veille, Hinata repensa à Naruto, et aux Sabaku. Naruto aussi, l'avait éjectée de sa vie. Il ne lui restait vraiment plus grand-chose.
Mais au moins, dans cette classe sombre et vide, personne ne lui dictait un quelconque comportement. Elle pouvait se noyer à son aise dans son néant mental. Sur cette satisfaction, Hinata s'endormit, d'un seul coup, laissant tomber sa tête dans ses bras croisés sur la table.
Il faisait grand soleil quand elle émergea, et la classe était remplie. Les cours avaient bien commencés, mais personne ne l'avait réveillée. L'esprit tout embué, Hinata plissa les yeux pour analyser son environnement, éblouie par la lumière.
C'était un cours d'histoire, tenu par Asuma, « le barbu ». Voyant qu'elle relevait progressivement la tête, il lui accorda un regard bienveillant, mais n'interrompit pas sa leçon. Hinata était un peu désorientée pourquoi personne ne l'avait réveillée ? Les places autour d'elle –celles des Sabaku –étaient vides, sans surprise. Enfin, Gaara était assis à côté d'elle, comme à son habitude, et venait de se rendre compte de son réveil. Sûrement qu'il n'avait pas osé la réveiller en arrivant –Gaara est quelqu'un de très respectueux. Asuma lui fit signe qu'elle n'avait pas à se déranger, et elle comprit que l'école avait dû être prévenue de l'accident. Quelques rangs devant, Shino avait intercepté les yeux du professeur, et s'était retourné vers la jeune fille. Voyant qu'elle avait émergé, il donna un coup de coude à Kiba assis à côté de lui et la pointa du pouce. L'Inuzuka se retourna à son tour vers elle, le regard inquiet. Silencieusement, il articula de la bouche : « Ca va ? », ce à quoi elle répondit par un sourire et un acquiescement. Toute la classe lui jeta quelques regards, et discrètement, les chuchotements commencèrent.
Dès que le cours fut terminé, les deux garçons vinrent directement s'appuyer à son bureau, et Hinata fut un peu gênée de leur inquiétude ; elle en voulut à Neji de leur avoir tout raconté. Si la jeune fille était venue en cours, c'était pour s'éloigner du deuil qui s'installait chez elle, pas pour le retrouver dans ses cahiers. Alors, Hinata coupa court à leurs questions en concluant fermement : « Vraiment, tout va bien, c'est bon. »
Malgré son sourire, ce fut dit avec une infime mais perceptible irritation, que ses amis ressentirent très bien. Kiba eut un froncement de sourcil, mais comprit qu'elle ne voulait pas s'étaler sur le sujet, alors il lui proposa de sortir. Bien entendu, Hinata ne refusa pas au contraire ; moins elle serait chez elle, mieux elle se porterait. S'il n'y avait que Kiba ou Shino à être au courant, la Hyuuga pouvait se sentir tranquille au lycée. La classe était habitée par le bruit des conversations, des chaises et des tables que l'on déplace. Un ramdam bien connu et qu'Hinata commençait à chérir. Au premier rang, à l'extrémité, Sakura contemplait ses ongles et se demandait quelle couleur elle pourrait bien y poser. Ino préparait d'arrache pied une grosse soirée approchant, assise sur un genou de Sasuke qui soupirait d'ennui, irrité par l'invasion blonde. L'intercours de cinq minutes touchant à sa fin, la brune se reposa contre le mur et se laissa couler dans cette bulle qui l'entourait depuis la veille, qui lui paraissait soudain bien confortable car elle n'en gênait personne. Le regard perdu dans le vide, Hinata somnolait allègrement.
Même lorsqu'on frappa violement à la porte, d'une manière qui d'habitude la faisait frémir d'excitation, elle ne réagit pas. Même lorsque ces voix qu'elle connaissait si bien résonnèrent et défièrent l'autorité du professeur, Hinata resta en suspension. Même lorsque, du coin de son œil, elle entraperçu Temari s'avancer vers sa place, elle ne leva pas la tête pour la saluer. Et même lorsque, à sa suite, Naruto Uzumaki se rapprochait, l'adolescente n'eut qu'un petit bâillement.
Cependant elle tourna tout de même son regard vers lui, sans vraiment le faire exprès, et le regarda s'avancer. Lui fit de même, silencieux. Kurenai derrière, souhaitant débuter son cours, s'énervait contre les retardataires.
Pour la première fois, Hinata sentit comme si les rôles s'inversaient. Il y avait dans l'expression de Naruto cette gêne qu'elle avait déjà vue auparavant, le soir du nouvel an. Mais cette fois-ci, la brune restait totalement indifférente, le regard vide et détaché. Et c'est avec ce même désintérêt qu'elle détourna ses yeux pour les diriger vers l'extérieur, ignorant complètement l'arrivée du jeune homme. Surpris, Naruto eut une légère hésitation avant de s'asseoir. Il se cala alors définitivement face au tableau et ne se tournerait plus de toute l'heure.
« C'est bon, je peux commencer mon cours ? » Rouspéta Kurenai de son bureau.
La leçon débuta, la routine refaisait surface. Mais Temari eut quelques secondes de perplexité, regardant l'un après l'autre Hinata, puis Naruto, et enfin son frère qui avait haussé un sourcil –inexistant. Gaara jeta quant un lui un œil vers Sasuke, à l'extrémité gauche de la classe, qui lui semblait clairement mécontent, faisant tourner son crayon entre ses doigts avec force. Les deux garçons se regardèrent, et sans rien esquisser comprirent tout deux le message de l'autre.
Le cours fut long et ennuyeux, comme à son habitude, et progressivement chacun s'affaissait sur sa chaise. Shikamaru fit passer des mots à Ino qui, l'air très sérieux, les glissait sur les cuisses de Sakura après les avoir lus. Cette dernière les lisait et se mettait à rire silencieusement. Kiba bâilla bruyamment. Shino, derrière ses lunettes de soleil pointées vers le tableau, avait en vérité les yeux rivés sur l'horloge située au dessus. Sasuke faisait tapoter la pointe de son stylo contre sa feuille, à un rythme régulier, qui inconsciemment tenait tout les élèves en haleine. Chaque coup les rapprochait de la fin. C'est un horrible bruit qui poussait une grande majorité à bout, mais personne n'osait protester contre Uchiwa Sasuke. Hinata s'endormit.
La routine était là. Enfin.
Quelques jours passèrent, et Hinata se complaisait dans son apathie.
En vérité, lorsque qu'elle n'était pas totalement déconnectée du monde, c'était la culpabilité qui la rongeait. Quand elle croisait sa sœur. Ou son père.
Hinata eut un choc, en voyant à quel point Hiashi Hyuuga était effondré. Le soir en rentrant, la jeune fille l'avait vu assis sur un des divans dans le salon, droit et noble, mais le visage terriblement pâle et creusé, les lèvres pincées, le regard vide. Elle ne s'y attendait pas, et ce fut un premier pincement au cœur. Elle apprit par Neji qu'il n'avait plus rien avalé depuis l'accident. Peut-être que monsieur Hyuuga était finalement capable d'amour.
Le voyant ainsi, sa fille comprit à quel point elle avait un comportement vraiment déplacé. Au fil des jours Hinata s'était rendu compte que oui, la femme du président était décédée moins d'une semaine plus tôt, et qu'elle n'avait moralement pas le droit de rester de marbre. Son attitude frisait l'irrespect. Hinata avait progressivement commencé à se pincer, se griffer le poignet sous la douche, sans réfléchir, comme pour se punir. C'était devenu son unique moyen d'avoir mal et de pleurer pour quelque chose.
Hanabi ne lui adressait plus la parole. Dès que les deux sœurs se retrouvaient ensemble dans leur salle de bain commune, la cadette filait sans rien dire, en prenant soin de claquer la porte. Plusieurs fois, Hinata l'entendit pleurer au travers du mur.
Naruto ne la regardait plus dans les yeux, et ne la saluait même pas. Temari, sensiblement énervée par ce soudain virement, vint plusieurs fois parler à la Hyuuga. Mais « rien, il ne s'est rien passé, Temari-san. Demande-lui, moi je ne sais rien. » La Sabaku en avait souvent retroussé le nez de frustration, puis un jour, elle ne réagit plus. Elle avait peut-être fini par réussir à faire parler Naruto. Alors Hinata ne parla plus vraiment aux Sabaku, mis à part Gaara qui venait consciencieusement lui dire bonjour chaque matin. Temari semblait s'être noyée dans une mauvaise humeur chronique.
Elle partait pour le lycée à l'aube, et dormait jusqu'à la sonnerie. Loin de rattraper ses nuits d'insomnie, la jeune fille avait pris des cernes et ses joues s'étaient creusées. Elle souriait. Enfin, cela n'empêchait pas les gens de s'inquiéter.
« Pourtant je vais très bien… » Soupirait-elle.
_ C'est peut-être ça le problème. » Répondit Neji, un soir.
Hinata s'interrompit dans ses découpages –elle coupait des feuilles à coller dans son cours –surprise par cette réponse.
Neji venait maintenant tous les soirs, et ne partait plus même si elle le lui demandait. Il restait jusqu'à tard dans la nuit, et quelques fois la passait même en se couchant sur un énorme koala en peluche qu'Hinata gardait depuis ses six ans. Généralement, son cousin ne faisait qu'acte de présence il travaillait à ses côtés, lisait, sans forcément lancer de conversation. La brune avait d'abord été embarrassée par cette intrusion, mais en deux-trois jours cela devint une habitude. Quand ils parlaient, c'était toujours pour parler d'elle, à son grand dam : Neji était féroce quant à toute tentative de percer son intimité. Un peu injuste, pensait Hinata, d'autant plus qu'il avait aussi le terrible pouvoir de lui faire avouer n'importe quoi. Neji est quelqu'un d'extrêmement persuasif.
Ce soir-là donc, Hinata découpait ses cours, et ils avaient commencé à parler des inquiétudes à son propos.
« Pourquoi ? Bégaya-t-elle, tu penses que je devrais forcément aller mal ?
_ Non, mais ton ''très bien'' sonne creux. Tu dis que tu vas bien mais tu ne vas pas bien, en l'occurrence.
_ Mais je ne vais pas mal…
_ Non plus. »
Neji avait l'art des dialogues équivoques. Elle eut un froncement de nez, embêter de ne pas pouvoir suivre son cousin dans ses poussées abstraites.
« Je ne vais rien. » Répondit-elle pour couper court à la conversation. Neji haussa les sourcils, et eut presque un petit rire.
« Tu penses à quoi, Hinata ? » Fit-il, maintenant intéressé. Avec ses grands yeux blancs fixés sur elle, le Hyuuga semblait vouloir percer son esprit. Hinata lui tournait le dos, mais assise à son bureau elle sentait son regard presser contre ses omoplates.
« A rien, depuis la mort de maman il n'y a rien. » Elle parlait sans vraiment réfléchir, comme elle le faisait toujours maintenant. Les mots sortaient sans que la jeune fille n'y fasse quoi que ce soit. Neji resta silencieux.
Hinata, en découpant ses feuilles, se mit à penser à Naruto. Elle se souvint lorsqu'il l'avait recueillie dans la rue, quelques semaines plus tôt, sonnée et ensanglantée. Elle se rappela de son comportement, à lui et à elle, et se dit que vraiment, ils n'étaient définitivement pas du même monde.
« Neji-niisan, commença Hinata, toujours tournée vers ses découpages, tu sais, Naruto-kun… »
Elle fit déjà une pause dans ses paroles, tandis que Neji se redressa un peu, surpris.
« Naruto-kun… Il est totalement différent de moi. Notre mère est morte, et moi, je n'en ressens rien, ça me donne juste l'impression que le monde est totalement vide. Plus j'avance dans la vie et plus je disparais. Neji-niisan, je te dis ça comme ça, je ne suis pas sûre de bien m'exprimer. Tu vois, je n'existe pas. Hanabi, elle avait raison, ce qui m'entoure, ce ne sont que des accessoires. Regarde, si tu me les enlèves… Je ne suis rien. Maman est morte et voilà, je ne suis qu'une fille vide qui ne pense rien. Il me reste le travail… Oui le travail, c'est vrai. Parce qu'aux yeux de la famille, je reste l'héritière. Lorsqu'ils me l'enlèveront- Neji-niisan, lorsque je ne serais plus héritière, ça sera fini, je vais enfin être moi, c'est-à-dire une vieille enveloppe avec rien dedans. Depuis toujours j'essaie de trouver, de me dire que je suis quelqu'un derrière tous ces masques qu'on me force à mettre –mais tu vois bien, dès qu'on me les enlève, ce n'est que du néant. Maman est morte, Hanabi me hais, Naruto-kun… »
Hinata eut un petit silence.
« Naruto-kun est trop loin pour moi. »
Neji la regardait, médusé, étonné par ce déferlement de parole –quoi que très lent, vu le débit de la brune. Il était surtout intrigué par ce nouveau venu qu'il ne connaissait bien sûr qu'à peine. Déjà aperçu dans la classe, rapidement au courant des rumeurs… Neji ne s'était jamais vraiment posé de question quant à ce blond bruyant et cancre, qui pour lui se fondait dans la masse des… Cancres bruyants. Il fut très alerté par cette dernière phrase, comprenant surtout l'aspect sentimental qui –selon lui –se cachait derrière, et donc demanda vivement :
« Naruto ? Tu parles d'Uzumaki Naruto ? »
Elle acquiesça.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Uzumaki Naruto ? » Fit-il alors, maintenant méfiant.
_ Oh rien. »
Neji fronça les sourcils, l'aîné qui dormait en lui réveillé par l'arrivée soudaine d'un mâle dans la vie de sa cousine. A vrai dire, il ne craignait pas Inuzuka Kiba ou Aburame Shino ; ces deux gaillards s'étaient rapidement montrés tout à fait inoffensifs à ce niveau-là. Neji avait vite compris que le regard qu'ils lançaient à la brune n'était que tendresse attachement, et il comptait même sur eux pour la protéger de la jungle lycéenne. Mais cet Uzumaki lui était inconnu, et la façon dont Hinata parlait de lui ne présageait rien de bon.
« En fait, commença Hinata qui semblait avoir perçu l'alerte de son cousin, Naruto-kun, il ne joue jamais. J'ai pensé pourtant, qu'on était pareils à cet endroit –faire comme si, tout le temps. Je pensais que ses rires, c'était du faux, mais non, il rit pour de vrai et ne cache rien. Naruto-kun, tu sais, il se bat en permanence, parce qu'il a cette chose, ce secret au fond, mais il ne le cache pas, il l'a juste mis derrière lui et fait tout pour continuer et aller de l'avant, il se bat pour ne pas que son histoire le rattrape, et réaliser ses ambitions, tout ça… Moi je suis arrivée, j'ai cru, mais j'ai juste tout chamboulé, j'ai rompu sa course, et voilà maintenant tout est fini. On est pas pareils, tous les deux, totalement différents, lui il se bat et moi je ne sais que reculer. C'est idiot, Neji-niisan, j'ai vraiment cru que j'avais quelque chose à montrer ! Il va devoir tout recommencer du début maintenant, et moi je n'arrive même plus à avoir mal c'est stupide, vraiment stupide. »
Sa voix s'éteignit, mais elle gardait les yeux rivés sur sa paire de ciseaux. Hinata avait pincé la chair de sa paume entre les lames. Neji ne pouvait rien voir.
« Ca ne fait même plus mal. »
Neji la regardait toujours, mais ne disait rien. Soit il ne savait pas quoi répondre, soit il était simplement d'accord avec ce qu'elle venait de déclarer. Alors il se mit à scruter la chambre, comme s'il recherchait quelque chose, mais rien ne retint son attention. La chambre était en désordre, mais d'un désordre qui ne montrait rien. Rien, encore rien. Une masse d'objets sans valeur.
Quand il tourna de nouveau son regard vers sa cousine, il eut un soupçon sur ce qu'elle était en train de faire présentement.
« Si tu veux t'obliger à te faire pleurer, ce serait plus utile de le faire devant ton père. Te faire mal toute seule ne te prouvera rien. »
C'était cinglant, et Hinata se stoppa immédiatement.
« Il te reste deux jours, Hinata, continua-t-il, plus doucement. Samedi c'est la cérémonie funéraire. Tu verras, tout va changer, et tu y verras plus clair. »
Elle ne réagit pas, et il sortit, sans bruit, comme il le faisait toujours. Ses ciseaux reposés sur la table, Hinata contemplait l'entaille qu'ils avaient commencé à creuser dans sa peau. Lorsque Neji referma lentement la porte, que la brune entendit le claquement de la serrure, elle eut un haut-le-cœur son estomac se serra progressivement, au fur et à mesure que le mot « funéraire » disparut de son esprit. Cela faisait presque un mois que la présidente Hyuuga était décédée, les examens légistes ayant retardé toute crémation, et pour la première fois depuis l'accident, Hinata sentit une émotion lui étreindre le corps.
Une angoisse sourde se déclara à l'instant où Neji ferma la porte, et ne la quitta plus jusqu'au jour fatal.
Chapitre très longuet, pardon, pardon… Je n'avais pas trop le choix, voyez-vous. Maman Hyuuga est morte, quand même, dur de faire un chapitre qui pète la forme après ce genre d'évènement. Naruto n'est plus trop présent, aussi (c'est quand même le sujet principal de la fic, quoi) mais il fallait qu'Hinata se prenne un truc énorme sur la tête autre que le blondinet, ça sera important pour la suite.
Donc du Hinata en mode pathos puissance mille, et du Naruto fantôme.
Bientôt du mouvement (du vrai), et les adeptes du lovlov auront peut-être une infime satisfaction (dans quelques chapitres hein, pas au prochain. Ça arrive.)
MERCI de me lire, encore et toujours, MERCI de commenter, je garde toujours précieusement vos commentaires, et sans eux cette fic n'aurait jamais évolué autant. Ce sont eux qui me motivent vraiment. Même un petit mot tout pourri, écrit en sms avec des lols partout, je vénère et je garde.
Merci beaucoup aussi à vous, Non-Naruhinatards, qui me lisent quand même malgré le fait que vous préférez le NaruSaku ou Narusasu ou Narukiba ou Naruaka ou n'importe quoi. Ca fait très très très plaisir de voir qu'il y a des gens assez ouverts d'esprit pour lire autre chose que leurs couples favoris. Entre nous, moi j'en suis incapable. Pour ça je vous respecte et je vais faire de mon mieux pour ne pas tomber dans la vieille romance à trois sous…
S'il y a des remarques, des critiques, je suis open. La suite bientôt !
tchao
