Errant dans le vide spatial, au milieu des ténèbres, loin de la chaleur de toute étoile, fusait à pleine vitesse une navette. À l'intérieur de celle-ci se tenait un corps immobile, dont la pâleur contrastait avec l'obscurité du vide intersidéral. Il était difficile de savoir s'il était conscient ou pas, vivant ou non – ses yeux étaient ouverts et un sourire figé marquait son visage inquiétant mais aucun réflexe ne venait perturber son allure comme figée dans l'immensité spatiale.

C'était en fait dans un état de pseudo-sommeil que se trouvait cet homme-serpent, reposant son organisme sans toutefois perdre une miette de l'incroyable spectacle de l'Univers défilant sous ses yeux. On aurait même pu croire qu'il errait au hasard au milieu des étoiles...

Et pourtant, Orochimaru l'immortel savait exactement ce qu'il faisait et où il allait. L'alarme illuminant toutes les secondes son visage d'un rouge sombre n'y était pas étrangère, affichant un manque de carburant qui devait être réalimenté en énergie solaire.

* L'autonomie restante est de l'ordre de 10 jours en hyper-propulsion, pensa l'étrange voyageur. Ce sera largement suffisant pour atteindre l'étoile la plus proche et y puiser une énergie solaire bienvenue... *

Mais ce n'était pas tout ce qu'affichait son écran. Autre chose avait attiré l'attention du Sannin.

* Une planète habitable s'y trouverait donc bien, comme je l'avais supposé il y a plusieurs décennies déjà en observant ses effets gravitationnels et lumineux sur son étoile. Ce petit vaisseau est une vraie mine d'informations... Il semblerait que ce... Freezer, ou son armée, aient déjà analysé ce monde sans le conquérir. Quelle chance, pour moi, d'être le pionnier. *

Le sourire de l'homme reptilien partiellement endormi s'élargit à cette pensée.

* D'autant plus quand je lis qu'elle serait, aux dernières nouvelles, habitée par... des dragons. *

Le vaisseau poursuivit sa folle route en direction de l'étoile visée, laissant déjà loin derrière lui son système solaire d'origine, dans lequel il avait autrefois placé toute son ambition et qui ne représentait à présent même plus la taille d'une tête d'épingle...

Lorsque Gaï rouvrit les yeux, il se trouvait sur un lit confortable, ce qui n'atténuait cependant pas les intenses douleurs parcourant tout son corps.

* Où suis-je ? *

Il regarda à sa gauche et vit une fenêtre donnant sur l'extérieur. Le ciel d'un magnifique bleu azuréen lui rappelait l'aura qui l'entourait avant sa perte de conscience. Les souvenirs du combat contre Raditz refirent aussitôt surface, justifiant toutes les douleurs qui tétanisaient son corps.

* L'infirmerie, reconnut alors Gaï. *

Il tenta de se relever, mais vit que ses deux avant-bras étaient plâtrés, l'empêchant de s'appuyer dessus. Dépité, il tourna la tête de l'autre côté.

Quelqu'un le regardait.

– Kakashi... !

Il fixa le ninja copieur.

– Yo, répondit celui-ci.

– Alors...

Des larmes montèrent aux yeux de Gaï.

– Konoha est sauf !

– Évidemment, soupira Kakashi. Mais bon sang, Gaï, qu'est-ce qu'il t'a pris de faire un truc pareil ?

– T'as pas vu à quel point il était dangereux ? s'exclama son rival. Il se moquait ouvertement de toi et même du Sandaime Hokage ! Il fallait l'arrêter au plus vite, qu'importait les moyens.

– Au point de te mettre dans un tel état ? demanda Kakashi.

– Il est dangereux, Kakashi... Peut-être que tu l'as empêché de détruire le village mais...

– De quoi tu parles ? s'étonna le ninja copieur.

– Tu pensais que je n'avais pas vu le Shinobi qui m'a sauvé en parlant à Raditz au moment où il allait tout détruire ?

– Je vois... murmura Kakashi.

Il resta un instant silencieux.

– J'ignore ce que tu as pu lui dire, poursuivit Gaï. Mais nous ne pouvons lui faire confiance...

Kakashi se leva.

– Je le sais très bien. Et on en est tous conscients. C'est pourquoi on l'analysait...

Gaï baissa tristement les yeux.

– Et j'ai tout fait foirer... manquant de détruire le village au passage... Quel échec.

Le ninja copieur, qui s'était mis à marcher dans la pièce, s'arrêta et fixa Gaï, pensif.

Il se tourna alors et ferma la porte de la salle, s'approchant de son rival.

Soudain, à son grand étonnement, il le frappa avec force au visage, générant un coquard qui s'ajouta aux innombrables autres marques du blessé.

Celui-ci resta interdit face à ce comportement totalement inattendu de son rival.

– Tu appelles ça un échec ?

Il le fixa de son unique œil visible d'un regard plus pénétrant encore que son Sharingan.

– Pendant que nous nous demandions quel point faible de ce Radditz nous pourrions exploiter pour en venir à bout avant qu'il ne décide d'être violent, tu l'as poussé par la force dans ses retranchements. Tu aurais dû le voir après votre combat : il était couvert de marques. Mais ce n'est pas tout : cet affrontement l'a clairement changé. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il a gagné en humilité, mais il semble tout au moins disposé à se tenir correctement. Tu es le premier à l'avoir poussé dans de tels retranchements, là où même Jiraiya-sensei avait échoué...

Gaï ouvrit grand les yeux – du moins, autant que le lui permettaient ses nombreux hématomes.

– Kakashi...

– Je n'avais jamais vu à l'œuvre ta Septième Porte, mais à présent je dois l'admettre : même si je suis persuadé que la rumeur concernant ton combat face au Yondaime est une invention de ta part...

Kakashi soupira.

– Ça aurait peut-être bien pu se passer comme ça.

On toqua. Un nouvel arrivant fit son apparition. C'était le Sandaime Hokage.

– Kakashi a raison. Il y a six jours, pendant ton combat contre Raditz... L'Hokage, c'était toi, Gaï.

Gaï, ému, ne put à nouveau retenir ses larmes quand, soudain, il sembla parcourut d'une décharge violente et son visage se figea.

– Euh... s'inquiéta Kakashi. Gaï... Ça va ?

– Pardonnez-moi, Hokage-sama... Mais êtes-vous en train de dire que j'ai passé six jours à l'hôpital ?!

– Eh bien, répondit le vieil homme. Oui.

Le regard du Jōnin se fit horrifié.

– Et l'examen Chūnin, qui a gagné ?

– Quinze participants – soit cinq équipes – ont réussi l'épreuve de la forêt, expliqua Kakashi. L'équipe de Kurenaï, l'équipe d'Asuma, mon équipe, la tienne et une du village de Suna.

– Ahahah ! s'exclama Gaï, soulagé de savoir que ses Genin avaient réussi leur épreuve. Et une seule équipe venant du Pays du Vent, tu dis ? Konoha est en force, cette année !

– Oui, mais ce n'est pas terminé. Selon les règles, à partir de quinze participants, un préliminaire a lieu avant le troisième test.

– Ah, mince, c'est vrai, mais on n'avait pas eu ça depuis...

– Cinq ans. De ces tests préliminaires sont ressortis sept qualifiés...

Kakashi lui tendit un papier.

– Je te laisse prendre connaissance du déroulement du test final.

S'il n'était pas si blessé, Gaï le lui aurait arraché des mains.

– Premier match, lut-il. Shino contre Shikamaru ; le vainqueur rencontrera Sasuke...

Il lança à Kakashi un regard presque accusateur.

– Le jeu du hasard, répondit celui-ci en prenant bien soin de ne pas fixer Gaï. Comme il y avait un nombre impair de participants, ça impliquait forcément une inégalité de nombre de combats...

– Mouais, bredouilla Gaï, visiblement pas convaincu.

* Hein ? pensa le ninja copieur. Mais c'est vrai en plus, je n'y suis pour rien ! *

– Deuxième match, reprit le blessé. Oh... Lee contre Naruto...

Il resta un moment silencieux, puis éclata de rire.

– Ton élève n'a aucune chance !

– On verra bien, répondit Kakashi d'un ton neutre en haussant les épaules.

Le regard de Gaï se concentra sur la feuille.

– Troisième... Oh... ! Je crois que le village du sable ne va pas aimer voir leur seul qualifié éliminé dès le premier tour...

Il pouffa.

– Ce Gaara n'a vraiment pas de bol d'être tombé sur Neji...

– Je n'en serais pas si sûr, répliqua le ninja copieur. Gaara a combattu ton élève, Tenten, durant les préliminaires. Ça a duré moins de cinq secondes...

– Ah...

Il regarda le Sandaime Hokage. Son esprit était encore embrouillé et des questions nouvelles faisaient surface.

– Au fait, qu'est devenu Raditz ?

– Comme je te l'ai dit, intervint Kakashi, il s'est relativement bien intégré depuis votre... rencontre...

– Raditz vit chez Naruto, poursuivit le Sandaime Hokage.

L'annonce fut comme un nouveau choc pour le pauvre Gaï.

– Chez Naruto ? Bon sang, mais vous êtes tarés ou quoi ?! ... Avec tout mon respect.

– Il aurait été difficile de refuser. Tu as dû le remarquer par toi-même.

– Oui m...

– De plus, coupa le Sandaime, Naruto l'a soutenu, et tu connais son sens de la retenue...

Une goutte de sueur perla le front de Kakashi.

– Il aurait été délicat de refuser, poursuivit le vieil homme. Ça n'aurait mis en sécurité personne. Et de toute évidence, à en juger par son changement d'attitude de ces derniers jours, c'est la meilleure chose à faire.

– Je vois, marmonna Gaï.

Non loin de là, le jeune Naruto fêtait encore sa victoire.

– J'ai gagné ! J'ai gagné ! J'ai gagné !

– Ferme-la, gamin, grogna-t-on à côté de lui.

C'était Raditz.

– Et j'ai faim. Donne-moi à bouffer.

Le ventre de Naruto émit un grondement.

– Moi aussi j'ai faim... Bon, on va chez Ichiraku ! Prépare-toi à découvrir le met le plus exquis de nos contrées...

Kakashi et le Sandaime finirent par prendre congé, laissant Gaï reprendre des forces.

Si l'état de son ami était inquiétant, ce n'était pas ce qui dérangeait le plus le ninja copieur, ce que le chef du village remarqua aussitôt.

– À quoi penses-tu, Kakashi ? demanda-t-il une fois qu'ils furent loin d'éventuelles oreilles indiscrètes.

Kakashi fronça les sourcils.

– Gaï m'a remercié de l'avoir sauvé et d'avoir su raisonner Raditz.

– N'était-ce pas naturel de sa part ?

Le Jōnin fixa le Sandaime Hokage droit dans les yeux.

– Ça le serait si je l'avais fait. Mais je ne suis pas arrivé à temps.

Le vieil homme resta silencieux, attendant que Kakashi poursuive.

– Gaï m'a dit qu'un individu – un Shinobi – avait parlé avec Raditz et l'avait convaincu d'arrêter. Mais ce n'était pas moi...

Kakashi s'appuya contre un mur en fixant son aîné.

– Je pensais être celui qui connaissait le mieux Raditz. Mais même moi, je n'avais aucune certitude de pouvoir le convaincre de se calmer. Cet individu est parvenu à le raisonner. J'ignore si c'était par intérêt pour le village mais...

– Tu penses, intervint aussitôt le Sandaime Hokage d'un air sérieux, que Raditz aurait un complice de ce monde ?